SCROTUM
Le scrotum se présente sous forme d’un sac allongé et pendant sous les pubis , à cavité double , pour loger les testicules; ce qui lui a valu le nom de bourses. Son collet est rétréci chez l’adulte et le vieillard , et relativement plus large dans l’enfance; le raphé médian y est prononcé. Le côté gauche descend en général plus bas que le droit; on retrouve celte disposition dans les statues antiques.
Ses limites sont naturelles. Il se développe par deux moitiés latérales , qui peuvent rester isolées , et simuler les grandes lèvres de la femme. La plupart des cas de prétendu hermaphrodisme rentrent dans cette catégorie.
Cette région a été très-diversement décrite dans les auteurs , sous le rapport de la texture. Considérons un moment le scrotum comme formé par un prolongement des parois abdominales , au niveau de l’anneau inguinal , refoulées en dehors par le testicule; et nous aurons une méthode simple et commode , pour fixer et bien retenir ce point d’anatomie. On trouve sept couches de part et d’autre. Nous avons vu dans les parois de l’abdomen : 1° La peau. — 2° La couche sous-cutanée. — 3° Les deux feuillets du fascia superficialis.
— 4° L’aponévrose abdominale. — 5° La couche musculeuse.
— 6° Le fascia transversalis. — 7° Le péritoine , et le tissu sous-séreux. Les bourses nous offriront sept couches analogues.
Couches anatomiques. — 1° La peau, prolongement de celle de l’aine et du périnée , est mince , fine et extensible , comme celle de la verge. Elle est plus brune que dans les
autres régions du corps; quelques follicules piliféres s’y trouvent et forment autant de granulations à sa surface. Elle jouit d’une grande rétractililé , se relâche par la chaleur , et se resserre par le froid , au point de refouler le testicule jusqu’à l’anneau. J. L. Petit cite un cas de hernie étranglée, qui fut réduite par l’aspersion brusque d’un seau d’eau froide sur l’aine et les bourses. On peut tirer parti de ce fait pour aider au taxis ; toutefois , je ferai remarquer que la peau n’agit pas seule , et que les darlos et le crémaster y jouent certainement un rôle actif.
Dans les plaies , la peau se recoquille en dedans et tend à produire une cicatrice difforme et enfoncée. Son extensibilité permet d’en emporter une partie dans l’ablation des tumeurs scrotales. C’est le principe du procédé de castration , conseillé par Zeller et Kern , et reproduit par Rima, qui enlève d’un seul coup les téguments avec le testicule. Cette pratique ne nous semble bonne que pour les tumeurs d’un volume médiocre. M. Malgaigne lui reproche de laisser des traces trop visibles d’une perte qu’on met toujours un grand amour-propre à cacher.
Elle renferme nombre de follicules sébacés, qui sécrètent une matière huileuse, odorante , dont le produit s’amasse et se rancit par un séjour prolongé , et le défaut de propreté; de là, les entre-cuissons et les érythèmes qu’envenime et entretient le frottement continuel des vêtements. Elle est fréquemment le siège de démangeaisons incommodes qui reviennent par accès , et qui sont dues aux papules du psoriasis. On attribue à des causes analogues le cancer des ramoneurs signalé par Pott ; sa rareté , dans nos hôpitaux en France, ne m’a pas permis de vérifier cette assertion.
2° — La couche sous-cutanée est incomplète ; elle est trèsapparente à la racine des bourses ; ce qui fait que le scrotum est moins isolé chez les hommes , qui ont de l’embonpoint; elle s’amincit à mesure qu’elle s’éloigne de son origine. Chez
certains sujets cependant , elle reste assez distincte : elle est cellulo-adipeuse. L’état morbide y développe parfois une hypersarcie graisseuse. Le derme scrotal est mince et peu résistant; les phlegmons sous-cutanés le désorganisent facilement , et la gangrène le mortifie avec rapidité. Sa grande extensibilité permet ensuite une réparation entière. Cette couche est très-sujette à devenir le siège d’un œdème , dans les obstructions abdominales.
