‹ Traité d'anatomie médico-chirurgicale et topographique, considérée spécialement dans ses applications à la pathologie, à la médecine légale, à l'obstétricie, et à la médecine opératoireChapitre 5 sur 142 · POIDS · texte numérisé non relu

POIDS

11 est aisé, avec ces données, d’arriver îi la détermination de l’àge d’un individu. Supposons une taille de 1"' 66 ‘ et un poids de 68 k. D’après la première colonne , il aurait un peu plus de 18 ans, et d’après la deuxième un peu moins de 20; on conclura avec beaucoup de probabilité qu’il doit

10 ANATOMIE A1ÉDICO-CUIRURG1CALE.

Les professions et l 'habitude modifient tellement l’organisme qu’on a dit qu’elles créaient une seconde nature. Les prédominances natives s’effacent ou se nivellent ; un exercice partiel développe-t-il un organe? d’autres s’atrophient par le repos. La maigreur du bras chez les danseurs est aussi proverbiale que le volume de leurs mollets. Le cadavre d’un vieux tailleur mort phthisique , a offert à M. Diday un exemple curieux de ces effets : au milieu de tous les muscles amincis et décolorés, le couturier seul (justifiant ainsi son nom) témoignait par son volume et sa rougeur que son usage prolongé l’avait sauvé du dépérissement général. Il importe au médecin d’étudier et de connaître les prédispositions acquises qu’amènent les habitudes sociales et professionnelles. Il saura qu’elles seules doivent être accusées de produire certaines déformations qu’il ne faut pas rapporter à d’autre origine ; on peut citer les déviations des métatarses chez les tailleurs , les inégalités du sternum chez les cordonniers , etc. Parfois aussi de nouveaux organes sont créés de toutes pièces et peuvent ensuite devenir le siège de maladies spéciales; telles sont les bourses muqueuses qu’on voit se former partout où s’opèrent et se répètent des frottements.

L’histoire du développement embryonaire a pris dans ce siècle une grande extension philosophique ; ses lois générales, comme ses phénomènes de détails , sont élevées aujourd’hui au rang de vérité démontrée. L’être humain se forme de deux moitiés latérales dont la fusion s’opère sur la ligne médiane;

avoir 18 à 20 ans. Toutefois, dans l’âge adulte , où la taille change peu et où le poids varie beaucoup, ces chiffres ne donnent que des approximations incomplètes; ils sont alors peu applicables. Mais pour les autres âges , le rapport moyen de la stature avec le poids, qui indique le véritable degré de développement, peut fournir des données nouvelles et précieuses. M. Malgaigne désirerait avec raison qu’on tint compte aussi de la longueur des membres thoraciques, et de celle des abdominaux comparativement au tronc. La longueur des premiers peut ajouter quelque chose au poids , tandis que celle des seconds, h taille égale, peut le diminuer.

DIT CORPS HUMAIN

et sans avoir pu surprendre sur le fait leur séparation primitive, on l’admet par analogie, et les faits pathologiques et tératologiques viennent largement déposer en faveur de ce système. Faut-il rappeler d’une part la duplicité des organes latéraux , les symphyses médianes , le raphé des téguments, le frein de la langue, des lèvres, du prépuce , etc.; d’autre part, la bifidité palatine, le bec-de-lièvre , le spina bifida, l’hypospadias, etc.? Ce sont là autant d’arguments en faveur de cette doctrine, et surtout autant d’exemples qui en montrent la fécondité. Son grand mérite, pour le médecin , consiste dans la lumière qu’elle jette sur les causes d’une foule de monstruosités ou de maladies originelles.

Le rachis , premier appareil distinct , n’est d’abord formé que de deux lignes parallèles , présentant à leur extrémité supérieure un point de jonction, rudiment de la tête. La moelle apparaît plus tard entr’elles ; et bientôt leur union complète à cet organe son cylindre protecteur. L’organogénésie des autres éléments de l’économie suit des phases analogues. Quelques conduits, primitivement doubles , le demeurent parfois durant toute la vie (vagins bifides, utérus bicornes ) ; d’autres , imperforés dans l’origine , conservent cette disposition (atrésie anale) ou ne s’ouvrent qu’incomplètement (membrane hymen). Il est remarquable que les diverses périodes par lesquelles passe le corps humain jusqu’à sa formation complète , sont chacune la reproduction de l’état définitif de certaines classes d’animaux inférieurs; circonstance qui donne la clef d’une foule d’anomalies , et qui apprend pourquoi , dans la série animale , jamais un vice de conformation ne représente chez un individu des dispositions propres à un être supérieur.

