II Y P 0 P H Y S E C É R É B R À L Ë
nasales à travers les trous que présentent l’ethmoïde et le sphénoïde. La théorie a depuis longtemps disparu : mais le mot persiste.
1° Généralités. — Placée en arrière du chiasma optique, en avant des tubercules mamillaires, l’hypophyse (fig. 871, 1) répond à la portion médiane de l’étage moyen de la base du crâne, laquelle, on le sait, est creusée en une dépression profonde que l’on désigne sous le nom de selle turcique : elle est logée dans cette selle turcique, qu’elle remplit entièrement. Nous dirons tout à l’heure quels sont ses rapports avec sa loge osseuse et ses parties avoisinantes.
Les dimensions de l’hypophyse sont les suivantes : le diamètre transversal, le plus long des trois, mesure de 12 à 15 millimètres; le diamètre antéro-postérieur,
8 millimètres ; le diamètre vertical, 6 millimètres. La glande hypophysaire, on le voit, est allongée dans le sens transversal et légèrement aplatie de haut en bas.
Le poids de l’hypophyse varie de 35 à 45 centigrammes. Son poids spécifique est de 1,0657.
Fig. 871.
L’hypophyse cérébrale en place, vue d’en haut.
1, hypophyse. — 2, tige pituitaire. — 3, lame quadrilatère du sphénoïde. — 4, apophyses clinoïdes postérieures — 5, apophyses clinoïdes antérieures. *— G, gouttière optique. — 7, tronc basilaire, avec : 8, cérébelleuse supérieure. — 0, cérébrale postérieure. — 10, sinus caverneux. — 11, carotide interne, fournissant du côté gauche deux artères hypophysaires, l’une postérieure, l’autre antérieure. — 12, artère ophthahnique. — Ï3, nerf optique. — 14, trijumeau, avec 14’, ganglion de Gasser. — 15, nerf ophthalmique. — 16, 16, nerf moteur oculaire commun. — 17, 17, nerf pathétique. — 18, 18, nerf moteur oculaire externe. — 19, paroi externe du tissu caverneux.
2° Conformation extérieure. — Si nous enlevons l’hypophyse de sa loge ostéo-
fibreuse, nous constatons tout d’abord qi de deux portions ou lobes : un lobe antérieur et un lobe postérieur. Le lobe antérieur, le plus volumineux des deux, présente une coloration rougeâtre. Le lobe postérieur, beaucoup plus petit, est d’un gris jaunâtre. La ligne de démarcation des deux lobes, peu apparente à la surface extérieure de l’organe, est très visible au contraire sur les coupes, soit horizontales, soit sagittales.
Sur les coupes horizontales (fig. 872, B), ' nous voyons le lobe antérieur, convexe en avant, excavé en arrière, rein, dont le bord concave embrasse
/elle se compose essentiellement (fig. 872, A)
Fig. 872.
Corps pituitaire : A, vu par sa face postérieure : B, vu en coupe horizontale; C, vu en coupe sagittale.
1, lobe aûtérieurdu corps pituitaire. — 2, son lobe postérieur. — 3, tige du corps pituitaire. — 4, coupe du chiasma optique. — 5, infundibulum. - 6, recessus opticus.
revêtir dans son ensemble la forme d’un la partie correspondante du lobe posté-
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
rieur. Les deux lobes, du reste, sont intimement accolés et unis Lun à l’autre.
Les coupes sagittales (fig. 872, C) nous montrent, à leur tour : 1° que la tige pituitaire, à laquelle est appendue l’hypophyse, vient s’implanter exclusivement sur le lobe postérieur; 2° que le lobe antérieur n’a avec la tige pituitaire que des rapports de contiguïté ; 3° qu’une petite portion de ce lobe antérieur s’applique en avant de la tige pituitaire sous la forme d’une languette fort mince, qui remonte parfois jusqu’au voisinage du chiasma optique. Ce prolongement ascendant du lobe antérieur de l’hypophyse peut même, dans certains cas, se prolonger jusque sur la face postérieure de la tige pituitaire, comme l’ont observé tout récemment Staderini (1909) et Perna (1911).
Demandons-nous maintenant, avant toute description de ses rapports et de sa structure, quelle est la signification morphologique de l’hypophyse.
3° Signification morphologique. — L’embryologie, ici comme pour la thyroïde et les parathyroïdes, va nous fixer nettement sur ce point.
Dans les premiers stades embryonnaires (entre le 4e et le 5e jour chez le poulet.
Coupe vertico-médiane d'un embryon de Japin de 12 millimètres de longueur (Mihal-
KOWICS).
Jl
Fig. 874.
Coupe vertico-médiane d’un embryon de lapin de 20 millimètres de longueur (d’après Mihalkowjcs).
1, épiderme. — i, invagination hypophysaire (poche de Rathke ), avec 2’, son 'pédicule épithélial. — 3, corde dorsale. — 4, plancher du cerveau postérieur. — 5, planrher du cerveau moyen. — (3, mésoderme de la base du crâne. — <i\ artère basilaire. — 7, plancher du cerveau intermédiaire. — 8, inlundibulum.
au commencement du 2e mois chez l’homme), la fossette buccale ou stomodæum émet à sa partie postérieure un prolongement creux, une sorte de diverticule, qui se dirige en haut et en arrière vers la base du cerveau : c’est la poche de Rathke (fig. 873, 2). De- son côté, le cerveau intermédiaire, dans la région de l’infundibulum, donne naissance lui aussi à un prolongement creux, qui se porte en bas et en avant pour venir s’accoler à la face postérieure de la poche de Rathke.
Ces deux prolongements, l'un ascendant, l’autre descendant, forment dans leur ensemble l’ébauche ou plus exactement les ébauches de l’hypophyse.
Le prolongement buccal ( ébauche buccale) se compose de deux portions : une portion supérieure, ou fond, plus ou moins dilatée en cæcum, formée par des cellules plus hautes, c’est le cæcum hypophysaire ; une portion inférieure, plus ou
HYPOPHYSE CÈRÉBKALE
moins rétrécie, sorte de pédicule creux rattachant le cæcum à la cavité buccale dont il dérive, c’est le pédicule hypophysaire. — Le pédicule hypophysaire, formation simplement transitoire, s’atténue peu à peu et finit par disparaître, tout au moins dans la plus grande partie de son étendue. Nous y reviendrons plus loin. — Le cæcum hypophysaire, au contraire, maintenant isolé et indépendant, va se développer et c’est lui, disons-le tout de suite, qui formera le lobe antérieur de notre hypophyse. Ses cellules, entrant en prolifération active (fig. 875 et 876), poussent de nombreux bourgeons qui, en se développant du côté de la cavité centrale, rétrécissent peu à peu cette dernière et finissent par la combler entièrement : à la sphère épithéliale creuse de tout à l’heure a succédé une sphère épithéliale pleine. En meme temps que s’est manifestée cette prolifération épithéliale, le tissu conjonctif ambiant a envoyé entre les bourgeons précités des travées plus ou moins épaisses, mais toutes chargées de vaisseaux. Il n’est pas inutile de faire remarquer, en terminant, que ce processus évolutif d’une membrane épithéliale en un organe conjonctivo-épithéJial ne s’effectue que sur la paroi antérieure du cæcum hypophysaire : sa paroi postérieure, pour ainsi dire inactive ou stérile, conserve sa
C©upe transversale de l’hypophyse cérébrale et du prolongement infundibulaire chez un embryon humain de 22 millimètres (d’après Prenant).
