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C. —Circonférence

La circonférence de la caisse du tympan, qui sépare à leur périphérie les deux parois externe et interne que nous venons de décrire, est très irrégulière, fortement accidentée. Nous la diviserons en quatre parties, partie supérieure, partie inférieure, partie antérieure, partie postérieure, qui peuvent être considérées chacune comme une nouvelle paroi de la caisse. Nous décrirons successivement chacune de ces parties, en commençant par la supérieure :

1° Partie supérieure : paroi supérieure ou crânienne. — La paroi supérieure ou

Fig. 586.

La pyramide et le conduit du muscle du marteau, avec leurs muscles.

1, paroi interne de la caisse. — 2, fenêtre ovale, avec l’étrier en place. — 3, pyramide. — 4, partie inférieure de la membrane du tympan. — 5, canal tympano-mastoïdien. — ti, antre ma»toïdien. — 7, tendon du muscle in ernedu marlean, s’échappant du bec de cuiller. — 8, acfueduc de Fallope et nerf facial, avec 9, corde du tympan. — 10, muscle de l'étrier, avec 10’, son tendon. — 11, conduit du muscle du marteau.

ORGANES DES SENS

toit de la caisse (tegmen tympani) répond au bord supérieur et à la face antérieure du rocher : sa largeur, mesurée dans le sens transversal, est de 5 ou 6 millimètres.

Elle est formée par une lame osseuse, généralement fort mince, quelquefois même transparente, qui sépare à ce niveau l’oreille moyenne de la cavité crânienne. Cette lame osseuse est constituée elle-même, par le rocher en dedans , par l’écaille temporale en dehors (fig. 588). La suture qui résulte de l’union de ces deux portions du temporal, suture pétro -écailleuse, est, chez le nouveau-né, une véritable fissure, à travers laquelle passent des tractus conjonctifs et un certain nombre de vaisseaux, qui se rendent de la dure-mère crânienne à la muqueuse de la caisse. Quoique la fissure disparaisse ordinairement chez l’adulte, les connexions vasculaires précitées n’en persistent pas moins, et ainsi s’explique, par ces connexions vasculaires tout autant que par la minceur de la cloison osseuse séparative , le retentissement possible des lésions de l’oreille moyenne sur

Fig. 587.

Le toit et le plancher de la caisse, vus sur une coupe vertico-transversale, pour montrer leurs rapports avec le cerveau et le golfe de la jugulaire.

1, bord antérieur de l’orifice du conduit auditif externe. — 2, conduit auditif externe. — 3, sulcus tympanicus. — 4, paroi supérieure de la caisse. — 5, sa paroi inférieure . — 6, sa paroi interne (promontoire). — 7, fenêtre ovale. — 9, scissure de Glaser. — 10, orifice de sortie de la corde du tympan. — 11, orifice tympanique de la trompe d’Eustache, masqué en partie par la saillie du promontoire. — 12, rigole inférieure de la caisse. — 13, trou auditif interne. — 14, cerveau. — 15, méninges. — 16, paroi antérieure de la fosse jugulaire.

les méninges et sur le cerveau.

Nous devons signaler encore, comme présentant avec le toit de la caisse des rapports importants, le sinus pétreux supérieur qui occupe, comme on le sait, le bord supérieur du rocher. Il chemine, par conséquent, immédiatement au-dessus de la caisse, et fon a observé des thromboses de ce sinus,

comme complication de l’otite moyenne.

Il est des cas où le toit de la caisse manque par places : la face antérieure du rocher nous présente alors, au voisinage de son bord supérieur, une perte de substance plus ou moins étendue, à travers laquelle l’œil plonge directement dans l’oreille moyenne. Cette anomalie, qui a été désignée par Hyrtl sous le nom de déhiscence spontanée du toit du tympan , est vraisemblablement le résultat d’un arrêt de développement. C’est là, on le conçoit, une disposition anatomique éminemment fâcheuse : la muqueuse de la caisse est, dans ce cas, en contact immédiat avec la dure-mère cérébrale, et les dangers que nous signalions tout à l’heure d’une propagation de l’otite moyenne au cerveau en sont singulièrement accrus.

rr

Fig. 588.

Coupe vertico-transversale du temporal d’un fœtus, pour montrer la part respective qui revient aux trois pièces osseuses dans la formation de la caisse tympanique.

Le rocher est teinté en jaune ; l'écaille en bleu ; le cercle lympanal en rouge. — On voit entre le bleu et le jaune la suture ou fissure pétro-écailleuse.

OREILLE MOYENNE

2° Partie inférieure : paroi inférieure ou jugulaire. — La paroi inférieure (fig, 588 et 589), encore appelée plancher de la caisse , est un peu plus étroite que la paroi supérieure : elle ne mesure, en effet, que 4 millimètres de largeur. Elle affecte, dans son ensemble, la forme d’une rigole à direction antéro-postérieure, limitée en dedans par le promontoire, en dehors par ce rebord osseux déjà signalé, haut de I millimètre environ, sur lequel vient s’attacher la membrane du tympan (fig. 573, 8’). L’existence de ce rebord osseux fait que le plancher de la caisse se

trouve en contre-bas par rapport au conduit auditif externe et elle nous explique nettement pourquoi, dans les cas d’otite moyenne suppurée et dans les hémorragies de l’oreille moyenne, le pus et le sang séjournent encore dans cette partie de la caisse après une ponction pratiquée sur la partie inférieure de la membrane du tympan .

Le plancher de la caisse tympanique est inégal, rugueux, sillonné parfois par de petites travées osseuses qui, en s’entrecroisant les unes avec les autres, forment sur ce plancher un système de cellules irrégulières et plus ou moins indépendantes.

L’épaisseur de la paroi inférieure de la caisse varie beaucoup comme celle de la paroi supérieure. Tantôt, elle est formée par deux lames du tissu compacte, emprisonnant entre elles une couche plus ou moins considérable de tissu spongieux. Tantôt, elle se trouve réduite à une simple lame de tissu compacte, mince et transparente : on a même observé sur cette paroi, comme sur la supérieure, de véritables pertes de substance ou déhiscences (Friedslowsky) . Au-dessous d’elle, se trouvent la fosse jugulaire et le golfe de la veine jugulaire qui y est contenu. C’est là encore un voisinage fâcheux : on conçoit, en effet, qu’une fracture du temporal, portant sur la paroi inférieure de la caisse, puisse avoir pour conséquence une déchirure de la paroi veineuse. D’autre part, on a vu des affections inflammatoires de la caisse se propager de proche en proche jusqu’au golfe de la veine jugulaire et déterminer dans ce vaisseau une thrombose mortelle.

Fig. 589.

Le plancher de la caisse, vu d’en haut sur une coupe horizontale passant audessous de la fenêtre ronde.

1, cavités mastoïdiennes. — 2, paroi inférieure du conduit auditif externe. — 3, paroi inférieure de la caisse du tympan. — 4, sulcus tympanicus. — 5, gouttière du sinus latéral. — 6, golfe de la veine jugulaire. — 7, cavité glénoïde, intéressée par la coupe. — 8, scissure de Glaser. - 9, apophyse zygomatique. — 10, coupe de l’écaille temporale. —

11, portion verticale de l’aqueduc de Fallope. —

12, canal carotidien ouvert par la coupe. — 13, suture occipito-mastoïdienne.

3° Partie postérieure : paroi postérieure ou mastoïdienne. — La paroi postérieure de la caisse (fig. 591, A) est fortement accidentée. En la parcourant de haut en bas, nous rencontrons successivement :

a) Tout à fait en haut, une large ouverture, le canal tympano-mastoïdien ( aditus ad antrum), qui nous conduit dans les cavités mastoïdiennes et qui, suivant les sujets, est arrondie, ovalaire, triangulaire à sommet inférieur ; cette dernière disposition me paraît être la plus fréquente ;

(à) Dans l’angle inférieur de l’orifice d’entrée des cavités mastoïdiennes, une

ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.

ORGANES DES SENS

petite échancrure en forme de selle (Politzer), dans laquelle vient se loger la branche horizontale de l’enclume ;

y) Un peu plus bas, entre la base de la pyramide, qui est en dedans, et l’extrémité postéro-supérieure du sillon tympanique, qui est en dehors, un tout petit orifice, c’est l 'orifice d'entrée de la corde du tympan, par lequel cette branche du nerf facial pénètre dans la caisse ;

8) Plus bas encore, au voisinage du plancher, une éminence arrondie, que nous

désignerons sous le nom de protubérance styloïde de la caisse. Cette protubérance n’est pas constante et, quand elle existe, elle est plus ou moins accusée suivant les sujets. Elle est due, comme l’a montré Politzer, à la base de l’apophyse styloïde repoussant en haut et en avant la paroi postérieure de la caisse. On peut, en effet, sur des coupes heureuses faites à la scie (fig. 590,3), suivre le tissu spongieux de l’apophyse styloïde jusque dans la protubérance en question.

4° Partie antérieure : paroi antérieure ou tubaire. — La paroi antérieure de la caisse du tympan (fig. 591, B) est encore appelée paroi tubaire en raison de ses relations avec la trompe d’Eustaehe {tuba) : elle est occupée en grande partie, en effet, par une large ouverture qui n’est autre que l’extrémité externe de la trompe. Cette ouverture, que nous désignerons sous le nom d 'orifice tympanique de la trompe, est située à la partie la plus élevée de la paroi antérieure de la caisse et se trouve, par conséquent, directement en regard des cavités mastoïdiennes, qui occupent la paroi opposée. Il en résulte que la trompe d Eustache, la caisse du tympan et les cavités mastoïdiennes peuvent être considérées comme constituant une seule et même cavité rectiligne dont la partie moyenne, celle qui correspond à la caisse, se serait renflée et portée vers le bas.

Les rapports de l’orifice tympanique de la trompe méritent d’être précisés avec soin (fig. 591, B). — En haut, la trompe répond au conduit du muscle du marteau, dont elle est séparée par une cloison osseuse toujours fort mince. — En dedans, elle se confond peu à peu avec la partie antérieure du promontoire. — En dehors, elle répond à la partie antéro-supérieure de la membrane du tympan. Au niveau du point où l’angle supéro-externe de l’orifice de la trompe prend contact avec le sillon tympanique, se trouve une petite ouverture en forme de fente : c’est l’extrémité externe de la scissure tympano-éeailleuse ou scissure de Glaser , à travers laquelle passent le ligament antérieur du marteau et l’artère tympanique. Un peu au-dessous de cet orifice, nous en rencontrons un second beaucoup plus petit : c’est Y orifice de sortie de la corde du tympan. Contrairement à l’assertion d’un grand nombre d’auteurs, ce nerf ne sort pas de la caisse par la scissure de Glaser : mais, comme l a démontré Huguieu, il s’engage dans un conduit spécial, le canal d’Huguier, long de 8 à 10 millimètres, lequel côtoie-

Coupe longitudinale de l’apophyse styloïde chez l’adulte, pour montrer la continuité de cette apophyse avec la protubérance styloïde (d’après Politzeh).

1, membrane du tympan. — 2, tissu spongieux de l’apophyse styloïde, soulevant la paroi de la caisse, pour former 3 la pi’olubérance styloïde.

