‹ Traité d'anatomie médico-chirurgicale et topographique, considérée spécialement dans ses applications à la pathologie, à la médecine légale, à l'obstétricie, et à la médecine opératoireChapitre 28 sur 142 · II. CAVITÉ BUCCALE · texte numérisé non relu

II. CAVITÉ BUCCALE

La cavité buccale , abstraction faite de la langue , aurait , selon M. Yelpeau, 18 à 20 lignes (40 à45mm) de hauteur dans son milieu. Nous la subdiviserons en plusieurs régions : — l°La région latérale nous est connue, c’est la face interne des régions géniennes.

2° La région palato-gengivale , ou face supérieure de la bouche, est impaire et symétrique, etde forme concave. Chez le très-jeune embryon , où le rebord alvéolaire n’existe pas encore , elle est presque plane; chez le vieillard, après la chute des dents, elle tend à le redevenir; sur certains sujets , je l’ai vue très-cave et profonde , ce qui gênait la parole. Aussi doiton toujours examiner le palais dans l’étude du bégaiement. Une saillie sur l’un ou l’autre côté de la voûte palatine peut être l’indice d’un polype ou d’une hydropisic du sinus maxillaire.

Couches anatomiques. 1° La muqueuse est dense , ridée transversalement, pâle, et recouverte d’un épithélium qu’on peut enlever. On y trouve un raphé médian , correspondant en avant, derrière les incisives, à l’orifice du canal palatin antérieur qui loge les filets naso-palatins nés du ganglion du même nom et distribués à la muqueuse. Sur les gencives, elle est rouge et moins dense; elle y donne naissance à des polypes ou épulis. Son adhérence aux dents est médiocre , quelquefois cependant elle est assez forte pour qu’il soit besoin de les déchausser avant de les arracher. — 2° Une couche cellulo-fibreuse , sfe rapprochant de la nature du pé~

rioste , double la muqueuse. — 3° Entre ces deux couehes, on trouve des follicules muqueux abondants. M. Serres a découvert sur les gencives surtout àleur côté interne , de petites glandes qu’il a nommées dentaires, et qui sécrètent une matière spéciale, variable suivant l’âge et les maladies. C’est l’altération de leur sécrétion qui produirait le tartre des dents, regardé jusqu’ici comme un résidu de la salive. M. Serres a différencié ces deux produits par l’analyse chimique , il dit n’avoir jamais trouvé de matière analogue au tartre dans la salive desséchée. C’est sur ces glandes qu’agissent surtout les préparations mercurielles ; on avait cru à tort qu’elles ne portaient que sur les glandes salivaires. — 4° Le squelette, formé par les os maxillaires supérieurs et palatins. La syphilis en produit souvent la carie ou la nécrose, de manière à établir une communication entre le nez et la bouche, qui gêne la déglutition et influe sur le timbre de la voix. On y remédie par un obturateur ou une opération d’uranoplastie. La muqueuse buccale , doublée de sa couche fibreuse , adhère fortement à la voûte palatine; ce qui ne permet pas d’y pratiquer des restaurationsparsimple déplacement. Pour le voile, MM. Blandin et Nélaton ont imaginé de la dédoubler plutôt que de la déplacer ( Ballet . Thérap., 1836, XI, — 379j.

En arrière , on trouve appendu à la voûte palatine le voile du palais, cloison membrano-vasculaire, de forme quadrilatère , qui sert de valvule ou de soupape : 1° pour ouvrir ou fermer l’isthme guttural, 2° pour empêcher par son élévation le passage des aliments et des boissons dans le nez et les trompes d’Eustaclie, etc.

Couches anatomiques. Les muqueuses: 1° buccale, 2° pituitaire, 3° trame celluleuse dense , 4° follicules muqueux abondants , â° couche musculeuse formée de 5 muscles : A. le pèristaphylin externe (ptérygo-stapliylin) tend horizontalement le voile en le tirant en dehors; B. le péris taphy lin interne (pétro-staphylin) élève le voile et le porte en arrière; C. le palato-staphylin raccourcit et élève le voile et la

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luette; D. le pharyngo-staphylin (portion du stylo-pharyngien) abaisse le voile et élève le pharynx; E. le glosso-staphylin abaisse le voile et élève la base de la langue. La fonction de ces muscles est involontaire , excepté chez quelques chanteurs qui les ont assouplis par l’exercice. — - Pour extirper certains polypes de la gorge, on a fendu le voile du palais. Cette division est parfois congéniale.

