DE LA VERGE
Le pénis, destiné à porter le sperme dans les organes génitaux féminins, est comme appendu aux pubis; très-variable pour son volume et sa longueur suivant l’âge et les sujets, il affecte une forme cylindroïde , qui tend à devenir triangulaire pendant l’érection. Dans l’embryon, il procède de deux moitiés latérales distinctes; et alors il existe deux verges, comme chez les serpents. L’organe peut, rester à l’état rudimentaire sans urèthre; il ressemble alors au clitoris.
Chez l’adulte , on estime , terme moyen , sa longueur à 2 pouces 1/2 ou 3 pouces (67 à 81 mm.), depuis l’angle qui le séparedu scrotum, jusqu’au sommet du gland. Elle augmente beaucoup dans l’érection. Si l’on en juge par ce qui se passe sur le moignon , après l’amputation , on pourrait établir 1° qu’elle peut doubler dans certains points ; et 2° qu’elle porte plus spécialement sur la portion libre ou sus-pubienne, etc.; circonstance dont nous aurons lieu de faire des applications pratiques.
La verge peut être subdivisée en trois segments : racines , corps et gland.
Anatomie des couches. 1° La peau est fine , d’une teinte
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brune , et glabre , sauf à la base du pénis où elle renferme quelques poils. Elle est très-mobile et très-extensible , au point qu’on peut la porter aisément du gland à la base de l’organe et réciproquement. De là , dans l’amputation deux inconvénients à craindre : garder trop ou trop peu de téguments. S’ils sont en défaut, ils laisseront le moignon à découvert , le corps caverneux fera saillie , à nu , comme l’os du manche de gigot dans certaines amputations des membres; la cicatrice pourra encore se faire , parce que la peau ambiante prête et se laisse attirer par le travail de réparation; mais alors l’allongement des corps caverneux dans l’érection causerait des tiraillements douloureux.
Si les téguments sont en excès , ils se roulent sur eux-mêmes, se recroquevillent en dedans, etformentdes cloaques où séjournent le pus et l’urine , ce qui altère la plaie et en rend la réunion difficile. Je me suis bien trouvé de faire tendre également la peau en avant et en arrière , de manière à la couper entre ces deux points à peu près au même niveau que le corps caverneux , avec le soin toutefois de ne pas trop tirailler ce dernier pour ne pas détruire leur rapport de correspondance. J’ai remarqué , comme M. Malgaigne, que la peau qui recouvre le corps de la verge est proportionnée à sa longueur et à ses besoins ; si on enlève la moitié de la verge, il est juste d’enlever la moitié delà peau. J’en excepte les cas où des tumeurs volumineuses ont violemment distendu les téguments et rompu leur correspondance avec le pénis.
Le repli de la peau en avant donne lieu à un prolongement nommé prépuce, percé d’une ouverture variable qui manque parfois ; c’est Vimperforation du prépuce. Il est plus ordinaire de la trouver seulement assez étroite pour que le gland ne puisse se découvrir ; on a alors un phimosis congénial ou naturel. J’ai vu le prépuce chez certains enfants se convertir en unepoche où l’urine s’accumule avantde sortir ; c’est sans doute la cause des calculs dont parlent les auteurs. J’ai rencontré des cas où l’induration des parties simulait
une désorganisation cancéreuse, dont la circoncision m’a permis de triompher. Mais alors les méthodes ordinaires ne sont pas applicables. Voici comment je m’y suis pris : j’ai glissé sur un côté du frein une sonde cannelée pour servir de guide à la pointe d’un bistouri effilé que j’ai fait sortir au fond du cul-de-sac ; une 2me incision a été faite de même ail point opposé , et j’ai réséqué d’un coup de ciseau chacun des lambeaux latéraux.
D’autrefois , l’ouverture est tellement large que le gland demeure découvert jusqu’à la couronne; c’est une sorte de paraphimosis naturel. Le tégument interne du prépuce a l’aspect cutané dans ce cas, et muqueux dans l’autre. Après s’être replié au-delà de la couronne , il tapisse les corps caverneux dans l’étendue de quelques lignes ( 1 à 4 ou 6) , et se confond avec l’épiderme ou épithélium du gland , en formant un cul-de-sac plus ou moins profond. La rainure qui en résulte est interrompue au-dessous de l’orifice de l’urôthre, par un repli qui constitue le filet ou /mn de la verge. S’il est trop long , la verge se relève et se recourbe dans l’érection , et l’éjaculation ne se fait pas directement vers le museau de tanche; de là une cause d’impuissance. Il est plus commun de le voir trop court; il renverse alors le gland en bas , peut s’opposer à la copulation et rendre l’érection douloureuse. Il ne suffit point, comme on l’a dit, de le diviser en rasant le gland de manière à n’y pas laisser de saillie qu’irriteraient ensuite les frottements du coït, Il faut en outre tenir les lèvres écartées pour les faire cicatriser isolément.
