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C. - Arrangement systématique des dents, arcades dentaires

Les différentes dents que nous venons de décrire se disposent régulièrement à la suite les unes des autres, de façon à former dans leur ensemble deux rangées paraboliques et nulle part interrompues : ce sont les arcades dentaires.

1° Arcades dentaires. — Les arcades dentaires, comme les arcades alvéolaires, sur lesquelles elles sont implantées, se distinguent en supérieure et inférieure. Chacune d’elles nous présente une face antérieure, une face postérieure, un bord adhérent et un bord libre. — La face antérieure, convexe, répond aux lèvres et aux joues. Elle se développe suivant une courbe très régulière : aucune dent ne dépasse la rangée et c’est là, disons-le en passant, une disposition qui est propre à l’espèce humaine. Déjà, chez les anthropoïdes, les canines se projettent en avant,

accentuant la forme carrée du maxillaire et justifiant ainsi pleinement le nom de dents de coin que leur donnent certains zoologistes. — La face posténeure, concave, est en rapport avec la langue, qui se moule exactement sur elle. — Le bord adhérent ou alvéolaire , régulièrement festonné, répond aux collets des dents, que recouvre la muqueuse gingivale. — Le bord libre , enfin, répond au bord libre de l’arcade opposée. 11 est horizontal chez l’homme, toutes les dents, depuis la première jusqu’à la dernière, s’arrêtant chez lui au même niveau.

2* Rapports réciproques des deux arcades supérieure et inférieure. — Si nous examinons maintenant les rapports réciproques des deux arcades dentaires, nous constatons tout d’abord que l’arcade supérieure se développe suivant un rayon plus grand que celui de l’arcade inférieure, et par conséquent, déborde celle-ci sur tout son pourtour. — • A la partie antérieure des arcades, les incisives d’en haut (Og. 36, 1 et 2) descendent

Les deux arcades dentaires du côté droit, dans leurs rapports entre elles et avec le squelette.

A, maxillaire supérieur, avec a, sou arcade dentaire. — B, maxillaire inférieur, avec b . son arcade dentaire.

1, les incisives supérieures. — 2, les incisives inférieures. — 3, tubérosité du maxi laire supérieur. — 4, saillie de la canine. — 5, trou sous-orbitaire, placé au-dessus de la deuxième prémolaire supérieure. — 6, trou menlounier, placé au-dessous de l'espace qui sépare la deuxième prémolaire et ia première molaire inférieure.

BOUCHE ET SES DEPENDANCES

au-devant des incisives d’en bas : ces deux rangées de dents, dans la mastication, glissent mutuellement l’une sur l’autre à la manière des lames d’une paire de ciseaux. — Sur les côtés, les petites et les grosses molaires de l’une des deux arcades s’opposent à leurs homonymes de l’autre arcade, d’une façon telle que les cuspides externes des molaires inférieures viennent se loger dans la rainure qui. sur les molaires supérieures, sépare les cuspides externes des cuspides internes. Il y a là une sorte d’engrènement où les saillies répondent aux creux et réciproquement, comme cela s’observe entre les deux mors d’une pince.

Il convient d’ajouter que, les dents supérieures et les dents inférieures étant d’un volume inégal, les dents homonymes ne se correspondent pas exactement corps pour corps, mais que chacune d’elles, considérée isolément, prend contact avec les deux dents adjacentes de l’arcade opposée.

La correspondance entre l’arcade dentaire supérieure et l’inférieure s’établit généralement de la façon suivante (fig. 37). — V incisive supérieure moyenne repose à la fois sur l’incisive inférieure moyenne et sur la moitié interne de l’incisive inférieure latérale. — V incisive supérieure latérale répond à la moitié externe de l’incisive inférieure latérale et à la moitié interne de la canine inférieure. — La canine supérieure s’enfonce, à la manière d’un coin, dans l’angle dièdre que forment la moitié externe de la canine inférieure et la moitié antérieure de la première prémolaire. — La première prémolaire supérieure repose sur la moitié postérieure de la première prémolaire inférieure et sur la moitié antérieure de la seconde. — La deuxième prémolaire supérieure , à son tour, répond à la moitié postérieure de la deuxième prémolaire inférieure et au tiers antérieur de la première molaire. — La première molaire supérieure repose sur les deux tiers postérieurs de la première molaire inférieure, ainsi que sur le tiers antérieur de la deuxième. — La deuxième molaire supérieure s’oppose aux deux tiers postérieurs de la deuxième molaire inférieure et au tiers antérieur de la troisième. — Enfin, la troisième molaire ou dent de sagesse supérieure , plus petite que la dent de sagesse inférieure, repose sur les deux tiers postérieurs de cette dernière.