— 3° Le fascia superficialis , continu avec celui de l’aine et du périnée , est une lame mince , qui se sépare aisément des deux précédentes, et peut être divisée en deux feuillets qui contiennent, dans leur intervalle, la branche superficielle de l’artère honteuse externe. La branche profonde, d’abord sous-aponévrotique , finit aussi par se jeter dans le scrotum. On a admis qu’une collection liquide, siégeant sous le fascia , tendrait à se propager à toute la superficie des bourses. On voit l’œdème intense se comporter de la sorte , et remonter au-delà des racines scrotales. Dans l’hydrocèle, les injections mal faites amènent un engorgement général.
— 4° Le clartos est une membrane fibro-celluleuse , trèsrétractile, d’un aspect rougeâtre, et parsemée de quelques vaisseaux. Il y a deux dartos; un pour chaque moitié du scrotum; chacun fait un sac à part pour le testicule et sou cordon. D’après Thomson , le dartos s’attache à toute l’étendue de la branche ischio-pubienne , puis à la moitié interne du ligament de Poupart, et aux deux piliers de l’anneau inguinal ; là , ses fibres passent entre les fibrilles , qui constituent le fascia sous-cutané profond du ventre , pour s’entrelacer avec l’aponévrose du grand oblique et se continuer avec les fibres du muscle droit (Velpeau). En bas , 11 embrasse l’urèthre et s’unit au feuillet profond du fascia superficialis du périnée. L’adossement des dartos constitue la cloison des bourses , qui manque dans les cas de division congéniale , et où rampe la branche inférieure ( artère de la' cloison) de la honteuse interne; née vers l’insertion du
muscle transverse , elle chemine entre la peau et lui, glisse sur le bulbo-cavcrncux , et s’enfonce dans l’adossement des dartos où elle se consume. — Ils fournissent la portion superficielle du ligament suspenseur de la verge. On a conclu qu’un épanchement, placé sous le 2e feuillet du fascia périnéal , peut pénétrer dans les dartos; et que l’urine venant de la portion bulbeuse de l’urèthre peut arriver à la verge et sous les téguments du ventre.
Quelle est la nature des dartos? C’est un simple tissu cellulaire d’après A. Cooper. Il est considéré par Meckel comme formant le passage du tissu cellulaire au tissu musculaire. Winslow en avait fait un muscle; on sait en effet qu’il est musculeux chez quelques mammifères. Chez l’homme , on le considère comme d’une texture spéciale , et l’on en a fait un tissu particulier sous le nom de dartoïde. 31. Breschet a constaté qu’il n’existe pas dans les bourses, tant que le testicule n’y est pas descendu. 31. J. Cloquet professe qu’il se forme par une expansion du fascia superfîcialis qui abandonne l'anneau inguinal pour se jeter sur le cordon testiculaire qu’elle renferme ainsi que le testicule et la tunique vaginale.
— a0 La tunique fibreuse propre forme un sac pyriforme qui, né de l’anneau inguinal externe, s’allonge et descend pour former une enveloppe générale au testicule et à son cordon. Elle semble être une expansion de l’aponévrose du grand oblique , devient ensuite plus mince, et dégénère en une lame celluleuse.