La bifidité palatine, analogue au bec-de-lièvre, estauvoile du palais et à sa voûte ce que celui-ci est aux lèvres et au maxillaire supérieur. M. Roux a imaginé , pour y remédier, la staphyloraphie qu’il a appliquée avec succès, en 1819, sur M. Stephenson , médecin d’Amérique. Celte anomalie est assez commune pour que ce chirurgien compte aujourd’hui, à lui seul , plus de 60 opérations de ce genre. Remarquons que la staphyloraphie réussit rarement dans les divisions de la voûte ; de là , la nécessité de réunir d’abord les os palatins; or, l’appui solide des arcades dentaires sur les apophyses ptérygoïdiennes rend ce rapprochement difficile. Dans le bec-de-lièvre compliqué de l’écartement des maxillaires , la chéiloraphie suffit souvent pour réunir les os à la longue; dans les cas difficiles, MM. Montain et Pointe, de Lyon, ont inventé et appliqué un compresseur qu’on pourrait peut-être utiliser pour la voûte ( Bullet . Thérap., 1836 , XI , — 231). Ajoutons que les chances de la staphyloraphie diminuent par le fait de la multiplicité des usages du voile qui sert dans l’action de cracher , de moucher , de parler , dans la toux , l’éternuement , le vomissement , etc. Je l’ai vue manquer entre les mains deM. Rlandin, pour une seule de ces causes.

Sur la ligne médiane , le voile se termine par la luette formée surtout par le muscle palato-staphylin et des follicules nombreux rudimentaires chez l’enfant et volumineux chez le vieillard. Elle est très-sujette à s’engorger; l’alun ou le nitrate d’argent peut triompher de l’étal aigu; à l’état chronique ( chute ou relâchement de la luette ) , elle s’allonge par l’hypertrophie de ses éléments glanduleux , titille la lan-

gue,etc.; de là, des vomituritions , des crachotements , et plus tard de la dyspepsie , de la toux, uu épuisement progressif, etc. J’ai yu des cas de ce genre qu’on traitait pour des phlhisies laryngées, des gastrites chroniques, des entéralgies , etc. Je les ai guéris par l’excision du prolongement avec un coup de ciseaux. Cette opération est sans inconvénients.

3° Le plancher, ou face inférieure de la bouche, est trèscomplexe , et formé d’éléments variés que les anatomistes ont rapportés à des régions diverses, en sorte qu’en suivant leur procédé, il faudrait , pour avoir une idée complète de la cavité buccale, eu étudier une partie dans la face, en chercher une autre au cou , une autre au pharynx , etc. Ainsi M. Edwards la place dans la région maxillaire; M. Blandin examine la langue à propos du cou ; M. Velpeau , la glande sous-maxillaire dans la région hyoïdienne, etc. Cette méthode nous a paru défectueuse, et il nous a semblé préférable de grouper de suite et dans leur ensemble les éléments anatomiques qui constituent ses parois. Ses limites sont : 1° à l’extérieur, la base du maxillaire , l’os hyoïde et le bord du sterno-masloïdien ; 2° à l’intérieur, l’arcade alvéolaire et la langue inclusivement, jusqu’à l’épiglotte. C’est la région glosso-sus-hyoïdienne qui forme une transition naturelle entre la tête et le cou.

