CHAPITRE PREMIER
DES HYPERTROPHIES ET DES ATROPHIES
Los hypertrophies (ôît ép, sur, rpovrî nourriture) sont des anomalies de nutrition caractérisées surtout par l’augmentation de, volume des parties élémentaires des organes, dont la forme et la structure sont conservées (1).
Les atrophies, (à privatif, rpov-i, nourriture) sont des anomalies de même ordre, caractérisées par un défaut de développement ou la diminution de volume des mêmes éléments, sans modification de forme et de structure (2).
(1) Le mot hypertrophie a été définitivement introduit dans le langage médical vers le commencement de ce siècle. L’un des premiers, Dupuytren a fait une étude générale des hypertrophies, qu’il range dans la grande classe des irritations, sous le titre d’irritations nutritives. Toutefois Hunterse servaitdéjà d’une périphrase, développement hypertrophique, pour désigner une sorte de monstruosité diffuse ou circonscrite des organes. Plus tard, Cruveilhier donna pour caractère essentiel des hypertrophies l’augmentalion de poids et de volume des organes, sans altération de leur texture; mais de celte façon il comprenait sous la même dénomination des états différents. Virchow ( Patho logie cellulaire ) distingue une hypertrophie qui consiste dans l’augmentation du volume des éléments anatomiques, mieux nourris (hypertrophie simple), et une hypertrophie numérique, caractérisée par l’augmentation en nombre de ces mêmes parties. Certains auteurs n’ont pas hésité à faire une étude commune de ces deux états; mais c’est, suivant nous, une confusion regrettable. L’hypertrophie caractérisée par l’augmentation du volume des éléments ne peut être assimilée à l’hypertrophie numérique, qui résulte de l’accroissement de leur nombre. En effet, tandis que l’hypertrophie simple est une modification élémentaire, nécessaire à la conservation et à l’intégrité d’une fonction, l’hypertrophie numérique est ordinairement un état pathologique plus ou moins sérieux. Lorsque, par suite d'une activité exagérée, les éléments accroissent leur volume, les organes ne conservent pas moins leur forme, leur consistance, leur texture intime; la fonction seulement est augmentée, comme il est possible de s’en assurer pour le cœur et pour le rein hypertrophiés. Aussi les organes hypertrophiés continuent-ils de se nourrir et de vivre comme dans l’état ordinaire.
(2) Contrairement à l’opinion d’un grand nombre d’auteurs, j’écarte de ce groupe anatomo-pathologique les altérations connues sous le nom de dégénérescences, et dans lesquelles la réduction de volume est toujours l’effet d’une modification anatomique
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
§ 1. — HYPERTROPHIES.
Les hypertrophies appartiennent aux troubles de la nutrition sur la nature et la délimitation desquels il est le plus difficile de s’entendre, et cela surtout par ce qu’on oublie de rapprocher ces processus des processus physiologiques auxquels ils ressemblent et dont ils 11e sont pour ainsi dire que l imitation. Dans le but d’éviter la confusion qui règne à ce sujet, j’indiquerai tout d’abord les changements qui se produisent dans l'utérus pendant le cours de la grossesse; ce sera le moyen le plus sûr d’arriver à donner une idée claire du processus hypertrophique.
L’utérys en état de gestation acquiert une masse vingt -quatre fois plus considérable par le seul fait de l’épaississement de ses parois. Celles-ci s’accroissent jusqu’au cinquième mois de la vie intra-utérine; à partir de cette époque, le développement de l’utérus a lieu par la dilatation de sa cavité.
La muqueuse ouvre la marche ; huit jours après la conception, elle est déjà plus épaisse et plus molle; ses plis sont plus saillants et la limite qui la sépare du tissu musculaire est plus distincte. Bientôt après les vaisseaux de cette membrane se dilatent, et les glandes utriculaires prennent des dimensions beaucoup plus considérables.
La tunique musculeuse offre des changements non moins importants. Les libres cellules deviennent environ sept à onze fois plus longues et deux à sept fois plus larges. Une multitude de jeunes cellules présentant toutes les formes transitoires aux fibres cellules s’observent dans les couches internes de la paroi musculaire et quelquefois même dans scs
préalable. Physiologiquement, la différence entre ces groupes est des mieux tranchées ; dans l’atrophie, les propriétés physiques, chimiques et biologiques des tissus continuent de subsister, bien que notablement amoindries; dans les dégénérescences, ces propriétés tendent à disparaître. Ainsi comprise, l’atrophie est un phénomène tantôt physiologique, tantôt pathologique. L’atrophie physiologique est le propre des organes, tels que le thymus, les capsules surrénales et autres dont les fonctions sont temporaires. L’organe, cessant de fonctionner, ses éléments se réduisent peu à peu ; il perd de son poids et de son volume, quelquefois même il disparaît complètement, pourvu qu’une altération graisseuse vienne s’ajouter à l’atrophie. Certains organes, comme les testicules, les ovaires, l’utérus et les mamelles, après avoir été soumis à une grande activité fonctionnelle, présentent aussi une atrophie de leurs éléments et la diminution générale de leur volume et de leur poids. L’individu tout entier, au terme de son existence, est appelé à subir cette loi naturelle ; l’organisme, après avoir parcouru dans son développement une courbe ascendante, éprouve un mouvement en sens inverse, qui se traduit en masse par la diminution du poids et l’abaissement de la taille. Les parties élémentaires des tissus diminuent d’abord de volume, mais souvent plus tard elles s’infiltrent de granules graisseux ou pigmentaires, de telle sorte que l’atrophie est rarement pure.
couches externes, du moins pendant les cinq premiers mois de la grossesse, de telle sorte qu’à l’accroissement des éléments préexistants s'ajouterait la formation d’éléments nouveaux (fig. 59). Le tissu conjonctif qui unit les éléments musculaires participe à cet excès de nutrition, car on y trouve vers la fin de la grossesse des fibrilles parfaitement distinctes.
La séreuse elle-même subit un certain degré d’épaississement ; les ligaments utérins et les ligaments ronds, en particulier, augmentent de volume surtout par l’effet d'une modification de leurs fibres musculaires. Les nerfs s’accroissent également, et s’il ne s’\ développe aucun tube nerveux nouveau, du moins les tubes existants augmentent de. largeur et de longueur, et leurs contours foncés s’étendent plus loin dans l'épaisseur de la substance de l’utérus. Semblable changement, moins accusé toutefois, se produit dans l’utérus qui se contracte sur des corps fibreux ou sur le sang menstruel retenu dans sa cavité.
De ce type d’hypertrophie fonctionnelle se rapproche naturellement l’hypertrophie du cœur, l’un des organes le plus exposés à ce genre de modification.
L’hypertrophie cardiaque est générale ou partielle, et, dans ce dernier cas, elle siège toujours sur les parois de la cavité la plus voisine de l’obstacle matériel apporté à la circulation. Les parois hypertrophiées, généralement fermes et colorées, diffèrent des parois à l’état normal surtout par leur épaisseur, qui arrive à être double, triple ou quadruple. Les fibres musculaires, dont le volume, selon Ilepp, peut être à celui des faisceaux normaux comme à : 1 , devraient leur épaississement à une augmentation du nombre de leurs fibrilles. Le tissu conjonctif qui réunit ces éléments, les vaisseaux et les nerfs subissent également un accroissement de volume. La question de savoir s’il se produit des libres musculaires nouvelles est diversement réso-
Fic. 50. — a, libre cellule musculaire d’un utérus grandi au sixième mois; b, portion moyenne d’une même fibre traitée par l’acide acétique et montrant une apparence d’enveloppe; /', /', noyaux de ces libres; c, c, une libre cellule formatrice et une jeune cellule; d, fibre cellule développée (d’après Kolliker).
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
lue, mais le fait d’une nouvelle formation ne peut paraître invraisemblable après ce que nous savons de l’hypertrophie utérine. L’hypertrophie vraie de certains muscles tout entiers a été signalée par Friedreich dans quelques cas d’atrophie musculaire progressive ( Ueber progressive Muskel atrophie , Berlin, 1873).
