RA T K
la grosse tubérosité
seront décrits plus loin à propos des enveloppes de la rate. En les signalant ici, nous ferons remarquer qu’ils sont ordinairement très lâches et que, s’ils s’opposent à ce que le viscère abandonne sa région pour aller dans une autre, ils lui permettent toujours de se mouvoir librement sur place.
Et, de fait, la rate est presque continuellement en mouvement, comme l’établissent les nombreuses recherches de Gerhardt, de Richet, de Leichtenstern, de Prcou, etc. au moment dte l’inspiration, elle s’abaisse et se porte en avant, pour regagner, au moment de l’expiration, sa position initiale de l’estomac, en se distendant, la refoule en dehors , en même temps qu’elle lui imprime un certain mouvement de rotation, en vertu duquel l’axe de la rate se rapproche plus ou moins de la verticale ; le côlon transverse, à son tour, quand il passe de l’état de vacuité à l’état de réplétion, soulève l’extrémité inférieure de la rate et la rapproche de la position horizontale.
Les changements d’atti-
tude du corps influencent, de leur côté, les rapports de la rate et les cliniciens savent parfaitement que, lorsqu’on passe du décubitus dorsal au décubitus latéral droit, la rate se déplace en bas et en avant comme dans une forte inspiration.
Exceptionnellement, et par suite d’un relâchement anormal de ses ligaments, la rate quitte l’hypochondre gauche: on peut la rencontrer, suivant les cas, à l’hypogastre, dans la région iliaque, au pli de l’aine et jusque dans le bassin.
Fig. 887.
La rate, vue interne.
1, extrémité supérieure. — 2, extrémité inférieure. — 3, bord postérieur. — 4, bord antérieur. — 5, bord interne. — 6, 6, iucisures. — 7, face postéroiuterne. — 8, face antéro-interne, avec : 9, le hile; 10, sa portion préhilaire; 11, sa portion rétro-hilaire.
4° Nombre, rates surnuméraires. — La rate est ordinairement unique chez l’homme. Dans certains cas, cependant, on trouve dans son voisinage de petites masses, arrondies ou ovalaires, de coloration rouge foncé ou même noirâtre, qui présentent la même structure qu’elle et, par conséquent, constituent de véritables rates surnuméraires ou accessoires.
Le volume de ces rates surnuméraires varie le plus souvent de la grosseur d’un œuf à celui d’un pois. Leur nombre n’est pas moins variable : les cas de double rate sont relativement assez fréquents; Sappey a observé trois rates sur deux sujets; il en existait quatre dans un cas de Duverney, cinq dans un cas de Patin, sept dans un cas de Baillie, sept également dans un cas de Cruveilhier ; Otto en aurait
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
rencontré jusqu’à vingt-trois sur le même sujet. J’ai observé moi-même jusqu’ici trois faits de rates surnuméraires. Dans les deux premiers faits, il existait, immédiatement en arrière de la rate normale, une rate surnuméraire de la grosseur d’une noix. Dans le troisième fait (fig. 888), il y avait quatre rates surnuméraires, disposées le long de la grande courbure de l’estomac, un peu au-dessous des vaisseaux courts : la plus volumineuse d’entre elles mesurait 14 millimètres
de diamètre f les trois autres étaient de la grosseur d’un pois ordinaire.
Les rates surnuméraires se développent de préférence, soit dans l’épiploon gastro-splénique, soit dans l’épiploon pancréatico-splénique. Mais on les rencontre aussi dans la masse graisseuse qui entoure le rein et jusque dans le grand épiploon.
Quels que soient le nombre, le siège et les dimensions des rates surnuméraires, chacune d’elles possède toujours un pédicule vasculaire qui lui appartient en propre.
5° Dimensions et poids. — La longueur de la rate mesure, en moyenne, 13 centimètres ; sa largeur est de 8 centimètres ; son épaisseur, de 3 centimètres à 3 centimètres et demi; son poids, de 180 à 200 grammes.
Mais ce ne sont là que des chiffres moyens : la rate, comme le foie, plus encore que le foie, présente suivant les sujets des variations volumétriques et pondérales souvent fort étendues. Il n’est pas rare de rencontrer des rates de 120, 100 et 80 grammes ; quelques auteurs parlent de rates qui ne pesaient que 20 et même 10 grammes. Par contre, on voit le poids de la rate s’élever parfois à 3 ou 4 kilogrammes. On en cite même de plus volumineuses: en fouillant dans la littérature anatomique ancienne, on trouve la mention d’une rate de 12 livres (Heswig), d’une rate de 15 livres (Scultet), d’une rate de 18 livres (Duverney), d’une rate de 20 livres (Columbo). Enfin, dans un cas jusqu’ici unique, Boscus aurait observé une rate qui pesait jusqu’à 33 livres.
Le poids de la rate ne varie pas seulement suivant les sujets, il varie aussi suivant les âges et suivant les sexes. — Les recherches déjà anciennes de Gray nous apprennent que, vers le sixième mois de la vie intra-utérine, le développement de la rate devient très rapide. Au moment de la naissance, son .poids représenterait environ la i /350e partie du poids total du corps et cette proportion se maintiendrait sans grande variation jusqu’à l’âge adulte. Puis, à partir de cinquante ans, le poids de la rate diminue graduellement de façon à ne plus représenter, dans l’extrême vieillesse, que la A /700e partie du poids du corps. — En ce qui concerne le sexe, l’observation démontre que la rate est d’ordinaire un peu plus petite chez la femme que chez l’homme. Mais une pareille formule, si elle est vraie quand il s'agit du poids absolu, est erronée s’il s’agit du poids relatif : si l’on rapporte le
Fig. 888.
Fœtus d’un mois présentant quatre rates surnuméraires.
1, grosse tubérosité de Reslomac. — 2, rate fortement écartée. — 3, épiploon gastro-splénique. — 4, grand épiploon. — 5, 5, 5, 5, quatre rates' surnuméraires, situées dans l’épaisseur de l’épiploon gastro-splénique. — 6, côlon transverse.
RATE
poids de la rate à la taille du sujet, on constate que cet organe est également développé dans l’un et l’autre sexes.
Les recherches de Giesker, de Dittmar, de Schonfield tendent à de'montrer que la rate augmente de volume pendant la période de la digestion. C’est cinq ou six heures après le repas que cette augmentation de volume atteindrait son maximum. Picou, qui, à l’aide du phonendoscope, a confirmé les recherches précitées, estime que l’accroissement volumétrique en question ne dépasse guère, pour la largeur de la matité splénique, le chiffre de 1 centimètre à I centimètre et demi.
Le poids spécifique de la rate est de 1,060 d’après Soemmering, de 1,037 d’après Schubler et Kapf. Sappey donne le chiffre intermédiaire de 1,034.
6n Couleur. — La rate présente une coloration fondamentale rouge, variant du gris rougeâtre à la teinte lie de vin.
Examinée sur le vivant, elle est ordinairement d’un rouge foncé. Après la mort, elle revêt une teinte plus sombre avec un reflet bleuâtre ou violacé. Si la mort date de plusieurs jours, la couleur de la rate, par suite de l’altération cadavérique, n’est plus uniforme et, à côté des points qui ont conservé leur coloration rouge, il en est d’autres qui présentent une teinte livide ou franchement noirâtre.
La coloration rouge, qui caractérise la rate est due à la grande quantité de sang qui circule dans sa masse. Si, en effet, on vient à l’hydrotomiser, c’est-à-dire si on la soumet à un lavage intérieur, qui entraîne peu à peu tous les éléments du sang, on voit la coloration rouge de l’organe s’atténuer peu à peu pour faire place à une coloration grise, qui s’éclaircit elle-même graduellement et aboutit en définitive, lorsque le lavage est complet, à une teinte absolument blanchâtre.
7° Consistance. — Un des traits les plus caractéristiques de la rate est son extrême friabilité: c’est certainement le plus mou et le moins résistant de tous les organes glandulaires. Chacun sait qu’elle se laisse facilement écraser entre les doigts. Facilement aussi elle se rupture sous l’action des chocs violents, que ces chocs soient appliqués directement sur la région qu’elle occupe ou qu’ ils lui soient transmis à distance, comme cela arrive dans les chutes d’un lieu élevé. D’autre part, la rate se décompose, après la mort, avec la plus grande rapidité : même en hiver, deux ou trois jours suffisent, comme le fait remarque]* Huschke, pour l’altérer au point qu’il n’est plus possible de reconnaître les divers éléments qui la constituent.
§ II. — Conformation extérieure et rapports
La forme de la rate est éminemment variable et nous la voyons comparée, tour à tour : par Haller, à un ellipsoïde coupé suivant son grand axe ; par Assolant, à un prisme triangulaire ; par Cunningham, à un tétraèdre à base inférieure, etc. Si nous examinons la rate à l’état d’isolement, elle se présente à nous (fig. 890) avec un contour ovalaire, une face externe regardant le diaphragme et une face interne tournée du côté de la cavité abdominale : cette face interne nous présente une saillie longitudinale, qui là divise nettement en deux portions, l’une antérieure, l’autre postérieure. Si, maintenant, nous examinons la rate en place, sur une coupe transversale pratiquée sur un sujet congelé (fig. 889,1), nous constatons qu’elle a la forme d’un triangle, à base externe et à sommet dirigé en dedans. La rate est donc une sorte d’ovoïde à coupe transversale triangulaire. Nous lui décrirons, en conséquence, trois faces, deux bords et deux extrémités.
1° Faces. — Des trois faces de la rate, l’une est externe , les deux autres internes.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
Nous distinguerons ces deux dernières en postéro-interne et antéro -interne :
a. Face externe. — La face externe, convexe et lisse, répond au diaphragme, d’où le nom de face phrénique, sous lequel la désignent encore certains auteurs. Au delà du diaphragme, elle est en rapport avec la cavité pleurale, la partie inférieure du poumon gauche, la paroi thoracique et les parties molles qui la recouvrent.
Suivant certains auteurs, cette face externe serait en rapport avec l’extrémité gauche du foie, qui non seulement arriverait à son contact, mais se prolongerait sur elle et la recouvrirait dans une étendue plus ou moins considérable. Je crois devoir considérer cette disposition comme exceptionnelle. Je ne l’ai observée, en effet, que dans des cas fort rares ; encore. était-ce sur des sujets où le foie était plus
volumineux que d’habitude et l’estomac entièrement vide. L’estomac, à l’état de réplétion ou de demi-réplétion, s’interpose toujours (fig. 280, p. 299) entre le lobe gauche du foie et l’extrémité supérieure de la rate.
La face externe de la rate ne donne insertion à aucun ligament, du moins dans les conditions normales. Toute adhérence entre la face externe de la rate et le diaphragme est pathologique.
b. Face postéro-interne. — La face postéro-interne ou face rénale , la plus petite des trois, est comprise entre le bord interne et le bord postérieur. Concave à la fois dans le sens vertical et dans le sens transversal, elle repose dans toute son étendue sur la face antérieure du rein gauche et de la glande surrénale qui la surmonte. Ce rapport entre la rate et le rein est à peu près immédiat : il n’existe, en effet, entre les deux viscères (fig. 889) qu’un double feuillet péritonéal. J’ajouterai même qu’il est constant : je veux dire qu’aucun organe, à l’état normal, ne vient s’interposer, à ce niveau, entre la rate et le rein. Le rein et la capsule surrénale séparent la rate de la colonne vertébrale.
c. Face antéro -interne . — La face antéro interne ou face gastrique est, dans la grande majorité des cas, beaucoup plus étendue que la face précédente. Elle regarde en dedans et en avant. Elle nous présente à sa partie postérieure, un peu en avant du bord interne, un certain nombre de fossettes, six ou huit en moyenne, disposées les unes au-dessus des autres suivant une ligne plus ou moins verticale. Ces fossettes, qui livrent passage aux vaisseaux et aux nerfs spléniques (fig. 887), constituent par leur ensemble ce qu’on appelle le hile de la rate.
Le hile de la rate, tout en se rapprochant beaucoup du bord interne, en est séparé par un intervalle, dont la largeur varie de quelques millimètres à un centimètre. Il en résulte que notre face antéro-interne se trouve subdivisée par le hile en deux parties : une partie antérieure ou préhilaire, qui est de beaucoup la plus importante; une partie postérieure ou rétro-hilaire , tout étroite, qui longe le bord interne.