— 6° La tunique érythroide ou musculeuse est très-mince ; mais dans les hydrocèles anciennes , ou les hernies scrotales, elle peut acquérir une densité et une épaisseur notables. Elle est formée par le crémaster,dont les fibres pâles représentent une série d’arcs attribués aux tractions du testicule à son émergence du ventre. 31. J. Cloquet les fait provenir du petit oblique. Je leur ai plusieurs fois constaté une double origine , c’est-à-dire dans ce muscle et le trans-
verso. Ces libres, poussées au dehors , traversent l’anneau en formant , au-devant du testicule et du cordon , de grandes anses renverées, à concavité supérieure , qu’on peut suivre jusqu’au fond des bourses. Leur, courbe est d’autant plus étendue qu’elles sont plus inférieures. Elles se réunissent près de l’anneau en deux faisceaux , l’interne moins volumineux que l’externe; M. J. Cloquet pense que cette tunique manque quelquefois. M. Malgaigne croit même cette absence assez fréquente , d’après ce fait que chez certains hernieux la toux ne développe, après la réduction, aucun mouvement dans le scrotum. Mais le crémaster ne peut-il point avoir perdu sa contractilité par suite de sa distension ? Ce défaut de contraction ne semble pas une raison suffisante de son absence ; il manque ici une preuve directe. Mes dissections m’ont fait voir que toutes les fibres de ce muscle ne forment pas une anse renversée, comme on le répète partout. Souvent elles m’ont paru descendre au-dessous et en arriére du testicule , qu’elles embrassent et qu’elles suspendent dans une sorte de filet musculeux. M. Thomson a fait du crémaster un muscle distinct , dont il reporte l’origine à l’épine iliaque. On y observe parfois des contractures spasmodiques, qui occasionnent des douleurs vives, en pressant fortement le testicule contre l’anneau. On attribue il sa contraction brusque la rétraction du cordon spermatique dans la castration. On prévient cet accident en faisant d’abord la ligature isolée des vaisseaux.
Le nerf ilio-scrotal marche entre les fibres du muscle.
La tunique propre du cordon ou tunique celluleuse est une dépendance du fascia propria ou sous-séreux, avec des prolongements du fascia transversale , que le testicule a entraîné , en le chassant devant lui en forme d’entonnoir. Il communique directement avec celui qui tapisse la face externe du péritoine. î! est parfois le siège d’une inflammation séreuse , souvent disposée en forme de chapelet sur les vaisseaux spermatiques; c’est Vhijdrocèlc enkystée du cordon .
— 7° La tunique vaginale est un sac séreux , sans ouverture , formé par un prolongement du péritoine, avec lequel elle communique dans le 1er âge; elle peut alors donner lieu à des hernies congéniales, à des hydrocèles que la pression vide dans l’abdomen , etc. Chez l’adulte , la communication est interrompue; on lui considère un feuillet externe en rapport avec la membrane précédente , et un interne appliqué sur le testicule et l’épididyme qu’il entoure , excepté dans le point où les vaisseaux spermatiques arrivent à ces organes. La face interne de ces feuillets , partout en contact avec elle-même , sécrète une liqueur séreuse. Lorsqu’elle augmente de quantité, elle donne lieu à l’hydrocèle vaginale , qui développe peu à peu la tunique , et peut la faire remonter jusqu’à l’anneau. La résistance de la membrane n’étant pas la même dans tous les points , elle subit par fois une dilatation inégale, de là Vhxjdrocèle en bissac. Dans la ponction (1), il faut se rappeler que le testicule se
(1) Depuis quelques années on a substitué à l’injection vineuse une injection de teinture d'iode étendue d’eau dans le rapport de 1 à 3 (Martin , de Calcutta) , de 1 à 4 ou 8 (Velpeau, Fricke) , etc. Les résultats ont été variables : à côté de belles cures, il y a eu des insuccès complets, et ce moyen n’a pas encore passé dans la pratique générale. Peut-être cela tientil au mélange usité qui présente une sorte de contre-sens chimique; il est étonnant qu'aucun opérateur ne s’en soit aperçu.
