C. — Propriétés physico-chimiques
1° Élasticité. — Le cristallin, dans son ensemble, peut être considéré comme un corps essentiellement élastique. Comme tel, il cède facilement à toute cause de déformation et reprend rapidement sa forme primitive, quand les circonstances qui l’avaient modifiée cessent d’agir.
2° Coloration. — Sa coloration varie suivant les âges. Chez le fœtus et chez l’enfant, le cristallin est incolore et complètement transparent, comme le serait un bloc de cristal. De trente à quarante ans, sa partie centrale revêt peu à peu une teinte jaune paille, qui ne fait que s’accentuer plus tard, en même temps qu’elle s’étend en surface du côté de l’équateur. Chez les vieillards, enfin, le cristallin présente généralement une teinte ambrée, qui est plus ou moins prononcée suivant les sujets.
3° Consistance. — La consistance du cristallin varie également avec l’âge : mou et presque diffluent chez le fœtus et chez l’enfant, il devient ferme chez l’adulte et acquiert parfois chez le vieillard, en dehors de toute altération pathologique, une dureté considérable.
De plus, cette consistance n’est pas uniforme ; mais elle augmente graduellement, sur chacune des faces du cristallin, en allant de la périphérie au centre. De là, la division ancienne de la masse du cristallin en trois couches : 1° \u\q couche superficielle , qui est relativement molle ; 2° une couche moyenne, qui est plus consistante: 3° une couche centrale, enfin, qui est plus dure encore, et que l’on désigne ordinairement sous le nom de noyau.
Une pareille division, fort commode pour les descriptions pathologiques, ne répond à rien dans la nature : le changement de consistance des différentes régions du cristallin se fait, en effet, par gradation insensible et les limites que l'on établit d’ordinaire entre les trois couches précitées, sont purement arbitraires.
4° Indice de réfraction. — Gomme sa consistance, V indice de réfraction de la lentille cristallinienne s’accroît régulièrement de la périphérie au centre D’après les recherches de Krause, cet indice serait de 1,405 pour les couches superficielles, de 1,429 pour les couches moyennes et de 1,454 pour le noyau : IIelmholtz indique les chiffres de 1,419 à 1,440 comme représentant l’indice de réfraction totale chez l’adulte. La consistance du cristallin augmentant avec l’âge, l’indice de réfraction subit, dans les mêmes circonstances, un accroissement parallèle, comme le démontrent les recherches de Woinow : cet observateur a trouvé, en effet, pour Yindice de réfraction totale, 1,431 chez l’enfant, 1,436 chez un jeune homme de seize ans, 1,441 chez un adulte de quarante-sept ans.
5° Constantes optiques. — Voici, d’après les calculs d’ IIelmholtz, quelles sont les constantes optiques de la lentille cristallinienne, chez l’homme. Les chiffres expriment des millimètres :
1° Longueur focale 45.144 à 47.435
2° Distance du premier point principal à la surface antérieure . 2.258 à 2.810
3° Distance du second point principal à la surface postérieure . 1.546 à 1.499
4° Epaisseur du cristallin 4.2 à 4.314
5° Rayon de courbure au sommet de la surface antérieure. . . 10.162 à 8.865
6° Rayon de courbure au sommet de la surface postérieure . . 5.890 à 5.889
Le cristallin, parfaitement transparent pour la lumière, se montre beaucoup
ORGANES DES SENS
mpins perméable pour les rayons calorifiques, qu’il absorbe en grande partie. En outre, la substance du cristallin est légèrement fluorescente (voy., à ce sujet, les Traités de physique) comme la cornée elle-même, condition heureuse qui fait de ces deux milieux réfringents de l’œil de véritables organes protecteurs pour la membrane visuelle. 3
6° Composition chimique. — D’après les analyses de Berzélius, la substance du cristallin comprend, pour 100 parties :
Matières albumineuses coagulées 35,9
Extrait alcoolique avec sels 2,4
Extrait aqueux avec traces de sels 1,3
Membranes et tubes cristalliniens 2.4
Eau 58
Total 100,0
Parmi les substances albuminoïdes qui entrent dans la composition du cristallin, la plus importante, celle qui le constitue en majeure partie, est la cristalline ou pli aco- globuline . Elle coagule à 93° et se trouve toujours^accompagnée d’une petite quantité d’albumine ordinaire.
