LIVRE PREMIER
OSTÉOLOGIE
ANATOMFE GÉNÉRALE
Les os dont s'occupe l'ostéologie (de oa-Éov, os et 't/jyoç, discours) sont des organes blnnchàtres, dui-s et résistants, dont l'ensemble constitue le squelette. Situés au milieu des parties molles, ils leur servent de soutien et parfois même se creusent de cavités pour les recevoir et les protéger contre les atteintes extérieures ; ils s'unissent les uns aux autres pour former les articulations ; ils servent enfin de leviers aux masses musculaires qui s'insèrent à leur surface, devenant ainsi l'une des parties essentielles, la partie passive, de l'appareil locomoteur.
Tous les animaux, on le sait, ne possèdent pas de squelette. L'apparition d'une charpente osseuse au sein de l'organisme est, en sciences naturelles, un fait de haute importance. C'est sur lui, en effet, que repose la division primaire du monde zoologic]ue en deux grands groupes : les animaux vertéitrés et les animaux sans vertèbres ou invertébrés.
L'ostéologie est, sans conteste, la base de l'anatomie soit descriptive, soit topographique. Aussi devons-nous, à la première page de cet ouvrage, d'accord en cela avec tous les anatomistes, recommander instamment aux élèves d'apporter le plus grand soin à l'étude des os et de ne passer ù l'étude des parties molles que lorsqu'ils posséderont tous les détails, et ils sont nombreux, qui caractérisent la morphologie du squelette.
Dans le domaine de l'anatomie philosophiijue, l'étude des os n'est pas moins importante. Le système osseux est peut-être celui qui reflète avec le plus de netteté les caractères de classe, de genre, d'espèce, , les caractères sériaires en un mot, comme si chaque fonction et pour ainsi dire chaque acte physiologique imprimait sur le squelette des traces plus ou moins profondes de sa manière d'être. C'est ainsi que nous pouvons, jusqu'à un certain point, à la seule inspection d'un squelette quelconque, dire quels étaient ses muscles, quel était son système nerveux, quels étaient les caractères de ses appareils digestif et respiratoire. N'est-ce pas
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le cas de rappeler ici que c'est à l'aide de simples ossements fossiles que Cuvieu et les continuateurs de son œuvre ont fait revivre des faunes nombreuses, qui sont aujourd'hui éteintes et dont nous ne possédons parfois que de simples débris ?
§ 1. — Idée générale du squelette
On distingue deux espèces de squelettes : le squelette naturel et le squelette artificiel. Le squelette naturel est celui dont les différentes pièces restent unies par leui^s ligaments. On appelle squelette artificiel celui oii ces mêmes pièces sont maintenues en présence par des liens étrangers à l'organisme, des fils métalliques le plus souvent. Ce dernier est assurément le plus commode pour l'étude analytique des os, en ce qu'il permet de voir les surfaces articulaires. C'est celui que devra utiliser l'élève, sans préjudice d'un deuxième squelette dit désarticulé, c'est-à-dire d'un squelette dont toutes les pièces sont entièrement isolées les unes des autres.
1° Constitution du squelette. — Le squelette humain se compose essentiellement d'une longue colonne, la colonne vertébrale, placée verticalementsur la ligne médiane et constituée par une séiùe d'éléments superposés et similaires, les vertèbres. Cette colonne se renfle à son extrémité supérieure pour former le crâne ; son extrémité inféiieure, au contraire, s'atténue et s'effile pour former le sacrum et le coccyx, rudiment de la queue des animaux.
A la partie antérieure et inférieure du crâne s'applique un massif osseux fort complexe, la face, auquel on peut rattacher l'os hyoïde, à titre d'annexé.
De la partie moj'enne de la colonne précitée se détachent latéralement une série régulière d'ai-cs osseux, les cotes. Ces arcs, au nombre de vingt-quatre, douze de chaque côté, se dirigent en avant pour venir, sur la ligne médiane, s'articuler avec une nouvelle colonne, la colonne sternébrale ou sternum. Les côtes, de concert avec les deux colonnes vertébrale et sternébrale, circonscrivent une vaste enceinte découpée à jour, le thorax.
La partie supérieure du thorax est entourée par deux os, la clavicule et le scapulum : ils funnent à eux deux ce qu'on est convenu d'appeler la ceinture thoracique. A cette ceinture se trouvent appendus latéralement une série de leviers qui s'articulent les uns aux autres et dont l'ensemble constitue le membre supérieur ou thoracique.