L’hypertrophie des parois du tu lie digestif, généralement liée à un obstacle apporté au cours des matières alimentaires ou intestinales, occupe des points différents suivant le siège de l’obstacle derrière lequel elle est toujours située. Toutes les tuniques prennent part au processus, mais principalement la tunique musculeuse, qui se colore davantage et dont les éléments propres acquièrent un volume double, triple ou même plus considérable. Les vaisseaux sont le siège d’un accroissement proportionnel et vraisemblablement aussi les nerfs. De même. la vessie, toutes les fois qu’il existe un rétrécissement de l’urèthre, une tumeur de la prostate ou tout autre empêchement à l'émission des urines, devient le siège d’un excès de nutrition qui porte plus spécialement sur l’élément musculaire. Les faisceaux musculaires hypertrophiés forment en pareil cas des bandes volumineuses et saillantes sous la muqueuse ; c’est la vessie à colonnes.
D’autres organes que les organes creux peuvent s’hypertrophier lorsque leur fonction vient à s’exagérer. Les glandes lymphatiques, dans lesquelles l’hyperplasie est si commune, sont aussi sujettes à l’hypertrophie ; c'est ainsi qu’à la suite de l’extirpation de la rate, par exemple, elles augmentent de volume, sans doute parce que leur fonction est accrue. Suivant quelques expérimentateurs, le système nerveux ne serait pas sans influence sur l'hypertrophie de ces glandes. Mantegazza (1) fait mention de l’hypertrophie des glandes inguinales et Brown-Séquard (2) note l’hypertrophie des capsules surrénales comme faisant suite à certaines lésions de la moelle épinière.
Les organes développés aux dépens des feuillets interne et externe du blastoderme sont, comme les précédents, exposés à l'hypertrophie. Robin a vu des culs-de-sac glandulaires huit à dix fois plus grands qu’à l’état normal, tapissés d’épithélium ayant subi un accroissement proportionnel de volume. Vcrneuil a déposé au musée Dupuvtren une masse du volume d’un œuf constituée par des glandes sudoripares provenant de la région sternaleantérieure, et dont l’hypertrophie ne peut être mise en doute. Ce genre d’hypertrophie est facile à constater surtout pour les organes doubles, les
(1) Mantegazza, Gaz. lombarde, 1867.
(2) Brown-Séquard, Comptes rendus de la Société de biologie, 1870, p. 27.
A NATOM IE l’ A TH O LO G I Q U E .
reins par exemple, où l’absence, sinon l’atrophie d’un seul, s’accompagne 'généralement de l’hypertrophie compensatrice de l’autre. Le rein hv pertroj>!iié conserve sa coloration et sa consistance, mais acquiert un volume parfois double de son volume primitif. A l’examen microscopique, les canaux tortueux et leurs épithéliums sont manifestement plus volumineux (lue ceux d’un rein normal, comme l’indiquent les ligures (50 et 61, qui représentent à un même grossissement les éléments d’un rein normal et ceux d’un rein presque doublé de volume par suite de la disparition de son congénère. Les canaux droits et leurs épithéliums cylindriques, les tubes de
Fig. 60. — Coupe microscopique d'un Fig. 61. — Coupe microscopique d’un rein rein normal provenant d’un adulte. hypertrophié par atrophie de son congénère.
Henle sont peu modifiés, mais les glomérules de Malpighi, contrairement a l’opinion de quelques auteurs, nous ont paru participer à l’hypertrophie, ainsi que l'élément conjonctivo-vasculaire.
Semblable phénomène se produit dans les organes simples dont une portion cesse de fonctionner. J’ai été à même de constatera plusieurs reprises l'hypertrophie de l’un des lobes du foie dont l’autre lobe avait été détruit par une infiltration gommeuse. Les cellules propres du foie, le tissu conjonctif et les vaisseaux de la portion restante de cet organe étaient le siège d’un accroissement de volume manifeste et faisaient plus ou moins complètement compensation à la portion de substance hépatiquedétruite. De même, à la suite de l’oblitération d’une branche artérielle et de la nécrose partielle qui en résulte, le parenchyme de la rate subit une augmentation de volume. Peut-on dire que les centres nerveux se comportent de la même façon et que la destruction d’une partie plus ou moins étendue de ces centres soit suivie de l’hypertrophie d’une autre partie? A notre avis, c’est une question qui jusqu’ici n’est pas jugée. On sait que la masse encéphalique paraît quelquefois difficilement contenue dans la boîte crânienne (1), et
(1) Un cas de ce genre vient d’être public par L. Landouzy (voy. Gaz. méd., 187/i, p. 328).
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
G i l'aldès n’hésite pas à attribuer à une hypertrophie des circonvolutions cérébrales certaines dépressions constatées à la face interne des os d’un crâne présenté par lui à la Société d’anthropologie (séance du 1er février 1872) ; mais dans ce cas, où l’examen histologique fait défaut, il peut arriver que la modification anatomique affecte autant et peut-être plus le crâne que l'encéphale. L’h\ pertrophie des ganglions et des cordons nerveux n’est pas mieux établie ; cependant il y a lieu de la soupçonner dans certains faits d’idiotisme où l'on a rencontré l’augmentation de volume de quelquesuns des ganglions lymphatiques et des nerfs périphériques (1).
Au lieu d’un organe plus ou moins complet, un seul élément est quelquefois le siège de l’hypertrophie. Dans l’ectropion, le prolapsus du rectum ou de l’utérus, la couche épithéliale subit un épaississement qui résulte de l’accroissement de volume des épithéliums. Les papilles de la langue chez le fumeur, les glandes de l’estomac chez l’alcoolique sont également exposées à s'hypertrophier. On a attribué à l’hypertrophie l'augmentation de volume des cellules et des tubes nerveux compris dans un foyer d’inflammation cérébrale ; mais comme il n’est pas certain que lec cellules nerveuses, tuméfiées et granuleuses, puissent en pareil cas continuer de se nourrir et de vivre, il v a lieu de douter qu’elles soient le siège d’un processus hypertrophique, nous croyons plutôt à leur inflammation. Le même doute existe à l’égard des tubes nerveux qui se rencontrent dans de semblables conditions, ou encore dans les taches blanches de la rétinite brightique. Ces tubes, augmentés de volume, quelquefois même parsemés de stries, avec des cylindres-axes volumineux , bosselés, comme variqueux, pourvus, suivant Roth, d’un noyau au niveau de la portion renflée, sont sans doute aussi destinés à périr ou à reprendre leur type normal, et par conséquent ne sont pas hypertrophiés. Cependant, loin de moi l’idée de nier l’hypertrophie isolée des éléments nerveux. Cette hypertrophie, sans doute, peut se produire aussi bien que l’hypertrophie des éléments épithéliaux , mais il importerait de connaître ses caractères exacts et les circonstances dans lesquelles elle se développe.
Après avoir passé en revue l’hypertrophie d’un organe complet ou seulement de l’un de ses éléments, il nous reste à parler des hypertrophies affectant une portion plus ou moins étendue du tronc ou des membres. Suivant qu’elles se produisent avant ou après la naissance, ces hypertrophies sont dites congénitales ou acquises.
L’hypertrophie acquise d’une partie ou de la totalité d’un membre
(1) Pinel, Nouveau journal de médecine , août 1819. — Cayre, Essai sur l’idiotie, thèse de Paris, 1824.
lancereaiix. — Traité d’Anat.