Couches anatomiques : de dehors en dedans: 1° la peau garnie de poils chez l’homme , est lâche et mobile. Son extensibilité fait qu’elle se prête facilement à l’autoplastie. — 2° La couche sous-cutanée renferme du tissu adipeux , dont la quantité fait varier la forme extérieure de la région , lui imprime une sorte de voussure comme chez les nouveau-nés, ou même développe des replis cutanés connus sous le nom de double ou triple menton. — 3° Le peaucier , animé par le facial, est placé entre les deux feuillets du fascia superficialis , dont la lame profonde s’attache à la base de la mâchoire. — Sur la ligne médiane, la veine jugulaire antérieure, quelquefois double, descend verticalement vers la trachée. - — 4° Couche dejtissu cellulaire contenant dans son épaisseur de nonr

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breux ganglions sous-maxillaires , sujets à s’engorger dans les maladies de la bouche et de la tête. M. Velpeau en a proposé l’extirpation comme une opération simple , M. Blandin la regarde comme laborieuse , et M. Malgaigne , comme souvent très-dangereuse. — 5° L 'aponévrose cervicale, mince, attachée à la mâchoire, constitue une première barrière aux abcès. — 6° Couche musculo-glandulaire ; en avant : A. Le digastrique (mastoïdo-génien) abaisse la mâchoire inférieure ou élève l’os hyoïde en dehors. — B. Le stylo-hyoïdien élève l’hyoïde et le porte en arrière et de côté. — C. La veine faciale que nous connaissons. — D. La glande sous-maxillaire, située entre les deux ventres du digastrique , est ovoïde et organisée comme la parotide. Son canal excréteur, dit conduit de JVarthon, va s’ouvrir sur le côté du frein de la langue, entre les mucles gènio-glosses et la glande sublinguale. Dans les cas d’engorgement, on en a fait l’extirpation: M. Velpeau en doute; M. Blandin, qui l’a pratiquée, la regarde comme très-difficile.

C’est à la dilatation du conduit de Warthon , que , depuis Municks et Louis, on a rapporté la tumeur connue sous le nom de grenouilletle. Cette théorie, qui règne encore dans nos écoles (Marjolin , Blandin , Laugier, etc.), me semble mal fondée. 1° Les symptômes de la grenouillette ne sont point semblables à ceux de la rétention de la salive dans la parotide. — 2° Le liquide n’en est pas identique à la salive. Il est analogue au liquide glaireux de certains kystes. — 3° Le traitement est celui des kystes : ce qui réussit le mieux, c’est l’extirpation , l’excision ou l’oblitération du foyer par des injections irritantes. Le séton métallique m’a récemment procuré un succès complet.— 4° Dans la grenouillette, l’incision tend invinciblement à se fermer, ce qui arrive souvent malgré le bouton à double tête de Dupuytren. Dans les plaies des canaux excréteurs, il ya au contraire tendance aux fistules , comme on l’observe sur le conduit de Sténon. Jamais, après l’opération de la grenouillette , on ne voit le

liquide suinter en abondance pendant la mastication, comme cela a lieu pour les fistules salivaires où le fluide s’écoule alors à flots, etc. — 5° L’anatomie pathologique infirme encore la doctrine générale : à la dissection de ces tumeurs, M. Breschet n’a trouvé que des kystes dans le tissu cellulaire sous-muqueux. — 6° Enfin , les phases de la dilatation du conduit de Wartlion , dans les cas de calculs salivaires, différent essentiellement de la marche de la grenouillette , comme je l’ai constaté dans une observation curieuse de ce genre , que je dois à M. Nicod de Lyon.

Un ouvrier, âgé de 27 ans, s’aperçoit , sous la langue à droite, d’un léger gonflement qui se développe beaucoup au moment de manger, et qui souvent a disparu à la fin du repas ou après qu’un jet de liquide s’est échappé de la bouche. La grosseur augmente pendant 6 ans , reste permanente, et gêne beaucoup la langue. En 1843, il consulte M. Nicod qui trouve une tumeur olivaire , longue de deux centimètres, située obliquement sous la langue, derrière l’orifice du conduit de Wartlion. La glande sous-maxillaire droite était volumineuse et sensible à la pression. Il reconnut un calcul salivaire ; l’extraction en fut décidée. Il incisa sur le noyau de la tumeur; la mobilité du plancher buccal nécessita plusieurs incisions pour arriver jusque sur la concrétion , ce dont on fut averti par le choc du bistouri sur un corps dur et rugueux. Le calcul fut ensuite extrait par énucléation. Des gargarismes émollients suffirent pour le traitement. La plaie ne s’est fermée qu’incomplètement; aujourd’hui , après trois mois, il reste une ouverture fistuleuse de 3 millimètres , d’où la pression fait sortir des flots de salive, qu’on pourrait facilement recueillir pure. La guérison n’en est pas moins parfaite. — Le calcul , long de 15ram , large de 5 , est olivaire , rugueux à sa surface , et assez dur. Il est composé de phosphate de chaux uni à un peu de mucus ; seulement son acide phosphorique précipite en blanc avec le nitrate d’argent, comme l’acide pvro-phosphorique , au