La face antéro-interne de la rate présente des rapports importants. — Dans sa portion rétro-hilaire, tout d’abord, elle répond à l’arrière-cavité des épiploons, dont
2 ip 8
Coupe horizontale de la rate, passant par l’union du rein et de la capsule surrénale (nouveau-né, sujet congelé).
1, rate, nettement triangulaire, avec trois faces et trois bords. — 2, estomac. — 3, glande surrénale, au centre de laquelle apparaît le pôle supérieur du rein rasé par la coupe. — 4, diaphragme. — 5, plèvres et cavité pleurale. — 6, paroi costale. — 7, peau. — 8, pancréas. — 9, diaphragme. — 10, arrière-cavité des épiploons.
RATE
elle est séparée par l’épiploon pancréatico-splénique, quand celui-ci existe. — Dans sa portion prehilaire , elle est en rapport : l°en haut, et dans la plus grande partie de son étendue, avec la grosse tubérosité de l’estomac ; 2° tout en bas, dans une étendue qui représente le cinquième ou le quart inférieur de cette face, avec l’extrémité gauche du côlon transverse et la portion initiale du côlon descendant. — Le hile lui-même répond aux gros vaisseaux qui vont à la rate ou qui en reviennent. Il répond aussi, au voisinage de son extrémité inférieure, h la queue du pancréas (voy. Pancréas ), qui lui est unie parfois par un repli du péritoine, Yépiploon pancréatico-splénique .
2° Bords. — Les trois bords de la rate se distinguent, d’après leur situation, en antérieur , postérieur et externe :
a. Bord antérieur. — Le bord antérieur, plus ou moins convexe, ordinairement mince et presque tranchant, se porte obliquement de haut en bas et d’arrière en avant. Assez souvent, on le voit suivre tout d’abord une direction transversale, et cela dans une étendue de 3 ou 4 centimètres, puis s’infléchir en bas pour gagner en ligne droite l’extrémité inférieure de l’organe. Le bord antérieur nous présente, dans ce cas, deux portions nettement distinctes, l’une transversale, l’autre verticale.
Envisagé au point de vue de ses rapports, ce bord antérieur répond : 1° en dehors, au muscle diaphragme; 2° en dedans, à la grosse tubérosité de l’estomac.
Sur le bord antérieur de la rate se voient assez souvent (fig. 887, 6) des incisures plus ou moins profondes, tantôt transversales, tantôt obliques, vestiges probables d’une division primitive de l’organe en segments multiples et indépendants.
b. Bord postérieur. — Le bord postérieur se dirige, comme le précédent, obliquement de haut en bas et d’arrière en avant. 11 dilfère de l'antérieur en ce qu’il est plus épais et beaucoup moins convexe : il est rectiligne plutôt que convexe.
On y observe, comme sur le bord antérieur, des incisures, mais elles y sont en général beaucoup plus rares.
Au point de vue de ses rapports, le bord postérieur se loge dans l’espèce d’angle dièdre (fig. 889) que forme le bord externe du rein avec la paroi abdominale.
c. Bord interne. — Le bord interne ( margo intermedius de Luschka), qui sépare la face rénale de la face gastrique, se dirige obliquement, lui aussi, en bas et en avant. Il est le plus souvent fort irrégulier, arrondi et mousse plutôt quetranchant. 11 s’étend, en haut, jusqu’à l’extrémité supérieure de la rate ou à son voisinage. En bas, il descend de même jusqu’au voisinage de l’extrémité inférieure.
Dans certains cas (fig. 890), il se divise en bas en deux branches divergentes.: Tune antérieure, qui se porte vers l’extrémité inférieure de l’organe; l’autre postérieure, qui vient se terminer sur le bord postérieur. Le bord interne, avec ses deux
Fig. 890.
Rapports intimes de la raie.
La rate représentée dans celte figure avait une forme nettement tétraédrique, avec une face basale (2).
1, extrémité supérieure. — 2, face basale. — 3, bord antérieur, aVec ses incisures. — 4, bord postérieur. — 5, bord interne. — 6, zone gastrique (en violet). — 7, zone rénale et capsulo-rénale (en bleu). — - 8, zone colique (en rose). — 9, zone pancréatique (en rouge).
branches de bifurcation, rappelle assez bien alors un Y renversé (jf). La portion de la rate qui se trouve incluse entre les deux branches divergentes de l’Y, représente, pour ainsi dire, une quatrième face, la face basale de Cuninngham. Cette face basale, disons-le tout de suite, est loin d’être constante : Constantinesco ne l’a rencontrée que huit ou dix fois sur les cent rates qu’il a étudiées ; moi-même, sur quarante rates que j’ai examinées, je n’ai vu la face basale bien nettement représentée que sur six.
Le bord interne de la rate répond à l’angle dièdre que forment, en s’adossant l’une à l’autre, la face antérieure du rein (ou la glande surrénale qui le surmonte) et la grosse tubérosité de l’estomac (fi g. 891). Quant à la surface basale, elle est en rapport, quand elle existe, avec le coude gauche du côlon.
3° Extrémités. — Des deux extrémités de la rate, l’une regarde en haut et en arrière, c’est la supérieure ; l’autre se dirige en bas et en avant, c’est Yinfé-
5 rieure.
1, côlon transverse, avec 1\ ses appendices épiploïques. — 2, côlon descendant. — 3, paroi abdominale, érignée en dehors. — 4, ligament phréno- point de Vlie de Sa forme,
colique gauche. — 5, rate, reposant sur le ligament phréno-colique. ^
rondie, tantôt mince et plus ou moins eflilée. C’est à son niveau que viennent se terminer les trois bords de l’organe.
L’extrémité supérieure de la rate répond : 1° en avant, à la face postérieure de l’estomac ; 2° en arrière, au diaphragme et, par l’intermédiaire de ce muscle, à la cavité pleurale et à la base du poumon gauche.
Dans certains cas, comme nous l’avons vu plus haut, elle est séparée du muscle diaphragme par l’extrémité gauche du foie, qui s’avance sur elle sous la forme d’une languette aplatie de haut en bas : nous avons déjà dit plusieurs fois (voy. Foie) que cette disposition, qui est la règle chez le fœtus et que l’on rencontre encore assez fréquemment chez l’enfant, est tout à fait exceptionnelle chez l’adulte. Assez souvent, on trouve sur cette extrémité l’empreinte de la tête de la onzième côte, et Constantinesco, qui signale le fait, se demande si la colonne vertébrale ne joue pas un rôle très important dans les déchirures si fréquentes de la rate.
b. Extrémité inférieure. — L’extrémité inférieure ou queue de la rate , plus petite que la précédente, parfois même plus ou moins effilée en pointe, répond au coude que fait le côlon transverse en se continuant avec le côlon descendant. Elle repose là (fig. 891) sur la face supérieure, creusée en cupule, d’un petit repli péri-
Fig. 891.
Ligament phréno-colique gauche ou sustentaculuni lienis.
a. Extrémité supérieure .
— L’extrémité supérieure, que l’on pourrait tout aussi bien appeler postérieure, est ordinairement (mais pas toujours) la plus volumineuse des deux : de là le nom de tête de la rate que lui donnent certains anatomistes. Elle se trouve située à la hauteur de la dixième dorsale, à 1 ou 2 centimètres en dehors de la colonne vertébrale, parfois contre la colonne elle-même. Au
elle est tantôt épaisse et ar-
RATE
tonéal, de forme triangulaire, qui s’étend horizontalement de l’extrémité gauche du côloïi transverse et de son mésocôlon à la paroi latérale de l’abdomen ( ligament phréno-colique .
Projection de la rate sur la paroi costale. — La face externe de la rate répond aux 9°. 10*. 11° côtes et aux espaces intercostaux correspondants. Sa circonférence, projetée sur la paroi thoracique, revêt naturellement la forme d'un ovale irrégulier, dont le grand axe se dirige obliquement en bas et en dehors, en suivant à peu près la direction des dernières côtes. Nous désignerons cet ovale sous le nom de zone splénique ■ Sa situation, autrement dit, ses limites ont aujourd'hui, en raison des opérations que l’on pratique sur la rate, une importance considérable. Voici comment il convient de les tracer (fig. 892) :
1° Marquez sur le thorax un premier point, point a , situé sur la face externe de la 40e côte, au niveau du point où cette côte s’articule avec le sommet de l’apophyse transverse de la 10° vertèbre dorsale, à 30 millimètres environ de la ligne médiane. Ce point a répond à l’extrémité supérieure de la rate :
2° Marquez un deuxième point, point b , situé à 13 centimètres du précédent, dans le 10e espace intercostal, à peu près à égale distance de la côte qui est au-dessus et de la côte qui est au-dessous. Ce point b répond à l’extrémité inférieure de l’organe ;
3° Menez une verticale partant du sommet du creux de l’aisselle [ligne axillaire moyenne ), et marquez le point, point c, où cette ligne croise le bord inférieur de la 9e côte. Ce point c répond au bord antérieur de la rate, à peu près à l’union de ses deux tiers supérieurs avec son tiers inférieur:
4° Ceci posé, réunissez le point a au point c par une première courbe, qui s’élève tout d’abord dans le neuvième espace intercostal, puis longe la face interne de la neuvième côte, en remontant, par son point le. plus élevé, jusqu’au bord supérieur de cette neuvième côte (ne pas oublier que la rate remonte très fréquemment dans le huitième espace intercostal jusqu’à la huitième côte) : réunissez, ensuite, le point c au point b , par une deuxième courbe, qui, continuant la direction de la précédente, croise très obliquement le neuvième espace intercostal d’abord, puis la face interne de la dixième côte ; réunissez, enfin, le point b au point a par une troisième courbe, qui descend tout d’abord dans le dixième espace intercostal, longe ensuite la face interne de la onzième côte, sur un point très rapproché de son bord supérieur, et remonte enfin dans le dixième espace intercostal pour gagner la face interne de la dixième côte, où se trouve le point a notre point de départ. Vous avez ainsi sous les yeux la zone splénique .
Comme on le voit, c’est un ovale à grand axe sensiblement parallèle à la direction des côtes. Son extrémité interne est située à 30 ou 35 millimètres de la ligne médiane ; son extrémité externe déborde la ligne axillaire de 15 à 30 millimètres. Son bord antéro-supérieur, convexe, remonte jusqu’au 8e espace intercostal, quelquefois jusqu'au bord inférieur de la 8e côte. Son bord postéroinférieur. enfin, suit assez régulièrement le bord supérieur de la 11° côte.
Si, maintenant, nous examinons quels sont les rapports de la zone splénique avec les deux lignes yy et zz qui représentent, la première le bord inférieur de la plèvre, la seconde le bord inférieur des poumons, nous constatons : 1° que la rate est tout entière recouverte par la plèvre : 2° que sa partie supérieure seulement, environ les deux cinquièmes, est recouverte par le poumon gauche.
Le procédé que nous conseillons pour tracer sur le thorax la zone splénique est, comme on le voit, extrêmement simple : il est comme la moyenne des résultats que m’ont donnés de nombreuses recherches sur des sujets adultes de l’un et de l’autre sexes. Il a malheureusement tous
Cviii, Cix. Cx, Ci. Cxii, huitième, neuvième, dixième, onzième et douzième côtes. — Dix, Dx, Dxi, Dxii, neuvième, dixième, onzième et douzième ver tèbres dorsales. — Li, Lu, les deux premières vertèbres lombaires. — 1, rein.
— 2, rate. — 3, ligament cintré du diaphragme. — xx. ligne axillaire moyenne.
— yy, ligne pointillée répondant au bord inférieur de la plèvre. — zz, ligne pointillée répondant au bord inférieur du poumon.
GLANDES A SECRETION INTERNE
les inconvénients des formules géométriques appliquées à des dispositions qui, non seulement n’ont rien de constant, mais sont au contraire eUrêmement variables : s’il est précis dans la plupart des cas, il en est d’autres, beaucoup d’autres, où il se trouvera en défaut.
§ fil. — Constitution anatomique
La rate a une structure essentiellement complexe et sa signification anatomophysiologique, malgré les nombreuses recherches qui ont été entreprises à ce sujet dans ces derniers temps, n’est pas encore nettement élucidée. Nous lui considérerons, comme au foie : 1° deux enveloppes ; 2° un tissu propre.
A. — Enveloppes de la rate
Les deux enveloppes de la rate se distinguent en externe et interne. La première, séreuse, est une dépendance du péritoine, c’est le péritoine splénique. La seconde,
fibreuse, appartient en propre à la rate.