1, hypophyse cérébrale, avec sa cavité centrale. — 1, infundibulum cérébral, avec sa cavité centrale. — 3, pont de Varole. On voit nettement que la vésicule hvpophysaire, aplatie d’avant en arrière, s’excave en gouttière à sa partie postérieure, pour se moukr sur l’iufundibulum.
Fig. 876
Coupe transversale de l'hypophyse cérébrale et du prolongement infundibulaire du cerveau chez un embryon humain de 30 millimètres (d’après Prenant).
1, infundibuium cérébral. — 2, hypophyse cérébrale, avec : 3, sa cavité centrale; 4, son feuillet postérieur, simple comme dans la ligure 87o ; 5, son feuillet antérieur, très bourgeonnant, pour former la presque totalité des éléments constitutifs du lobe antérieur. — ü, portion du postsphéuoïde cartilagineux. — 7, présphénoïde.
constitution primitive de simple couche épithéliale. Nous aurons à revenir sur ce fait quand nous étudierons la structure de l’hypophyse.
Le prolongement cérébral (ébauche cérébrale ou infundibulaire) , se développant à son tour, devient le lobe postérieur de l’hypophyse. Son organisation, toutefois, est beaucoup moins complète et, d’autre part, elle varie suivant les espèces animales. Tandis que, chez les poissons, le prolongement en question devient une véritable glande, la glande infundibulaire , chez les mammifères et chez l’homme, il ne se développe que peu : il reste, comme nous le verrons plus loin, une formation toute rudimentaire.
Au total, l’hypohyse complètement développée, l’hypophyse de l’adulte, telle qu’on la décrit en anatomie macroscopique, est un organe complexe, provenant de deux ébauches : 1° une ébauche buccale, colonie de l’épithélium buccal primitif émigrée dans la cavité crânienne, elle n’est autre que le lobe antérieur ; 2° une
950 GLANDES À SÉCRÉTION INTERNE
ébauche cérébrale, dérivée du cerveau intermédiaire, elle n’est autre que le lobe postérieur. .
4° Rapports. — Envisagée au point de vue de ses rapports, l’hypophyse cérébrale nous offre à considérer six faces : une face antérieure, une face postérieure, une face inférieure, une face supérieure et deux faces latérales :
a. Face antérieure. — Sa face antérieure, fortement oblique en bas et en arrière, répond au versant antérieur de la selle turcique, revêtu, naturellement, par le périoste de la base du crâne.
b. Face postérieure. — Sa face postérieure, à peu près verticale, est en rapport
avec le versant postérieur de cette même selle turcique, autrement dit avec la lame quadrilatère du sphénoïde, revêtue également par le périoste,
c. Face inférieure. — Sa face inférieure, convexe dans le sens antéropostérieur, plane dans le sens transversal, repose sur le fond ou plancher de la selle turcique. Rappelons, en passant, que Ton voit assez fréquemment sur ce plancher de la selle turcique l’orifice supérieur d’un canal minuscule, qui va s’ouvrir d’autre part à la face inférieure du corps du sphénoïde, autrement dit à la paroi supérieure du pharynx : c’est le candi scranio -pharyngien de Landzert, le canal hypophysaire de Calo.ri, vestige du chemin qu’a suivi la poche de Rathke pour émigrer dans la cavité crânienne et y former le lobe antérieur de l’hypophyse (voy. dans le t. Ier, Sphénoïde) .
d. Face supérieure . — Sa face supérieure, quelquefois légèrement convexe, mais le plus souvent plane ou même plus ou moins déprimée, répond à cette lame fibreuse, dépendance de la dure-mère* qui, sous le nom de diaphragme de l'hypophyse ou de tente de l'hypophyse , s’étend horizontalement au-dessus de la selle turcique. On sait quelle est entourée par une sorte.de collier veineux, qui répond aux deux branches du sinus coronaire. On sait aussi qu'elle est percée à son centre d'un trou circulaire, trou par lequel passe la tige pituitaire pour rejoindre l’hypophyse et se continuer avec son lobe postérieur.
Fig. 877.
L’hypophyse cérébrale, vue sur une coupe horizontale, passant ‘par la partie moyenne (sujet congelé, segment antérieur de la coupe) .
La coupe, légèrement oblique, passe un peu plus bas à gauche qu'à droite.
1, hypophyse, avec ses deux lobes antérieur et postérieur. — 2. lame quadrilatère du sphénoïde. — 3, sinus sphénoïdaux. — 4, fosses nasales. — 5, sinus ethmoïdaux. — 6, cavité orbitaire, coupée : à droite, au niveau du nerf optique, à gauche, au-dessous de ce nerf, au niveau de la branche inférieure du moteur oculaire commun. — 7, tronc basilaire. — 8, sinus caverneux. — 9, carotide interne. — 10, nerf optique. — 11, trijumeau. — 12, nerf ophthalmique. — 13, nerf moteur oculaire commun (branche inférieure). — 14, nerf pathétique. — 15, nei’f moteur oculaire externe. — 16, protubérance annulaire. — 17, lobe temporo-occipital. — 18, cervelet. — 19, paroi externe du sinus caverneux. — 20, artère cérébelleuse supérieure.
•HYPOPHYSE QÉHÉBRALE ■ 951
• e. Faces latérales. — Ses faces latérales répondent, à droite et à gauche (fig. 877 et 878) à la paroi interne du sinus caverneux. Elles sont donc en rapport : 1° avec ce sinus caverneux ; 2° avec la carotide interne et le nerf moteur oculaire externe, qui se trouvent situés dans l’intérieur même du sinus ; 3° avec les trois nerfs moteur oculaire commun, pathétique et ophthalmique, qui cheminent dans l’épaisseur de sa paroi externe, mais ce sont là des rapports médiats, des rapports qui sont relativement éloignés. Au delà de la paroi externe du sinus caverneux, la face latérale de l’hypophyse est en rapport avec le côté externe du lobe temporooccipital.
5n Structure. — Au point de vue histologique, les deux lobes de l’hypophyse ont chacun une structure qui lui est propre. Nous les examinerons donc séparément, en commençant par le plus simple des deux, le lobe postérieur.