ANATOMIE PATHOLOGIQU E .
a été étudiée par divers observateurs. Henri et Broca ont signalé son existence dans l’anévrysme artérioso-veineuxr La communication de la veine et de l’artère principale d’un membre qui donne lieu à une stase sanguine avec élévation de température, est en effet généralement suivie de l’accroissement exagéré des poils, de l’allongement hypertrophique des os, et sans doute aussi d’une hypertrophie des muscles et des tuniques vasculaires. De même, la stase prolongée du sang aux extrémités des doigts dans les affections du cœur et des poumons finit par amener l’hypertrophie de ces extrémités, bien connues sous la dénomination de doigts en baguettes de tambour (fig. 62). D’autre part, Hitzig rapporte le fait d’un individu qui, à la suite d’une forte contusion de la fosse sousclaviculaire droite, vit le bras correspondant s’hypertrophier, tandis que certains groupes musculaires de l’épaule et du thorax s’atrophiaient. Un cas semblable a été observé par moi, en 1872, à l’hôpital Saint-Antoine. Un homme âgé de cinquante et un ans, admis pour une maladie interne, nous frappa par
Fig. 62. — Hypertrophie des extrémités digitales l’inégalité de ses membres chez un jeune homme affecte de dilatation bronchique.
supérieurs ; tandis que le bras droit offrait un volume en rapporbavec celui de la jambe, le bras gauche avait une circonférence de plusieurs centimètres en plus que le mas droit, il était manifestement plus volumineux. Cette augmentation de volume se faisait remarquer, non-seulement sur les masses musculaires du bras et de 1 avant-bras, mais encore sur la main et les doigts. La main était d ailleurs le siège d une rougeur et d’une congestion très-manileste par rapport à celle du côté opposé. Le malade attribuait l’hvpèrtiophie de son bras à une chute faite sur l’épaule et qui aurait fracturé la clavicule ; il se plaignait en outre d’accès douloureux du genre de ceux qui caractérisent 1 angine de poitrine.
C hypertrophie congénitale est le plus souvent partielle (1); signalée par
J) Le. Inpeili ophies congénitale^ générales décrites sous le nom de macrosomie
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
1s. Geoffroy Saint-Hilaire, elle a été bien étudiée par Trélatet Monod. Symétrique ou asymétrique, cette hypertrophie s’étend, en général, à une moitié du corps ou seulement à une partie, surtout à une moitié de la face ou de la tête, à un membre, à la main ou à quelques doigts. La région hypertrophiée garde des proportions régulières, chacun des tissus prend une part à peu près égale au processus, de sorte que c’est uniquement l’examen comparatif des parties semblables qui révèle leur disproportion. Les membres inférieurs sont les points où ce processus se manifeste le plus clairement. L’un des membres apparaît plus volumineux et en même temps plus long que son congénère. Les malléoles et les genoux n’occupent plus le même niveau, et l’épine iliaque est ordinairement plus élevée du côté hypertrophié. La fesse, par suite du développement des muscles, est plus saillante en arrière et comme remontée; le pli fessier du membre hypertrophié est à la fois plus élevé et plus profond. Une ascension du côté du bassin et un défaut d’aplomb du tronc sur les deux jambes résultent ainsi de l’accroissement en longueur du membre hypertrophié, comme le prouve une mensuration bien faite en montrant que cet accroissement, qui peut atteindre jusqu’à 19 centimètres, est, en moyenne, de o à 5 centimètres (Trélat et Monod).
L’augmentation en épaisseur est plus difficile à vérifier, surtout dans le membre inférieur, à cause de la possibilité d’une infiltration œdémateuse ; mais la grande épaisseur des muscles et par-dessus tout la mensuration ne laissent pas de doute sur son existence. Cette hypertrophie est toujours également répartie ; dans un cas rapporté par Friedberg, la différence entre les segments des membres était de plus en plus grande, au fur et à mesure qu’on se rapprochait des pieds, où elle atteignait 13 centimètres, au lieu de 5 quelle présentait à la cuisse. Les doigts et les orteils des membres hypertrophiés sont généralement augmentés en longueur et en épaisseur, mais pas toujours d’une façon égaie, et parfois il n’en est qu’un certain nombre qui prennent part au processus. Dans un cas rapporté par Devousges, tous les doigts du pied droit étaient hypertrophiés, les trois premiers a un plus haut degré que les deux autres ; de plus, les trois premiers doigts du pied gauche (côté sain) étaient aussi anormalement développés. L’augmentation dans les dimensions d’un membre correspond ordinai-
Sont rares. Voici l’ihdication de de ut faits oiî le système osseux est particulièrement
affecté: Friedreich, Hijperostose des gesammten skelettes ( Arcltiv f. pathologische
Anatomie und Physiologie, t. XLI1I, p. 83). — Lombroso, Fall voll allgem. Hypert. (; macrosomie ). Ibid., vol. XLVI, p. '253 et Giornale ital. de/le malatie vener., etc. Milano, 1868.
rement à une augmentation de sa force relative. D’ailleurs, quoique la plupart des cas observés l’aient été chez deS individus vivants, et que, à part un fait publié par Friedreicb, il n’y ait pas eu d’examen anatomique, cependant il est reconnu que les systèmes osseux et musculaire prennent une large part à l’excès de nutrition. Il serait à désirer que l’histologie vînt nous renseigner exactement sur l’état de ces parties.
Le plus souvent peu visible au tronc, l'hypertrophie congénitale est beaucoup plus manifeste à la face. La moitié de la joue est saillante, le nez déplacé, les rebords alvéolaires sont épaissis, et les dents plus volumineuses, plus longues et plus larges que celles du côté opposé ; de même les poils sont quelquefois augmentés dans toutes leurs dimensions; quant à la langue, elle est quelquefois plus volumineuse dans la moitié correspondant au côté hypertrophié.
Les centres nerveux, dans ces différents cas, ont toujours paru conserver leur volume normal. Les nerfs des parties hypertrophiées ont été peu étudiés, mais les vaisseaux sont fréquemment dilatés. Les veines souscutanées notamment constituent de véritables varices, et les capillaires de la peau présentent la forme de nævus, par suite vraisemblablement d’une circulation plus active. Du reste, une élévation de température des
Fig. 03. — Hypertrophie congénitale de plusieurs doigts des mains d’une jeune fdle âgée de quinze ans (d’après Curling).
parties hypertrophiées a été plusieurs fois constatée à l’aide du thermomètre ou signalée par le malade lui-même.
L’hypertrophie congénitale limitée aux doigts affecte tantôt un ou plusieurs doigts d un seul côté, tantôt un ou plusieurs doigts des deux côtés, notamment l’indicateur et le médius (fig. 63). Comme les membres, les
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
doigts sont le siège d’un accroissement qui s’opère dans tous les sens, aussi bien dans l’épaisseur que dans la longueur, qui peut doubler, et auquel participent tous les éléments constituants. Les différentes parties du doigt conservent leurs proportions respectives, leur forme, souvent aussi leurs mouvements ordinaires et leur force. Dans quelques cas seulement, le doigt hypertrophié est déformé par le développement excessif des surfaces articulaires, ce qui peut amener la déviation ou la luxation des phalanges; beaucoup plus rarement, la déformation est produite par des excroissances graisseuses plus ou moins étendues. Une légère élévation de température est signalée dans un fait de Curling. L’hypertrophie congénitale est progressive ; et Friedberg, dans un cas d’hémihypertrophie, ayant mesuré les membres à deux ans de distance, put constater que l’accroissement proportionnel était notablement plus considérable du côté hypertrophié, en d’autres termes, que le développement marchait plus vite d’un côté que de l’autre.
Étiologie et pathogénie. — Les causes des hypertrophies sont nombreuses et variées ; par contre, leurs conditions pathogéniques peuvent être ramenées à un même fait physiologique : une plus grande activité circulatoire. Les hypertrophies compensatrices des viscères sont évidemment dans ce cas : un rein dont le congénère a disparu offre une circulation plus active ; ses éléments excités assimilent une plus forte proportion de matériaux alibiles et subissent un degré d’hypertrophie en rapport avec l’activité plus grande de la fonction. Semblable phénomène se passe, dans tous les organes glandulaires doubles qui peuvent être suppléés. L’hypertrophie d’un poumon à la suite de pleurésies anciennes, de la compression ou de l’atrophie du poumon opposé, reconnaît le même mécanisme. Sans doute les hémisphères cérébraux ne se comportent pas autrement, mais le fait exige une étude plus complète. C’est encore sous la même influence que se produit l’hypertrophie d’un organe simple partiellement détruit, celle du foie atteint de syphilis.