D . —Constitution anatomique
Envisagé au point de vue de sa constitution anatomique, le cristallin se comc pose : 1° d’une enveloppe ou capsule ; 2° d’un
épithélium ; 3° d’une substance amorphe , formant ciment ; 4° d’un système de fibres rubanées, les fibres du cristallin.
1° Capsule du cristallin. — La capsule du cristallin (fi g'. 435,1 et 1’) se présente sous la forme d’une membrane mince et transparente comme du verre, qui entoure le cristallin dans toute son étendue.
a. Division et rapports. — On la divise ordinairement en deux portions : l’une antérieure, l’autre postérieure.
a) La portion antérieure (1), plus connue sous le nom de cristalloïde antérieure , recouvre la face antérieure du cristallin; elle répond aux chambres de l’œil et baigne, par conséquent, dans l’humeur aqueuse.
P) La portion postérieure ou cristalloïde postérieure (2) s’étale sur la face postérieure du cristallin et répond à l’humeur vitrée.
Les deux cristalloïdes antérieure et postérieure se fusionnent ensemble, sans ligne de démarcation aucune, au niveau de l’équateur.
b. Dimensions. — La capsule du cristallin mesure de 10 à 15 g d’épaisseur en avant, de 5 à 7 [j. en arrière.
c. Élasticité. — Elle est fortement élastique : si on l’écarte du cristallin par l’insufflation, elle revient d’elle-même à sa position première au fur et à mesure que
Fig. 435.
Section méridienne du cristallin (d'après Babuchin).
A, face antérieure. — B, face postérieure. — C, équateur.
1, cristalloïde antérieure. — 1, cristalloïde postérieure. — 2, couche épithéliale. — 3, masse des fibres cristalliniennes. — 4, noyaux des fibres disposées en S dans la région équatoriale. — o, novau du cristallin.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
l’air insufflé se retire. De même, si on la sectionne ou si on la déchire, on la voit, en vertu de son élasticité, se retourner en dehors et s’enrouler sur elle-même en forme de volute.
d. Structure. — Histologiquement, la capsule du cristallin est complètement amorphe et peut être comparée, à bien des points de vue, au sarcolemme et à la membrane propre des glandes. Elle a été considérée tour à tour comme un produit cuticulaire de l’épithélium sous-jacent (Kessler) et comme une formation de nature conjonctive (Babuchin, Arnold, Müller) .
Schwalbe, adoptant une opinion mixte, envisage les couches internes des deux cristalloïdes comme étant seules de nature cuticulaire, tandis qu’il considère les couches externes comme un reliquat de la couche vasculaire qui entoure le cristallin de l’embryon (voy. plus loin). Damianoff, dans une thèse récente (1900), se range lui aussi à cette manière de voir.
Nous venons de dire que la capsule du cristallin était une membrane amorphe, c'est-à-dire entièrement dépourvue d'éléments figurés. Les imprégnations d’argent décèlent, cependant, tant sur la cristalloïde postérieure que sur la cristalloïde antérieure des figures d’aspect varié qui pourraient, au premier abord, en imposer pour des éléments cellulaires appartenant en propre à la cristalloïde. 11 n’en est rien et les figures en question doivent être interprétées d’une façon toute différente. — Sur la cristalloïde antérieure . l’imprégnation d’argent fait apparaître un système de polygones réguliers, délimités par des lignes minces : ces polygones ne sont autres que les hases des cellules de l’épithélium antérieur qui, comme nous le verrons tout à l’heure, sont appliquées contre la face postérieure de la cristalloïde antérieure. — Sur la cristalloïde postérieure, ce sont (fig. 436) des figures beaucoup plus larges, beaucoup plus irrégulières aussi, ayant un aspect vaguement épithélial ou mieux endothélial. Elles sont délimitées, non plus par des lignes droites, mais par des lignes onduleuses ou flexueuses, épaissies par place. Ces lignes représentent deux choses bien distinctes : ou bien des épaississements linéaires de la cristalloïde postérieure (Ulrich), ou bien les bords de gouttelettes albumineuses (Deutschmann).
Cristalloïde postérieure du lapin, après imprégnation au nitrate d’argent (d’après Damianoff).
c, contours des figures pseudo-épithéliales. — ep, épaississement du contour. — f. c. r, fibres du cristallin, vues par transparence à travers la cristalloïde postérieure.