1° Enveloppe séreuse, péritoine splénique. — L’enveloppe séreuse, dépendance du péritoine, entoure la rate dans la plus grande partie de son étendue. D’autre part, elle forme trois ou quatre replis qui relient le viscère aux organes voisins. Ce sont : l'épiploon gastro-splénique , Y épiploon pancréaticosplénique, le ligament phrèno-splénique et le ligament spleno- colique.
a. Epiploon gastro-splénique. — L’épiploon gastro-splénique (fig. 893, 3) est une cloison verticale et transversale, allant de la grosse tubérosité de l’estomac au hile de la raie.
Il se compose de deux feuillets : un feuillet anterieur, qui provient de la face antérieure de l’estomac et se rend à la lèvre antérieure du hile ; un feuillet postérieur, qui, de la face postérieure de l’estomac, se porte vers la lèvre postérieure de ce même hile. Entre ces deux feuillets cheminent l’artère gastro-épiploïque gauche et les vaisseaux courts.
En atteignant le hile, les deux feuillets constitutifs de l’épiploon gastro-splénique, jusque-là adossés l’un à l’autre, s’écartent pour suivre un trajet fort différent (voy. fig. 889 et 894). — Le feuillet antérieur , s'infléchissant en avant, tapisse tout d’abord la face antéro-interne de la rate. Puis, contournant son bord antérieur, il revêt sa face externe dans toute son étendue, parvient ainsi à son bord
Fig. 893.
Épiploon gastro-splénique, vue antérieure (nouveau-né).
1, rate, avec : 1’, son bord antérieur ; 1”, sa face antéro-interne ; 1”’, son bile. — grosse tubérosité de l'estomac. — 3, épiploon gastro-splénique. — 4, ligament phréno-gaslriqm , faisant suite, en haut, à l'épiploon gastro-splénique. — 5, épiploon gastro-colique, faisant suite, en bas, à l’épiploon gastro splénique. — 1>, arrièrecavité des épiploon*. av< c : 6’, son bord gauche. — 7, diaphragme, érigné en haut et en dehors.
RATE
postérieur, le contourne à son tour et arrive à la face postéro-interne, qu’il recouvre d’arrière en avant jusqu’au niveau du hile. Là, abandonnant la rate, il se réfléchit en arrière se jette sur la paroi abdominale au niveau du rein et, finalement, se recourbe de dedans en dehors et d’arrière en avant pour tapisser le diaphragme. — Le feuillet postérieur de l'épiploon gcistro-splenique , parti de la lèvre antérieure du hile, se dirige obliquement en arrière et en dedans. Il s’applique tout d’abord contre le feuillet précédent, qu’il accompagne jusqu’à la paroi abdominale. Là, il s’en sépare et, se portant définitivement en dedans, il revêt successivement la face antérieure du pancréas, l’artère aorte et la veine cave inférieure, en formant, à ce niveau, la paroi postérieure de l’arrièrecavité des épiploons (fig. 894, 13).
b. Epiploon paner éatieo- splénique et ligament phréno-splénique. — Gomme on le voit par notre description et mieux encore par la coupe cicontre (fig. 894), le hile de la rate ou la partie de la face antéro-interne qui avoisine ce hile est relié à la paroi abdominale postérieure par un repli péritonéal , dont les deux feuillets ne sont que les prolongements des deux feuillets de notre épiploon gastro-splénique, lesquels s’adossent de nouveau après que le feuillet antérieur a enveloppé la rate : on pourrait l’appeler le ligament postérieur de la rate. C’est entré les deux feuillets de ce ligament que cheminent les vaisseaux spléniques. La partie supérieure de ce repli, qui s’étend de la tête du viscère au diaphragme, n’est autre que le ligament phréno-splénique ou ligament suspenseur de la rate. Sa partie inférieure, qui se trouve justement représentée dans la figure 894 (10) et qui relie la queue du pancréas à la face interne de la rate, est X épiploon paner éatico-splénique. L’épiploon pancréatico-splénique n’est pas constant. Wiart, sur les nombreux sujets qu’il a examinés, déclare même ne l’avoir jamais rencontré. Quand il existe, sa longueur (c’est-à-dire son étendue dans le sens transversal) mesure de l à 5 centimètres.
c. Ligament spléno-colique. — On rencontre parfois un petit repli épiploïque qui, partant de l’extrémité inférieure de la rate, vient se fixer, d’autre part, sur le côlon transverse au niveau du point où il se coude pour former le côlon descendant : c’est le ligament spléno-colique. Il est assez rare. Il peut, au lieu de se
Fig. 894.
Coupe horizontale du tronc passant par le hile de la rate, pour montrer les relations de cet organe avec le péritoine.
1, rate. — 2, estomac. — 3, queue du pancréas. — 4, veine cave inférieure. — b, aorte. — 6, artère splénique. — 7, vaisseaux courts. — 8, paroi thoraco-abdominale. — 9, épiploon gastro-splénique. — 10, épiploon pancréatico-splénique. — 11, épiploon gastro-hépatique, avec 1 1’, le pédicule du foie. — 12, hiatus de Winslow. — 13, arrière-cavité des épiploons. — 14, plèvre gauche.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
porter sur le côlon lui-même, venir s’insérer sur le mésocôlon transverse ou même sur le ligament phréno-colique.
2° Enveloppe fibreuse. — La tunique fibreuse appartient en propre à la rate, qu’elle entoure complètement. Elle est mince, demi-transparente, adhérant intimement (fig. 895, 2), d’une part à la séreuse péritonéale qui la recouvre, d’autre part à la pulpe splénique sur laquelle elle s’étale.
Au niveau du hile et analogue en cela à la tunique fibreuse du foie, elle se réfléchit sur les vaisseaux et pénètre avec ces derniers dans l’intérieur de l’organe, en leur formant des gaines cylindriques qui se divisent et se subdivisent comme eux. L’ensemble de ces gaines constitue ce qu’on appelle la capsule de Malpighi, laquelle, par son origine et sa disposition, rappelle exactement la capsule de Glisson, que nous avons déjà décrite à propos du foie. Chacune d’elles, les plus petites comme les plus larges, renferme à son centre, au milieu d’un tissu conjonctif lâche, une artère, une veine et un ou deux canaux lymphatiques.
De la face interne de la capsule fibreuse de la rate se détachent une multitude de prolongements trabéculaires (fig. 895, 3), qui se portent ensuite dans l’intérieur de l’organe. A leur tour, les gaines vasculaires précitées ( gaines malpighiennes) donnent naissance, par leur face externe, à des prolongements analogues. Ces prolongements se divisent et se subdivisent au fur et à mesure qu’ils s’éloignent de leur origine : sous les formes diverses de cloisons, de lames , de lamelles , de petits cordons filiformes , ils s’entrecroisent et s’anastomosent dans tous les sens, délimitant ainsi, dans toute l’épaisseur du viscère, un système de cavités ou aéroles, que l’on a désignées longtemps sous le nom de cellules de la rate. C’est dans ces aréoles formées par le réseau conjonctif trabéculaire, aréoles toujours irrégulières et de dimensions fort inégales (leur diamètre varie de 1 à 5 millimètres), mais communiquant toutes entre elles, que se loge le tissu propre de la rate.
Histologiquement, la capsule fibreuse de la rate, la capsule de Malpighi et leurs prolongements sont essentiellement formés par des fibres conjonctives et des fibres élastiques, auxquelles viennent se joindre, chez certains animaux, un grand nombre de fibres musculaires lisses. Ces fibres musculaires sont surtout abondantes chez le chien, le porc, le mouton, etc. Chez l’homme, elles sont relativement fort rares et on ne les rencontre guère que sur les trabécules conjonctives les plus déliées.
B. — Tissu propre de la rate
Les espaces aréolaires ci-dessus décrits sont comblés (fig. 895) par une substance de couleur lie de vin, de consistance molle, que l’on a comparée à une pulpe et que l’on désigne, pour cette raison, sous [le nom d e pulpe splénique. Cette pulpe splénique est comme parsemée de petits corpuscules blanchâtres, que l’on appelle indifféremment corpuscules spléniques ou corpuscules de Malpighi. La pulpe splénique et les corpuscules de Malpighi constituent, dans leur ensemble, le tissu propre de la rate.
1° Corpuscules de Malpighi. — Les corpuscules de la rate ont été découverts, en 1866, par Malpighi, d’où le nom de corpuscules de Malpighi que leur donnent aujourd’hui tous les anatomistes.
a. Forme , dimensions, nombre. — Ils nous apparaissent, sur les coupes de la rate, sous la forme de petites masses vésiculeuses (fig. 895, 4), assez régulièrement
RATE
Fig. 895.
Coupe de la rate [demi-schématique) .
1, péritoine splénique, avec la couche^celluleuse souspérilonéale. — 2, enveloppe fibreuse. — 3, 3’, travées et trabécules. — 4, corpuscule de Malpighi, avec : 4’, leur centre germinatif. — 5, pulpe splénique, avec ses cordons anastomosés (cordons de Billrolli). — 6, vaisseaux.:
arrondies, tranchant nettement par leur coloration blanchâtre ou blanc grisâtre sur la teinte rouge foncé de la pulpe : c’est la pulpe blanche de certains auteurs, par opposition à la pulpe splénique proprement dite, qui, pour eux, devient la pulpe rouge.
Leur diamètre varie ordinairement de ümu,,3 à 0mm,4 : il en existe de plus gros, comme aussi on peut en rencontrer de beaucoup plus petits. Ils sont séparés les uns des autres par des intervalles qui varient de 2 à 5 millimètres.
Ils sont extrêmement nombreux : d’après Sappey, il en existerait un pour chaque espace cubique de 3 millimètres, ce qui porterait à 10.000 environ le chiffre total des corpuscules que renferme une rate de moyennes dimensions.
b. Rapports avec les vaisseaux. — Les corpuscules de Malpighi présentent ce caractère commun qu’ils sont annexés aux artères de petit calibre (fig. 896), à ces artères que nous décrirons plus loin sous le nom d 'artères pénicillées : tantôt,
ils leur sont accolés; tantôt, ils leur sont comme suspendus par une sorte de pédicule; d’autres fois, ils viennent prendre place dans l’angle de bifurcation du vaisseau. Très souvent, on voit le rameau’artériel traverser le corpuscule, soit à sa partie centrale, soit au voisinage de l’une ou l’autre de ses deux extrémités : cette dernière disposition serait même la règle chez l’homme, d’après Billroth.
Chaque artère de 50 à 100 <ji de diamètre possède de 5 à 10 corpuscules, qui lui appartiennent en propre. Lorsqu’on isole de la pulpe splénique une branche artérielle avec ses ramifications et ses corpuscules, la pièce ressemble assez bien (fig. 896) pour employer une comparaison de Kolliker, à une grappe élégante.
c. Structure. — Histologiquement, les corpuscules de Malpighi se composent d’un réticulum conjonctif, dans les mailles duquel se tassent des éléments lymphatiques.
a) Le réticulum est extrêmement fin. A la périphérie du corpuscule, il se condense plus ou moins (fig. 897), de façon à former à celuici une sorte d’enveloppe, laquelle se continue extérieurement avec le réticulum de la pulpe.
P) Quant aux éléments lymphatiques , ce sont des leucocytes, appartenant pour la plupart à la variété connue sous le nom de lymphocytes : cellules lymphatiques avec un noyau volumineux et un protoplasma peu développé, souvent même peu
Fig. 896.
Portion d'une petite artère de la rate du chien, avec les corpuscules de Malpighi qui reposent sur ses rameaux (d’après Kôlliker).
GLANDES A SECRETION INTERNE
visible. On sait que Ch. Robin les avait considérées comme n’étant que de simples noyaux. Les lymphocytes sont entièrement dépourvus de mouvements amiboïdes. Au milieu d’eux se trouvent disséminés, en nombre variable, des leucocytes de taille supérieure, à noyau lobé, contourné ou en bissac, analogues aux leucocytes mononucléaires du sang circulant (Bonne).
d. Signification morphologique. — Somme toute, les corpuscules de Malpiglii, avec leur fin réticulum conjonctif bourré de leucocytes, ont la même structure fondamentale que les follicules clos : ce sont des formations lymphoïdes, analogues aux follicules des ganglions lymphatiques. Môbius y a même signalé l’existence, à la partie centrale de chacun d’eux, d’une zone plus claire, véritable centre germinatif en tout semblable à celui qui a été découvert par Flemming dans le ganglion lymphatique ordinaire. Les corpuscules de Malpighi deviennent ainsi, au même titre que les ganglions lymphatiques et les follicules clos, des centres de rénovation des cellules lymphatiques.