A. Lobe postérieur. —
Le lobe postérieur, dérivé du névraxe, est une ^ formation incomplètement développée, un orgaae rudimentaire. Nous y rencontrons deux ordres d’éléments : 1° des éléments conjonctifs ; 2° des éléments nerveux.
a. Eléments conjonctifs. — L’élément conjonctif est représenté par une mince membrane enveloppante, de nature cellulo - vasculaire , qui entoure le lobe postérieur de toutes parts et se prolonge en haut sur la tige pituitaire. 11 est à peine besoin d’indiquer qu’elle est une dépendance de la pie-mère. Du reste les éléments conjonctifs restent à la surface : dans l’épaisseur même du lobe, il n’y en a aucune trace, si ce n’est dans la paroi des vaisseaux.
b. Éléments nerveux. — Comme éléments appartenant au système nerveux, nous avons des fibres et des cellules. — Les fibres, véritables fibres nerveuses, sont extrêmement nombreuses, très fines, courant dans divers sens. Quelle est leur nature? D’où viennent-elles et où vont-elles ? Nous devons poser la question sans essayer même de la résoudre. Bekkley et Ramon y Çajàl et, après eux, Gentès ont
Fig. 878.
L’hypophyse cérébrale, vue sur une coupe frontale (sujet congelé, segment antérieur de la coupe).
1, hypophyse. — 2, loge pituitaire. — 3, selle turcique. — 4, diaphragme de l’hypophyse, percé à son centre pour laisser passer la tige pituitaire. — 5, sinus caverneux, avec : 6, sa paroi interne; 7, sa paroi supérieure; 8, sa paroi externe.
— 9, carotide interne. — 10, artère cérébrale moyenne. — 11, artère cérébrale antérieure, avec 11’, communicante antérieure. — 12, bandelette optique, s'échappant du chiasma — 13, moteur oculaire commun. — 14, pathétique. — 15, moteur oculaire externe. — 16, ophthalmique. — 17. maxillaire supérieur. — 18, maxillaire inférieur rejoint par la petite racine du trijumeau qui vient se fusionner avec lui. — 19, lobe temporo-occipital. — 20, lobe orbitaire. — 21, scissure de Sylvius. — 22, scissure interhémisphérique. — 23, grande aile du sphénoïde.
— 24, trompe d’Eustache. — 25, sphénoïde.
cru pouvoir les considérer comme des fibres centripètes qui, prenant naissance dans les cellules périphériques du lobe antérieur, se rendraient au cerveau pour s’y terminer dans des cellules encore indéterminées. Mais ce n’est là qu’une simple
hypothèse. — Les cellules sont de deux ordres : 1° cellules èpendy maires, de forme cylindrique, très allongées, situées au voisinage de l’infundibulum ; 2° cellules névrogliques , très variables de forme et de volume, les unes arrondies, les autres piriformes, munies de prolongements très nombreux, mais relativement courts. Quant aux cellules nerveuses décrites par certains auteurs, elles paraissent faire entièrement défaut dans le lobe postérieur de l’hypophyse : Gemeeli (1903) les y a vainement cherchées, soit à l’aide de la méthode de Golgi, soit à l’aide de la méthode de Nissl. Gentès et Thaon, eux non plus, n’ont. pu réussir à les mettre en évidence.
Une portion du lobe nerveux du corps pituitaire, 0utre Ies élémt.nts indiqués ci-dessus, le
flEMEi.i.b ar a m 0 e e 0 ( upr s lobe postérieur de l'hypophyse renferme en-
'■ core une cerLaine quantité de pigment, se
présentant ordinairement sous la forme de fines granulations, formant parfois des blocs plus ou moins volumineux et à contours polyédriques. Ce pigment, dans certains cas, se dissémine dans toute l'étendue du lobe; mais, le plus souvent, il se dispose avec une sorte de prédilection, soit à sa partie postérieure, soit à sa partie antérieure au voisinage de la zone inlerlobaire. D’après Clunet et Jonnesco (1910), le pigment hypophysaire doit être classé parmi les mélanines quoique différant, par certains caractères des autres mélanines de l’organisme humain : ses affinités chimiques le rapprocheraient surtout du pigment de la zone réticulée des surrénales.
B. Lobe antérieur. — Le lobe antérieur de l’hypophyse, dérivé de l’épithélium buccal (stomodæum), a tous les caractères d’un organe glandulaire. Il est essentiellement constitué par un système de cordons épithéliaux, pleins ou creux, simples ou bifurqués, larges de 15 à 20 p, baignant dans un. lacis de vaisseaux sanguins qui ont la valeur de simples capillaires : c’est bien, comme un le voit, une glande vasculaire sanguine, telle que la concevaient les anciens auteurs. Histologiquement, le lobe antérieur renferme deux ordres d’éléments : 1° des éléments conjonctifs ; 2° des cellules ou éléments épithéliaux. Avant de les décrire, je rappellerai (cela me paraît absolument nécessaire) quelques détails descriptifs, relatifs à ce qu’on appelle la fente hypophysaire et la substance médullaire du lobe antérieur.
a. Fente hypophysaire et substance médullaire. — Sur le point où les deux lobes de l’hypophyse prennent récriproquement contact, on voit, sur les coupes, une sorte de fente étroite, plus ou moins nette, parfois interrompue sur une partie plus ou moins grande de son parcours ; c’est la fente hypophysaire. Elle est délimitée, sur l’une et l’autre de ses parois, par une couche de cellules, les unes pavimenteuses, les autres cylindriques. Cette fente n’est vraisemblablement que le reliquat de la cavité centrale que présente l’hypophyse embryonnaire, tant qu’elle n’est encore qu’une sphère creuse ( poche de Rathke ) : sa paroi postérieure n’est autre que la paroi postérieure de la poche embryonnaire, laquelle, comme nous l’avons vu, ne s’est
YPOPHYSE CÉRÉBRALE
pas développée ; quant à sa paroi antérieure, elle répond aux cordons cellulaires du lobe qui, comme on le sait encore, se sont formés aux dépens de l’épithélium antérieur de la poche en question.
Cette partie du lobe antérieur qui délimite en avant la fente hypophysaire revêt un aspect tout spécial, tranchant nettement sur le reste du lobe. Peremeschko lui a donné le nom de substance médullaire ; Prenant celui de région cystiforme. Elle est « caractérisée, en effet, par des vésicules Gloses, atteignant parfois les dimensions de petits kystes, qui ne sont pas sans analogie avec les vésicules du corps thyroïde; un épithélium cubique les tapisse et de la matière colloïde forme son contenu. » (Prenant).
La région toute spéciale que forme la substance médullaire répond exactement à la poche hypophysaire primitive. Elle se continue directement avec son pédicule (voy. plus haut) et, peut-être, les différences structurales signalées ci-dessus trouveraient-elles leur explication dans ce fait que les éléments qui la constituent dérivent de la portion la plus élevée de ce pédicule.
Ceci étant bien compris, revenons aux éléments constitutifs du lobe postérieur de l’hypophyse. Et, d’abord, les éléments conjonctifs.
b. Eléments conjonctifs. — Les éléments conjonctifs se disposent icr sous forme de minces cloisons, se divisant et s’anastomosant les unes avec les autres de façon à circonscrire un système de loges, de dimensions diverses, dans lesquelles se tassent les éléments épithéliaux.
Le long de ces cloisons séparatives cheminent les vaisseaux de la glande, soit sous forme d’artères ou de veines (voy. plus loin), soit sous forme de simples capillaires, ces capillaires étant toujours plus ou moins dilatés.