Mais c’est principalement sur les organes médians et vasculaires qui ont pour fonction l’expulsion d’un produit que l’hypertrophie se fait le plus souvent remarquer. Le cœur, l’estomac et la vessie sont dans ces conditions. Qu’il existe un obstacle à la circulation capillaire artérielle ou cardiaque, le cœur, pour vaincre cet obstacle, se contracte plus énergiquement, reçoit une plus grande quantité de sang, se nourrit mieux et augmente de volume. Ainsi se produisent l’hypertrophie du cœur du vieillard dont l’aorte est altérée, celle des ventricules et des oreillettes situés derrière le rétrécissement d’un orifice ou un obstacle quelconque à la
grande ou àla petite circulation. De même, l’obstruction des canaux biliaires détermine l’hypertrophie de la vésicule du foie, et tout empêchement à l’écoulement de l’urine, soit par la prostate hypertrophiée, soit par les rétrécissements de l’urèthre, accroît le volume des différentes couches des parois vésicales, surtout de la couche musculeuse. Dans un cas rapporté par Hunter, cette couche présentait un épaississement de près d’un demi-pouce, les faisceaux étaient si forts qu’ils formaient des crêtes saillantes à la surface de la cavité ; on avait cru à une maladie de la vessie, mais les parties musculeuses étaient saines et très-distinctes, elles avaient seulement augmenté de volume en proportion de la force qu’elles avaient à exercer. Les parois de l’œsophage, celles de l’estomac et du tube intestinal s’hypertrophient également derrière un rétrécissement ou un obstacle quelconque au passage des aliments ou des matières fécales.
Les muscles volontaires s’hypertrophient plus rarement que les muscles de la vie organique. La raison de ce fait, toute physiologique, a déjà été signalée par Hunter, qui reconnaît que dans les muscles involontaires la puissance doit tendre constamment à surmonter la résistance, puisqu’elle accomplit toujours quelque acte naturel et nécessaire. On sait néanmoins que les muscles du mollet chez les danseurs, les muscles des liras et notamment le biceps chez les lutteurs et les boulangers, se font remarquer par un volume disproportionné par rapport à celui de leurs congénères. Les os suivent les muscles dans leur accroissement et se fortifient à mesure que les muscles auxquels ils donnent attache acquièrent plus de force et d'énergie. Paget prétend même que si Los d’un membre se trouve raccourci par suite d’une lésion morbide, un autre os du même coté s’hypertrophie en longueur pour combler le déficit qui s’ensuit dans la diminution totale du membre.
L’hypertrophie des épithéliums au contact de l’air extérieur, du tabac ou de l’alcool, est de même le résultat de l’excitation de ces éléments et d’urte activité plus grande de la circulation. D’un autre côté, l’hypertrophie qui survient dans les cas d’anévrysme artérioso-veincux, de varices, d’obstruction veineuse, etc., tient encore à la présence d’une plus grande abondance de sang au sein des tissus dont les éléments excités sont en mémo temps plus aptes à s’assimiler les matériaux du sang. Dans ces conditions, un certain degré d’atrophie peut succéder à l’hypertrophie.
Les hypertrophies consécutives à un désordre du système nerveux trouvent leur explication dans la célèbre expérience de CL Bernard sur le grand sympathique. Après la section de ce nerf au cou, il se produit comme on sait une rougeur congestive des tissus avec élévation de température dans 1 étendue du domaine des vaisseaux soumis à l'influence
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
do ce nerf. Or, ces phénomènes sont précisément ceux que l’on constate, non pas seulement dans les hypertrophies liées à une contusion ou à un désordre particulier du système nerveux, mais encore dans les hypertrophies congénitales, qui par cela même sont dépendantes du système nerveux. Toutes ces hypertrophies sont donc l’effet d'une parésie vasomotrice prolongée. Mantegazza, du reste, est parvenu à augmenter du sixième de son poids la langue de la grenouille qu’il congestionnait artificiellement à l’aide d’irritations mécaniques ou chimiques (voy. séance de l’Académie des sciences, 18 juillet 1864). Schiff (1 ) , d’un autre côté, a observé l’hypertrophie des os chez des animaux auxquels il avait pratiqué la section des nerfs vaso-moteurs qui s’v rendent (2). Depuis longtemps, j’ai moi-même constaté l’augmentation de volume du foie, voire même de quelques autres organes de l’abdomen, et notamment des reins, chez des individus dont les nerfs trisplanchniques se trouvaient comprimés ou profondément altérés par le fait d’une pleurésie séreuse ou membraneuse ancienne.
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(1) Schiff, Comptes rend. Acad, des sciences, 1854.
(2) Adelmann (de Dorpat) fait mention chez le cheval, à la suite de la section du nerf tibial, d’une hypertrophie du sabot. Revue scientifique, 3 mars 1872.
1858. — Wut.ff , Petersburg. nied. Zeitschr., t. I, 1861, p. 281. — Rurlet, Sur une inégalité congén. des deux moitiés du .corps ( Compt . rend, de la Soc. des sa. méd. de Lyon , t. I, p. 225. Lyon, 1861-62). — Perroûd, Observât, d’une inégalité des deux moitiés du corps [Ibicl., p. 332). — Friedreich, Hypertrophie congénitale et unilatérale de la tète (Archiv fïir pathol . Anatom. , t. XXVIII, p. 575, 1863, et Arch. de méd., 1865). ■ — Passauer, Archiv f.puthol. Anatom. undPhysiol., L XXXV II, p. 510. — Busch , Arch. fur Min. Chirurg.,’ 1866, p. 178. — H. Friedberg, Reisenwuchs des rechten Reines (Archiv fur path. Anat. und Physiol., t. XL, p. 353, 1867). — U. Trélat et A. Monod, De V hypertrophie unilatérale partielle ou totale du corps [Arch. gênêr. de méd., série VI, t. XIII, p. 536, 1869). Douze observations, empruntées à différents auteurs, sont rapportées à la fin de ce mémoire. — J. A. Fort, Des difformités congénitales et acquises des doigts. Thèse de Paris, 1869, p. 71. — T. Holmes, Thérapeutiq. des malad. chirurgicales des enfants-, trad. franc, par O. Larcher, p. 295. Paris, 1870. — W. Gruber, Ueber einen Fall von Macrodactylie beieinem Lebenden [Arch. fur pathol. Anat. und Physiol., t. LVI, p. 516, 1872), 2 pl. — Ewald, AngeÊwne und fortschreitende Hypertrophie der linken Hand. [Ibid., p. 521, 1872). — Tilbury Fox, (Mnical Society , 9 mai 1873, et Med. Times and Gaz , 15 juin 1873, p. 652.
§ 2. — ATROPHIES.
Ces anomalies de la nutrition, aussi fréquentes que les hypertrophies, sont, comme ces dernières, l’effet d’un acte physiologique ou la conséquence d’un état pathologique. Inséparables du développement normal, les atrophies physiologiques se produisent dans les mamelles, les ovaires et l'utérus à partir de la ménopause. Ces organes, par l’amincissement de leurs éléments, perdent de leur volume et de leur poids, sans présenter de changements importants dans leur structure.
Les atrophies pathologiques se rencontrent à tous les âges, depuis la naissance jusqu’à la vieillesse la plus avancée ; contrairement aux hypertrophies, elles sont plus fréquentes à cette dernière époque de la vie, où elles tendent à se confondre avec les hypoplasies. Pendant la période d’accroissement des organes, l’atrophie s’accuse davantage par ce fait que le trouble nutritif retentit sur le développement ; mais celte différence, qui a été pour quelques auteurs le point de départ d’une distinction spéciale (1), a peu d’importance, et nous croyons inutile d'en tenir compte.
(1) Breschet distingue de l’atrophie proprement dite le défaut de développement des appareils organiques dans leur période d’évolution primitive, et lui donne le nom d'ayénèsie ; mais ce désordre ne diffère en réalité du processus atrophique que par l'âge où il se produit.