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lieu de précipiter en jaune verdâtre comme l’acide pliosphorique ordinaire (1).

(1) Voici un extrait des recherches intéressantes de M. Nicod sur ce sujet encore peu connu : Du temps de Haller , aucun auteur n’avait essayé une analyse complète de ces calculs, pas même Schérer, qui en avait fait l’objet d’une dissertation spéciale : De Calculo Salivali. Haller les croyait formés du sédiment terreux de la salive ; Fauchard pensait de même pour le tartre des dents. D’après Magellan, le tartre n’était qu’une habitation et un travail de polypes ou de vers particuliers à la bouche humaine (récemment M. Mandl l’a regardé comme une agglomération de carapaces d’infusoires!); Fourcroy analysa alors le tartre qu’il trouva de la même nature que la base des os; plus tard Sabatier lui procura un caleul salivaire dont l’élément était du phosphate de chaux; il n’indique pas son procédé d’analyse. M. Nicod a suivi la marche décrite par M. Lassaigne [Dict. des Réactifs) : un fragment du calcul , chauffé au chalumeau , a noirci jusqu’à ce que le mucus ait été brûlé , puis il a blanchi sans se fondre. Fondu avec l'acide borique et un fd de fer , il a donné un globule cassant, d’un brun foncé , de phosphure de fer , caractère indiqué par Berzélius. Il s’est dissous entièrement dans les acides nitrique et hydrochlorique , d’où il était précipité en flocons blancs par l’ammoniaque. Sa dissolution dans l’acide nitrique pur, étendue d’eau distillée, fut précipitée en blanc par le nitrate d’argent, an lien de donner un précipité jaune-verdâtre de phosphate d’argent. Avait-on affaire à un oxalate? la poudre calcinée noircit légèrement comme font lesoxalates, maiscetle couleur était due à la carbonisation de la matière animale , le résidu ne faisait pas effervescence avec les acides , il n’avait aucun caractère d’alcalinité , comme cela serait arrivé si c’eût été un oxalate. C’était donc du phosphate calcaire mêlé à un peu de mucus. — La salive se compose de 992, 9 d'eau ; 2, 9 de matière animale ; 1, 4 de mucus; 1,7 d’hydrochloralcs alcalins; 0, 9 de lactate de soude ; 0, 2 de soude ( Berzélius ). — Or , il n’y a là aucune indication de phosphate calcaire. La salive varie donc dans sa composition, puisqu’elle contient quelquefois ce sel terreux ; car , si l’on peut soutenir que le tartre des dents ne dépend pas de la salive , mais qu’il est le produit de la sécrétion des gencives , on est forcé d’admettre que les concrétions, formées dans les glandes ou conduits salivaires , proviennent de ce liquide. Ou l’analyse n’a pas tout indiqué , ou la salive varie dans des éléments. Et alors, poursuit M. Nicod , quelle condition y détermine la présence du phosphate calcaire? Comment y est-il dissous, si la salive est alcaline? Y aurait-il parfois prédominance de l’acide lactique , puissant dissolvant de ce phosphate ? Sa saturation par les alcalis de la salive , provenant des glandes de la bouche , pourrait laisser déposer le tartre des dents ; mais cette explication serait insuffisante en ce qui concerne les calculs salivaires.

E. L’artère sous-mentonnière naît de la faciale près de l’an* gle de la mâchoire , se porte en avant entre le muscle digastrique et le mylo-hyoïdien , et va s’anastomoser au-devant du menton avec la mentonnière.