Les membres sortent du tronc par une espèce de bourgeonnement: c’est d’abord la main et le pied qui apparaissent; puis l’avant-bras et la jambe se détachent ensuite, et enfin le bras et la cuisse viennent à leur tour éloigner les extrémités podalesetchéiriennesdu lieu de leur implantation primitive.

12 ANATOMIE MÉDICO-CIimUHGICALE.

Aussi n’est-il pas rare de voir des monstres dépourvus de cuisses ou de bras, ou n’ayant pour tout appendice que des mains ou des pieds. J’en ai récemment rencontré un exemple curieux sur un anencéphale. C’est là un arrêt de développement dans son expression la plus simple.

La doctrine des arrêts de développements révèle le secret de la plupart des monstruosités : seulement pour être vrai , il ne faut pas lui donner une valeur exclusive dans l’explication des difformités; les accidents morbides de la vie intra-utérine jouent aussi un rôle secondaire; il faut reconnaître que certains vices de conformation résultent des maladies du fœtus ( pied-bot) , des rapports irréguliers de ses parties (adhérences anormales) , ou du développement simultané de deux êtres dans les mêmes enveloppes (diadelphes), etc. L’évolution une fois troublée ou suspendue , les parties qui sont frappées ne croissent ni ne vivent plus comme à l’ordinaire ; leur physionomie se dénature à la longue. Il est facile de concevoir les désordres que peut produire la puissance combinée de ces nouveaux éléments morbides. L’anatomie médicale doit connaître et apprécier toutes ces influences. Car le traitement d’une difformité variera évidemment selon qu’elle est un résultat de maladie ou un simple temps d’arrêt dans l’évolution organique.

A l’autre extrémité de la vie , l’influence de l’àge vient à son tour désorganiser le corps liumaiu. Des organes entiers s’altèrent ou disparaissent à mesure que l’existence parcourt ses périodes; le thymus se résorbe; les mamelles et les ovaires s’atrophient ; le crystallin devient opaque ; les artères s’ossifient; l’ouïe s’émousse; les dents tombent, ainsi que les cheveux, etc. L’économiese détériore jusqu’àson dernier jour.

La mort livre à l’anatomiste l’objet même de son étude; car à part quelques rares occasions fournies par la médecine opératoire , c’est de la nécropsie que se tirent toutes nos notions de formes et déstructuré. Mais le cadavre prête encore à l’investigation médicale sous un autre point de vue : son

DD CORPS HUMAIN

examen éclaire sur l’époque et la cause de la mort ; et dés lors , il importe , pour régulariser celte étude , de déterminer de quelle manière les choses se passent dans la mort naturelle. Le refroidissement est le premier phénomène appréciable , ainsi que la décoloration ; les signes de fluxion se dissipent, et souvent les congestions ne laissent plus de traces. Les attitudes de l’agonie persévèrent, et les parties finissent par se raidir dans la situation où la mort les a surprises; c’est la rigidité cadavérique , dont l’époque d’invasion, bien déterminée par Nysten, est un signe précieux pour calculer le moment d’un décès dont la date est encore récente. Les nerfs des muscles paraissent perdre leur irritabilité galvanique dès les premiers jours, tandis que la fibre musculaire elle-même conserverait la sienne plusieurs semaines (Longet). Il est quelques actes fonctionnels qui se poursuivent quelque temps encore , comme la sécrétion de la bile , de l’urine , dont les réservoirs ne sont jamais vides à l’autopsie ; on dirait que le centre de l’économie continue à agir par une sorte de mouvement idio-organique (Ripault). Qui ne sait que les sécrétions épidermiques s’accomplissent plusieurs jours encore après le dernier soupir (ongles, poils)? Quel anatomiste n’a pas constaté la croissance de la barbe sur les cadavres?

On a désigné sous le nom d 'effets cadavériques divers phénomènes qui ne sont pas encore la décomposition , mais qui n’appartiennent déjà plus à la vie. La plupart de ceux qui précèdent rentrent dans cette catégorie ; il faut ajouter la décoloration delà pulpe des doigts qui , placés entre l’œil et la lumière, ne réflètent plus une teinte rougeâtre , comme sur le vivant; diverses stases sanguines vers les points déclives; une variété d’engorgement ou de pneumonie hypostatique ; les concrétions fibrineuses des cavités du cœur et des gros vaisseaux; enfin la coloration verte ou bleue du ventre , seul signe univoque de la mort réelle , d’après M. Deschamps.

