‹ Traité d'anatomie médico-chirurgicale et topographique, considérée spécialement dans ses applications à la pathologie, à la médecine légale, à l'obstétricie, et à la médecine opératoireChapitre 18 sur 142 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Du Crâne.

Le crâne , boite osseuse destinée à loger l’encéphale , constitue environ les deux tiers du volume total de la tête. On l’a considéré comme l’épanouissement supérieur du rachis. Gall a longuement traité de ses différences individuelles; et sans admettre toutes ses vues cranioscopiques de détail , il nous a semblé que la forme générale du crâne avait des rapports sensibles avec les instincts et les aptitudes.

Nous étudierons : 1° les parties molles ou région péricranienne , 2° le squelette , et 3° la cavité crânienne et Y encéphale.

§ I. RÉGION PÉRICR ANIENNE .

Cette région se trouve circonscrite par les sourcils, le trou auditif, l’apophyse mastoïde et la ligne courbe inférieure de l’occipital. La ligne d’implantation des cheveux , invoquée par M. Malgaigne comme limite en arrière , est une donnée trop variable pour pouvoir servir de règle. Nous subdiviserons cet espace 1 0 en région occipito - frontale , 2° tcmporo-pariétalc , et 3° mastoïdienne. La partie que M. Malgaigne dénomme sous-occipitale se rapporte à la face supérieure du rachis.

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Nous étudierons d’abord les parties communes , puis les parties spéciales : cette méthode particulière nous a paru propre à éviter les répétitions et à mieux généraliser les vues d’ensemble.

A. Parties communes.

Couches anatomiques : 1° les téguments sont très-épais ; ils portent le nom de cuir chevelu; plus minces et plus mobiles aux tempes , ils sont glabres au front , lisses chez l’enfant et l’adolescent , et plus ou moins ridés chez l’adulte et le vieillard. On y trouve beaucoup de follicules sébacés qui peuvent devenir le siège de maladies diverses comme l’acné, etc. Plusieurs petites loupes ne sont dans l’origine que des follicules engorgés et hypertrophiés ; leur siège est toujours au-dessus de l’aponévrose épicranienne ; plus tard , elles finissent par adhérer aux tissus sous-jacents , ce qui en rend l’extraction difficile , et commande de les opérer de bonne heure.

A l’angle supérieur de l’occipital , les cheveux sont implantés verticalement; partout ailleurs, ils percent la peau obliquement. C’est aux tempes qu’ils blanchissent d’abord ; de là, le nom de tempes, de lempora.

J’ai constaté par l’autopsie , qu’en général la teigne laveuse siège dans les follicules pileux, même aux membres. Le traitement du docteur Ordinaire est celui qui m’a le mieux réussi, et celui auquel , sauf une légère modification dans la composition de l’emplâtre , on s’est définitivement arrêté à l’hospice de l’Antiquaille de Lyon.

Dans la plique polonaise , on a dit que les cheveux saignent quand on les coupe; cela lient au prolongement de la papille du bulbe , qu’on peut comparer à celui de la plume naissante chez les oiseaux, et qui donne lieu au même phénomène.

Les bulbes s’atrophient avec l’âge; les cheveux blanchissent et tombent; l’alopécie paraît être quelquefois héréditaire; dans certaines familles elle commence entre 20 et 30 ans.

Les naturalistes ont remarqué que les cheveux sont blonds chez les Anglais et les peuples de l’Allemagne, et noirs dans le midi de l’Europe. Ils sont crépus, rudes et courts chez le nègre; longs et fins dans les autres races. Les Albinos sont des peuplades à cheveux blancs et laineux.

2° La couche sous-cutanée, cellulo-adipeuse , est très-adhérente à la peau, excepté aux tempes : M. Malgaigne décrit simultanément ces deux premières couches, mais c’est manquer à l’analogie; le scalpel , du reste, peut assez facilement les isoler. L’épaisseur de cette couche varie : elle est plus grande dans la fosse temporale qu’elle comble quelquefois.

3° L 'aponévrose épicranienne , analogue du fascia superficialis général , enveloppe tout le crâne. Partout distincte de la couche précédente , elle est réduite au vertex à un feuillet celluleux, et constitue aux tempes une lame cellulofibreuse très-dense. C’est au glissement de ce fascia qu’est due la mobilité des téguments sur le crâne , très-prononcée chez quelques individus.