La peau du prépuce renferme une foule de follicules où se sécrète une matière sébacée et odorante qui abonde surtout au fond du cul-de-sac. C’est elle qui chez un petit animal de la famille des cerfs constitue le musc. Chez l’homme, elle devient acre, et se rancit par un séjour prolongé et excorie l’épithélium : de là , un écoulement connu sous le nom de fausse gonorrhée; écoulement qu’on a plus d’une
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fois traité comme syphilitique’pendant des mois entiers et qui peut disparaître en quelques jours par des soins de propreté. C’est une des causes de la circoncision dans l’Orient, due à une raison hygiénique. Ces follicules sont fréquemment le siège de chancres vénériens, qui se distinguent par leur forme ronde ou ovalaire, et leurs bords taillés à pic, comme avec un emporte-pièce; caractères qui tiennent non à la nature du virus, comme on l’a cru , mais à leur siège anato mique.
— 2° La couche sous-cutanée est formée par un tissu cellulaire lamelleux , lâche et extensible; il est à remarquer qu’il est dépourvu de graisse. Il est très-exposé à l’infiltration séreuse et à l’engorgement inflammatoire; disposition qui s’augmente encore par ses rapports avec les couches ambiantes. Si le gland est surpris à découvert , le prépuce gonflé l’étreint à sa base , et produit le paraphimosis accidentel, qu’on peut comparerai! chémosis de la conjonctive. Dans le cas contraire , l’ouverture préputiale se resserre et donne lieu au phimosis accidentel. La laxité du tissu cellulaire rend la circoncision difficile à bien exécuter : le tégument externe du prépuce , étant plus mobile que l’interne, s’allonge davantage , et, malgré les précautions qu’on apporte au mode d’exécution , il se trouve divisé plus loin que la muqueuse, même dans le procédé de M. Lisfranc qui le fixe avec des pinces. M. Tavernier conseille de refouler et de replier la peau jusqu’à ce qu’on aperçoive le bord rouge de la muqueuse, on tire alors sur l’un et l’autre; la section est plus régulière. Pour prévenir les effets de la tuméfaction consécutive , l’écartement des bords , et l’influence du contact de l’urine ou du pus blennorrhagique et syphilitique, on peut avec avantage réunir par quelques points de suture, à l’exemple de M. Hawkins. J’en ai vu de bons résultats à l’hôpital militaire de Strasbourg. Il convient aussi, pour donner plus de régularité à la cicatrice , de pratiquer l'incision , non transversalement comme M. Lisfranc, mais
obliquement dans le sens de la couronne. D’après cette différence d’extensibilité , on comprendra que l’étranglement est dû surtout à la muqueuse dans le phimosis comme dans le paraphimosis. Aussi , M. Cullerier se borne-t-il à inciser la muqueuse, dans le 1er. Il faut sectionner les brides profondes dans le 2me; on y rencontre souvent des adhérences morbides; M. Malgaigne trouve que M. Desruelles a sagement recommandé, dans les cas difficiles, dépasser l’indicateur entre la couronne et le bourrelet préputial , pour détruire de vive force les adhérences qui auraient pu s’y former. Mais comment introduire l’index s’il y a étranglement? Cette manœuvre n’est applicable qu’après les opérations , et une sonde mousse remplit mieux cet office avant comme après le débridement.
C’est dans la couche sous-cutanée que rampent les artères et les nerfs superficiels, ainsi que les lymphatiques qui aboutissent aux ganglions de l’aine ; ce qui rend compte de rengagement de ces derniers à la suite des chancres du prépuce (voy. Aine).
— 3° Une membrane fibro-celluleuse, dense et blanchâtre, forme l’enveloppe générale de la verge , en doublant la tunique fibreuse des corps caverneux , comme la tunique albuginée double la sclérotique.
