‹ Traité d'anatomie humaine (volume 5)Chapitre 79 sur 176 · C. LlG.\MENT VERTEBRAL COiVIMUN POSTERIEUR · texte numérisé non relu

C. LlG.\MENT VERTEBRAL COiVIMUN POSTERIEUR

— Le ligament vertébral commun postérieur (fig. 384,3) est situé à la partie postérieure des corps vertébraux, en plein canal rachidien par conséquent. Comme le précédent, il revêt l'aspect d'une bandelette fibreuse, étendue de l'occipital au sacrum. Large au niveau des disques interosseux, il se rétrécit au niveau des corps vertébraux : il en résulte que ses bords, au lieu d'êtrç rectilignes, sont formés par une série de festons, concaves en dehors, dont la partie moyenne

répond au corps vertébral et les dents fibauro-cartilage interosseux. Ces dents s'étendent, latéralement, jusqu'à la face interne des pédicules, où elles se fixent.

A son extrémité supérieure, le ligament vertébral commun poste'rieur se détache de la gouttière basilaire, immédiatement en avant du trou occipital : il est confondu, à ce niveau, d'une part avec le ligament occipito-axoïdien moyen, qui est placé en avant de lui, d'autre part avec la dure-mère, qui descend sur sa face postérieure.

A son extrémité inférieure, le ligament, après avoir franchi l'articulation sacrovertébrale, arrive à la face antérieure du sacrum. Là, n'ayant plus à maintenir en présence des vertèbres qui se sont soudées entre elles, n'ayant plus aucun rôle à jouer par conséquent, il se réduit à un simple cordon médian, que l'on peut suivre ordinairement jusqu'à la première pièce coccygienne. C'est sur ce cordon, comme nous le verrons plus loin, que vient se fixer la cloison fibreuse {ligament sacrodural de Tuolard) qui unit la dure-mère à la paroi antérieure du canal sacré.

Considéré au point de vue de ses rapports, le ligament vertébral commun postérieur adhère intimement, par sa face antérieure, aux disques intervertébraux, ainsi qu'aux deux bords supérieur et inférieur des vertèbres : il reste séparé (fig. 382) de la partie moyenne de ces dernières par des veines, ordinairement très volumineuses, qui s'échappent des corps vertébraux pour se rendre aux veines intrarachidiennes. Sa face postérieure répond à la dure-mère, à laquelle elle est unie l^ar de simples tractus conjonctifs.

Histologiquement, le ligament vertébral commun postérieur est constitué, comme l'antérieur, par des fdjres longues et des fd)res courtes : des fibres longues, qui sautent plusieurs vertèbres; des fibres courtes, qui vont d'une vertèbre à la vertèbre voisine. En avant de lui, au niveau des trous vasculaires que présente la face postérieure du corps vertébral, on rencontre parfois (fîg. 384,4) de petites bandelettes longitudinales, qui s'étendent du bord supérieur des trous précités à leur bord inférieur. Ces bandelettes médianes, que l'on peut considérer comme des dépendances du ligament vertébral commun postérieur, séparent en deux parties, l'une droite, l'autre gauche, le paquet veineux qui s'échappe du corps vertébral. Le ligament vertébral commun postérieur nous présente une coloration jaunâtre plus ou moins accusée, indice manifeste qu'aux fibres conjonctives, qui forment la base de sa constitution anatomique, est venu se joindre un certain nombre de fibres élastiques.

Articulations unco-vertkbrai.es de la région CERVICALE. — A la région cervicale, les extrémités latérales des corps vertébraux, outre l'aniphiartlirose ci-dessus décrite, s'unissent encore à l'aide de deux petites articulations qui, par leurs caractères morphologiques, appartiennent au genre des arthrodies. Ces articulations, déjà signalées depuis longtemps par Luschka [Die Halbgelenke des inenschl. Kôi'pers. Berlin, 18a8), ont été décrites à nouveau, en 1893, par Trolard (Journ. nileni. (rAnalomie et de Physiolor/ie, t. X, fasc. 1) sous le nom d'articulations iinco-vertébrales.

a. Surfaces articulaires. — Les arthrodies unco-vertébrales nous présentent comme surfaces articulaires : 1° du côté de la vertèbre inférieure, la face interne de l'apophyse semi-lunaire,

Coupe frontale de la colonne cervicale, passant un peu en avant dès artères verlùbrales, pour montrer les articulations unco-vertébrales.