D’après Soyer, les travées conjonctives que nous venons de décrire dans l’épaisseur du lobe hypophysaire antérieur apporteraient avec elles des cellules d’origine mésenchymateuse qui, changeant de nature, se différencieraient en de véritables cellules glandulaires, entièrement semblables à celles des cordons épithéliaux. Si le fait était confirmé, il faudrait admettre dans l’hypophyse deux ordres de cellules génétiquement différentes : les unes d’origine endodermique (cellules de la description classique) ; les autres d’origine mesenchymateuse (celles admises par Soyer).
c. Cellules ou éléments épithéliaux ( éléments glandulaires) . — Depuis les travaux de Flesch, de Dostoiewski et de Lothringer, on distingue les cellules hypophysaires en deux groupes : les unes ne prenant pas les couleurs, ce sont les cellules chromophobes ; les autres se colorant facilement, ce sont les cellules chromophiles. Les premières sont remarquablement claires,
à peu près dépourvues ou même complètement dépourvues de granulations. Les secondes, au contraire, les chromophiles, sont fortement granuleuses et se distinguent à leur tour, suivant leur affinité pour tel ou tel réactif colorant, en aci-
T. IV, 6e ÉDIT. 120
Fig. 880.
Coupe de l'hypophyse du cheval, colorée par la méthode de Weigert (d'après Lothringer).
GLANDES A SECRETION INTERNE
dophiles et basophiles. Il n’est pas inutile de faire remarquer que ces deux espèces de cellules, chromophiles et chromophobes, ne présentent dans les cordons hypophysaires aucune localisation déterminée. Certains observateurs, au nombre desquels je citerai Comte et Caselli, leur ont bien assigné des positions plus ou moins constantes, mais Launois et Thaon, contrairement à cette assertion, n’ont constaté aucune régularité dans la répartition des diverses variétés de cellules qui entrent dans la constitution des cordons glandulaires de l’hypophyse.
Et alors se pose naturellement cette question : les cellules chromophiles et les cellules chromophobes sont-elles deux éléments absolument distincts, ou bien ne représentent-elles qu’un seul et même élément à des stades fonctionnels différents? La plupart des hostologistes se sont rangés à cette dernière opinion et, pour eux, il n’existe qu’une seule espèce de cellule, la cellule hypophysaire, toujours la
même au point de vue morphologique, variant seulement dans son aspect et dans son mode de réaction suivant le moment où on la considère. Les granulations in tra- protoplasmiques représentant ici comme ailleurs les produits de sécrétion de la cellule, la cellule chromoplïfaê', avec son protoplasma uniformément clair et dépourvu de granulations, pourra être considérée comme la cellule à l’état de repos ou, plus exactement à l’état d’épuisement complet : elle s’est débarrassé^, en les rejetant en dehors d’elle, des granulations qu’elle avait élaborées. De son côté, la cellule Chromophile , avec son protoplasma foncé et granuleux, représente cette même cellule en pleine période
d’activité , ayant refait ses granulations , continuant à en faire de nouvelles pour, quelques instants après, les expulser une fois encore au dehors et revenir ainsi à son stade initial de cellule sans granulations, cellule épuisée, cellule chromophobe. Tel est le cycle sécréteur. Saint-Rémy a, du reste, montré, en parfait accord avec cette manière de voir, que , entre les cellules franchement chromophiles et les cellules nettement chromophobes, se trouvent tous les intermédiaires.
Les produits de sécrétion de la glande hypophysaire, les principaux tout au moins (car il est probable qu’il y en a encore bien d’autres) sont de deux ordres : 1° de la graisse ; 2° de la substance colloïde. — La graisse hypophysaire se présente sous la forme d’une multitude de grains, plus ou moins volumineux, que l’os-
Fig. 881.
Hypophyse cérébrale, vue en coupe (formol, acide osmique d’après Thaon).
1, 1, cellules hypophysaires, avec leur matériel de sécrétion. — 2, 2, cellules avec des granulations graisseuses colorées en noir par l’acide osmique. — 3, grain mûriforme. — 4, capillaire sanguin coupé en long, rempli d’hématies. — 5, granulations graisseuses (en noir) situées dans le vaisseau. — 6, plaque de substance colloïde, occupant également une partie de la lumière du vaisseau.
HYPOPHYSE CÉRÉBRALE
miuin colore en noir : ces grains se réunissent parfois en de petites masses arrondies et irrégulièrement bosselées (fig. 881, 3) qui constituent les corps mûrif ormes de Lqeper. Sur des coupes traitées par le xylol (qui a la propriété de dissoudre les graisses), ces mêmes granulations graisseuses se traduisent par des vacuoles se montrant çà et là dans le protoplasma cellulaire; — La colloïde hypophysaire présente la plus grande analogie avec celle que sécrète la thyroïde. Elle se colore différemment suivant les cas, ce qui semble indiquer qu’il existerait, non pas une seule substance colloïde, mais des substances colloïdes multiples. Quoi qu’il en soit, la colloïde, dans le lobe antérieur de l’hypophyse, se rencontre à la fois sur les trois points suivants : 1° dans le protoplasma cellulaire ; 2° entre les cellules, notamment dans les vésicules de la substance médullaire, lesquelles ne sont autre chose que des espaces intercellulaires, agrandis par l’accumulation sur ce point de la substance colloïde; 3° dans les capillaires sanguins, où elle a été constatée et figurée par Thaon (fig. 881,6).
Du reste, un certain nombre d’observations, dues à Rogowitsch, à Pisenti et Viola, à Caselli, nous apprennent que le sang hypophysaire donne la même réaction que la colloïde de l’hypophyse.
L’hypophyse, par son lobe antérieur tout au moins, appartient manifestement au groupe des glandes à sécrétion interne qui versent le produit de leur sécrétion dans le torrent circulatoire et ainsi s’explique la place que nous lui avons assignée, dans notre sixième édition, à côté de la thyroïde, des parathyroïdes et du thymus.
Dans un travail relativement récent, Andriezen (1894), à la suite de nombreuses recherches anatomiques et expérimentales, poursuivies sur les espèces animales les plus diverses (ammocœtes, ascidies, petromyzon, lapins, rats, etc.), est arrivé à conclure que, fonctionnellement, le corps pituitaire exerce une double action : 1° une action trophique sur le système nerveux ; 2° une action destructive servant à neutraliser et à rendre non nocifs les matériaux de déchet de l’activité nerveuse. Ainsi s’expliqueraient les troubles nerveux qui surviennent en conséquence de la destruction pathologique ou expérimentale du corps pituitaire : apathie, faiblesse musculaire, perte de la coordination des mouvements et de l’équilibre, développement des spasmes musculaires, abaissement de la température, polypnée compensatrice ou attaque de dyspnée et enfin la mort survenant par les progrès rapides de ces différents symptômes. Le rôle dévolu à l’hypophyse, pour être encore mal connu, n’en est pas moins très important puisque la suppression de l’organe est une cause de mort.
