ARTICLE PREMIER ARTICULATIONS COMMUNES A LA PLUPART DES VERTÈBRES
Les vertèbres s'articulent entre elles par leur corps et par leurs apophyses articulaires. Elles sont, en outre, réunies à distance par leurs lames, par leur apophyse épineuse et par leurs apophyses transverses.
§ I. — Articulations des corps vertébraux entre eux
Les articulations qui unissent entre eux les corps des vertèbres constituent le type de l'amphiarthrose parfaite (voy. p. 401).
1° Surfaces articulaires. — Les surfaces articulaires sont formées par les faces supérieure et inférieure des corps des vertèbres, chaque corps vertébral s'articulant par sa face supérieure avec la face inférieure du corps vertébral situé au-dessus, par sa face inféineure avec la face supérieure du corps vertébral situé au-dessous.
A l'état sec, ces surfaces articulaires nous présentent, à leur périphérie, une bordure surélevée formée de tissu compacte et, à leur centre, une partie déprimée et comme poreuse. Elles sont donc légèrement concaves.
A l'état frais, une mince lamelle cartilagineuse s'étale sur la portion centrale.
ARTHROLOGIE
tout en respectant l'anneau péinphérique. Elle atténue ainsi la concavité constatée sur l'os sec et, quelquefois même, la fait disparaître entièrement : la surface concave est devenue, dans ce dernier cas, une surface plane.
Sur la colonne cervicale, les surfaces vertébrales correspondantes présentent une disposition toute particulière : ces surfaces, sont, en effet, concaves transversalement pour le corps vertébral inférieur, convexes dans le même sens pour le corps vertébral supérieur. Il existe, en outre, aux deux extrémités du diamètre transversal, deux petites articulations, que Trol.ard a décrites tout récemment- sous le nom d'articulations unco-vertébrales et sur lesquelles nous reviendrons plus loin (voy. p. 411).
2° Moyens d'union. — Les ligaments sont de deux ordres : les uns, interosseux, s'interposent, comme leur nom l'indique, entre deux surfaces articulaires voisines ; les autres, périphériques, se disposent tout autour de l'articulation. Ces derniers forment, à la partie antérieure et à la partie postérieure des corps vertébraux, deux larges bandes qui occupent toute la hauteur de la colonne et qui, pour cette l'aison, ont reçu le nom de ligament vertébral commun antérieur et ligamentverlébral commun 2^ostérieur.\\?> sont encore désignés, dans l'ancienne nomenclature, sous les noms de grand surtout ligamenteux antérieur et de grand surtout ligamenteux postérieur .
A. Ligaments interosseux. — Les ligaments interosseux, appelés encore ménisques ou disques intervertébraux, présentent la même configuration que les
segments osseux enti^e lesquels ils s'interposent : leurs diamètres antéro-postérieur et transversal sont exactement les mêmes que les diamètres homonymes des corps vertébraux correspondants.
1° Disposition générale. — Chacun d'eux, considéré dans son ensemble, ressemble assez bien à une lentille biconvexe et, de ce fait, nous présente deux faces, l'une supérieure, l'autre inférieure, et une circonférence. — Les deux faces, planes ou plus ou moins bombées, se moulent sur les surfaces vertébrales ci-dessus décrites et leur adhèrent d'une façon intime. — Quant à la circonférence, elle apparaît nettement à la surface extérieure de la colonne, ainsi que dans le canal rachidien, sous la forme de bandes blanchâtres, dirigées transversalement et alternant régulièrement avec les bandes plus larges formées par les corps vertébraux : elle entre en contact, en avant et en arrière, avec les ligaments vertébraux communs antérieur et postérieur, qui, comme nous le verrons tout à l'heure, se fixent sur elle.
2° Dimensions. — La hauteur des disques intervertébraux varie suivant les régions. Elle est, en moyenne, de 3 millimètres et demi pour la région cervicale, de 5 millimètres pour la région dorsale et de 9 millimètres pour la région lombaire ; on peut admettre, d'une façon générale, qu'elle augmente en allant de haut en bas. Nous ferons remarquer cependant, avec Sappey, que cette hauteur, sensiblement égale sur toute l'étendue de la colonne cervicale, va en diminuant jusqu'à la
Fig. 381.
Section horizontale du disque intervertébral qui unit la 7" à la 8' vertèbre dorsale (d'après Henle).
1, partie antérieure de la vertèbre. — 2, couche superficielle et 3, couche moyenue du disque intervertébral. — 4, portion centrale. — 5, trou vertébral. — 6, pédicule.
quatrième ou cinquième vertèbre dorsale, pour s'accroître progressivement jusqu'à la dernière lombaire.
