I. FACE ANTÉRIEURE OU RÉGION DU GENOU
Cette face, irrégulière et anguleuse, change de forme suivant que la jambe est dans l’extension ou dans la flexion.
Couches anatomiques. — 1° La peau est dense , épaisse et rugueuse , au niveau de la rotule et de l’épine tibiale , surtout chez les personnes qui se mettent souvent à genoux.
— 2° Le fascia superficialis est confondu avec la couche celluleuse sous-cutanée. Us constituent une membrane celluloaponévrotique , renfermant plusieurs lamelles dans le dédoublement desquelles sont logés quelques flocons adipeux. Chez les sujets infiltrés ou les personnes très-grasses , les genoux paraissent enfoncés et portés en dedans, ce qui tient à la présence de brides qui s’attachent à la peau et la dépriment. Autour de la rotule , j’ai rencontré une série de ces brides qui forment un véritable ligament cutané.
— 3° L 'aponévrose d’enveloppe , dense , nacrée , à fibres entre-croisées, constitue un large ligament plus fort et plus épais en bas qu’en haut : elle se dédouble au niveau de la rotule pour loger une bourse muqueuse, étendue sur toute la face antérieure de cet os , et destinée à favoriser le glissement de la peau. Les coups et les chutes sur le genou peuvent y développer un hygroma , une hématocèle ou des abcès que j’ai nommés preerotuliens (J. des Conn. méd. chir. juillet 1842 ). Le pus peut crever la poche, et se répandre tout autour , perforer même la synoviale, ou altérer à la longue la rotule qui n’est protégée que par un mince tissu fibreux. J’ai vu confondre ces accidents avec une tumeur blanche , dont ils se distinguent par des caractères spéciaux : position étendue de la jambe, difficulté de la flexion , suppuration superficielle, rotule enfoncée, etc. II est urgent de débrider ces foyers de bonne heure. — En bas et en dedans, l’aponévrose est renforcée par la patte d'oie , termi-
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liaison tendineuse des muscles couturier , droit interne et demi-membraneux. — Au milieu , elle s’insère sur les côtés de la rotule , de sorte que cet os est comme le centre d’une fouie de faisceaux fibreux qui le comprennent dans leur épaisseur à la manière des os sésamoïdes. — L’expansion de la patte d'oie est séparée du tibia par une bourse muqueuse.
— 4° La 4m0 couche est hétérogène. Autour de la rotule viennent se terminer le vaste interne et l’externe; au milieu, le moyen et le crural antérieur réunis forment le ligament rotulien supérieur ; l'inférieur va s’attacher à la tubérosité du tibia. De chaque côté de larges prolongements fibreux vont se fixer aux condyles. — Au-dessous, la capsule fibreuse fémoro-rotulienne double la synoviale qui déborde tout autour; aussi les plaies du genou peuvent devenir très-graves parce qu’elles sent facilement pénétrantes. La plupart sont mortelles; on les regarde comme un cas d’amputation. J’en ai guéri une par la réunion immédiate avec la suture'entortillée , et par l’opium à haute dose. Je fis des pansements trèsrares; le blessé conserva une partie des mouvements.
L 'artère récurrente du genou naît de la tibiale antérieure , et remonte sur la ligne médiane ; les cinq artères articulaires se terminent sur les os dont elles sont les vaisseaux nourriciers , et sur la capsule ; les derniers ramuscules de la grande anastomotique de la cuisse descendent au côté interne du genou. De là , entre les artères poplitée et tibiale antérieure , des voies col latérales toutes préparées pour le rétablissement de la circulation , quand la poplitée est oblitérée ou liée. Ajoutons que les anastomoses des perforantes avec les articulaires multiplient les vaisseaux accessoires qui peuvent verser le sang dans la tibiale antérieure. — Les veines suivent les artères. — Les lymphatiques superficiels convergent à l’aine. — Les nerfs sont déliés et insignifiants. — L’absence d’organes importants permet d’attaquer le genou en avant dans les résections et les désarticulations. Moreau procède par un lambeau quadrilatère antérieur; Syme enlève un
DD GENOU
lambeau elliptique avec la rotule et résèque eusüite les têtes osseuses. L’amputation n’est-elle pas préférable à ces graves délabrements qui ne laissent qu’un membre difforme et boiteux ? — M. Blandin a voulu réhabiliter la désarticulation : II fait un lambeau postérieur qui contient le vaisseau nourricier. La meilleure modification serait peut-être le procédé ovalaire de M. Baudens qui reporte la cicatrice en arrière , à l’abri des tiraillements et des pressions. J’ai vu en 1836 des insuccès qui ont porté M. Velpeau à renoncer à cette désarticulation qu’il avait d’abord adoptée. L’étendue de la plaie, la présence d’une synoviale et le danger inévitable des clapiers, la lenteur de la cicatrisation , etc , me semblent lui donner une infériorité marquée sur l’amputation.