D. — Conformation intérieure et constitution anatomique

La couronne des dents est creusée à son centre d’une cavité, allongée de bas en haut pour les incisives et les canines, ovoïde pour les prémolaires, cuboïde poulies grosses molaires. Cette cavité, qui se réduit progressivement au fur et à mesure que le sujet avance en âge, se prolonge en se rétrécissant dans toute la longueur de la racine et aboutit à l’orifice, signalé ci-dessus, qui occupe le sommet de cette dernière. La cavité centrale de la dent, tant dans sa portion radiculaire que dans sa portion coronaire, est comblée à l’état frais par une substance molle, que l’on désigne sous le nom de pulpe dentaire. Envisagée au point de vue de sa constitu-

Akcade supérieure

Grosses molaires Prémolaires Canines Incisives

Fig. 37.

Schéma représentant les deux arcades dentaires, vues par leur face externe avec leurs rapports réciproques (côté droit).

APPAREIL DE LA DIGESTION

tion anatomique, la dent se compose donc de deux parties : une partie molle, ; qui occupe le, centre et qui est la pulpe dentaire ; une partie dure , de consistance pierreuse, qui constitue sa périphérie. Cette portion dure est formée en majeure partie par une substance particulière, que l’on désigne indistinctement sous le nom de dentine ou d'ivoire (fig. 38, b). L’ivoire est recouvert extérieurement, au niveau de la couronne par Y émail {a), au niveau de la racine par le cément (c). La dent nous

offre donc à considérer les quatre parties suivantes : 1° la pulpe; 2° Y ivoire; 3° Y émail; 4° le cément.

1° Pulpe dentaire. — La pulpe dentaire, qui représente, chez l’adulte, la papille dentaire de la vie fœtale, est un organe mou, de couleur rougeâtre ou simplement rosé, occupant la cavité centrale de la dent et la remplissant entièrement.

a. Caractères microscopiques. — Elle a donc, naturellement, la même forme que la dent qui la recouvre : elle est fusiforme dans les canines, taillée en biseau dans les incisives, surmontée dans les molaires d’un certain nombre de saillies eonoïdes correspondant aux tubercules de la couronne. Son volume varie avec l’âge : très considérable chez l’enfant, la pulpe diminue chez l’adulte et se trouve très réduite chez le vieillard, où elle Unit même par disparaître complètement.

b. Composition chimique. — Examinée au point de vue chimique par Wurtz, la pulpe dentaire a été trouvée imprégnée d’un liquide fortement alcalin et contenant en dissolution une matière albuminoïde particulière : elle précipite, en effet, par l’acide acétique, caractère que ne présente pas l’albumine. Le liquide pulpeux renferme constamment une petite quantité de phosphate de chaux. Or, comme le phosphate de chaux ne se dissout que dans un milieu

acide, il est rationnel de penser que ce sel se trouve dans la pulpe, non à l’état de dissolution, mais à l’état de combinaison intimé avec l’albumine elle-même.

c. Structure. — Histologiquement, la pulpe dentaire est essentiellement formée par un tissu conjonctif mou et délicat, dont les principaux éléments, fibres et cellules, sont séparés par une matière amorphe extrêmement abondante.

a) Les fibres, d’une extrême finesse, plus ou moins anastomosées entre elles, ne paraissent être que les prolongements des cellules conjonctives.

P) Les cellules sont de deux ordres. Les unes (fig. 39), irrégulièrement disséminées dans toute l’étendue de la pulpe, sont des cellules conjonctives ordinaires ; elles sont fusiformes, étoilées, munies de prolongements plus ou moins nombreux; elles sont, d’autre part, relativement peu abondantes, surtout dans les parties centrales. Les autres (fig. 39, od) s’étalent à la surface de la pulpe, formant là, entre la pulpe et l ivoire, une rangée assez régulière, qui rappelle assez exactement les rangées d’ostéoblastes appliquées contre une lamelle osseuse en voie de formation : elles ont reçu le nom d "odonloblastes.

d, Odonloblastes. — Les odontoblastes, durant la période d’évolution de la dent.

Fig. 38.

Coupe longitudinale de la première molaire du chat (d’après Waldever).

a, émail. — b, ivoire ou denline. — c, cément. — e, périoste alvéolo-dentaire. — /, os de l’alvéole.