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
L’atrophie affecte tantôt un ou plusieurs organes, tantôt une partie plus ou moins étendue du corps. Dans ce dernier cas, si elle n’est congénitale, elle se développe le plus souvent après la naissance, ou avant l’achèvement complet du développement. Les organes les plus exposés à cette anomalie de la nutrition sont généralement ceux qu’alimente un seul vaisseau, comme la, rate, les reins, ou encore le foie. Le simple rétrécissement de ce vaisseau suffit pour diminuer l’afilux sanguin, et affaiblir la nutrition d’une partie ou de la totalité de l’organe. Partielle ou géné-' raie, l’atrophie des viscères se traduit par une diminution de volume des éléments , qui entraîne celle du parenchyme dont la surface devient parfois inégale et bosselée.
Les os, les muscles et la peau sont affectés isolément ou simultanément. L’atrophie limitée des os n’est pas très-rare, surtout au crâne, où ces organes sont quelquefois réduits à une simple lamelle transparente. Cette altération, malheureusement peu étudiée si ce n’est dans la vieillesse, où l’os disparait molécule à molécule, à l’état d’élément osseux et non calcaire, mériterait d’ètre mieux connue. J’ai pu voir au musée anatomique de Leyde, grâce à l’obligeance du professeuj Boogard, un certain nombre de crânes, affectés de cette lésion. La base de ces crânes particulièrement lésée, était transparente, mince, ou plutôt réduite à l’épaisseur d une feuille de papier.
L’atrophie isolée des muscles a lieu toutes les fois que ces organes se trouvent séparés de leurs troncs nerveux, ou que les cellules nerveuses centrales qui excitent ces derniers sont altérées, sinon détruites. Elle consiste en une diminution de volume, pure et simple, sans modification de la striation et de la couleur. Produite dans certains cas par la disparition de quelques fibrilles, cette diminution de volume est accompagnée, tantôt d’un dépôt abondant de vésicules graisseuses, disposées par séries entre les fibres musculaires, quelquefois d’une modification irritative du tissu conjonctif interstitiel (atrophie musculaire plombique).
Les cellules nerveuses s’atrophient isolément sous l’influence d’une irritation phlegmasique ; mais cette atrophie secondaire ne peut nous occuper ici, pas plus que l’atrophie des tubes nerveux consécutive à la destruction des cellules nerveuses avec lesquelles ils sont en connexion. L’atrophie, vraie et isolée de ces éléments, comme celle des cellules épithéliales, est encore peu connue.
L’atrophie partielle de la peau consiste dans l’existence de stries ou de bandes circonscrites, pl is ou moins nombreuses, offrant un reflet velouté ou satiné. Ces bandes, qui occupent surtout la face ou les membres, suivent généralement le trajet des filets nerveux. A leur niveau,
A N ATI >M I R PATHOLOGIQUE ,
la peau est lâche, llasque, plus ou moins insensible, déprimée, souvent décolorée, et l’épithélium qui la recouvre est généralement aminci. Dubarry, dans une thèse qui a pour titre : Atrophie de V épithélium buccal (Strasbourg, 1869), décrit une altération qui n’est pas sans analogie avec l’atrophie de la peau. Cette altération, qui s’observe à la bouche, au voile du palais et au pharynx, se traduit par l’aspect lisse de la muqueuse, la disparition des papilles, la production de sillons crevassés et quelquefois squameux dans ces diverses régions. Dans l'atrophie du tissu adipeux, les cellules graisseuses s’entourent d’une zone claire vers laquelle s’écoule leur contenu, qui disparaît progressivement sous l’influence de la résorption.
L’atrophie simultanée de la peau, des muscles et des os est commune à la face, où elle se localise généralement à un seul côté. L’hémiatrophie faciale a été décrite sous des dénominations diverses : trophonévrose faciale, aplasie lumineuse, etc. Limitée à un seul côté, cette anomalie de nutrition occupe une plus ou moins grande étendue de la face sans dépasser jamais la ligne médiane. Les lieux d’élection, sorte de centre de rayonnement du travail atrophique, sont les points d’émergence des branches du nerf trijumeau. La peau, le t issu cellulaire, les os et les muscles sont la plupart du temps simultanément affectés. Le processus débute d’ordinaire par des taches de coloration différente qui s’étendent, se rejoignent de façon à former des taches de plus grande étendue que la réunion d’autres taches agrandit encore. Au front l’altération revêt quelquefois l’aspect d’une cicatrice obliquement dirigée suivant le parcours du nerf frontal. La peau s’amincit et se ride, les papilles et les bulbes pileux diminuent de volume, les poils blanchissent ou tombent. Le tissu cellulaire est plus ou moins atrophié et réduit (aplasie lamineuse de Lande). La plupart des muscles de la face, notamment le masséter et le temporal, participent à ce processus ; leurs fibres diminuent de volume, mais elles conservent leurs propriétés électro-contractiles. Le système osseux se fait remarquer par son faible développement ; le maxillaire inférieur et l’os jugal sont ceux des os de la face qui prennent la plus large part à ce trouble de la nutrition.
Cette atrophie affecte assez inégalement les diverses parties de la face (front, crâne, cavité buccale) et chacun des tissus qui constituent ces parlies. Elle s’accompagne quelquefois de pâleur de la face, d’absence de sueurs, d’abaissement de la température et de faiblesse relative du pouls carotidien dans le côté affecté. Ces caractères s’observent fréquemment aussi dans les atrophies qui précèdent l’achèvement complet du développement.
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
Les atrophies congénitales tiennent le premier rang parmi ces dernières, elles se limitent en général à un seul côté du corps. L’hémiatrophie congénitale a moins frappé l’attention des observateurs que î'hémihypertrophie, sans doute parce qu’une inégalité peu prononcée entre les membres d’un côté et ceux de l’autre côté peut passer inaperçue, et parce qu’il est parfois difficile de savoir si l'on a affaire à une atrophie d’un côté plutôt qu’à une hypertrophie du côté opposé (l). Cette difficulté existait dans un cas d’atrophie congénitale observée par Broca sur toute la moitié droite du corps. L’œil gauche était plus ouvert que l’œil droit, et la commissure externe des paupières s’écartait moins de la ligne médiane du nez à droite qu’à gauche, la différence était de près de 3 millimètres. La ligne abaissée verticalement de cette commissure sur le bord inférieur de la mâchoire inférieure était à gauche de 8,5, adroite, seulement de 7,6; la moitié droite de la langue était plus petite. Les arcades dentaires supérieures et inférieures décrivaient une courbe plus longue à gauche qu’à droite, et les dents de ce dernier côté étaient irrégulièrement implantées faute d’espace. La moitié droite du crâne était moins développée que la gauche ; il en était de même de la moitié droite du tronc. Les membres étaient inégaux, celui de droite était raccourci de 5 centimètres, et cette diminution de longueur coïncidait avec une diminution proportionnelle de volume. La sensibilité générale paraissait moins développée sur les membres droits que sur les membres gauches.
1! nous a été donné de voir trois cas de ce genre, dont deux sont eu ce moment soumis à notre examen. L’atrophie, un peu moins manifeste que dans le fait du professeur Broca, occupe la face et les membres gauches. Les deux femmes qui en sont atteintes, âgées l’une de vingt, l’autre de vingt-six ans, jouissent de leurs facultés intellectuelles et d’une excellente santé.
Un jeune homme de vingt-six ans, qui passa plusieurs mois dans mon service à l’hôpital Saint-Antoine, présentait une atrophie très-accusée de toute la moitié gauche du corps. Les membres de ce côté, beaucoup plus minces, étaient en même temps plus courts; la marche était facile, et il y avait très-peu de claudication. Cette infirmité existait depuis l’enfance chez ce jeune garçon, dont la mère avait été accouchée au for*
(1) Notre intention n’est pas de parler ici de ces anomalies apparentes seulement à l’œil exercé du peintre, du sculpteur ou de l’anatomiste, et dont l’influence physiologique est entièrement nulle. Ces variétés sont communes surtout à la tète. Voltaire présentait une moitié gauche du crâne un peu plus développée que la moitié droite ; Bichat était dans les mêmes conditions, ainsi que beaucoup d’autres personnes.
ceps (1). Les facultés intellectuelles étaient intactes, mais faibles, et les membres atrophiés simplement un peu moins forts que leurs congénères. D’autre part, i! existe un certain nombre de faits d’atrophie unilatérale remontant à la première enfance, et qui sont accompagnés de l’atrophie d’une partie ou de la totalité de l’hémisphère cérébral du côté opposé, avec faiblesse intellectuelle. La plupart de ces faits sont consignés dans l’excellente thèse du docteur Cotard.