La teinture d'iode telle qu’on l'emploie est immédiatement décomposée par l’eau ; l’iode se précipite en grande partie ; et alors , ou il reste dans la seringue et ne peut rien produire, ou il est poussé avec le liquide dans la tunique vaginale, et ne se trouve qu’isolément en contact avec la séreuse à enflammer. Dans les deux cas le but est souvent manqué. J’ai remédié à cet inconvénient majeur , en ajoutant un peu d’iodure de potassium , qui est unmenstrue puissant. Voici quelques détails explicatifs : La teinture d'iode est une solution de 1 partie d’iode dans 12 parties d’alcool à 33°, de façon que 20 gouttes contiennent environ 5 centigrammes ou 1 grain d’iode. Elle n’est point à saturation : l’alcool à 33° dissout '/<, de son poids d'iode. Quand on mêle la teinture iodée à de l'eau, le métalloïde se précipite et se dépose d’autant plus complètement que la préparation est plus récente. A la longue il s'y forme de l'acide hydriodique à la fayeur
APPAREIL GÉNITAL
trouve d’ordiuaire en arrière, en dedans et un peu en haut, ce qui tient au mode d’insertion du cordon. Dans les contusions du scrotum , souvent au lieu d’une exhalation séreuse il s’opère un épanchement sanguin; c’est Vhématocèle vaginale. Il est démontré que plus d’une hydrocèle leur est consécutive.
Du Testicule.
Le testicule, organe sécréteur du sperme a la forme d’un ovoïde, légèrement comprimé latéralement. La descente de cet organe dans les bourses intéresse à la fois le physiologiste, le chirurgien et le médecin légiste. — Il est d’abord caché
duquel une certaine quantité de la base peut se dissoudre. Le médicament est alors tout différent ; si la teinture vient d’être préparée, l'iode se dépose presque entièrement dans l’eau qu’on ajoute ; car il est très-peu soluble dans l’eau. Rappelons que celle-ci en dissout à peu près 'f-juoo de son poids, c’est-à-dire que 1 gramme d'iode exige pour se dissoudre 7000 grammes d’eau ; ou en d’autres termes, selon l’ancien style, 14 livres d’eau ne peuvent dissoudre que 18 grains ou '/-i de gros d’iode. — Au contraire, l’iodure de potassium est extrêmement soluble; l’eau en dissout 1 '/? de son poids à la température de 100 degrés. Il importe surtout ici de remarquer qu’on peut combiner directement l’iodure de potassium avec l’iode pour former un composé (bi-iodurc ou tri-iodure ) également très-soluble; et, comme cel étal de combinaison n’altère pas sensiblement les propriétés médicinales de cet excédant d'iode , j’ai cru devoir insister sur l’utilité qu’il y a à mettre à profit cette remarque pour employer l'iode eu solution aqueuse. — C’est donc une faute d'employer la teinture sans ces corrections. Je me suis arrêté à la formule suivante : Teinture d’iode 15 à 20 grammes; iodure de potassium 1 gramme; eau-de-vie camphrée 10 à 15 grammes; on peut remplacer l’eau-de-vie camphrée par de l'eau distillée. — L’expérience clinique pourra peut-être conduire à des proportions meilleures sous le point de vue thérapeutique; mais je puis dire que, sous le rapport chimique , cette formule remplit toutes les indications. J’ai développé ailleurs (Esculape , février, 1840, n° 12.) ces principes, et montré qu’on peut avec avantage en généraliser l’application pour la confection des onguents, liniments, pommades, potions, mixtures et boissons, où entrent les préparations iodurées.
dans l’abdomen , au-dessous des reins , dont il s’éloigne peu à peu; à 7 mois, il est appliqué derrière l’anneau et repose sur un cordon membraneux, dont l’origine est extérieure. Il se forme au sommet du scrotum par des fibres isolées, puis traverse le canal inguinal , glisse derrière les muscles petit obliquqet transverse, auxquels il emprunte quelques fibres, et remonte au testicule en refoulant le fascia transversale et le péritoine. Le mécanisme de cette évolutiou est exactement comparable au renversement d’un doigt de gant. Ce cordon est le gubemaculum lestis de Hanter , qui se compose des mêmes éléments que les enveloppes propres du testicule dans les bourses, sauf le fascia transversale et la peau; j’ajouterai le dartos, qui n’existe pas dans le scrotum avant la descente testiculaire. Au 8e mois, le canal est traversé, et au 9e l’anneau externe est franchi; à la naissance, le testicule est au fond du scrotum; toutefois, l’époque de cette descente varie : sur 102 fœtus à terme, observés par Wrisberg,