2 Pulpe splénique. — La pulpe splénique ou pulpe rouge remplit tout l’intervalle que laissent entre elles les travées conjonctives ci-dessus décrites, les vaisseaux de gros calibre et les corpuscules de Malpighi. Sur une coupe de la rate, après durcissement convenable, elle se présente (fi g. 895, 5), sous la forme de cordons, de configuration et de dimensions diverses, irrégulièrement contournés, anastomosés les uns avec les autres de façon à faire un grand tout : ce sont les cordons de Billroth. Ces cordons, envisagés au point de vue de la structure, comprennent : 1° un réticulum ; 2° des éléments cellulaires libres , inclus dans les mailles du réticulum ; 3° des vaisseaux sanguins.
A. Réticulum. — Le réticulum de la pulpe, découvert par Tigri en 1847, présente exactement les mêmes caractères que celui des .corpuscules de Malpighi.
Comme ce dernier, il est formé (fig. 904) par des trabécules extrêmement délicates, irrégulièrement flexueuses et entrecroisées dans tous les sens. Elles dérivent, en partie de la paroi des vaisseaux, en partie des travées conjonctives qui cloisonnent en tous sens le parenchyme splénique. Aux points nodaux du réticulum se disposent des noyaux, et il est à remarquer que ces noyaux sont d’autant plus abondants que le sujet est plus jeune : ils tendent à disparaître, en effet, avec les progrès de l’âge.
La nature du réticulum de la pulpe splénique est encore controversée et nous nous trouvons, à cet égard, en présence de deux opinions principales. — Les uns, avec Fret, Kôlliker, His (Laguesse s’est rangé dernièrement à cette opinion), sont d’avis que le réticulum en question est exclusivement formé par des cellules conjonctives à prolongements ramifiés et anastomosés ( tissu cytogène). Ces prolongements anastomosés constitueraient les travées de notre réticulum et, quant aux
Fig. 897.
Le réticulum de la pulpe splénique, vu au niveau et sur le pourtour d’un corpuscule de Malpighi (méthode deGolgi, d’après Oppel).
1, corpuscule de Malpighi. — 2, une partie de son réticulum. — 3, condensation de ce réticulum tout autour du corpuscule. — 4, zone située en dehors de la zone 3, où le réticulum est moins épais. — 5, 6, tissu conjonctif d'une artère. — 7, capillaires du corpuscule de Malpighi. — 8, réticulum de la pulpe, adjacent à l’artère.
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noyaux des cellules conjonctives, elles représenteraient des éléments nucléaires situés aux points nodaux. — Les autres, avec Ranvier, Rénaux, Bizzozero, Phisalix, considèrent les travées du réticulum splénique comme formées par des faisceaux du tissu conjonctif, faisceaux très fins et revêtus çà et là sur leur face libre par des cellules endothéliales.
De ces deux opinions, la dernière est celle qui tend à prévaloir aujourd’hui parmi les histologistes.
Oppel (1891), appliquant la méthode de Golgi à l’étude de la structure de la rate, a mis en évidence, dans ce dernier organe, un système de fibrilles extrêmement fines, flexueuses et anastomosées (Gitterfasérn d’OppEL), qui vraisemblablement répondent au réticulum conjonctif de la pulpe et des corpuscules de Malpighi. La figure 897, que j’emprunte à Oppel luimême, nous donne une idée très nette de cette formation. Comme on le voit, les fibrilles, assez mal imprégnées à la partie centrale des corpuscules et relativement espacées, se condensent à sa périphérie, pour se continuer ensuite, avec leurs mêmes caractères, dans les espaces occupés par la pulpe.
B. Eléments cellulaires libres. — Les éléments cellulaires que renferment les mailles du
réticulum pulpaire sont fort nombreux et de significations diverses. Nous les ramènerons, abstraction faite des cellules endothéliales, déjà signalées, qui revêtent les trabécules conjonctives, aux trois groupes suivants : 1° groupe lymphoïde; 2° groupe hématique; S0 érythrocytes.
a. Groupe lymphoïde. — Le groupe lymphoïde est représenté par les formes les plus diverses des cellules lymphatiques ou leucocytes. C’est ainsi que nous y rencontrons : 1° des lymphocytes , cellules à noyau volumineux et à protoplasma peu abondant ; 2° des leucocytes mononucléaires , cellules lymphatiques de grande taille, arrondies ou rendues polygonales par pressions réciproques, ce sont les éléments de beaucoup les plus nombreux ; 3° des leucocytes polynucléaires, en plus petit nombre que les précédents, renfermant plusieurs noyaux, ou bien un seul noyau en voie de division ou de bourgeonnement; 4° des phagocytes ou macrophages (fig. 899), cellules lymphatiques renfermant dans leur protoplasma, pour les y avoir incorporés, des débris d’hématies ou de pigment, sur lesquels nous reviendrons tout l’heure; 5° des leucocytes colorés en rouge par de l’hémoglobine et pouvant en imposer pour des cellules rouges ou hémoglobiques ( érythrocytes
Fig. 898.
Coupe de la rate au voisinage d’un corpuscule de Malpighi (hématéine-éosine-orange, d’après Rieux) .
A, corpuscule de Malpighi, pulpe blanche (avec son artériole). — B, pulpe rouge, avec ses cléments.
1, sinus veineux. — 2, cordons de Billrotb. — 3, artériole du corpuscule de Malpighi.
GLANDES A SECRETION INTERNE
de certains auteurs), que l’on rencontre normalement dans la moelle des os (voy. t. I, p. 27) et qui sont destinées à produire des hématies, b. Groupe hématique. — La pulpe splénique renferme constamment une quantité considérable d’hématies ou globules rouges, provenant soit des corpuscules de Malpighi, soit des vaisseaux sanguins de la pulpe. Ces hématies se présentent à nous sous les formes les plus diverses : hématies de tous points normales; hématies de dimensions normales, mais décolorées; hématies déformées; hématies à l’état de simples fragments, soit libres, soit englobés dans le protoplasma de quelque phagocyte, etc. On rencontre même des phagocytes renfermant dans son protoplasma (Naunvn, Monkowski, Rieux) des hématies entières, peu ou point déformées.
On admet généralement aujourd’hui que la rate a, entre autres
Fig. 899.
Types de macrophages isolés dans la pulpe d’une rate humaine (d’après Rieux).
1, macrophage au repos ou cellule conjonctive différenciée dans le sens macrophagique. — 2, macrophage, avec trois vacuoles. — 3, macrophage avec une vacuole et un globule rouge. — 4, macrophage avec, de gauche à droite au-dessus du noyau, une vacuole, un globule rouge, un débris nucléaire (teinté en violet noir sombre dans la préparation).
fonctions, une fonction dite hématolytique, ayant pour objet de détruire les globules rouges du sang, non pas tous les globules circulants, mais ceux qui sont vieillis et qui, de ce fait, sont
devenus inaptes à remplir plus longtemps le rôle important qui leur est dévolu dans la vie de l’organisme. Ces globules rouges, une fois tombés dans la pulpe splénique, sont des organes fonctionnellement morts et destinés à disparaître. Ils commencent à se décolorer, autrement dit à perdre leur hémoglobine. Ils se fragmentent ensuite et finissent par disparaître, absorbés le plus souvent par les phagocytes ou macrophages qui, comme nous l’avons dit, abondent dans la pulpe. Quant à l’hémoglobine, elle se transforme en pigment, pigment qui présente constamment les réactions du fer (comme l’hémoglobine dont il dérive) et qui, lui aussi, se cantonne le plus souvent dans le protoplasma des phagocytes.
Les hématies se détruisent donc peu à peu au sein de la pulpe splénique. Et voilà pourquoi nous trouvons dans la pulpe, soit à l’état de liberté, soit dans les phagocytes, tous les stades de cette destruction graduelle, depuis l’hématie encore complète qui ne fait qu’émigrer des vaisseaux, jusqu’au pigment d’origine hémoglobique, qui est comme le dernier reliquat du processus régressif.
c. Erythrocytes . — Les érythrocytes ou globules rouges nucléés se rencontrent aussi dans la pulpe splénique des mammifères, mais seulement pendant la vie embryonnaire et foetale. Après la naissance, ils disparaissent entièrement.
Cellules diverses de la pulpe splénique (d’après Frey).-
Les cellules a-d appartiennent à l’homme ; les cellules e et f, au bœuf ; les cellules g-Jc, au cheval.
a, noyau libre. — 6, cellule lymphatique ordinaire. — c, cellule à noyau, renfermant un globule sanguin. — d, cellule du même genre, contenant deux globules sanguins. — e, autre cellule renfermant de nombreux globules sanguins. — f , cellule contenant des granulations graisseuses. — g , cellule contenant plusieurs globules sanguins et des gi'anulations graisseuses. — A, cellule remplie de granulations graisseuses. — i , granulations libres. — /r, cellule avec de petites molécules incolores.
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C. Vaisseaux sanguins. — Les vaisseaux sanguins constituent pour la pulpe splénique un élément des plus importants. Nous allons les retrouver dans le paragraphe suivant.
§ IV. — Vaisseaux et nerfs
lû Artères. — Les artères destinées à la rate proviennent de la splénique. Cette artère, branche du tronc cœliaque, remarquable à la fois par son volume et par ses flexuosités, chemine de droite à gauche le long du bord supérieur du pancréas (fig. 370, 4). Chemin faisant, elle abandonne : 1° plusieurs rameaux pancréatiques, qui descendent sur le pancréas ; 2° la gastro-épiploïque gauche, qui gagne la grande courbure de l’estomac. Puis, elle se divise en six à huit branches, irrégulières et flexueuses (fig. 901), qui, après avoir fourni les vaisseaux courts (voy. Estomac ), pénètrent dans la rate au niveau du hile.
a. Trajet et mode de distribution. —
Chacune d’elles, dans l’intérieur de la rate, chemine en compagnie d’une veine et d’un lymphatique dans l’une des gaines conjonctives de la capsule de Malpighi, jetant çà et là sur tout son parcours des divisions secondaires, lesquelles, à leur tour, se divisent et subdivisent en des rameaux de plus en plus ténus. Un caractère à peu près constant du mode de ramescence des artères spléniques, c’est que les rameaux collatéraux se détachent du tronc générateur sous un angle droit ou voisin de l’angle droit.
Lorsque les divisions de l’artère splénique ne présentent plus qu’un tiers ou un quart de millimètre, elles se séparent des veines, qui jusque-là ont été leurs fidèles satellites, et elles se résolvent alors chacune en un pinceau de fines artérioles ( penicilli de quelques auteurs) qui se perdent dans la pulpe splénique. De ces artérioles terminales, les unes se portent sur les corpuscules de Malpighi, les autres se distribuent à la pulpe de la rate elle-même.
Aussitôt qu’elles se sont séparées des veines, les artères spléniques (fig. 904) s’entourent de gaines lymphoïdes, plus ou moins larges, mais toujours de même nature. Elles sont toutes, en effet, constituées par un fin réticulum qui occupe tout l’espace compris entre le vaisseau et la gaine fibreuse et dont les mailles sont remplies par des amas de leucocytes : c’est la pulpe blanche de certains auteurs. Ces gaines lymphatiques, très variables dans leur développement, le sont aussi par leur forme, les unes étant régulièrement cylindriques, d’autres fusiformes, d’autres
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉI)IT. 123
Fig. 9U1.
Le hile de la rate, avec ses vaisseaux.
