C. Structure
parties suivantes
Histologiquement, l’ivoire nous offre à considérer les trois lu une substance fondamentale ; 2° dans cette substance fondamentale, des cavités tubuleuses appelées canalicules de V ivoire ; 3° dans ces canalicules, des fibres que l’on désigne sous les noms de fibres de V ivoire ou fibres de Tomes.
a. Substance fondamentale. — La substance fondamentale (fig. 41 , 5) se présente à l’œil sous la forme d’une matière transparente, homogène ou finement granuleuse. On la rencontre indistinctement dans toutes les régions de l’ivoire, mais cependant avec des proportions variables : c’est ainsi qu’elle est moins abondante dans la couronne que dans la racine, moins abondante aussi dans ses parties centrales (au voisinage de la pulpe) que dans ses parties périphériques (au voisinage de l’émail et du cément). Ces variations quantitatives tiennent naturellement aux variations volumétriques
b’ig. 42.
Coupe transversale d’une dent au niveau de la racine (d’après Rauber).
a, cavité pulpaire. — 6, dentine ou ivoire. — c, cément. — 1, lignes incrémentales. — 2, couche granuleuse de l’ivoire.
BOUCHE ET SES DEPENDANCES
que présente, sur les points sus-indiqués, le deuxième élément constitutif de l’ivoire, les canalicules.
Vu sur des coupes, l’ivoire nous présente çà et là un certain nombre de lignes courbes et parallèles entre elles, qui divisent la masse fondamentale en couches multiples et superposées : ce sont les lignes de contour d’OwEN, les lignes incrémentales ( incrémental Unes ) de Salter. Ces lignes, sur des coupes longitudinales de la dent, se présentent (fig. 3b) sous la forme d’arcs, surmontant la cavité pulpaire et plus ou moins parallèles à la surface de la couronne; sur des coupes transversales (fig. 42), elles se disposent sous la forme d’anneaux concentriques entourant la cavité pulpaire. Les lignes incrémentales sont la conséquence de la disposition stratifiée de l’ivoire, autrement dit résultent de ce fait que l’ivoire, au cours du développement de la dent, se dépose par couches successives tout autour de la pulpe, tout comme se déposent autour du vaisseau ossificateur les lamelles concentriques qui constituent les systèmes de Havers.
On rencontre assez fréquemment, de préférence le long des lignes incrémentales, un certain nombre de cavités irrégulières, dont le
contour paraît formé par des masses globu- . ^
leuses faisant saillie dans la cavité : de ce fait, „ . t . ’ . ' , .
Espaces mterglobulaires dans 1 ivoire
les cavités en question ont été désigées par (d’après Tomes).
Czermak sous le nom d’espaces inter globulaires.
La figure 43, que j’emprunte à Tomes, nous présente un de ces espaces, où les masses globuleuses qui le délimitent sont nettement marquées. Les espaces interglobulaires, que Czermak et Owen considéraient comme normaux, probablement à cause de leur fréquence, ne seraient, pour Magitot, que des accidents d’évolution, de véritables anomalies de structure. Tomes se range à cette dernière opinion et, pour lui, les espaces de Czermak doivent être considérés comme l’indice d’un arrêt de développement local.
Nous devons signaler encore, dans la partie toute superficielle de l’ivoire, la présence d’une quantité innombrable de lacunes (fig. 41,4), toutes petites, fort irrégulières, communiquant toutes les unes avec les autres et donnant à la région qu'elles occupent une apparence granuleuse : c'est la couche granuleuse de Tomes.
Ces lacunes , qui sont immédiatement sousjacentes à l’émail et au cément, sont plus apparentes au niveau de la racine qu’au niveau de la couronne. Nous verrons tout à l’heure qu’elles sont l’aboutissant d’un très grand nombre de canalicules de l’ivoire, de tous peut-être.
b. Canalicules de l’iooire. — Découverts par Leeuwenhoeck en 1673 et injectés pour la première fois par Geulach en 1859, les canalicules de l’ivoire (fig. 39 et 41) sont des tubes microscopiques, de 2 à 4 de diamètre en moyenne, qui
Fig. 44.