Comparée à la hauteur des corps vertébraux, la hauteur des disques est à cette dernière : 2 : : 5 dans la région cervicale; : 1 : : 3 dans la région dorsale; : 1 : : 3 dans la région lombaire. En mesurant successivement, sur trois coupes médianes de sujets congelés, la hauteur des corps vertébraux et celle des disques, j'ai obtenu les chiffres suivants :
Obs. I Ods. II . Obs. III
Hauteur des corps vertébraux 370"°" 417°"" 462'""'
Hauteur des disques intervertébraux 136, .5 iOl 146
Hauteur totale de la colonne 506,5 518 608
L'examen comparatif de ces différents chiffres nous amène à conclure que les disques intervertébraux représentent environ le quart ou le cinquième de la hauteur totale de la colonne vertébrale.
Enfm, chaque disque intervertébral, considéré isolément, ne présente pas sur tous les points une hauteur identique : au cou et aux lombes, il est plus épais à sa partie antérieure qu'à sa partie postérieure ; à la région dorsale, au contraire, il est plus épais en arrière qu'en avant. Cette inégalité de hauteur, entraînant comme conséquence un défaut de parallélisme dans les corps vertébraux adjacents, nous explique en partie les différentes courbures antéro-postérieures du rachis. Toutefois, il serait inexact de dire que ces courbures relèvent exclusivement du mode de conformation des disques intervertébraux : les corps vertébraux eux-mêmes ont pour la plupart une hauteur différente en avant et en arrière et, par conséquent, ont aussi leur part dans la production des inflexions précitées.
3° Slnicture. — Envisagés au point de vue de leur constitution anatomique, les disques inter- Fig. 382.
vertébraux se composent de deux portions, l'une Coupe sagittale de trois corps vercentrale, l'autre périphérique : tébraux de la région lombaire.
^ . ! , , ,„ oQo o^ 1' segment gauche de la coupe.
a. La portion périphérique (fig. 382, 3), d une , ,. ^ ,
' ' 1 \ o ' I' ligament vertébral commun antérieur.
consistance ferme et élastique, qui rappelle celle — 2, ligament vcrtéWai commun postérieur,
1 1 i j. jj^.pj, 2', son laisccau profond. — 'i et 3', por-
des fibro-cartilages, constitue une sorte d anneau, iion périphérique et portion centrale du
i.,p ,iT • , , , disque inlervertébra! .
dont la lorme et les dimensions sont exactement
les mêmes que celles des corps vertébraux correspondants. Elle se compose en majeure partie de faisceaux fibreux, qui s'étendent de la vertèbre supérieure à la vertèbre inférieure.
Ces faisceaux fibreux suivent, pour la plupart, un trajet oblique, les uns de droite à gauche, les autres de gauche à droite, et leur obliquité est d'autant plus prononcée qu'on les examine sur un point plus rapproché du noyau central : au voisinage de ce noyau, ils ont une orientation qui se rapproche beaucoup de l'horizontale. D'autre part, ils ne se disposent pas d'une façon quelconque, mais se groupent systématiquement de façon à former des couches plus ou moins distinctes. Cette disposition apparaît très nettement sur une coupe horizontale des disques
ARTHROLOGIE
intervertébraux, où l'on voit une série de lamelles, circulaires ou tout au moins arciformes, inégalement colorées, qui se succèdent et s'emboîtent assez régulièrement de la périphérie au centre. Il est à remarquer que, dans chacune de ces lamelles, les faisceaux fibreux ont tous la même direction. Mais il est à remarquer aussi que ceux des lamelles voisines ont une orientation exactement inverse, c'està-dire que si les uns sont obliques de gauche à droite, les autres sont obliques de droite à gauche : il en résulte naturellement que les faisceaux constitutifs d'une couche donnée s'entre-croisent en sautoir, à la fois avec ceux de la couche précédente et avec ceux de la couche suivante.
Les différentes couches qui forment la portion périphérique des disques intervertébraux sont assez bien délimitées ; entre elles, en effet, se disposent .des cloisons séparatives où dominent les éléments élastiques. De même, dans chaque couche, les faisceaux fibreux sont séparés les uns des autres par de nouvelles cloisons, celles-ci beaucoup plus minces, mais, comme les précédentes, de nature élastique.