Après Andriezen, une foule d'expérimentateurs (Vassale et Sacchi, Caselli, Pirrone, Paulesco, Thaon, etc.) ont constaté, de même, que l’ablation totale de l’hypophyse est, à plus ou moins longue échéance, toujours mortelle. Les animaux ne survivent que dans les cas où l’hypophysectomie a été incomplète: car ici, comme pour les autres glandes à sécrétion interne, la thyroïde et la surrénale par exemple, il suffit de laisser intacte une portion de la glande pour empêcher l’apparition du syndrome d’insuffisance. La portion qui reste supplée vraisemblablement à celle qui a été enlevée ou détruite sur place.
6° Vaisseaux et nerfs. — L’hypophyse, organe minuscule, ne reçoit que des vaisseaux et des nerfs de petit calibre.
a. Artères.. — Les artères proviennent de la carotide interne. De chaque côté, ce tronc artériel, peu après son entrée dans le sinus caverneux, émet un petit tronc qui se divise presque aussitôt (Gentès) en trois branches : 1° une branche externe , qui se jette sur le nerf moteur oculaire externe ; 2° une branche postérieure, qui se rend à la dure-mère de la gouttière basilaire; 3° une branche interne, qui se porte sur le côté correspondant de l’hypophyse, c’est Y artère hypophysaire. Cette artère hypophysaire, quelquefois double (fig. 871), se subdivise, à son tour, en deux rameaux extrêmement flexueux, qui se distribuent, l’un (l’antérieur) à la portion glandulaire de l’organe, l’autre, le (postérieur) à la portion nerveuse. Cette dernière, reçoit, en outre, un certain nombre d’artérioles qui descendent sur sa face supérieure en suivant la tige pituitaire et se capillarisent très vite.
b. Veines. — - Les veines se jettent en général dans le sinus caverneux. Un certain
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
nombre, cependant, se rendent, comme l’a vu Thaon, à la tige pituitaire et, par elle, au réseau pie-mérien de la base du cerveau.
c. Lymphatiques. — Les lymphatiques ne sont pas connus. Caselli (cité par Thaon) dit bien que les lymphatiques, dans l’hypophyse, sont abondants et forment des lacunes, mais il ne précise rien. Ce qui est certain, c’est que Thaon, en utilisant tour à tour l’injection interstitielle de nitrate d’argent et l’injection de Gerota, n’a jamais pu réussir à mettre en évidence un seul canal lymphatique. Et ainsi s’explique le fait, signalé plus haut, que les cellules glandulaires de l’hypophyse déversent leur produit de sécrétion, soit directement, soit indirectement, dans les capillaires sanguines.
d. Nerfs. — Les nerfs, destinés exclusivement au lobe antérieur de l’hypophyse (on comprendrait mal la présence de nerfs sur le lobe postérieur qui est une portion du névraxe), proviennent de deux sources : pour la partie postérieure du lobe, du réseau fibrillaire du lobe nerveux; pour la partie antérieure, de la piemère qui l’entoure. Ces nerfs, une fois arrivés dans l’intérieur du lobe, s’y ramifient et s’y entrecroisent de façon à former, tout autour des cordons épithéliaux, de riches plexus. De ces plexus, partent des fibres extrêmement fines, qui se portent dans l’intervalle des cellules épithéliales et s’y terminent, soit par de petits renflements de forme variée, soit par des plexus péri-cellulaires (Gemelli). Outre ces nerfs, probablement sécréteurs , le lobe antérieur du lobe pituitaire possède encore des nerfs vasculaires, lesquels, ici comme ailleurs, se perdent dans la paroi des vaisseaux.
Voyez, au sujet de l'hypophyse cérébrale : Landzert, Petersburger med. Zeitschrift , 1868 ; — Romiti, Atti delta Soc. tosc . di Scienze naturali, Pisa, vol. Vil, 1888; — Lothringer, ■ Arch. fur mikr. Anatomie , Bd. XXVIII, 1886 ; — Schoenemann, Hypophysis und Thyroidea, Virchow’s Arch., 1892; — St-Remy, Sur l'histologie de la glande pituitaire, C. R. Acad, des Sc., 1892 ; — Andriezen, On morphology , origin and évolution of the pituitary body, etc. Brit. med. Journ., 1894: — Berkley, The feiner Anat. of the infundibular région of the cerebrum including the pituitary gland, Journ. of Neurol., 1894: — Du même, The nerve éléments of the pituitary gland, The J. Hopkin’s Reports, 1895; — Pisenti, Sulla inter pretazione da darsi ad alcune particolarità istologiche délia glandula pituitaria, Gaz. degli Osped., 1895; — Valenti, Sullo sviluppo délia ipofisi, Monit. zool., 1895 ; — Collina, Ricerche sulV origine e considerazioni sul significato délia giandola pituitaria, Riv. sperim. di Freniatria, 1898 ; — Orrù, Sullo sviluppo delV ipofisi, Int. Monatsschr. Anat. u. Physiol. Bd. XVIL1.9G0 :— Rossi, Sullo sviluppo délia ipofisi e sui rapporti primitivi délia corda dorsale e delle intestino, Lo Sper. A. 54, 1900; — Benda, Beitrdge z. norm. u. pathol . Histologie des menschl. Hypophysis cerebri, Berliner Klin. Wochenschr. Jhg. 37, 1900 ; — Neumayer, Zur Histologie der menschl. Hypophysis ., Sitz. Ber. Ges. Morph. u. Physiol. München, Bd. XVI, H. 1, 1900.
Thom, Untersu h. üb. die normale u. pathol. Hypophysis cerebri $ les Menschen, Arch. mikrosk. Anat. u. Entwicklung^gesch., B. 57, 1901 ; — Rossi, Sopra i lobi laterali délia ipofisi, Arch. ital. d. Anat.. e d. Embriol., vol. I, 1902; — Gentès, Structure du feuillet juxta-nerveux de la portion glandulaire de V hypophyse, Réun. Biol, de Bordeaux, n° 10, 1903 ; — Du même, Les artères de l'hypophyse, Gaz. hebd. des Sc. méd. de Bordeaux, 1903 ; — Du même, Terminaisons nerveuses dans le feuillet fuxta-nerveux de la portion glandulaire de l’hypophyse, C. R. dé la Soc. de Biol, de Paris, 1903 ; — Narboute, U hypophyse cérébrale et sa signification pour l'organisme, Saint- Pétersbourg, 1903 ; — Launois et Mulon, Etude sur l’hypophyse humaine à la fin de la gestation , G. R. de l’Assoc. des Anat., Sess. 5, Liège 1903 ; — Gemelli, Nuove ricerche suit' anatomia e sulV embriologia dell' ipofisi. Bull. Soc. med. chir., Pavia, 1905; — Mario Collina, Sur la fine s truc lure de la glande pituitaire à l’état normal et pathologique, Rev. de pathol. nerv. et ment., vol. VII, 1903; — Launois, Rech. sur la glande hypophysaire de l’homme, Th. Sc. Paris, 1904.