Le ligament suspenseur est un faisceau fibreux , triangulaire, formé par l’adossement des dartos, inséré à la symphyse du pubis et à la face supérieure des corps caverneux, au niveau de leur réunion , de manière à maintenir relevées les racines du pénis. De là, une différence notable pour l’amputation de l’organe, exécutée au-dessus et au-dessous de ce ligament , comme nous le verrons plus loin. Il m’a paru plus ou moins court, suivant les sujets, et former ainsi dans le cathétérisme plus ou moins d’obstacle à abaisser la verge pour ramener l’urèthre à la ligne droite.
— 4° La tunique des corps caverneux est une membrane fibreuse , dense , épaisse et résistante , mais élastique , for-
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niée par des fibres longitudinales qui s’entre croisent en arrière avec le périoste des os iliaques. Elle est d’un blancopaque , comme la sclérotique , mais elle en diffère par une extensibilité toute spéciale. Elle constitue un canal cylindroïde, double en arrière , unique en avant, de sorte que la verge est comprise ainsi dans un étui fibreux, qui représente son squelette, lui imprime sa forme et son volume , et bride son gonflement inflammatoire. Dans l’érection , elle se dilate ; les cicatrices qui succèdent à une plaie avec perle de substance , rendent celte turgescence incomplète et irrégulière , comme étant moins dilatables et moins extensibles que le reste de la membrane. Pour l’érection normale , la portion bulbeuse et le corps caverneux doivent subir une turgescence proportionnelle; ainsi, dans la blennorrhagie, la lre ne peut se distendre autant que le 2mc , la verge s’incurve ; c’est ce qu’on appelle chauclepisse cordée. L’incurvation a lieu en sens opposé après les cicatrices des corps caverneux. M. Clelan a vu une ossification de leur cloison intermédiaire. «M. Velpeau pense que le pénis doit être tenu alors dans une sorte d’érection forcée très-pénible. Je n’en vois pas la raison; les chiens ont un noyau osseux dans ia verge, sans être pour cela condamnés à une érection forcée. Un des anciens professeurs de l’Ecole de Nancy portait une ossification de ce genre, dont il s'apercevait à peine dans l’état ordinaire, mais qui, au contraire, le gênait dans l’érection. >» (Malgaignc.) J’ajouterai quelques détails nouveaux sur ce point : En 1837, M. Regnoli de Pise m’a rendu témoin, dans sa pratique particulière, d’une ossification des corps caverneux; c’était chez un officier corse, âgé de 50 ans environ. Il s’était fait une contusion à la verge; 15 joufs après, il s’aperçut de quelques duretés dans les corps caverneux; elles augmentèrent peu à peu ; à la fin , la verge, pendant l’érection, était incurvée par défaut d’extensibilité de l’organe; l’ossification existait des deux côtés, au niveau du ligament suspenseur. La dissection et l’excision furent
faites; l’artère dorsale fut ouverte et liée; il ne survint pas d’accident. Je vis l’opéré le 20me jour; il allait bien; la plaie, qu’on n’avait pu réunir par première intention , se cicatrisait. J’eus soin de m’informer des fonctions de l’organe; l’érection continuait à avoir lieu. L’ossification n’avait pas compris toute l’épaisseur des corps caverneux. On conserve la pièce au musée pathologique de Pise ( Gazelle Médic., 1837 , N° 46).
A. Le gland a la forme d’un cône irrégulier, dont le sommet mousse est percé par le méat urinaire qui correspond au frein , et dont la base est entourée d’un rebord saillant (la couronne) suivant une coupe oblique de haut en bas et d’arrière en avant. Est-il recouvert habituellement par le prépuce? il n’est revêtu que par un épithélium rougeâtre, mince et facile à excorier; ce qui constitue une disposition spéciale à la blennorrhagie et aux chancres. Est-il au contraire habituellement à découvert? il est protégé par un épiderme blanchâtre , qui l’expose moins aux déchirures , rend sa sensibilité plus obtuse , sa propriété absorbante moins active, et par là même l’infection syphilitique moins facile.
Sa surface est garnie d’une foule de papilles très-fines , signalées par E. Home, et de follicules sébacés dont il a été question. — Son parenchyme est formé d’un tissu spongieux et érectile, d’une densité supérieure au reste du pénis. Sa base emboîte l’extrémité du corps caverneux qui pénètre dans son épaisseur en forme de coin; un tissu celluîo-fibreux trèsdense leur sert de cloison et de moyen d’union; on a remarqué que les abcès du gland, les ulcères pbagédéniques ou les cancers qui le rongent, trouvent dans cette cloison une barrière qui permet souvent aux corps caverneux de rester intacts.