OREILLE MOYENNE

le côté externe de la trompe d’Eustache et vient s’ouvrir dans l’angle rentrant que forment la portion pierreuse et la portion écailleuse du temporal, immédiatement en arrière de l'épine du sphénoïde, quelquefois sur le sphénoïde luimême. — En bas , l’orifice tympanique de la trompe est limité par une surface inégale, qui s’incline peu à peu en arrière et ne tarde pas à se confondre avec le plancher de la caisse du tympan. Cette surface, véritable paroi antérieure de la caisse, sépare cette dernière de la portion ascendante du canal carotidien (fig. 585). Elle nous présente un certain nombre de petits pertuis, toujours

Coupe vertico-transversale du temporal passant par l'extrémité antérieure de la fenêtre ovale.

A. Segment postérieur de la. coupe, montrant la paroi

POSTÉRIEURE DE LA CAISSE DU TYMPAN. — 1, Conduit auditif externe. — 2, stilcus tympanicus. — 3, orifice d'entrée de la corde du tympan. — 4, sinus tympani. — 5, pyramide. — 6, protubérance styloïde. — 6’, apophyse styloïde. — 7, rigole intérieure de la caisse. — 8, paroi interne de la caisse (promontoire). — 9, fenêtre ovale. — 10 rampe tympanique du limaçon et aqueduc du limaçon. — 11, coupe de l’aqueduc de Fallope. — 12, paroi postérieure du vestibule. — 13, conduit auditif interne. <— 14, can il tvmpano mastoïdien. — 15, surface articulaire pour l’apophyse horizontale de l’enclume. — 16, autre mastoïdien. — La flèche pénètre par la fenêtre ronde, que cache la saillie du promontoire, et arrive dans la rampe tympanique du limaçon.

B. Segment antérieur de la coupe, montrant la paroi antérieurs de la caisse. — 1. conduit auditif externe . — 2, sulcus tympanicus. — 3, paroi supérieure de la caisse. — 4, scissure de Gla-ser. — 5, orifice de sortie de la corde du tympan. — 6, orifice de la trompe d’Eustache. — 7, rigole inférieure de la caisse. — 8, partie antérieure du bec de cuiller. — 9, fenêtre ovale.— 10, coupe de la rampe tympanique du limaçon. — 11, coupe de l’aqueduc de Fallope. — 12, paroi antérieure du vestibule. — 13, fossette antéroinférieure du conduit auditif interne, avec le crible spiroïde pour les lais -eaux du nerf cochléaire. — 1 4. sa fossette antérosupérieure, avec l’origine de l’aqueduc de Fallope, dans lequel s’engagent le nerf facial et l’intermédiaire de Wrisberg. — 15. cai-olide interne : le pointillé rouge qui surmonte l’artère indique son trajet dans l’épaisseur du rocher.

très variables par leur forme et leurs dimensions : ces pertuis livrent passage à des veinules et à un petit filet nerveux, le nerf carotico-tympanique , qui, comme on le sait (voy. p. 103), relie le rameau de Jacobson au plexus carotidien.

La paroi antérieure de la caisse présente donc, avec la carotide interne, les mêmes rapports de voisinage que la paroi inférieure avec le golfe de la jugulaire, et le nom de paroi carotidienne lui conviendrait tout aussi bien que celui de paroi tubaire. Entre la caisse et le vaisseau, en effet, ne s’interpose qu’une simple lamelle osseuse, généralement fort mince et transparente, parfois même plus ou moins déhiscente.

ORGANES DES SENS

Ce rapport anatomique de la carotide avec la caisse du tympan nous donne l’explication de cés battements, isochrones aux battements de cœur, que certaines personnes ressentent dans l’oreille. Il nous explique aussi les cas de mort, mort toujours rapide, par hémorragie artérielle survenant au cours d’une affection suppurative de la caisse.

Nous rappellerons, à ce sujet, que l’artère carotide n’est pas directement appliquée contre la paroi du conduit osseux qu’elle traverse. Elle en est séparée par des cavités veineuses (Rektorzik, Rüdinger), plus ou moins nombreuses et plus ou moins développées, mais constantes, qui communiquent, en haut, avec le sinus caverneux et dans lesquelles viennent se jeter quelques veinules issues de la muqueuse tympanique. C’est là une disposition anatomique fâcheuse qui augmente encore les dangers des lésions inflammatoires ou ulcéreuses de la caisse du tympan : on conçoit, en effet, que ces lésions puissent, grâce aux connexions vasculaires précitées, avoir pour conséquence une phlébite des sinus.

§ Il —Chaîne des osselets de louie

Les osselets de l’ouïe se disposent les uns à la suite des autres en une chaîne non interrompue, qui s’étend transversalement de la paroi externe à la paroi interne de la caisse ou, pour mieux dire, de la membrane du tympan à la fenêtre ovale. Ils ont pour fonction de transmettre intégralement au liquide labyrinthique les vibrations imprimées à la membrane du tympan par les ondes sonores qu’apporte à cette dernière le conduit auditif externe. Ces petits os sont reliés entre eux par de véritables articulations et sont fixés, en outre, par un certain nombre de ligaments aux différentes parois de la caisse. Malgré ces ligaments, la chaîne des osselets jouit d’une grande mobilité, laquelle est mise en jeu par des muscles qui lui appartiennent en propre. Nous avons donc à décrire :

1° Les osselets à l'état d'isolement ;

2° Leurs connexions ;

3° Leurs muscles.

A. — Description des osselets

Les osselets de l’ouïe sont au nombre de trois. Ce sont, en allant de dehors en dedans (fig. 547) : le marteau , Y enclume, l’ étrier.

1° Marteau. — Le

Les osselets de Touïe en position, vus par leur côté antérieur.

1, marteau. — 2, enclume.

3, étrier.

marteau (fig. 593) est le plus externe des osselets de l’ouïe. C’est aussi le plus long : la distance qui sépare son extrémité supérieure de son extrémité inférieure mesure de 7 à 9 millimètres. Son poids, d’après les recherches d’ËiTEBERG portant sur trente sujets, est de 22 à 24 milligrammes. On lui distingue une tête , un col, un manche et deux apophyses.

a. Tête. — La tête répond à l’extrémité supérieure de l’os. Elle est située un peu au-dessus de la membrane tympanique, dans cette portion de la caisse du tympan que nous avons désignée sous le nom de cavité supérieure de la caisse ou attique. Elle est irrégulièrement arrondie, lisse et convexe sur presque tout son pourtour. A sa partie postérointerne se voit une surface articulaire destinée au corps de

OREILLE MOYENNE

l’enclume. Cette surface articulaire revêt une forme elliptique, à grand axe obliquement dirigé en bas et en dedans. En passant de la face postérieure de la tête sur sa face interne, elle se rétrécit et présente à ce niveau une petite crête, verticale ou légèrement oblique, qui la subdivise en deux facettes plus petites.

b. Col. — Le col est cette partie rétrécie de l’os qui soutient la tête. 11 est très court, aplati d’avant en arrière et légèrement tordu sur son axe. Sa partie externe est en rapport avec la partie supérieure de la membrane du tympan, ou, plus exactement, avec la membrane flaccide de Shrapnell. Sa partie interne répond à la corde du tympan, qui la croise à angle droit.

c. Manche. — Le manche ou manubrium, qui fait suite au col, se dirige en bas et un peu en arrière à la manière d’un rayon qui descendrait de la circonférence de la membrane du tympan vers son ombilic. Il se termine habituellement, en bas, par une extrémité élargie en forme de disque ou de spatule.

Au point de vue de sa forme, le manche est comme le col, aplati d’avant en arrière, présentant par conséquent deux faces, qui sont l’une antérieure, l’autre postérieure, et deux bords ou arêtes, que l’on distingue en externe et interne.

Le manche du marteau n’est pas situé exactement sur le prolongement de l’axe de la tête et du col , mais il forme avec ce dernier un angle fortement obtus, dont l’ouverture est tournée en haut et en dedans. De plus, il n’est pas rectiligne : son extrémité inférieure s’infléchit sur sa direction initiale, de manière à former une courbe plus ou moins accusée dont la concavité regarde en dehors, du côté du conduit auditif externe par conséquent.

En ce qui concerne ses rapports et ses connexions, le manche du marteau se trouve englobé dans l’épaisseur de la membrane du tympan, entre sa couche muqueuse et sa couche fibreuse. Cette dernière, ainsi que nous l’avons vu, lui adhère d’une façon intime.

d. Apophyses. — Des deux apophyses du marteau (fig. 593, 3 et 4), l’une porte le nom d’apophyse courte et grosse, l’autre, celui d’apophyse longue :

a)L* apophyse courte et grosse, encore appelée apophyse externe, revêt la forme d’une petite éminence conique, longue de 1 millimètre seulement. Elle naît sur la partie inférieure et externe du col. Puis, elle se porte en dehors et un peu en haut vers la portion supérieure de la membrane du tympan, qu’elle repousse légèrement du côté du conduit auditif externe : sur elle,, comme nous l’avons vu plus haut (p. 651), viennent s’insérer les deux ligaments tympano-malléolaires, qui limitent inférieurement la membrane de Shrapnell.

P) L f apophyse longue ou antérieure , que l’on désigne aussi sous le nom d’apophyse grêle, d’apophyse de Uaw,je st beaucoup plus longue que la précédente : elle mesure, en moyenne, 4 ou 5 millimètres. Elle est en forme d’épine, aplatie, curviligne ou même légèrement sinueuse. Comme l’apophyse grosse et courte, l’apophyse longue se détache encore du col, mais sur sa partie antérieure et moyenne.

Fig. 593.

Le marteau du côté droit, vu : A, par son côté antérieur; B, par son côté interne.

1, tête du marteau. — 2, son col. — 3, son apophyse courte. — 4, son apophyse longue. — 5, son manche. — 6. facette articulaire destinée à l’enclume. — 7, tendon du muscle du marteau.

ORGANES DES SENS

De là, elle se porte en avant, croise obliquement la partie antéro-supe'rieure de l’os tympanal, au niveau du point que nous avons appelé sillon malléolaire (p. 639) et s’engage dans la partie la plus externe de la scissure de Glaser. Sur elle, au

niveau de sa base, vient se fixer le ligament antérieur du marteau.

e. Structure — Envisagé au point de vue de sa structure, le marteau se compose essentiellement de tissu osseux revêtant la forme compacte (fig. 594). Les lamelles osseuses et les canaux de Havers se disposent dans le sens longitudinal, c’est-à-dire parallèlement à l’axe de l’os.

Le marteau possède à sa périphérie une enveloppe fibreuse, véritable périoste qui se confond par places avec les faisceaux conjonctifs de la couche moyenne de la membrane du tympan. A son centre, on observe çà et là un certain nombre de cavités médullaires plus ou moins développées ; mais, sur aucun point de sa longueur, il n’existe de canal médullaire nettement différencié.

Nous ajouterons qu’entre le périoste et l’os, même chez l’adulte, on rencontre des formations de cartilage hyalin, qui ont été parfaitement décrites par Prussak, par Brenner, par Rüdinger et plus récemment par Schwalbe. Ces restes du cartilage embryonnaire, respectés par l’ossification, s’observent principalement sur les points suivants : 1° sur la tête, au niveau de la facette articulaire destinée à l’enclume; 2° sur J’apophyse courte, où la couche de cartilage peut atteindre jusqu’à un demi-millimètre d'épaisseur; 3° sur le bord externe du manche, dans toute sa hauteur; 4° sur son bord interne, dans une étendue qui varie beaucoup suivant les sujets, 5° sur la surface d’insertion du muscle du marteau.