7° A. Le muscle mylo-hyoïdien formant un plancher concave; en général , les abcès qui siègent au-dessus , s’ouvrent vers la bouche; les autres, vers la peau. B. L’artère mxylohyoïdienne , née de la dentaire inférieure , cotoie le muscle mylo-hyoïdien dans une rainure du maxillaire. C. Le nerf du même nom a la même disposition.

8° Plan convexe : en avant, A. le génio-hymdien , B. le gênio-glosse , C. les glandes sublinguales s’ouvrent sur les parties latérales du frein de la langue, par une douzaine de petits canaux dont l’orifice serait, selon Marochetti , le siège des lysses ou pustules rabiéiques. — Elles sont sujettes à s’engorger et parfois à devenir cancéreuses.

L’étude chirurgicale du bégaiement a éclairé l’anatomie de ces parties, et demande de nouveaux détails : les gcnioglosses séparés par une cloison celluleuse sont entourés par une aponévrose , qui , fixée en dehors des apophyses géni , et à la langue qu’elle concourt à maintenir en avant, forme une cavité quadrilatère qui loge les muscles, et devient très-apparente après leur ablation. La section de cette aponévrose est nécessaire chez la plupart des bègues ; les glandes sublinguales sont enveloppées aussi dans une autre aponévrose qui constitue latéralement une deuxième cavité analogue. D. L’artère linguale, née de la carotide externe au même niveau que la faciale , marche d’abord en avant parallèlement à la grande corne de l’hyoïde; près de sa petite corne , elle monte perpendiculairement à la base de la langue, entre les génio-glosses et les liyoglosses, puis devient superficielle et prend le nom d’artère ranine. Elle finit au-dessus du frein en s’anastomosant avec celle du côté opposé ; ses branches principales sont : la sublinguale et la dorsale de la langue. La sublinguale offre plusieurs variétés;

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parfois elle émane de la sous-mentonnière, et alors elle traverse le muscle hyo-glosse (Blandin).

9° Une dernière aponévrose nommée glosso-maxillaire , forme le plancher fibreux de la bouche; elle s’insère à la mâchoire , au-dessous du rebord alvéolaire, et au ligament ptérygo-maxillaire; et de là, se porte vers la langue qu’elle tapisse. Il faut également détacher ses insertions antérieures dans l’opération du bégaiement.

10° La muqueuse buccale est épaisse et facile à détacher des parties sous-jacentes. Sur la ligne médiane elle forme, sous la langue , un repli nommé frein. Trop étendu, il constitue le filet. Il importe d’éviter dans sa section la lésion de l’artère ranine; pour cela , on portera les ciseaux du côté du plancher buccal plutôt que vers la langue.

En 1841, des procédés opératoires variés et trop nombreux pour être décrits ici , ont été proposés contre le bégaiement. Je dirai que c’est sur le génio-glosse surtout qu’agit la méthode française , tandis que la méthode allemande, que le génie de Diefienbach a créée , porte sur la musculature propre de la langue.

Procédé de l’auteur. Je fixe un bouchon entre les arcades dentaires du côté droit ; avec le pouce gauche placé sous la mâchoire, je reconnais les apophyses géni inférieures, tandis que , avec l’index , introduit dans la bouche , j’explore les supérieures et mesure ainsi entre mes deux doigts la distance et la forme des organes; point de ralliement très-utile. J’enfonce à gauche, et à 2 lignes (4mm) du frein , un bistouri à deux tranchants qui pénètre à la profondeur de 5 lignes (llmm)danS la gaine des génio-glosses. J’engage alors dans l’ouverture un crochet mousse à double courbure , qui , par un mouvement de bascule, me sert à soulever et à tendre les deux muscles dont je coupe l’insertion avec des ciseaux courbes sur le plat, en rasant la mâchoire. La section est instantanée , et le crochet dégagé ( comme la canule dans la fistule à l’anus ) témoigne que l’opération est complète.

