ORBITE ET PÉRIOSTE ORBITAIRE
Nous avons déjà décrit longuement en ostéologie (voy. t. Ier) la cavité osseuse, connue sous le nom d 'orbite. Nous avons vu qu’elle affectait la forme d’une pyramide quadrangulaire à sommet postérieur et qu’elle possédait par conséquent quatre parois, une base, un sommet. Nous avons vu encore qu’elle était reliée par de nombreux orifices ( trous ou fentes) : 1° avec la cavité crânienne; 2° avec les fosses nasales ; 3° avec les trois fosses temporale, zygomatique et ptérygo-maxillaire. Nous ne saurions revenir ici sur ces détails sans tomber dans des redites.
Étudiée, non plus sur le squelette, mais bien sur le sujet revêtu de ses parties molles, l’orbite, tout en conservant sa configuration générale ci-dessus décrite, présente quelques modifications de détails, légères du reste, dues à l’étalement du périoste sur sa surface interne.
Le périoste de l’orbite (périorbite de quelques auteurs) tapisse régulièrement
ORGANES DES SENS
les quatre parois de la cavité orbitaire. Solidement fixé à la surface osseuse au niveau du rebord de l’orbite et au niveau des sutures, il ne lui adhère que faiblement sur tous les autres points, d’où son décollement facile dans les dissections et dans les opérations chirurgicales.
En abordant les différents orifices, fentes ou canaux, qui aboutissent à l’orbite ou qui en partent, le périoste respecte les uns et passe au-devant des autres en les faisant disparaître. C’est ainsi que la fente sphéno-maxillaire est complètement fermée par lui ; il en est de même de la plus grande partie de la fenfe sphénoïdale. Au niveau du trou optique et des canaux ethmoïdaux, au contraire, le périoste se réfléchit sur lui-même pour les traverser et se confondre au delà avec la première des méninges cérébrales, la dure-mère. De même, au niveau du canal nasal, il s’engage dans ce conduit, le tapisse dans toute son étendue et se continue, dans le méat inférieur, avec le périoste des fosses nasales. Au niveau de la gouttière sousorbitaire, le périoste de l’orbite se dédouble et forme deux feuillets : un feuillet profond, qui descend dans le fond de la gouttière; un feuillet superficiel, qui passe horizontalement d’un de ses bords à l’autre. 11 résulte d’une pareille disposition : 1° que la gouttière sous-orbitaire est transformée en un véritable canal ostéofibreux, qui continue en arrière le canal osseux de même nom; 2° que le nerf sous-orbitaire auquel elle livre passage ne traverse pas l’orbite, mais se trouve placé en réalité au-dessous de cette cavité.
Le périoste de l’orbite est fort mince et présente, à peu de chose près, la même structure que dans les autres régions. Chez un grand nombre de mammifères, notamment chez le mouton (Turner), il renferme une grande quantité de fibres musculaires lisses, dont l’ensemble constitue le muscle orbitaire ; elles se contractent sous l’influence de l’excitation du sympathique cervical et c’est par ce mécanisme, comme l’a établi Müller ( Journ . de la physiologie, 1861), que les parties contenues dans l’orbite, et notamment le globe de l’œil, sont refoulées en avant. Cet appareil musculaire a presque entièrement disparu chez l’homme où les parois osseuses de l’orbite sont plus développées et plus complètes que chez les , autres mammifères. On rencontre encore cependant, chez ce dernier, une mince couche de fibres musculaires lisses au niveau de la fente sphéno-maxillaire, dans toute la portion de cette fente comprise entre son extrémité antérieure et le commencement de la gouttière sous-orbitaire.
Nous avons déjà dit qu’au niveau du trou optique et des canaux ethmoïdaux la lame périostale de l’orbite se continuait avec la dure-mère crânienne. Nous la voyons de même, au niveau de la base de l’orbite, se confondre sans ligne de démarcation aucune avec le périoste du crâne et de la face.
ARTICLE II
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
L’œil ou globe oculaire est l’organe essentiel de l’appareil de la vision. C’est, comme nous l’avons vu plus haut, un organe pair et symétriquement placé de chaque côté de la ligne médiane, à la partie toute supérieure de la face, au-dessous du cerveau, au-dessus et en dehors des fosses nasales.
1° Forme et dimensions. — Le globe de l’œil, comme son nom l’indique, affecte la forme d’une sphère. Toutefois la sphère oculaire n’est pas entièrement
OEIL OU GLOBE OCULAIBE 433
régulière,, n’est pas exactement géométrique : elle est légèrement aplatie de haut en bas et, d’autre part, sa partie antérieure, sous le nom de cornée transparente fait une saillie très manifeste sur le reste de la surface de l’œil. Cette double disposition entraîne naturellement comme conséquence une inégalité plus ou moins prononcée, mais constante, des trois principaux diamètres du globe oculaire : le
diamètre transversal mesure 23mm,5 ; le diamètre vertical, un peu plus court, 23 millimètres ; le diamètre -antéro-postérieur, le plus long des trois, 25 millimètres. Ce dernier diamètre peut même aller jusqu’à 26 millimètres, en dehors de toute anomalie.