2° Enclume. — L’enclume (fig. 595, A et B), deuxième anneau de la chaîne des osselets, est située en arrière et en dedans du marteau. Comme l’enclume du forgeron, avec laquelle elle présente une certaine ressemblance à laquelle elle doit son nom, l’enclume tympanique présente un corps et deux branches divergentes. On l’a comparée encore, non sans raison, à une petite molaire ou dent biscuspide, dont la couronne représenterait le corps, et les deux racines, les deux branches. Son poids est un peu supérieur à celui du marteau : il est, en moyenne, de 25 milligrammes (Eitelberg).

a. Corps. — Le corps de l’enclume, comme la tête du marteau, en arrière de

lü

Fig. 594.

Coupe transversale du manche du marteau et de la membrane du tympan : A, au voisinage de son extrémité ; B , à sa partie moyenne (d’après Schwalbe).

A. — 1, épithélium externe. — 2. tissu conjonctif de la couche dermique. — 3, périchondre. — 4. couche cartilagineuse. — 5, couche osseuse. — 6. faisceaux radiés de la membrane du tympan. — 7, muqueuse.

B. — 1, épiderme. — 2, derme. — 3, 3, veines. — 4, artère. — 5. nerf. — 6, coupe des faisceaux radiés de la membrane du tympan. -- 7, muqueuse du tjmp-m. — 8, la portion de celte muqueuse qui est soulevée par le manche du marteau. — 9, périoste. — lu, tissu cartilagineux. — 11, tissu osseux.

OREILLE MOYENNE

laquelle il est situé, occupe la partie toute supérieure de la caisse du tympan. De forme cuboïde, il est fortement aplati dans le sens transversal et nous présente par conséquent deux faces : une face externe, à peu près plane, qui répond à la paroi externe de la caisse ; une face interne, légèrement déprimée à son centre, qui est en rapport avec la muqueuse. Sur sa partie antérieure se trouve une facette articulaire en forme de croissant, dont la concavité embrasse la facette, inversement configurée, que nous avons déjà signalée sur la tête du marteau.

b. Branches. — Les deux branches de l’enclume se détachent l’une et l’autre de la partie postéro inférieure du corps de l’os. Elles suivent, immédiatement après leur origine, un trajet fortement divergent, en interceptant entre elles un angle de 85 à 90° ouvert en arrière et en bas. On les distingue, d’après leur situation , en supérieure et inférieure :

a) La branche supérieure ou horizontale , de forme triangulaire, se porte horizontalement en arrière vers la paroi postérieure de la caisse. Sa base se confond avec le corps de l’enclume. Son sommet ou extrémité libre présente ordinairement sur son côté interne une petite facette rugueuse, qui répond, ainsi que nous l’avons déjà vu, à l’angle inférieur de l’orifice d’entrée des cavités mastoïdiennes.

P) La branche inférieure ou verticale est à la fois plus longue et plus grêle que la précédente. Elle se dirige d'abord en bas, en suivant un trajet sensiblement parallèle au manche du marteau. Puis, elle s’infléchit en dedans pour devenir horizontale et se termine alors par un tout petit renflement, Y apophyse lenticulaire, que certains auteurs ont cru devoir isoler dans leur description sous le nom d’os lenticulaire . Une pareille différenciation de l’extrémité terminale de la branche inférieure de l’enclume n’est pas justifiée par les faits, et le prétendu os lenticulaire fait bel et bien partie de l’enclume (Politzer, Urbantschitsch, Schwalbe, Gegenbaur, etc.). Cruveilhier, en France, partage cette opinion et nous apprend qu’il l’a toujours vu soudé à l’enclume, même chez le fœtus. Schwalbe, de son côté a constaté cette continuité de la branche inférieure de l’enclume avec son renflement lenticulaire dès le sixième mois de la vie intra utérine. Les auteurs qui ont admis l’existence d’un os lenticulaire distinct, ont été vraisemblablement induits en erreur par ce fait que l’espèce d’isthme qui unit la branche inférieure de l’enclume à son renflement est fort mince (90 p. d’épaisseur d’après Eysell) et se brise par conséquent avec la plus grande facilité. Dans ces conditions, le renflement lenticulaire est complètement isolé sans doute ; mais cet isolement est tout artificiel : il est le résultat d’une cassure.

c. Structure. — L’enclume présente la même structure que le marteau. Elle est essentiellement formée par une masse de tissu compacte au centre de laquelle se voient des cavités médullaires plus ou moins larges. Ces cavités s’accroissent avec les progrès de l’âge (Rüdinger). Ici encore, comme sur le marteau, nous trouvons

Fig. 595.

L’enclume du côté droit, vu : A, par son côté antérieur : B, par son côté interne.

1, corps de l’enclume. — 2, branche supérieure ou horizontale. - 3, branche inférieure ou vrrlicale. — 4. facette articulaire pour le marteau. — o, apophvse lenticulaire avec sa facette articulaire pour l’étrier. — 6, facette rugueuse, s’appliquant contre la partie inférieure du conduit tympanomastoïdien .

ORGANES DES SENS

des restes du cartilage embryonnaire : 1° sur la face interne du renflement lenticulaire ; 2° sur la facette articulaire qui est en connexion avec la tête du marteau ; 3° sur le sommet de la branche supérieure, tout particulièrement sur la petite facette rugueuse qu’il présente à son côté interne.

3° Étrier. — L’étrier (fig. 596), placé en dedans de l’enclume, s’étend horizontalement du renflement lenticulaire de ce dernier os à la fenêtre ovale. C’est le plus faible des trois osselets de l’ouïe : son poids n’est, en effet que de 2 milligrammes

(Eitelbekg). Par sa configuration extérieure, il rappelle exactement l’objet dont il porte le nom, un étrier de cavalier , et nous présente par conséquent, les quatre éléments suivants : une tête , une base et deux branches.

a. Tête. — La tête, située en dehors, est quadrilatère et fortement aplatie de haut en bas. — Son extrémité externe nous présente une petite facette articulaire concave destinée à s’articuler avec l’apophyse lenticulaire de l’enclume. — Son extrémité interne se confond avec les deux branches. A l’union de la tête avec les branches, il existe ordinairement un léger étranglement circulaire, connu sous le nom de col. — Son côté antérieur est libre. — Sur son côté postérieur, en regard de la pyramide, se trouve une petite surface rugueuse, sur laquelle vient s’insérer le tendon du muscle de l’étrier.

b. Base. — La base de l’étrier est une petite plaque osseuse remplissant la fenêtre ovale et présentant, tout naturellement, la même configuration générale que cette dernière : une extrémité postérieure, arrondie et mousse; une extrémité antérieure , anguleuse et pointue ; un bord supérieur, convexe; un bord inférieur rectiligne ou légèrement concave De ses deux faces, la face interne (fig. 596, B), ou vestibulaire est un peu convexe; elle est séparée du liquide du labyrinthe par le périoste du vestibule. La face externe ou tympanique (fig. 596, G) est tournée du côté de la caisse ; elle est creuse et se trouve parfois divisée par une petite crête oblique en deux fossettes secondaires, l’une et l’autre généralement peu accusées.

c. Branches. — Les deux branches de l'étrier se distinguent, d’après leur situation, en antérieure et postérieure. Toutes les deux naissent sur la face externe de la base de l’étrier au voisinage de ses extrémités (fig. 596, A et G). De là, elles se dirigent en dehors, vers la tête de l’os, en décrivant une courbe dont la concavité regarde le centre de l’étrier. Il est à remarquer que la branche postérieure est généralement plus recourbée et plus longue que l’antérieure, laquelle peut être franchement rectiligne. Les deux branches de l’étrier forment par leur ensemble une sorte de demi-cercle ou de fer à cheval, que l’on désigne parfois sous le nom d 'anse de l'étrier. Lisses et unies sur leur face convexe, elles sont creusées en gouttière sur leur face concave. Elles interceptent entre elles un espace demi-circulaire, qui se trouve comblé, à l’état frais, par un repli de la muqueuse tympanique.

ABC Fig. 596.

A, l’étrier, vu d’en haut : B, sa base, vue par sa face interne ; G, cette même base, vue par sa face externe.

A. — 1, base. — 2, branche antérieure. — 3, branche postérieure. — 4, tête. — 5, col.

B. — 1, extrémité antéri°ure. — 2, extrémité postérieure. — 3, bord supérieur. — 4, bord inférieur.

G. — 1. extrémité antérieure. — 2, extrémité postérieure. — 3, section des branches. — 4, crête oblique.

OREILLE MOYENNE

d. Structure. — Comme les deux os précédemment décrits, l’étrier se compose principalement de tissu compacte, avec formation de quelques cavités médullaires dans les parties les plus épaisses, notamment au niveau de la tête.

Indépendamment du tissu osseux, il comprend encore dans sa structure une enveloppe périostale et deux lames de cartilage hyalin. De ces deux lames, l’une revêt la face externe de la tête : elle est relativement peu étendue. L’autre, plus importante, s’étale sur la face vestibulaire de la base de l'étrier (fig. 600, 37) : elle est beaucoup plus épaisse que la lame osseuse sous-jacente ; elle atteint en effet 60 \l d’épaisseur, tandis que la lame osseuse ne mesure que 30 (Jt (Eysell).

La lame cartilagineuse de la base de l’étrier revêt régulièrement la face vestibulaire dans toute son étendue. Arrivée aux deux extrémités de cette face, elle les contourne et s’étend, du côté de la face tympanique, jusqu’à l’origine des deux branches.

Du reste, elle est étroitement unie à la lame osseuse, qu’elle revêt et renforce : il existe même, d’après Schwalbe, pour rendre cette union plus intime, de fines travées osseuses qui s’étendent de l’os dans l’épaisseur du cartilage.

Développement. — Le marteau se développe par trois points d’ossification : un pour la tête, un pour le manclie, le troisième pour l’apophyse grêle. — L'enclume nous présente deux points d’ossification seulement, l’un pour le corps, l’autre pour l’apophyse lenticulaire. Le premier, d’après Rambauo et Renault, paraît résulter de la réunion de deux granules primitivement distincts. — L 'étrier se développe par quatre points d’ossification : un pour la base, un pour la tête, les deux autres pour chacune des deux branches.

Ces différents points d’ossification sont très visibles chez l’embryon du .troisième mois.

Au quatrième mois, les trois pièces du marteau sont soudées, celle de l’étrier aussi. La masse centrale de l’enclume s’est étendue dans tous les sens et, au cinquième mois, l’enclume est entièrement ossifiée sauf sa branche inférieure. De même, le marteau est également ossifié, à l’exception de la pointe de sa longue apophyse. Rambaud et Renault, auxquels j'emprunte tous ces détails, font remarquer que, à ce moment, les osselets de l’ouïe ont, à peu de chose près, les mêmes dimensions que chez l’adulte.

B. — Connexions des osselets

Les osselets de l’ouïe s’unissent entre eux, tout d’abord, par de véritables articulations. D’un autre côté, ils sont reliés aux différentes parois de la caisse par des ligaments, qui les maintiennent en position tout en leur permettant des déplacements partiels :

1° Articulation des osselets entre eux. — Le marteau s’articule avec l’enclume et celui-ci avec l’étrier. De là, deux articulations appartenant l’une et l’autre à la classe des diartbroses :

A. Articulation du marteau avec l’enclume. — L’articulation du marteau avec l’enclume est une articulation par emboîtement réciproque.

Du côté de la tête du marteau, nous trouvons une surface elliptique ou ovalaire qui se dirige obliquement en bas et en dedans et qu’une arête à peu près verticale divise en deux facettes secondaires. Le corps de l’enclume nous présente, à son tour, une surface articulaire inversement configurée

T. III, 6e ÉDIT. 85

Fig. 597.