Staderini, Sopra l’ existenza dei lobi laterali dell’ ipofisi, Arch. ital. Anat. e Embriol., 1905 ; — Thaon, L’hypophyse à l’état normal et dans les maladies , Th. Paris, 1907 ; — Joris, Contrib. à l'étude de l’hypophyse, Mém. de l’Acad. roy. de Belgique, 1908 ; — Du même, Le lobe postérieur de la glande pituitaire, ibid., 1908 ; — Gentès, Rech. sur l’ hypophyse et le sac vasculaire des vertébrés, Trav. Labor. Soc. Sc. Arcachon, 1907 ; — Du même, Développ. et évolution de l’hypencéphale et de l’hypophyse de Torpédo marmorata , ibid., 1908 ; — Soyer, Contrib. à l’étude cytologique de l’hypophyse humaine, C. IL Assoc. Anat., 1909 ; — Clunet et Jonnesco, Le pigment du lobe postérieur de l'hypophyse, G. R. Soc. Biol, 1910; — Kohn, Ueb. die Hypophyse, München, med. Woch., 1910 ; — Staderini, Di un lobulo ipofisario non ancora descritto, etc. Arch. di Anat.
HYPOPHYSE PHARYNGEE
e di EmbrioL, vol. VIII, 1910: — Perna, Sulla presenza di un prolungamento ghiandolare posteriore nel peduncolo ipofisario delVuomo, Anat. Anz., Bd. XXXVIif, 1911.
Voyez ausssi les indications bibliographiques de Y Hypophyse pharyngée (p. 962).
§11. — Hypophyse pharyngée
Dans un travail communiqué à l’Académie impériale de Vienne en 1904, Erdheim signale l’existence, dans la muqueuse de la voûte du pharynx, tant chez le nouveau-né que chez le fœtus, d’un tissu hypophysaire auquel il donne le nom d hypophyse pharyngée. Trois ans plus tard, Araï, en étudiant le contenu du canal cranio-pharyngien, retrouve, lui aussi, chez les animaux et chez l’homme, la formation décrite par Erdheim. L’hypophyse pharyngée avait désormais droit de cité en anatomie humaine. Elle a suscité dans ces derniers temps de nombreuses et intéressantes recherches, parmi lesquelles nous citerons celles de Civalleri (1907), celles de Haberfeld (1907), celles de Poppi (1908), celles de Citelli (1909 et 1910).
1° Généralités. — L’hypophyse pharyngée paraît être une formation constante. Haberfeld, sur 51 cadavres qu’il a examinés à ce sujet (8 fœtus, 11 nouveau-nés, 7 enfants et 25 adultes), l’a toujours retrouvée quoique avec des dimensions et sur des points variables.
a. Situation. — En ce qui concerne sa situation, l’hypophyse se trouve placée dans l’épaisseur de la muqueuse qui revêt la face inférieure dubasi-sphénoïde et forme la voûte du pharynx. Elle occupe la ligne médiane et, par conséquent se trouve intéressée par la coupe sagittale de la base du crâne. Le plus souvent, on la rencontre sur cette partie du corps du sphénoïde qui est placée immédiatement en arrière de l’articulation sphéno-vomérienne et, pour préciser, au niveau de l’orifice inférieur du canal cranio-pharyngien , quand ce canal existe.
Exceptionnellement, on la trouve sur le bord postérieur du septum choanal, soit à sa partie supérieure, soit à sa partie moyenne, soit à sa partie tout inférieure. Haberfeld, dans un cas, l’a rencontrée plus bas encore, sur le bord antérieur du voile du palais.
b. Forme et direction. — L’hypophyse pharyngée se présente ordinairement sous la forme d’un corps allongé en sens sagittal, tantôt cylindroïde, tantôt légèrement aplati, soit de haut en bas, soit d’un côté à l’autre. Elle se dirige obliquement
L’hypophyse pharyngée, chez ie nouveau-né, vue en coupe sagittale.
1, suture entre le sphénoïde antérieur et le sphénoïde postérieur. — 2, suture entre le sphénoïde postérieur et l'occipital. — 3, portion ossifiée du sphénoïde postérieur. — 4, apophyse basilaire de l’occipital, avec 5, une portion en voie d’ossiûcation. — 6, lame perpendiculaire de l’ethmoïde. — 7, vomer. — 8, voûte palatine. — 9, luette. — 10, paroi postéro supérieure du pharynx. — 11, hypophyse cérébrale (lobe antérieur). — 12, hypophyse pharyngée. — 13, bourse de Luschka. — 14, amygdale pharyngienne.
La ligne pointillée allant de l'hypophyse cérébrale à l'hypophyse pharyngée indique la situation qu'occupait, chez l’embryon, le pédicule hypophysaire.
GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
de haut en bas et d’arrière en avant, de telle façon que, de ses deux extrémités, l’une est postéro-supérieure, l’autre antéro-inférieure. D’autre part, elle décrit, dans son ensemble, une légère courbe à concavité postérieure et inférieure.
c. Dimensions. — Les dimensions, sa longueur surtout, sont très variables. En moyenne, sa longueur mesure de 2 à 5 millimètres (mais il y en a de bien plus longues) ; sa largeur, de l à 3 millimètres ; son épaisseur, de un quart de millimètre à un demi- millimètre.
2° Conformation extérieure et rapports. — L’hypophyse pharyngée est incluse dans la couche conjonctive ou fibreuse qui sépare l’épithélium pharyngien de la
base du crâne.
Sa direction étant oblique en bas et en avant, nous pouvons lui considérer : 1° deux faces, l’une antéro-supérieure, l’autre postéro-inférieure ; 2° deux extrémités, l’une supérieure, l’autre inférieure. — La face antéro-supérieure ou crânienne , répond à l’os, dont elle est séparée, cependant (dans la plupart des cas tout au moins), par une lame fibreuse plus ou moins épaisse dépendant du périoste. — face postéro-inférieure ou pharyngienne regarde la cavité dupharynx. Elle est située au-dessus de l’épithélium et des glandes muqueuses. Lisse et unie dans certains cas, elle envoie dans d’autres des prolongements plus ou moins longs, qui descendent jusqu’aux culs-de-sac glandulaire^ et parfois même s’insinuent dans leurs intervalles. — U extrémité supérieure ou proximale répond à la base du crâne, qu’elle atteint ou n’atteint pas. On l’a vu, dans certains cas où existait le canal cranio-pharyngien, remonter plus ou moins haut dans la partie inférieure de ce canal, de telle sorte que si l’on avait voulu, sur les sujets qui présentent une pareille disposition, enlever la muqueuse de la voûte pharyngienne on n’aurait enlevé qu’une partie de l’hypophyse pharyngée, l’autre restant emprisonnée dans son canal osseux. — L 'extrémité inférieure ou distale se trouve placée d’ordinaire au voisinage de la partie la plus postérieure de l’articulation du vomer avec le corps du sphénoïde. Dans certains cas, principalement huand l’hypophyse est très allongée, elle est située plus bas sur un point quelconque du bord postérieur du septum choanal. Nous avons dit plus haut qu’elle pouvait descendre jusque dans le voile du palais. Mais ces cas sont extrêmement rares. L’extrémité distale de l’hypophyse
L’hypophyse pharyngée, vue sur une coupe frontale chez un enfant d’un mois (d’après une coupe de Citelli).
i, épithélium pharyngien. — 2, hypophyse pharyngée, avec 2’, son extrémité inférieure, se mêlant à la couche épithéliale et la soulevant du côté du cavum pharyngien. — 3, couche glandulaire de la muqueuse. — 4, sous-muqueuse. — 5, périoste. — 6, sphénoïde postérieur ou basisphénoïde. — 7, 7, 7, vaisseaux sanguins profonds, plus ou moins dilatés, quelques-uns pleins de sang. — 8, 8, 8, vaisseaux sanguins (en grande majorité veineux) de la muqueuse pharyngienne.
