ANATOMIE P ATM O U OUI QUE
les faisceaux du grand pectoral. D'une consistance semblable à celle du parenchyme des ganglions hypertrophiés, de teinte jaune pâle avec des points irrégulièrement injectés et congestionnés, ce tissu, à la coupe, laissait échapper un suc abondant, blanchâtre, laiteux ; il était composé d’un réticulum serré, d’un réseau capillaire et de petits éléments ronds, mats ou incolores. Dans les muscles envahis, les corpuscules lymphatiques occupaient le périmysium, les fibrilles musculaires primitives étaient absolument intactes.
Développés dans les organes parenchymateux, les lymphomes ont en général l’apparence de petites tumeurs mal circonscrites, grisâtres ou blanchâtres, dont le volume varie depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’un marron. C’est sous cette forme qu’ils se rencontrent dans le foie, les reins, et sans doute aussi dans les poumons. Toutefois, à côté de ces productions constituées comme celles du tube digestif par un tissu adénoïde réticulé, il existe quelquefois au sein de ces organes, comme l’ont vu Ollivier et Ranvier, dans un cas de leucémie, des noyaux d’apoplexie diffuse de globules blancs, qu’il importe de ne pas confondre avec les lymphomes vrais.
Il y a lieu d’être surpris que, malgré l’existence d’un tissu réticulé dans les centres nerveux, on n’ait jamais signalé la présence de tumeurs lymphatiques dans ces centres ; mais cette contradiction n’est sans doute qu’apparente. Il est vraisemblable qu’un certain nombre sinon la plupart des tumeurs décrites sous le nom de gliomes doivent rentrer dans le groupe des lymphomes, dont elles ne diffèrent que par une structure un peu spéciale, en rapport avec la structure de la névroglie. La nature du tissu-mère détermine en effet, du moins au début, les caractères de la formation nouvelle ; plus tard seulement, celle-ci prend dans sa marche les allures d’une production indépendante. D’ailleurs, de même que les lymphomes, certains gliomes n’ont pas de limite tranchée; ils apparaissent à la convexité des hémisphères comme une circonvolution d’un développement colossal (voyez mon Atlas d' Anatomie pathologique , p. ul6 et pl. âl, fîg. 3, 3' et 3''), et ne se distinguent du tissu sain que par une plus forte vascularisation. Quelquefois cependant, ces productions revêtent une forme arrondie, sont mieux circonscrites et constituent des tumeurs qui peuvent acquérir le volume d’un marron. Ces tumeurs, molles, blanchâtres, d’apparence médullaire, avec des stries ou des points rougeâtres produits par des dilatations vasculaires ou des extravasats sanguins, sont composées de petites cellules rondes et de noyaux analogues aux cellules et aux noyaux de la lymphe, dispersés entre les capillaires dans une espèce de stroma ou
HYPEKPLAS1ES.
de réseau extrêmement lin (fig. 100). Ces formations ne s’étendent généralement pas au delà de la névroglie ; mais il est vrai de dire que les lymphomes des glandes lymphatiques et ceux du tissu adénoïde de l’intestin restent fréquemment limités à ces mêmes parties. Il y a par conséquent pour les néoplasies lymphatiques, connue pour la plupart des nouvelles formations des centres régionaux multiples.
Les os, organes riches en tissu adénoïde, sont aussi, dans certains cas, le siège de lymphomes. Ces néoplasies- déterminent une augmentation généraleet limitée du volume de l’os qui, à la coupe, présente dans sa partie médullaire des points
OU ilôts rougeâtres, souvent jau- Fig.100. — Coupe microscopique d’un gliome . , ,, ' du cerveau (d’après d’anat. path.).