La texture serrée de ces trois couches , les rendant peu extensibles , expose à une sorte d’étranglement dans l’inflammation du cuir chevelu ; de là , des douleurs excessives qui tiennent au grand nombre de nerfs épicraniens , et la fréquence des accidents cérébraux qu’explique et vient aggraver la communication des veines émissaires de Santorini avec l’encéphale; de là aussi la nécessité d’ouvrir largement les téguments enflammés pour arrêter le travail pyogénique , et plus tard , pour prévenir les décollements étendus qu’amènent les suppurations profondes. — Cette résistance des téguments comprime et aplatit les tumeurs , et fait prendre aux loupes péricraniennes une forme plate qui leur a valu le nom de taupes.

Les épanchements sanguins y sont très-communs. Par une contusion légère , le sang s’extravase dans les cellules de la couche sous-cutanée et forme la tumeur dure et rénitenle

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connue vulgairement sous le nom de bosse . Une contusion plus forte déchire les vaisseaux profonds et le sang peut se répandre jusque sous le péricrâne ; ce qui établit deux variétés distinctes d’épanchements sanguins, sus et sous-aponévro tiques.

La fixité et le peu d’élasticité de ces couches rendent les plaies avec perte de substance difficiles à réunir; aussi les bandelettes agglulinatives sont-elles insuffisantes pour maintenir leurs bords rapprochés; la suture est nécessaire et toujours préférable. Pott et J.-L. Petit insistent sur la nécessité de raser le cuir chevelu tout autour; ils ont vu la pointe des cheveux agir , comme les cils dans le trichiasis, irriter la peau et déterminer des accidents graves . Des considérations particulières se rattachent à chacune des régions suivantes.

B. Parties spéciales.

1° La région occipito-frontale correspond à toute la voûte du crâne. Au milieu du front se voit la veine préparate ou frontale, souvent double ou très-développée , et manquant quelquefois. Vers la racine du nez, elle se jette dans la veine faciale. Sa saignée était usitée chez les anciens; M. Velpeau a voulu la remettre en honneur; elle dégorge la moitié antérieure du crâne par les veines émissaires de Santorini , et peut être utile; mais elle manque de contraction musculaire suffisante pour l’écoulement du sang.

En dehors de la veine frontale se trouvent les deux petites artères du même nom , terminaison de l’ophthalmique; elles montent de l’angle interne de l’orbite au sommet de la tète. Leur histoire a acquis de l’importance depuis que M. Blandin a montré qu’on pouvait et qu’on devait les ménager dans l’opération de la rhinoplastie par la méthode indienne , en donnant six lignes (13mra ) de largeur au pédicule du lambeau frontal au-dessus de la racine du nez. 11 serait utile également de les conserver dans les restaurations de la paupière supérieure par la même méthode.

Le muscle frontal , né de l’aponévrose épicranienne, descend se confondre avec les muscles palpébral , sourcilier et pyramidal du nez. Il a pour antagoniste le muscle occipital étendu de la même aponévrose à la ligne courbe supérieure et à l’apophyse mastoïde ; c’est à leur jeu que sont dues la mobilité du cuir chevelu et les rides du front.

L’artère sus-orbitaire , née de l’ophthalmique , sort de l’orbite par l’échancrure sourcilière, remonte sous le muscle frontal , où elle s’épuise en s’anastomosant avec la frontale et la temporale superficielle. La ligature en est difficile à cause du tissu dense et serré du front : on en vient mieuxâ bout avec le ténaculum qu’avec des pinces.

Le nerf sus-orbitaire ou frontal externe , né de l’ophthalmique, sort de l’orbite par l’échancrure sourcilière, prés du centre de l’arcade orbitaire; à 1 pouce environ (27mra) du milieu de la racine du nez ; puis se répand sur les muscles et sur le périoste. Le frontal interne sort de l’orbite à 4 lignes (1 c) du précèdent , et en dehors de la poulie du grand oblique.

M. Bouniceau place dans ces nerfs le siège de la migraine; il propose de les comprimer avec le pouce , à leur sortie de l’orbite; ce qui lui a réussi pour faire cesser les accès en quelques secondes. Nous l’avons expérimenté; mais le plus souvent les accès reparaissent.