HYPOPHYSE PHARYNGEE
se rapproche beaucoup de l’épithélium du revêtement de la muqueuse pharyngienne. Citelli, 10 fois sur 18, l’a vu rejoindre cet épithélium et se confondre avec lui (fig. 883, 2') : ceci nous paraîtra tout naturel quand nous verrons tout à l’heure quelle est la signification morphologique de l’hypophyse pharyngée.
Tout autour de l’hypophyse, mais de préférence au niveau de sa face antérosupérieure, se voient de nombreux vaisseaux et nerfs, tous de petit calibre. Ces vaisseaux se répartissent en deux groupes : les uns se dirigent en avant vers l’articulation du vomer avec le corps du sphénoïde, représentant les vaisseaux sphéno-vomériens ; les autres, ascendants, pénètrent dans le sphénoïde, dans le canal cranio-pharyngien quand ce canal existe et, quand il est oblitéré, sur le point qu’il occupait durant la vie embryonnaire.
L’hypophyse pharyngée est constamment placée en avant de la bourse de Luschka et de l’amygdale pharyngée. Toutefois, ses rapports avec l’amygdale varient avec le développement de cette dernière : c’est assez dire qu’ils varient avec l’âge du sujet. Et, en effet, comme l’a fort bien fait remarquer Civalleri, chez le nouveau-né et même dans les premières années de la vie, alors que l’amygdale n’occupe d'ordinaire que la moitié ou le tiers postérieur de la voûte du pharynx, les coupes frontales passant par l’amygdale pharyngée n’intéressent nullement l’amygdale, laquelle est placée plus en arrière. Chez l’enfant et chez l’adolescent, l’amygdale se développe considérablement, s’étend en avant, atteint l’hypophyse pharyngée et, la dépassant, s’étale au-dessous d’elle en se rapprochant plus ou moins des choanes : à ce moment-là, les coupes frontales intéressant l’hypophyse intéressent aussi la partie antérieure de l’amygdale, qui se trouve placée immédiatement au-dessous. Enfin plus tard, chez l’adulte et a fortiori chez le vieillard, quand l’amygdale pharyngée s’atrophie avec les autres formations lymphoïdes du voisinage, elle se retire peu à peu en arrière et perd le contact avec l’hypophyse : elle reprend, avec cette dernière, les mêmes rapports que ceux qu’elle avait chez le nouveau-né.
3° Signification morphologique.
— Nous avons vu, dans le précédent paragraphe, que la fossette buccale ou stomodæum envoyait en haut et en arrière un long diverticulum, la poche de Rathke.
Nous avons ÿu encore que ce diverticulum, une fois développé, se composait de deux portions :
1° une portion supérieure, renflée en forme de sphère et occupant la cavité crânienne, c’est le cæcum hypophysaire ; 2° une partie infé-
Fig. 884.
Les hypophyses surnuméraires, vues sur une coupe sagittale (schématique).
1, sphénoïde postérieur. — 2, sphénoïde antérieur. — 3, vomer. — 4, voûte palatine. — 5, luette. — 6, voûte du pharynx. — 7, amygdale pharyngée. — 8, hypophyse cérébrale, avec ses deux lobes." — 9, hypophyse accessoire inlra-cranienne. — 10. hypophyse accessoire intra-osseuse. — 11, apophyse accessoire pharyngée" ou hypophyse pharyngée.
La ligne pointillée allant de l’hypophyse pharyngée à l'hypophyse cérébrale indique, comme dans la figure 882, la situation occupée, durant la période embryonnaire, par le pédicule hypophysaire.
960 GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
rieure, étroite, canaliculée, allant du cæcum hypophysaire à la muqueuse du stomodæum et située dans le canal cranio-pharyngien, c’est le pédicule hypophysaire. Nous avons vu, enfin, que, tandis que le cæcum se développait en un organe glandulaire qui est le lobe antérieur de l’hypophyse crânienne, le pédicule, lui, s’atténuait peu à peu et finissait par disparaître.
Cette disparition, toutefois, n’est pas complète.
Comme Fa montré nettement Arai (1907), le pédicule hypophysaire, non seulement ne disparaît pas en totalité, mais sur certains points se développe réellement, pour former de petits corps épithéliaux qui ont exactement la même structure fondamentale que Y hypophyse principale et acquièrent, de ce fait, la signification d 'hypophyses accessoires. Ces hypophyses accessoires ont été rencontrées par Arai sur les trois points suivants (fig. 884) : 1° sur le plancher de la selle turcique au-dessous de l’hypophyse principale, c’est Yhypophyse accessoire intra-cranienne; 2° dans le canal cranio-pharyngien, c’est Yhypophyse accessoire du canal rranio-pharyngien ou hypophyse accessoire intra-osseuse ; 3° au-dessous de ce .canal, dans l’épaisseur même de la muqueuse qui forme la voûte du pharynx, c’est Yhypophyse accessoire pharyngée ou, tout simplemen t, Yhypophyse pharyngée.
Notre hypophyse pharyngée, on le voit maintenant, a une signification très
nette. Elle n’est autre que l’extrémité tout inférieure du pédicule hypophysaire de l’embryon, laquelle, au lieu de disparaître par atrophie régressive, s’organise, comme le cæcum hypophysaire, en un véritable corps glandulaire, ayant la même valeur que l’hypophyse cérébrale et peut être, dans certains cas, susceptible de la suppléer. La structure, du reste, est la même pour les deux formations.
4° Structure. — Envisagée au point de vue structural, l’hypophyse pharyngée nous présente deux espèces d’éléments, des éléments conjonctifs et des éléments épithéliaux ou glandulaires :
a. Eléments conjonctifs. — L’élément conjonctif est représenté par de minces cloisons qui se divisent et s’anastomosent les unes avec les autres, circonscrivant dans toute l’étendue de la glande un système de loges, très variables dans leur forme et leurs dimensions. Arrivées à la périphérie de l’hypophyse, ces cloisons interglandulaires, ou bien se continuent avec les faisceaux du tissu conjonctif ambiant, ou bien s’unissent les unes aux autres pour former à la glande une sorte à' enveloppe conjonctive , qui l’isole plus ou moins des formations avoisinantes.
Coupe de l’hypophyse pharyngée (hématoxyline et éosine, d’après Civalleri).
1, enveloppe conjonctive. — 2, 2, cellules chromophobes à protoplasma clair, très faiblement colorées. — 3| 3, cellules chromophiles à protoplasma légèrement granuleux, colorées en rose. — 4, 4, autres cellules chromophiles, remplies de granulations et très fortement colorées ; chacune de ces deux cellules renferme une vacuole.
