‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 76 sur 176 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ARTHROLOGIE

ANATOMIE GÉNÉRALE

Les différentes pièces squelettiques que nous avons décrites dans le livre précédent ne sont pas isolées. Elle s'unissent les unes aux autres, suivant les modes les plus divers, pour constituer ce que l'on désigne indistinctement sous le nom de jointures, à' articulations ou d'articles. Nous pouvons donc définir les articulations l'ensemble des parties, molles et dures, par lesquelles s'unissent deux ou plusieurs os voisins, et l'arthrologie (de àp-pov, jointure), encore appelée syndesmologie (de 5jv8£a[j.o;, ligament) est cette partie de l'anatomie qui a pour objet leur étude. L'arthrologie a acquis dans l'enseignement une importance toujours croissante et c'est justice : les articulations en effet, avec leurs nombreuses variétés, n'intéressent pas seulement les morphologistes ; elles intéressent aussi les physiologistes et les chirurgiens, les physiologistes par le rôle important qu'elles jouent dans la mécanique animale, les chirurgiens par les différentes affections dont elles peuvent être le siège et par les opérations qu'on est appelé à pratiquer sur elles.

Envisagée à un point de vue purement anatomique, toute articulation nous offre à considérer : 1° des surfaces osseuses ; 2° des parties molles interposées ou interosseuses ; 3° des parties molles placées autour d'elles ou périphériques. Mais ces parties communes revêtent des caractères bien différents dans les nombreuses articulations que présente le squelette. Réduites dans la tête à la plus grande simplicité, elles vont se développant peu à peu sur le tronc, pour acquérir leur plus haut degré de différenciation au niveau des membres. Ici, en effet, nous voyons d'une part les extrémités osseuses s'élargir et se recouvrir d'une couche cartilagineuse indestructible, d'autre part de solides moyens d'union se disposer tout autour de ces extrémités osseuses et circonscrire avec elles une cavité cfue baigne un liquide destiné à favoriser les déplacements. Quelle différence n'y a-t-il pas entre une telle articulation et cette jointure, propre à la région céphalique, où une simple lame cartilagineuse ou conjonctive sépare deux os contigus ou réciproquement engrenés. D'un côté, tout est admirablement disposé pour des mouvements faciles, variés, étendus. De l'autre, tout est disposé, au contraire, pour assurer l'immobilité des pièces squelettiques en présence. On serait presque tenté, si on n'était retenu par les données embryogéniques, de rejeter ces jointures immobiles

ARTHROLOGIE

de la tête du cadre de Tarthrologie, pour les rapprocher des extrémités juxtaépiphysaires d'un os large, dont l'épiphyse et la diaphyse sont réunies l'une à l'autre par le cartilage de conjugaison. Un pareil rapprochement aurait pour lui ce fait que certaines articulations du crâne et de la face disparaissent avec l'âge, comme disparaît sur un os large l'os coxal par exemple, la limite qui sépare primitivement la diaphyse de la pièce épiphysaire.

Les dilférences morphologiques, à la fois si nettes et si profondes, qui existent entre ces organes disparates, que l'on a l'habitude de réunir sous la dénomination commune d'articulations, a imposé de tout temps des divisions séparatives. — Les anciens auteurs, considérant avant tout la nature, les moyens d'union, admettaient quatre groupes d'articulations : 1° les synchondroses, dans lesquelles les surfaces articulaires sont réunies par du cartilage ; 2":' iQ^synévroses, comprenant les articulations dont les surfaces sont maintenues en contact par des ligaments ; 3° les syssarcoses, articulations dans lesquelles les muscles sont les principaux moyens d'union; 4° les méningoses, dont le type est fourni parles os du crâne fœtal réunis à l'aide des membranes. Cette classification n'a plus aujourd'hui qu'une valeur historique. — BicH.\T, depuis longtemps déjà, lui a substitué une nouvelle division, basée, non plus sur l'anatomie, mais sur la physiologie. Parmi les articulations, il en est de mobiles et il en est à! immobiles : les premières avaient déjà reçu de Galien le non de diarthroses ; les secondes, celui de synarlhroses. Mais, à côté de ces deux grandes classes, il en est d'autres qui, sans être complètement immobiles, ne jouissent cependant que de mouvements peu étendus ; elles tiennent le milieu entre les articulations manifestement mobiles et les articulations complètement immobiles. Wixslow les avait désignées, bien avant Bichat, sous le nom à'amphiarthroses. Celui-ci, pour rester fidèle à sa nomenclature, les appela des articulations semi-mobiles .

Cette triple division des articulations en articulations mobiles ou diarthroses, articulations semi-mobiles ou amphiarthroses, et articulations immobiles ousynarthroses est admise aujourd'hui par la plupart des auteurs classiques. C'est celle que nous adopterons nous-même dans les considérations générales qui vont suivre. Mais, avant d'exposer les caractères distinctifs des trois types articulaires précités, il nous paraît indispensable de rappeler en quelques mots quel est leur mode de développement.

§ [. — Simple aperçu embryologique

Primitivement les différentes pièces squelettiques, encore à l'état d'ébauches cartilagineuses, ne sont pas en contact comme elles le sont chez l'adulte. Entre elles et sur les points oli existeront plus tard des articulations, s'étale une zone plus ou moins épaisse, à laquelle IIenke et Reyheu ont donné le nom de disque intermédiaire (fig. 361).

Ce disque intermédiaire ou intercartilagineux se compose lui-même de trois couches distinctes : '1" une couche moyenne, formée par du tissu mésenchymatevix indifférent ; 2° deux couches extrêmes, qui s'appliquent directement sur les ébauches cartilagineuses correspondantes et qui, en raison de leur rôle dans le développement de ces dernières, sont appelées couches chondrogè nés. Cette couche chondrogène, du reste, n'est pas limitée à la région de la future articulation, mais entoure la pièce cai'tilagineuse dans toute son étendue. Ceci posé, voyons les transformations successives qui vont se produire dans la région précitée, pour aboutir.

ANATOMIE GKNKRAl.E

suivant les cas, à une articulation mobile, à une articulation semi-mobile ou à une articulation immobile.

1° Articulations mobiles. — Les pièces squelettiques cartilagineuses s'allongeant progressivement, par suite de nouveaux déj)ôts cartilagineux sous la couche chondrogène, marchent peu à peu à la rencontre l'une de l'autre. En même temps, et comme conséquence de ce rapprochement, la couche mésenchymateuse moyenne du disque intermédiaire diminue et finit même par disparaître : les deux couches chondrogènes sont alors juxtaposées et confondues (flg. 363, A). Celles-ci se transforment alors, pour la majeure partie, en cartilage et, cette transformation une

Fig. 361. Fig. 362.

Coupe longitudinale d'un doigt d'un einbi yon Coupe horizontale d'un orteil d'embryon fie

humain long de 27'""', passant [lar la future lapin long de 4 centimètres, passant par la

articulation métacarpo-phalangienne (d'à- i'utui'e arliculation métatarso-phalangienne

près Schulin). (d'après Réitérer).

Fig. 361. — ), première phalange. — 2, métacarpien. — 3, disque inlermédiaire, avec : b, sa couche moxcnne ou niésencli; maleuse ; n, a, ses deux couches exirêmes ou chondrogènes.

Fig. 362. — 1, première plialange. — 2, métatarsien. — 3, disque inlermédiaire, avec : 6, sa couche mojenne ou niésouclivmateuse ; a, a, ses deux couches extrêmes ou chondrogènes : b, parlie de la couche mésenchymateuse, qui suljira la transformation muqueuse et deviendra la première synovie de la cavilé articulaire ; b", b". parties latérales do la méiïio couche, qui formeront les ligaments de l'articulation .

fois effectuée, les deux pièces cartilagineuses correspondantes sont en contact à peu près immédiat. Elles sont séparées encoiT, comme l'ont établi les recherches récentes de Retteher (Soc. de Diol., 1894), par une mince lame de tissu conjonctif embryonnaire, lequel ne s'est pas transformé en cartilage et a évolué en un tism conjonctif muqueux. « Il est constitué par des cellules fusiformes et étoilées dont les prolongements multiples s'anastomosent et circonscrivent des mailles remplies de gélatine de Wharton... Peu à peu, ces mailles deviennent de plus en plus larges, les prolongements des cellules de plus en plus minces ; le corps cellulaii-e forme une masse de moins en moins nette ; le noyau fixe à peine les matières colorantes. En un mot, les cellules et leurs prolongements s'atrophient et finissent par disparaître ainsi que les noyaux. » (Retterer.) Par suite de cette disparition graduelle du tissu conjonctif muqueux, qui était interposé entre les deux segments squelettiques, ces derniers, devenus libres, sont séparés maintenant par un simple intervalle linéaire : c'est Va fente articulaire des embryologistes. autrement dit la cavité articulaire de la future articulation (fig. 363, B).

Bientôt après, le tissu embryonnaire qui entoure l'article, contrairement à celui

ARTHROLOGIE

qui séparait les segments cartilagineux, s'épaissit et se différencie en une formation fibreuse, qui devient la capsule fibreuse et les ligaments périphériques. L'articulation se complète ensuite par l'apparition, sur la face interne de son appareil ligamenteux, d'un endothélium qui constitue l'élément essentiel de la synoviale. Enfin, plus tard, lorsque l'os remplacera le cartilage, le processus ossificateur respectera toujours la partie de la pièce squelettique primitive qui confine à l'articulation : cette partie, qui conserve ses caractères de cartilage hyalin et qui restera telle durant toute la vie, constitue le cartilage articulaire ou cartilage diarthrodial (fig. 363, C).

Tel est le mode d'origine de toutes les articulations mobiles dont les surfaces sont concordantes, c'est-à-dire sont en contact dans toute leur étendue. Pour celles qui ont des surfaces discordantes, je veux dire des surfaces qui ne se touchent que sur certains points, les choses se passent d'une façon un peu différente. La couche mésenchymateuse moyenne, au lieu de s'atrophier et de disparaître comme tout à l'heure, s'organise au contraire en un tissu fibreux, qui persiste chez l'adulte sous la forme d'un disque aplati, séparant les deux pièces squelettiques en présence et se moulant exactement sur chacune d'elles. Puis, au-dessus et au-dessous du disque fibreux, entre lui et chacune des pièces squelettiques correspondantes, se forment

Fig. 363.

Schémas indiquant les divers stades évolutifs des diartliroses : A, les deux couches chondrogènes, par suite de la disparition de la couche moyenne, arrivent au contact ; B, formation de la fente articulaire ; C, diarthrose type, à l'état adulte ; D, diarthrose, avec ménisque occupant toute l'articulation ; E, diarthrose, avec ménisque n'occupant que la périphérie de l'articulation.