2° Poids et consistance. — Le poids de l’œil varie de 7 grammes à 7 grammes
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 55
Fig. 354.
Coupe horizontale de l’œil droit, segment inférieur de la coupe {schématique).
(La membrane fibreuse de l’œil est représentée en blanc ; sa membrane vasculaire, en rouge ; sa membrane uerveuse
en jaune.)
1, nert optique (en jaune). — 2, sa gaine fibreuse ou durale. — 3, sclérotique. — 4, conjonctive scléroticale. — 5, conjonctive cornéenne. — 6, cornée. — 7, choroïde (en rouge), avec 7’, zone ciliaire (en rouge). — 8, iris (en rouge).
— 9, rétine ( en jaune), avec : 9’, région de la macula; 10, sa portion ciliaire (pars ciliaris retinæ). — 11, oraserrata.
— 12, cristallin et cristalloïde. — 13, chambre antérieure. — 14, chambre postérieure. — 15, membrane hyaloïde (en bleu plein). — 16, canal godronné de Petit. — 17, corps vitré (en bleu quadrillé). — 18, fovea patellaris. — 19, canal hyaloïdien. — 20, 20’, insertion des tendons des muscles droit interne et droit externe sur la sclérotique.
et demi. Sa consistance, très ferme sur le vivant, donne au doigt qui l’explore la sensation d’un corps dur et solide. Cette consistance est due moins à la résistance
3° Topographie oculaire. — On distingue au globe oculaire (fi g. 355), comme au globe terrestre, auquel on l’a comparé, deux pôles, un équateur et des méridiens : a. Pôles. — Les pôles sont les deux points de la surface extérieure de l’œil que traverse le diamètre antéro-postérieur de cet organe : le pôle antérieur correspond au centre de la cornée transparente ; le pôle postérieur est situé au , point diamétralement opposé, un peu en dehors de l’orifice d’entrée du nerf optique. On désigne sous le nom d’axe de
l'œil., la ligne droite allant d’un pôle à
Topographie oculaire : l’œil droit, vu d’en i> .
haut. 1 autre-
r .. .. . .. ,, . b. Équateur et hémisphères. — L’équa-
xx, diamètre antéro-postérieur. — a, pôle antérieur. 1 r *■
— b, pôle postérieur. — c, centre de îœii. — ee, équa- teur de l’œil n’est autre que le grand
teur (ligne de petites croix). — A. hémisphère antérieur . . °
(en rouge). — B, hémisphère postérieur [en bleu). — mm. Cercle qui est perpendiculaire à l’axe andeux méridiens. — 1, cornée transparente. — 2, scléro- . , • . , . , ,
tique. - 3, nerf optique (en jaune). téro-posteneur et dont chacun des points
est également distant de deux pôles.
L’équateur divise le globe de l’œil en deux segments sensiblement égaux (l’un antérieur, l’autre postérieur) appelés hémisphères.
c. Méridiens. — Enfin, on désigne sous le nom de méridiens tous les grands cercles, quel que soit le plan par lequel ils sont menés, qui passent à la fois par l’un et l’autre pôle. Chaque méridien , on le conçoit, est parallèle à l’axe antéro-postérieur de l’œil et, d’autre part, coupe perpendiculairement le cercle équatorial. On distingue un méridien vertical, un méridien horizontal , et, entre les deux, une série indéfinie de méridiens obliques.
4° Situation et rapports. — Le globe de l’œil occupe la partie antérieure de l’orbite. Il est contenu presque tout entier dans cette cavité. Seule sa partie antérieure la déborde un peu en avant, comme nous le verrons tout à l’heure.
a. Rapports de l'axe oculaire avec l’axe orbitaire. — Les deux axes antéro-postérieurs des yeux, celui de l’œil droit et celui de l’œil gauche, sont pour ainsi dire parallèles. Ils divergent bien d’arrière en avant, mais cette divergence est légère : elle est représentée par un angle à sommet postérieur
Coupe frontale de l’orbite passant par l’hémisphère postérieur de l’œil, sujet congelé (T. J.).
a, releveur de la paupière supérieure. — b, droit supérieur. — - c, droit iuférieur. — d. droit interne. — e, droit externe. — f, grand oblique. — </, petit oblique. — 7, nerf optique. — 8’, 8”, artère sus-orbitaire et artère nasale.
des membranes qui l’entourent, qu’à
la
pression des liquides qu’il renferme, pression qui atteint j usqu’à 15. millimètres de mercure.