Une femme, âgée de trente-cinq ans, observée par moi, offrait, avec une atrophie de la moitié gauche du corps surtout marquée au bras, une faiblesse intellectuelle et des attaques épileptiformes. Une autre femme, que j’ai soignée en 1S73 à lTIôtel-Dieu, présenta dès l’âge de deux ans de la faiblesse du bras droit et de la main droite, dont l’attitude était semi-flé'
Fig. <>/i. — Cerveau dont l’hémisphère gauche est atrophiée; cette lésion coexiste avec l’atrophie de la moitié droite du corps.
chie. Ce membre, moins volumineux que son congénère, était en même temps plus court de plusieurs centimètres ; tontes ses parties élémentaires, muscles, os, etc., étaient atrophiées. La jambe était aussi un peu
(1) J'ai observé un second cas d’hémiatrophie chez un jeune garçon dont la mère avait cle également accouchée au forceps.
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
moins volumineuse à droite qu’à gauche. La mort eut lieu à l'àge de soixante-six ans, et l’hémisphère gauche du cerveau, manifestement diminué de volume, comme l’indique la ligure 6à, offrait une atrophie très-marquée de la plupart des circonvolutions, de celles du lobe moyen, notamment.
Une jeune personne (1) que j’ai observée à la Salpétrière, dans le service du docteur Delasiauve, est encore plus remarquable (fig. 05) ; elle présente une hémiplégie avec atrophie des membres à droite et atrophie de la face à gauche. Elle est aujourd’hui âgée de quinze ans et bien portante, mais à peu près complètement dépourvue des facultés intellectuelles.
A côté de ces faits, il en est d’autres où l’hémiatrophie, respectant la face, se limite aux deux membres ou à un seul, et survient également dans les premières années de l’existence. Cette atrophie se traduit toujours par une diminution du volume et de la longueur des membres ; mais au lieu d’être en rapport avec une affection cérébrale , elle accompagne une affection médullaire. Les faits de ce genre ne sont pas extrêmement rares, j’ai pu en voir plusieurs, un entre autres dans lequel le bras et la jambe du côté gauche étaient de U centimètres plus courts que leurs congénères. Cette atrophie peut survenir plus tardivement ; elle aurait débuté à la suite d’une lièvre typhoïde chez une jeune fille âgée de neuf ans, et aurait commencé vers l’àge de dix-sept ans chez un jeune homme que j’ai soigné à l’hôpital Saint-An-
FiG. 65. — Jeune- tille de quinze ans ayant une liérniatrophie de la face à gauche et une liémijdégie avec atrophie du tronc et des membres à droite.
(1) CI..., admise à la Salpétrière le 22 juin 1869, est atteinte depuis son enfance d’une hémiplégie avec atrophie du coté droit, conformation défectueuse de la tête, imbécillité et attaques épileptiques. Aujourd’hui (mars 1874) cette fille, âgée de quinze ans, répond assez justement aux questions, mais elle manque absolument de mémoire, ignore son âge et sait à peine épeler. F.lle offre une disproportion marquée entre le côté droit et le côté gauche du tronc. La partie droite de la poitrine est moins saillante que la moitié gauche. La circonférence mesurée un peu au-dessous des seins est, à droite, de 36,5, à gauche de 39. Semblable disproportion existe pour les membres, et l’arrêt de développement porte aussi bien sur les os que sur les parties
XNATOMIE PATHOLOGIQUE.
toine, et qui attribuait à un travail exagéré l’atrophie
des
membres
droits. Consécutive à des phénomènes fébriles d’apparence
typhoïde,
molles, comme le prouvent les différences de longueur. Les membres droits
sont beau-
coup plus courts et plus grêles que les membres g
anches. Les membres
supérieurs)
mesurent :
centim.
centim.
De l’acromion à l’épicondyle
.adroite 28 à
gauche 29
Circonférence à la partie moyenne du bras
Diamètre transverse de l’épicondyle à l’épitrochlée
Longueur du cubitus
— du radius
Diamètre transv. des deux apophyses styloïdes. . . .
Circonférence du poignet
Longueur du bord cubital de la main
Diam. transv. au niveau de la tête des métacarpiens
Longueur de l’auriculaire
— de l’annulaire
— du médius
— de l’index
— du pouce
Une disproportion à peu près égale existe entre les membres inférieurs :
çéjitim.
centim.
Du grand trochanter à la malléole externe
à droite 70 à
gauche 72
Circonférence à la partie moyenne de la cuisse. .
— du genou
Diamètre des eondyles du fémur
— au niveau de la tête du péroné
Circonférence de la jambe à sa partie moyenne.
Diamètre des malléoles
Longueur du pied (étendu sur la règle)
Diamètre transverse du pied au niveau du tuber-
cule du cinquième métatarsien
De ln malléole interne à l’extrémité du gros orteil
t)e l 'inégalité des deux jambes résultent l’inclinaison du tronc en avant et à droite dans la station verticale, et une claudication très-marquée. La marche est en outre assez difficile, la jambe droite, projetée en avant, retombe lourdement. Le bassin est incliné à droite, toutes les articulations sont normales.
La face est également le siège d’un vice de proportion entre ses deux moitiés, maisj Contrairement aux membres, c’est à gauche qu’elle est atrophiée ; elle mesure:
centim.
Êentim;
De l’apophyse mastoïde an milieu du front. , . ; .
à droite 17
à gauche 16,8
à la racine du nez
ail bord externe de l’orbite
— à la sous-cloison du nez. .
à la symphyse du menton
lé, 4
ha région de la joue gabelle est très-dépritnée ; le côté gauche du maxillaire inférieur
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
l’atrophie, dans ce dernier cas, était sans doute liée à une altération des cellules nerveuses médullaires.
Un caractère commun à tous ces faits, c'est une faiblesse relative des membres atrophiés sans modification . appréciable de la sensibilité. Les diverses parties des membres participent en général au processus atrophique (fig. 65). Non-seulement les os sont plus courts, ainsi qu’on peut s’en assurer par l’examen de la figure 66 qui représente les radius d’un même individu dont tout un côté était affecté d’atrophie infantile, mais ils sont encore moins épais," sans que leur structure soit notablement modifiée. Les faisceaux musculaires offrent une réduction pro-
est moins saillant que le côté droit. Les mesures suivantes ont été prises île l’angle du maxillaire inférieur de chaque côté :
centim. Centim.
De l’angle du maxillaire inférieur à la racine du nez à droite 12,3 à gauche 11,6
à la symphyse du menton 9,2 8, A
— au condyle du maxillaire inférieur A, 7 A, 3
Diamètre, d’un angle à l’autre du maxillaire inférieur 9,5
Les arcades dentaires du côté gauche sont manifestement moins développées que celles du côté droit. Les dents paraissent également plus petites. La circonférence des arcades, prise à l’aide d’un fil de fer qui contourne les dents au niveau de leur collet, depuis la dernière molaire jusqu’à l’intervalle qui sépare les deux incisives médianes, est de :
centim. centim.
Pour le maxillaire supérieur. à droite 6, A à gauche 5,7
Pour le maxillaire inférieur 6,3 5,5
La voûte palatine est rétrécie et profondément excavée, mais les dents sont implantées à peu près régulièrement. Le voile du palais a tous ses mouvements. La luette est très mince, elle se courbe brusquement à la partie moyenne, de telle sorte que son extrémité se dirige horizontalement et même un peu en haut, à droite et en avant.