Coupe transversale de l’articulation du martau et de l’enclume (Folitzek).

1, marteau. — 2, enclume. — 3, ligameut capsulaire avec le ménisque en forme de coin.

ORGANES DES SENS

et divisée également en deux facettes plus petites, correspondant à celles du marteau.

Les deux surfaces articulaires précitées sont revêtues d’une couche de cartilage hyalin, laquelle est un peu plus épaisse sur l’enclume que sur le marteau.

Enfin, les deux os sont maintenus en présence par un ligament capsulaire, ou

en manchon, qui s’insère de part et d’autre sur le pourtour un peu déprimé des surfaces articulaires. De la partie interne de ce manchon fibreux se détache un prolongement qui s’avance à la manière d’un coin (fig. 597,3) entre les deux surfaces de l’articulation : c’est un véritable ménisque intr a- articulaire . Il a été signalé pour la première fois en 1840 par Pappenheim et constaté depuis lors par Rüdinger et par Politzer, auquel j’emprunte la figure cidessus.

Comme toutes les diarthroses , l’articulation que nous venons de décrire possède une synodale , destinée à favoriser le jeu réciproque des deux os en présence. Cette synoviale est même susceptible de s’enflammer et d’apporter alors un trouble plus ou moins considérable dans le fonctionnement de la chaîne des osselets.

B. Articulation de l’enclume avec l’étrier. — Cette articulation est une énarthrose.

Comme surfaces articulaires, elle nous présente : 1° du côté de Venclume , une facette arrondie et convexe, occupant le côté interne de l’apophyse lenticulaire ; 2° du côté de V étrier, une facette de même dimension, arrondie et concave, située sur le côté externe de la tête.

Ces deux surfaces articulaires sont revêtues l’une et l’autre d’une mince couche de cartilage et sont maintenues en présence, comme dans l’articulation précédente, par une capsule fibreuse renfermant dans son épaisseur de nombreuses fibres élastiques.

Ici encore, nous rencontrons une petite synoviale , tapissant intérieurement la capsule fibreuse.

2° Union des osselets avec les parois de la caisse. — Chacun des trois articles de la chaîne tympanique (le marteau, Venclume et V étrier) est relié aux parois de la caisse (fig. 598) par des ligaments. Nous décrirons ces ligaments pour chacun des trois osselets.

A. Connexions tympaniques du marteau. — Abstraction faite de ses connexions avec la membrane du tympan, connexions qui ont été décrites précédemment, le

La chaîne des osselets et leurs ligaments, vus en place par leur côté antérieur sur une coupe vertico-transversale de la caisse.

1, marlcau. — 2, son ligament supérieur. — 3, son ligament externe. — 4, son apophyse courte. — 5, surface de section de son apophyse grêle. — 6, tendon du muscle du marteau. — 7, capsule de l’articulation du marteau avec l’enclume. — 8, ligament supérieur de l’enclume. — 9, capsule de l’articulation de l’enclume avec l’étrier. — 19, 10’, ligament annulaire de l’étrier.

a , membrane du tympan. — b, membrane de Shrapnell. — c, caisse du tympan. — d, poche de Prussak. — e, vestibule, avec les orifices des canaux demi-circulaires. — f , rampe tympanique du limaçon.

OREILLE MOYENNE

marteau est maintenu en position par quatre ligaments, que l’on distingue en supérieur, externe, antérieur et postérieur :

a) Le ligament supérieur du marteau (fig. 598, 2) descend presque verticalement de la voûte de la caisse du tympan sur l’extrémité supérieure de la tête du marteau. Il est fort court et de forme cylindrique. On le désigne encore quelquefois, en raison même de sa situation et de son rôle, sous le nom de ligament suspenseur du marteau. 11 se tend toutes les fois que le manche du marteau se porte de dedans en dehors, la tête, dans ce cas, se déplaçant de dehors en dedans.

P) Le ligament externe (fig. 598, 3) est également fort court, quelquefois peu développé. Il s’insère, d'une part, sur la paroi externe de la caisse, immédiatement au-dessus du bord supérieur de la membrane du tympan ; d'autre part, sur le côté externe du marteau au niveau de l’union de la tête avec le col. 11 forme la limite supérieure de cette dépression en fossette qui répond à la membrane flaccide de Shrapnell et que nous avons désignée plus haut sous le nom de poche supérieure de la membrane tympanique ou poche de Prussak.

Politzer a signalé, dans l’appareil ligamenteux qui va de la paroi externe de la caisse au marteau, un système de cavités (fig. 599), grandes ou petites, arrondies ou ovalaires, qui sont revêtues d’épithélium et dans lesquelles s’amasse un liquide jaunâtre, transparent, analogue à de la lymphe.

y) Le ligament antérieur, remarquable par sa longueur et par son origine, naît à la base du crâne, au voisinage de l’épine du sphénoïde ou sur cette épine. De là, il se porte en dehors , en côtoyant la scissure de Glaser.

Puis, il pénètre dans la caisse du tympan à travers la partie la plus large de la scissure et vient se fixer sur le col du marteau ainsi que sur la base de son apophyse longue. C’est ce ligament que certains auteurs ont décrit à tort comme constituant un muscle, le muscle externe du marteau. Non seulement ce n’est pas un muscle, mais ce n’est même pas un véritable ligament : il doit être considéré, en effet (Urbantschitsch), comme un reliquat de cette bandelette cartilagineuse qui, sous le nom de cartilage de Meckel , relie, chez l’embryon, le marteau au maxillaire inférieur (voy. Embryologie).

8) Le ligament postérieur n’est autre que le faisceau le plus reculé du ligament externe. Ce ligament est exactement situé dans le prolongement du ligament antérieur et, comme tous les deux s’insèrent sur le col du marteau et passent par son axe de rotation, Helmholtz les a réunis en un seul sous le nom de ligament axile du marteau.

B. Connexions tympaniques de l’enclume. — Deux ligaments unissent l’enclume aux parois de la caisse :

a) Le premier, ligament supérieur (fig. 598, 8), descend de la voûte sur le corps

Fig. 599.

Système de cavités entre la membrane tympanique et le col du marteau (Politzer).

1, tête du marteau. — 2, sa courte apophyse, regardant en dehors — 3, rebord tympanique. — 4, membrane flaccide de Shrapnell. — 5, poche supérieure de Prussak. — 6, petites cavités creusées dans une lame membraneuse qui s’étend de la membrane flaccide au col du marteau. — 7, ligament externe du marteau. — 8, 8, replis muqueux, allant de la paroi externe de la caisse au côté externe de la. tête du marteau (non constants).

ORGANES DES SENS

de l’os. Il n’est pas constant et, quand il existe, il n’est bien souvent constitué que

par un simple repli de la muqueuse.

[3) Le second, ligament postérieur, relie le sommet de la branche supérieure de l’enclume au pourtour de la petite fossette où il repose. Cette partie de l’enclume présente, on s’en souvient, un revêtement cartilagineux et il existe parfois, sur le point où elle s’unit à la paroi postérieure de la caisse, une véritable articulation en amphiarthrose.

C. Connexions tympaniques de l’étrier. — Les relations anatomiques de l’étrier avec la paroi interne de la caisse ont été bien décrites, en 1870, par Brunner et par Eysell.

On sait que la base de l’étrier, revêtue de cartilage sur sa face vestibulaire et sur sa circonférence, est logée dans la fenêtre ovale, dont le pourtour présente également un revêtement cartilagineux (fig. 600). Les deux régions osseuses, circonférence de V étrier et pourtour de la fenêtre ovale, ne sont pas exactement en contact : entre elles existe une petite fente circulaire dont la hauteur augmente peu à peu de l’extrémité postérieure, où elle mesure 15 g seulement, vers l’extrémité antérieure, où elle atteint jusqu’à 100 p. (Eysell). Cet espace est comblé par un système de fibres qui se détachent de la circonférence de la base de l'étrier et qui, de là, vont en rayonnant se fixer sur le pourtour de la fenêtre ovale. L’ensemble de ces fibres, en partie conjonctives. en partie élastiques, constitue le ligament annulaire de la base de V étrier (fig. 600, 5, 5').

D’après Rüdinger, il existerait dans l’appareil ligamenteux qui unit l’étrier à la fenêtre ovale des cavités irrégulières remplies dediquide. Mais l’existence de semblables cavités est au moins douteuse : Politzer, dans les nombreuses coupes qu’il a faites de la région qui nous occupe, n’a jamais pu les rencontrer.

Fig. 600.

Coupe horizontale de l’articulation de l’étrier avec la fenêtre ovale (schématisée d’après une préparation de Brunner.)

A, rebord antérieur de la fenêtre ovale.

— P, son rebord postérieur. — 1, branche antérieure de l’étrier. — 2, sa branche postérieure . — 3, couche osseuse de sa base, avec 3’, sa couche cartilagineuse. — 4, 4’, couche cartilagineuse doublant la circonférence de la fenêtre ovale. — 5, 5, ligament annulaire. — 6, périoste vestibulaire. — 7, périlymphe.

— 8, muqueuse de la caisse, recouvrant les branches et la base de l’étrier.

C — Appareil moteur des osselets

La chaîne des osselets de l’ouïe, considérée au point de vue de ses mouvements, est soumise à l’action de deux muscles : l’un qui s’insère sur le marteau, c’est le muscle du marteau; l’autre qui s’attache à l’étrier, c’est le muscle de ï étrier. L’enclume, elle, ne reçoit aucun faisceau musculaire et, quand elle se déplace, ses mouvements sont toujours des mouvements indirects, je veux dire des mouvements qui lui sont communiqués par l’un ou l’autre des deux osselets entre lesquels il se trouve situé.

1° Muscle du marteau. — - Le muscle du marteau est un petit muscle fusiforme, long de 20 à 25 millimètres, occupant dans la plus grande partie de son étendue le

OREILLE MOYENNE

canal osseux qui porte son nom et que nous àvons déjà décrit à propos de la caisse du tympan (p. 662). Il prend naissance : 1° sur la paroi supérieure de la portion cartilagineuse de la trompe d’Eustache ; 2° dans l’angle rentrant que forme la portion pierreuse du temporal avec sa portion écailleuse ; 3° sur la partie du sphénoïde qui est voisine de cet angle.

De là, il se porte obliquement en arrière, en dehors et en haut, en longeant le côté supérieur et interne de la trompe. Il arrive ainsi dans la caisse du tympan et en suit la paroi interne jusqu’à la fenêtre ovale. Se coudant alors à angle droit, il se dirige en dehors, se dégage du canal osseux qui l’a abrité jusqu’ici, traverse horizontalement la caisse, et finalement vient s’attacher à l’extrémité supérieure du manche du marteau, unpeuau dessous deson apophyse grêle (fig. 601,7 et 8).

Le muscle du marteau, comme le canal osse ux qui le renferme, nous présente deux portions, bien différentes l’une de l’autre par leur direction, par leur longueur et par leur structure : 1° une portion interne, qui est à peu près parallèle à l’axe du rocher ; 2° une portion externe, qui est perpendiculaire à la précédente. La première, beaucoup plus longue, est charnue et répond au corps du muscle ; la seconde, relativement fort courte, est constituée par son tendon.

Nous ajouterons que, dans son canal osseux, le muscle du marteau est entouré d’une atmosphère de tissu conjonctif lâche, qui favorise son glissement et qui joue à son égard le rôle d’une bourse séreuse.