2° Épithélium du cristallin. — L’épithélium du cristallin (fig. 438, 2) est formé par une seule couche de cellules pavimenteuses, qui tapissent, dans toute son étendue, la face postérieure de la cristalloïde antérieure. La cristalloïde postérieure en est totalement dépourvue, les cellules qui la revêtent chez l’embryon s’étant peu à peu allongées et différenciées en fibres cristalliniennes.
Les cellules épithéliales du cristallin, cubiques chez l’enfant, sont aplaties chez l’adulte et présentent chez ce dernier, quand on les voit de face (fig. 437), une configuration hexagonale. Elles sont légèr
Fig. 437.
Épithélium antérieur du cristallin, vu de face (d’après O. Schultze).
ement granuleuses et possèdent à leur
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
centre un noyau sphérique ou ovalaire. Leurs bords laissent échapper de nombreux ponts intercellulaires qui unissent chaque cellule aux cellules voisines :
Section méridienne du cristallin du lapin, au niveau de l’équateur (d’après Babuchin).
1, cristalloïde antérieure.' — 2, cellules de la couche épithéliale antérieure, se transformant, en3,enfibrescristallinienues.
4, fibres complètement développées, avec 5, leurs noyaux.
c’est cette disposition, incomplètement vue, qui a fait dire à Gayet que les cellules cristalliniennes s’engrénaient par leurs bords.
Lorsqu’on suit l’épithélium cristallinien du centre de la cristalloïde antérieure vers l’équateur, on voit, dans cette dernière région (fig. 438, 2 et 3), les cellules s’allonger graduellement et finir par se transformer en fibres. Il existe là, commé le montre la figure précitée, entre la cellule pavimenteuse et la fibre cristallinienne
complètement développée, toutes les formes de transition.
Entre la couche épithéliale que nous venons de décrire et la masse des fibres cristalliniennes s’étale une couche albuminoïde, couche albuminoïde sous-épithéliale (fig. 439, 5), qui agglutine ensemble les cellules épithéliales et les fibres (Schwalbe). Cette couche, qui occupe exactement la cavité centrale du cristallin embryonnaire, est toujours fort mince et on ne rencontre jamais à son niveau, du moins sur des cristallins normaux et à l’état frais, cette collection liquide que l’on y a décrite sous le nom d humeur de Morgagni.
3° Substance amorphe. — Les différents éléments histologiques que renferme la capsule du cristallin et qui constituent le cristallin proprement dit, sont reliés les uns aux autres par une substance amorphe, faisant fonction de ciment. Cette substance cimentaire forme, tout d’abord, la couche albuminoïde sous-épithéliale que nous venons de décrire en arrière de l’épithélium cristaliinien. Elle constitue, en outre (fig. 439) : 1° une lame très mince, située entre la cristalloïde antérieure et l’épith'élium qui la tapisse ( couche amorphe sus-epitheliale) ; 2° une lame analogue, qui s’étale entre la masse des fibres et la cristalloïde postérieure ( couche amorphe postérieure) ; 3’ enfin, une masse centrale.
Ce dernier amas de substance amorphe, le plus important de tous, occupe l’axe
Schéma montrant, sur une coupe sagittale du cristallin, la disposition de la substance amorphe.
A, pôle antérieur. — B, pôle postérieur. — C, équateur.
1, capsule ou cristalloïde. — 2, couche des cellules. — 3, masse des fibres — 4, couche amorphe sus-épithéliale. — 5, couche amorphe sous-épilliéliale. — 6, couche postérieure. — 7, masse centrale, avec 8, le rayon stellaire supérieur.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
antéro-postérieur du cristallin et s’étend de l’un à l’autre pôle. Mais il ne se contente pas d’occuper toute la partie centrale de la lentille : de son pourtour se détachent trois prolongements qui, sous forme de rayons, se diligent vers l’équateur. Il en résulte que lorsqu’on considère un cristallin durci ou macéré dans l’acide nitrique, on observe, sur l’une ou l’autre de ses faces, une espèce d’étoile à trois rayons, séparés les uns des autres par un angle de 120°. — Pour Y étoile antérieure (fig. 434, A), l’un des rayons se dirige verticalement en haut. Des deux autres, l’un est oblique en bas et en dedans, l’autre oblique en bas et en dehors. — h'étgile postérieure (fig. 434, B) présente une orientation toute différente. Par suite de l’obliquité antéro-postérieure des plans qui passent par les rayons précités, elle a pour ainsi dire subi un mouvement de rotation de 60°, en vertu duquel chacun de ses rayons vient occuper exactement le milieu du secteur compris entre les deux rayons correspondants de l'étoile antérieure. En conséquence, des trois rayons de l’étoile postérieure, l’un est vertical et se dirige en bas, les deux autres sont obliques et dirigés en haut.