Personne n’ignore combien il importe d’étudier tous ces

changements pour apprécier leur évolution et leurs degrés divers, afin de ne pas les rapporter à désaffections étrangères à leur production , de n’attribuer aux lésions pathologiques que leurs caractères réels , et de ne pas confondre la léthargie et les différentes morts apparentes avec l’extinction absolue des forces vitales. La médecine légale surtout puise dans ces faits des lumières précieuses : par l’état physique et chimique des éléments organiques , elle détermine l’époque du décès. L’examen des appareils cardiaque et pulmonaire lui permet d’établir si un nouveau-né a vécu de la vie extra-utérine (docimasie pulmonaire). Le seul aspect vultueux ou pâle de la face après la mort par suspension , lui enseigne si le sujet a succombé à l’asphyxie ou à la luxation des vertèbres (Orfila); en s’élevant à la théorie du mécanisme , et de l’époque de la mort , elle va parfois jusqu’à en découvrir l’auteur par les circonstances spéciales des lésions traumatiques. Des malfaiteurs font-ils des blessures au cadavre de leurs victimes pour dérouler la justice? Le médecin légiste trouve, dans l’absence d’un travail vital, d’ecchymose ou de turgescence autour de la plaie , les éléments d’un diagnostic sûr; il déjoue les manœuvres du crime; la nature posthume des lésions est dévoilée.

Après une certaine période , variable suivant les causes de la mort et les circonstances extérieures , les éléments chimiques de l’économie se dissocient; à mesure que les tissus se décomposent , le corps humain dépouille ses caractères , et l’anatomie perd peu à peu ses droits. Toutefois, les parties qui résistent un temps à cette action dissolvante , conservent encore une certaine importance qui rend la tâche du médecin aussi délicate que pénible dans les exhumations juridiques faites à longue distance du décès. Enfin , la décomposition s’achève; les divers éléments de l’organisme rentrent, en attendant de nouvelles combinaisons, sous l’empire des lois qui régissent la matière inorganique ; l’homme a disparu.

DE l’anatomie topographique.

L’importance d’une science se révèle par son sujet, son but et ses applications. Sous ce point de vue, l’anatomie topographique médico-chirurgicale n’a besoin que d’être connue pour être appréciée.

Ses attributions sont aussi étendues que multipliées : tandis que l’embryologie, scrutant les rudiments primordiaux de l’organisme, fixe le point de départ du nouvel être et cherche à deviner, dans les moindres particules du germe, l’évolution et la destinée des organes futurs ; que l’anatomie descriptive , prenant chacun de ces organes développés , les dissèque et les isole pour les connaître , et les sépare en catégories pour les décrire; Vanatomie topographique, choisissant l’adulte pour type, étudie le corps humain par zones et par régions, présente et analyse les groupes organiques dans leur ensemble et dans leurs détails, et, montrant à quels corollaires mène la notion de leurs formes, de leurs rapports et de leurs variétés , enseigne à l’homme de l’art comme à l’élève tout ce qu’il importe de connaître , dans un espace donné, pour une maladie ou une opération quelconque. Sans rejeter tout développement graphique , elle élague à dessein les stériles minuties d’une description pure, pour mieux fixer l’attention sur les dispositions principales qui ont trait à la pratique de l’art ; fidèle à son but , elle résume ce qu’il y a de substantiel dans l’anatomie descriptive pour peindre l’arrangement des parties, et, dressant sur place et pièce par pièce l’inventaire des divers éléments de la charpente humaine, elle s’attache aux particularités qui dépendent de leur configuration , de leurs connexions ou de leurs anomalies. On conçoit qu’elle puisse ainsi fournir une base solide au diagnostic , des inductions nouvelles à la thérapeutique , et

IG ANATOJIIE MÉDICO-CUIRURGICALE.

éclairer 1 a pathologie par l’an thropotomie et vice versa. Science des formes et des rapports, l’anatomie topographique, féconde en applications , s’adresse au docteur comme à l’étudiant, au médecin comme au chirurgien. On l’a dit avec raison : sans anatomie chirurgicale, point de chirurgien (Velpeau). Mais c’était trop restreindre sa sphère et méconnaître une partie des services qu’elle peut rendre, que delà circonscrire sous ce titre.