Fig. 601.

Le muscle interne du marteau et la trompe d’Eustache, vus sur une coupe longitudinale de ce conduit.

a, enclume. — 6, marteau. — c, membrane du tympan, dont le tiers antéro-supérieur a été détaché par la coupe. — d, paroi interne de la caisse. — e , cavité glénoïde du temporal. — f, artère carotide interne.

1, portion membraneuse de la trompe d’Eustache. — 2, sa portion osseuse. — 3, son orifice tympanique. — 4, son orifice pharyngien. — 5, coupe de sa portion cartilagineuse. — 6, ?a portion fibreuse,

«a portion fibr<

érignée en bas et en dehors. — 7, le muscle du marteau dans soq conduit osseux. — 8, son tendon terminal, formant un angle droit avec la portion charnue pour s’attacher sur le côté interne du manche du marteau. — 9, son nerf venant du ganglion otique. — 10, apophyse styloïde.

2° Muscle de l’étrier. — Plus faible que le muscle du marteau, le muscle de l’étrier (fig. 602, 10) est renfermé comme lui dans un canal osseux précédemment décrit, le canal de la pyramide, qui vient s’ouvrir, on s’en souvient (p. 662), sur la partie postérieure de la caisse du tympan.

Il naît, en bas, dans le fond du canal de la pyramide. De là, il se porte verticalement en haut, parallèlement au facial, qui est placé en arrière, et conserve cette direction dans la plus grande partie de son étendue. A son extrémité supérieure, il s’infléchit en avant, comme le canal où il est contenu, et se jette en même temps sur un tendon très grêle. Ce tendon terminal, continuant le trajet du muscle, sort du

ORGANES DES SENS

canal osseux par le petit orifice circulaire que présente le sommet de la pyramide, traverse horizontalement la partie de la caisse qui sépare la pyramide de l’étrier et vient s’attacher à ce dernier os, soit sur le bord postérieur de sa tête, soit sur son col. [D’après Rüdinger, il enverrait une expansion au renflement lenticulaire de l’en-

clnme : cette expansion n’est pas constante.

Le muscle de l’étrier, vu sur des coupes longitudinales, a la forme d’une poire ; sur des coupes transversales, celle d’un prisme à trois pans avec angles arrondis (Politzer). Sa longueur totale est de 8 millimètres, dont 6 pour sa portion cachée ou intra-pyramidale et 2 seulement pour sa portion libre ou intra-tympanique.

3° Action de ces deux muscles. — Les

osselets de l’ouïe sont articulés d’une façon telle que le déplacement de l’un deux, quelque faible qu’il soit, entraîne toujours d’une façon indirecte le déplacement des deux autres. Il se produit ici, dans notre chaîne tympanique, quelque chose d’analogue à ce qui se passe dans un mouvement de sonnette : le moindre mouvement imprimé à un point quelconque de l’appareil retentit fatalement sur ses deux extrémités et sur tous les points intermédiaires. Ceci posé, examinons séparément l’action des deux muscles moteurs de la chaîne des osselets.

Fig. 602.

Le muscle de l’étrier, dans son canal osseux.

i, paroi interne de la caisse. — 2, fenêtre ovale, avec l'étrier en place. — 3, pyramide. — 4, partie inférieure de la membrane du tympan. — 5, canal tvmpano-mastoïdien . — 6, antre mastoïdien. —

7, tendon du muscle interne du marteau, s’échappant du bec de cuiller. — 8, aqueduc de Fallope et nerf facial, avec 9, corde du tympan. — 10, muscle de l’étrier, avec 10’, son tendon. — 11, conduit du muscle du marteau.

A. Action du muscle du marteau. — Le muscle du marteau tout d’abord, ayant à sa terminaison une direction transversale, attire en dedans le point sur lequel il s’insère, c’est-à-dire l’extrémité supérieure du manche du marteau. Celui-ci bascule autour de son col d’une façon telle que son extrémité inférieure se porte en dedans, tandis que son extrémité supérieure ou tête s’incline en dehors. Mais ce n’est pas tout : le corps de l’enclume, qui est solidement articulé avec la tête du marteau, suit cette dernière dans son déplacement, en pivotant autour de sa branche horizontale. Du même coup, sa branche verticale se déplace en dedans, en refoulant devant elle l’étrier, lequel s’enfonce dans la fenêtre ovale (fig. 603).

Voilà donc les deux principaux effets de la contraction du muscle du marteau : 1° déplacement en dedans du manche du marteau ; 2° déplacement en dedans de la base de l’étrier. Le premier de ces mouvements a pour résultat, on le conçoit, de reporter vers le centre de la caisse l’ombilic de la membrane tympanique et, par conséquent, de tendre la membrane tout entière ; le second, de comprimer le -liquide contenu dans le vestibule et d’augmenter ainsi la pression intralabyrinthique.

Examinons maintenant le muscle moteur de l’étrier.

B. Action du muscle de l’étrier. — Le muscle de l’étrier, après sa réflexion, a une direction postéro-antérieure. 11 attire donc en arrière, quand il se contracte, la tête de l’étrier sur laquelle il s’insère. Voilà le mouvement immédiat, le mouvement

OREILLE MOYENNE

direct : il est en lui-même fort simple; mais il va retentir comme tout à l'heure sur les deux extrémités de la chaîne.

a) Du côté de V étrier, la base de cet os exécute autour d’un axe vertical un mouvement de bascule, en vertu duquel son extrémité postérieure s’enfonce dans la fenêtre ovale, tandis que son extrémité antérieure en sort. Or. comme l’axe de rotation (fig. 604,?/) est beaucoup plus rapproché de l’extrémité postérieure que de l’extrémité antérieure, en raison probablement de

la largeur

inégale

du ligament an-

nulaire (voy. p. 676), il en résulte :

1° que le déplacement en dedans de l’extrémité postérieure de l’étrier est plus faible que le déplacement en dehors de son extrémité antérieure, ou, en d’autres termes, que la portion de l’étrier qui s’enfonce dans le vestibule est moins considérable que celle qui en sort ; 2° que ce double déplacement agrandit en définitive la cavité vestibulaire et, de ce fait, amène une diminution de pression dans le liquide labyrinthique.

p) Du côté de V enclume , la branche verticale de cet os se porte en arrière, comme la tête de l’étrier avec laquelle elle s’articule. En même temps, le corps de l’enclume s’incline en bas et en dedans, entraînant avec lui la tête du marteau, lequel exécute sur son col un mouvement de bascule en vertu duquel son extrémité inférieure ou manche se porte en dehors. Ce dernier mouvement a pour résultat d’éloigner du centre de la caisse l’ombilic de la membrane du tympan et, par conséquent, de relâcher cette dernière membrane.

Schéma représentantïle mode de déplacement des osselets sous l’influence de la contraction du muscle du marteau.

a, conduit auditif externe. — b, caisse du tympan. — c, vestibule de l’oreille interne. — d, fenêtre ovale.

1, membrane du tympan. — 2, manche du marteau. — 2’, section de son apophyse grêle.. — 3, sa tête. — 4, insertion du tendon du muscle du marteau. — 5, apophyse verticale de l’enclume. — 6, sa tête. — 7, étrier.

(Les tracés en rouge indiquent les déplacements qu’imprime à la chaîne des osselets et à la membrane du tympan la contraction du muscle du marteau, laquelle s’exerce dans le sens indiqué par la flèche.)

Schéma représentant le mode de déplacement de l’étrier sous l’influence de la contraction du muscle de l’étrier.

A, l’étrier au repos. — B, l’étrier après la contraction de son muscle. — i, base de l’étrier. — 2, rebord antérieur delà fenêtre ovale avec 2’, son rebord postérieur. — 3, pyramide. — 4, tendon du muscle de l’étrier.

a, portion antérieure du ligament annulaire, plus longue que b, portion postérieure de ce même ligament. — xx , diamètre antéro-postérieur de la fenêtre ovale passant par la base de l’étrier au repos — y, point par lequel passe la ligne verticale qui représente l’axe de rotation de l’étrier.

ORGANES DES SENS

C. Action comparée des deux muscles. — Au total, les deux muscles moteurs de la chaîne des osselets exercent leur action sur les deux facteurs suivants, qui ont une importance considérable dans le phénomène de l’audition : Y état de tension de la membrane du tympan et la pression intra-labyrinthïque . Le muscle du marteau tend la membrane tympaniqne et détermine en même temps une augmentation de pression dans le liquide du labyrinthe. Le muscle de l’étrier relâche la membrane tympanique et abaisse la pression dans le labyrinthe. Les deux muscles sont donc réciproquement antagonistes.

A l’état de contraction du muscle du marteau, la membrane du tympan, fortement tendue, vibre plus difficilement, en même temps que le liquide labyrinthique, dont la pression est augmentée, reçoit des chocs moins violents. Quand le muscle de l’étrier se contracte, les conditions physiques de la membrane du tympan et du liquide du labyrinthe étant justement inverses, l’oreille moyenne est admirablement bien disposée pour recevoir et transmettre les moindres bruits.

Dès lors, il est rationnel d’admettre : 1° que le muscle du marteau se contracte dans les bruits violents et cela pour les assourdir; 2° que le muscle de l’étrier intervient, au contraire, pour disposer l’oreille à la perception des bruits faibles ou lointains. Gomme l’a dit Toynbee, le muscle de l’étrier est le muscle qui écoute, tandis que le muscle du marteau est le muscle qui protège le nerf auditif contre les bruits intenses.

§ III. — Revêtement muqueux de la caisse du tympan

La caisse du tympan est tapissée dans toute son étendue par une membrane muqueuse, appelée muqueuse tympanique .

1° Disposition générale. — La muqueuse tympanique est une pellicule mince et transparente, de coloration grisâtre ou gris rosé, intimement unie au périoste sous-jacent. Au cours de son trajet, elle masque en totalité ou en partie un certain nombre des rugosités que nous a présentées le squelette, de telle sorte que la caisse, dans son aspect général, est un peu moins irrégulière à l’état frais qu’à l’état sec.

Au niveau des points où la chaîne des osselets entre en contact avec les parois de la caisse tympanique, la muqueuse se réfléchit sur elle et lui forme une gaine complète, toujours fort mince, mais partout continue. 11 en résulte que les osselets de l’ouïe, tout en occupant la caisse, se trouvent placés en dehors de la muqueuse, tout comme les viscères abdominaux en dehors de leur membrane séreuse. Pour compléter l’analogie, nous trouvons encore entre les parois de la caisse et la chaîne des osselets un certain nombre de prolongements muqueux, véritables mésos amenant à ces derniers leurs muscles, leurs ligaments et leurs vaisseaux.

Gês replis muqueux, jetés entre les osselets et les parois de la caisse, affectent, tantôt la forme de simples soulèvements de la muqueuse, tantôt celle de véritables ponts ou cylindres creux. Déjà, en 1866, Zaufal nous en a donné une bonne description, complétée depuis par Urbantschitsch et par Schwalbe. Tous ces auteurs s’accordent à reconnaître qu’ils sont très variables, suivant les sujets, par leur nombre et par leur développement. Nous signalerons parmi les plus importants :

1° Les deux replis tubuleux qui enveloppent le tendon du muscle du marteau et celui du muscle de l’étrier ;

2° Le repli vertical qui, de la paroi supérieure de la caisse, descend sur la tête du marteau, en formant une gaine au ligament supérieur de ce dernier os ;

OREILLE MOYENNE

3° Un repli similaire, non constant, qui descend sur le corps de l’enclume ;

4° Un -repli horizontal, qui comble l’espace demi-circulaire compris entre la base de l’étrier et ses deux branches : c’est la membrane obturatrice de V étrier, qui se continue en arrière avec la gaine muqueuse du muscle de l’étrier ;

5° Deux replis horizontaux, l’un postérieur, l’autre antérieur, que soulèvent en dedans les deux ligaments tympano-malléolaires postérieur et antérieur ; sous le premier de ces replis s’abritent encore l’apophyse grêle du marteau, le ligament antérieur de cet os, l’artère tympanique et, enfin, la portion antérieure de la corde du tympan.