L’étoile à trois rayons, telle que nous venons de la décrire et qu’elle est représentée dans la figure 434 (A et B), est particulière au fœtus et à l’enfant. Chez l’adulte, les rayons primitifs se sont plus ou moins bifurqués de manière à donner naissance à des rayons secondaires. Les étoiles revêtent alors, tant sur la face antérieure que sur la face postérieure du cristallin, une configuration un peu plus complexe : elles ont six, sept, huit, ou même un plus grand nombre de rayons.
C’est sur la substance amorphe constituant les étoiles que viennent s’implanter les fibres du cristallin que nous allons maintenant décrire.
4° Fibres du cristallin. — Les fibres du cristallin dérivent par voie d’allongement des cellules épithéliales qui tapissent, à la période embryonnaire, la
Fibres cristalliniennes de l’homme adulte, vues en coupe transversale (d’après Rabl).
cristalloïde postérieure. Nous les étudierons tout d’abord à Y état d'isolement. Nous ferons connaître ensuite leur agencement systématique, autrement
ORGANES DES SENS
dit la modalité suivant laquelle elles se disposent pour former la lentille cristallinienne.
A. Fibres du cristallin considérées a l’état d’isolement. — Les fibres du cristallin se présentent sous la forme de rubans prismatiques à coupe hexagonale avec deux faces larges et quatre côtés relativement étroits. Cette disposition apparaît très nettement sur des coupes transversales de ces fibres (fig. 441, C).
a. Dimensions. — Leur largeur mesure de 10 à 15 u, leur épaisseur de 3 à 5 p.. Quant à leur longueur , elle varie suivant les couches que l’on considère : les fibres sont plus longues dans les couches superficielles que dans les couches profondes;
mais il est à remarquer que, pour une couche donnée, toutes les fibres qui constituent cette couche ont une longueur sensiblement égale. Schwalbe estime que les fibres des couches superficielles mesurent environ les deux tiers d'une ligne méridienne allant d'un pôle à l'autre. Cette ligne méridienne étant de 12 millimètres, on voit que les fibres superficielles du cristallin présentent une longueur moyenne de 8 millimètres.
b. Structure • — Envisagées au point de vue histologique, les fibres du cristallin sont constituées par un liquide albumineux, que l’on voit s’écouler par gouttelettes à travers les cassures artificielles de ces éléments. Ce liquide albumineux est donc réellement contenu dans une sorte de tube, d’où le nom de tube cristallinien , qui a été proposé par certains anatomistes pour désigner l’élément constitutif principal du cristallin. Nous ferons remarquer, toutefois, que les parois du tube ne sont pas constituées par une membrane propre et chimiquement différente du contenu, mais bien par la substance albumineuse elle-même formant à la périphérie une couche plus dense,
c. Variétés. — Les fibres du cristallin diffèrent sensiblement dans les couches superficielles et dans les couches profondes :
a) Les fibres des couches profondes (fibres dentelées de certains auteurs) sont plus petites, moins riches en eau, plus denses par conséquent et complètement dépourvues de noyaux (fig. 441, B). Elles présentent, en outre, le long de leurs arêtes, parfois même le long de leurs faces, des dentelures plus ou moins profondes qui s’engrènent avec les dentelures similaires des fibres voisines et que l’on a comparées, dans ces derniers temps, aux piquants qui caractérisent les cellules épidermiques de la couche de Malpighi.
Fibres du cristallin, vues à l’état d'isolement : A, fibres nucléées : B, fibres dentelées; C, fibres vues en coupe transversale, pour montrer leur forme hexagonale (comparez fig. 440).