B. Le corps de la verge est constitué par la réunion des racines du corps caverneux. M. Blandin soutient que ce dernier est double. Tl a en effet deux racines; mais remar-
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quons que la cavité que lui forme sa tunique , n’est divisée qu’imparfaitement en deux moitiés latérales par une cloison moyenne incomplète , qui , très-prononcée au niveau de la symphyse, disparaît insensiblement dans sa partie antérieure et ne se prolonge pas jusqu’au gland. Le corps caverneux est donc double en bas et simple en haut; je le compare à un Y renversé; figure qui me semble en donner une idée exacte.
Il est composé d’un tissu spongieux et érectile, et affecte une direction différente, suivant qu’il est à l’étal de flaccidité ou d’érection. Dans le premier cas, le pénis retombe et s’incline par son propre poids , et sa flexion brusque présente un angle aigu avec l’axe de ses racines; sa direction est oblique en bas et enavant. Dans l’érection, il se redresse, et monte obliquement en liaut et en avant, suivant la direction de ses racines.
Peut-être est-ce à l’étranglement que lui fait subir sa tunique qu’on doit attribuer la facilité avec laquelle il se gangrène dans les cas de blennorrhagie intense avec complication de fièvre maligne ou adynamique. J’en ai observé un cas ( Examinât . Méd. , 1843, n° 20) confirmatif de ceux de Boyer , de Pâtissier (Dict. en 60 vol. art. pénis), etc. La nécessité de l’amputation me semble alors démontrée par la contexture anatomique de l’organe , si riche en vaisseaux sanguins et en tissu spongieux, et par la présence de ses enveloppes qui étreignent et causent de vives douleurs; ce qui favorise l’extension du mal.
C. La racine de la verge est constituée par les deux racines du corps caverneux; celles-ci, longues d’environ deux pouces, (54 mm) naissent de la tubérosité sciatique par un prolongement grêle, et s’insèrent le long de la branche ascendante de l’ischion , en montant jusqu’au bas de la symphyse où elles se réunissent pour former le corps de la verge. Leur direction est ainsi oblique en haut et en avant, et diffère du reste de l’organe dans l’état de repos. — Le bulbe de l’urèthre
compte aussi parmi les racines de la verge; renflement de tissu spongieux et érectile , placé sur la ligne médiane , il commence en bas et en arrière par une extrémité libre, entre les aponévroses superficielle et moyenne du périnée, à 8 ou
10 lignes (18 à 22 mra) en avant de l’anus, au niveau de l’origine des corps caverneux (voy. Périnée)’, puis, après quelques lignes de trajet, s’applique sur l’urèthre, au dessous de la symphyse , et embrasse sa circonférence. Ils s’élèvent ensemble dans l’espace triangulaire , qui sépare les racines du corps caverneux, et constituent ainsi le corps de la verge avec ces quatre éléments anatomiques. — Son enveloppe est fibreuse, mais plus mince que celle du corps caverneux. Son tissu est spongieux; il diminue d’épaisseur en doublant l’urèthre , donne son nom à la portion spongieuse de ce canal , et se continue avec le gland qu’il forme par son épanouissement.
On peut , suivant la direction de ces parties, prévoir qu’aprés l’amputation du pénis , l’opéré aura le jet des urines dirigé en haut , s’il n’a plus que quelques lignes de la portion libre ou sus-pubienne. En reste-t-il assez pour qu’il puisse la saisir et l’incliner en bas? la miction s’opérera convenablement. L’opération a-t-elle été faite près de la symphyse? on n’a plus la faculté de diriger le jet urinaire;
11 y a nécessité de se servir d’un instrument conducteur, comme une canule en ivoire , pour empêcher l’urine de mouiller et d’excorier les parties ambiantes.