2° Structure. — La muqueuse tympanique se compose, comme toutes les muqueuses, de deux couches (fig. 605) : une couche superficielle épithéliale ; une couche profonde ou chorion, de nature conjonctive.

a. Couche superficielle ou épithéliale. — L’épithélium ne présente pas dans toutes les régions de la caisse la même forme et les mêmes caractères. Dans un travail récent, Bulle a établi en principe que cet épithélium est plat sur les points où la muqueuse est mince et peu vasculaire, cylindrique avec cils vibratiles sur les points où elle est plus épaisse et riche en vaisseaux. C’est ainsi que nous rencontrons des cellules aplaties et à une seule couche sur la membrane du tympan, sur le promontoire et sur les osselets. Partout ailleurs l’épithélium est cylindrique à cils vibratiles.

Nous devons ajouter ce-

. tympan d’un adulte (d’après Brunner). — 1, épithélium à cils vibratiles. —

pendant, en taisant une- 2, cellules basales. — 3, tissu conjonctif de la muqueuse.

restriction crue sur le 0- — Coupe de la membrane du tympan, au niveau du bourrelet annulaire ^ (d’après Brunner). — i, épithélium plat de la couche muqueuse de la membrane

plancher de la caisse et du tympan. — 2, épithélium bas à cils vibratiles du bourrelet annulaire. —

3, limite entre les deux formes d’épithélium. — 4, fibres circulaires, vues en

sur la portion osseuse qui coupe. — 5, fibres radiées, entoure la membrane du

tympan les cellules épithéliales, tout en étant munies de cils, se rapprochent tout autant de la cellule plate que de la cellule cylindrique. Ce sont là des formes de transition entre les deux types fondamentaux de l’épithélium tympanique et il est à remarquer que, sur les points où les deux types arrivent en contact, le passage de l’un à l’autre n’est jamais brusque, mais s’effectue toujours graduellement.

Que les cellules ciliées soient cylindriques ou aplaties, elles présentent audessous d’elles, entre leur extrémité adhérente et le chorion muqueux, une couche continue de cellules dites basilaires ou basales, qui ne sont vraisemblablement que des cellules de rénovation, destinées à remplacer les cellules sus-jacentes, quand celles-ci viennent à tomber. Il existe enfin çà et là, entre les cellules cylindriques, un certain nombre de cellules caliciformes (Kessel, Fischer).

b. Couche profonde ou chorion. — Le chorion muqueux comprend à son tour deux plans plus ou moins distincts suivant les régions où on l’examine : un plan

ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.

Fig. 605.

Structure de la muqueuse tympanique.

A. — Coupe à travers la muqueuse de la paroi labyrinthique de la caisse du

ORGANES DES SENS

profond, plus dense, qui répond au périoste; un plan superficiel, qui est situé immédiatement au-dessous de l’épithélium et qui représente le chorion muqueux proprement dit. Ce dernier se compose de fines travées fi br i 1 ! aires, s’entrecroisant dans tous les sens et ménageant entre elles des espaces libres, arrondis ou ovalaires, dans lesquels cheminent des vaisseaux sanguins et lymphatiques.

Kessel les considère comme ayant la même signification que le système lacunaire que nous avons signalé précédemment dans la couche moyenne de la membrane du tympan.

En dehors des replis muqueux que nous avons décrits plus haut entre les parois de la caisse et la chaîne des osselets, Politzkr a signalé à la surface libre de la muqueuse tympanique un certain nombre de cordons membraneux qui, pour lui, seraient des reliquats du tissu conjonctif gélatineux qui remplit l’oreille moyenne

pendant la vie fœtale. Dans leur épaisseur existent des formations particulières de forme ovale ou triangulaire, parfois étranglées sur un ou plusieurs points de leur étendue (fig. 606;. Histologiquement, ces formations bizarres sont constituées par des fibrilles disposées parallèlement à leur grand axe et sont traversées d’un bout à l’autre par une tige centrale également flbri liai re , laquelle se fixe aux parois de la caisse par l'une et l’autre de ses deux extrémités. Leur signification anatomique n’est pas encore élucidée.

c. Glandes. — La question de savoir si la muqueuse tympanique possède des glandes est encore fortement controversée. Tandis que Trôltsch, Wendt, C. Krause les admettent et les décrivent, d’autres anatomistes, notamment Luschka, Sappey, Brunner, rejettent formellement leur existence.

Dans ses recherches sur un nombre considérable d’oreilles moyennes, Politzer n’a rencontré de glandes que dans la partie antérieure de la caisse, au voisinage de l’orifice tympanique de la trompe, là où les avait signalées Trôltscii : encore se voit-il obligé de déclarer que ces glandes sont très variables et ne sont même pas constantes.

Dans son travail déjà cité, Bulle admet bien, pour les avoir observées lui-même, les différentes formations glandulaires décrites par ses prédécesseurs. Mais il fait remarquer èn même temps que l’épithélium de ces glandes a la même structure que celui de la muqueuse dont elles émanent : plat ou cylindrique, cilié ou non cilié, suivant les régions. Or, comme unn invagination de muqueuse ne doit acquérir le titre de glande qu’autant que l’épilhélium de la muqueuse s’est modifié dans la partie invaginée en vue d’une fonction spéciale à remplir, il refuse aux formations en question toute signification glandulaire : pour lui, ce sont tout simplement des cryptes muqueux.

Contrairement à l’opinion de Bulle, Fischer, dans sa thèse inaugurale soutenue à Rostock en 1889, admet l’existence de véritables glandes dans la portion circumtubaire delà muqueuse tympanique et il en décrit de nombreuses variétés, depuis la simple dépression en cæcum jusqu’aux glandes acineuses à deux, trois et un plus grand nombre d’acini.

Formation ovale de la muqueuse tympanique (Politzek).

1, lige centrale à son enlrée dans la formnlion ovale. — 2, la même à sa sortie. — 3, étranglement de la formation.

OREILLE MO VEN NE

Tout récemment (1905), Ganfini a repris la question et, à la suite de nombreuses recherches sur les mammifères domestiques, il admet, lui aussi, l’existence de formations glandulaires dans la muqueuse de la caisse. Il rejette, toutefois, ces glandes acineuses, à acini multiples, qui ont été décrites par Troltsch, par Krause et par Fischer. Il n’a jamais rencontré, dit-il, que des glandes tubulaires fort simples, longues de 130 à loOu, larges de 50 [/.en moyenne, très rarcmen tramifiées et, quand elles le sont, présentant deux divisions au plus.

Outre les glandes tubuleuses, relativement longues, qui descendent toujours dans le chorion, Ganpini en décrit de beaucoup plus courtes, qui se cantonnent dans l’épithélium et qu’il désigne, de ce fait, sous le nom de qlandes intra-épithéliales : elles se présentent, en coupe, sous la forme d’une fente étroite, disposée perpendiculairement à la surface de la muqueuse, descendant jusqu’au chorion, mais sans y pénétrer. Du reste, les éléments cellulaires qui les entourent ne possèdent aucun caractère histologique particulier. Ces cavités intra épithéliales, qui ont été déjà décrites par de nombreux auteurs sur d’autres muqueuses, ont ici, comme ailleurs, la signification de glandes très rudimentaires, témoignant, comme l’écrit Ganfini, de la tendance qu’a l’épithélium delà muqueuse tympanique à s’invaginer pour former des glandes.

§ IV. — Vaisseaux et nerfs de la caisse du tympan

4° Artères. — Le réseau sanguin, destiné à la nutrition de la caisse du tympan et des organes qu’elle renferme, est alimenté par des artères fort nombreuses et de provenances diverses.

a. Origine. — Ces artères émanent de cinq sources différentes (fig. 607) : de Y artère stylo-mastoïdienne, de l 'artère tympanique, de Y artère méningée moyenne, de la pharyngienne, de la carotide interne.

a) L’ artère slylo-mastoïdienne, branche de l’auriculaire postérieure ou de l’occipitale, s’engage dans le trou stylo-mastoïdien et de là dans l’aqueduc de Fallope, qu’elle parcourt de bas en haut. Chemin faisant, elle envoie des rameaux aux cellules mastoïdiennes, jette une artériole sur le muscle de l'étrier et fournit trois rameaux (Arnold) à la caisse tympanique : un rameau inférieur, destiné à la partie postérieure du plancher ; un rameau supérieur, qui se porte vers la partie postérieure de la fenêtre ovale; un rameau moyen , qui arrive à la caisse en suivant le même canal osseux que la corde et qui se distribue à la membrane du tympan (voy. Membrane du tympan).

y) L’ artère tympanique , branche de la maxillaire interne, pénètre dans la scissure de Glaser, qui l’amène à la partie antéro-externe de la caisse. Elle envoie quelques fins rameaux à l’apophyse grêle du marteau et se jette ensuite sur la membrane du tympan, où elle s’anastomose avec les ramifications de la stylomastoïdienne.

À) L 'artère méningée moyenne, autre branche de la maxillaire interne, traverse, comme on le sait, le trou petit rond. En entrant dans le crâne, elle abandonne un petit rameau au muscle du marteau. Plus haut, elle envoie vers l’hiatus de Fallope un deuxième rameau qui s’anastomose, dans l’aqueduc de Fallope, avec l’artère stylo-mastoïdienne. Plus haut encore, elle jette sur le bord supérieur et sur la face antérieure du rocher un certain nombre de fines artérioles, qui pénètrent dans la caisse à travers la suture pétro-écailleuse (p. 664). Arrivées dans la caisse,

ORGANES DES SENS

elles se terminent, en partie sur sa paroi supérieure, en partie sur sa paroi interne.

S) L’ artère pharyngienne , branche de la carotide externe, fournit à la caisse du tympan un petit rameau ascendant, qui suit le même trajet que le nerf de Jacobson. Il se distribue au plancher et au promontoire.

e) La carotide interne elle-même, au niveau du coude qu’elle décrit en passant de la portion verticale dans la portion horizontale du canal carotidien, abandonne en arrière une petite branche, souvent double, laquelle arrive à la caisse en traversant le conduit carotico-tympanique ( artère carotico-tympanique) et se termine sur la paroi antérieure et sur le plancher.

b. Réseau tympanique. — Les différentes artères tympaniques que nous venons

Fig. 607.

Circulation artérielle de la caisse du tympan [demi-schématique) .

1, artère stylo-mastoïdienne, avec : 2, 2, rameaux mastoïdiens de cette artère ; 3, son rameau tympanique supérieur 4, son rameau tympanique inférieur ; 5, son rameau tympanique moyen ; 6, ramuscule pour le muscle de l’étrier. — 7, artère méningée moyenne, réclinée en dedans, avec 8, rameau destiné au muscle du marteau. — 9, rameau gagnant l’hiatus de Fallope pour s’anastomoser avec l’artère stylo-mastoïdienne. — 10, rameaux destinés à la paroi postérointerne de la caisse. — 11, branche de l’artère pharyngienne, pénétrant dans la caisse par le canal de Jacobson. — 12, rameau carotico-tympanique. — 13, 13’, carotide interne.

a, pi’omontoire, avec son réseau artériel. — b, portion osseuse de la trompe d’Eustache. — c, cellules mastoïdiennes. d, aqueduc de Fallope. — e, trou petit rond, placé en dehors de la trompe.

de décrire s’anastomosent entre elles, de façon à constituer sur toute l’étendue de la caisse du tympan un seul et unique réseau (fig. 607).

