ANOMALIES OE NUTRITION
Cette grande classe d altérations, dont l’étude se place naturellement à la suite des anomalies de formation et de développement, n’a pas été sans fixer depuis longtemps l’attention des anatomistes et des médecins, qui ont eu, du moins sur l’inflammation, des idées plus ou moins justes. Néanmoins c’est seulement depuis la fin du xvine siècle et le commencement du xixe que les lésions matérielles résultant de désordres nutritifs sont l’objet de recherches suivies, qui permettront sans doute d’arriver un jour ou l’autre à en saisir le mécanisme intime. Malgré l’intérêt qu’il y aurait à faire connaître les opinions qui ont eu cours sur celte matière, notre but n’est pas de donner des détails historiques, qui trouveront leur place ailleurs. Il nous parait beaucoup plus important pour l’étude de ces altérations de dire quelques mots de la fonction de nutrition.
Échafaudage et agrégat d’éléments histologiques, l’organisme humain met en jeu, pour sa nutrition, trois ordres de facteurs : des éléments propres (cellules hépatiques, nerveuses, fibres musculaires, etc.), le sang et les nerfs. L’élément propre, ou cellule, est la partie qui se nourrit ; le sang est le vecteur des matériaux de nutrition ; le nerf est le régulateur de la fonction.
La cellule, qui est autonome, emprunte au sang certains matériaux qu’elle s’assimile, et lui en rend d’autres, impropres à sa vie végétative ; c’est ce qu’on nomme le mouvement d’assimilation et de désassimilation. Le sang, milieu intérieur, reçoit du dehors les matériaux destinés à l’entretien de la cellule. Le système nerveux domine ces deux facteurs, produit leur conflit et régularise la fonction. L’intégrité de chacun de ces facteurs est donc indispensable à l’accomplissement régulier de la nutrition.
Que si, par une cause quelconque, ces conditions d’intégrité fonction-
nelle sc trouvent modifiées, la nutrition est troublée ; un désordre matériel en résulte, par augmentation, diminution ou perversion de la fonction. Qu’une quantité de sang plus abondante que dans les conditions ordinaires vienne à baigner les éléments cellulaires, ceux-ci augmentent de volume; ils diminuent, au contraire, s’ils reçoivent une trop faible quantité de liquide nourricier. De même, la cellule, directement irritée par un agent physique ou par une substance étrangère introduite dans le sang, s’infiltre de liquides, accumule des matériaux en plus grande abondance, et, sous cette influence, passe quelquefois de l’état adulte ;i l’état embryonnaire donnant ainsi naissance à de nouveaux éléments. Tel est le mode de formation des lésions phlegmasiques et notamment des inflammations scléreuses des buveurs. L’alcool passé dans le sang irrite les parties élémentaires des organes qu’il traverse tout d’abord, et produit une multiplication de jeunes éléments dont l’organisation plus ou moins complète finit par amener l’induration et le retrait de l'organe tout entier.
D’un autre côté, certaines substances jouissant de la propriété de s’opposer à l’absorption de quelques matériaux essentiels à la nutrition, l’oxygène de l’air, par exemple, mettent obstacle à l’oxydation des tissus, et, de la sorte, peuvent produire non plus le retour à l’état embryonnaire des éléments cellulaires, mais bien leur vieillesse anticipée. Ainsi l’alcool, le phosphore, l’arsenic et beaucoup d’autres substances, en diminuant l'excrétion de l’acide carbonique et de l’urée, amènent la dégénérescence graisseuse d’un grand nombre de cellules. L’action irrégulière du système nerveux sur la nutrition conduit à des résultats peu différents de ceux que nous venons de décrire : après la section d’un nerf, l’équilibre nutritif n’existant plus, une plus grande activité formatrice a lieu, ou inversement.
Trois facteurs contribuent donc à la production des anomalies de nutrition., et il importe de rechercher la part plus ou moins active que chacun d’eux y prend, et leur influence réciproque dans les différentes formes de ces anomalies. L’influence exercée par le sang à l’état normal consiste dans un apport plus ou moins considérable de matériaux ; les désordres qui en résultent sont ou des hypertrophies ou des atrophies. Au contraire, les modifications que subit la cellule de la part des agents extérieurs ou intérieurs introduits dans le sang peuvent être de deux ordres : If retour à l’état embryonnaire, un état de dégénérescence ou de vieillesse anticipée. L’influence nutritive du système nerveux, s’exerçant à la fois sur le système vasculaire et sur la cellule, a pour conséquence tantôt une hypertrophie ou une atrophie des organes auxquels il se distribue
VNOMALIES DE NUTRITION.
(section ou irritation du sympathique au cou), tantôt une hyperplasie ou une dégénérescence de ces mêmes parties (irritation ou section des racines motrices).
Ainsi, quel que soit leur point de départ, les anomalies de nutrition se divisent naturellement en trois groupes, et chacun de ces groupes correspond à un type de la nutrition normale.
1° Les hypertrophies et les atrophies, engendrées par un processus nutritif ne différant de celui de l’àge adulte que par une activité plus ou moins grande.
2° Les hyperplasies, que produisent des processus de nutrition analogues ou semblables à ceux qui président aux phénomènes de formation et de développement embryonnaire.
3° Les hypoplasies enfin, processus passifs, comparables à ceux (pie déterminent les modifications rétrogrades de la vieillesse.
Aucun des tissus de l’organisme humain n'échappe à ces désordres nutritifs. Mais tandis que les hypertrophies, comme les atrophies, affectent assez indistinctement tous les tissus de l’organisme, les hyperplasies ont une tendance marquée à envahir les tissus végétatifs, et les h\ poplasies, les tissus animaux.