On peut à l’instant s’en administrer la preuve , en introduisant l’auriculaire dans la plaie. Il faut souvent étendre la section à l’aponévrose , et refouler le muscle en arrière. La langue alors ne peut plus être tirée hors de la bouche ; sa pointe ne dépasse pas les dents; nouvelle preuve que le but immédiat de la glossotomie est atteint.— Ce procédé est sûr, rapide et peu douloureux. Il évite les glandes et l’artère sublinguales. Je l’ai pratiqué plusieurs fois , et n’ai pas eu d’hémorrhagie qui m’obligeât au tamponnement, comme quelques opérateurs de Paris (Ballet. Thérap., 1841 ,XX. — 359).

Méthode sous-cutanée. — Procédé de M. Bonnet. On enfonce le ténotome sous et derrière le menton , entre les deux apophyses géni , au niveau des deux incisives Jusqu’à ce que le doigt introduit dans la bouche sente la pointe sous la muqueuse près du filet ; le tranchant , tourné en avant , est alors dirigé successivement des deux côtés pour diviser les muscles et leur aponévrose , et les refouler ensuite vers la langue. Il survient d’ordinaire un épanchement sanguin sous-muqueux , et parfois une hémorrhagie peu grave. Les suites sont très-simples en général.

De ce que j’ai fait et vu en glossotomie , j’ai conclu que c’est une conquête moins précieuse que la strabotomie : elle guérit quelquefois, améliore souvent, mais fréquemment aussi reste sans effets. J’ai essayé d’analyser les éléments du bégaiement qui sont influençables par l’opération ( Bulle t . Tliér., XX. — 361 ) : en général, on peut espérer réussir quand le psellisme tient aux lettres labiales, deDtales ou palatines ; quand la langue a une tendance vicieuse à se porter en bas et en avant , entre les dents ; qu’il n’y a ni trouble dans l’inspiration et l’expiration , ni âge trop avancé , etc. — Toutefois les récidives sont fort à craindre : le bégaiement peut entièrement disparaître après l’opération , et revenir ensuite. On l’attribue à la réunion trop immédiate des parties divisées. M. Socqueta imaginé de tenir les lèvres

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de la plaie écartées à l’aide d’un petit instrument en ivoire qu’il accroche aux dents incisives. — Pour assurer la cure, l’exercice gymnastique de la langue est toujours très-utile , comme l’exercice orthophthalmique après la strabotomie.

De la langue. La langue est un organe sur-ajouté , trèscomplexe , de forme pyramidale, aplati de haut en bas, arrondi sur ses angles , et remplissant à peu près la cavité buccale. Sa face supérieure est libre, et partagée en deux moitiés par un sillon médian qui se termine au trou borgne. MM. Blandin et Gerdy ont montré que sa structure n’était point inextricable.

Couches anatomiques. — 1° la muqueuse , épaisse et pourvue d’un derme fort , présente un grand nombre de papilles qui la rendent rugueuse. A. Les papilles coniques étendues à toute la surface , paraissent être de nature nerveuse. — B. Les papilles fongi formes , répandues sur les bords et à la pointe , sont de nature peu connue. — C. Les papilles lenticulaires sont des follicules muqueux qu’on rencontre à la base , dirigés d’arrière en avant jusqu’au trou borgne. La langue , de texture sensitive et musculaire , est comme la paume des mains , sujette aux verrues et aux crevasses. — En séméiotique , on a tiré des signes précieux de l’aspect de la langue. Il faut d’abord distinguer ce qui, dans sa couleur ou sa sécheresse , dépend de l’influence seule de l’air , comme chez les malades qui respirent la bouche ouverte. En général , si sa surface est lisse et saburrale , les papilles pâles et peu développées, c’est un indice que les organes digestifs se prêteront à la médication évacuante ou tonique. Le contraire est indiqué si elle est rouge , les papilles animées et proéminentes , etc.

2° Les muscles propres sont au nombre de 4. A. L'hyoglosse porte la langue en arrière et en bas. B. Legénio-glosse la tire en avant. C. Le stylo-glosse l’élève et la porte en arrière et de côté. D. Le lingual la raccourcit et abaisse sa pointe. M. Blandin remarque qu’en général les fibres longitudinales

sont sous-muqueuses; au centre elles sont perpendiculaires

ou transversales.

3° La langue est fixée au corps de l’hyoïde par une membrane ( glosso-hyotdienm ) que M. Blandin regarde comme propre à l’homme. Nous avons déjà vu plus haut ses attaches fibreuses à la mâchoire par l’aponévrose glosso-maxillaire.