natres ou lardaces, s elendant parfois jusque dans la substance compacte dont ils amènent la raréfaction. Le tissu osseux, au niveau de ces îlots qui tranchent sur la partie saine du voisinage, est diminué de consistance, et, pressé entre les doigts, il laisse généralement sourdre un suc abondant, blanchâtre, légèrement filant. Une coupe fine de ce tissu, lavée et examinée au microscope, montre un stroma réticulé limitant des mailles plus ou moins étendues, dans lesquelles sont comprises quelques cellules arrondies, ou des noyaux libres revêtus d’une mince couche de protoplasma. Les parties rouges de cette néoplasie sont constituées par un tissu lymphatique en voie de formation, et dont l’abondance contribue à amener la résorption ‘graduelle de la substance osseuse, tandis que les portions jaunes sont dues à une dégénérescence graisseuse plus ou moins avancée des éléments cellulaires de ce même tissu. Cette altération, qui, à l’oeil nu, ressemble assez à la suppuration osseuse, coexiste toujours avec des lymphomes d’autres organes; néanmoins il y a lieu de se demander si quelques sarcomes mvélogènes , isolés des os, n’ont pas leur place dans la grande famille des lymphomes.
Certaines tumeurs de la peau, généralement décrites depuis Alibert sous le nom de mycosis fongoïde , ont été rattachées il y a quelques années à la lvmphadénie cutanée. Nous n’avons aucune objection à faire à cette manière de voir, si ce n’est que jusqu’ici ces tumeurs se sont montrées indépendantes de toute lésion de la rate et des glandes lymphatiques. Cependant, l’autorité de Ranvier, qui a trouvé ces tumeurs constituées
par le tissu lymphatique ou adénoïde de Ilis, ne doit laisser aucun doute sur leur nature, et nous n’hésitons pas à les l'aire rentrer dans le groupe des lymphomes. Ces tumeurs, saillantes à la surface de la peau, du volume d’un pois ou d’une noix, sont dures, élastiques, rosées ou rouge violacé, ce qui les a fait comparer par Alibert à des
tomates mûres(fig. 101).
Elles sont isolées ou cohérentes sur certains points, d’où l’aspect mamelonné de la masse fongoïde ; elles ne sont jamais pédiculées. Leur accroissement est en gé-
néral rapide, et lorsqu’elles ont acquis un certain volume, elles s’arrêtent dans leur développement, les unes s’atrophient et peuvent disparaître, tandis que les autrès, habituellement ies plus grosses, se ramollissent et s’ulcèrent.
Le sang, en vertu de ses rapports intimes avec le système lymphatique, est toujours plus ou moins modifié chez les individus atteints de lymphomes multiples. Cette modification porte spécialement sur les globules blancs, dont le nombre est en général augmenté, et quelquefois dans une proportion considérable (leucémie). Les globules rouges, au contraire, sont diminués de nombre et souvent de volume, l’albumine et la fibrine sont en faible proportion; le liquide séro-sanguinolent retiré par moi de la plèvre d’un leucémique ne se coagula nullement. Les matières grasses et les matières extractives, hypoxanthine, leucine, etc., sont en plus grande abondance. Ces modifications contribuent à amener des hémorrhagies, accidents fréquents dans la leucémie surtout, où elles se rencontrent jusque dans les organes non envahis par la néoplasie. Produites
Fie. 101. — Tronc d’une malade atteinte de mycosis fongoïde (lymphome cutané). (Le modèle lait partie du musée de l’hôpital Saint-Louis).
nVPERPLASIES.
par la rupture ûes capillaires, ces hémorrhagies surviennent d’autant plus facilement que les vaisseaux renferment plus de globules blancs. Il est vraisemblable que le pouvoir adhésif de ces derniers favorise l’obstruction vasculaire, augmente la tension sanguine et détermine les ruptures. Dans un cas qui m’est personnel, cette obstruction était tellement prononcée que tous les petits vaisseaux des hémisphères cérébraux, remplis de globules blancs, offraient les apparences de la plus belle injection mercurielle. Quelquefois l’obstruction vasculaire détermine la formation d’infarctus caractérisés par des îlots blanchâtres , opaques , caséeux, ayant la structure du tissu adénoïde.