1, pièce squelettique à l'état cartilagineux. — \\ pièce squelettique à rétat osseux. — 2, 2, couches chondrogônes. — 3, mésenchyme. — 4. fente articulaire. — 3, cavité articulaire. — 6, cartilage diarthrodial. — 7, périoste. — 8, fibrocartilage interarticulaire, occupant toute l'étendue de l'articulation. — 9, fibro-cartilage articulaire, n en occupant que la périphérie. — 10, ligaments périphériques. — 11, synoviale.

deux fentes articulaires. Le développement une fois terminé (fig. 368, D), nous avons une articulation mobile d'un genre spécial : une articulation possédant deux cavités et, entre ces deux cavités, un flbro-cartilage ou ménisque interarticulaire. L'articulation temporo-maxillaire nous fournit un exemple très net de cette disposition.

Dans d'autres cas, la partie centrale de la couche mésenchymateuse moyenne disparaît seule. Sa partie périphérique persiste et se différencie comme précédemment en tissu fibreux : elle comblera, chez l'adulte, l'intervalle qui sépare périphériquement deux surfaces articulaires non concordantes, se touchant seulement par leur partie centrale. Telle est l'origine et la signification des cartilages semilunaires du genou et des bourrelets marginaux, que l'on rencontre dans les articulations de l'épaule et de la hanche (fig. 363, E).

2° Articulations semi-mobiles. — Sur les points où les segments squelettiques

ANATOMIE GÉNÉRALE

en présence, tout en conservant une mobilité relative, auront surtout besoin d'être fortement et solidement unis, sur la colonne vertébrale par exemple, les deux couches chondrogènes se différencient, comme pour les articulations mobiles, en cartilage hyalin, tandis que la couche mésenchymateuse moyenne se transforme en un disque fibro-cartilagineux, qui adhère d'une façon intime aux deux pièces squelettiques correspondantes (fig. 379, A). Ainsi se développent les amphiarthroses vraies. Pour les diarthro-amphiarthroses (voy. plus loin), le processus formateur est exactement le même, avec cette seule variante qu'il se développe ultérieurement, dans l'épaisseur même du disque fibreux, une fente articulaire (flg. 379, B).

3" Articulations immobiles. — Le processus en vertu duquel se développent les synarthroses est le même tout d'abord que celui qui prépare la formation des diarthroses. La couche mésenchymateuse disparait entièrement, les deux couches chondrogènes se différencient en cartilage hyalin et les deux pièces squelettiques correspondantes se trouvent naturellement, après cette dernière différenciation, en contact immédiat. Alors, au lieu de se séj^arer par une fente, comme cela se voit pour les diarthroses, elles se fusionnent réciproquement et la synchondrose est constituée. A la partie supérieure du crâne, où les os se forment et s'accroissent au sein d'une ébauche conjonctive, sans cartilage préexistant, le processus est encore plus simple : les pièces osseuses, au fur et à mesure qu'elles progressent, se rapprochent, arrivent au contact et se juxtaposent, le plus souvent suivant des surfaces rugueuses ou même dentées, qui se correspondent exactement : telle est l'origine des sutures.

§ IL — DiAirniHOSES en général

Les diarthroses ou articulations mobiles sont, comme leur nom l'indique, des articulations qui jouissent de mouvements. Pour bien les définir, il faudrait indiquer l'étendue de ces mouvements caractéristiques et tracer ainsi la limite qui les sépare des amphiarthroses. Mais cette appréciation de la mobilité ne peut être absolue, car, comme nous le verrons plus loin, les diarthroses comprennent plusieurs genres, à chacun desquels correspond un certain nombre de mouvements spéciaux. Ce qui caractérise en réalité une diarthrose par rapport à une amphiarthrose, ce sont des mouvements d'une excursion plus étendue. C'est là la seule formule générale qui ne risque pas d'être mise en défaut, et encore convientil de faire quelques réserves pour certaines diarthroses serrées, comme celles du carpe et du tarse, dont les mouvements sont presque nuls. Envisagées à un point de vue purement descriptif, les diarthroses nous offrent à considérer : 1° des surfaces articulaires, qui constituent ce qu'on pourrait appeler le squelette de l'articulation ; 2° une lame cartilagineuse, qui, sous le nom de cartilage articulaire, s'étale sur elles et les recouvre dans toute leur étendue ; 3" des flbro-cartilages interarticulaires ou ménisques; 4° des moyens d'union ou ligaments; 5° des moyens de glissement ou synoviales. Nous décrirons tout d'abord ces diverses parties constituantes des articulations ; nous étudierons ensuite les mouvements dont elles sont le siège et, enfin, leur classification.

i" Surfaces articulaires. — La forme des surfaces articulaires est tellement variable, suivant la diarthrose que l'on considère, qu'elle a servi de base à la classification des articulations mobiles, ainsi que nous le verrons plus loin. On peut

ARTHROLOGIE

dire d'une façon générale qu'elles sont concaves, convexes, planiformes, en poulie. Si nous les rapportons àuntj'pe géométrique, nous avons des surfaces sphériques, des surtaces elliptiques, des surfaces cylindriques, des surfaces planes.

Chacun de ces types peut constituer, à son tour, des types secondaires par la modification plus ou moins étendue de la forme fondamentale. Ainsi, les surfaces cylindric[ues varieront dans leur aspect, suivant qu'elles représenteront un cylindre véritable, un cylindre coupé parallèlement à son grand axe, ou bien un cylindre curviligne, ou encore un cylindre creusé d'une gouttière perpendiculaire à l'axe principal, etc.

Comme ces différentes configurations des surfaces articulaires doivent être décrites ultérieurement avec plus de détails, nous n'insisterons pas davantage pour l'instant. Nous ferons remarquer ici, cependant, que lorsque la surface articulaire d'un côté constitue une convexité, à quelque forme géométrique qu'elle appartienne d'ailleurs, la surface opposée représente le plus souvent une concavité concordante. Nous rappellerons aussi que, dans certaines articulations, chaque sur-face articulaire est formée, non pas par un seul os, mais par les portions contiguës de deux, de trois, et même d'un plus grand nombre d'os, comme on le voit dans les articulations radio-carpienne et médio-carpienne.

2" Cartilages articulaires. — Si nous examinons une surface osseuse diarthrodiale fraîche, nous constatons tout d'abord qu'elle est revêtue d'une substance blanchâtre, qui « réunit à la solidité une grande souplesse et une grande élasticité, qui cède quand elle est comprimée, mais c{ui se rétablit dans sa condition première aussitôt que la compression a cessé et qui prévient ainsi les effets des chocs

et des frottements » (Cruveilhier).

Cette substance a reçu le nom de 8 cartilage d'encroûtement ou cartilage articulaire.

A. Disposition générale. — L'étendue du revêtement cartilagineux est proportionnelle à l'étendue des mouvements de la jointure : le sens dans lecjuel il se prolonge indique aussi le sens de la mobilité. Ces deux facteurs, étendue du cartilage, mobilité de l'article, sont en raison directe l'un de l'autre : en considérant celleci, on devine quelle doit être celle-là.

L'épaisseur du cartilage d'encroûtement, d'une valeur moyenne de 1 à 2 millimètres, varie suivant la pression à laquelle sont soumises les surfaces articulaires qui le supportent. D'une façon généi^ale, plus la pression est forte, plus le cartilage est épais. Ainsi, d'une part, ce cai'tilage est plus épais dans les articulations du membre inférieur que dans celles du membre supérieur ; et, d'autre part, dans une articulation donnée, le point qui supporte le maximum de pression est précisément celui qui présente la couche

Fig. 364.

Cartilage articulaire, vu sur une coupe vertico-transversale du genou.

(Le cartilage articulaire est figuré en blanc.)

1, condyle interne. — 2, condyle externe. — 3, cartilage semi-lunaire interne. — 4, cartilage semi-lunaire externe. — 5, ligament croisé antérieur. — 6, ligameiit croisé postérieur. — 7, éjiine du tibia. — 8, capsule articulaire.

ANATOMIE GÉNÉRALE

cartilagineuse la plus forte. C'est là ce qu'on peut appeler la loi de pression.

Entin, l'épaisseur du cartilage varie encore suivant la forme de la surface articulaire. C'est ainsi cjue, pour les articulations à surfaces sphériques, l'articulation scapulo-humérale et l'articulation coxo-fémorale par exemple, elle présente son maximum : 1° au centre du revêtement, du côté de la surface convexe; 2" à la périphérie, du côté de la surface concave.

Chacun des cartilages diarthrodiaux nous offre à considérer deux surfaces et une circonférence. — Des deux surfaces, l'une est libre, l'autre adhère intimement à l'os sous-jacent. La surface libre regarde l'intérieur de l'article ; elle est lisse, polie, glissante, recouverte qu'elle est par le liquide sjniovial. La surface adhérente est si fortement unie à l'os qu'il est impossible de la décoller. — Quant à la circonférence, appelée encore bord périphéric|ue, elle se confond avec le périoste et donne insertion à la membrane synoviale, laquelle, comme nous le verrons plus loin, se termine à son niveau (fig. 363, C).

B. Structure. — Le cartilage d'encroûtement dans les diarthroscs appartient à la variété dite cartilage hyalin (voy. les Traités cV histologie). Il nous présente, comme tout cartilage hyalin : 1° une substance fondamentale ; 2° dans la substance fondamentale, des cavités dites chondroplastes ; 3° dans ces cavités, des éléments cellulaires, les cellules cartilagineuses.

a. Substance fondamentale. — - La substance fondamentale (fig. 365,4), parfaitement transparente quand elle est vue en tranche mince, revêt, sur des tranches un peu épaisses, une coloration blanche avec reflet légèrement bleuâtre. L'examen microscopique ne nous y révèle la présence d'aucun élément figuré : elle est à la fois parfaitement homogène et anhiste. Il est à remarquer, cependant, qu'à sa partie la plus profonde et tout au voisinage de l'os, le cartilage diarthrodial présente une zone spéciale, à laquelle on a donné, en raison de sa consistance dure et comme pierreuse, \q nom zone ostéoïde (fig. 366,2). Ce

Fig. 365, ■ Coupe transversale du cartilage ar-

ticulaire de la tète du fémur de la grenouille (d'après SchieI'I'kh-

DEGKElî).

1, clioiulroplaslc dépoui'Mj de cellule. — 2, 2, deux cellules carlilagiueuscs remplissant enlièrement leur cliondroplaste. — ■i. 3, deux chondroplasles dans lesquels les cellules carlilagineuses sont ralatint'cs. — 4, substance fondamentale.

n'est pas de l'os, puisque les ostéoplastes et les canalicules osseux y font entièrement défaut ; c'est encore du cartilage, mais du cartilage dont la substance fondamentale a été plus ou moins envahie par des sels calcaires.

b. Chondroplastes. — La substance fondamentale est creusée de loin en loin de cavités, de forme et de grandeur diverses, appelées chondroplastes (de /6v8poc, cartilage et -ly.ax-riç, formateur). Ces cavités, où se logent les cellules cartilagineuses, se disposent dans les cartilages diarthrodiaux suivant une modalité spéciale que l'on voit très nettement sur des coupes longitudinales, je veux dire sur des coupes allant de la surface libre à la surface profonde (fig. 366) : dans les couches les plus externes (5), au voisinage de la cavité articulaire, les chondroplastes sont allongés et fusiformes, leur grand axe se dirigeant toujours parallèlement à la surface du cartilage ; dans les couches moyennes (4),

AiN.\TOillE HU.MA1NE. — T. I, i" ÉDIT. 49

ARTHROLOGIE

les chondroplastes revêtent uns forme arrondie ou légèrement ovalaire ; dans les couches profondes, enfin, ils s'allongent de nouveau, mais ici leur grand axe, au lieu d'être transversal comme dans les couches externes, est constamment longitudinal, c'est-à-dire perpendiculaire aux deux surfaces de la lame cartilagineuse.