Il n’existe en France que trois ouvrages accrédités en ce genre : ceux de MM. Blandin , Velpeau et Malgaigne ; leurs qualités sont connues ; ils se recommandent à des titres divers. Toutefois la critique les a accusés de pécher sous plus d’un rapport, et, outre les desiderata avoués, particuliers à chacun d’eux , d’offrir le défaut commun d’être trop exclusifs ; on leur a reproché comme un tort grave de se borner à la chirurgie , et de manquer d’une couleur médicale. Peut-être est-ce une des causes qui ont jusqu’ici empêché cette branche importante de prendre le rôle qui lui revient dans les études et la pratique médicales , et d’entrer comme partie essentielle dans l’enseignement de nos écoles.

Les divisions de l’anatomie topographique portent le nom de régions ; la région s’entend d’un espace défini et circonscrit , variable pour sa figure et son étendue , dans les limites duquel l’anatomiste se renferme pour mieux pénétrer les particularités de son organisation. Le corps humain ne se compose pas seulement de surfaces; s’il y a un ordre de juxtaposition dans ses parties , il y a aussi un ordre de superposition; et à l’idée première de la région en superficie , il faut associer l’idée des couches anatomiques , de manière à la considérer comme un solide prolongé jusqu’à l’axe central de l’organe , et constitué par une série de plans superposés au milieu des lignes qui décrivent son périmètre.

Le nombre des régions varie suivant chaque auteur , en raison de l’esprit de généralisation ou de division dont il est doué ; préoccupé d’une idée ou d’un point de vue , il

de l’anatomie topographique.

pose des bornes , et crée des chefs distincts , d’après l’importance qu’il attribue à son sujet ; dès lors tout appareil , tout organe, tout segment de partie a pu devenir, et est devenu en effet l’élément constitutif d’une région particulière (région carotidienne , massétérine , parotidienne , etc.). Toutefois cette subdivision doit avoir ses bornes; trop scinder les objets , c’est en perdre de vue l’ensemble et les relations. Le corps humain présente des groupes organiques bien dessinés , qu’il serait peu méthodique de disjoindre (région sus-claviculaire), et la nature fournit en général des limites que l’analogie ou la physiologie peuvent toujours compléter; il y a donc des régions naturelles. Mais parfois aussi l’art a besoin d’intervenir ; quand les limites naturelles font défaut, le topographe , pour circonscrire ou créer une région , est forcé d’en rechercher d’artificielles ( région du périnée). Toute facultative qu’est cette délimitation, elle doit sans cesse être justifiée par la physiologie ou la pathologie. Les exigences de la pratique servent souvent de base (région du pli du coude) ; il faut d’ailleurs que les suggestions de la médecine concordent avec les données de l’anatomie ( région poplitée) ; et lors même que la nécessité impose à la méthode un sacrifice, on doit le subir sans rompre ses principes; c’est ainsi que dans la région de l’aine nous avons groupé le canal inguinal et le canal crural avec le pli de l’aine , tandis que nos devanciers les isolaient dans des chapitres différents , et les rapportaient séparément à la cuisse , à la fosse iliaque , à la paroi abdominale , etc. La chirurgie a dû ici obtenir la prééminence. Un autre obstacle à la délimitation précise de certaines régions réside dans la mobilité de leurs parois qui fait à chaque instant varier leur aire (région de l’aisselle). Mais cette circonstance même doit être prise en considération par le médecin , car rien de ce qui change les rapports des parties ne doit échapper à son étude. Les régions artificielles bien composées peuvent avoir autant d’utilité que les régions naturelles.

L’anatomie topographique n’est point une branche spéculative de l’art , une science de cabinet; un livre bien fait de ce genre doit être composé à l’amphithéâtre , en présence même du cadavre ; c’est là qu’elle s’étudie et se démontre. Mais la dissection n’est pas son unique base; elle puise aussi à d’autres sources; ses corollaires veulent être fécondés par l’examen de la nature vivante ; il leur faut , comme complément, le contrôle de l’observation clinique, ou la vérification de la nécropsie. Une opération fait voir les organes enjeu , et surprend les fonctions sur le fait; une amputation de membres dévoile la série successive des divers tissus , et les caractères de la contraction musculaire suivant les couches. La dissection des tumeurs est à elle seule toute une' leçon d’anatomie topographique. Les vivisections enfin fournissent des lumières précieuses ; aussi, avec cet ensemble de ressources , réussira-t-on à se prémunir contre le danger des inductions erronées que suggèrent souvent l’anatomie comparée ou des analogies trompeuses.