Évolution. — Si nous connaissons exactement le point de départ des lymphomes, par contre, nous savons moins comment ces tumeurs prennent naissance. Sont-elles l’effet direct d’une simple multiplication des éléments préexistants ; proviennent-elles du développement préalable d'un tissu embryonnaire? L’observation est difficile pour les lymphomes des glandes lymphatiques, où tous les éléments cellulaires paraissent végéter, les cellules lymphatiques dans l’intérieur des alvéoles, les cellules de tissu conjonctif dans les capsules, les trabécules et les réseaux formant les sinus ; mais elle est plus facile pour les autres organes. Cornil et Ranvier admettent que la première phase de développement du lymphome des os consiste dans la production d’une masse de tissu embryonnaire aux dépens de la moelle osseuse, tandis que ce développement a pour point de départ, dans quelques autres organes, le tissu conjonctif interstitiel. La seconde phase est représentée par la formation, aux dépens des cellules embryonnaires, de prolongements qui, arrivés au contact les uns des autres, se soudent et composent le lacis réticulé. Les cellules embryonnaires qui ne subissent pas ces modifications forment les cellules lymphatiques.
L’accroissement des lymphomes, généralement uniforme et continu, s’opère par la multiplication des éléments lymphatiques et par l’extension de l’altération aux parties voisines. Ces néoplasies ont fort peu de tendance à dégénérer; elles s’ulcèrent rarement, et n’arrivent jamais à une résolution complète. D’un autre côté, elles ne déterminent aucune fonte purulente des parties affectées.
Diagnostic et pronostic. — Tumeurs mal circonscrites ou diffuses, les lymphomes sont facilement confondus avec les hyperplasies phlegmasiques ; ceux des glandes lymphatiques surtout ont, à leur début, une grande ressemblance avec les adénites ganglionnaires. Comme ces
dernières, ils consistent dans une formation cellulaire plus ou moins abondante ; mais ils se distinguent par une consistance uniforme, un certain degré de mobilité, et aussi par leur évolution. Effectivement, tandis que la nouvelle formation de la lymphadénile est destinée à périr par dégénérescence graisseuse, caséeuse, ou par fonte purulente, celle des lymphomes, continuant de vivre et de se développer, persiste à peu près indéfiniment, et cela en dépit des traitements les mieux administrés.
Pour ce motif, le pronostic des lymphomes est sérieux ; néanmoins il présente des degrés de gravité qui sont en rapport avec les nombreuses variétés des tumeurs lymphatiques. La variété dite lympho-sarcome est redoutable en raison de sa tendance à l’infection et aux récidives ; lesautres variétés, moins malignes, sont le plus souvent fatales, par leur tendance à la dissémination. La gravité du pronostic ou mieux de la durée du mal se juge ordinairement d’après la rapidité de la croissance. En général, on peut admettre que la maladie est d’autant plus dangereuse qu’elle apparaît à un âge moins avancé, qu’elle se développe avec plus de rapidité, affecte un plus grand nombre d’organes et s’accompagne d’une altération plus profonde du liquide sanguin.
Étiologie et pathogénie. — Les lymphomes ne sont presque jamais congénitaux ; cependant ils se rencontrent depuis la première année jusqu’à l’âge de quarante à cinquante ans; plus tard, ils sont rares. C’est entre huit et vingt ans que ces altérations ont leur plus grande fréquence, ce qui porte à croire qu’elles ne sont pas sans relation avec le développement du système lymphatique. Ces tumeurs sont communes chez les scrofuleux, les rachitiques, c’est-à-dire chez les individus où il y a prédominance du tempérament lymphatique. On les voit apparaître quelquefois à la suite d’une intoxication maremmatique , mais trop rarement pour que l’on puisse considérer cette intoxication comme une cause efficiente. Mosler a observé un cas de leucémie après un traumatisme de la rate ; mais, avant d’admettre l’influence de cette cause, il serait nécessaire d’avoir des faits plus nombreux. En résumé, nous connaissons fort peu l’étiologie des lymphomes et nous ne sommes pas mieux renseignés quant à présent sur les conditions pathogéniques de ces tumeurs.