De même, de la partie inférieure de la colonne vertébrale nous voyons s'échapper, sous forme de larges ailes, deux pièces osseuses, remarquables à la fois par leur solidité et leurs dimensions, les os coxaux. Articulés l'un avec l'autre sur la ligne médiane antériem^e, les os coxaux s'unissent en arrière avec le sacrum et le coccyx et circonsciivent ainsi, avec ces deux derniers os, une nouvelle enceinte, le bassin. L'ensemble des os coxaux constitue la ceinture pelvienne, sur les côtés de laquelle s'implantent les membres inférieurs o\x pelviens.
On considère avec raison les ceintures thoracique et pelvienne comme n'étant que les premiers segments des membres. D'autre part, l'anatomie philosophique a démontré depuis longtemps que les côtes et le sternum ne sont que de simples éléments vertébraux ; et pendant longtemps encore les anatomistes, après Goethe et Oken, ont rattaché au type de la vertèbre les différentes pièces osseuses qui entrent dans la constitution du crâne et de la face. Si cette dernièi^e assertion pouvait être
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maiiitonue dans toute sa rigueur (nous verrons mallicurcusement qu'il n'en est pas ainsi !), nous arriverions à cette définition bien simple du squelette humain : le squelette n'est autre chose qu'une série de vertèbres superiDosées, portant latéralement deux paires d'appendices ou membres.
2" Nombre des os. — Le squelette d'un sujet adulte, âgé de trente h trentecinq ans par exemple, nous présente 208 os, savoir :
CùIl' gauche.
Ligne mé'dianc.
C '.lé droil .
Total
Colonne vertébrale . . .
Coccyx
Crâne
Os tiyoïde
Osselets de l'ouïe. . . .
Côtes
Sternum
Membre supérieur. . .
Membre inférieur. . . .
TOTAI
Dans ce nombre ne sont pas compris les os surnuméraires du crâne on os wormiens (voy. chap. m, p. 145), ni les petits os sésamoïdes du pied et de la main (voy. chap. iv, p. 347).
Le nombre des pièces du squelette, qui est de 208 chez l'adulte, peut diminuer et diminue même chez le vieillard, par suite de la soudure de deux os voisins. Par contre, ce nombre est plus considérable dans le jeune dge que dans l'âge adulte, parce qu'un certain nombre d'os sont primitivemont constitués par plusieurs pièces distinctes : tel est le frontal, qui se compose primitivement de deux moitiés symétriques ; tel est encore l'os coxal, c{ui comprend primitivement trois os distincts, l'ilion, le pubis et l'ischion, etc.
3' Longueur proportionnelle des différentes pièces du squelette entre elles; reconstitution de la taille. — Il est diunonlri' par l'observ-ation que lorsqu'un sujet grandit, chacun de ses os grandit aussi dans certaines proportions. De là l'existence de rapports naturels entre la longueur de chacune des pièces du squelette et ce qu'on pourrait a]»pel('i' la longueur totale du corps ou taille. L'état de ces rapports permet d'établir avec le plus de précision possible les proportions du corps. Elle permet aussi, à l'aide d'une opération arithmétique des plus simples, de résoudre le prublèmo suivant, que l'on rencontre à cliaque pas, soit en anlhropologie. soit en médecine b'gale : étant donné quelques os ou même un seul os des membres, V humérus par exemple, d'un sujet inconnu, déterminer la taille de ce dernier.
A cet effet, on a dressé des tableaux où se trouvent indiquées, comparativement à la taille, la longiu^ur des différentes parties du squelette et celle des os les plus importants des membres supérieur et inférieur, taljleaux qui, on le conroil. permettent de reconstituer rapidement la taille d'après la longueur des os. On s'est servi successivement en France des tableaux d'OiiFiL.v, de Topinard, de Rollet (Thèse de Lyon. 1888). Dans un récent mémoire, M.vxoi viuEit [Mémoire sur la détermination de la taille d'après les grands os des membres, Mém. de la Soc. d'Antliropolugie, l'aris, 1892j a repris l'étude des mensurations effectuées à Lyon par IloLLET, comme étant celles qui offraient les meilleures garanties d'exactitude.
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et il a donné le tableau suivant, après avoir éliminé les causes crerrcur qui rendaient incorrects les tableaux antérieurs :
PliliONÉ
TIDIA