4° Le cartilage médian , décrit par MM. Blandin , Gerdy, Edwards, et qui selon eux est très-développé chez l’homme, ne m’a pas paru constant. Souvent je n’ai trouvé à sa place qu’un tissu fibreux. Remarquons que cette languette et la muqueuse sont les deux points d’insertion des muscles de l’organe.

La langue , mince à sa pointe, grossit de plus en plus jusqu’au niveau du trou borgne où elle a sa plus grande épaisseur. Au-delà elle s’amincit de nouveau par la divergence de ses muscles. C’est là le point le plus propice pour l’étreindre dans une ligature, soit double en dehors de la bouche, comme J. Cloquet; soit unique dans la bouche même , comme le veut M. Mayor , après avoir disséqué la langue dans une étendue suffisante. Pour en produire l’atrophie totale ou partielle, M. Mirault, dans un cas de cancer, a oblitéré ses artères nourricières , et étreint tous ses nerfs avec une seule ligature portée sur la linguale par la plaie du cou. Il réussit, et la parole , la déglutition et le goût étaient conservés et libres trois mois après l’opération.

Le tissu de langue s’allonge , les pertes de substances s’y réparent facilement; circonstance heureuse dont on tire parti dans les rescisions partielles. La rétraction de ses fibres agit contre l’hémorrhagie par la compression qu’elle exerce sur les vaisseaux , au point de dispenser souvent de ligature.

Les mouvements de la langue sont très -variés; les styloglosses relèvent sa base ; les hyo-glosses la retirent en arrière en fermant l’épiglotte ; c’est par ce mécanisme seul , et non par la pression du bol alimentaire, que l’épiglotte s’applique

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sur l’orifice du larynx au moment du passage desaliments et des boissons. — Notons ici une application à la médecine légale. C’est par ce même mouvement de la langue en arrière que M. Deslandes explique l’asphyxie dans certaines pendaisons où la strangulation est sus-hyoïdienne. Il est aisé d’expérimenter qu’on gène beaucoup et à volonté la respiration en portant fortement la langue en arrière; surtout, si la bouche est fermée, on comprime l’espace sus-hyoïdien. La suffocation peut être instantanée , tandis qu’en tirant la pointe en dehors on dégage assez l’isthme guttural et l’épiglotte pour empêcher l’asphyxie. — Les génio-glosses retiennent la langue en avant ; d’où le danger des suffocations par son renversement sur l’épiglotte et le larynx après la section de ces muscles et de l’aponévrose glosso-maxillaire. Aussi faut-il, dans l’amputation de la mâchoire , retenir la langue avec une érigne avant de la couper ( voy. p. 169).

Vaisseaux et nerfs. Nous connaissons les artères ; elles proviennent de la carotide externe; les veines communiquent directement avec celles des amygdales et du pharynx. Les anciens mettaient à profit leur saignée dans les maladies du gosier. J’en ai vu retirer de bons effets dans l’angine.

Les nerfs sont au nombre de trois, outre la corde du tympan : A. le lingual , né du maxillaire inférieur dans la fosse zygomatique , arrive sous la muqueuse buccale , au-dessous des glandes sous-maxillaires et sublinguales , et gagne les parties latérales inférieures de la langue. On a suivi ses ramifications jusque dans les papilles de la face dorsale. Bell et Magendie l’affectent au goût; Colombo a remarqué l’absence congéniale du goût chez un sujet dont le rameau lingual se rendait à l’occipital et non à la langue. On s’explique difficilement ce qui a pu conduire M. Phillips à proposer sa section dans le bégaiement. Il est remarquable que le sens du goût se trouve dans la dépendance de l’odorat , les saveurs étant moins bien perçues dans l’occlusion artificielle des narines , dans le coryza , etc.; on en a tiré parti pour

faciliter la déglutition des remèdes d’un goût désagréable ; en se bouchant le nez on sent à peine les renvois pénibles qu’occasionnent certains médicaments, comme lecopahu, etc.