Bibliographie. — Lymphomes anémiques. — 1° Des glandes lymphatiques et de la rate. — Hodghin, On some morbid appearances of tlie absorbent glands and spleen (. Medico-surg . Transact., t. XVII, p. 689, 1832). — Larrey, De l’adénite cervicale ( Mém . de l'Académie de médecine , t. XVI, p. 300, 1852). — Bonfils, Hypertrophie ganglionnaire générale, cachexie sans leucémie ( Recueil
HYPERPLASIES.
des travaux de la Société médicale d’observation, t. I, p. 157, 1857-58). — Lœpep, , Beitrügc zurpathol. Anat. d. Lymphdrüsen (l)iss. in. Würzburg, 1856).
— Pavy, Case of anæmia lymphatica, a new diseuse characterized b y enlargement ofthe lymphatic glands and spleen (The Lancet, p. 213, août 1859). — Potain, Perrin, Hallé, Bull . delà Soc. anat., 1861, p. 217, 247 ; 1863, p. 235. — Cossy, Mémoire pour servir à l’histoire de l’hypertrophie simple, plus ou moins généralisée des ganglions lymphatiques sans leucémie ( Echo médical, t. Y. Neuchâtel, 1861, et Gaz. hebd., p. 825). — Bjllrotii, Beitrügc zur patholog. Histologie, t. III, p. 125, Berlin, 1858, et Hypertrophie der Lymphdrüsen ohne Leummie ( Arcldv f.path. Anat. und Phys., t. XXIII, p. 477, 1862). — S. Wilks, Guy’s Hospital Beports, série 3, t. XI, p. 56, 1865. — Cornil, De V adénie ou hypertrophie ganglionnaire,suivie de cachexie sans leucémie ( Archiv . de mêd., 1. 11, p. 206, 1865).
— Laboulbéne, Gaz. mêd., 1865, p. 37. — Njcaise, Ibid., 1866, 5. — Hérard, Union méd., 1865, p. 196. — Trousseau, De l'adénie ( Clinique médicale de V Hôtel-Dieu, t. III, p. 555, 1865). — Cohnheim, Starhe Lymphdrüsenaffection ohne Leukæmie ( Archiv f. path. Anat. und Physiol., t. XXXIII, p. 451, 1865).
— Waldeyer, Ibid., t. XXV, 1865. -- Wunderlicii, Pseudoleukœmie, llodgkin’s Krankheit oder multiple Lymphadenome ohne Leukæmie (Archiv der Ileilkunde, 1866, p. 531 ; anal, dans Archiv , gén. deméd., 1867, t. 11, p. 206). — Fëréol, Gaz. des hôpitaux, p. 512, 1867. — Giraldès, Mouvem. méd., p. 592, 1867, et Leçons clin, sur les maladies des enfants, p. 227, 1868. — S. Spillmann, De la pseudoleucémie, etc. (Archives gén. deméd., sér. 6, t. X, p. 206, 1867). — Meissner, Schmidt’ s Jahresb., t. CXXXVl, p. 35, 1867 ; t. CXL1I, , p. 168, 1869 ; t. CL, p. 279, 1871 ; t. CLY, 313, 1872. — Près-Crassier, De l’identité de l’adénie et de la leucémie. Thèse de Paris, 1868. — J. Black, American Journal, n. s., CX, April 1868, 383. — Woon, Philadelphia med . Times, I, 6, 15 décembre
1870. — Ebertii, Ein Fall von Adenie (Archiv f. path. Anat., t. XLIV, p. 63, 1870). — Turner, Case of multiple lymphoid tumours within the abdominal cavity (St-Bartholome\o' s hosp. Reports, vol. YI, p. 117, 1870). — R. Southey, On adenoid diseuse (Saint-Bartholomeiv s hospital Reports, vol. IX, p. 46, 1873).
— Dickinson, Transact. ofthe path. Soc. of London, vol. XXI, p. 370, 1870. — Murchison, Ibid., vol. XXII, p. 68, 1871. — Bohn, Ueber Pseudoleukamie (Archiv f. klin. Med., t. Y, p. 429). — J. Castiaux, Rull. de la Soc. [anat., 1872, p. 614.
2° De l’intestin. — Briquet, L’Institut méd., n° du 15 juillet 1839. — J. Cruveiliiier, Anat. path. du corps hum., liv. XXXIV, pl. 2 et 3. Paris, 1835-42. — • Alling, Bull, de la Soc. anatomique, 1869. p. 472.