Civ^ Cv, C''^ qu.Ttrième. cinquième et sixième vertéljres C3rvicales. — I, 2. portion péripliéi'ique et portion cenlrole des dis- ({ues intervertébraux. — 3, artère vertéljrale. — 4, 4, articulations uiico-vertét>rales, ouvertes par la coupe.

ARTHROLOGIE

laquelle est silui'o, comme oji ic sait, à l'extrémité latérale de la l'ace supérieure du corps vertébral (voy. OsTÉOL. , p. G'i) ; 2» du côté de la vertèbre supérieure, réchancrure qui est creusée à l'extrémité lalérale de sa face intérieure. Ces deux facettes sont revêtues, à l'état frais, d'une mince couche de cartilage diarthrodial. Pour prendre une notion exacte de la disposition et de l'étendue des articulations unco-vertébrales, il convient de pratiquer sur la colonne cervicale une coupe frontale (fig. 38S), passant par les apophyses semi-lunaires. La cavité articulaire nous apparaît alors sous la forme d'une fente étroite, dirigée de dehors en dedans et do liaut en bas. Cette cavité m'a paru toujours plus développée à la partie inférieure de la colonne cervicale qu'à sa partie supérieure : sur trois pièces que j'ai actuellement sous les yeux, elle mesure 7 millimètres de longueur entre la cinquième et la sixième cervicale, 4 milliniètres seulement entre la quatrième et la cinquième ; elle est à peine ébauchée entre les vertèbres situées plus haut.

b. Moijens d'union. — Les deux facettes articulaires précitées sont maintenues en présence : 1° en dedans et en avant, par le disque intervertébral lui-même, qui se termine là en s'amincissant ; 2" en dehors et en arrière, par un ligament semi-capsulaire, le ligament unco-vertébral. qui s'étend du pourtour de l'échancrure au bord cori-espondant de l'apophyse semi-lunaire.

c. Synoviale. — Chacune des articulations unco-vertébiales possède une petite synoviale qui lui est propre. Elle tapisse intérieurement le ligament unco-vertébral.

d. Signification morphologique, — Les articulations cjuc nous venons de décrire ont été considérées par LuscHKA comme les homologues, à la région cervicale, des articulations costo-vertébrales de la colonne dorsale. L'apophyse semi-lunaire aurait la valeur d'une tête costale, qui se serait soudée avec la vertèbre sous-jacentc et aurait conservé toute son indépendance vis-à-vis de la vertèbre située au-dessus. L'articulation qui l'un'it à cette dernière vertèbre ne représenterait donc qu'uni' moilii', 1.1 moitié supi'rieure, d'une ai'ticulation costo-vertébralc.

§ il. ,\lîTI(; ULATIONS DES A P U l' tl Y S lî S A t! T ) C U L A I K E S EiN'ïRE ELLES

Les afticulations qui tmissent entre elles les apophyses articulaires des vertèbres sont des arthrodies. Celles dti cou et du dos, avec leurs surfaces planes, appartiennent nianifestenaent (à ce groupe. Celles des lombes, malgré leurs surfaces articulaires courbes, doivent encore être rattachées aux arthrodies : les mouvements dont elles jouissent soitt. en effet, très limités et se réduisent pour ainsi dire à de simples glissements.

1° Surfaces articulaires. — Les surfaces articulaires diffèrent, par leur forme et leur orientation, suivant les régions cjue l'on examine. — A la région cervicale, elles sont à peu près planes, de forme ovalaire, orientées de la façon suivante : celle qui appartient à la vei^tèbre inférieure regarde obliquement en arrière et en haut; celle qui appartient à la vertèbre supérieure, obliquement en avant et en bas. Pour une articulation donnée, l'apophyse articulaire de la vertèbre supérieure est placée au-dessus et en arrière de l'apophyse articulaire correspondante de la vertèbre inférieure. — A la région dorsale, nous rencontrons une disposition à peu près semblable. L'apophyse articulaire de la vertèbre supérieure se trouve toujours située au-dessus et en arrièix' de l'apophyse articulaire de la vertèbi^e inférieure. Quant aux deux facettes articulaires, elles sont encore à peu près planes : celle qui appartient à la vertèbi^e inférieure regarde en arrière, en haut et un peu en dehors; celle qui appartient à la vertèbre supérieure regarde en avant, en bas et un peu en dedans. — A la région lombaire, les apophyses articulaires se disposent d'une façon telle que l'apophyse de la vertèbre sous-jacente est placée en dehors de l'apophyse correspondante de la vertèbre sus-jacentc. i\ous ajouterons que les facettes articulaires sont représentées ici, comme nous l'avons vti en O.stéologie (p. 65), par des segments de cylindre : cylindre plein pour l'apophyse articulaire de la vertèbre située au-dessus; cylindre creux pour celle de la vertèbre située au-dessous. De ces deux facettes, la première (celle qui est convexe) regarde en dehors et un peu en avant; la seconde (celle qui est concave), en dedans et un peu en arrière.