Il existe donc dans le cartilage diarthrodial trois zones distinctes, caractérisées chacune par la forme et l'orientation de leurs chondroplastes. Il convient d'ajouter

que ces divei^ses zones ne sont nullement délimitées par des lignes de démarcation précises, mais que c'est par des gradations insensibles qu'on passe de l'une à l'autre.

Chaque chondroplaste est circonscrit sur tout son pourtour par une sorte de paroi propre, épaisse de 5 à 8 [X, qui, entièrement libre du côté de sa face interne, se confond plus ou moins par sa face externe avec la substance fondamentale ambiante. Cette paroi est le plus souvent homogène ; quelquefois, cependant, elle nous présente un système destries circulaires, semblant indiquer qu'elle est formée de plusieurs couches superposées et concentriques. Homogène ou pluristratifiée, la paroi propre des chondroplastes doit être considérée morphologiquement comme une formation cuticulaire, autrement dit comme un produit de sécrétion de la cellule cartilagineuse que renferme le chondroplaste. La cellule cai"tilagineuse s'en entoure comme d'une sorte d'enveloppe, comme d'une sorte de capsule, d'où le nom de capsule cartilagineuse sous lequel la plupart des histologistes désignent la paroi propre des chondroplastes.

c. Cellules cartilagineuses. — Les cellules cartilagineuses sont des éléments cellulaires d'origine conjonctive, situés à l'intérieur des chondroplastes. Vues sur des coupes, elles sont le plus souvent arrondies ou ovalaires ; elles revêtent parfois, par suite de pressions réciproques, une forme triangulaire ou polyédrique. Très variables dans leurs dimensions, elles mesurent, suivant les cas, de 4 [X. à 30 |j. de diamètre. Leur nombre n'est pas moins variable : à côté de chondroplastes qui ne renferment qu'une seule cellule, il y en a d'autres (la cellule, primitivement unique, s'étant multipliée par segmentation) qui en contiennent deux, trois, quatre ou même un plus grand nombre : il n'est pas i^are de rencontrer", dans le cartilage qui avoisine un centre d'ossification, des capsules présentant jusqu'à vingt-cinq et trente cellules. Qu'elles soient uniques ou multiples, les cellules cartilagineuses remplissent toujours exactement les chondroplastes où elles sont incluses : il n'y a jamais d'espace libre, du moins à l'état normal, entre le contenant et le contenu.

Histologiquement, chaque cellule cai'tilagineuse se compose d'un corps proto-

Fig-. 36(1.

Coupe perpendiculaire d'un cartilage diarthrodial et de la couche osseuse sousjacente.

1 , tissu osseux . — 2, couche ostéoïde du cartilage calcifié — 3, 4, 3, couches profonde, moyenne et superficielle du cartilage diarthrodial.

Fig. 366 bis.

Cellule cartilagineuse.

I, protoplasma. — 2, contour cellulaire, séparé artificiellement do 3, représentant la face interne du chondroplaste et de la capsule cartilagineuse. — 4, contour externe de la capsule, confondu avec la substance hyaline 5.

ANATOMIE GÉNÉRALE

plasmique plus ou moins granuleux, à la partie moyenne duquel se voient un ou deux noyaux, arrondis ou ovalaircs. Chacun de ces noyaux, à son tour, l'enferme à son centre un, deux ou trois nucléoles, ou même plus.

En ce qui concerne les cartilages diarthrodiaux, les cellules cartilagineuses présentent dans leur nombre et leur disposition, comme les chondroplastes eux-mêmes, quelques caractères particuliers (fig. 366). Dans les chondroplastes des deux couches superficielle et moyenne (5 et 4), les cellules sont relativement peu nombreuses et, d'autre part, s'orientent dans les sens les plus divers. Il n'en est pas de même dans la couche profonde (3). Ici, les chondroplastes, comme nous l'avons vu, sont fortement allongés en sens longitudinal et ils renferment à leur intérieur un nombre toujours considérable de cellules. Or ces cellules, aplaties de haut en bas et régulièrement en contact par leurs faces larges, s'empilent les unes sur les autres comme des pièces de monnaie (367,4) . Chaque chondroplaste nous présente ainsi une ou plusieurs rangées de cellules cartilagineuses et nous retrouvons là une disposition en tout semblable à celle déyd décrite, à propos de l'ossiiication enchondrale (p. 38), dans la zone de cartilage qui avoisine la ligne d'ossification et que nous avons appelée cartilage sérié : la couche profonde du cartilage diarthrodial a exactement la même signification, elle n'est autre chose que du cartilage sérié.

C. Composition chimique. — Envisagé au point de vue de sa constitution chimique, le cartilage articulaire se compose en grande partie d'une substance albuminoïde de l'ordre des matières collagènes, se transformant par l'eau chaude sous pression en gélatine. A cette substance albuminoïde et en combinaison avec elle vient s'ajouter un corps spécial, Vacide chondroïline-sulfurique , lequel, sous l'influence des acides dilués, se décompose en acide sulfarique et en une poudre blanche appelée chondroïline, dont la formule est IP^ AzO'*. La chondroïtine, à son tour, mise en présence de l'acide siilfurique étendu et chaud, se dédouble en un premier acide, qui est l'acide acétique, et un acide amidé, qui est la chondrosine (C^ 11"^ AzO"). Le cartilage renferme encore, mais en faibles proportions, un certain nombre de matières inorganiques : chlorure de sodium, sulfates de potasse et de soude, phosphates de soude, de chaux et de magnésie.

D. Mode de nutrition. — Le cartilage articulaire ne présente aucune trace de vaisseaux, soit sanguins, soit lymphatiques. Il se nourrit donc par simple imbibition. Les sucs nutritifs arrivent aux cellules à travers la substance fondamentale qui, très perméable aux liquides, se laisse facilement traverser par eux. On sait avec quelle rapidité diffusent à travers le cartilage l'eau ou les liquides colorants que l'on emploie en histologie.

Certains histologistes, notamment Budge (1877), Nykamp (1877) et Sfi.na (1880) ont signalé, clans

Fig. 367.

Cartilage sérié, au voisinage de l'os.

1, subslance fondamentale du cartilage hyalin. — ■ 2, cartilage calcifié. — .3, substance osseuse. — 4, i, chondroplastes allongc''S, à grand axe perpendiculaire à la subslance osseuse, renfermant de nombreuses cellules cartilagineuses disposées en séries régulières. — 5, ostéoplastcs.

ARTHROLOGIE

la substance fondamentale du cartilage hyalin, l'existence d'un sj'stème de canalicules, qu'ils ont considérés comme répondant à ce que les lustologistes allemands ont décrit sous le nom de canaux de suc (Saftbalwteii). Il est de fait que l'emploi de certaines méthodes histologiques révèle, dans la substance fondamentale da cartilage hj^alin, un système de cloisons richement anastamosées et formant réseau (fig. 308). Mais ce réseau n'est formé, ni par des canalicules

^ comme le voulaient Budge, Nykamp et Spina,

ni même par des fibrilles, comme l'a soutenu plus récemment van der Striciit.

Voici quelle serait, d'après Uenaut, la signification exacte de ce réseau. La substance fondamentale du cartilage hyalin se composerait, en réalité, de deux sulDstances différentes : 1° une substance hyaline, qui serait le produit de la sécrétion des cellules cartilagineuses ; 2" une siisbstonce trabéculaire, qui se serait dilférenciée au sein de la première et qui serait disposée sous forme de réseau. Dans les conditions physiologiques ordinaires, les deux substances ont exactement les mêmes caractères histo-chimiques, le même indice de réfraction et, par conséquent, paraissent confondues . Mais la substance trabéculaire a pour propriété spéciale de se laisser imbiber par les liquides ou de perdre son eau de constitution plus facilement que l'autre : il en résulte qu'après la mort, sur la pièce cartilagineuse préparée pour l'examen microscopique, la substance trabéculaire se déshydraterait avant la substance hyaline, deviendrait ainsi plus réfringente et apparaîtrait alors clairement avec la dispositionréticulaire qui lui est propre.

Tout en rejetant en principe l'existence de véritables canaux nutritifs dans le cartilage hyalin, il faut reconnaître, avec Renaut, que la substance trabéculaire, grâce à son aptitude toute spéciale à emmagasiner l'eau du

Fig. 3C8.

Coujie Ironsvprsale du canon d'un fœlus de mouton povir montrer la constitution anatoniique de la substance fondamentale (d'après fÎENAUT) .

1, péridiondre. — 2, onrlilanc hyalin, dont la substance fondamentale est parcourue par des travées et des tralaécutes constituant par leur ensemble la formation cloisonnante du carlilage. — 3, 3, deux Taisseaux sanguins du cartilage lœtal, autour desquels les travées et les trabécules affectent une disposition rayonnante.

plasma ou à s'en débarrasser, peut être considérée comme un agent actif de la diffusion des sucs nutritifs dans la substance fondamentale.

3" Fibro-cartilages marginaux ou bourrelets articulaires. — Certaines dicirthroses, appartencant au type sphérique, nous présentent du ctjté de la surface concave un fibro-cartilage périphérique, appelé fibro-cartilage marginal.

A. Disposition générale. — Ce fibro-cartilage nous présente deux variétés: tanttjt il se développe sur tout le pourtour de la surface articulaire auquel il est annexé ; tantôt il n'en occupe qu'une partie.

Dans le premier cas, le fibro-cartilage en question est une sorte de bourrelet entourant la surface articulaire à la manière d'un anneau : aussi le désigne-t-on le plus souvent sous le nom de bourrelet annulaire. Ce bourrelet marginal, dont les articulations de l'épaule et de la hanche nous offrent deux exemples tj-piques, est prismatique triangulaire et, de ce fait, nous présente une base, deux faces et un sommet (fig. 369, 2) : la base repose sur le pourtour de la surface articulaire et se confond, en dedans avec le cartilage d'encroûtement, en dehors avec le périoste ; des deux faces, l'une est interne et fait partie de la cavité articulaire ; l'autre est externe et confine aux moyens d'union périphériques ; le somnaet enfin, mince et régulièrement uni, délimite la cavité articulaire et parfois donne insertion à l'un dès bords de la synoviale.