3° De la peau. — Gillot, Dumycosis fongoïde (Lymphadénie cutanée). Thèse de Paris, 1868. — Landouzy, Comptes rend, et Mém. de la Soc. de biologie,
1871, p. 184. — Debove, Bull, de la Soc. anatomique, oct. 1872. — Démangé, Annal, de dermatol. et de syphiligraphie, i. V, p. 121, 1873-74.
Lymphomes leucémiques. — Virchow, Froriep’ s neue Notizen , nov. 1845; Gesammt. Abhandl.,p. 149, 174, 190, 207; Archiv f. patholog. Anatom. , vol. I, 563.; vol. Y, 58, 125. — Bennett, Edinb. med. and surg. Journ., vol. LXIV,
p. 413, 1845. Edinb. monthly Journ.,\o\. XII, p. 326; 1851 et oct. 1854. Leucocythœmia or withe cell blood, etc. Edinb., 1852. — Fuller, Gais. méd., 1847, 618. — J. Yogel, Archiv für pathol. Anat., vol. III, 578, 1851. — Ciiarcot el Ch. Robin, Compt. rend, de la Soc. de biologie, 1853, p. 44. — Eeudet, Ibid., et Gaz. méd. de Paris, 1858, p. 684, 713. — J. H. Schreiber, De Leukœmia, diss, inaug. Regiom., 1854. — Boogaard, N ederl. Weekblead, 1854, 535. — Robin cUsambert, Mém. de la Soc. de biologie, 1856, série 2. — Vidal, Ibid., 1856, p. 104, et 1858, p. 588. — Luys, Lésions de la rate dans la leucémie (Ibid., 1859, sér. 3, t. 1). — Blague, Note sur un cas de leucémie splénique (Bull, de V Acad, de méd., 1 856, t. XXI, p. 398). — Krtbben, De leucœmia, diss. inaug. Berol., 1857. — XV. E. Page , Britishmed. Journ., 1859, n° 20, et Arch. gén. de méd., t. 11,765, 1860. — Friedreich, Archiv f. patliol. Anat., vol. XII, 1858, et Gaz méd., 1858, 834. — A. Bôttciier, Ibid., vol. XIV et vol. XXXVII, p. 163, 1866. — Fôrster, Ibid., vol. XX. • — Oppolzer etKLOB, Wiener med. Zeitung, 1858, n°29, 32. — G. Weidenbaum, De Leucœmia, diss. inaug. Dorpat, 1859. — E. Wagner, Arch. d. Heilkunde, I, 322 ; II, 103. — Charcot et Vulpian, Gaz. hebd., 1860, p. 755. — - Deiters, Deutsche Klinik, 15, 18, 19, 22, 1861. — Golitzinsky, Allgem. medic. Central-Zeitung , n° 47, 1 861. ■ — Recklingiiausen, Archiv f. pat h. Anat., y ol. XXX, p. 370, 1864. — Mosler, Berlin. Min. Wochenschrift, vol. I, 12, 13, 14, 15, 1864, et vol. IV; analyse dans Schmidt’ s J ahrb., t. 131 , p. 168, et t. 136, p. 29. — Martin, Saint-Bartholomew’s Hospit. Déports, vol. I, p. 268, 1866. — BcniER, Leucémie intestinale ( Union méd., août 1863, 99). — Ou.ivier et Ranvier, Compt. rend, et Mém. de la Soc. de biologie, 1866, série 4, t. III, p. 246. Nouv. Observ. pour servir d l'histoire de la leucocythémie ( Archives de physiologie norm. et pathol., 1869, p. 407). — Lancereaux et Lackerbauer, Atlas d'anatomie pathologique, p. 112, 137. Paris, 1870. — J. Reincke, Fall von Leukümie ( Archiv f. pathol. Anat. und Pliysiol., t. 41, p. 399, 1870). — Neumann, Arch. d. Heilkunde, 1870, p. 1. Neuer Fall von Lcv.kœmie, mit Erkrank. des Knochenmarkes (Ibid., 1872, p. 502). — Mosler, Zur Ætiologie der Leukümie (Archiv f . pathol . Anat . und Pliysiol., t. LVI, p. 14, 1872). — Mosler, Ibid., t. LYII, p. 532. Die Path. und Thérapie der Leukümie. Berlin, 1872. — O. Bolunger, Ueber Leukümie bei den Hausthieren (Archiv f. path. Anat. und Pliysiol., t. LIX, p. 341). — Meissner, Schmidt’s Jaliresb., t. CXXXVI, p. 29; t. CXLII, p. 164 ; t. CL, p. 273 ; t. CLV, p. 313, 1872. — Viroiow, Pathologie des tumeurs, t. Il, p. 617, 780. — Lücke, Archiv für patholog . Anatom. undPhysiol., t. XXXV, p. 524, et Archiv. gén. de méd., 1866, p. 619. — Sevestre, Bull, de la Soc. anatom., 1872, p. 529.