Ce réseau fondamental, formé par des branches relativement volumineuses, occupe les couches profondes du chorion muqueux. Il fournit deux ordres de rameaux : 1° des rameaux osseux, qui pénètrent dans les parois osseuses de la caisse et qui, sur la paroi interne, entrent en relation (Politzer) avec les vaisseaux de l’oreille interne ; 2° des rameaux muqueux, qui se portent dans les couches superficielles du chorion, directement et sans s’anastomoser entre eux, et aboutissent finalement à un riche réseau capillaire situé au-dessous de l’épithélium.

Dans la région du promontoire, la circulation de la muqueuse tympanique présente un caractère tout spécial : d’après Prussak, dont les recherches ont été confirmées depuis par celles de Brunner, les dernières ramifications artérielles se jetteraient directement dans les veines sans former de capillaires.

c. Artère des osselets. — La chaîne des osselets possède un riche réseau sanguin,

OREILLE MOYENNE

qui a été bien étudié par Kessel. L’artère principale du marteau se divise, à la partie antérieure du col, en deux branches : une branche ascendante, qui se ramifie sur la tête, et une branche descendante, qui pénètre dans l’intérieur du manche. Tout en descendant, cette dernière branche abandonne autour d’elle un grand nombre de ramuscules, qui gagnent la surface extérieure de l’os et s’y anastomosent avec le réseau sous-muqueux.

L’enclume et l’étrier présentent, de même, un réseau intra-osseux et un réseau périphérique largement reliés entre eux par des anastomoses. Sous le nom d'artère stapédienne (de stapes, étrier), on a décrit une branche qui passe entre les deux branches de l’étrier. Cette branche, qui est assez développée chez l’embryon, persiste rarement après la naissance (Merkel).

2° Veines. — Les veines de la muqueuse tympanique, et des osselets sont en général plus nombreuses et plus volumineuses que les artères. Elles sortent de la caisse par les mêmes orifices qui livrent passage aux artères et viennent se jeter : 1° dans les plexus ptérygoïdien et pharyngien ; 2° dans les veines méningées moyennes ; 3° dans le sinus pétreux supérieur ; 4° dans le golfe de la jugulaire interne (Valsava) ; 5° dans les cavités veineuses, décrites par Rektorzik, qui entourent la carotide interne dans son canal osseux et qui communiquent en haut avec le sinus caverneux.

3° Lymphatiques. — Les lymphatiques de la muqueuse tympanique sont très mal connus. D’après Kessel, dont la description est déjà fort ancienne, iis présentent une disposition analogue à ceux de la couche interne de la membrane du tympan et, ici encore, nous rencontrons des canalicules et des lacunes, ces dernières disposées entre les travées fibreuses du chorion . Existe-t-il, en outre, un vrai réseau canaliculaire comme dans les autres muqueuses, la muqueuse pharyngienne par exemple, c’est très probable, mais non encore établi par des faits précis.

Quoi qu’il en soit de sa disposition anatomique, le territoire lymphatique de l’oreille moyenne paraît être tributaire et des ganglions parotidiens et des ganglions rétro-pharyngiens .

Les voies lymphatiques entrent en relation, sur la voûte de la caisse, avec des cavités- arrondies ou triangulaires, qui sont cloisonnées par de fines travées conjonctives et qui sont remplies de leucocytes : ce sont des ganglions lymphatiques rudimentaires. W. Krause, de son côté, a décrit sur la paroi externe de la caisse, un peu au-dessus de la membrane du tympan, un tissu réticulé infiltré de corpuscules lymphoïdes, et Nassiloff, en 1869, a rencontré dans la même région un véritable ganglion lymphatique.

Ganfinj, dans un travail déjà cité, a retrouvé ce tissu réticulaire chez le bœuf et chez le chien. Il est pour ainsi dire constant sur la face antérieure de la caisse. Il est représenté (fig. 608) par des amas lymphoïdes, plus ou moins arrondis, qui sont placés immédiatement au-dessous de l’épithélium et parfois le soulèvent. On peut même voir, dans certains cas, les éléments lymphatiques se répandre dans l’intervalle des cellules épithéliales et arriver ainsi jusqu’à la surface libre de la muqueuse.

Fig. 608.

Un corpuscule lymphoïde de la muqueuse tympanique du bœuf (d’après Ganfini).

ORGANES DES SENS

4° Nerfs. — Les nerfs destinés à la caisse du tympan sont de trois ordres : moteurs , sensitifs, sympathiques.

a. Rameaux moteurs. — Les rameaux moteurs se rendent aux muscles. Ils proviennent : 1° pour le muscle du martesfci, du ganglion otique ; 2° pour le muscle de l’étrier, de la portion du facial qui est contenue dans l’aqueduc. Politzer, utilisant la voie expérimentale (excitation des troncs nerveux dans le crâne), a démontré que le premier de ces nerfs, le nerf du muscle du marteau, émane de la racine motrice du trijumeau et que le second, le nerf du muscle de l’étrier, appartient réellement au tronc du facial et non, comme l’ont admis certains auteurs, à l’un des deux nerfs pétreux.

b. Rameaux sensitifs et rameaux sympathiques. — Les rameaux sensitifs et les rameaux sympathiques sont apportés à la muqueuse tympanique par le nerf de Jacobson, qui vient du glosso-pharyngien, et par le filet carotico-tympanique, qui émane du plexus carotidien (voy. Névuologle). Ces filets nerveux cheminent tout d’abord dans les couches profondes du chorion. Ils passent ensuite, après s’être divisés en des ramifications plus fines, dans les couches superficielles et finalement se résolvent en un plexus à larges mailles, qui est situé immédiatement au-dessous de l’épithélium. Sur leur trajet, Papenheim, Kôlliker et Iüiause ont signalé l’existence d’un certain nombre de cellules nerveuses isolées ou agminées : ce sont de véritables ganglions en miniature.

A consulter, parmi les travaux récents, au sujet de la caisse du tympan, de sa membrane et de ses osselets : Urbanstchitsch, Beitràge zur Anatomie der Paukenhôhle, Arch. f. Ohrenbeilk., 1 87 4 ; — Du même, Zur Anatomie der Gehôrknôchelchen des Menschen, ibid., 1876 ; — Zuckerkandl, Ueber die Art. Slapedia des Menschen, Monatsschr. f. Ohrenbeilk., 1873 ; — Du même, Zur Morphologie des Musculus tensor tympani , Arch f. Ohrenheilk., 1883 ; — Brunner, Beitràge zur Anat. u. Histol. des mittleren Ohres , Leipzig, 1870 ; — Moos, Untersuch. über des Verhallen der Blutgefüsse und des Blutgefüss-Kre.staufs des Trommelfells u. der Rammer griffes, Arch. f. x\ugen- urul Ohrenheilk., 1877 ; — Du même, Ueber Gefassführende Zotten der Trommelhôhlenschleimhaut, Zeitsehr. f. Ohrenheilk., 188V; — Gellé, Etat de V oreille du nouveau-né qui n’a pas respiré, Ann. de Gynéc., 1876; — Du même, L'oreille moyenne dans la série des vertébrés . Gaz. méd. de caris., 1877; — Du même. Etat spécial de, l'oreille moyenne dans la période fœtale, ibid., 1878; — Steinbrugge, Ueber den Sinus tympani . Zeitsehr. f. Ohrenheilk., 1870; — Coyne, Morphologie de la membrane de Shrapnell, Mém. de la Soc. des Sc. physiq. et nat. de Bordeaux. 1881 ; — Crombie, On the membrana tympani, Journ. ol Anat. and Phys., 1883; — Eitelberg, Resultate der Wàgengungen rnenschl. Gehôrknôchelchen, Monatsschr. f. Ohrenheilk, 1884; — Schwabach, Das Trommel fell am macerirten Schldfenbein , Med. Centralbl., 1885; — Pollak, Ueber die Function des Musc, tensor tympani, Wien. med. Jahrb., 1886 ; — Gradenigo, Valore morfologico degli ossicini. La Riforma medica, 1886; — Bulle, Beitraege zur Anat. des Ôhres, Arch. f. mikr. Anat., 1887 ; — Serenin, Die Bedeutung d. Faukenhônle bel Neugeborenen u. S’àuglingen, Th. inaug., Moscou, 1888 ; — Fischer, Ueber das Epithel. u. die Drüsen der Ohrtrompete u. Paukenhôhle, Th. inaug. Rostock, 1880; — Politzer, Die anat. u. histol. Zergliederung des rnenschl. Gehôrorgans, Stuttgart, 1880.

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OREILLE MOYENNE

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§ V. — Cavités mastoïdiennes

L’orifice tympano-mastoïdien ( adilus ad antrum), que nous avons signalé déjà à la partie la plus élevée de la paroi postérieure de la caisse, conduit dans un système de cavités anfractueuses, qui sont creusées en majeure partie dans la portion mastoïdienne du temporal et que nous désignerons en bloc sous le nom de cavités mastoïdiennes . Elles sont remplies d’air, comme la caisse elle-même, et constituent par conséquent de simples diverticuiums de cette dernière. Quelques auteurs, notamment Schwartze et Eyssel, divisent les cavités mastoïdiennes en deux groupes dont l’un appartient à la portion pétro-mastoïdienne du temporal, l’autre à sa portion écailleuse. Une telle division, parfaitementjustifiée par le développement, n’a aucune importance chez l’adulte où les deux pièces osseuses en question sont entièrement soudées.

1° Disposition générale. — Des cavités que nous présente la portion mastoïdienne du temporal, il en est une beaucoup plus grande que les autres: c’est Vautre mastoïdien (fig 609, 9). Elle a ordinairement une forme ovoïde à grand axe antéro-postérieur et fait suite immédiatement au canal tympano-mastoïdien.

Tout autour de l’antre se disposent des cavités plus petites, qui toutes communiquent entre elles, qui toutes aussi communiquent avec la cavité pricipale : ce sont les cellules mastoïdiennes. Elles forment à l’antre comme une coque celluleuse, beaucoup plus développée en bas et en dehors que sur tous les autres points (lig. 6C9).

Les cellules mastoïdiennes sont essentiellement variables par leurs dimensions, par leur forme et par leur orientation. Le plus souvent, elles sont allongées et leur grand axe se dirige vers le centre de l’antre mastoïdien à la manière de rayons. Mais ce n’est pas là une disposition constante et j’ai actuellement sous les yeux trois temporaux, sur lesquels les cellules mastoïdiennes présentent une orienta-

ORGANES DES SENS

tion tout opposée : elles s’allongent parallèlement aux parois de la grande cavité centrale.

2° Rapports. — Les cavités mastoïdiennes présentent des rapports importants, intéressant principalement le chirurgien.

a) En avant, elles répondent successivement aux canaux demi-circulaires, à la

caisse du tympan , à la portion verticale de l’aqueduc de Fallope que suit le nerf facial (fig. 609), à la paroi postérieure du conduit auditif externe.