La tète est très-volumineuse, elle présente les diamètres suivants :
Du milieu du front à la protubérance occipitale 20,3
Du menton au sommet de la tête : . 2A,5
Diamètre transverse au-dessus du conduit auditif 15
Du bord interne de l’orbite au côté opposé 11
Diamètre bipariétal 16
Le frttnt est un peu couvert, les arcades sourcilières sont également saillantes, les bosses frontales volumineuses. Les deux orbites ont les mêmes dimensions. Les deux pupilles sont également dilatées, l’acuité visuelle parait identique pour les deux yeux ; cependant, l’enfant dit apercevoir plus nettement les objets de l’œil droit. La commissure labiale droite est un peu inclinée en bas, surtout lorsque l’enfant rit. La langue n’est pas déviée, ses deux côtés sont égaux; les sensations gustatives sont perçues des deux côtés. La sensibilité à la douleur et à la température semble un peu plus ralentie à droite. La température des aisselles, mesurée plusieurs fois à l’aide du thermomètre, n’a pas fourni de différence bien appréciable dans les deux côtés.
gressive de leur volume, ils conservent leurs stries et leur coloration souvent jusque dans les derniers temps, ainsi qu’il est facile de s’en assurer
par l’examen de libres musculaires dont une portion seulement a disparu. Les tubes nerveux, en raison sans doute de leur composition chimique, ont une plus grande tendance à devenir granuleux. Les artères sont diminuées de calibre, et la peau est manifestement amincie.
Etiologie et pathogénie. — Les causes des atrophies sont des désordres qui portent sur le système circulatoire ou sur le système nerveux. Les troubles circulatoires générateurs de l’atrophie sont locaux ou généraux. Parmi les désordres locaux, il convient de citer la ligature, l’obstruction, la compression prolongée d’un tronc artériel principal, si la circulation 11e se rétablit pas complètement par les vaisseaux collatéraux. Les membres inférieurs deviennent plus grêles chez les malades dont l’aorte est oblitérée. Barth a vu l’atrophie du foie produite par la compression d’un ganglion volumineux sur l’artère hépatique. De même la compression des artères carotides, d’après quelques auteurs, contribuerait à atrophier chez les crétins la partie antérieure de l’encéphale. La compression des voies chylifères, celle du canal thoracique,
d'un même individu. Le plus petit, 1 obstruction d un canal glandulaire, sont manifestement atrophié, siégeait du des conditions qui agissent sans doute coté affecté de paralysie infantile. , , , ,. . .
1 J dans le meme sens : les unes diminuent
la quantité des matériaux nutritifs; les autres, la quantité de sang nécessaire à la nutrition des organes. L’atrophie du pied des Chinoises ne reconnaît pas d’autre cause.
Le repos trop absolu tend également à diminuer la nutrition et à produire l’atrophie. Les nerfs optiques diminuent de volume lorsque la cécité
TlYPERTRorHIES ET ATROPHIES.
est complète et prolongée, les muscles destinés à mouvoir un membre ankylosé ne tardent pas à s’amincir; la portion d’intestin située au-dessous d’un anus contre nature se rétrécit et s’atrophie plus ou moins complètement. L'inanition ne produit guère l’atrophie simple; elle détermine plutôt une sorte de régression des éléments, avec atrophie consécutive.
Les désordres du système nerveux qui entraînent l’atrophie à leur suite affectent les centres cérébro-spinaux ou les nerfs. La moelle épi-
Fic. 67. — Coupe transversale de la moelle épinière à la région cervicale. La corne antérieure gauche de substance grise est atrophiée et les cellules nerveuses ont en grande partie disparu. Le membre correspondant atrophié a son radius représenté fig. 66.
nière, plus souvent que les hémisphères cérébraux, en est le point de départ. Cet organe tient sous sa dépendance la paralysie atrophique de l’enfance, l’atrophie musculaire progressive, et peut-être aussi l’atrophie plomhique, enfin les atrophies musculaires qui accompagnent la paraplégie. Dans ces circonstances, l’atrophie, comme le prouvent les ligures 67 et 68 qui représentent des coupes d’une moelle dans la paralysie infantile, coexiste avec une altération plus ou moins étendue des cellules des cornes antérieures, et par conséquent il est difficile de nier qu’elle lancereaux. — Traité d’Anat. I — 14
ne lui soit subordonnée (1) ; le plus souvent unilatérale, elle s’étend quelquefois aux deux côtés du corps, atteint ou respecte des parties très-
(1) Paralysie infantile spinale avec atrophie des membres. — M..., employé de commerce, âgé de dix-huit ans, se dit atteint depuis l’âge de deux ou trois ans d’une paralysie du liras gauche sans avoir jamais recouvré l’intégrité du mouvement. Ce membre, dont la sensibilité est conservée, offre une attitude spéciale qui tient à la flexion permanente des doigts, l’index seul ayant corfservé, à un faible degré, le mouvement d’extension. En outre, quand le malade essayé d’imprimer un mouvement brusque à son bras gauche, il se produit une luxation de la tête de l’humérus, qui abandonne la cavité glénoïde pour venir se placer à la partie supérieure du bord axillaire de l’omoplate. Aujourd’hui (mars 1871), il existe une atrophie manifeste de ce membre, comme le prouvent les chiffres suivants :
Circonférence à l’insertion du deltoïde, membre gauche 0,080, membre droit 0,105
— à la partie moyenne du bras
— à la partie moyenne de l’avant-bras
Longueur de la tête de l’humérus à
l’épitrochlée
- — de latrochlée à l'apophyse
styloïde du cubitus
— du doigt médius
Par contre, la jambe droite est plus mince et plus courte que la jambe gauche dans les proportions que voici :
Circonférence de la cuisse à sa partie moyenne, membre g. 0,30, membre dr. 0,33
— à la hauteur des mollets — 0,28 — 0,27
La longueur diffère peu d’un côté à l’autre.
Ce malade, atteint de phthisie pulmonaire depuis plusieurs mois, meurt, le 2 avril 1871, d’un pneumothorax. On constate à l’autopsie, outre l’altération des poumons, la tuméfaction des glandes mésentériques et des glandes intestinales au voisinage de la valvule iléo-cæcale, et un état gras du foie.
Le bras droit est normal, mais le bras gauche offre des modifications anatomiques importantes. Le deltoïde gauche a presque complètement disparu; le triceps brachial est moins atrophié, mais le biceps est relativement plus mince que ce dernier. Les muscles de la région postérieure de l’avant-bras du même côté, l’extenseur commun principalement, sont réduits à l’état de bandelettes minces et transparentes, à peu près comme le feuillet du mésentère. L’extenseur propre de l’index est seul un peu coloré. Les fléchisseurs conservent également un léger degré de coloration, mais leur volume est trèspetit relativement à celui de leurs congénères. Les os du bras gauche sont plus courts et plus minces que ceux du bras droit. Le radius gauche mesure 23 cent. 1 /2, le droit, 26 c. (voyez lig. 66).
Les muscles de la cuisse droite sont moins colorés et plus minces que ceux de la cuisse gauche tout à fait normaux. La différence est moins accusée à la jambe. A la face, les muscles du côté gauche sont moins volumineux que ceux du côté opposé. Au tronc, les muscles pectoraux sont également plus minces et moins colorés à gauche qu’à droite. Legrand dentelé gauche est atrophié et les muscles intercostaux Internes et externes du même côté sont moins colorés que ceux du côté droit. Les muscles abdominaux du côté gauche sont, par rapport à leurs congénères, encore mbins modifiés que les précédents.