1, fibres nucléées, vues par leur bord, — 2, deux fibres nucléés, vues par leur face. — 3, noyau. — 4, fibres dentelées, en partie séparées les unes des autres. — o, leur large face. — (j, leurs faces latérales, avec leurs prolongements en forme de dents, destinés à s’engrener dans les prolongements des fibres voisines.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
P) Les fibres des couches superficielles (, fibres nucléées de certains auteurs) sont plus larges, plus riches en eau, plus molles par conséquent et complètement dépourvues de dentelures (fig. 441, A). De plus, elles possèdent chacune un noyau, indice manifeste de leur origine cellulaire. Ces noyaux sont ovalaires, granuleux, occupant la partie moyenne de la fibre à laquelle ils appartiennent. Sur des coupes méridiennes du cristallin, on les voit se masser dans le voisinage de l’équateur, d’où le nom de zone des noyaux donné à cette région. Ils se montrent là sous la forme d’une traînée linéaire qui descend vers le centre de la lentille, en décrivant une double courbe: une courbe externe, qui est concave en avant; une courbe interne, qui est concave en arrière. Cette traînée de noyaux présente donc dans son ensemble la forme d’un S, comme l’indique nettement la figure 435 (4). Nous ajouterons que la zone des noyaux est d’autant plus développée que le sujet est plus jeune.
B. Agencement systématique des fibres du cristallin. — Étudiées en place et non plus à l’état d’isolement, les fibres du cristallin sont disposées d’une façon telle que leurs faces larges regardent toujours, soit en avant, soit en arrière, tandis que leurs côtés ou bords sont dirigés latéralement. Un ciment interstitiel, ainsi que nous l’avons dit plus haut, les unit les unes aux autres. Il est à remarquer, toutefois, qu’elles adhèrent d’une façon moins intime par leurs faces larges que par leurs bords : il en résulte que lorsqu’on fait macérer un cristallin dans de l’alcool faible, qui, comme on le sait, a la propriété de dissoudre le ciment, cet organe se décompose tout d’abord en une série de secteurs , dont les limites répondent exactement aux rayons des étoiles ; les secteurs, à leur tour, se résolvent en une série de lamelles superposées, rappelant, suivant l’expression classique, les enveloppes concentriques d’un oignon (fig. 442). Voyons maintenant quel est l’agencement systématique des fibres du cristallin. Nous devons, à ce point de vue, les distinguer en trois groupes : fibres centrales , fibres moyennes et fibres superficielles.
a. Fibres centrales. — Les fibres centrales se portent directement d'un pôle à l'autre. Leur trajet est pour ainsi dire rectiligne et parallèle à l’axe antéro-postérieur du cristallin.
b. Fibres moyennes. — Les fibres moyennes se dirigent également de pôle d pôle , mais en décrivant des arcades dont la concavité regarde l'axe cristallinien . Ces arcades sont naturellement d’autant plus grandes qu’elles se rapprochent davantage de l’équateur.
c. Fibres superficielles. — Les fibres superficielles, qui sont les plus complexes, partent des branches d'une étoile pour aboutir aux branches les plus voisines de l'étoile du côté opposé. Elles.se rendent ainsi de la face antérieure à la face postérieure en contournant l’équateur et chacune d’elles affecte dans son ensemble la forme d’une ogive. Leur trajet nous paraît être déterminé par les trois lois suivantes : 1° aucune des fibres ne s'étend d'un pôle à l'autre; 2 0 plus est long le tra-
Fig. 442.
Segmentation de la face postérieure du cristallin.
1, rayon stellaire. — 2, un secteur du cristallin décomposé en lamelles. — 3, 4, deux autres secteurs restés intacts. — 5, noyau.
ORGANES DES SENS
jet d une fibre sur la face antérieure du cristallin, plus est court son trajet sur la face postérieure, et vice versa ; 3° les fibres s'implantent toujours sur les rayons des étoiles , de façon à former avec ces rayons le plus grand angle possible.
a) La première loi est une conséquence de la longueur même des fibres superficielles du cristallin. Chacune d’elles, avons-nous dit plus haut, ne représente que les deux tiers d’une ligne méridienne allant de pôle à pôle ; par conséquent, les fibres qui partent du pôle antérieur doivent nécessairement se terminer sur la face postérieure, avant d’avoir atteint l’autre pôle.
P) La deuxième loi découle encore, comme un corollaire, du fait anatomique énoncé plus haut que toutes les fibres superficielles ont une même longueur , soit 8 millimètres. On conçoit, en effet, qu’une fibre qui effectuera sur la face anté-
Schéma destiné à montrer le mode d’agencement des fibres cristalliniennes.
