‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 26 sur 116 · II. — Fistules congénitales du cou · texte numérisé non relu

II. — Fistules congénitales du cou

Ces anomalies, comme celles de la face, sont l’effet ordinaire d’un défaut de réunion de parties séparées dans le cours de la vie intra-utérine, et ainsi elles sont constituées le plus souvent par un état fœtal devenu permanent. Elles tiennent, soit à une occlusion incomplète des fentes branchiales, soit à un défaut de réunion des trois derniers arcs branchiaux.

Signalées pour la première fois par Dzondi , les fistules congénitales du cou, relativement rares, sont simples ou doubles, complètes ou incomplètes. L’orifice externe occupe un des points de l’espace compris entre la mâchoire inférieure et le sternum, et siège le plus souvent à droite. Sur 46 cas analysés par Heusinger , il existe : à droite, 31 fois; à gauche, 12 fois; sur la partie médiane antérieure, 2 fois ; sans indication, 1 fois ; des deux côtés du cou, 8 fois. Cet orifice de petite dimension ne permet la plupart du temps que l’introduction d’une sonde très-fine ou même d'une simple soie ; ses bords sont en général tuméfiés, rouges, quelquefois saillants à la façon d’une boutonnière. Une petite quantité de mucus s’en écoule spontanément ou à la suite d’un effort de toux, et lorsque la fistule communique avec le pharynx ou les voies aériennes, des liquides et des bulles d’air parviennent à la traverser. Un trajet fistuleux étroit fait suite à l’orifice externe; il se dirige obliquement en haut vers les organes intérieurs, mais il les atteint rarement et se termine le plus souvent dans le tissu cellulaire du cou par une extrémité en cul-de-sac plus ou moins renflée (fistule incomplète).

Dans un certain nombre de cas, ce trajet fistuleux se continue jusque dans la cavité du pharynx: 12 fois sur 46 cas; beaucoup plus rarement il s’ouvre dans les voies aériennes. Lorsque la fistule est complète, l’orifice interne est en général tellement étroit qu’il permet difficilement la pénétration des substances liquides et des bulles d’air: il occupe dans le pharynx les parties latérales. Dans un cas rapporté par Neuhofer, où il fut possible de constater à l’œil le siège exact des orifices internes ; les deux conduits fistuleux présentaient chacun une dilatation ampullaire analogue à celle que l’on observe quelquefois à l’extrémité des fistules incomplètes, circonstance très-importante, puisqu’elle nous initie au mode de formation des kystes congénitaux du cou. Le canal de la fistule est tapissé par une membrane analogue aux membranes muqueuses, au-dessous de laquelle existe une membrane fibreuse. Il n’y a pas de faits bien authentiques de fistule borgne interne, mais il y a lieu de considérer comme tels quelques cas où il est fait mention d’un diverticulum de l’œsophage.

Les fistules congénitales du cou ont une pathogénie des plus nettes ; elles sont produites par le défaut de réunion des 3e et 4e fentes branchiales, ou, lorsque leur orifice externe est médian, par l’absence de jonction des 3e et 4e arcs branchiaux sur la ligne médiane. Ces fistules n’ont d’autre inconvénient qu’un léger écoulement muqueux ou puriforme ; elles sont sans danger pour l’existence et guérissent souvent à la suite d’une opération. Leurs causes sont fort obscures. Cependant l’hérédité semble jouer ici un certain rôle, puisque sur 46 cas cette influence est mentionnée 9 fois d’une façon certaine; 10 fois elle faisait absolument défaut, dans le reste des cas elle était douteuse. Sur ce même nombre on comptait 24 femmes et 22 hommes.

Bibliographie. — Dzondi, De fistulis tracheæ congenitis. Halle, 1829. — Ascherson, De fistulis colli congenitis. Berlin, 1832. — Duncan, Case of branchia fistula ( Edinb . med. Journ ., vol. I, p. 426). — L. Kersten, Comment, de fistulis colli congenitis. Magdebourg, 1835. — J. Heine, Dissertatio de fistula colii congenita. Hamburg, 1840. — Munciimeyer, lîannoversche Annalen, 1844, Hft. 1. — M. Neuhofer, TJeber die angeborene Halsfistel. Munich, 1847. — Bednor, Lie Krarikh. der Neugeborenen. Wien, 1850, p. 121. — Meinel, Beitràge zur pathol. Anatomie. Bonn, 1852, p. 787. — Noll, Deutsche Klinik, 1852n° 27. — Mayr, Juhrb. d. Kinderheilk ., vol. IV, p. 209, 1861. — Heusinger, Ilals- Kiemen-Fisteln, etc. ( Archiv fur pathol. Anatom., \ ol. XXIX, p. 358, 1864, et Gaz. mêd., 1866, p. 402). — Rud. Virchow, Archiv. f. path. anat., t. XXX, p. 221, 1864; t. XXXII, p. 518, et t. XXXV, p. 208.— A. Faucon, Sur deux cas de fistules brachiales, Soc. de c hir. , 27 avril 1874 et Gaz. des hôpit., p. 427 , 1874.

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