Ces nerfs sont sujets à s’affecter de névralgie ( tic douloureux) ; on a cherché un remède dans l’excision et la cautérisation. On peut avec succès en pratiquer la section sous-cutanée au-dessous du sourcil , au niveau de leur émergence de l’orbite, à l’union du tiers interne avec le tiers moyen de l’arcade. Toutefois, il faut d’abord avoir recours à l’emploi de la méthode endermique qui plus d’une fois a suffi seule pour triompher de la maladie. On a vu l’amaurose suivre la lésion traumatique de ces nerfs ; on la regarde comme incurable. J’ai démontré par des faits ( Traité pratique de V Amaurose ou goutte-sereine ) qu’il y a souvent alors

1)Ü CRAfJK .

complication de commotion ou de contusion de l'œil , et que cette prétendue incurabilité peut céder à une thérapeutique rationnelle. J’ai la satisfaction de voir que celte doctrine commence à se répandre; elle a été accueillie en Belgique; et, récemment en France, elle a fait la base d’un mémoire sur la variété d’amaurose que j’ai appelée traumatique (Gaz. Méd., 1842).

Les lymphatiques sont peu connus. Les principaux suivent les artères temporales et auriculaires , et se rendent dans les ganglions parotidiens et mastoïdiens qui s’engorgent dans les affections péricraniennes. On remarque en outre un petit faisceau qui suit la veine frontale, descend à la face , et de là aux ganglions sous-maxillaires; ce qui explique certains phénomènes pathologiques.

2° Région temporo-pariëtale.

Couches anatomiques ; 1° au premier plan on trouve les muscles auriculaires antérieur (zygomato-auriculaire) et postérieur (temporo-auriculaire) peu importants en anatomie chirurgicale.

2° Vient ensuite une aponévrose forte, dans le dédoublement de laquelle rampe l’artère temporale superficielle , la seule , pour ainsi dire , qui donne lieu à l’artériotomie. Elle se bifurque à 15 ou 16 lignes (33 à 36 mm) au-dessus de l’arcade zygomatique ; le lieu d’élection pour la saignée, d’après M. Magistel , est à 8 ou 10 lignes (18 à 22 mm) de l’arcade, et à 15 du méat auditif.

3° L 'aponévrose moyenne, très-forte, est doublée d’un tissu cellulaire graisseux, plus ou moins abondant, qui contribue à la voussure ou à la concavité de la tempe , et sert comme de mesure à l’embonpoint et à l’émaciation.

4° L 'aponévrose propre du muscle crotaphite, auquel elle forme une gaine de renforcement.

5° Le muscle temporal (temporo-maxillaire) dont l’épaisseur a paru une contr’indication suffisante au trépan dans ce point. M. Blandin craindrait d’y recourir. Sabatier propose

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de donner à l'incision extérieure la forme d’ün V pour ménager les fibres du muscle. M. Malgaigne, celle d’un Y tronqué à son sommet; modifications secondaires , qui ôtent peu à la gravité de l’opération elle-même.

Les abcès, développés sous l’aponévrose externe , ont peu de tendance à fuser au loin ; les plus profonds, au contraire, bridés par de fortes aponévroses , s’étendent jusque dans la région zygomatique , de même que des fongus, nés dans cette fosse, pourront faire saillie dans la région temporale.

6° Les artères temporales profondes antérieure et postérieure, nées delà maxillaire interne, communiquent avec les orbitaires parles trous malaires; et les veines, avec l’encéphale par les veinules émissaires de Sanlorini; de sorte que les tempes sont un lieu très-convenable pour la révulsion et les saignées artérielles et capillaires dans les maladies du cerveau , et surtout de l’orbite efdes yeux.

Les lymphatiques suivent les artères temporales et l’auriculaire postérieure, et se rendent dans les ganglions parotidiens et mastoïdiens.

3° Région mastoïdienne.

Les couches anatomiques sont peu nombreuses : 1° Le muscle auriculaire postérieur (mastoïdo-auriculaire) recouvert par un peu de graisse. — 2° L’insertion à l’apopbyse mastoïde du sterno - mastoïdien , du trapèze , du splénius , etc. — 3° L’artère mastoïdienne. — 4° Le périoste.

J’ai expérimenté combien cette région est favorable pour l’application des sangsues , des cautères et des moxas dans les maladies de l’œil et de l’oreille. Nous étudierons , à propos de l’appareil auditif, ce qui a rapport aux abcès, à la carie et à la trépanation de l’apophyse mastoïde. (Sect. II, c. II, art. 1.)

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