1, bord antérieur. — 1’, incisures de ce bord. — 2, 2, bord postérieur. — 2’, incisures de ce bord. — 3, extrémité supérieure. — 4, extrémité inférieure. — 5, hile. — 6, artère splénique, avec : b’, sa branche de bifurcation supérieure ; 6”, sa branche de bifurcation inférieure. — 7, veine splénique. — 8, vaisseaux gasiro-épiploïques gauches. — 9, vaisseaux courts. — 1(J, branche de l’artère splénique, se détachant de celle-ci avant sa bifurcation et se perdant dans l’extrémité supérieure de l’organe après avoir donné naissance à un vaisseau court 10’.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
encore se renflant en forme de sphère, etc. Remarquons en passant que ces dernières, renflées en forme de sphères, ne sont autres que des corpuscules de Malpighi signalés plus haut.
b. Artères des corpuscules de Malpighi. — Chaque corpuscule de Malpighi (fig. 904) nous présente ordinairement une artère occupant, soit sa partie centrale, soit un point plus ou moins rapproché de l’une ou de l’autre de ses extrémités. De cette artère partent de nombreux capillaires, de 30 à 50 g de diamètre, lesquels se portent à la périphérie, en suivant un trajet plus ou moins radiaire ( capillaires radiés) et en s’anastomosant entre eux de façon à former un réseau, le réseau du corpuscule. Arrivés à la périphérie du corpuscule de Malpighi, les capillaires radiés, ou bien se recourbent sur eux-mêmes pour s’épuiser dans l’épaisseur du corpuscule, ou bien, poursuivant leur trajet, ils sortent du corpuscule pour passer dans la pulpe et s’y terminer. Ce dispositif vasculaire présente, comme on le voit, une grande analogie avec celui des follicules clos, où les capillaires suivent également un trajet radiaire. Il est à remarquer cependant, que, dans le follicule clos, ils rayonnent de la périphérie au centre, tandis que, dans le corpuscule de Malpighi, ils vont au contraire du centre à la périphérie.
c. Artères de la pulpe. — Les penicilli artériels se résolvent dans la pulpe splénique en un réseau capillaire tout spécial, qui sert d’intermédiaire entre les artères et les veines. Nous le décrirons tout à l’heure.
d. Caractères propres aux artères spléniques. — Les branches de la splénique présentent dès leur origine les caractères propres aux artères dites terminales , c’est-à-dire qu’elles ne s’anastomosent pas entre elles au cours de leur trajet et se ramifient chacune dans un département déterminé. Si l’on pousse, en effet, une injection au suif dans l’une de ces branches, on ne la voit jamais pénétrer dans les branches voisines. On peut ainsi injecter successivement toutes les divisions de la splénique avec des masses d’une coloration différente et constater alors, par la dissection ou par la méthode des coupes, que la rate se compose d’un certain nombre de territoires entièrement distincts, dont chacun a, suivant son étendue, la valeur d’un lobe ou d’un lobule. Cette indépendance des artères spléniques s’observe, non seulement pour les troncs, mais encore pour les branches et pour les rameaux. II convient d'ajouter, cependant, qu’il n’existe dans toute l’étendue de la rate qu’un seul réseau capillaire et que les artères précitées, si elles restent indépendantes au cours de leur trajet, communiquent toujours entre elles par l’intermédiaire de ce réseau.
2ù Veines. — Les veines de la rate proviennent à la fois du fin réseau capillaire des corpuscules de Malpighi et du réseau pseudo-lacunaire de la pulpe splénique. Ces radicules veineuses nous présentent une structure caractéristique. Leur paroi est constituée : 1° en dehors {couche externe) , par des fibres dépendant du réticulum splénique, fortement anastomosées entre elles, mais disposées en forme d’anneaux; 2° en dedans {couche interne), par une rangée de cellules endothéliales fusiformes allongées dans le sens même de Taxe du vaisseau (fig. 902). Ces cellules, relativement grêles, possèdent à leur partie moyenne un noyau volumineux qui fait plus ou moins saillie dans la cavité veineuse.
Peu après leur origine, les veines spléniques se jettent dans les gaines tubuleuses de la capsule de Malpihgi, qu’elles parcourent ensuite jusqu’au hile. Chemin faisant (fig. 903), elles se réunissent les unes aux autres pour former des vaisseaux de plus en plus volumineux. De plus, elles s’anastomosent fréquemment entre elles, non seulement au niveau des ramuscules, mais aussi au niveau des rameaux et des
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branches, de telle sorte que, dans chaque département de la rate, toutes les veines
de çe département forment dans leur ensemble un
vaste réseau. r
Arrivés au niveau du hile, les branches veineuses ne sont plus qu’au nombre de huit à dix, comme »
les branches artérielles. Elles sortent du viscère par \ r les mêmes orifices qui livrent passage aux artères (fig. 901), et il est à remarquer qu’elles sont ordinairement placées sur un plan postérieur à celui qu’occupent ces dernières.
Du hile, les veines de la rate se portent en dedans et, après un court trajet, se réunissent en deux collecteurs communs d’abord, puis en un seul qui n’est autre que la veine splénique (fig: 901, 7), l'un des affluents de la veine porte (voy. Angéiologie).
Fig. 902.
3° Réseau intermédiaire aux artères et aux veines GelluIe3 épitheliales isolées, pro- . . venant d une veinule capillaire
dans la pulpe splénique. — Des différentes questions de la rate, chez l’homme,
que soulève la structure de la rate, l’une des plus gr- RT0/1 (d’après Tourneux).
intéressantes, des plus importantes aussi, est celle
qui a trait au mode d’union, dans la pulpe splénique, des vaisseaux artériels et des vaisseaux veineux. Cette question est malheureusement encore fort controversée et nous nous trouvons toujours, malgré les nombreuses recherches entreprises à ce sujet, en présence de deux théories absolument contradictoires : l’une, que l’on pourrait appeler la théorie du réseau ouvert ; l’autre, qui, par opposition, serait la théorie du réseau fermé.
a. Théorie du réseau ouvert. — Frey et deux de ses élèves, Olga Stoff et Sophie Hasse, ont émis l’opinion que les capillaires artériels s’ouvraient à plein canal dans les mailles du réticulum splénique et, d’autre part, que les veinules naissaient directement de ces mêmes mailles. Le sang cheminerait donc, entre la terminaison des artères et l’origine des veines, dans les aréoles mêmes du réticulum, autrement dit dans un système de simples lacunes.
De ce fait, il entrerait directement en contact avec les éléments cellulaires, ci-dessus décrits, qui constituent la pulpe splénique : il circulerait au milieu de ces éléments, suivant la comparaison de Frey, comme l’eau d'un fleuve, quand il est presque à sec, coule entre les cailloux qui forment son lit. Cette théorie, qui suppose le réseau sanguin ouvert et interrompu sur certains points de
Fig. 903.
Coupe transversale de la rate du chien (d’après Mall).
Les veines sont injectées au bleu de Prusse.
980 GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
son parcours, est la théorie du réseau ouvert . Elle a été reprise et adoptée dans ces derniers temps par Mall (1900), par Weidenreich (1901), par Ciaccio (901).
b. Théorie du réseau fermé. — Robin et Legros se sont élevés contre une pareille opinion, qui faisait du système sanguin un système non fermé. Ces deux histologistes, utilisant successivement les injections au carmin et les injections au nitrate d’argent, ont bien retrouvé le réseau intermédiaire aux artères et aux veines, tel
Fig. 904.
Le réseau sanguin de la rate dans ses rapports avec les éléments de la pulpe [schématique) .
L enveloppe de la rate. — 2, 2, cloisons conjonctives intra-spléniques. — 3, pulpe splénique. — 4, 4, deux corpuscules de Malpaglii, avec leurs artérioles. — 5, o, artères avec leurs ramifications en pinceau (penicilli). — 6, réseau capillaire. — 7, veines. — Les flèches indiquent le cours du sang.
que Frey l’avait décrit. Mais, contrairement à ce dernier, ils ont reconnu l’existence, tout autour des prétendues lacunes, d’un revêtement endothélial non interrompu, se continuant, d’une part avec l’endothélium des artères, d’autre part avec celui des veines. Voici la description que nous donnent Robin et Legros sur le mode de formation des réseaux capillaires de la rate : « les penicilli artériels sont tapissés par l’épithélium ordinaire des artères. En suivant ces fines artérioles du côté de leur terminaison, on les voit augmenter légèrement de diamètre, puis s’évaser ; en ce point, on reconnaît encore la disposition habituelle de l’épithélium. Mais au delà, les parois artérielles se dissocient en réalité ; elles forment ainsi des trabécules composées de fibres-cellules, de minces fibres lamineuses et élastiques, sur lesquelles l’épithélium vasculaire s’applique, s’étale, se moule, de sorte qu’il
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ne présente plus ses caractères ordinaires. » Cvdiat a admis, lui aussi, l’existence d’une couche endothéliale tout autour de la colonne sanguine à travers la pulpe splénique. Denys, de son côté, compare, non sans raison, les aréoles du réticulum splénique aux espaces lymphatiques qui, dans un ganglion, entourent les follicules : d’un côté comme de l’autre, les travées et les trabécules sont revêtues par un endothélium continu.
Le réseau pseudo-lacunaire qui, -dans la pulpe splénique, unit les artères et les veines a donc la signification d’un réseau capillaire. Ces capillaires, toutefois, présentent un certain nombre de caractères particuliers qui les distinguent des capillaires ordinaires. Ils sont, tout d’abord, de grandes dimensions, comme le démontrent surabondamment les injections. Puis, ils ont une forme essentiellement irrégulière, se modelant toujours sur les masses lymphoïdes qu’ils entourent et qui leur servent de limites. Leur endothélium, enfin, se continue, se confond, ne fait qu'un pour ainsi dire avec celui que revêt les tractus conjonctifs. Il en résulte que le sang qui circule dans les capillaires, tout en étant très rapproché des formations lymphatiques, en reste toujours séparé par une barrière endothéliale, barrière fort mince sans doute, d’autant plus mince que les cellules qui les forment sont ici très étendues et par conséquent fortement aplaties, mais barrière partout continue. Le réseau sanguin, ici comme ailleurs, est un réseau fermé sur tous les points de son parcours : la théorie à laquelle il sert de base devient la théorie du réseau fermé.
Cette théorie du réseau fermé, reprise et défendue dans ces derniers temps par Sokoloff, par Janossik, par Thomé, par Helly, a pour elle un certain nombre de faits d’observation que l’on trouvera dans les mémoires des histologistes précités. Je ne rappellerai que celui-ci : si on injecte la rate avec une substance colorée soluble, le bleu de Prusse par exemple, l’injection remplit, en même temps que le réseau sanguin, tous les espaces du réticulum lymphatique ; mais si, au lieu d’une injection soluble, on injecte un liquide tenant en suspension des poudres colorées non solubles, ces poudres ne passent pas dans les espaces lymphatiques, mais restent emprisonnées dans le réseau des capillaires sanguins. Il existe donc une barrière entre le contenu des capillaires sanguins et les espaces lymphatiques et cette barrière n’est autre que la nappe endothéliale dont nous parlions tout à l’heure.
Une autre raison que l’on peut invoquer en faveur de la théorie du réseau fermé, c’est ce fait d’anatomie générale que le système sanguin, examiné dans n’importe quel viscère, sur n’importe quel point du corps, est, partout et toujours, un système parfaitement clos. Pourquoi y aurait-il ici une exception, une exception unique dans tout l’organisme? On ne se l’expliquerait pas.
ç. Signification morphologique de la rate. — Que l'on se range à l’une ou à l’autre de ces deux opinions, réseau ouvert ou réseau fermé, on est frappé des rapports intimes (immédiats dans un cas, simplement médiats dans l’autre) que présentent dans la pulpe splénique les éléments lymphatiques situés dans les mailles du réticulum et les éléments sanguins circulant dans les capiilaires. Ainsi s’expliquent les échanges incessants qui s’effectuent entre les deux milieux : passage de leucocytes de leurs foyers de production dans les capillaires sanguins, où ils deviendront éléments constituants du sang ( fonction leucopoiétique et fonction hématopoiétique) ; passage en sens inverse des capillaires sanguins dans les espaces lymphatiques des hématies vieillies ou malades, dans l’un et l’autre cas inutiles, qu’attendent les phagocytes pour les incorporer et les détruire (i fonction h'ématoly tique).
Nous ferons remarquer, à ce sujet, que le courant sanguin, en passant des arté-
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
rioles dans les larges capillaires de la pulpe, se ralentit considérablement, stagne pour ainsi dire dans son réservoir démesurément élargi, comme le fait un cours d’eau qui brusquement débouche dans un lac, circonstance heureuse qui favorise singulièrement les échanges en question.
Somme toute, la rate, considérée dans son ensemble, est une masse de tissu lymphoïde (fig. 904), disposée en une sorte de réseau, dans les mailles duquel sont venus se loger, en les comblant, les capillaires considérablement dilatés du réseau sanguin. Ici, comme dans les ganglions lymphatiques, les formations lymphoïdes baignent en plein dans le milieu intérieur, qui est constitué à la fois par les vaisseaux afférents et les capillaires intermédiaires, mais avec cette différence radicale que ce milieu intérieur est le système lymphatique pour les ganglions, le système sanguin pour la rate. Autrement dit : dans le ganglion, le réticulum lymphatique se développe sur le trajet de la voie lymphatique, c’est une glande vaso-lympliatique ; dans la rate, il s’intercale sur le trajet de la voie sanguine, c’est une glande vaso-sangnine ou, suivant l’expression ancienne, une glande vasculaire sanguine.