On conçoit que, pour être cultivée avec fruit, cette science exige certaines connaissances préalables en médecine. L’anatomie descriptive et générale en forme l’introduction nécessaire. L’esprit , n’ayant plus alors à se préoccuper des objets en eux-mêmes , saisit mieux les corollaires qui découlent de leurs connexions, et pénètre d’autant mieux les éléments d’une région qu’il s’est déjà familiarisé avec chacun d’eux à l’avance. C’est alors que les aperçus de pathologie constituent autant de germes que l’étude des régions féconde et vivifie , et sans lesquels elle risquerait elle-même de rester stérile.

La meilleure méthode à suivre dans l’exposition et l’enseignement n’est pas encore trouvée. Préoccupé d’un point de vue différent, chaque auteur a eu la sienne. L’un d’eux en fait lui-même la critique , lorsque , avouant que le résultat désiré n’a point jusqu’ici été obtenu, il ajoute : « Que chacun la présente donc à sa manière ; que les anatomistes

de l’anatomie topographique. 19

la tournent et la retournent ; que les écrivains ne se lassent pas d’en varier les points de vue. La multiplicité des ouvrages fera naître la controverse. Le champ est d’ailleurs assez fertile pour que personne ne le cultive en vain. Je pense que plus elle fera naître de plans divers , plus elle arrivera vite à se régulariser, au point qu’il ne soit plus permis à aucun médecin de se passer de son concours. » (Velpeau.)

Tout en mettant à profit les travaux de nos devanciers , nous avons adopté une méthode entièrement différente; notre marche, conforme à l’arrangement des parties, expose moins peut-être aux oublis et aux digressions. Après quelques généralités sur les limites , la figure et les usages de la région , nous avons cru devoir , pour en aborder l’examen détaillé , nous astreindre à l’ordre analytique des couches anatomiques , procédant ainsi , dans cette étude , par une sorte de méthode naturelle. On a dès-lors l’avantage de passer en revue les objets dans l’ordre où le bistouri les divise , d’avancer du connu à l’inconnu , de ne rien laisser d’inexploré derrière soi , de signaler dans leurs rapports les divers organes que renferme chaque plan , et, comme on l’a dit , de rendre en quelque sorte mathématique la marche de l’instrument à travers les tissus. L’ensemble est subordonné à l’idée-mère des formes et des rapports. A notre point de vue , chaque localité présente : 1° une étendue définie en surface; 2° une série variable de couches successives; 3° sous chaque plan un certain nombre d’objets. Voilà pour la structure ; voici pour les connexions : 1° Dans chaque section , rapports réciproques des régions. 2° Dans la région , rapports des couches entr’elles. 3° Dans chaque couche , rapports des organes qui la constituent. Cette méthode à coup sûr est simple, claire et pratique. Puis , au lieu de rejeter in globo , à la fin de chaque région , les réflexions et conséquences directes qu’elle inspire, on les distribue dans le cours des descriptions, mettant ainsi , avec plus de fruit,

à côté de chaque détail graphique , les déductions patholo giques qui se tirent de l’étude des parties , de leurs rapports, de leurs anomalies , de leurs lésions , etc. Cet ordre, calqué sur la nature , épargne au lecteur plus d’une recherche fatigante , et donne la facilité de ne pas trop éloigner les conséquences de leurs principes , but avoué de l’anatomie médico-chirurgicale. En ôtant leur aridité aux descriptions , il rend l’étude plus attachante et plus instructive ; il fixe mieux l’attention , et chaque application devient plus aisée à retenir , à mesure que la pathologie vient en aide à l’anatomie , et vice-ver sâ. Ajoutons que les corollaires d’une nature plus générale gagnent, à ce plan, l’avantage d’être séparés des préceptes particuliers d’une application toute locale, dont la valeur augmente ainsi par cela seul qu’on les a mis à leur place. Enfin , qu’on veuille bien remarquer que cette classification exerce sans cesse la réflexion du pathologiste sans fatiguer la mémoire de l’anatomiste, et qu’elle est aussi commode dans le cabinet qu’à l’amphithéâtre. Si notre plan avait besoin d’une justification , il la trouverait dans nos devanciers eux-mêmes qui , malgré la différence de leur point de départ , ont tous été ramenés à une détermination analogue. L’un d’eux commence toujours par une nomenclature qu’il appelle anatomie des plans; un autre la fait figurer dans le paragraphe de la structure ; un troisième termine chaque chapitre par un résumé sommaire relatif à l’ordre de superposition.