Los traits pleins représentent les trois rayons de l’étoile antérienre ; les traits pointillés, les trois rayons de l'étoile postérieure. — E, E, équateur. — Pour les autres indications, soit en lettres, soit en chiffres, lire le texte.
rieure un parcours de 6 millimètres, n’aura à effectuer sur la face postérieure qu’un parcours de 2 millimètres; qu’une fibre, au contraire, qui n’aura effectué sur la face antérieure qu’un parcours de 3 millimètres, devra parcourir encore 5 millimètres sur la face opposée.
La figure schématique ci-dessus (fig. 443, A) nous indique nettement quel est le trajet de ces fibres : les gros traits nous représentent les trois rayons de l’étoile antérieure ; les traits pointillés figurent les trois rayons de l’étoile postérieure. Ne considérons pour le moment que le rayon vertical de l’étoile antérieure et le rayon oblique de l’étoile postérieure qui lui correspond à droite. Pour la commodité de la démonstration, nous avons partagé chacun de ces rayons en quatre divisions égales et placé en regard de chacune d’elles les chiffres qui expriment en millimètres sa distance a l’équateur. C’est ainsi que l’extrémité polaire du rayon est séparée de l’équateur par une distance de 6 millimètres, son extrémité opposée par un intervalle de 2 millimètres seulement.
Ceci posé, examinons les quatre fibres cristalliniennes. A, B, C, D. La fibre A, qui part du sommet de l’étoile antérieure, rencontre l’équateur en a et vient se terminer en a ’ au pôle postérieur, parcourant ainsi un trajet de 8 millimètres, dont 2 sur la face antérieure du cristallin et 6 sur la face postérieure. A son tour, la fibre B, partant de la division 3 du rayon antérieur, contourne l’équateur en b et vient s’implanter, en b\ sur la division 5 du rayon postérieur, un peu en dehors
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
du pôle ; elle effectue, elle aussi, un parcours de 8 millimètres, dont 3 sur la face antérieure et 5 sur la face postérieure. De même, les fibres C et D, parties des divisions 4 et 5 du rayon antérieur, rencontrent l’équateur en c et en d et aboutissent aux divisions 4 et 3 du rayon postérieur en c’ et (T ; la longueur de leur trajet (4 -}-“4 pour la première, 5 -(- 3 pour la seconde) atteint exactement, comme pour les deux fibres précédentes, 8 millimètres. La deuxième loi se trouve ainsi confirmée.
y) La troisième loi est relative au mode d’implantation des fibres cristalliniennes sur les branches des étoiles. Chacune d’elles, en atteignant la branche sur laquelle elle se fixe, s’infléchit sur elle-même de façon à tomber presque verticalement sur cette branche et à circonscrire avec elle un angle ( angle d' implantation) qui se rapproche beaucoup de l’angle droit. Ainsi, sur la figure 443, B, la fibre B, au lieu de suivre au voisinage du rayon antérieur sa direction première et de venir s’implanter en x\ se coude au point x et se fixe en b.
De même, la fibre C, au lieu de suivre la direction yy\ s’infléchit en y et vient s’implanter en c. Il est facile de se rendre compte, par une simple inspection de la figure précitée, que ces fibres agrandissent ainsi leur angle d’implantation, lequel atteint bien près de 90°.
Sur la face postérieure , les fibres cristalliniennes se comportent absolument de la même façon : elles se coudent également sur elles-mêmes, en se rapprochant de la branche stellaire sur laquelle elles se fixent.
Il résulte, on le conçoit, d’une pareille disposition : 1° que chacune des fibres cristalliniennes se contourne à ses deux extrémités et en sens inverse ; 2° qu’elle revêt, dans son ensemble, la forme d’un S, comme l’indique très nettement la figure 444, qui représente le cristallin vu par son équateur. Les fibres superficielles du cristallin décrivent ainsi des courbes concentriques et parfois élégantes, qui sont très visibles surtout dans la région équatoriale : c’est à l’ensemble de ces courbes qu’on a donné le nom de tourbillon du cristallin ( Vortex lentis, Linsenwirbel des anatomistes allemands).
Ajoutons, en terminant, que, au moment de plonger dans la substance cimentaire des étoiles, les extrémités terminales des fibres cristalliniennes paraissent, d’après Sohwalbe, plus molles, plus riches en eau et, d’autre part, présentent un léger renflement en massue.