De là , une grande différence entre les amputations faites au-dessus ou au-dessous du ligament suspenseur. J’ai insisté sur ce point à .propos des gangrènes de la verge. J’ai démontré l’urgence de l’opération dans ce cas , par les motifs que je viens de développer ; par l’anatomie spéciale du pénis , qui favorise l’extension de la mortification ; par l’aDalyse du fait que j‘ai cité , et l’examen critique de trois observations de Boyer : dans la lre, les antiseptiques n’arrêtèrent pas les progrès du sphacèle; plus tard, les parties tombèrent
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et laissèrent une plaie irrégulière, très-sensible au moindre contact. Boyer fut obligé de pratiquer l’amputation au-dessous pour régulariser le moignon ; dans la 2rac, la gangrène, consécutive aussi à une blennorrhagie compliquée de fièvre putride , emporia une partie de l’organe et laissa une plaie conique dont la guérison fut très-lente. — Il en fut de même dans la 3me.
Le principe est de conserver le plus de longueur possible à l’organe , pour sauver la possibilité de l’érection et surtout pour faciliter l’émission des urines. Si les téguments seuls étaient atteints, on serait impardonnable de sacrifier le corps caverneux ouïe gland resté intact. Mais, si la mortification, loin de se limiter, fait des ravages croissants, il faut opérer. Or , l’instrument tranchant, en séparaut les parties mortes des parties saines , enlèverait le mal sans modifier en rien l’état des tissus, et l’on s’exposerait gratuitement à une récidive , comme on le voit à la suite des amputations des membres, où il n’arrive que trop souvent à la gangrène de se reproduire sur le moignon. La cautérisation, ou mieux la section avec le fer rouge , offre plus de sûreté. Depuis Pouteau , le cautère actuel n’a cessé de rendre de grands services dans les hôpitaux de Lyon. — D’après ces motifs, le 13 déc. 1841 , la section circulaire de la verge fut pratiquée avec un cautère cultellaire rouge, au niveau de la ligne de démarcation des parties saines avec les parties mortes, chez un tailleur âgé de 21 ans , entré dans mon service pour une gangrène du prépuce et du gland , à la suite de chancres vénériens très-douloureux; il y avait complication de phimosis, de fièvre adynamique et d’hémorrhagie inquiétantes, etc. Déjà , la verge était mortifiée dans l’étendue de 1 pouce y-2 ( 40rara). L’application du feu enleva les accidents; plus d’hémorrhagie; peu de douleurs; la gangrène ne reparut pas. La guérison eut lieu en un mois. Il restait plus d’un demi-pouce de verge (13 à 14 mm) au-dessus du pubis, c’està-dire assez pour conserver la faculté de diriger le jet des
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urines. Depuis lors , M. Potton m’a cilé un autre cas de succès du fer rouge ; on peut ainsi borner immédiatement la mortification , en appliquant le fer rouge sur la ligne de démarcation. Toutefois, il ne faut y recourir que dans les cas graves; car il est quelques gangrènes superficielles qui s’arrêtent d’elles-mômes.
Je remarquerai que l’orifice de l’urèthre se rétrécit ensuite (1); de là, le précepte de tenir une sonde à demeure ; mais parfois son séjour est insupportable, comme je l’ai vu chez un vieillard que j’avais opéré d’un cancer ; M. Velpeau rapporte un cas analogue. D’ailleurs , la sonde ici est insuffisante, comme ne donnant pas une dilatation assez grande pour une guérison radicale. Aussi, faut-il, en vue de la rétractilité de la cicatrice, cherchera produire l’excès pour obtenir le nécessaire; le cathéter est loin de remplir ce but. Celte rétraction peut avoir lieu longtemps après la cure; M. Roux a vu , trois ans et demi après l’opération , l’urèthre s’oblitérer et donner lieu à une rétention d’urine. M. Potion m’a communiqué un fait semblable. J’ai imaginé,
(1) La difficulté de retrouver l’orifice de l'urèthre à cause du froncement de la muqueuse après l’amputation a donné lieu au procédé de M. Barthélemy qui consiste à introduire préalablement une sonde jusque, dans la vessie Je n’ai pas eubcsoin de recourir à cet expédient, ni chez ceux que j’ai opérés, ni chez les malades qui s’étaient eux-mêmes coupé le pénis dans un moment de désespoir. Il m’a toujours été possible de retrouver l’urèthre et d’y passer une sonde. On a meme proposé de suturer la peau avec les bords de la muqueuse pour produire une guérison plus prompte et plus régulière par celte espèce d’autoplaslie.