Les fibro-cartilages du second groupe, ceux qui n'occupent qu'une partie du pourtour de là surface articulaire, se rencontrent à l'extrémité supérieure de toutes

ANATOMIE GÉNÉRALE 389

les phalanges de la main et à l'extrémité postérieure de toutes les phalanges du pied. Ils sont constamment situés du côté de la flexion. Chacun d'eux a la forme d'un segment de sphéroïde et nous présente successivement : 1" une face concave, faisant partie de la cavité articulaire : 2° une face convexe, en rapport avec les tendons fléchisseurs de la main et du pied; 3° un hord adhérent, plus ou moins épais, se continuant avec le pourtour de la cavité phalangienne ; 4" un bord libre, mince et tranchant, donnant insertion à la synoviale.

Les fibro-cartilagcs marginaux, à quelque variété qu'ils appartiennent, qu'ils aient la forme d'un anneau complet ou ne s'étalent que sur une partie du pourtour articulaire, ont toujours pour usage d'augmenter à la fois l'étendue et la profondeur des surfaces articulaires creuses auxquelles ils se trouvent annexés. Ils peuvent aussi, dans certains cas, comme cela se voit pour l'articulation de la hanche, maintenir la tête articulaire dans sa cavité de réception et acquièrent, de ce fait, toute la valeur de véritables moyens d'union.

B. Structure. — Envisagés au point de vue de leur structure, les bourrelets articulaires appartiennent au tissu fibro-cartilagineux et, comme tels, nous pre'sentent deux sortes d'éléments : des éléments conjonctifs et des éléments cartilagineux. — Les premiers sont des faisceaux de fibres conjonctives, très serrés, très denses et diversement entrecroisés. Dans leur intervalle se voient, en proportions variables, des cellules conjonctives, avec ou sans prolongements, des fibres élastiques généralement très minces et des cellules adipeuses, toujours plus abondantes dans les parties périphériques du bourrelet que dans sa partie centrale. — Les cellules cartilagineuses se distinguent en deux groupes : les imes, profondes, se logent dans les interstices des faisceaux fibreux; les autres, superficielles, s'étalent en une couche continue sur colle des faces du bourrelet qui regarde l'articulation. Ce sont le plus souvent des cellules petites, arrondies ou ovoïdes, au nombre de deux ou trois dans la même cajDsule.

C. Vaisse.U'x et nerfs. — Les fibro-cartilages marginaux sont très vasculaires, comme l'ont établi les recherches de S.vppey. Les vaisseaux sanguins qu'ils reçoivent proviennent des troncs et troncules les plus voisins. Ils pénètrent dans le fibro-cartilage par sa face externe, s'engagent ensuite dans les interstices des faisceaux fibreux, s'y ramifient, s'y anastomosent et finalement viennent se terminer, au-dessous de la face interne, par des anses affectant les dispositions les plus variées. Avec les vaisseaux, les fibro-cartilages marginaux reçoivent de nombreux filets nerveux. De ces filets, les uns accompagnent les vaisseaux, les autres suivent un trajet indépendant. Leur mode de terminaison n'est pas encore bien élucidé.

4° Fibro-cartilages interarticulaires ou ménisques. — On donne ce nom à des cloisons fibro-cartilagineuses qui, dans certaines jointures, se disjDosent à plat entre les deux surfaces articulaires adjacentes (fig. 370, 8 et 9).

A. Di.sposiTiON r.ÉxÉR.\LE. — Chacune de leurs faces prend exactement l'empreinte de la surface osseuse à laquelle elle correspond et, comme on les ren-

Fig. 369.

Coupo transversale du rebord de la cavité cotyloïde, pratiquée à sa partie postérieure.

1, cavilé cotjloïtle avec son cartilage. — i, bouiTolct cotyloïdien. — .3, capsule avec son faisceau de l'enforeement iscliiocapsulaire. — 4, ischion. — 5, tète fémorale.

contre surtout dans les articulations dont les surfaces sont toutes les deux convexes, ils sont le plus souvent biconcaves. Du reste, les flbro-cartilages interarticulaires varient beaucoup dans leur forme et dans leurs dimensions. — Tantôt ils occupent toute l'étendue de l'article : ce sont de véritables disques (fig. 370, A), séparant d'une façon complète les deux pièces squelettiques en présence. L'articulation temporo-maxillaire nous offre un exemple très net de cette disposition. — Tantôt le fibro-cartilage a perdu sa partie centrale (fig. 370, B) : c'est, dans ce cas, un disque perforé ou, si l'on veut, une sorte d'anneau aplati, permettant aux surfaces articulaires opposées d'entrer réciproquement en contact suivant une zone qui répond naturellement à leur partie moyenne. Une pareille disposition se rencontre encore, mais sur certains sujets seulement, dans l'articulation temporo-maxillaire. — Dans d'autres cas, le fibro-cartilage, plus réduit

encore, a perdu, non seulement sa partie centrale, mais aussi une partie de son pourtour; il revêt alors la forme d'un croissant dont le bord convexe, relativement épais, adhère aux ligaments périphériques, tandis que le bord concave, mince et tranchant, flotte librement dans l'intérieur de l'articulation. Le genou, avec ses deux cartilages semi-lunaires (fig. 354,3), nous en offre un exemple typique.

Quoi qu'il en soit de leur forme et de leur étendue, les ménisques interarticulaires nous présentent toujours deux faces et un bord périphérique, qui, pour les disques complets, prend le nom de circonférence. — Les deux faces, lisses et unies, constamment humectées par la synovie, répondent aux surfaces articulaires et, comme nous l'avons dit plus haut, se moulent exactement sur elles. — Le bord périphérique, qui représente ordinairement la partie la plus épaisse du ménisque, est en rapport avec l'appareil ligamenteux de l'article et lui adhère d'une façon intime. Nous ajouterons que, par sa circonférence, le ménisque adhère également à l'une des

surfaces articulaires, le plus souvent à celle des deux qui est le plus mobile, et l'accompagne dans tous ses déplacements : c'est ainsi que le ménisque de l'articulation temporo-maxillaire adhère principalement au maxillaire inférieur, que celui de l'articulation sterno-claviculaire entre surtout en connexion avec la clavicule, que les cartilages semi-lunaires du genou adhèrent au tibia, etc.

Fig. 370.

Fibro-caiiilage interarticulaire ou ménisque : A, occupant toute l'étendue de l'arliculalion ; B, n'occupant cjue la périphérie de l'articulation.

(Pour les indications des cliiffres, se rciiorter à la figure 363.)

Fig. 371.

Fibro-cartilage articulaire.

2, faisceaux diversement

B. STRUcïuitE. — Les ménisques interarticulaires présentent exactement la même structure que les bourrelets : ils se composent essentiellement de faisceaux fibreux, auxquels sont venues se joindre des cellules cartilagineuses. Ces cellules, relativement rares dans l'épaisseur du fibro-cartilage, se disposent en une couche continue sur l'une et l'autre de ses faces.

1, cellules cartilagineuses. — conjonctifs, très serrés et entrecroisés.

AîS'ATOMIE GÉNÉRALE

Il en résulte que les surfaces osseuses qui répondent à ces faces reposent en réalité sur des éléments cartilagineux.

C. Vaisseaux et nerfs. — Les fibro-cartiloges interarticulaircs, comme les fibrocartilages marginaux, reçoivent des vaisseaux et des nerfs. Les vaisseaux pénètrent dans le ménisque par son bord péripbérique et s'avancent plus ou moins loin dans son épaisseur. C'est ainsi que, dans le fd^ro-cartilage de l'articulation sternoclaviculaire, ils s'arrêtent à une certaine distance du centre, lequel est invasculaire. De même, dans les ménisques semi-lunaires du genou, les vaisseaux s'arrêtent à leur partie moyenne ou un peu au delà de cette partie moyenne : la partie avoisinant le bord tranchant en est généralement dépourvue. Ici encore les ramifications ultimes du réseau vasculaire se terminent en anses au-dessous des faces articulaires. Les nerfs présentent exactement la même disposition que dans les fibro-cartilages marginaux.

5° Moyens d'union ou ligaments. — Les pièces squelettiques qui entrent dans la constitution d'une articulation sont maintenues en présence par des formations fibreuses spéciales, très résistantes et ù peu près inextensibles, que l'on désigne sous le nom de ligaments.

A. Forme et disposition générale. — Les ligaments articulaires présentent dans leur forme et leur disposition générale les plus grandes variétés et nous pouvons, à ce sujet, les diviser en trois groupes : ligaments périphériques, ligaments interosseux et ligaments à distance.

a. Ligaments périphériques. — Nous avons vu plus haut, à propos du développement des articulations, que le tissu mésenchymateux, immédiatement après la formation de la fente articulaire, se tassait tout autour de cette dernière et se différenciait en tissu fibreux. Cette différenciation une fois effectuée, les extrémités osseuses ou cartilagineuses en présence se trouvent entourées par une sorte de manchon fibreux, qui se fixe solidement, par l'une et l'autre de ses circonférences, sur les pièces squelettiques correspondantes.

Toute articulation mobile, chez l'adulte, possède ainsi un manchon fibreux périphérique, que l'on désigne indistinctement sous les noms de ligament capsulaire, de capsule articulaire ou tout simplement de capsule.

Mais il s'en faut de beaucoup que ce ligament capsulaire se présente partout avec les mêmes caractères physiques ou histologiques. S'il est encore très net sur certaines articulations, telles que celles de l'épaule et de la hanche, il est sur d'autres profondément modifié, au point qu'il est difficile de le mettre en évidence; il semble, au premier abord, avoir disparu. Cette disparition n'est qu'apparente ; elle est le résultat d'adaptations ultérieures qu'il est facile de comprendre. Sur les points oii des moyens de contention ne sont nullement nécessaires, la capsule primitive ne se développe pas et reste rudimentaire. Sur les points, au contraire, où les segments squelettiques en présence ont besoin d'être solidement unis l'un à l'autre, cette même capsule primitive se développe d'une façon toute spéciale et forme pour ainsi dire des ligaments isolés, indépendants, surajoutés. Il n'en est rien, cependant : ces ligaments, quel que soit leur degré de développement, se rattachent toujours au .ligament capsulaire; ils ne sont que des produits de différenciation de ces

Fis. 372.

Diarlhrosc type (schématique).

(Pour les indications (.les chiffres, se reporter à la légende de la figure 363.)

ARTHROLOGIE

derniers. L'articulation du cou-de-pied, avec son appareil ligamenteux reporté sur les côtés interne et externe, nous olfre un exemple très net de cette évolution spéciale de la capsule articulaire de l'embrj'on, qui se développe là oii elle a un rôle à jouer, qui reste rudimentaire là où elle est inutile.