OEIL OU GLOBE OCULAIRE
dont l’ouverture est en moyenne de 10 degrés. Si l’on veut bien se rappeler maintenant (voy. Ostéologie) que les axes des deux orbites se portent obliquement en dehors, de façon à intercepter entre eux un angle de 46 degrés, on voit tout de suite que l’axe de l’œil est bien loin de coïncider avec celui de la cavité qui le contient : les deux axes oculaire et orbitaire s’inclinent l’un sur l’autre sous un angle de 18 degrés.
b. Rapports de Vœü avec les parois orbitaires. — D’un autre côté, le globe oculaire n’est pas exactement situé sur l’axe antéro-postérieur de l’orbite, je veux dire à égale distance de ses quatre parois. L’observation démontre qu’il est plus rapproché de la paroi externe que de la paroi interne, un peu plus rapproché aussi de la paroi supérieure que de la paroi inférieure. Sur une coupe vertico-transversale d’orbite congelé, passant par l’équateur de l’œil, j’ai trouvé, comme intervalle oculo- orbitaire : en haut, 9 millimètres; en bas, 11 millimètres; en dedans,
11 millimètres; en dehors, 6 millimètres seulement.
c. Rapports de Vœü avec la base de V orbite. — En ce qui concerne les rapports de l’œil avec la base de l’orbite, nous pouvons les résumer comme suit. Le sommet de la cornée transparente est situé à peu de chose près sur la ligne droite qui joindrait les points les plus saillants des rebords orbitaires supérieur et inférieur (fig. 357, A). Sur une coupe horizontale, au contraire (fig, 357, B) , la ligne qui réunit le bord interne au bord externe de la base de l’orbite passe très en arrière de la cornée. Cette ligne, comme nous l’avons déjà vu en ostéologie et comme nous le montre nettement la figure 357, est fortement oblique de dedans en dehors et d’avant en arrière : en dedans, elle rencontre la partie antérieure du corps ciliaire ; en dehors, elle passe un peu en arrière de l’ora serrata.
Nous voyons donc, par ce simple exposé, que si le rebord supérieur de l’orbite dépasse et surplombe le globe oculaire, celui-ci à son tour déborde en avant les trois autres bords, le bord externe plus que les deux autres. C’est donc par son côté externe que l’œil est le moins protégé contre les violences extérieures et que,
d’autre part, il est le plus accessible aux instruments du chirurgien.
Il convient d’ajouter que les rapports du globe oculaire avec la base de l’orbite présentent, suivant les sujets, des variations souvent fort étendues. Abstraction faite des variations dites individuelles, qui existent ici comme partout ailleurs,
Fig. 357.
Rapports du globe de l’œil avec la base de l’orbite, vus : A, sur une coupe sagittale; B, sur une coupe horizontale.
1, rebord supérieur de l’orbite. — 2, rébord inférieur. — 3, rebord interne — 4, rebord externe. — 5, pôle antérieur de l’œil. — 6, nerf optique. — 7, 7, équateur de l’œil.
Les deux axes xx indiquent : dans la figure A, la ligne qui unit les points les plus saillants des deux rebords supérieur et inférieur ; dans la figure B, la ligne qui unit les points les plus saillants des deux bords interne et externe. — Les deux lignes yy indiquent à leur tour : dans la fig. A le plan vertical : dans la fig B, le plan horizontal.
ORGANES DES SENS
ces rapports sont influencés par ce qu’on pourrait appeler Y état de réplétion de la cavité orbitaire , je veux dire le développement plus ou moins considérable de la masse adipeuse rétro-oculaire et la distension plus ou moins grande des vaisseaux artériels ou veineux. Or, ces' conditions anatomiques sont susceptibles de varier, sur un même sujet, suivant les conditions physiologiques ou pathologiques dans lesquelles il se trouve. Chacun sait, par exemple, qu’à la suite de maladies longues, entraînant après elles un amaigrissement général, les yeux sont plus ou moins rentrés dans l’orbite ( yeux caves). Des observations nombreuses nous démontrent, d’autre part, que, toutes les fois que la cavité orbitaire est le siège d’une circulation plus active ou d’une stase veineuse, l’œil se projette en avant et, dans ce cas, arrive plus ou moins à fleur de tête.
d. Rapports de l'œil avec les paupières et avec V aponévrose de Tenon. — Quelle que soit sa situation dans la cavité orbitaire, le globe oculaire n’est jamais en rapport immédiat avec les os. Recouvert en avant par les paupières (voy. Paupières, p. 560), il est reçu en arrière dans une espèce de cupule fibreuse ou simplement conjonctive que lui forme l’aponévrose orbito-oculaire ou aponévrose de Tenon. Comme nous le verrons plus loin (voy. Annexes de l'œil), cette aponévrose recouvre les cinq sixièmes postérieurs du globe de l’œil et, de ce fait, sépare cet organe de toutes les autres parties molles qui sont contenues dans la cavité orbitaire.
5° Constitution anatomique : membranes enveloppantes et milieux transparents. — Envisagé au point de vue de sa constitution anatomique, le globe ocu laire nous offre à considérer deux ordres de formations :
a) Des formations membraneuses, qui constituent les parois du globe oculaire et que nous désignerons sous le nom de membranes enveloppantes ;
P) Des milieux liquides ou solides, qui se disposent à la suite les uns des autres depuis le pôle antérieur jusqu’au pôle postérieur et que nous grouperons, en raison de leur rôle dans la vision, sous le nom de milieux transparents et réfringents.