Une remarque historique que je puis signaler et qui paraît jusqu’ici avoir complètement échappé aux critiques, c’est que le procédé de M. Barthélemy n’est pas nouveau; je l’ai retrouvé dans Celse, qui l’indique trèsclairement : Si, dit il, l’ulcère pliagédcnique est situé à l’extrémité du gland, dans les environs du conduit urinaire, il faut préalablement introduire une sonde dans l’urèthre, afin qu’il ne se bouche point; puis on passe à l’emploi du fer. « Si in summà glande, circà fislnlam urinæ est, priùs « in eam tenue specillum demittendum est, ne claudatnr; deindè id ferro « adurendum. » (De lie Med., lib. Vf, cap. XVFIf, n"4.)
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pour le dilater suffisamment , d’y introduire , chaque soir, un cône d’éponge préparée à la cire, que je laissais en place une partie de la nuit; ce moyen me réussit parfaitement ; il remplissait bien l’indication, en agissant surtout sur l’orifice destiné à remplacer le méat , qu’il dilatait d’une manière lente , continue et sans douleur. On peut le renouveler facilement, sans qu’il ait les inconvénients d’une sonde à demeure. J’ai revu mon opéré plus de 6 mois après l’amputation ; l’urèthre restait libre, et la miction très-facile ( Examin . Mèd., 15 avril 1843).
Les artères de la verge proviennent de la honteuse interne, dont la division supérieure remonte , au-dessus du muscle transverse du périnée, le long de la branche ascendante de l’ischion jusqu’à la symphyse , où elle se bifurque , au niveau de l’écartement angulaire des racines du corps caverneux. — A. L’artère dorsale de la verge traverse le ligament suspenseur , marche dans la couche sous-cutanée , en glissant dans la rainure médiane , sur la face dorsale , jusqu’au gland, parallèlement à sa congénère , en sorte qu’on les comprime très -bien toutes deux en saisissant l’organe d’avant en arriére entre le pouce et l’index. Elles offrent des flexuosités prononcées , afin de se prêter à l’allongement du pénis dans l’érection ; néanmoins , comme elles rampent dans une couche souple et mobile , elles se rétractent beaucoup après l’amputation complète ; et , la tunique albuginée ne permettant pas au moignon de se raccourcir pour suivre ses enveloppes celluleuses et cutanées , celte rétraction paraît plus grande qu’elle n’est réellement; les dorsales proviennent parfois des vésicales , de l’obturatrice , etc. M. Velpeau les a vues deux fois naître directement de l’hypogastrique ; ellescoïncident alors avec un volume moindre de la honteuse interne. — B. Les artères caverneuses s’engagent en dehors dans le tissu spongieux où elles se subdivisent et se consument. — C. Il faul ajouter quelques ramuscules qui dépendent de l’artère de la cloison , et des honteuses externes.
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Ainsi, après l’amputalion du pénis, on aura à lier ou à tordre quatre artérioles. M. Blandin ajoute même les deux uréthrales inférieures. Boyer a remarqué qu’après la ligature des dorsales et des caverneuses, la compression peut arrêter le sang. Il n’est pas rare, quoiqu’on ait dit le contraire, qu’on ait à s’occuper de quatre vaisseaux; dans le cancer, j’en ai trouvé parfois davantage. Le fil est toujours difficile à placer et à bien faire tenir. Chez un soldat qui , dans un moment de désespoir amoureux , s’était amputé la verge, et où l’on n’avait pu en appliquer aucun, j’eus beaucoup de peine à saisir deux artérioles et à les étreindre ; une compression méthodique arrêta le reste de l’hémorrhagie qui était considérable , et avait déjà beaucoup affaibli le malade.
Les veines dorsales qui rampent dans la couche sous-cutanée , se gonflent parfois de manière à fatiguer dans le coït et même à s’excorier; elles abandonnent leurs artères vers la symphyse , et viennent en partie, en traversant le ligament sous-pubien , concourir au plexus prostatique. — Les caverneuses accompagnent leurs artères.
Les aboutissants des lymphatiques sont : 1° les ganglions de l’aine pour les vaisseaux des téguments , du gland et du prépuce; 2° les ganglions pelviens pour les lymphatiques profonds qui accompagnent les vaisseaux caverneux. Les premiers expliquent comment les inflammations, chancres et dégénérescences du gland et du prépuce , peuvent déterminer des engorgements de l’aine ; et les altérations des seconds ajoutent à la gravité des cancers étendus du pénis.