Le long des cloisons précitées et aussi dans l'épaisseur des faisceaux fibreux, on rencontre toujours un certain nombre de cellules cartilagineuses. Ces cellules se disséminent d'une façon irrégulière et, d'autre part, sont très variables dans leur forme, dans leur volume et dans leur nombre. L'observation démontre qu'elles sont d'autant plus nombreuses qu'on se rapproche davantage des surfaces osseuses des vertèbres et de la portion centrale du disque intervertébral.
b. La portion centrale du disque intervertébral forme une sorte de noyau, inclus dans la portion périphérique : c'est le noyau muqueux ou gélatineux de certains auteurs. Il n'occupe pas exactement le centre du disque, mais se trouve un peu plus rapproché de son bord postérieur que de son bord antérieur. Vu sur des coupes sagittales de la colonne (fig. 382,3'), il fait hernie à la surface de la coupe. . Si on le plonge dans l'eau, il gonfle et acquiert peu à peu un volume double de celui qu'il avait auparavant. Abandonné à l'air libre, il se dessèche et se transforme en une mince lamelle de substance dure, qui rappelle la substance cornée.
Cette portion centrale diffère beaucoup d'aspect chez l'enfant et chez le vieillard : chez le premier, elle est blanchâtre, molle, gélatineuse, presque diffluente; chez le second, elle est jaunâtre, plus dense, presque sèche, plus ou moins friable. Le noyau gélatineux augmente donc de consistance au fur et à mesure que le sujet avance en âge. En même temps, il se i^éduit considérablement dans ses dimensions par suite de la transformation fibreuse de ses parties périphériques.
Ilistologiquement, le noyau gélatineux des disques intervertébraux est constitué par des tractus conjonctifs, dans l'intervalle desquels s'amassent des éléments cellulaires d'une signification toute spéciale. Ces cellules, dont les dimensions sont fort variables, sont claires, transparentes, possédant, tantôt un seul noyau, tantôt deux, trois, quatre noyaux ou même un plus grand nombre. Elles représentent, non pas un rudiment de séreuse, comme on l'a cru longtemps, mais les reliquats d'un organe embryonnaire, la corde dorsale (voy. Embryologie). Très abondantes chez le fœtus et chez l'enfant jusqu'à l'âge de sept à huit ans, les cellules en question deviennent ensuite de plus en plus rares et finissent vraisemblablement par disparaître d'une façon complète. On en rencontre encore, cependant, chez les sujets de cinquante-cinq à soixante ans et même à un âge plus avancé.
4" Vaisseaux et nerfs. — Les disques intervertébraux possèdent des vaisseaux et des nerfs : toutefois, ces éléments y sont beaucoup plus rares que dans les fibrocartilages des articulations mobiles. On ne les rencontre, du reste, que dans la por-
ARTICULATIONS UE
LA COLOiNNK
VEUTKIili ALK
Lion périphérique du ménisque : la portion inolle ou centrale en sei'ait complètement dépourvue, d'après Sapi-hy.
B. Lia.vMKNT vEHTKBKAi. coMMLN ANTÉiuKUR. — Le ligament vertébral commun antérieur (tig. 383,8) se présente à nous sous la forme d'un long ruban, blanchâtre et nacré, couché sur la face antérieure de la colonne vertébrale et s'étendant sans interruption du corps de l'axis à la partie supérieure du sacrum. Au-dessus de l'axis, il est continué jusqu'à la base du crâne, commme nous le montre la figure 399, par un petit cordon médian, qui s'applique successivement au ligament atloïdo-axoïdien antérieur et à la membrane occipito-axoïdienne antérieure et, finalement, vient se fixer sur la surface basilaire, un peu en avant du trou occipital. Ce petit cordon médian, que nous retrouverons plus loin à propos de l'articulation de l'occipital avec l'atlas, peut être considéré comme l'origine du ligament vertébral commun antérieur.
Le ligament vertébral commun antérieur traverse successivement le cou, le dos, les lombes et la région sacrée. Il présente, dans chacune de ces ro'gions, des caractères particuliers, que nous allons sommairement indiquer.
— Au cou, tout d'abord (tig. 399,8), il ne recouvre que lai partie médiane de la colonne. Pltroit et comme effilé à sa partie supérieure, il s'élargit peu à peu au fur et à mesure qu'il descend et revêt ainsi, dans son ensemble, la forme d'un triangle très allongé, dont la base répond à la première vertèbre dorsale.
