LIVRE SECOND
DES MEMBRES
Les membres sont des appendices articulés et mobiles disposés symétriquement sur les cotés du tronc; ils forment., avec les sens , les organes principaux de la vie de relation , et servent à la station , à la progression et à l’accomplissement des mouvements volontaires. Chez l’homme, comme chez les animaux vertèbres , il y en a quatre , dont deux supérieurs ou thoraciques affectés à la préhension , et deux inférieurs ou pelviens pour la station et la progression. Vicqd’Azyr a insisté sur leurs analogies anatomiques et physiologiques; on les voit se suppléer par une longue habitude chez les individus difformes ou mutilés. M. Dumoutier a donné l’histoire de M. Ducornet qui peint avec les pieds. On sait que les culs-de-jatte marchent sur les mains.
Les membres se développent par une sorte de végétation dès le 15me jour de la conception ; ils sont sujets à une foule de vices de conformation; le défaut de symétrie est l’un des plus communs. 11 est rare que leur nombre augmente ( Polymélie ); il n’en est pas ainsi de leurs appendices terminales; il suffit de citer les sexdigitaires; parfois ils manquent chez le fœtus humain, comme cela existe naturellement chez certaines classes animales (vers, serpents). J’ai constaté l’absence partielle de la main. M. Velpeau a vu un fœtus dépourvu de cuisses et de bras , quoique les jambes et les avant-bras fussent bien conformés; ceci s’explique parleur
mode de développement; la première partie distincte des membres chez l’embryon n’est pas leur base ou racine , mais bien leur pointe ( pied, main ) , et après elle , les portions adjacentes et superposées , de telle sorte que la section adhérente est la dernière à paraître. Aujourd’hui , un intérêt pratique s’attache à l’étude des difformités par les progrès de l’orthopédie moderne qui a remédié à nombre de défectuosités congéniales , comme le pied bot, etc.
Les membres offrent une forme cylindroïde allongée. Ils sont sillonnés de rides concentriques près désarticulations; point de ralliement utile pour certaines amputations. On y distingue des rainures parallèles aux muscles et aux vaisseaux , et propres à servir de guide dans les ligatures d’artères. Leurs veines superficielles, volumineuses et apparentes, sont presque les seules qu’on ouvre de nos jours dans la phlébotomie ; leurs branches finissent par se rendre à un tronc unique qui se jette dans les veines profondes vers la racine des membres; c’est pour cela qu’une tumeur , comprimant leur réservoir , entraîne des infiltrations et des abcès dans tout l’appareil sous-jacent. Les artères principales sont placées en-dedans de manière à être protégées par les os et les masses musculaires. Elles émanent d’un tronc unique , ce qui permet à la compression dans un seul point d’arrêter la circulation et les hémorrhagies , mais expose la ligature à être suivie de gangrène. Elles se subdivisent et s’anastomosent largement autour des articulations; ces communications se multiplient encore vers les extrémités , au point qu’il est de précepte , dans les plaies artérielles de ces régions , de lier les deux bouts du vaisseau pour prévenir l’hémorrliagie par l’orifice inférieur. Les muscles , de figure fusiforme ou rubanée, se terminent par des tendons allongés; le bas de la jambe et de l’avant-bras est entouré de ces expansions fibreuses et dépourvu de fibres charnues, ce qui a paru, mais à tort, à quelques chirurgiens, un motif suffisant pour condamner l’amputation dans
DES MEMBRES
ce lieu. Ajoutons pour les opérateurs que les fibres (les muscles profonds sont obliques et courtes , celles des muscles superficiels, plus droites et beaucoup plus longues; or, le retrait, après une amputation, étant en rapport avec l’étendue de la contraction musculaire, laquelle se mesure d’après la longueur des fibres, ce retrait sera beaucoup plus considérable dans le plan superficiel que dans le plan profond; de là la nécessité d’opérer en plusieurs temps pour éviter le manche degigol. Près des brisures des membres, la rétraction sera minime après la section, les muscles étant coupés près de leur insertion supérieure; c’est ce qui a lieu dans l’amputation de la jambe près du genou et de t’avant-bras près du coude.
De fortes aponévroses entourent les membres et leur constituent une enveloppe générale , subdivisée en cloisons secondaires prolongées jusqu’aux os , pour servir de loges aux muscles , aux vaisseaux et aux nerfs. Chaque système musculaire a son compartiment, dont la résistance augmente sa propre force ; c'est au défaut de ces rapports qu’est due la luxation des muscles signalée par Pouteau. C’est à l’inextensibilité de ces gaines qu’on doit attribuer la gravité et la douleur des inflammations profondes. De là , l’utilité des débridements.
Les membres ont un squelette central , formé par des os longs dont le nombre augmente à chaque brisure à mesure qu’on s’éloigne du tronc; un seul os occupe le centre de la première section ; il y en a deux à la seconde et ils sont plus superficiels; ils deviennent multiples à la main et au pied. Le bras et la cuisse s’articulent au tronc par une énarthrose orbiculaire , avec des différences en rapport avec leur destination. Leurs usages et leur mobilité rendent compte de la fréquence de leurs luxations. Au genou et au coude , ce sont des ginglymes angulaires, avec un grand diamètre transversal ; de là la possibilité des luxations latérales incomplètes; au coude , le diamètre antéro-postérieur est trés-
petit , ce qui y rend plus communes les luxations complètes dans ce sens, surtout en arrière, car en avant la flexion peut être poussée très-loin sans que les surfaces s’abandonnent.
L’extrême mobilité de certaines jointures rend les dislocations plus fréquentes, et les fractures plus rares, les os fuyant, pour ainsi dire, devant les puissances vulnérantes, taudis que , dès que la solidité prédomine sur la mobilité , les rapports changent. La proportion des fractures des membres est considérable; à l’Hôtel Dieu de Lyon , j’ai pu estimer qu’elle s’élève aux i9/2odes cas; la raison générale s’en trouve dans la disposition du squelette, ses usages multipliés, et ses rapports avec les agents extérieurs.