Le cerveau est partout ferme et semble normal. L’hémisphère gauche du cervelet paraît moins volumineux que le droit, mais la différence est peu sensible. On ne constate
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
voisines. Les atrophies congénitales revêtent surtout la forme hémiplégique; elles se localisent à la face, aux membres supérieur et inférieur ou
Fig. 68. — Coupe transversale de la moelle pratiquée à la région lombaire. L’altération porte exclusivement sur le groupe médian ou antéro-externe des cellules nerveuses de la corne antérieure droite ; elle était accompagné d’un léger degré d’atrophie du membre inférieur du même côté.
il ces diverses parties à la fois, et cette localisation, peu différente de celle des atrophies résultant de l’emploi du forceps, de l’altération d’un
d’ailleurs aucune altération de la substance propre de cet organe. La dure-mère spinale, épaissie à sa partie supérieure, est opaline dans presque toute son étendue ; la pie-mère n’a rien de spécial, et les racines postérieures sont normales. Les racines antérieures de la première et de la deuxième paire sont plus minces du côté gauche. La troisième paire du même côté est manifestement atrophiée ; les quatrième, cinquième, sixième et septième paires gauches sont aussi diminuées de volume, et les tubes nerveux qui les constituent paraissent moins nombreux qu’à droite. A partir de la huitième paire, les racines sont égales. La région dorsale et la région lombaire n’offrent pas de différence de volume bien appréciable. Une incision transversale, pratiquée un peu au-dessus du renflement cervical, montre qu’il existe une différence sensible entre les deux cornes de la substance grise. La corne droite est à peu près normale, tandis que la corne gauche est atrophiée et diminuée d’environ un tiers dans son diamètre transversal. Une incision pratiquée au niveau du renflement lombaire montre une différence peu sensible; la jl corne droite paraît plus petite que la gauche.
L’examen microscopique de la moelle est fait par M. Pierrel. Sur une première
hémisphère cérébral, ou de l’absence d’une portion de la moelle épinière et des nerfs qui en émanent (Schrœder van der Ivolk), indique manifestement une influence nerveuse.
Les atrophies consécutives à l’altération d’un tronc nerveux sont de deux sortes, les unes résultent de la séparation d’un nerf moteur de son centre d’action, les autres de l’amputation d’un membre ou de la disparition d’un tronc nerveux sensitif. Dans le premier cas, l’atrophie se produit dans le tronc nerveux situé au-dessous du point lésé et dans les muscles animés par ce tronc ; dans le second cas, elle a lieu dans le nerf, au-dessus de la partie retranchée ou excisée, et dans la portion correspondante de la moelle épinière. L’atrophie, tantôt descendante, se propage aux muscles, tantôt ascendante, gagne la moelle épinière (1). Ce processus, enfin, est quelquefois l’effet d’une action réflexe ; un cas rapporté par Fabrice de llilden semble rentrer dans cette catégorie à laquelle se
coupe occupant l’espace compris entre la deuxième et la troisième paire cervicale, on constate que la corne antérieure, normale à droite, est, à gauche, rétrécie dans tous ses diamètres, et que les cellules y sont en grande partie disparues (fig. G7). Il en reste bien quelques-unes dans la partie antéro-interne, mais elles sont entourées d'un tissu d’apparence fibroïde dense, fortement coloré par le carmin et dans lequel on ne retrouve plus de cylindres d’axe. Ces cellules, plus petites que celles du côté opposé, ont perdu leurs prolongements et paraissent contenir un plus grand nombre de granulations. De la périphérie de la substance grise partent des tractus celluleux épaissis qui donnent aux parties des faisceaux latéraux des points avoisinants un véritable aspect fibreux. Cette disposition est remarquable surtout au niveau de l’angle antéro-externe qui correspond au groupe du tractus intermédio-latéral, lequel a disparu complètement de ce côté. Les cornes postérieures, non atrophiées, ont tous les caractères de l’état normal.
Une seconde coupe, pratiquée vers la quatrième ou la cinquième racine, offre la même altération, car on y compte à peine deux ou trois cellules ratatinées dans un tissu extrêmement dense et rouge, surtout au niveau antéro-externe. Les cordons latéraux ne sont pas altérés.
A la partie supérieure du renflement lombaire, la substance grise apparait au microscope privée de quelques-uns de ses noyaux ganglionnaires, et les points où se trouve cetle altération présentent un certain degré de condensation que le carmin fait apparaître sous la forme de petits îlots sensiblement placés dans les points où l’on rencontre ordinairement les agglomérations cellulaires. Un de ces ilôts se remarque au niveau du groupe médian antérieur: il est parfaitement limité, et de forme ovoïde (fig. 68). Vers la partie moyenne de la même région, l’œil nu constate l’existence d’une atrophie manifeste portant sur toutes les dimensions de la substance grise dont la forme générale est conservée. Les agrégats de cellules ne contiennent qu’un petit nombre d’éléments plus ou moins diminués de volume. La condensation scléreuse du tissu est surtout manifeste pour le noyau antéroexterne qui constitue la partie la plus altérée de la corne. Dans la partie inférieure du renflement lombaire, les noyaux ganglionnaires sont très-apparents et contiennent des cellules pourvues de leurs prolongements. La substance grise postérieure est saine. Les cordons latéraux sont exempts de sclérose.
1) Vulpian, Archive* de physiologie, années 18.68 et 1869.
HYPERTROPHIES ET ATROPHIES.
rattachent au moins quelques-unes des atrophies qui succèdent aux névralgies (1).
Certaines atrophies linéaires et circonscrites de la peau ne reconnaisseat pas d’autre origine qu’une altération nerveuse, mais cette altération mériterait d’être mieux étudiée. Romberg attribue, à l’altération du tronc du grand sympathique un cas d’hémiatrophie faciale succédant, chez une femme de vingt-huit ans, à une vaste suppuration qui, du côté gauche du cou s’étendait jusqu'à l’amygdale correspondante; le nez, les lèvres et les joues, aussi bien que la moitié gauche de la langue et de la voûte palatine étaient plus petits que les mêmes parties du côté opposé (2). Les ganglions du grand sympathique ont d’ailleurs sur la nutrition une influence qui, pour n’être pas bien connue, n’en est pas moins réelle, malgré le peu de fondement de ce qui a été dit de la production de l’atrophie musculaire par l’altération de ces ganglions.
De ces considérations il ressort ce fait incontestable, à savoir qu’il existe, à côté des atrophies liées à un désordre mécanique de la circulation, des atrophies soumises à l’influence du système nerveux. Si les premières de ces atrophies sont faciles à expliquer, il est plus difficile de savoir quel est le mode de production des dernières. A cet égard plusieurs hypothèses peuvent être faites : ou bien l’afflux du sang est diminué par la con- - traction active des vaisseaux sous l'influence nerveuse; ou bien le sang circule comme à l’ordinaire dans les vaisseaux, mais le tissu ne l’emploie plus dans les proportions normales pour sa nutrition.
La pâleur des parties atrophiées dans quelques cas d’hémiatrophie, l’abaissement relatif de la température et l’absence de sueurs dans ces mêmes parties, sembleraient indiquer qu’à l’inverse des hypertrophies il est des atrophies résultant de la contraction nerveuse des vaisseaux. Les expériences de CL Bernard prouvent, en effet, que si, après la section du sympathique, il y a accélération du cours du sang, le contraire a lieu à la suite de la galvanisation de ce nerf. On comprend qu’une excitation prolongée du sympathique soit de nature à produire un retrait des vaisseaux
(1) H. Notlinag'el, Trophische Storimyen hei Neuralgien (Arch. /’. Psychiatrie , t. II, p. 29, 18G9, et Schmidt’ s Jahresb., t. CXLIV, p. 156).
(2) C’est sans doute aussi à une lésion nerveuse qu’il convient d’attribuer un cas d’hémiatrophie de la face, observée par le docteur Panas (Soc. de chirurgie, 5 mai 1869) chez un individu de vingt-cinq ans qui, à l’àge de dix ans, s’était fracturé la partie gauche de la mâchoire inférieure. Non-seulement le maxillaire inférieur, mais encore l’os zygomatique, le maxillaire supérieur et 1 arcade orbitaire du meme côté avaient subi un arrêt de. développement, de telle sorte que la moitié gauche de la face était aplatie et le nez dérivé dans le même sens.
et une atrophie consécutive ; mais s’il en est ainsi dans un certain nombre de cas où l’atrophie simultanée de différents* tissus n’est, accompagnée d’aucun trouble appréciable, il y a lieu de croire que, dans d’autres circonstances, le désordre nerveux, point de départ de l’atrophie, agit de préférence sur les éléments des tissus dont il modifie la nutrition. C’est du moins ce qui paraît exister pour l’hémiatrophie faciale, limitée à quelquesunes des régions animées par le nerf de la cinquième paire.
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