E — Appareil suspenseür du cristallin, zonula
Le cristallin, avons-nous dit plus haut, est maintenu en position dans le globe de l’œil par une'formation membraneuse qui s’étend de son équateur àl’ora serrata, c’est la zone de Zinn.
1° Définition. — On comprend aujourd’hui sous ce nom de zone de Zinn tout un système de fibres, disposées pour la plupart en sens méridien, qui, de ia région
V'YÀ/j
Fig. 444.
Le cristallin, vu par son équateur.
A, face antérieure, avec un rayon stellaire. — P, face postérieure, avec un autre rayon stellaire. — E, E, équateur.
ORGANES DES SENS
ciliaire où elles prennent naissance, se rendent à l’équateur cristallinien, où elles se terminent : les plus postérieures proviennent de l’ora serrata (p. 480) ; les plus 4 antérieures tirent leur origine
des procès ciliaires.
Ces fibres , fibres zonulair es, forment par leur ensemble une sorte de membrane annulaire ou, si l’on préfère, une sorte d’anneau membraniforme qui s’étend de fora serrata à l’équateur cristallinien, entre la rétine ciliaire, qui est en avant, et l’humeur vitrée, qui est en 5 arrière.
La zone de Zinn est encore appelée zonula ciliaris ou, tout simplement, zonula.
Pendant longtemps on l’a considérée comme une dépendance de la membrane hyaloïde : c’était la partie antérieure de cette dernière membrane plus ou moins épaissie, 3 2 i s’étant modifiée dans sa na-
ture, étant devenue fibrillaire, d’anhyste qu’elle était, et ayant changé de nom. Les auteurs
Fig. 445.
La zonula, vue sur une coupe méridienne de l’œil (d’après Schultze).
1, cornée. — 2, iris. — 3, cristallin. — 4, muscle ciliaire. — 5, pi’ocès ciliaires. — 6, zonula (on voit nettement, sur cette coupe, que les fibres zonulaires proviennent à la fois de la zone du muscle ciliaire et de la zone des procès ciliaires : on voit aussi qu’elles se divisent en trois groupes à insertion prééquatoriale, équatoriale et postéquatoriale).
modernes tendent de plus à en faire une formation indépendante, et voilà pourquoi, dans la sixième édition de cet ouvrage, nous l’avons séparée du corps vitré pour la décrire avec le cristallin, dont elle est (son mode d’insertion nous dira pourquoi tout à l’heure) comme une sorte à' appareil suspenseur.
2° Fibres zonulaires, leur origine et leur nature. — Les fibres précitées qui s’étendent de la région ciliaire au cristallin et dont l’ensemble constitue la zonula, mesurent en moyenne de 2 à 8 p ; mais il y en a de plus volumineuses, qui atteignent jusqu’à 15 n, 20 p et même 30 u. Elles présentent cette particularité qu’elles se ramifient à leurs extrémités ou, plus exactement, qu’elles se résolvent, soit en haut, soit en bas, chacune en un certain nombre de fibrilles divergentes.
Du reste, la nature des fibres zonulaires est encore assez mal connue : on sait, cependant, qu’elles s’éloignent, par leurs caractères, à la fois des fibres élastiques et des fibres conjonctives.
Les recherches récentes de Schon (1886), de Terrien (1898), de Damianoff (1900), tendent à établir que, génétiquement, elles dérivent de la rétine ciliaire, je veux dire de cette portion de la rétine (voy. p. 305) qui s’étend de fora serrata aux procès ciliaires; Damianoff va même jusqu’à les considérer comme un produit de sécrétion des cellules claires de la rétine ciliaire. Tout récemment (Mawas, 1908-
OEIL OU GLOBE OCULAIKE
1910), a écrit, lui aussi, que les fibres zonulaires sont des productions exoplastiques, autrement dit cuticulaires, des cellules claires de la rétine ciliaire.
Toutefois, l’accord n’est même pas encore établi sur la question de savoir où elles prennent réellement naissance et, à ce sujet, nous nous trouvons en présence de quatre opinions différentes (fig. 446). — Pour Gerlach, Retzius, Salzmann (A), les fibres zonulaires se détachent de la membrane vitrée (probablement de nature cuticulaire) qui recouvre en arrière les cellules claires. — D’après Schon (B), elles ne
1 z 3 1/ k' 5 j z 3 If, 5 1 Z 3 [f 5 i z 3 4 5