Tubes de l’ivoire se terminant dans les espaces de la couche granuleuse (d’après Tomes).
APPAREIL DE LA DIGESTION
prennent naissance sur la paroi de la cavité pulpaire et qui, de là, s’étendent sans interruption jusqu’à la couche granuleuse de l’ivoire, quelquefois plus loin, jusque dans les parties avoisinantes de l’émail. Ils suivent tous une direction radiaire et, par conséquent, sont perpendiculaires à la fois à la surface intérieure
et à la surface extérieure de l’ivoire :
Fi g. 45.
Tubes de l'ivoire, vus sur une coupe ' transversale (d'après Tomes).
(Le double contour est, à dessein, d’une netteté exagérée pour rendre la figure plus démonstrative.)
plus élevés, ceux qui se dirigent vers la
Fig. 46.
Coupe transversale de la dentine montrant les tubes dentaires (d'après Tomes).
Dans quatre tubes dentinaires, les fibrilles sont fortement colorées par le carmin. En même temps, elles sont quelque peu rétractées par l’action de la glycérine dans laquelle la coupe a été plongée.
partie centrale de la couronne, sont verticaux ; ceux qui viennent après sont obliquement ascendants; ceux qui répondent au collet et à la partie supérieure de la racine sont horizontaux; les inférieurs enfin, ceux qui répondent à la pointe de la racine, sont plus ou moins obliques, obliquement descendants.
Les canalicules ne sont pas rectilignes. L’examen des coupes nous apprend qu’ils décrivent deux ordres d’ondulations : de grandes ondulations, ondulations primaires de Tomes, qui se font à longs rayons et qui rappellent les inflexions de VS iliaque; de petites ondulations, ondulations secondaires de Tomes, qui ont moins d’amplitude que les précédentes, en même temps qu’elles sont infiniment plus nombreuses. D’après Kollikek, chaque canalicule décrirait eh général deux ou trois grandes courbes et un nombre très considérable (jusqu’à 200 par ligne) de petites courbes. Les ondulations primaires, s’effectuant au même niveau et dans le même sens pour les canalicules contigus, déterminent sur les coupes, par la manière dont elles réfléchissent la lumière, des lignes onduleuses que l’on désigne sous le nom de lignes de Schreger.
Au cours de leur trajet, les canalicules de l’ivoire s’envoient mutuellement de nombreuses anastomoses qui , suivant les cas (fig* 42), sont transversales ou
obliques, rectilignes ou disposées en anses, simples ou ramifiées. Arrivés dans les couches superficielles de l’ivoire, ils se divisent et se subdivisent en des rameaux extrêmement ténus, lesquels se jettent finalement dans les lacunes, ci-dessus décrites, qui constituent la couche granuleuse de Tomes.
Les canalicules de l’ivoire possèdent, comme les ostéoplastes et les canalicules osseux, une sorte de paroi cuticulaire , que l’on met en évidence par la décalcification : si l’on fait agir, en effet, une solution acide sur l’ivoire, on voit la substance fondamentale se dissoudre, tandis que la paroi des canalicules reste intacte. On la désigne ordinairement sous le nom de gaine de Neumann , bien qu’elle ait été signalée, avant
Fig. 47.
Coupe de l’ivoire (d’après Boll).
Sur le bord de la coupe, on voit se détacher les gaines dentinaires et de celles-ci sortir les fibrilles molles.
BOUCHE ET SES DEPENDANCES
Fig. 48.
Fragment d’ivoire a. traversé par des Fibrilles molles se continuant avec les cellules odontoblastiques 6, b (d’après Lionel Beale).