T. Langhans, Das maligne Lympliosareom ( Archiv . f. pathol. Anat. und Physiolog., vol. L1V, p. 509, et Arch. méd., juillet 1872). — Ul. Trélat, Des lymphosarcomes (Soc. de chirurgien t Gaz. des hôpitaux, 1872, p. 453 et460). — Panas, Ibid., 925. — Audineaij, Du lymphosarcome. Thèse de Paris, 1872. — Legallois, Lymphadénome du cou. Thèse de Paris, 1873, — Lasègue , Archiv. gén. de méd., avril 1874, p. 486. — Pasturaud, Bull, de la Soc. anat., 1874, p. 132.
HYPERPLASIES.
III. — Néoplasies de substance conjonctive muqueuse. — Myxomes.
Le tissu muqueux, ainsi dénommé à cause de sa consistance et de sa composition chimique, où il entre de la mucine, est très-commun chez les animaux inférieurs. Répandu chez le fœtus humain, il constitue certaines masses embryonnaires destinées à disparaître. Moins abondant chez l’adulte, où il se transforme d’ordinaire en tissu graisseux, excepté dans les parties génitales externes où il passe à l’état de tissu sous-cutané lâche et forme le dartos, il se retrouve dans le corps vitré, le bulbe dentaire, dans les parois et les valvules cardiaques, et dans quelques autres endroits. Mais sous l’influence de certains états pathologiques, il peut réapparaître au sein d’une des variétés du tissu conjonctif. On l’a vu se produire aux dépens du tissu adipeux du péricarde, de celui du hile du rein, du tissu sous-jacent à la dure-mère, de celui de la moelle osseuse, etc. Le tissu muqueux se développe encore pathologiquement dans quelques tissus dont la composition se rapproche de la sienne : ainsi s’explique la fréquence relative des productions muqueuses dans la névroglie dont la structure, en certains points, notamment au niveau du calamus scriptorius, est des plus délicates et presque gélatiniforme.
Le tissu muqueux ou gélatineux est formé d’un réseau de cellules ou de fibres séparées par une substance fondamentale homogène, molle ou liquide, contenant de la mucine ou une substance analogue. Tout d’abord, ces éléments cellulaires de forme arrondie sont plongés dans la masse intercellulaire homogène ; mais cet état embryonnaire persiste rarement. Les cellules deviennent fusiformes, étoilées, tendent à se souder par leurs prolongements-; puis la substance fondamentale prend un aspect strié, lihrillaire, en sorte que, peu à peu, la matière gélatineuse se trouve renfermée dans un réseau aréolaire. Ces changements sont importants à retenir, car ils permettent de bien comprendre les variétés des néoplasies muqueuses, altérations décrites sous les noms de tameurs colloïdes ou gélatineuses , collonéma, myxomes.