Nous avions un écueil à éviter ; il fallait se soustraire au reproche qu’on a adressé au premier traité en ce genre , à savoir de faire simplement de l’anatomie descriptive exposée par région , et par conséquent suivant l’ordre le plus vicieux, puisqu’il réunit , dans le même cadre , les organes les plus disparates sous tous les rapports. Nous avons cherché à donner , sans tomber dans l’excès , tous les développements graphiques nécessaires à l’intelligence du sujet , avec assez de détails pour qu’il ne soit pas besoin de recourir aux auteurs d’anatomie spéciale.

de l’anatomie topographique.

Les applications pratiques font partie intégrante de l’anatomie topographique; elles en tirent tout leur prix, et lui impriment en retour l’intérêt et l’utilité qui la caractérisent, c’est un appendice indispensable. Aussi , sans empiéter sur le domaine de la pathologie , ne manquerons-nous aucune occasion de mettre en relief les déductions qui dérivent à chaque pas , pour la médecine comme pour la chirurgie , d’une étude approfondie du sujet. L’esprit qui vient de percevoir un rapport , est mieux disposé à en saisir le but physiologique ou médical , à comprendre les suites de sa perturbation et à discerner les moyens d’en rétablir l’harmonie. Il est , surtout en chirurgie opératoire , des indications précises que l’anatomie peut seule fournir , et qui exigent des souvenirs de fraîche date.

Indispensable aux étudiants en médecine , comme aux docteurs qui tentent la carrière des concours , cette science est encore le guide nécessaire du praticien qui y trouve interprétés par l’anatomie , les symptômes et la marche de diverses maladies ; elle peint et groupe sous ses yeux les parties constituantes de la région qui l’occupe , lui en analyse la structure et les rapports , et lui enseigne les difficultés et les sources du diagnostic local. S’agit-il d’une méthode opératoire ? Elle lui en révèle les avantages ouïes dangers , et loin de le laisser indécis entre divers procédés , elle lui dicte son choix ; elle fait mieux , elle le motive sur l’appréciation de l’état physique ou fonctionnel des organes. Qui ne sait les ressources précieuses qu’elle offre au médecin militaire , comme au praticien isolé des campagnes , forcés souvent l’un et l’autre d’agir à l’improviste, sans secours et sans conseils? Le médecin légiste y trouvera des recherches spéciales sur les particularités des plaies de la face , sur les altérations du cou dans les pendaisons par suicide ou par homicide , sur les différences des perforations spontanées des intestins d’avec celles par empoisonnement , sur les caractères des plaies du poumon faites avant ou après la mort , sur le rôle de la

langue dans l’asphyxie par strangulation , sur les questions de viabilité , la docimasie pulmonaire , etc. Il serait superflu de relater les enseignements qu’elle réserve à l’accoucheur , etc.

Multiplier les corollaires pratiques , sans tomber dans des développements trop étendus , tel doit être le but final de cette science. Fidèle à son objet, le topographe discute et juge , plutôt qu’il ne décrit les procédés ; et d’ailleurs, avec la notion exacte des appareils organiques , l’intelligence de la déduction qui en découle pénètre d’emblée les esprits. La concision est de rigueur , sous peine de fatiguer la mémoire sans fixer l’attention; il ne faudrait pas que l’anatomie ne soit qu’un prétexte , et que la pathologie fût le véritable thème. Aussi n’imiterons-nous point les auteurs qui ont relégué dans un chapitre à part toutes les remarques auxquelles prête la région ; on s’expose trop alors à des digressions et à des hors-d’œuvre , comme la critique l’a nettement formulé ; nous avons plus haut déduit nos motifs.

On ne saurait trop le dire , quelque artificielles que puissent être les coupes qui délimitent un espace topographique , il est incontestable néanmoins qu’il constitue un tout plus ou moins homogène auquel une série de considérations pathologiques appartient réellement en propre; c’est même d’après ces caractères qu’une région est constituée espèce à part , car ce n’est point pour aboutir à un vain but de curiosité satisfaite. Il yadone des remarques générales. Mais il est aussi des notions de détail que la revue anatomique d’une région amène au fur et à mesure sous les yeux du médecin attentif; placées à côté de leur source , elles ont l’inappréciable mérite de l’opportunité , et se gravent mieux dans la mémoire , en même temps qu’elles concourent à mieux peindre les propriétés des organes; double avantage qu’offre cette méthode. Il y a des objets et des préceptes pratiques qui s’appellent réciproquement.

Une double voie est donc ouverte à l’exposé des corollai-

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