Neumann, par Kôlliker. Il convient d’ajouter que cette paroi propre n’est pas admise par tous les histologistes et que, pour beaucoup d’entre eux, la prétendue gaine de Neumann n’est qu’une dépendance de la substance fondamentale. A l’état frais, chaque canalicule renferme une fibre, la fibre de l'ivoire,
c. Fibres de l'ivoire . — Découvertes par Tomes, en 1853, les fibres de l’ivoire, que l’on appelle encore fibres de la dentine, fibres dentinaires, fibres de Tomes , sont situées dans les canalicules de l’ivoire et les remplissent entièrement. Comme eux, elles s’étendent en sens radiaire depuis la pulpe jusqu’à la couche granuleuse ; comme eux encore, elles se divisent et s’anastomosent réciproquement au cours de leur trajet. Les fibres de Tomes, comme nous l’avons déjà vu (p. 49), tirent leur origine de la face externe des odontoblastes et, par conséquent, ne sont que des prolongements (prolongements externes) du protoplasma de ces dernières cellules. Elles sont molles, amorphes, transparentes, élastiques. Elles se détruisent par la dessiccation, ce qui fait que, sur une dent macérée ou desséchée, les canalicules de l’ivoire se trouvent remplis d’air. Tomes, sans considérer les odontoblastes comme de véritables cellules nerveuses, attribue à leurs
prolongements externes un rôle important dans la sensibilité toute spéciale (chaud, froid, saveur acide et sucrée, sensation de contact) dont jouît l’ivoire.
3° Émail. — L’émail (fig. 38, a) est eette couche de tissu dur et compacte qui revêt la partie susalvéolaire de l’ivoire.
A. Forme et rapports. — L’émail recouvre toute la couronne à la manière d’un capuchon ou d’un chapeau, le chapeau d'émail . Il présente son maximum d’épaisseur au niveau de la surface triturante de la dent. De là, il se réduit graduellement en descendant sur les parties latérales et se termine, au niveau du collet, par un bord très mince, droit ou plus ou moins dentelé. Le chapeau d’émail nous offre à considérer deux surfaces, l’une interne, l’autre externe. — La surface externe repose immédiatement sur l’ivoire, auquel il adhère d’une façon intime sans interposition d’aucune substance. Elle est irrégulière, raboteuse, hérissée de pointes qui pénètrent dans l’ivoire et, d’autre part, creusée de petites cavités que viennent combler les tubes dentinaires : les deux substances, ivoire et émail, se pénètrent donc réciproquement. — La surface externe de l’émail paraît au premier abord lisse et unie. Elle nous présente, en réalité, un système de stries transversales, disposées perpendiculairement au grand axe de la couronne.
Fig. 49.
Coupe d'une partie de la couronne faite parallèlement aux prismes de l'émail (d’après Rauber).
a, un prolongement de l’ivoire. — 6, tubes de l’ivoire se prolongeant dans les parties voisines de l’émail. — c, c, prismes de l’émail. — d, d, prismes coupés en travers. — e, cuticule de l’émail.
APPAREIL DE LA DIGESTION
B. Caractères physiques. — L’émail a une coloration qui varie depuis le jaune plus ou moins foncé jusqu’au blanc mat et assez souvent jusqu’au gris bleuâtre (Magitot). Cette coloration, toutefois, ne lui appartient pas en propre : elle est celle de l’ivoire sous-jacent. L’émail, par lui-même, est diaphane ou très légèrement opalin. L’émail est d’une dureté et d’une résistance remarquables : il fait feu au briquet et émousse les instruments, la lime par exemple, avec lesquels on essaie de l’attaquer. Comme le diamant, l’émail n’est rayé que par lui-même et ainsi s’explique l’usure des couronnes dentaires frottant réciproquement les unes contre les autres dans les mouvements divers de la mastication
C. Composition chimique. — Les analyses chimiques décèlent dans l’émail une proportion considérable de matières inorganiques (95 p. 1 00), pour une proportion relativement faible de substances organiques (50 p. 100 seulement). Voici d’après Bibra, comment se répartissent ces substances chez l’enfant nouveau-né et chez l’adulte.