Toutes ces fnr-eftes articulaires sont revêtues d'une couche de cartilage hyalin.

2" Moyens d'union. — Les moyens d'union diffèrent encore suivant qu'on les examine au cou, au dos ou aux lombes. — A la 7'égion cervicale, les deux surfaces articulaires en présence sont unies l'une à l'autre par une capsule fibreuse qui est fixée au pourtour de chacune d'elles, à la limite du revêtement cartilagineux pour la facette supéineure, à 2 ou 3 millimètres du cartilage pour la facette inférieure. Cette capsule, mince, lâche, beaucoup plus épaisse en arrière qu'en avant, est renforcée à sa partie interne par le ligament jaune correspondanL — .1 la région dorsale, nous rencontrons encore une capsule, mais elle

est plus serrée qu'à la région cervicale. Recouverte i en dedans par le ligament jaune, elle est renforcée en arrière et en dehors par un faisceau fibreux de coloration blanchâtre, qui constitue pour l'articulation un véritable ligament postérieui'. — A la région lombaire, la disposition est à peu près la même : la capsule y est renforcée à la fois, en avant par le ligament jaune correspondant, en arrière par un ligament postérieur. Toutefois, ce ligament postérieur est ici beaucoup plus épais et plus résistant que dans la région dorsale.

3° Synoviale. — Une synoviale, remarquable par sa laxité, favorise le glissement des surfaces articulaires. A la région cervicale, cette synoviale envoie d'ordinaire un prolongement (flg. 386, A, G') entre le ligament jaune et la lame vertébrale correspondante.

§ 111. — UMOiN' DES LAMES V E II T K B lî A L E S ENTRE ELLES

Les lames vertébrales sont réunies les unes aux autres par des ligaments à structure spéciale, que l'on a désignés, en raison de leur coloration, sous le nom de ligaments jaunea.

1" Disposition générale des ligaments jaunes.

— Chaque lame est l'cliée à la lame voisine par deux

ligaments.

l'un droit, l'autre gauche. Chacun d'eux

affecte la forme d'une lame rectangulaire et nous présente, par conséquent, deux faces, deux l)ords et deux extrémités.

a. Des deux bords, le supérieur s'attache à la face

Fis- 380.

Coupes liorizontales de la colonne verlébi-ale. passant : A, jiar le disque inlerverlébial qui unil la cinquième et la si.xième vertèbre cervicale (sujet congelé, segment inférieur de la coupe) ; I). par le disque intervertébral qui unit la sixième et la septième vertèbre dorsale; C. par II' disque intervertébral qui unit la deuxième et la troisième vertèbre lombaire.

1. coupe du disque intervertébral. — 2, apoptivsc transversc. — 3, pédieute. — 4, coupe de l'apopliyse articulaire de la vertèbre inférieure. — 5, coupe de l'apoplijse articulaire de la vertèbre supérieure. — fi, interligne articu-^ laire. — fi' (dans la ligure A seulement), prolongement de la suioviale articulaire sous le ligament jaune. — 7, ligaments jaunes. — S, ligamenis interépineux. — 9, ligaments sus-épineux. — lù, coupe de l'apophjse uncifornie de la sixièmes cervicale, — 11, arliculalion unco-vertébrale.

ARTHROLOGIE

antérieure de la lame qui est au-dessus; l'inférieur s'insère sur le bord supérieur de la lame qui est au-dessous.

b. Des deux faces, l'une est antérieure, l'autre postérieure. — La première, inclinée en bas et en avant, répond à la dure-mère rachidienne, dont elle est séparée par une graisse demi-fluide et par les veines du rachis. — La face postérieure, qui regarde en arrière et en haut, est en rapport avec les lames vertébrales et, par

leur intermédiaire, avec les muscles spinaux.

c. Les deux extrémités se distinguent en interne et externe. ■ — L'extrémité externe répond au côté postérieur du trou de conjugaison. Elle recouvre la partie interne des apophyses articulaires et renforce à ce niveau, ainsi que nous l'avons vu, la caj^sule fibreuse qui unit ces apophyses. — Par leur extrémité interne, les deux ligaments jaunes correspondants se fusionnent ensemble sur la ligne médiane, au voisinage de la base des apophyses épineuses.