4° Lymphatiques. — Les lymphatiques de la rate, signalés pour la première fois par Vesling, figurés plus tard par Ruysch et par Mascagni, se divisent en superficiel § et profonds :
a. Lymphatiques superficiels. — Les lymphatiques superficiels tirentleur origine d’un système de canaux qui se trouvent situés sous les travées conjonctives du parenchyme splénique et dans l’épaisseur même de sa capsule fibreuse.
Comme les lymphatiques superficiels du foie, iis cheminent à la surface de l’organe immédiatement audessous de son enveloppe séreuse. Ils forment, chez les ruminants et chez le cheval, un riche réseau muni de valvules. Chez l’homme, ils sont beaucoup plus rares, mais ils ne font pas entièrement défaut comme l’ont prétendu à tort certains auteurs : ils ont „été injectés, en effet, par Robin et Legros.
Les lymphatiques superficiels de la rate (fig. 905) se dirigent tous vers le hile et, là, se mêlent aux lymphatiques profonds. Nous les retrouverons tout à 1 heure.
b. Lymphatiques pro fonds. — Les lymphatiques profonds sortent de la rate au niveau du hile, en même temps que les veines ; on compte ordinairement de 6 à 8 troncules.
Fig. 903.
Lymphatiques de la rate [schématique).
i, rate. — 2, pancréas. — 3, grosse tubérosité de l’estomac. — 4, épiploon gastrosplénique. — 5, aorte, avec le troDC coeliaque. — 6, artère splénique. — 7, ganglions de la queue du pancréas, constituant l’extrémité gauche de la chaîne splénique. 8, arrière-cavité des épiploons. — 9, 9, flèche représentant les lymphatiques superficiels de la rate. — 10, 10, flèches représentant les lymphatiques profonds. — 11, flèche représentant les lymphatiques et la grosse tubérosité de l’estomac.
RATE
Si nous les suivons du hile vers la profondeur, pour nous rendre compte de leur origine, nous les voyons cheminer, parallèlement aux artères, dans les gaines conjonctives de la capsule de Malpighi, se diviser et se subdiviser comme elles et, finalement, les entourer à la manière d’un manchon (Tomsa, Kyber, Robin et Legros). Ces gaines lymphatiques périvasculaires, en tout semblables à celles qu’on rencontre dans beaucoup d’autres organes, ne constituent pas cependant les vrais canaux d’origine des lymphatiques spléniques. Suivant Tomsa, elles entreraient en relation avec un réseau spécial situé au sein même de la pulpe splénique.
Plus récemment, Kyber a décrit lui aussi dans le tissu propre de la rate, comme faisant suite aux gaines lymphatiques périvasculaires, un système de fentes ou de lacunes, limitées par des faisceaux conjonctifs sur lesquels s’appliquent par places des cellules endothéliales.
c. Mode de terminaison. — Du hile de la rate, les lymphatiques superficiels et profonds se dirigent en dedans et se jettent dans un petit groupe de ganglions (fig. 905) qui sont situés au voisinage de la queue du pancréas, dans l’épaisseur même de l’épiploon pancréatico-splénique. Ces ganglions, qui se disposent le long des vaisseaux spléniques, constituent la partie externe ou, plus exactement l’extrémité gauche de la chaîne splénique, laquelle est située, comme on le sait, audessus du pancréas (voy. Pancréas).
5° Nerfs. — Les nerfs de la rate émanent du plexus solaire. Ils sont apportés à la rate par l’artère splénique et pénètrent dans le hile en même temps que les branches de cette artère. Ils se composent en grande partie de fibres de Remak. A côté d’elles, existent toujours, mais en plus petit nombre-, des fibres à myéline, les unes larges, les autres minces.
Arrivés dans l’épaisseur de la rate, les rameaux nerveux se divisent et se subdivisent, les uns en suivant le trajet des vaisseaux, les autres en cheminant isolément. Au cours de leur trajet, ils s’entrecroisent diversement entre eux, de façon à former au sein de la pulpe splénique un « plexus à filaments singulièrement entrelacés, mais ne présentant que rarement de véritables anastomoses » (Fusahi).
Du plexus nerveux intra-splénique s’échappent ensuite des fibres terminales, que nous distinguerons, avec Kolliker, en motrices et sensitives. —
Les fibres motrices se terminent, suivant le mode habituel, sur les fibres musculaires des parois artérielles, ainsi que éur les éléments contractiles qui, chez certains animaux, s’ajoutent aux éléments conjonctifs des travées fibreuses. — Les fibres sensitives pénètrent, soit dans les corpuscules de Malpighi, soit dans la pulpe, et s’y terminent librement ou par de petits renflements en massue.
Müller, depuis longtemps déjà, avait signalé sur le trajet des nerfs spléniques l’existence de cellules nerveuses. Ces cellules ont été décrites à nouveau, en 1892, par Fusari, qui a employé dans ses recherches la méthode de Golgi et la méthode
Fig. 90ô.
Section de la rate dans toute son épaisseur, avec un gros paquet de fibres nerveuses, cheminant dans la pulpe au-dessus d'un vaisseau provenant du hile (d’après Ruf-
FINl) .
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
d’Ehrlich : elles seraient polygonales, de petites dimensions (20 p environ), pourvues de quatre ou cinq prolongements, tous en relation avec les fibres nerveuses. Il convient d’ajouter que, dans leurs travaux récents, ni Retzius (1892), ni Kôlliker (1893), ni Monti, ni Rina (1899), ni Corti 1903), ni Ruffini (1906) n*ont pu confirmer, en ce qui concerne les cellules nerveuses intra-spléniques, les descriptions de Müller et de Fusari.
A consulter au sujet de la rate, parmi les travaux récents (1891-1910) : Bannwarth, Untersuck. liber die Milz, Arch. f. mikr. Anat., 1891 ; — Trolard, Note sur la direction de la rate et du pancréas chez le fœtus et chez l'enfant, C. R. Soc. de Biol., 1892 ; — Fusari, Terminaisons nerveuses dans le parenchyme de la rate, Monit. zool. ital. , 1892; — Foa et Carbone, Beitr . zur Histol. u. Physio-Path. der Milze der Sauge t hier e, Ziegler's Reitr. , 1889 ; — Laguesse, Le lis*u splénique et son développement , Anat. Anz., 1891 ; — Oppel, Ueber Gilterfasern d. menschl. Leber und Milz, Anat. Anz., 1891 ; — Retzius, Zur Kenntniss der Nerven der Milz u. derNiere, Biol. Unters., 1892; — Pillet, Rech. sur l'état de la rate chez le vieillard, Soc. de Biol., 1892; — Emilianoff, Sur le rôle de la rate au point de vue de la composition morphologique du sang. Arch. des Sc. de Saint-Pétersbourg, 1893 ; — Golz, Unters. iiber die Blutgefasse der Milz, Jouriew, 1893 ; — Hoyer, Ueb. den Bau der Milz, Morphol. Arbeit., 1893; — Kultschitzky, Zur F rage iiber den Bau der Milz , Arch. f. mikr. Anat., 1895 ; — Picou, De la situation normale de la rate par rapport à la paroi thoiyicique chez l’adulte, Th. Paris, 1896; — Constantinesco, Anatomie de la rate, Th. de Paris, 1899; — von Schumacher, Bas elastiche Gewebe der Milz, Arch. f. mikr. Anat., 1899.
Choronchitzky, Die entsteliung der Milz, Leber, Gallenbluse, etc., bei den versch. Abteilungen d. Wirbelthiere, Anat. Hefte, Bd. III. 1900; — Hochl, Ub. die Natur der circulàren Fasern der Capillaren Milzvenen , Anat. Anz. Bd. XVII, 1900; — Hoyer, Zur Histol. der capillàren Venen in der Milz, Anat. Anz. Bd. XVII, 1900; — Mall, The architektur and blood-vessels of the Dog's spleen, Zeitschr. Morphol. u. Anthrop., 1900 ; — Reich, Ueb. die Entstehung des Milzpigments, Arch. pathol. Anat. Bd. CLX. 1900 ; — Ruffini, Distribuzione dei nervi e loro terminazione nella milza, Bull. d. Soc. med. 1900 ; — Schumacher, Ueb. die Natur der circulàren Fasern der capillàren Milzvenen, Anat. Anz. Bd. XVIII, 1 900 1 — Virchow , Milzpigment u. blutkorperchenhaltige Zellen, Arch. pathol. Anat. Bd. CLX, 1900.
Dominici, Sur l’ histologie de la rate normale, Arch. de Méd. experim. et d’Anat. pathol.. T. XI i, 1900 et 1901 ; — Francese, Sui vasi sanguigni délia Milza, Napoli, 1901 ; — Haberer, Lien succenturiaius u. Lien accessorius, Arch. Anat. u. Physiol., 1901 ; — Schefhekd, The form of the human spleen, Journ. of. Anat. and Physiol., 1901 ; — Tiiomê, Die Kreifasern der Kapillürenvenen in der Milz, Anat. Anz. Bd., XIX, 1901 ; — Parsons, On the notches and Fissure of the spleen and their meaning, Journ. Anat. u. Physiol., vol. XXXV, 1901 ; — Wisdenreich, Das Gefasssystem d. menschl. Milz, Arch. mikr. Anat. Bd. LVIll, 1901 ; — du même. Nochmals : geschlossene oder off'ene Blutbahn der Milz, Anat. Anz. Bd. XX, 1901 ; — du même, Zur Milzfrage, Anat. Anz. Bd. XXII, 1901; — Helly, Zinn Nachweise des geschlossene Gefassystems der Milz, Arch. mikr. Anat. Bd. LIX, 1901 ; — du même, Nochmals : Geschlossene oder offene Blutbahn der Milz, Anat Anz., Bd. XX, 1901; — du même, Zur Milzfrage, Anat. Anz., Bd. XXII, 1903; — Enriquez, La milza corne organo d’excrezïone e di leucociti pigmentali del duodeno, Arch. ital. di Anat. e di Embriol. 1902; — Corti, La minuta distribu z. dei nervi nella milza dei Pepistrelli nostrali, Monit. Zool. ital., 1903.
Rocher, Les rates surnuméraires chez l'enfant. Gaz. Hôp. Toulouse, 1905; — Ruffini, Contrib. alla conoscenza délia distrib. dei nervi nella milza di alcuni vertebrati, Intern. Monatsscbr. f. Anat. u. Physiol., 1906; — Foa, Contrib. alla conoscenza degli elementi constitutivi délia milza, Giorn. Accad. Méd., Torino, 1906; — George, Le corpuscule de Malpighi dans la rate humaine, Th. Nancy, 1906; — Ciaccio, Sulla ftna struttura del tessuto adenoide délia milza, Anat. Anz., Bd. XXXI, 1907 ; — Agosti, Rie. sulla distrib. dei nervi nella milza, Atti R. Accad. Sc., Torino, 1908; — Asai, Ueb. d. Struttura der Milz, Mitteil. med. Ges., Tokio, 1908; — Hironaka, Nebenmilz im Pankreas, Organ. med. Ges. Kyoto, 1908 ; — Pigache et Worms, Topographie du pédicule de la rate , Bull. Soc. Anat., 1909 ; — Looten, Vaisseaux spléniques et lobule splénique, Journ. Anat., 1910.
ARTICLE VI
GLANDES HÉMO-LYMPHATIQUES
On désigne sous ce nom de petites formations d’apparence ganglionnaire qui se développent, sur divers points du thorax et de l’abdomen, en avant de la colonne vertébrale. Signalées pour la première fois par Leydig en 1857, ces formations ont
GLANDES HEMO-LYMPHATIQUES
été retrouvées et décrites à nouveau par Gibbs (1884), par Robertson (1890) qui leur a donné leur nom, par Swale Vincent (1898), par Saltikow (1900), par Weidenreich (1901), par Lewis (1903), etc.
1° Situation et forme, dimensions. — Les glandes hémo-lymphatiques se trouvent situées dans le tissu cellulo-adipeux prévertébral, au voisinage de l’œsophage et de l’aorte, de la veine cave inférieure, de l’artère splénique, de l’artère rénale. Elles ont une forme ovalaire ou lenticulaire, une coloration rougeâtre rappelant celle de la rate. Leurs diamètres varient ordinairement de 2 à 5 millimètres.