Description. — Les myxomes s’observent quelquefois chez les nouveau-nés, où ils siègent principalement à l’insertion du cordon ombilical. Chez l’adulte, ils se rencontrent dans des points préalablement occupés par d’abondantes masses graisseuses, comme la cuisse, le cou ; ou bien dans des points où existe le tissu lâche connu sous l’épithète de dartoïde, dans le sein, les grand 's lèvres, le scrotum. On les trouve enfin dans la moelle des os, à la surface du péritoine, de l’arachnoïde (fig. 102), et dans l’épaisseur des substances nerveuses, où ils ont pour point
A N ATOM I E P AT HOLOGIQ UE .
de départ la névroglie et le périnèvre (névrome de certains auteurs). Ces tumeurs se présentent sous la forme de masses rarement diffuses, le plus souvent circonscrites, d’un volume variable, qui peut atteindre la grosseur du poing. Lisses, arrondies, souvent lobulées ou pédiculées (polypes muqueux), elles se font remarquer par leur consistance
Fig. 102, — Myxome de l'arachnoïde développé à la base de la protubérance, t, tumeur; n n, nerfs trijuriieaux ; a, tronc basilaire.
qui est celle d’une substance gélatineuse, mais qui peut être plus ou moins ferme; leur mollesse est quelquefois si grande qu’elles donnent la sensation de fluctuation. La pression et le raclage en font sourdre, non pas un suc lactescent, mais un liquide incolore ou légèrement jaunâtre, semblable à une solution de gomme arabique ou à du blanc d’œuf, de telle sorte que si l’on s’en tenait à ce seul examen, on pourrait croire à un kyste. Ce liquide se comporte chimiquement comme le mucus, c’està-dire que, précipité par l’alcool concentré, il est redissous par l’addition de l’eau. 11 est bon de savoir que les tumeurs muqueuses, renfermant une certaine proportion de substance fondamentale fibreuse, sont susceptibles de donner de la gélatine par la coction.
Histologiquement, les myxomes sont constitués par de grandes cellules allongées ou stellaires, qui s’anastomosent entre elles et forment un réseau dans les mailles duquel se trouve comprise la substance intermédiaire, transparente et gélatiniforme. A ce réseau cellulaire, rendu apparent par l’addition d’une solution d’iode ou de carminate d’ammoniaque, s’ajoutent généralement des cellules plus petites, arrondies et isolées, c’est-à-dire sans aucune connexion avec leurs voisines ; elles
HYPERPLASIES.
sont situées au milieu du liquide muqueux. Dans certains cas, au lieu d être cellulaire, le réseau se trouve formé de véritables faisceaux de fibrilles conjonctives ou élastiques enfermant des espaces où se trouvent contenues la substance muqueuse et les petites cellules rondes (fîg. 103). Les vaisseaux, relativement peu abondants,
cellulaire est tout à fait molle, les cellules qui existent des amas cristallins la composent subissent une dégénérescence deieucme.Gross.i60. muqueuse; il se produit dans la tumeur des points liquides, fluctuants, qui constituent le myxome dit cystoïde. 11 arrive encore que la substance intercellulaire, abondante et riche en éléments fibreux, forme des tractus résistants, qui rendent le myxome blanchâtre et opaque, et le rapprochent du fibrome : c’est le myxome fibreux (tumeur fibro-cellulaire de Paget). Si, enfin, l’élément vasculaire prédomine, et si les vaisseaux, mal soutenus par la substance intermédiaire très-molle, viennent à se dilater ou à se rompre, le myxome est appelé télangiectasique ou hémorrhagique.
Les secondes variétés comprennent avant tout les myxomes des enveloppes du fœtus, du placenta notamment, parmi lesquels Virchow fait rentrer la môle hydatique. Cette altération, rare avec un accouchement à terme, est au contraire très-commune dans l’œuf humain, lors d’un avortement. On observe l’expulsion d’une grosse masse qui semble consister de prime abord en un mélange de sang et de vésicules de grandeur variable ; mais en enlevant les caillots, on reconnaît que les vésicules sont réunies en grappes et supportées chacune par un pédicule. Ces grappes adhèrent par de gros pédicules au chorion ou bien seulement au niveau de l’insertion placentaire, ou bien dans toute l’étendue du placenta (fig. lOâ).