Du reste, les ligaments périphériques, autres que les ligaments capsulaires, mais dérivant d'eux, comme nous venons de le voir, présentent dans leur configuration les plus grandes variétés. Quelques-uns sont plus ou moins cylindriques. D'autres, plus ou moins aplatis, s'offrent à nous sous la forme de bandelettes ou de rubans qui, suivant le cas, sont triangulaires, trapézoïdes, losangiques, etc. Parfois, ils se disposent en forme d'un demi-anneau, comme cela se voit dans l'articulation radio-cubitale supérieure. Ils peuvent, enfin, être constitués par une série de fibres entre-croisées en sens différents et plus ou moins inextricables.

Envisagés au point de vue de leurs rapports, les ligaments périphériques nous présentent deux faces, l'une interne, l'autre externe. — La face interne répond à la synoviale, qui les revêt dans la plus grande partie de leur étendue. Elle répond aussi, dans les articulations qui possèdent des ménisques (genou), à ces formations fibro-cartilagineuses. — La face externe est en rapport avec les parties molles périarticulaires, spécialement avec les muscles et les tendons. Les relations des muscles avec les ligaments sont variables : la plupart se contentent de passer au-devant d'eux, ne leur adhérant que par une couche de tissu cellulaire plus ou moins lâche ; d'autres, comme cela se voit au coude, prennent sur eux un certain nombi^e de leurs insertions initiales ; quelques-uns, enfin, s'y terminent comme

les muscles tenseurs des synoviales. Quant aux tendons, nous les voyons, suivant les cas, glisser sur les ligaments à l'aide d'un tissu cellulaire lâche ou d'une vraie synoviale, leur envoyer des faisceaux de l'enforcement, se terminer sur eux en totalité ou en partie : ils peuvent même les perforer, comme le fait, à l'articulation scapulo-humérale, le tendon de la longue portion du biceps.

b. Ligaments inlerosseux. — Les ligaments interosseux se disposent, comme leur nom l'indique, non plus autour des os en présence, mais dans leur intervalle. Ils sont ordinairement très courts, très résistants, disposés d'une façon plus ou moins irrégulière. Comme exemples, nous rappellerons le ligament interosseux de l'articulation astragalo-calcanéenne, les nombreux ligaments interosseux des articulations du carpe et du tarse, etc. Il est à remarquer que tous ces ligaments, quelque rapprochés qu'ils soient de la cavité articulaire, ne sont jamais situés dans cette cavité : ils en sont séparés tout au moins par la synoviale. Le mot interosseux n'est donc pas synonyme du mot intei^articulaire. Les ligaments en question, il faut bien le reconnaître, sont, par rapport à la cavité articulaire, tout aussi périphériques que ceux précédemment décrits et, par conséquent, il est toujours possible d'arriver jusqu'à eux sans ouvrir préalablement l'articulation elle-même.

Fig. 373.

ArLiculalion Lai'so-iiiéLalarsienne : lo ligament inlerosseux interne, vu par la face dorsale du pied.

(Le ligament inlerosseux qui unit le premier et le deuxième cunéiforme a été sectionné, pour permettre Técartenient de ces deux os.)

a, premier cunéiforme. — i, deuxième cunéiforme. — c, premier métatarsien. — d. deuxième métatarsien.

1 , ligament intercunéen, sectionné à sa partie mojenne. — 2, ligament inlerosseux interne, allant du premier cunéiforme au deuxième métatarsien. — 3, ligament dorsal, allant du deuxième cunéiforme au deuxième métatarsien.

ANATOMIE GÉNÉRALE 393

c. Ligaments à distance. — Les ligaments à distance réunissent deux os plus ou moins voisins, mais séparés l'un de l'autre par un certain intervalle. Nous trouvons des ligaments de cette nature entre la clavicule et l'apophyse coracoïde, dans les deux espaces inter-osseux de l'avant-bras et de la jambe, entre les arcs postérieurs des vertèbres, etc. Sur ce dernier point, les ligaments à distance diffèrent considérablement de leurs analogues dans l'économie par leurs propriétés physiques : leur couleur leur a valu le nom de ligaments jaunes ; leur extensibilité, celui de ligaments élastiques. Ces deux caractères, couleur jaune et élasticité, sont en rapport, du reste, avec une structure spéciale, que nous décrirons dans un instant.

Toutes les formations fibreuses que l'on l'encontrc autour des articulations et que l'on déerit sous le nom de ligaments n'ont pourtant pas la même valeur que les ligaments périphériques qui, comme nous l'avons vu. dérivent par voie de ditférenciation histologique de la capsule articulaire de l'embryon. Un certain nombre d'entre elles représentent des muscles disparus, en tant qu'organes contractiles, ou bien des tendons qui, au cours du développement phylogénique, se sont séparés de leur corps musculaire. De ce nombre sont le ligament rond de la hanche, qui est le reste d'un muscle à insertion pubienne existant encore chez quelques vertébrés inférieurs, le ligament coraco-huméral, qui n'est autre que le tendon primitif du petit pectoral, etc. Cgs pseudoligaments, comme les appelle Gegenbaur, peuvent bien, dans certains cas, jouer, par raïqjort aux os voisins, le rôle de moyens d'union ; mais ce n'est pas là leur destination primitive et, morphologiquement, ils ne sont que de simples formations rudimentaires.

B. Structure. — Histologiquement, les ligaments périphériques des articulations, quelles que soient leur forme et leur étendue, appartiennent au système fibreux.

Les capsules articulaires et autres ligaments périphériques, les ligaments improprement appelés interosseux ont pour principal élément constitutif des faisceaux de fibres conjonctives, disposés parallèlement les uns aux autres ou s'entreci^oisant sous des angles divers. Dans leur intervalle se voient des cellules du tissu conjonctif, tantôt irrégulièrement éparses, tantôt disposées en séries linéaires. A ces éléments, éléments essentiels, viennent se joindre, à titre d'éléments accessoires et en proportions très variables, des fibres élastiques et des cellules adipeuses. Il convient d'ajouter qu'au voisinage de leurs extrémités, là où ils s'insèrent sur des fibro-cartilages, les ligaments présentent encore, à côté des cellules conjonctives, un certain nombre de cellules cartilagineuses.

Les ligaments jaunes, tout en appartenant aux formations conjonctives, diffèrent des précédents en ce c|ue l'élément élastique y est prédominant, l'élément conjonctif étant descendu au rang d'élément accessoire. Ils se composent, en effet, presque exclusivement de grosses fibres élastiques, disposées en sens longitudinal, plus ou moins ramifiées et anastomosées. Il est à remarquer que les li];)rcs élastiques qui entrent dans la constitution des ligaments jaunes sont toujours plus volumineuses chez l'adulte que chez les jeunes sujets : ces éléments s'accroissent donc en largeur, comme en longueur, depuis leur origine jusqu'à leur complet développement.

C. Vaisseaux ET nerfs. — On a cru pendant longtemps que les ligaments étaient peu vasculaires et ne jouissaient par conséquent que d'une vitalité fort obscure. Les recherches de Sappey, qui datent déjà de plus de trente ans (1866), ont établi au contraire que les ligaments possèdent une vascularisation et une innervation très riches (fig. 374).

a. Artères. — Les artères qu'ils reçoivent naissent des troncs les plus voisins. Après avoir cheminé quelque temps à leur surface, elles pénètrent dans leur épaisseur et s'y résolvent, à la suite de divisions et subdivisions successives, en un riche réseau dont les mailles entourent les faisceaux fibreux. C'est toujours dans les

394 AUTHROLOGIE

couches les plus profondes, sur les faisceaux sous-jacents à la synoviale, que le réseau vasculaire est le plus développé. En pénétrant dans les ligaments, les artères et artérioles sont munies de leurs trois tuniques et elles conservent encore pendant une longue partie de leur trajet leur tunique musculaire. Puis, elles passent à l'état de simples capillaires.

1). Veines. — Les veines font suite à ces capillaires et gagnent la surface extérieure du ligament, en suivant, mais en sens inverse, le même trajet que les artères. Il n'existe en général qu'une veine pour une artère ; mais il n'est pas rare d'en rencontrer deux.

c. Lymphatiques. — Les voies lymphatiques des ligaments ne sont pas encore connues. Les ligaments périarticulaires livrent bien passage à des lymphatiques

Fig. S74.

Vaisseaux et nerfs du ligarnent capsulaire de la lianclie (d'après Sappey).

1, artère pourvue encore de sa tunique musculaire. — 2, veine accompagnant cette artère. — 3, rameaux nerveux, suivant le trajet des vaisseaux. — 4, autre rameau plus délié, s'anastoniosant avec le précédent. — 5, 5, ranùficalions anastomotiqucs. — 6, 6, autres anastomoses, étendues du rameau principal à des divisions secondaires.

venus de la synoviale, mais il n'est nullement démontré qu'ils en possèdent en propre.

d. Nerfs. — Les nerfs des ligaments, d'après les recherches de Ri'Dr.\Gi-:i!. de KôLLiKER, de R.\UBER. de S.\PPEV, de 1Ié.\ocque, sont beaucoup plus nombreux que ne le pensaient les anciens auteurs. Ces nerfs ont été vus et étudiés, non seulement sur les ligaments périphériques des articulations, mais aussi sur les ligaments intra-articulaires tels que les ligaments croisés du genou et le ligament i^ond de la hanche. On les rencontre sur les travées conjonctives des ligaments, cheminant ordinairement à côté de l'artère et envoyant aux rameaux voisins de fréquentes anastomoses. Ils forment ainsi de riches plexus (lîg. 374,3,5 et 6), dont les mailles s'entremêlent avec celles du réseau sanguin. Leur mode de terminaison nous est encore inconnu. Il est vraisemblable qu'ils se terminent, ici comme ailleurs, par des extrémités libres. Rauber et, après lui, Hénocque ont bien signalé, sur le trajet des nerfs des ligaments, des corpuscules de Pacini. Mais le plus grand nombre de ces corpuscules se trouvent autour des ligaments, soit sous la synoviale, soit dans le tissu conjonctif périarticulaire ; ils sont donc extra-ligamenteux, plutôt qu'intraligamenteux.

6° Moyens de glissement ou synoviales. — Les synoviales sont des membranes minces, non isolables, qui tapissent intérieurement les cavités des articu-

ANAÏOMIE GÉNÉRALE

lalions. Elles exhalent a leur surface un liquide onctueux et filant, que l'on a comparé à du blanc d'œuf et qu'on désigne pour cette raison, depuis Paracelse, sous le nom de synovie (de aùv, avec et wôv, œuf). En déposant continuellement ce liquide sur les surfaces squclettiques en présence, les synoviales facilitent leur jeu réciproque et, de ce fait, acquièrent une importance considérable dans la mécanique articulaire.