2° Structure. — Histologiquement, les glandes hémo-lymphatiques nous présentent les trois éléments suivants : l°une coque périphérique, de nature conjonctive, laissant échapper par sa face interne un système de travées et de trabécules qui cloisonnent l’intérieur de la glande en une multitude de loges et de logettes ; 2° au-dessous de la coque périphérique, un large sinus renfermant du sang et émettant vers le centre de l’organe une série nombreuse de branches qui, chemin faisant, s’anastomosent entre elles pour former des réseaux; 3° dans les espaces laissés libres par les travées conjonctives et le réseau vasculaire, des amas de tissu lymphoïde.
Cette structure, on le voit, rappelle assez exactement celle des ganglions lymphatiques, avec cette variante cependant, qui est très importante dans l’espèce : c’est que le sinus périphérique et ses dépendances renferment de la lymphe pour le ganglion lymphatique, tandis que, pour les glandes hémo-lymphatiques, ils contiennent du sang.
Les glandes hémo-lymphatiques présentent ainsi, dans leur constitution, la plus grande analogie avec la rate et nul doute qu’on ait pris souvent pour des petites rates surnuméraires ce qui n’était en réalité que des glandes hémolymphatiques développées au voisinage de la rate.
Fig. 907.
Coupe d’une glande hémo-lymphatique du chien (d’après Lewis).
1, capsule. — 2, sinus sanguin périphérique. — 3, sinus sanguin de la région centrale. — 4, 4, petits sinus. — 5, tissu lymphoïde. — 6, 6, cloisons conjonctives. — 7, un phagocyte, situé dans le sang: du sinus.
3° Signification morphologique. — Dans les glandes hémo-lymphatiques, comme dans la rate, le sang qui circule dans le sinus et ses branches est mis en contact, contact intime et prolongé, avec les amas lymphatiques et il est rationnel d’admettre, ne serait-ce que par analogie, qu’il s’y produit les mêmes actes biologiques : 1° production de leucocytes dans le tissu lymphoïde et passage de ces leucocytes dans le sang du sinus ; 2° passage en sens inverse, du sinus sanguin dans le réticulum lymphatique, d’hématies vieillies ou malades, destinées à être détruites.
Les glandes hémo-lymphatiques sont à la fois des foyers de production pour les leucocytes {fonction leucopoiélique ) et des foyers de destruction pour les globules sanguins ( fonction hématolytique).
Cette fonction hématolytique s’exerce ici suivant le même processus que dans
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT* J 24
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
la rate elle-même. Les hématies se désagrègent dans le capillaire lui-même et les débris sont ensuite absorbés par les phagocytes. Ou bien, ils passent tout d’abord dans le phagocyte et là, en plein protoplasma, subissent peu à peu une désagrégation complète, dont les matériaux, de déchet sont l’hémoglobine, du pigment, du fer. Nous reproduisons ici, d’après Lewis, un certain nombre de phagocytes ou macrophages, où l’on suit nettement les stades divers que suivent les hématies
depuis leur incorporation au globule blanc jusqu’à leur disparition.
4° Vaisseaux et nerfs. — Les glandes hémo-lymphatiques possèdent, comme la rate, des vaisseaux et des nerfs. — Les artères, au nombre de 1 ou 2 pour chaque glande, proviennent des branches artérielles les plus voisines. — Les veines se jettent, de même, dans les troncs veineux du voisinage. — Les lymphatiques paraissent faire défaut et, s’ils existent réellement,
ils sont très réduits comme dans la rate. — Les nerfs, bien étudiés par Lewis chez le rat, sont par contre très abondants. Ils proviennent des plexus sympathiques voisins. Sous l’influence d’une excitation portée sur les nerfs de la glande ellemême, celle-ci pâlit et diminue de volume.
Voyez, au sujet des glandes hémo-lymphatiques : Clarkson, Reports on hæmal glands, Brit. méd. Journ., 1891 ; — Vincent and Harrisson, On the hæmolymphglands of some Vertebrates, Journ. of Anat. and Physiol., 1897 : — Drummond, On the structure and functions of the hæmolymphglands, Journ. of Anat. and Physiol.. vol. XXX IV, 1900 ; — Saltykonv, Ueb. bluthaltige Lymphdrüsen beim Menschen, Zeitschr. f. Heilkunde, 1900; — Weidenreich, Ueb. Rlutlymphdrüsen , Anat. Anz., Bd. XX, 1901 ; — Lewis, The structure and functions of the hæmolymphglands and Spleen, Intern. Monatsschr. f. Anat. u. Physiol., 1902; — Helly, Hæmolymphdriisen, Ergebn. d. Anal. u. Entwick., 1902.
Une série de phagocytes des organes hémo-lymphatiques (d’après Lewis).
1, une grosse cellule hyaline, sans corps étranger dans le protoplasma. --2, une cellule lymphatique, renfermant un globule rouge dans une vacuole. — 3, phagocyte, contenant douze globules rouges non encore déformés. — 4, phagocyte, renfermant des globules rouges et des grains de pigment de différentes grosseurs. — o, phagocyte à deux noyaux, renfermant des masses de pigment colorées en rouge. — 6, phagocyte, renfermant deux globules rouges, un leucocyte, une petite masse d’hémoglobine et du pigment. — 7, phagocyte contenant, avec les restes d’un leucocyte, des masses de pigment colorées en jaune. — 8, cellules renfermant des masses de pigment (le noyau n’est pas visible).
ARTICLE VII
ILOTS DE LANGERHANS
Le tissu interstitiel du pancréas nous présente, assez régulièrement répartis dans la masse glandulaire à sécrétion externe ou exocrine, de petits corpuscules arrondis ou ovalaires, que l’on désigne aujourd’hui sous le nom d 'îlots de Langerhans du nom de l’histologiste qui les a découverts en 1869. Ce sont les points folliculaires
ILOTS DE LANGERHANS
de Renaut, les pseudo-follicules de Podwyssotscky, les amas intertubulaires de Kühne et Lea. Chaque îlot, disons-le tout de suite, est une petite glande à sécrétion interne ou endocrine.
i° Forme, dimensions. — Les îlots de Langerhans nous apparaissent, sur les coupes, sous la forme de champs arrondis ou légèrement allongés, tranchant en clair (fig. 909, L) sur le parenchyme exocrine, je veux dire sur le tissu pancréatique proprement dit.
Leur nombre est considérable : on en trouve ordinairement plusieurs dans chaque lobule. On peut en compter plus de 150 sur certaines coupes de un centimètre carré : l’ensemble des îlots, d’après Lagüesse, représenterait le centième environ de la masse pancréatique.
Leur grosseur varie beaucoup suivant les espèces : très petits chez le chien, ils sont volumineux au contraire chez les singes et chez l’homme. Leur diamètre varie
Fig. 909.
Coupe du pancréas d'un suicidé de vingt ans (d’après von Ebner).
Ly deux ilôts de Langerhans. — a, canal excréteur, avec trois affluents situés dans le tissu conjonctif interlobulaire. av, acini avec leurs cellules sécrétoires. — v , veine.
d’ordinaire de 100 g. à 200 p.. Ils sont le plus souvent simples ; mais on en rencontre de composés, c’est-à-dire qui sont divisés par des cloisons conjonctives en un certain nombre de segments plus ou moins distincts.
Les îlots de Langerhans, et c’est là un de leurs principaux caractères, n’ont pas de canal excréteur leur appartenant en propre. Les canaux excréteurs pancréatiques les aborbent parfois, les pénètrent même, mais presque aussitôt leur lumière s’efface et ils disparaissent. Ils n’ont avec les éléments de l’îlot que de simples rapports de contiguïté. Du reste, les îlots de Langerhans baignent en plein dans le parenchyme de la glande exocrine, dont ils ne sont séparés par aucune capsule fibreuse. On les voit même, dans certains cas, entrer en contact immédiat avec les éléments propres des acini. Nous y reviendrons plus loin.
2° Structure. — Histologiquement, les îlots de Langerhans sont formés par des cordons cellulaires pleins {ilôts pleins de quelques auteurs), de calibre fort irrégulier, contournés sur eux-mêmes, plus ou moins anastomosés, séparés les uns des autres par du tissu conjonctif et des vaisseaux. C’est le tissu leptochrome de
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
Sw. Vincent et Thompson (de ypwga couleur et Tsuxoç, menu, qui prend peû la couleur) par opposition à certains éléments qui, dans les alvéoles sécréteurs, sont
fortement colorables et sont dits bathychromes (de couleur et (taOéç, pro-
fond, qui prend fortement la couleur).
Chacun de ces cordons, pris à part, est constitué par des cellules polyédriques, à protoplasma homogène, plus petites ordinairement que les cellules glandulaires des acini. Les contours des cellules sont souvent indistincts, auquel cas l’amas parait formé par une masse protoplasmique indivise et parsemée de noyaux (Lewaschew).
Les cellules langerhansiennes sont, en général, des cellules claires; on en rencontre, cependant, qui sont plus ou moins foncées. Il est très probable que les unes et les autres représentent le même élément à deux stades fonctionnels différents : les cellules foncées ou cellules troubles ( stade d'activité) ayant déjà élaboré et continuant à élaborer des produits de sécrétion ; les cellules claires ( stade de repos) s’étànt déjà débarrassé de ces produits dans le
vaisseau voisin.
Ce produit de sécrétion est représenté ici, comme dans les autres glandes endocrines, par des granulations de forme et de grosseur diverses, qui naissent dans le protoplasma cellulaire et qui s’amassent de préférence sur la partie de la cellule que baigne le vaisseau sanguin.
Fig. 910.
Coupe d’un îlot de Langerhans duMacacùs rhésus (d’après von Ebner).
1, cellules glandulaires des acini situés tout autouy de l'ilot de Langerhans. — 3, 3, 3, capillaires sanguins. — 4, 4, cordons cellulaires de l'ilot de Langerhans .
Fig. 911.
Cellules d’un îlot de Langerhans du cobaye, vues à un fort grossissement (d’après Kelly).
Certaines cellules, désignées par Lz, nous pi’ésenlent dans leur protoplasma au voisinage du noyau, une zone spéciale, arrondie ou en croissant, plus profondément teintée que le reste du protoplasma.
3° Signification morphologique. — La
signification morphologique des îlots de Langerhans a été longtemps énigmatique.
Nous les voyons considérés tour à tour : par Kühne et Lea, comme de véritables follicules clos ; par Podwyssotski, comme des formations qui n’ont rien de commun avec les follicules (pseudo - follicules) ; par Renaut comme des amas épithéliaux, à signification lymphatique, en continuité avec les cordons cellulaires du pancréas, qui semblent en rayonner et se pelotonner autour d’eux. En 1886, Lewascheff a émis l’opinion que les îlots de Langerhans sont des acini modifiés, susceptibles de reformer plus tard de nouveaux acini sécréteurs. Dogiel, de son côté, les considère comme des amas d’éléments glandulaires fonctionnellement morts et voués vraisemblablement (puisqu’ils n’ont pas de canal excréteur) à une régression complète. Mais cette opinion de Dogiel est peu conciliable avec ce double fait que les îlots de Langerhans ( cordons pleins) apparaissent chez l’embryon avant les acini sécréteurs ( cordons tubuleux), ainsi que l’a démontré Laguesse, d’autre part qu’ils présentent chez l’adulte un déve-
ILOTS DE LANGERHANS
loppement considérable de leur appareil vasculaire, indice non équivoque qu’une fonction active est dévolue à ces formations.
Dans un travail relativement récent (1899), confirmé depuis par lui-même et par quelques autres histologistes, Laguesse n’hésite pas à regarder les îlots de Langerhans comme de véritables glandes à sécrétion interne ou endocrines, jetant leurs produits de sécrétion dans les capillaires ambiants.
Et cette conception n’est pas une simple vue hypothétique. Tout d’abord les cellules constitutives des îlots pleins, comme nous l’avons dit plus haut, pos-
sèdent de nombreuses granulations sécrétées par
elles et ces granulations, d’une nature toute spéciale, diffèrent, par leurs caractères histochimiques et vraisemblablement aussi par leurs propriétés, des grains de. zymogène que renferment les cellules sécrétoires. D’autre part, chez les reptiles (vipère), on voit des acini sécréteurs perdre peu à peu leur lumière centrale, perdre du même coup leurs relations avec le canal excréteur et se transformer ainsi en de
Fig. 912.
Deux acini du pancréas, vus on coupe (d’après Laçuesse).