P) En haut , elles sont séparées de la cavité crânienne par une mince lame de tissu compacte, qui fait partie de la face antérieure et du bord supérieur du rocher.

y) En bas, elles répondent à la rainure digastrique et à l’apophyse mastoïde. Elles descendent assez fréquemment, surtout chez les vieillards, jusqu’au sommet de cette apophyse.

8) En dehors, elles occupent le plan profond de la région dite mastoïdienne. Une lame de tissu compacte, quelquefois fort épaisse, mais le plus souvent fort mince et même transparente, les sépare des parties molles. On a même vu sur certains sujets (Schwartze), cette lame osseuse manquer par places, auquel cas les cavités mastoïdiennes n’étaient fermées du côté des téguments que par une simple lame de périoste.

e) En arrière et en dedans , les cavités mastoïdiennes sont limitées par la face postérieure du rocher et parla face interne de la portion mastoïdienne du temporal. Entre ces deux surfaces osseuses se trouve une gouttière profonde à direction verticale, dans laquelle se loge à l’état frais, la portion descendante du sinus latéral. Sur ce point, les cavités mastoïdiennes et le vaisseau veineux sont séparés par une lame osseuse de tissu compacte, qui, sur certains sujets, est très épaisse, mais qui, sur bien d’autres, est mince, transparente, cédant sous le doigt (fig. 610). Cette lame osseuse peut même manquer sur une étendue plus ou moins considérable, et, dans ce cas, la paroi vasculaire et le revêtement muqueux des cellules osseuses se trouvent en contact immédiat. Est il besoin d’ajouter qu’un pareil voisinage est inquiétant, les affections suppuratives de la caisse du tympan et des cavités mastoïdiennes qui lui font suite pouvant amener, par voie de propagation de proche en proche, une phlébite du sinus latéral avec son cortège de symptômes toujours graves, la thrombose, la pyohémie, l’embolie et une mort plus ou moins rapide. (Voyez, pour plus de détails, les Traités d' anatomie topographique.)

Fig. 609.

Les cavités mastoïdiennes, vues sue une coupe verticale de l'apophyse mastoïde pratiquée suivant l’axe de la trompe d’Lustache (côté droit, segment postérieur de la coupe).

A, apophyse mastoïle. — B, cavité glénoïde. — G, veine jugulaire. 1, paroi interne de la caissse. — 2, membrane du tympan, dont la partie supérieure a été détachée avec le segment antérieur de la coupe. — 3, bec de cuiller. — 4, portion osseuse de la trompe d’Eustache. — 5, facette articulaire pour la branche horizontale de l’enclume. — 6, canal tympano-mastoïdien. — 7, antre mastoïdien — 8, cellules mastoïdiennes.

OREILLE MOYENNE

3° Cavités pneumatiques et cavités apneumatiques. — Nous avons dit plus haut que les cavités qui sont creusées dans la portion pétro-mastoïdienne du temporal se trouvent en communication avec la caisse et sont par conséquent remplies d’air. Dans la plupart des cas, cependant, il existe un certain nombre de cellules qui appartiennent au diploé et qui, à ce titre, renferment à leur intérieur, non pas de l’air, mais une moelle semi-liquide et de coloration rougeâtre.

Le développement respectif des cavités pneumatiques et des cavités apneumatiques ou diploétiques est fort variable.

Les recherches de Zuckerkandl ont établi à ce sujet : 1° que l’apophyse mastoïde est tout entière pneumatique dans une proportion de 36, 8 p. 100 ; 2° qu’elle est presque totalement diploétique dans une proportion de 20 p. 100 ; 3° qu’elle est, enfin, moitié pneumatique et moitié diploétique dans le reste des cas, c’est-à-dire dans une proportion de 42, 8 p. 100.

Huschke et Zoja ont signalé les premiers l’occlusion possible du canal tympano-mastoïdien par une membrane permanente. Cette membrane obturatrice, qui a été retrouvée depuis par Urbantschitsch, n’exclut pourtant par la présence de l’air dans les cavités mastoïdiennes. Car, comme l’a fait remarquer Hyrtl, les cavités en question peuvent être mises en communication avec l'air extérieur par quelque fissure anormale suppléant le conduit ordinaire.

4° Revêtement muqueux. — Les cavités que nous venons de décrire, tant les cellules mastoïdiennes que l’antre mastoïdien, sont tapissées par une membrane muqueuse, qui est le prolongement de celle de la caisse.

A sa surface libre se trouvent assez fréquemment des prolongements, qui, sous forme de filaments, s’étendent d’un point à un autre de la paroi et qui présentent la même signification et la même structure que les formations similaires de la caisse.

Le revêtement muqueux des cavités mastoïdiennes est partout fort mince. Sa couche profonde s’unit intimement avec une lame périostale également fort mince. Son épithélium est formé par des cellules aplaties et dépourvues de cils vibratiles.

5° Vaisseaux et nerfs. — Les artères destinées aux cavités mastoïdiennes proviennent en partie de la stylo-mastoïdienne, en partie de la méningée moyenne. Celles qui émanent de ce dernier tronc leur arrivent par leur face supérieure, à travers la suture pétro-écailleuse. — Les veines suivent les voies les plus diverses : un certain nombre d’entre elles se jettent dans le sinus pétreux supérieur et dans le sinus latéral. — Les lymphatiques sont peu connus. Ils se confondent vraisemblablement avec ceux de la caisse. — Les nerfs , exclusivement sensitifs et sympathiques, ont la même origine que ceux de la caisse du tympan.

Voyez, au sujet des cavités mastoïdiennes : Birmingham, The topographical Anatomy of the mastoid Région of the Shull with spécial reference to operation in the région, The Brit. med. Journ , 1890 ; — Stankuleanu et Depoutre, ütude anat. des groupes cellulaires postérieurs de la mastoïde, Soc. anat., Paris, 1902; — Carli, Beitr. z. Studium d. pars masto'idea d. menschl. Schlafenbeines. Arch. it. Biol., 1904; — Lafite-Dupont, Cellules pneumatiques du temporal, C.R. Gongr. internat. d'Otologie, Bordeaux, 1904 ; — Mouret, Une voie de communication directe entre Vautre mastoïdien et la face postérieure du rocher, ibid., 1904 ; — Calamida, Variétés et anomalies mastoïdiennes, Arch. intern. d’Otol., 1907.

§ VI. — Trompe d’Eustaghe

La trompe d’Eustache est ce long conduit qui relie la partie antérieure de la caisse tympanique à l’arrière-cavité des fosses nasales ou pharynx nasal. Comme le conduit auditif externe, avec lequel elle présente une grande analogie de structure, elle se compose de deux portions : une portion externe, portion dure, por-

ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 87

ORGANES DES SENS

tion osseuse, qui est creusée dans la partie inférieure du temporal ; une portion interne, portion molle, portion membraneuse, portion fibro- cartilagineuse, qui est formée, comme son nom l’indique, par deux lames, l’une fibreuse, l’autre cartilagineuse. En établissant une communication directe entre la caisse du tympan et le pharynx, la trompe a pour double fonction : tout d’abord, de livrer passage aux mucosités sécrétées par la muqueuse tympanique ; puis, de maintenir l’équilibre de pression entre les deux masses d’air que sépare la membrane du tympan,’ l’air captif de la caisse et l’air libre du conduit auditif externe, conditions nécessaires pour le bon fonctionnement de cette membrane.

A. — Considérations, générales

Envisagé à un point de vue général, la trompe d’Eustache nous offre à considérer : 1° sa direction; 2° sa forme; 3° ses dimensions.

1° Direction. — La trompe d’Eustache, dans son ensemble, se porte obliquement d’arrière en avant, de dehors en dedans et de haut en bas. Son axe fait avec l’axe transversal du conduit auditif externe un angle de 135° ouvert en dehors, ou bien un angle de 45° ouvert en dedans, ces deux angles étant réciproquement supplémentaires. D’autre part, il s’incline sur l’horizontale en formant avec elle un angle de 40° ouvert en dedans. Il en résulte .que, si l’on suppose les trois plans horizontal, sagittal et frontal, se rencontrant au niveau 4e l’orifice tympanique de la trompe, celle-ci s’écarte de ces trois plans d’une quantité à peu près égale, en formant avec chacun d’eux un angle de 40 à 45°.

Sa direction représente donc assez exactement la diagonale de ces trois plans pris deux à deux.

Les deux portions osseuse et fibro-cartilagineuse de la trompe d’Eustache ne sont pas situées sur une même ligne droite : la seconde s’incline un peu sur la première, de façon à former avec elle un angle très obtus ouvert en bas et en avant.

Nous ajouterons que, d’après Huschke, la trompe présente un léger mouvement

Fig. 610.

La trompe d’Eustache, vue sur une coupe parallèle à son grand axe.

(Sur la portion molle de la trompe, la paroi antéro-externe ou fibreuse a été détachée de la paroi cartilagineuse et érignée en bas.)

a , enclume. — b, marteau. — c, membrane du tympan, dont le tiers antéro-supérieur a été détaché par la coupe. — d , paroi interne de la caisse. — e, cavité glénoïde du temporal. — f, artère carotide interne.

1, portion membraneuse de la trompe d’Eustache. — 2, sa portion osseuse. — 3, son orifice tympanique. — 4, soa orifice pharyngien. — 5, coupe de sa portion cartilagineuse. — 6, sa portion fibreuse érignée en bas et en dedans. — 7, le muscle du marteau dans son' conduit osseux. — 8, son tendon terminal formant un angle droit avec la portion charnue, pour s’attacher sur le côté interne du manche du marteau. — 9, son nerf venant du ganglion otique. — 10, apophyse styloïde.

OREILLE MOYENNE

de torsion en vertu duquel son côté externe tend à devenir inférieur, tandis que son côté interne tend à devenir supérieur.

2° Disposition générale. — Si l’on suit la trompe d’Eustache dans toute sa longueur, à partir de son extrémité tympanique (fig. 610), on la voit se rétrécir peu à peu jusqu’à l’angle rentrant que forme la portion pétreuse du temporal avec sa portion écailleuse, jusqu’au niveau par conséquent où commence sa portion fibro-cartilagineuse. Puis, à partir de ce point, le conduit s’élargit progressivement jusqu’à son extrémité pharyngienne, où il présente ses plus grandes dimensions.

On peut donc considérer la trompe comme étant doublement infundibuliforme ou, en d’autres termes, comme étant formée par deux cônes qui seraient unis l’un à l’autre par leur sommet tronqué : un cône tympanique, répondant à la portion osseuse ; un cône pharyngien ou guttural , répondant à la portion fibro-cartilagineuse. Au point d’union des deux cônes se trouve naturellement située la partie la plus étroite du conduit : elle est connue sous le nom d'isthme de ta trompe .

La trompe est, en outre, fortement aplatie d’avant en arrière et de dehors en dedans. Il en résulte que les sections faites perpendiculairement à sa longueur ne sont pas circulaires, mais elliptiques à grand diamètre vertical. Cet aplatissement est tel pour la portion fibro-cartilagineuse, que les deux parois opposées arrivent au contact et que, sur les coupes (fig. 610), la lumière du conduit se présente sous la forme d’une simple fente.

3° Dimensions. — La longueur totale de la trompe est de 35 à 45 millimètres, dont les deux tiers pour la portion fibro-cartilagineuse, le tiers seulement pour la portion osseuse. Son calibre est indiqué par les chiffres suivants, qui se rapportent aux trois points les plus importants : l’orifice tympanique, l’isthme, l’orifice pharyngien.

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