A. Disposition générale. — • Bichaï, assimilant les synoviales aux grandes séreuses splanchniques, les avait considérées, elles ti II S S I ^ c 0 ni 111 G des sacs sans ouverture, revêtant sans discontinuité toute la surface intérieure des articulations. .Mais les recherches ultérieures sont venues établir que la séreuse articulaire ne tapisse que les ligaments et fait complètement défaut sur les surfaces cartilagineuses. L'opinion émise par le créateur de l'anatomie géïK'rale est donc inexacte : la synoviale n'est nullement un sac fermé, mais un simple manchon allant d'une surface articulaire à l'autre (fig. 37:2, 1 1). Ainsi entendu, chaque manchon synovial nous présente deux extrémités et deux faces :

a. Extrémités. ■ — Les deux extrémités répondent l'une et l'autre <-i la surface cartilagineuse correspondante. Toutefois, il n'(^st pas exact de dire qu'ils s'étendent jusqu'au bord même du cartilage. Comme l'ont établit des recherches de Colomiati et de SouBBOTiNE, il existe toujours entre la synoviale et le cartilage une petite bande séparative de tissu fibreux non recouvert d'épithélium. Le manchon synovial s'insère donc sur l'os un peu en dehors de la surface articulaire. En ce qui concerne les relations de la synoviale avec les os, nous ferons remarquer que ces relations diffèrent beaucoup suivant que les ligaments s'insèrent à la limite même de la surface cartilagineuse ou à quelque distance de cette dernière. Dans le loremier cas, la synoviale arrivée à l'extrémité du ligament y rencontre le cartilage d'encroûtement : elle se termine là, sans présenter aucun rapport avec l'os. Dans le second cas, la membrane séreuse, rencontrant l'os aussitôt qu'elle abandonne les ligaments, se réflchit sur lui, en formant un cul-de-sac, et le tapisse dans toute sa portion intra-articulaire, je veux dire dans tout l'intervalle compris entre l'insertion ligamenteuse et le rebord cartilagineux.

b. Faces. — Des deux faces de la synoviale, l'une est interne, l'autre externe. L'externe répond aux ligaments et au périoste, quelquefois, comme nous le verrons plus tard, à des tendons ou à des muscles. L'interne nous présente l'aspect lisse et uni qui caractérise toutes les séreuses; elle est continuellement baignée par la synovie.

B. Prolongements. — Les synoviales articulaires nous présentent assez souvent des prolongements de diverse nature, que nous distinguerons, d'après leur direction, en internes ou intra-articulaires et externes ou extra-articulaires :

a. Prolongements internes. ■ — Les prolongements internes, que l'on désigne ordinairement sous le nom de franges synoviales, flottent librement dans la cavité articulaire. Leurs formes et leurs dimensions varient à l'inflni : tantôt, ce sont de simples villosités, toutes petites et difficiles à voir ; tantôt ce sont des excroissances plus longues, filiformes ou lamelleuses, isolées ou réunies en groupe, ramifiées ou disposées en pinceau. D'autres fois, ce sont de véritables replis de la séreuse, dont le bord libre est plus ou moins irrégulier, plus ou moins frangé.

Les prolongements synoviaux intra-articulaires diffèrent aussi par leur structure. Les uns, les plus petits, se composent exclusivement d'une masse conjonctive, coiffée naturellement par la synoviale qu'elle soulève. Les aulve^ {franges vascu-

ARTHROLOGIE

laires) sont, au contraire, très riches en vaisseaux et il est à remarquer que les capillaires se terminent tout près de la surface par des anses éle'gamment enroulées en spirale. D'autres enfin, les plus volumineux, sont remplis de graisse : ce sont les replis adipeux (plicœ adiposse) de certains auteurs. On rencontre encor-e parfois, dans le substratum conjonctif des franges synoviales, des cellules cartilagineuses entourées d'une capsule épaisse.

Quelles que soient leurs dimensions et leur structure, les prolongements s^aioviaux intra-articulaires ont toujours la même signification morphologique. Ce ne sont pas des organes glandulaires, chargés de sécréter la synovie, comme on l'a cru longtemps d'après les affirmations de Clopton Havers' {glandes de Clopton Havers) ; ce sont de simples

édifications conjonctives, souvent chargées de graisse, aux- Fio- 375 j ' o o .

quelles incombe le rôle beaucoup plus modeste de combler

^1^5fL^?Z^°IITi^,!^1'^ les vides qui, dans certains mouvements, tendent à se pro-

genou, (Q ctpl es HENLEj .

duire entre les surfaces articulaires. Voilà pourquoi les prolongements en question se rencontrent de préférence au niveau des interlignes articulaires.

b. Prolongements exte7'nes. — Les prolongements externes de la synoviale sont de deux ordres. — Les uns, ordinairement très étendus, viennent se placer audessous ou tout autour des tendons, dont ils favorisent ainsi le glissement. Nous citerons, comme exemple, le prolongement de la synoviale scapulo-humérale qui accompagne, le long de la coulisse bicipitale, le tendon de la longue portion du biceps, le prolongement ascendant de la synoviale du genou qui remonte au-dessous du quadriceps crural, le prolongement descendant de cette même synoviale du genou qui s'étale au-dessous du poplité, etc. Ces culs-de-sac périarticulaires ne communiquent le plus souvent avec la synoviale, dont elles émanent, que par un orifice relativement fort étroit. Il me paraît rationnel d'admettre (et le fait est nettement démontré pour plusieurs d'entre eux) qu'ils ne sont primitivement que de simples bourses séreuses et que ce n'est que plus tard, à la suite de l'extension qu'ils prennent sous l'influence des mouvements, qu'ils se rapprochent des synoviales articulaires voisines, arrivent à leur contact et, finalement, se fusionnent avec elles. — Les prolongements externes du second ordre sont formés par des dépressions de la synoviale, c[ui tendent à s'insinuer entre les fibres des ligaments ou même dans l'épaisseur de certains fibro-cartilages interarticulaires, les ligaments ■ semi-lunaires du genou par exemple. C'est à ces culs-de-sac que Gosselin a -donné le nom de cryptes synoviaux ou follicules synovipares. Ils sont ordinairement de tout petit volume et communiquent avec la cavité articulaire, tantôt par un orifice large et béant, ayant les mêmes dimensions que le cul-de-sac luimême, tantôt par une fente étroite ou même par un orifice punctiforme.

C. Structure. — Envisagées au point de vue de leur structure, les synoviales articulaires se composent de deux couches, l'une externe, l'autre interne :

a. Couche externe. — La couche externe (fig. 376, 2j est de nature conjonctive. Elle est essentiellement formée par des faisceaux de fibres du tissu conjonctif, diversement entre-croisés, auxquels viennent se joindre un certain nombre de fibres élastiques, des cellules conjonctives, arrondies ou fusiformes, et des cellules adipeuses, très nombreuses surtout au niveau de certaines franges synoviales.

ANATOMIE GÉNÉRALE

Extérieurement, cette couche répond à la capsule articulaire et se confond avec elle. Intérieurement, elle sert de substratum à la couche suivante.

b. Couche interne. — La couche interne est formée par des éléments cellulaires, qui diffèrent par leur forme, sinon par leur provenance, suivant qu'on les examine sur les parties lisses de la synoviale ou sur les parties munies de franges. — Sur les parties lisses (fig. 376,1), les cellules en question sont, suivant les cas, arrondies, ovalaires ou plus ou moins aplaties parallèlement à la surface libre de la membrane. Du reste, elles sont disposées en une seule couche ou bien forment des assises multiples. Chacune d'elles possède un noyau volumineux. — Sur les franges synoviales (fig. 'àll). les cellules présentent les mêmes caractères généraux que celles des parties lisses. Mais elles diffèrent de ces dernières en ce qu'elles ne fornaent le plus souvent qu'une seule rangée et que, au lieu d'être aplaties, elles affectent une forme cylindrique, rappelant assez exactement les cellules muqueuses. On y rencontre même çà et lù de véritables cellules caliciformes analogues à celles que l'on voit sur la muqueuse intestinale. SouBBOTixNE, auquel nous devons une bonne description des synoviales articulaires, signale l'existence, dans les cellules de la couche interne, d'une série de gouttelettes de grandeur variée, qui ne se colorent pas en noir par l'acide osmique et qu'il n'hésite pas à considérer comme des gouttes de synovie encore incluses dans la masse protoplasmique où elles ont pris naissance. Du reste, le même observateur a rencontré des gouttes semblables à l'extrémité libre des cellules.

Les histologistes ont discuté longtemps et discutent encore sur la signification morphologique des éléments cellulaires qui revêtent intérieurement les synoviales articulaires. La plupart ont considéré ces éléments comme étant de nature endothéliale et. de ce fait, ont été amenés à faire des synoviales articulaires de véritables séreuses : mais ce prétendu endothélium diflfëre de l'endothelium des grandes séreuses, en ce qu'il est beaucoup moins régulier, qu'il est moins aplati, qu'il est moins continu, qu'il n'est que rarement disposé en une seule couche et qu'il n'est pas sépare du tissu sous-jacent par une membrane basale. IIermann et Touhneux ont attribué au revêtement des synoviales la signification d'éléments cartilagineux, mais une pareille interprétation ne repose sur aucun fait nettement démonstratif. D'autres histologistes, refusant même aux cellules qui nous occupent la signification épithéliale et acceptant tout au plus pour les désigner l'adjectif épithélioïde, ne voient dans ces éléments que des cellules conjonctives modifiées. En réalité, dit Renaut, le revêtement épithélioïde des synoviales répond à une assise de cellules du tissu conjonctif qui, arrivées à la surface, se gonflent, subissent l'évolution muqueuse, se rompent et enfin se détruisent pour former l'un des éléments de la synovie. Soub- BOTixE, amplifiant encore au sujet de cette analogie des cellules de revêtement des synoviales avec les cellules mucipares, définit la synoviale articulaire : une véritable glande close, destinée à la production de la synovie. Les cellules qui entrent dans la constitution de la couche interne ne seraient donc c[ue des cellules ■ conjonctives modifiées au cours du développement, des

Fig. 376.

Coupe perpendiculaire à la synoviale du mouton, imprégnation d'argent (gross. 435, d'après Soubbotine).

1, couche interne. — 2, couclic externe. — 3, un vaisseau sanguin. 4, villosité.

Fig. 377.

Cellules isolées des villosités de la synoviale du chien (gross. 43o, d'après Soubbotine).

ARTHROLOGIE

cellules conjonctives qui, au lieu de se transformer en cellules endotliéliales, comme on le voit dans les grandes séreuses, auraient évolué en cellules muqueuses préposées à la sécrétion du liquide synovial.

D. Vaisseaux kt xerfs. — Les artères, destinées aux synoviales articulaires, proviennent de la capsule et des ligaments sous-jacents. Elles se résolvent, sous l'épithélium, en un l'éseau à mailles serrées et irrégulières. Tilmanns insiste sur la situation superficielle de ces capillaires qni, par places, semblent soulever l'épithélium. Nous ne saurions admettre cependant, comme l'a prétendu Huter, que ces capillaires soient à nu dans la cavité articulaire. Au niveau des franges, les capillaires forment des anses élégamment enroulées en huit de chiffre ou en spirales. Comme

Fig. 378.