— Au dos (fig. 383,8), le ligament vertébral commun antérieur s'élargit latéralement, de façon à recouvrir toute la partie de la colonne qui est placée en avant de la tête des côtes. Nous pouvons, par conséquent, lui distinguer trois portions : 1° une portion moyenne, qui fait suite à la bandelette cervicale et qui, comme cette dei^nière, est très épaisse, très résistante, d'aspect nacré ; deux parties latérales, qui sont beaucoup plus minces et qui, n'ayant pas leurs équivalents au cou, nous apparaissent ici comme des parties surajoutées. Ces portions latérales se confondent parfois, au niveau de leur bord antérieur, avec la .portion moyenne. Mais, le plus souvent, les deux portions se distinguent nettement l'une de l'autre par une différence d'épaisseur et aussi par une ditférence de niveau, la
ANATOMIK HUMAINE. — ï. 1. 4" ÉDIT. 52
Fig. 383.
Articulaliulis des corps vertébraux entre eux et articulations des eûtes avec le rachis, vue antéro-latéi'ale.
k. côtes. — 1, corps des vertèbres. — 2, disques iiiterverlébraux. — 3, apopliyses articulaires supérieures. — 4, apoplij SCS articulaires inférieures. — 5, apoplij se épineuse. — tt, apoptiyses transverses, avec C. facette' articulaire pour la tubérosité costale. — 7. denii-l'acetle costale du corps vertébral. ■ — 8, ligament vertébral commun antérieur (portion moyenne), avec 9, ses portions latérales. — 10, fente séparant la portion moyenne de la ])orlion latérale. — 11, ligaments antérieurs ou rayonnés de l'articulation costo-vertébrale. — li, ligament costo-transversaire supérieur, avec 13 et 13', ses deux faisceaux accessoires interne et externe. — 14, ligament costo-transversaire inférieur. — 15, ligament interosseux de l'articulation costo-vertébrale proprement dite. — 10, l")', synoviales de cette articulation. — 17, canal raclndien.
ARTHROLOGIE
portion moyenne surplombant plus ou moins les portions latérales. Elles diffèrent également par la longueur de leurs fibres : celles de la portion moyenne sont beaucoup plus longues que celles des portions latérales qui, le plus souvent, ne vont pas d'une vertèbre à l'autre, mais réunissent les disques sus- et sous-jacents au corps de la vertèbre intercalaire. Nous ajouterons que, sur bien des points, la portion moyenne et les portions latérales du ligament vertébral commun antérieur sont séparées, au niveau du corps de la vertèbre, par une série d'orifices, allongés en forme de fentes, qui livrent passage à des veines. — Aux lombes, le ligament vertébral commun antérieur se rétrécit de nouveau et se trouve réduit, comme à la région cervicale, à une bandelette unique reposant sur la portion médiane de la colonne lombaire. — A la région sacrée, enfin, il s'étale sur la face antérieure de la première pièce sacrée et se termine ordinairement au niveau de la seconde en se fusionnant avec le périoste. Dans certains cas, cependant, de préférence chez les jeunes sujets, on peut le voir descendre plus bas, jusqu'à la cinquième vertèbre sacrée ou plus bas encore jusque sur la base du coccyx. Envisagé au point de vue de ses rapports, le ligament vertébral commun antérieur adhère intimement, par sa face postérieure, aux corps vertébraux et aux disques fibro-cartilagineux qui les séparent. Sa face antérieure est en rapport : i° à la région cervicale, avec les muscles long du cou, grand droit antérieur et petit droit antérieur de la tète, avec l'aponévrose prévertébrale et, par l'intermédiaire de cette aponévrose, avec le pharynx et la portion supérieure de l'œsophage; 2" à la région dorsale, avec l'œsophage, l'aorte, la grande veine azygos, le canal thoracique, les vaisseaux intercostaux; 3" à la région lombaire, avec les piliers du diaphragme, qui le renforcent et avec les arcades fibreuses du psoas, qui longent ses bords ; 4° à la région sacrée, avec le contenu du bassin.
Plusieurs plans de fibres, toutes longitudinales et plus ou moins parallèles les unes aux autres, constituent le ligament vertébral commun antérieur : les superficielles, qui sont les plus longues, s'étendent à quatre ou cinq vertèbres; les profondes, plus courtes, se portent d'une vertèbre à la vertèbre voisine.
Fig. 384.
Articulations des corps vertébraux, vue postérieure ; le ligament vertébral commun postérieur.
(Les vertèbres ont été sciées au niveau de leurs pédicules et le segment postérieur de la coupe a été enlevé.)
D'^", douzième dorsale. — L', première lombaire. — 1, 1', 1", pédicules des vertèbres. — 2, douzième côte. — .3, ligament vertébral commun postérieur. — 4, faisceau profond de ce ligament. — 3, disque intervertébral.