‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 22 sur 176 · THORAX EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

THORAX EN GÉNÉRAL

nous paraissent indéniables. Sous l'influence de la constriction à peu près permanente qu'exerce le corset sur le thorax inférieur, les cinq ou six dernières côtes sont refoulées en dedans, du côté de la liiine médiane. 11 en résulte, tout d'abord, que le diamètre transversal du thorax diminue progressivement de la 8° ou de la 9' côte jusqu'à la 12" et que le thorax, dans son ensemble, revêt la forme, non plus d'un cône, mais d'un baril. 11 en résulte aussi que l'angle xipho'idien, qui, comme nous l'avons vu, est de 75° chez la femme, diminue d'une façon plus ou moins considérable et peut même disparaître complètement. Ciîuveilhier, en effet, a vu, chez une vieille femme, dont le thorax en baril attestoit l'habitude d'un corset très serré, le cartilage de la 7" côte gauche arriver au contact du cartilage homonyme du côté opposé.

Cette atténuation progressive du thorax, à partir de la 8' ou de la 9'= côte, d'où résulte la déformation en baril, n'est pas une disposition constante. Dans bien des cas, comme le font remarquer Hourman et Dechambre (.irch. génér. de médecine. 1835), le resserrement maximum du thorax répond, non pas à sa circonférence inférieure, mais à trois ou quatre travers de doigt au-dessus. 11 existe à ce niveau un sillon de constriction transversal, au-dessous duquel les dernières côtes, au lieu de rentrer dans la cavité abdominale, sont au contraire déjetées en dehors, et viennent former une forte saillie sous les parties molles. Dans ces cas, le thorax, dans son ensemble, pourrait être comparé (IIourman et Dechasibre) à ces vases antiques à pied élargi et séparé du reste par un col plus ou moins rétréci ».

I.e resserrement du thorax inférieur par le corset entraine naturellement, comme conséquence, un déplacement des viscères thoraciques et abdourinaux. — Du côté du thorax, les poumons et le cœur sont refoulés en haut; le diaphragme se plisse sur lui-même et, comme les côtes sur lesf[uelles il s'insère sont à peu près immobiles, il n'agit plus que faiblement sur la respiration qui s'elfectue alors suivant le type costo-supérieur. — Du côté de l'abdomen, le foie et la rate sont refoulés eu dedans, vers la ligne médiane; de plus, comme la région (|u'ils occupent est devenue insuffisante pour les contenir, ils se déplacent en bas, demandant à la partie inférieure de l'abdomen l'espace qui leur manque. Le foie présente d'ordinaire, sur sa surfaceconvexe, un sillon de constriction, transversal ou oblique, qui répond au point le plus rétréci du thorax et qui le divise en deux parties : une partie supérieure, qui se tasse au-dessous du diaphragme ; une partie inférieure, qui flotte librement dans l'abdomen inférieur et que l'on voit descendre parfois jusqu'au-dessous des crêtes iliaques. Le rein droit, entraîné par le foie, s'abaisse lui aussi le long de la colonne vertébrale. Quant à l'estomac, pris entre le foie et la rate qui sont refoulés l'un vers l'autre, il émigré lui aussi vers l'abdomen inférieur; dans ce déplacement, le cardia restant à peu près fixe, le pylore s'abaisse et se rapproche de la ligne médiane, entraînant à sa suite le duodénum et refoulant devant lui le côlon transverse. L'estomac atl'ecte alors une direction plus ou nroins verticale et c'est le petit cul-de-sac qui, occupant la partie la plus déclive, a à supporter le principal poids des aliments. Aussi n'est-il pas rare de voir cette région se dilater progressivement et Unir par former une véritable poche, la poche soiis-pijloriqiip, laquelle descend parfois jusqu'au bassin et même plus bas.

La malformation, connue sous le nom de poitrine en entonnoir (Tricliterbrust des anatomistes allemands) est caractérisée par une dépression infundibuliforme située à la partie médiane et antérieure du thorax, un peu au-dessus de l'appendice xipho'ide. Cette dépression résulte d'une incurvation spéciale de la partie inférieure du sternum, qui décrit un arc de cercle à convexité postérieure', entraînant naturellement en arrière les cartilages costaux qui s'insèrent sur elle. La ■poitrine en entonnoir, signalée en Allemagne par licGEi,. par Fi.escii, par Lrstein et par Ki.E.MPKREH, en Suisse par Eiciuiorst, a été décrite en France, en 1891, par itAsiADinR et Sérieux (Bntt. de la Soc. d'Ant/iropolor/ie de Paris, IV' série, t. Il, p. 318) qui, aux faits déjà connus, ont ajouté cinq observations personnelles. Ces derniers auteurs rejettent formellement l'influence du rachitisme dans la production du thorax en entonnoir et, comme ils n'ont rencontré cette malformation que sur les aliénés, ils la considèrent comme un stigmate physique de dégénérescence. Une pareille interprétation me paraît tout aussi prématurée que les conclusions de même nature qui ont été formulées à propos des anomalies des autres organes, du pavillon de l'oreille, par exemple. Caimtan et 'Variot, en effet, ont observé la poitrine en entonnoir sur des sujets sains d'esprit. Je l'ai rencontré moi-même sur trois sujets (deux hommes et une femme) qui provenaient des salles de l'IIôtel-Dieu de Lyon et qui bien certainement n'étaient pas des aliénés. D'autre part, deux médecins militaires, Servier et Aubërt, nous apprennent qu'ils ont observé plusieurs fois la malformation en question sur les jeunes gens examinés lors des opérations du recrutement.

Page 1