HYPOPHYSE PHARYNGEE
b. Eléments épithéliaux ou glandulaires. — Les éléments épithéliaux ou glandulaires remplissent les loges, ci-dessus indiquées, que circonscrivent les cloisons conjonctives. Ils forment, comme dans l’hypophyse cérébrale, des espèces de cordons plus ou moins anastomosés entre eux et fortement tassés les uns contre les autres.
Les cellules qui les constituent sont de grandes' dimensions, arrondies ou ovalaires, plus exactement, polygonales par pressions réciproques. Elles se distinguent ici encore, suivant leur degré d’affinité pour les colorants, en cellules chromophobes et cellules chromophiles : les premières sont généralement plus petites, à protoplasma clair et plus ou moins dépourvu de granulations; les secondes sont plus grandes, à protoplasma foncé et plus ou moins riche en granulations. Parmi ces dernières, il y en a un certain nombre (fig. 885, 4) dontleprotoplasma tout entier est comme farci de granulations : elles se colorent d’une façon particulièrement intensive.
Les cordons épithéliaux de l’hypophyse pharyngée sont ordinairement pleins. Mais on trouve çà et là des cavités arrondies qui, sur tout leur pourtour (fig. 886), sont circonscrites par des cellules épithéliales cylindriques à noyau volumineux. Ces cavités, qu’il ne faut pas confondre avec des formations kystiques, rappellent exactement par leur forme, par leur constitution, par leur genèse, les cavités interépithéliales de la thyroïde et les dent, elles aussi, à leur centre, de la substance colloïde.
5° Vaisseaux et nerfs. — L’hypophyse pharyngée, comme nous l’avons vu plus haut, baigne dans un lacis vasculo-nerveux qui est surtout développé au niveau de la face antéro-supérieure.
a. Artères. — Les artères pénètrent dans l’épaisseur de la glande, en suivant les cloisons conjonctives, et s’y résolvent en un riche réseau de capillaires, dans les mailles duquel se tassent les cellules glandulaires. Ces vaisseaux hypophysaires varient de nombre et de calibre, non pas suivant les, âges comme le pensait Haberfeld, mais plutôt, comme le dit Citelli, avec la cause de la mort et surtout avec les altérations pathologiques de la région rhino-pharyngienne.
b. Veines. — Les veines issues de l’hypophyse pharyngienne se dirigent, les unes (avec les vaisseaux sphéno-vomériens) vers le canal qui sépare le vomer du sphénoïde, les autres vers le corps du sphénoïde. Citelli décrit, dans le corps du sphénoïde, un réseau veineux plus ou moins développé, qui s’étend en haut jusqu’au fond de la selle turcique, en bas jusqu’au bec du vomer. Ce réseau d’union entre le périoste intracrânien et la muqueuse naso-pharyngienne doit occuper vraisemblablement, dans l’épaisseur du sphénoïde, le trajet que suivait pendant la période embryonnaire le canal hypophysaire ou cranio-pharyngien.
c. Nerfs. — Les nerfs de l’hypophyse pharyngée ne sont pas encore connus.
Section transversale d’un follicule ou tube placé à la périphérie de la glande et renfermant de la substance colloïde (d’après Givalleri).
1, enveloppe conjonctive. — 2, cellules épithéliales du follicule. — 3, cavité centrale, avec 4, une masse de substance colloïde très rétractée.
rappellent d’autant mieux qu’elles possè-
962 GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
Civalleri, en utilisant la méthode de Golgi, a bien cherché à les mettre en évidence mais sans résultats.
Voyez, au sujet de l’hypophyse pharyngée : Erdheim, Ueber Hypophysenganggeschwülste , etc. Sitz. d. K. Akad. d. Wiss. Wien, 1904 ; — Haberfeld, Die Rachendachhypophyse , andere Hypophysengangreste, Ziegler's Beitrage, 1907 ; — Arujiro Araï, Der lnhalt des Canalis craniopharyngeus, Anat. Hefte. 1907; — Poppi, Tonsilla faringea e ipo/isi, Bull, de Sc. med., Bologna, 1908; — Du même ,'Adenoidismus u. Hypophyse, Internat. Centr. f. Ohrenheik., 1909; — Civalleri, L'ipofisi faringea nell'uomo, Intern. Monatschr. f. Anat. u. Physiol., 1909; — Citelli, L’hypophyse pharyngée dans la première et la deuxième enfance, Ann. des mal . de l’oreille, du larynx, du nez et du pharynx, 1910 et Anat. Anz., Bd. XXXVU1, 1911.
ARTICLE V
RATE
La rate (allem. Milz, angl. Spleen) est une glande vasculaire sanguine, dont les fonctions, encore mal connues, se rattachent à l’hématopoïèse : elle paraît être à la fois un centre de production pour les leucocytes ou globules blancs et un foyer de destruction pour les globules rouges. On lui a attribué, en outre, dans ces derniers temps, le rôle important d’arrêter au passage, pour les détruire sur place, certains poisons ou autres éléments pathogènes qui cheminent accidentellement (fièvres infectieuses) dans le torrent circulatoire. La rate fait défaut chez les invertébrés- Mais elle existe chez presque tous les vertébrés : peu développée encore chez les poissons, les batraciens, les reptiles et les oiseaux, elle atteint chez les mammifères et notamment chez l’homme des dimensions relativement considérables. Gomme toutes les glandes vasculaires sanguines, elle est dépourvue de canal excréteur et les produits qu’elle élabore passent directement dans les vaisseaux sanguins : c’est, au premier chef, un q glande à sécrétion interne , ce qui explique la place que nous lui avons assignée dans notre nouvelle édition.
§ 1. — Considérations générales
1° Situation. — La rate est placée, comme le foie, dans l’abdomen supérieur. Elle est profondément située dans l’hypochondre gauche, occupant là une sorte délogé, dite loge splénique. Cette loge se trouve circonscrite : 1° en haut, par la voussure diaphragmatique; 2° en bas, par le coude gauche du côlon ; 3° en dehors, par la face interne du diaphragme ; 4° en avant, par la face postérieure de l’estomac ; 5° en arrière, par la face antérieure du rein et de la capsule surrénale (v oy., pour plus de détails, les Traités d' anatomie topographique).
2° Direction. — La rate, dans sa loge, n’est ni verticale, ni horizontale, mais oblique. Elle est orientée d’une façon telle que son grand axe ou axe longitudinal s’incline de haut en bas et d’arrière en avant. C’est, à peu de chose près, la direction des dernières côtes (voy. lig. 892). L’axe longitudinal de la rate forme avec la ligne scapulaire un angle aigu ouvert en bas et en avant, qui mesure, en moyenne, 60° chez l’homme et 55° chez la femme (Picou).
3° Moyens de fixité. — La rate est maintenue en position par un certain nombre de replis du péritoine qui, partant de divers points de sa surface, vont s’attacher d’autre part, soit sur la paroi abdominale, soit sur les organes voisins. Ces replis, que l’on désigne sous le nom de ligaments ou sous celui d 'épiploons,