Franges synoviales du genou, vues en coupe transversale (d'après une préparation d'HERR.MANN).

1, 1, franges sjiioviales. — 2, vaisseaux. — 3, anses terminales des capillaires — 4, 4, extrémités sous-vasculaires

(les franges.

nous le montre la figure 378, ces anses terminales ne vont pas jusqu'à l'extrémité des franges : au delà d'elles se trouvent comme des appendices, allongés et parfois ramifiés, qui sont complètement invasculaires. — Les veines sont généralement très volumineuses. Elles sont iiTégulières et parfois même variqueuses, flexueuses ou plus ou moins enroulées sur elles-mêmes, unies entre elles par de fréquentes anastomoses.— Les lymphatiques ont été injectés chez le bœuf et le cheval par Tillmanns. Ils forment tout d'abord, au-dessous de la couche épithéliale, un premier réseau, dit réseau d'origine. De ce réseau d'origine partent des canaux très larges, qui se portent dans le tissu sous-synovial pour y former un deuxième réseau {réseau sous-synovial)^ dont les mailles présentent des rapports intimes avec le réseau sanguin. Les canaux qui émanent de ce dernier réseau se rendent aux ganglions lymphatiques voisins. — Les nerfs des synoviales articulaires, déjà signalés en 1836 par Cruveilhier et en 1851 par Luschka, ont été étudiés en 1873, chez le lapin, par iNicoladin'i. Cet histologiste décrit deux modes de terminaisons nerveuses : le premier est constitué par un véritable réseau de fibrilles terminales, étalé au-dessous de l'épithélium ; le second, par des corpuscules ovoïdes, situés à l'extrémité des fibres à myéline. Ces corpuscules nerveux intra-synoviaux ont été retrouvés et décrits à nouveau, en 1874, par W. Krause et par Rauber. Ce sont

AN A TO MIE nÉNKIîAI^E

des corpuscules ovoïdes, un peu aplatis/ généralement plus longs que larges. Leurs longueur est de 60 [i. à 200 u. chez le lapin, de 60 [i à 80 [j. chez le rat, de 110 ;j. chez le chien. Us sont situés dans la trame conjonctive de la synoviale, tout près de l'épithélium. Des fibres nerveuses à myéline, au nombre de 1 à 4, les abordent par l'une de leurs extrémités et disparaissent dans leur épaisseur. Ilistologiqucment, les corpuscules nerveux intrasynoviaux de Krause sont formés d'une enveloppe conjonctive, striée longitudinalement, en dedans de laquelle se voient de nombreux noyaux ovalaires à contenu granuleux et un certain nombre de filirilles nerveuses ramiflées et sans myéline.

E. Synovie. — Les parois de la cavité articulaire sont constamment baignées par la synovie. C'est un liquide visqueux, trouble, de coloration jaunâtre, de saveur salée, de réaction alcaline, qui, en lubrifiant les surfaces articulaires, favdi'ise leur glissement.

Vue au microscope, la synovie nous apparaît sous la forme d'une masse liquide, tenant en suspension des éléments cellulaires détachés de la couche intiM'iic di' la synoviale.

L'analyse chimique nous y révèle l'existence des éléments suivants : 1° de l'eau: 2° une substance albuminoïde phosphorée, analogue aux nucléo-albumines ; 3" une deuxième substance albuminoïde, celle-ci non phosphorée, voisine des mucines: 4° des matières grasses; 5° des sels, tels que du chlorure de sodium, des phosphates dépotasse, de soude et de chaux, des sulfates de potasse et de soude, etc. Voici quelles sont, d'après Freiuchs. les proportions centésimales de ces difl'i' rentes substances :

Eau : . 95,92 p. 100.

Nucléo-alJjuinine 0.40 —

Albumine spéciale (mucine "?) , ) j>

Graisse et extractif f

Sels 1.06 —

7° Mouvements ou mécanique articulaire. — Les diarthroses, envisagées à un point de vue général, nous présentent quatre espèces de mouvenu'iits principaux : le glissement, la rotation, l'opposition, la circumduction.

a. Glissement. — Le glissement consiste dans le déplacement des surfaces articulaires l'une sur l'autre, sans qu'elles s'abandonnent : il est caractéristique des diarthroses, qui le possèdent toutes.

b. Rotation. — La rotation est le mouvement par lequel un os tourne autour d'un axe, dirigé dans un sens plus ou moins parallèle à sa plus grande dimension. Deux cas peuvent se présenter : ou bien l'axe de rotation passe par les deux extrémités de l'os qui se déplace, ou bien il est situé en dehors de l'os. Dans le premier cas, il y a rotation simple ; dans le second, il y a à la fois rotation et déplacement. L'humérus, pour donner un exemple, jouit de la rotation isolée ; l'extrémité inférieure du radius tourne et se déplace autour du cubitus.

c. Opposition. — Dans le mouvement d'opposition, l'os se porte alternativement dans deux sens opposés : en avant et en arrière, ou bien en dedans et en dehors. L'opposition est dite simple lorsque les mouvements ne peuvent s'opérer que dans un seul plan ; elle devient double lorsque le plan de déplacement l'est aussi. C'est au mouvement d'opposition qu'appartiennent la flexion et Yextension, et aussi Vadduclion et Vabduction, mouvements fondamentaux que nous retrouverons à chaque instant lorsque nous étudierons les articulations des membres : par la flexion, l'os se porte en avant; par l'extension, il se porte en arrière; par l'ab-

ARTHROLOGIE

duction, il s'écarte du corps ; par l'adduction, il s'en rapproche. Comme on le A'oit, dans la flexion et l'extension, le déplacement est parallèle au plan médian du corps ou plan sagittal; dans l'adduction et l'abduction, il est perpendiculaire au plan précédent; autrement dit, il est parallèle au plan vertico-transversal ou plan frontal.

d. CircumdiLCtion. — Quant au mouvement de circumduction, il n'est autre que le mouvement de fronde, dans lequel l'os mobile décrit un cône dont le sommet esta l'extrémité articulaire et la base à l'extrémité opposée. Il résulte du passage de l'un à l'autre des quatre mouvements fondamentaux précédemment indiqués : ainsi l'humérus, en exécutant des mouvements de circumduction, occupe successivement et d'une façon régulière les positions d'abduction, d'extension, d'adduction et de flexion. On conçoit que toutes les articulations qui possèdent les mouvements fondamentaux de l'opposition aient aussi le mouvement de circumduction.

8° Classification des diarthroses. — Les anciens anatomistes, et Galien déjà, avaient établi une classiflcation anatomique des diarthroses. Le mode de configuration des surfaces articulaires leur avait fait admettre : Vénarthrose ou articulation à surfaces sphériques ; Varlhrodie, articulation à surfaces planes ; le gmglyme, articulation à surfaces disposés en charnière. Le ginglyme se subdivisait lui-même en ginglyme angulaire ou charnière transversale et en ginglyme vertical ou articulation à pivot. Cette classification, bonne quanta son point de départ, était rudimentaire et incomplète. En la poussant plus loin et en la complétant, on arrive à constituer les six genres suivants, cjui comprennent toutes les diarthroses.

A. Premier genre : articul.\tions énarthrodiales ou éxarthroses. — Les caractères de ce genre sont les suivants :

1" Les surfaces articulaires sont formées, d'un côté par une tête, de l'autre par une cavité, tête et cavité appartenant au type sphérique. La cavité est le plus souvent agrandie par un bourrelet marginal, complet ou incomplet.

2° Les moyens d'union sont : une capsule fibreuse, renforcée le plus souvent par un certain nombre de bandelettes fibreuses plus ou moins distinctes.

3° La synoviale envoie d'ordinaire des prolongements à travers la capsule.

4° Les mouvements sont développés en tous sens : flexion, extension, adduction, abduction, circumduction, rotation.

D. Deuxième genre : articulations gondyliennes ou condylarthroses. — Les articulations appelées condyliennes nous présentent :

1° Comme surfaces articulaires : d'un côté, une tête plus ou moins allongée,' de l'autre, une cavité, dite cavité glénoïde ;

2° Comme moyens dhmion, un certain nombre de ligaments périphériques, qui se divisent, d'après leur situation, en antérieurs, postérieurs et latéraux ;

3° Comme mouvements, tous ceux des énarthroses, moins la rotation.

C. Troisième genre : articulations par emboîtement réciproque. — Les caractères de ces articulations sont les suivants :

\° Les surfaces articulaires sont concaves et convexes en sens inverse : la concavité de l'une correspond à la convexité de l'autre. Les deux pièces osseuses en présence rappellent exactement la disposition d'un cavalier sur sa selle, d'où le nom A' articulation en selle, qu'on donne parfois à l'articulation par emboîtement réciproque.

2" Une capsule fibreuse sert de moyen d'union.

3° Elles présentent encore tous les mouvements, la rotation exceptée.

ANATOMIE GÉNÉRALE

D. Quatrième genre : articulations trogiiléennes ou trochléarthroses. — Les articulations trochléennes {ginglymes angulaires des anciens auteurs) nous offrent comme caractères :

1° En ce qui concerne les surface ariiculaires : d'un côté, une poulie ou trochlée ; de l'autre, une crête pour la gorge de la poulie et deux facettes pour ses parties latérales ;

2° En ce qui concerne les moyens d'union, quatre ligaments, dont deux latéraux, ces derniers ordinairement très forts ;

3" En ce qui concerne les mouvements, deux principaux, la flexion et l'extension, plus quelques mouvements de latéralité toujours peu étendus.

E. Cinquième genre : articulations trochoïdes. — Les articulations trochoïdes {ginglymes latéraux des anciens auteurs) sont constituées comme suit :

4° Les surfaces articulaires sont : d'une part, un cylindre osseux, tournant sur son axe; d'autre part, un anneau ostéo-fibreux qui le contient.

2° Un ligaynent semi-annulaire maintient le cylindre dans sa cavité ; 3° La rotation est le seul mouvement possible.

F. Sixième genre : arthrodies. — Les arthrodies nous offrent comme caractères anatomiques :

1° Des surfaces planes ou à peu près planes ;

2° Des ligaments disposés irrégulièrement autour de l'article ;

3" Comme mouvements, le glissement seul.

§ III. — A M P H I A R T H R 0 s E s EX GÉNÉRAL

Les amphiarthroses OU symphyses, qui constituent la deuxième classe des articulations, sont encore des articulations mobiles, mais peu mobiles, des articulations tenant le milieu entre les diarthroses, qui jouissent des mouvements les plus étendus, et les synarthroses, que caractérise une immobilité absolue. Ce sont les demi-articulations [Halbgelenke) de Luschka. On les divise en deux groupes : les amphiarthroses vraies ou typiques et les diarthro-amphiarthroses.