B. Le glosso - pharyngien , portion de la huitième paire , se distribue à la base de la langue où il se perd dans les follicules muqueux sans s’anastomoser avec les deux autres nerfs; à Pavie , j’ai vu , sur une pièce préparée sous les yeux de Panizza , ses ramifications animer la muqueuse de la langue et des piliers. C. Bell et Magistel le font présider aux mouvements de déglutition et à la respiration. Il paraîtrait avoir pour but de lier les organes du goût à ceux de la déglutition , grâce à son rôle dans la gustation.

C. Uhypo-glosse , neuvième paire , se perd dans les fibres charnues de la langue en s’anastomosant avec le lingual. Il se distribue aux muscles de la langue. C. Bell et Magistel le regardent comme moteur, et nullement sensitif. Sa section détruit les mouvements de la langue. Dans l’apoplexie, la langue étant paralysée d’un côté , on voit sa pointe s’y tourner , tandis qu’à la face ce sont les muscles du côté sain' qui entraînent le côté paralysé. Ce phénomène a été longtemps une cause d’erreur. Il s’explique par l’action exagérée du génio-glosse resté sain.

M. Chevreul a montré qu’il y a des saveurs qui agissent, 1° sur le tact de la langue ; 2° sur le tact de la langue et sur l’odorat; 3° sur le tact de la langue , l’odorat et le goût. C’est faute de ces distinctions que tant d’hypothèses erronées ont été émises sur le siège et le mécanisme du goût. Panizza a fait sur le rôle respectif des nerfs les expériences suivantes : 1° l’excision de l’hypo-glosse paralyse les mouvements sans altérer le goût ni la sensibilité; son irritation galvanique détermine des mouvements convulsifs. — 2° La section du lingual détruit la sensibilité de la langue ; le mouvement et le goût restent intacts. — 3° La section d’une partie des glosso-pharyngiens abolit le goût ; la sensibilité et le mouvement persistent; l’irritation de ces nerfs ne cause

UE LA BOUCHE

ui douleur ni convulsion de la langue. — Ces expériences seraient plus probantes si elles concordaient avec celles de MM. Guyot et Admira.uit (Jrchv. Méd., 1830-1 837). On peut, avec Rullier, s’étonner de cette délimitation si nette et si tranchée dans les fonctions de nerfs qu’on sait communiquer par diverses anastomoses. M. Guarini a fait récemment ( Gaz. Méd., 1842, n° 508) quelquesreclierches expérimentales desquelles il ressortirait 1° que le glosso-pharyngien n’influe pas sur les mouvements de la langue ; 2° que l’hypo-glosse n’est pourtant pas le seul nerf moteur; 3° que l’irritation galvanique du facial imprime à l’organe un mouvement verrniculaire dépendant de la contraction des fibres du muscle lingual , et un mouvement en haut et en arrière produit par le muscle stylo-glosse dont la partie supérieure est animée par la même paire. Le filet qui donne l’innervation à ces deux muscles est la corde du tympan qui tire son origine, non de la branche crânienne du nerf vidien , comme on l’a dit , mais du facial lui-même. M. Guarini pense que l’action du lingual et par conséquent , que la fonction de la corde du tympan est de servir à l’articulation des sons. Nous remarquerons , avec M. Diday , qu’il est trop rare de voir la prononciation, du moins celle des consonnes labiales, altérée par la paralysie faciale , pour qu’on puisse admettre , sans autre preuve, que le jeu delà langue dans l’articulation des sons dépend de la septième paire. Peut-être pourrait-on dire que l’action du muscle lingual a rapport à la gustation, et que la contraction de ses fibres semble destinée à déterminer une application plus intime de la papille sensible contre le corps sapide. Une opinion analogue a été émise par M. Bernard ( voy. Thés, de Paris , 2 mai 1842.); on pourrait l’appuyer sur quelques faits pathologiques où une diminution marquée de la faculté gustative a coïncidé avec la paralysie du facial ( Gaz. Méd., 1842, n° 32).

La bouche communique avec l’arrière-gorge par un orifice postérieur ouvert ou fermé, suivant les cas, que

constitue la réunion des deux régions staphylo-tonsillaires.

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