A la région cervicale, cependant, ils sont séparés l'un de l'autre par un léger interstice, plus ou moins accusé suivant les cas, qui livre passage à des veinules.

2" Variations régionales. — Considérés comparativement dans les différentes régions de la colonne, les ligaments jaunes diminuent de largeur en allant de haut en bas; leur hauteur, au contraire, augmente graduellement en allant dans le même sens. Quant à leur épaisseur, elle s'accroît, comme la hauteur, en allant de la région cervicale à la région lombaire. Les dimensions moyennes des ligaments jaunes sont résumées dans le tableau suivant :

largei:r hauteur épaisseur

.. 1° A la région cervicale 2 cent. 1 cent. 2""»

2» A la région dorsale 1,5 1,S 2,5

3° A la région lombaire 1,5 2 3,5

3° Structure des ligaments jaunes. — Au point de vue de leur structure, les ligaments jaunes forment, comme nous l'avons déjà vu (p. 393), un groupe spécial de ligaments : ils se comi^osent essentiellement de faisceaux de fibres élastiques, auxquelles s'ajoutent, mais à titre d'éléments histologiques accessoires, des fibres du tissu conjonctif. Les faisceaux constitutifs des ligaments jaunes affectent pour la plupart une direction verticale. Le plus grand nombre d'entre eux s'étendent, comme les ligaments eux-mêmes, d'une lame à la lame voisine. On en voit quelques-uns, cependant, plus longs que les autres, franchir une lame sans s'y arrêter et venir se terminer dans le ligament jaune sous-jacent.

4"Synoviales. — Tout récemment (1892), Trolard a signalé, entre les lames des

Fig. 387.

Les ligaments jaunes de la région cervicale, vus par leur face antérieure.'

1, seplième rcrlùbre cervicale, avec 1', son apophyse épineuse. — 2, lames vertébrales. — 3, pédicules. — 4, ligaments jaunes. — 5, synoviale des articulations des apophyses articulaires, injectée au suif. — 6, une articulation ouverte.

ARTICULATIONS DE LA

COLONNE VERTÉBRALE

vertèbres cervicales, l'existence de bourses séreuses appartenant en propre à cette partie de la colonne. Ces séreuses sous-lamellalres varient beaucoup dans leur développement : rudimentaires sur certains sujets, elles présentent chez d'autres tous les caractères des bourses séreuses parfaitement constituées (fig. 386, 6'). Elles varient beaucoup aussi dans leur nombre : dans certains cas, elles se trouvent parfaitement caractérisées dans tous les intervalles ; dans d'autres, on ne les rencontre que dans deux ou trois, qui sont généralement à la partie supérieure et à la partie inférieure de la région (Trolard). Quels que soient leur nombre et leur développement, les séreuses sous-lamellaires communiquent toujours, comme nous le montre la figure 386, avec la synoviale des apophyses articulaires correspondantes : cette communication s'effectue tantôt par un large orifice, tantôt par un tout petit pertuis.

L. HiRSCHFELD (C. R. de la Société de Biologie, 1847, p. 75) a attribué aux ligaments jaunes un rcMe important dans la production des courbures antéro-postérieures du rachis : ils agiraient, suivant lui, en tirant à la manière de cordes sur les régions cervicale et lombaire, qu'ils maintiendraient renversées en arrière. Si cela est vrai, la section bilatérale des pédicules vertébraux de ces deux régions, en supprimant l'action des ligaments jaunes sur le corps des vertèbres, doit amener du même coup le redressement des deux courbures cervicale et lombaire. C'est, en effet, ce que L. Hirsciifeld prétend avoir observé. Mais Sappey, qui a reproduit l'expérience précitée, déclare n'avoir vu s'opérer aucune modification bien sensible dans les inflexions antéropostérieures du rachis : cet anatomiste persiste à croire, et je partage son opinion à cet égard, que les courbures racliidiennes relèvent avant tout de l'inégale hauteur des parties antéiieure et postérieure des corps vertébraux et des disques fibro-cartilagineux situés dans leurs inter valles.

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