1° Amphiarthroses vraies ou typiques. — Les amphiarthroses vraies ou typiques ont pour éléments anatomiques : 1° des surfaces articulaires planes ou légèrement excavées, généralement beaucoup plus simples que celles que nous rencontrons dans les diarthroses ; 2" une couche de cartilage hyalin, revêtant dans toute leur étendue les surfaces articulaires précitées ; 3" des ligaments périphériques, histologiquement semblables à ceux des diarthroses, mais ordinairement moins développés et par conséquent plus faibles ; 4° un disque fibreux ou fibro-cartilagineux, d'une épaisseur variable, situé entre les deux surfaces articulaires. Ce fibro-cartilage interarticulaire, qui caractérise essentiellement les diarthroses (fig. 379, A), se moule exactement, par l'une et l'autre de ses faces, sur les deux pièces squelettiques correspondantes et, d'autre part, adhère intimement à l'une et à l'autre : il devient ainsi pour elles un moyen d'union puissant, d'où le nom de ligament interosseux sous lequel le désignent la plupart des auteurs. Du reste, il n'existe ici aucune trace de cavité articulaire et, à fortiori, aucune trace de synoviale.

Le ligament interosseux des amphiarthroses, rappelons-le en passant, n'est autre que le disque intermédiaire de l'articulation embryonnaire, qui, au lieu de

.\NAT0M1E humaine. T. I, 4'= ÉDIT. bl

ARTHROLOGIE

disparaître, s'est organisé en tissu fibreux ou fibro-cartilagineux et a conservé sa continuité avec la partie correspondante des pièces cartilagineuses.

Les amphiarthroses vraies se rencontrent au niveau de la colonne vertébrale et ne se rencontrent que là. Elles y sont représentées par les articulations des corps vertébraux entre eux et nous ne saurions mieux faire, pour en donner une idée exacte, cjue de renvoyer le lecteur à la description de ces articulations (p. 405). Nous éviterons ainsi des redites inutiles.

2° Diarthro-amphiarthroses. — Physiologiquement, ces articulations ne diffèrent pas des amphiarthroses typiques : comme elles, en effet, elles ne jouissent

que de mouvements peu étendus.

Au point de vue morphologique, elles nous présentent encore les mêmes éléments : des surfaces articulaires à configuration simple et revêtues d'une couche de cartilage hyalin, des ligaments périphériques et un ligament interosseux. Seulement, ce ligament interosseux, au lieu d'être continu comme tout à l'heure, nous présente dans son épaisseur, ordinairement à sa partie centrale, une fente plus ou moins développée, qui est une véritable cavité articulaire (flg. 379, B). Cette dernière disposition, qui dans l'espèce est caractéristique, marque manifestement un progrès dans l'organisation des amphiarthroses. Elle les rapproche des articulations diarthrodiales, d'où le nom de diarthroamphiarthroses qui leur a été donné.

A la classe des diarthro-amphiarthroses appartiennent la symphyse pubienne, l'articulation sacro-iliaque et, dans certains cas, l'articulation de la première pièce du sternum avec la seconde. Nous aurons plus tard à décrire ces différentes articulations, mais d'ores et déjà nous constatons qu'elles possèdent une cavité centrale et que cette cavité centrale est séparée de l'os par deux couches concentriques, dont la signification nous est maintenant bien connue : une couche interne, fibreuse ou fibro-cartilagineuse, formée par le ligament interosseux lui-même ; une couche externe, constituée par du cartilage hyalin, reste de la pièce squelettique primitive.

Nous ajouterons que dans les diarthro-amphiarthroses qui ont une cavité bien développée, il peut exister une synoviale rudimentaire, nouveau perfectionnement qui rapproche encore ces articulations des diarthroses vraies.

Diarthrose et diarthro-ampliiarUirose : A, articulation de la première pièce du sternum avec la seconde, sans cavité articulaire : B, la même, avec cavité articulaire.

1, 2, première et deuxième pièces du slernum. — 3, 3, pèriosle. — 4, couche carlilagineuse. — 5, couche fibro cartilagineuse, avec (dans la figure B) 5' cavité centrale.

§ IV. — Synarthroses en général

Les synarthroses ou articulations immobiles se rencontrent au crâne et à la face. Elles sont constituées par des surfaces osseuses, diversement configurées, que séparent, tantôt une substance conjonctive dite wewôane sw/wra^f, tantôt une subs-

ANATOMIE GÉNÉRALE

tance cartilagineuse. De là, deux groupes distincts de synarthroses : des synarthroses dans lesquelles la substance interposée est fibreuse ; des synarthroses dans lesquelles cette substance interposée est cartilagineuse. Au point de vue de leur destinée, les premières présentent ce caractère important qu'elles persistent, sinon indéfiniment, du moins pendant une longue période de la vie ; les secondes, au contraire, sont appelées à disparaître par les progrès mêmes de l'ossification.

1° Synarthroses à substance interposée fibreuse (synfibroses). — Ces articulations, encore appelées sutures, se rencontrent sur les points où les os se déve-

Fig. 380.

Types divers de synarthroses.

A, suUirc dcnWe. — B, sulure écailleuse. — C, suture harmonique (articulalion des deux os propres du nez) . — G', coupe transversale de la précédente. — D, schindjlèze (articulation de la base du vonior avec la crête du sphénoïde.

loppent en plein tissu conjonctif sans passer préalablement par le stade cartilagineux. Le mode de configuration de leurs surfaces articulaires les a fait diviser en quatre genres : la suture dentée, la suture écailleuse, la suture harmonique et la schindylèze.

a. Suture dentée. — La suture dentée (fig. 380, A) est caractérisée par des surfaces recouvertes d'aspérités, armées parfois de véritables dents qui s'engrènent réciproquement : la suture fronto-pariétale nous en offre un exemple typique.

b. Suture écailleuse. — La suture écailleuse ou squameuse (fig. 380, B) est celle dans laquelle les deux os, au niveau de leur contact, sont taillés en biseau : comme exemple nous rappellerons l'articulation du pariétal avec l'écaillé temporale, dans laquelle nous voyons le pariétal, taillé en biseau aux dépens de sa table externe, s'unir au temporal, taillé en biseau aux dépens de sa table interne.

c. Suture harmonique. — La suture harmonique (fig. 380, C) est celle dans laquelle les deux os entrent en contact par des surfaces assez régulièrement lisses. Le massif osseux de la face nous offre de nombreux exemples de ce genre de suture : telles sont l'articulation de l'os nasal avec la branche montante du maxillaire supérieur, l'articulation des deux os nasaux entre eux, l'articulation de l'unguis avec le maxillaire supérieur, etc.

d. Schindylèse. — La schindylèse est constituée comme suit : d'un côté, une rainure ; de l'autre, une crête mousse ou tranchante. L'articulation de la base du vomer avec la crête du sphénoïde (fig. 280, D) en est un exemple typique.

2° Synarthroses à substance interposée cartilagineuse (synchondroses). —

Les articulations synchondrales sont essentiellement constituées par deux surfaces

ARTHROLOGIE

osseuses, réunies l'une à l'autre par un cartilage intermédiaire plus ou moins développé. Ce cartilage adhère intimement à l'une et à l'autre des deux pièces osseuses et, d'autre part, le périchondre qui l'entoure se continue directement, à la limite du cartilage, avec le périoste qui lui fait suite. Comme exemples de synchondrose, nous citerons l'articulation du corps du sphénoïde avec l'apophyse basilaire de l'occipital, l'articulation de l'apophyse styloïde avec le rocher, l'articulation de la lame perpendiculaire de l'ethmoïde avec le vomer, etc.

§ V. — Nomenclature des articulations

Adoptant pour la description isolée des articulations la méthode topographique, nous les diviserons en quatre groupes, savoir : 1° Articulations de la colonne vertébrale ; 2° Articulations de la tête ; 3° Articulations du thorax ;

4° Articulations des membres, au nombre desquelles nous rangerons les articulations de l'épaule et les articulations du bassin.

A consulter au sujet des articulations en général : Weitbreciit, Syndesmolof/ia , sive hisloria Ik/amentorum corporis humani, Petropoli, 1742 ; — Alberti, Niilzliche Lelu-e von der Arliculationen des meiischlichen Kôrpers, Freiburg, 1745 ; — Arnold, Ahbildung der Gelenle vnd Bandern, Breslau, 1841 ; — Barkow, Syndesmologie oder die Lehre von den Bandern, Breslau, 1841 : — Luschka, Die HalbgelenJce des menschl. Kôrpers, Berlin, 1858 ; — Duchenne, Physiologie des mouvements, Paris, 1867 ; Henke, Stiidien u. Kritiken iiber Musken ii. Gelenke, Zeitschr. f. rat. Mcd., 1868. — Haughton, Principles of animal Mechanics, London, 1873 ; — Meyer, Die Statik und Mechanik des menschl. Knochengerustes, Leipzig, 1873. — Pettigrew, La locomotion chez les animaux, Paris, 1874 ; — Henke u. Reyiier, Studien iiber die Entwickel. der Extrem. des Menschen, inbes. der Gelenkflachen, S'ûz. d. Wien. Akad., 1875; — Masse, De l'influence de V altitude des membres sxir leurs articulations, Montpellier médical, 1878 ; — Marey, La machine animale, Paris, 1878 ; — Morris, Anatomy of Ihe joints in man, London, 1879 ; — Bernays, Die Entwick. des Kniegelenks des Menschen, mit Bemerk. iiber die Gelenke in allgemeinen, Morph. Jahrb., 1878 ; — Sutton, The nature of the ligaments, Journ. of Anat. and Physiol.,1885; — Heiberg, Zur Gelenklehre, Intern. Monatsschr. f. Anatomie, 1886; — Lesshaft, -Des articulations composées, Arch. slaves de Biologie, 1886 ; — PiCK, Ueber die Form der Gelenkflachen, Arch. f. Anat. u. Physiol., 1890 ; — Meyer, Die Bestimmungsmethoden der Gelenkkurven, Arch. f. Anat. u. Physiol., 1890; — Braune u. Fischer, Bestimmung der Triigheitsmomente des menschl. Kôrpers und seiner Glieder. Abhandl. d. k. sachs. Akad. d. Wiss., Leipzig, 1892; — Strasser u. Gassmann, Hilfsmitlel u. Normen z. Bestimmung u. Veranscliaulichung der Stellungen, Bewegungen u. Kraftwirkungen am Kugelgelenk, etc., Anat. Hefte, 1893 ; — ïornier, Das Entstehen der Gelenltformen, A. fiir Entwickelungsmcchanik der Organismem, Bd. I, 1894 ; — Hammar, Ueber den feineren Bau der GelenJee, Arch. f. mikr. Anat. 1894; — Braun, Vntersuch. iiber den Bau der Synovialmenbranen und Gelenkknorpel , etc., Deutsch. Z. f. Chir., 1894; — Fessler, Festigkeit d. menschl. Gelenke mit besondereuBeriicksichtigung des Bandapparates, Miinchen, 1894; — Lesshaft, Die Bedeutung des Luftdrucks fiir das Gelenk, Anat. Anz., 1895.

Page 1