BOUCHE ET SES DÉPENDANCES

sont formés par des éléments cellulaires allongés, à grand axe perpendiculaire à la surface de l’ivoire. Mais, quand la dent a atteint son complet développement, ils deviennent arrondis ou ovoïdes :

quelques-uns d’entre eux sont même aplatis de dedans en dehors, comme nous le montre nettement la figure 39 ( Od i).

Chacun d’eux est constitué par un protoplasma fin et granuleux; il a un contour trè s net et possède un noyau, se cantonnant de préférence dans celle des deux extrémités de la cellule qui est en contact avec la pulpe.

Weil a décrit, au-dessous des odontoblastes, entre ceux-ci et la pulpe, une mince couche hyaline (couche basale). Mais cette couche, comme l’établissent les recherches d’EBNER et de- IIôse, ne paraît être qu’un produit artificiel.

Les odontoblastes envoient sur tout leur pourtour des prolongements protoplasmiques, que nous distinguerons , d’après leur direction, en internes, externes et latéraux (fig. 40) : les prolongements internes pénètrent dans la pulpe et s’y anastomosent vraisemblablement avec les prolongements des cellules conjonctives cidessus décrites ; les prolongements latéraux, toujours très courts, s’unissent avec les prolongements similaires des odontoblastes voisins; les prolongements externes, les plus importants des trois, s’engagent dans les tubes de l’ivoire, où ils constituent ce qu’on appelle les fibres de l’ivoire ou fibres de Tomes. Nous les retrouverons tout à l’heure (voy:

Ivoire). Disons ici, en passant, que chaque cellule peut envoyer dans l’ivoire une seule fibre ou des fibres multiples : on en a compté jusqu’à six pour la .même cellule.

e. Vaisseaux et nerfs. — Outre les éléments conjonctifs précités, la pulpe dentaire renferme des vaisseaux (sanguins et lymphatiques) et des nerfs, les uns et les autres fort nombreux. Nous les décrirons plus loin (voy. p 57).

Fig. 39.

Coupe transversale de la racine d’une jeune dent, pour montrer la pulpe en place (d’après Rose).

D, dentine ou ivoire. — P, pulpe dentaire. — V, V, veines. — A, A, artères. — N, filets nerveux. — Od, odontoblastes, de forme cylindrique, déposant encore de la dentine. — Od\ odontoblastes aplatis, ayant cessé de produire de la dentine.

Fig. 40.

Prolongements des odontoblastes (schématique).

1, ivoire. — 2, pulpe. — 3, trois odontoplastes, avec ; 4, leurs prolongements externes ; 5, leurs prolongements latéraux. — 6. 6’, leurs prolongements internes.

2° Ivoire. — L’ivoire ou dentine (fig. 38, b) est la partie principale de la dent. C’est une substance dure, d’une coloration blanchâtre, inclinant sur le gris jaunâtre. Sa densité, inférieure à celle de l’émail, est supérieure à celle du tissu compacte des os longs.

A. Forme et rapports. — L’ivoire, sur une dent quelconque, a la même forme

APPAREIL DE LA DIGESTION

générale que la dent elle-même. Sa surface inferieure répond à la pulpe. Sa surface extérieure est en rapport avec l’émail pour la partie coronaire de la dent,

b’ig. 4L

Coupe de la racine d’une dent, montrant à la fois l'ivoire, le cément et le périoste (d'après Rose).

1, cellules épithéliales contenues dans le périoste (restes de la gaine épithéliale de Hertwig). — 2, ostéoblastes. — 3, lacunes du cément. — 4, couche granuleuse de l’ivoire. — 5, ivoire.

avec le cément pour la partie radiculaire.

De même que l’émail recouvre entièrement la couronne, le cément forme à la racine ou aux racines un revêtement complet.

Les deux substances recouvrantes prennent réciproquement contact au niveau du collet et, à ce niveau, le bord supérieur du cément empiète légèrement sur l’émail, en se continuant avec la cuticule. 11 en résulte que, sur une dent parfaitement saine, l’ivoire n’est sur aucun point exposé au dehors.

B. Composition chimique. — Au point de vue chimique, l’ivoire renferme des substances organiques et des substances inorganiques, les premières dans la proportion de 28 p. 100, les secondes dans la proportion de 72 p. 100. Ces substances se décomposent comme suit, d’après l’analyse de Bibra :

Osséine 27,61 p. 100

Graisse 0,40 —

Phosphate de chaux et lluorure. 66. 72 —

— de magnésie .... 1,08 —

Carbonate de chaux 3,36 —

Sels solubles 0,83 —

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