1, canal excréteur. — 2, cellules sécrétoires. — 3, cellules centro-acineuses.
— 4, amas de cellules se séparant de la lumière de l’acinus pour se transformer en îlot plein (cellules endocrines).
véritables îlots pleins. La n. Nou
cellules aciniennes, qui s’isolent
figure 912 nous fournit un exemple très net de cette transformation. Nous y voyons en 4, une masse de treize ou quatorze peu à peu de l’acinus pour former un îlot de Langerhans.
Or, si sur ces acini en voie de transformation on considère attentivement les cellules épithéliales, on constate qu’elles changent pour ainsi dire de polarité :1e noyau, qui primitivement était à la base de la cellule, gagne le sommet de celle-ci ; le zymogène, qui occupait de préférence le sommet de la cellule, disparaît et il est remplacé par des granulations nouvelles
granulations
très fines, granulations carac-
Fig. 913.
Un îlot endocrine de l'homme adulte en voie de formation aux dépens des cellules exocrines (d’après Laguesse).
1, 1’, une cavité sécrétante. — 2, 3, deux autres cavités sécrétantes (la moitié supérieure du 2 est seule représentée). — 4, 4, cellules centroacmeuses. — 5, membrane propre (en bleui. — 6, une artériole, coupée obliquement, renfermant deux hématies, travers, contenant une hématie.
une artériole, coupée en
téristiques de la cellule langerhansienne, lesquelles se disposent dans la partie basale de la cellule, tout contre les capillaires. C’est autour des capillaires maintenant, et non plus autour d’un canal central, que s’ordonnent les cellules épithéliales et c’est aussi dans ces
capillaires qu’elles déverseront désormais leurs produits de sécrétion. L’îlot plein, ainsi entendu, n’est qu’un acinus retourné, et pour employer l’expression
On voit que la partie gauche de l’acinus 1, indiquée par le chiffre I’ et teintée en jaune, sous l’influence du vaisseau pénétrant 7, achève de se transformer en un petit amas d’éléments endocrines, s’irradiant aillour du vaisseau.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
de Laguesse, un acinus interverti : l’organe à sécrétion externe ou exocrine est devenu un organe à sécrétion interne ou endocrine .
A côté de la figure 91 2, qui est un peu schématique et qui, du reste, se rapporte aux ophidiens, nous placerons la figure ci-dessus (fig. 913), qui représente une coupe du pancréas de l’homme. Nous y voyons, comme dans la figure précédente, un certain nombre de cellules exocrines (partie gauche de l’acinus marqué 1), changeant de polarité, s’organiser en un îlot endocrine (voyez la légende explicative).
Remarquons, avec Laguesse, l’analogie qui existe, au double point de vue anatomique et fonctionnel, entre le pancréas et le foie. Les cellules constitutives de l’un et l’autre organes sont bipolaires, c’est-à-dire laissent échapper leurs produits de sécrétion par leurs deux extrémités ou pôles. Pour le foie, par exemple, la cellule hépatique jette sa sécrétion externe dans les canalicules biliaires (c’est la sécrétion exocrine ), sa sécrétion interne dans les capillaires radiés du lobule (c’est la sécrétion endocrine ). En ce qui concerne le pancréas, la cellule pancréatique se débarrasse : 1° de sa sécrétion externe (suc pancréatique) dans les canaux excréteurs de la glande; 2° de sa sécrétion interne dans les capillaires les plus voisins. La seule différence importante qui existe entre les deux glandes, c’est que la sécrétion exocrine et la sécrétion endocrine sont simultanées dans le foie, tandis qu’elles sont alternantes dans le pancréas : la cellule pancréatique étant un élément exocrine quand elle fait partie de l’acinus, un élément endocrine quand elle fait partie d’un îlot de Langerhans. Elle est bien bipolaire comme la cellule hépatique, mais avec cette particularité qu’elle ne fonctionne jamais que par l’un ou l’autre de ses deux pôles, par son pôle externe quand elle est cellule d’acinus, par son pôle interne quand elle est cellule d’îlot.
C’est, comme on le voit, un retour aux idées de Lewascheff : l’îlot de Langerhans, morphologiquement, n’est qu’un acinus, qui, tout en conservant sa nature épithéliale, a changé de place, d’aspect et de rôle.
Or, ce nouvel état n’est probablement que momentané : après un temps plus ou moins long et sous une influence encore peu connue, l’îlot de Langerhans, s’intervertissant de nouveau, peut, d’après Laguesse, retourner à son état initial d’acinus exocrine. Et ainsi se termine ce qu’on pourrait appeler le cycle évolutif de l’élément glandulaire du pancréas. Ce cycle comprend trois stades : 1° disposition de l’élément glandulaire en acinus d’une glande en grappe, déversant son produit de sécrétion dans un canal excréteur et, de là, dans l’intestin, voilà le premier stade; 2° transformation de l’acinus en îlot plein de Langerhans, jetant son produit de sécrétion dans les capillaires, c’est le second stade; 3° retour de cet îlot plein à l’acinus, voilà le troisième stade. Laguesse, à l’appui de son opinion, signale de nombreuses formes de transition entre les acinus et les îlots. Cette transformation continuelle des îlots de Langerhans, qui, provenant des acini, retournent aux acini, pour, de nouveau, repasser à l’état d’îlots, nous explique un certain nombre de faits, notamment celui-ci, mis en lumière par les expériences de Mankowski, de Wall, de Swale Vincent et Thompson, que le nombre des îlots varie selon l’état fonctionnel de la glande : diminuant sous l’influence du repos et du jeûne ; augmentant, au contraire, à la suite d’un travail sécrétoire intense.
Tout en étant généralement admise, la théorie de la variabilité incessante des ilôts n’est pourtant pas acceptée par tous les auteurs. Un certain nombre d’histologistes, bien qu’admettant une relation génétique entre les acini et les îlots de Langerhans, sont d’avis que ces derniers sont des formations beaucoup plus fixes, tout au moins chez l’adulte : une fois détachés des acini, ils resteraient tels, formations permanentes et invariables au milieu du parenchyme à sécrétion externe : c’est la théorie de la pérennité des îlots, à laquelle se sont rangés Diamare. Pearce, Kuster.
ILOTS DE LANGERHANS
D’autres (Oppel, W. Schulze, Ssobolenv, etc.), allant plus loin encore, estiment que les îlots pleins sont entièrement indépendants du parenchyme exocrine.
Enfin, tout récemment, Claude (1909) après avoir étudié le développement du pancréas chez le mouton, croit devoir rejeter entièrement l’origine épithéliale des îlots de Langerhans et, avec von Hansemann, les fait dériver des éléments du mésenchyme, autrement dit des cellules conjonctives incluses dans le pancréas. Mais Laguesse (1909), après avoir examiné les préparations de Claude, nous déclare qu’elles ne l’ont pas convaincu : l'auteur, selon lui, aurait mal interprété un certain nombre d’éléments. 11 aurait pris notamment pour des îlots des ganglions nerveux et, d’autre part, il aurait confondu « avec les vraies cellules troubles certaines cellules nerveuses » et, aussi « certaines cellules conjonctives foncées qui ne sont peut-être que des rhagiocrines. »
Comme on le voit, la question est encore à l’étude. On n’a pas dit le dernier mot sur les îlots de Langerhans et sur leurs relations avec les acini pancréatiques.
4° Signification physiologique. — La valeur fonctionnelle des îlots de Langerhans est encore, comme sa valeur morphologique, fort controversée. On s’accorde généralement à les considérer comme des formations endocrines préposées à la sécrétion interne du pancréas. Mais le désaccord commence quand il s’agit de représenter par une formule quelque peu précise la nature de cette sécrétion.
L’opinion la plus accréditée aujourd’hui est que la substance élaborée par eux, une fois lancée dans le torrent circulatoire, règle la production du sucre dans l’organisme. Une pareille conclusion découle des faits expérimentaux suivants. Si on enlève le pancréas chez un animal, on détermine un diabète, dit diabète pancréatique, qui amène fatalement la mort. Si, d’autre part, on pratique la ligature des canaux excréteurs, laquelle détermine à bref délai l’atrophie du parenchyme exocrine, tout en respectant les îlots de Langerhans, le diabète ne se produit pas et l’animal continue à vivre. Il est tout naturel de penser que, dans ce cas, c’est à la persistance des îlots qu’est dû, avec l’intégrité de la fonction glycogénique, le maintien de la vie.
L’anatomie pathologique corrobore nettement sur ce point les enseignements de la physiologie expérimentale. Elle nous apprend, en effet, que dans le diabète pancréatique (Oppel, Diamare, Ssobolew, Dieckoff, Cürtis, Gellé, etc,), les îlots de Langerhans sont ou supprimés ou tout au moins altérés.
5° Vaisseaux et nerfs. — Les îlots de Langerhans ont une vascularisation très riche et toute spéciale :
a. Vaisseaux sanguins. — Tout d’abord, nous voyons les vaisseaux sanguins former à la périphérie de l’îlot une sorte de réseau qui, comme une couronne.
Coupe du pancréas du chien, pratiquée au niveau de son extrémité splénique (d'après Sw. Vincent et Thompson).
(L’animal a été soumis au jeûne pendant plusieurs jours, ce qui a eu pour résultat d’augmenter le nombre des ilôts).
1, îlots de Langerhans, avec leurs cellules endocrines. — 2, acini exocrines avec leurs cellules à zymogène. — 3, cellules de transition.
GLANDES A SECRÉTION INTERNE
enveloppe l’organe de toutes parts. De ce réseau périphérique partent ensuite une multitude d’artérioles ou de capillaires, qui se dirigent vers le centre, en décrivant, comme l’avaient déjà remarqué Ivühne et Lea, des sortes de glomérules
formés par des anses larges et très serrées. Ici, comme dans les autres glandes à sécrétion interne, les cellules glandulaires s’ordonnent par rapport aux vaisseaux, présentant avec eux des rapports immédiats. Quelques auteurs considèrent le système vasculaire des îlots de Langerhans comme indépendant de la circulation du pancréas. Le fait a besoin d’être démontré.
Quant aux nerfs , ils sont également fort nombreux. Gentès (1902), qui les a étudiés sur le rat à l’aide de la méthode de Golgi, décrit un premier réseau qui se dispose tout autour de l’ilot (réseau péri-insulaire). De ce réseau partent des petits filets plus ou moins variqueux, qui pénètrent dans l’épaisseur même de l’îlot, y forment un deuxième réseau (réseau intra-insulaire ) et, finalement, se terminent entre les cellules glandulaires par des extrémités libres, renflées en bouton. Il ne paraît pas y avoir de cellules nerveuses dans l’îlot. Du moins, on n’en a pas encore signalé.
Voyez, au sujet des îlots de Langerhans, parmi les travaux récents : Sauerbeck, Die Langerhans’ schen lnselnin norm. u. krank Pankreas, etc. Virchow’s Areh., 1904 ; — Diamare, iStudii Comparalivi sulle isole cli Langerhans ciel Pankreas, Intern. Monatsschr. Anat. u. Physiol., 1905; — Heiberg, Beitr. z. Kenntniss d. Langerhans ’ schen Inseln in Pankreas, Anat. Anz. Bd. XXIX, 1906; — Kelly, Studien ueb. Langerhans ’ che Insel , Arch. mikr. Anat. Bd. LXVII, 1906; — Vincent and Thompson, On the relation betvoenthe islets of Langerhans and the zymogenous tubules of the pancréas, Intern. Monatsschr. f. Anat. u. Physiol., 1907; — Laguesse et Debeyke, Les îlots endocrines du pancréas chez l'âne, Bibl. anat., t. XVI, 1907 ; — Laguesse, Sur les rapports des îlots endocrines avec l'arbre excréteur dans le pancréas de l'homme adulte, C. R. Soc. Biol., 1908 ; — Du même, Sur l'évolution des îlots endocrines dans le pancréas de l’homme adïilte , Arch. d’Anat. microsc., 1909 ; — Pochon, Beitr. z . Kenntniss d. Langerhans 1 schen Inseln d. Pankreas, Arch. wiss. u. prakt. Tierheilk., 1908 ; — Weichsf.lbaum u. Kyrte, Ueb. das Verh. d. Langerhans ' schen Inseln d. menschl. Pankreas , etc. Arch. mikr. Anat. Bd. 74, 1909; — Le Fahler, Histophysiol. de la glande endocrine du pancréas, Th. Montpellier, 1910.
Voyez aussi les indications bibliographiques du pancréas (p. 392).
ARTICLE VIII