Le myxomé comporte des variétés assez nombreuses qui se rattachent, les unes à certaines modifications de ses éléments constituants, les autres à la nature même du tissu d’où il émane. Les premières de ces variétés sont multiples. Dans certains cas, les cellules qui constituent le myxome se chargent de graisse et se transforment en véritables cellules adipeuses, la tumeur prend un aspect marbré et une teinte blanchâtre ou jaunâtre : c’est le myxome lipomateux. D’autres fois, la substance inter-
sont logés dans les cloisons les plus épaisses ; ils contribuent à former les mailles qui renferment la substance fondamentale.
Fig. 103. — Cellules etfiLuiles conjonctives provenant, les unes, a, d’un myxome des muscles, les autres, b, d’un myxome développé sur la face intérieure du quatrième ventricule. Parmi ces dernières
C’est, dans les villosités formées d’un tissu muqueux renfermant des anses vasculaires recouvertes d’épithélium que, suivant Virchow, débute l’affection par une multiplication de noyaux et de cellules qui subissent ensuite la métamorphose muqueuse. Le tissu muqueux compris entre le vaisseau central et l'épithélium augmente de volume et constitue des masses transparentes et gélatiniformes, pédiculées, et qui, là où
Fig. 104. — Placenta dont les cotylédons atteints de myxome forment des grappes kystiques, a, cavité amniotique (collection du docteur Péan).
se forment une certaine quantité de parties fibreuses, conservent l’apparence d’une simple hyperplasie (myxome fibreux), tandis que partout oit la substance intercellulaire est muqueuse, elles prennent l’aspect de masses kystiques, renfermant un liquide filant qui donne les réactions de la mucine.
Lorsqu’ils prennent naissance dans la peau et les muqueuses, les myxo-
UYPIiUPLASIES
mes revêtent la forme papillaire ou polvpeuse. Bon nombre de tumeurs connues sous le nom de polypes muqueux, surtout dans les fosses nasales et l’utérus, ne sont (pie des myxomes, quelquefois pénétrés de kystes. Toute la cavité utérine, dans un cas qui m’est personnel, se trouvait
Fig. 105. — Myxome de la muqueuse utérine (tiré de Y Allas d'anatomie pathologique de Lancereaux et Lackerbauer).
envahie par une néoplasie de ce genre (fig. 105). À la surface du péritoine, le myxome revêt souvent la forme papillaire ; c’est ainsi qu’un grand nombre de productions pédiculées, situées principalement au niveau du ligament large et considérées comme des kystes, doivent être rapportées au -myxome. Développée au sein des muscles, cette tumeur altère et détruit le faisceau musculaire; dans les nerfs, elle étouffe le tube nerveux. Parti du périnèvre, le myxome gagne de proche en proche tout le trajet d’un cordon ou d’un réseau nerveux, à tel point que lorsqu’il suit un trajet ascendant, il peut arriver jusque dans la boite rachidienne ou crânienne. Dans l’encéphale, cette tumeur se localise de préférence sur l’arachnoïde ou
la pie-mère, principalement au niveau des parois du quatrième ventricule. J’ai observé un exemple de cette localisation chez une jeune tille de seize ans, atteinte de cécité. La tumeur, du volume d’un œut de pigeon, occupait la paroi supérieure du ventricule ; elle avait déterminé des convulsions, des vomissements, de la glycosurie, et en dernier lieu du coma.
Évolution. — Les myxomes proviennent d’un tissu embryonnaire né aux dépens des cellules du tissu muqueux ou d’une autre variété de tissu conjonctif; ils s’accroissent, soit par extension au tissu conjonctif voisin, soit plutôt par la multiplication des éléments de leur propre masse. Ces tumeurs évoluent lentement, mais elles peuvent prendre tout à coup une marche rapide et presque aiguë, surtout si elles sont le siège d’une riche vascularisation et constituées par un tissu jeune. Peu exposées aux dégénérescences, elles s’enflamment facilenment. Lorsqu’elles siègent à la peau ou dans son voisinage, elles s’ulcèrent parfois. Rarement elles se généralisent ou récidivent après l’ablation; en général, elles ne déterminent ni infection, ni cachexie,
Diagnostic et pronostic. — Si le diagnostic clinique du myxome n’est pas toujours sans difficulté, par contre, son diagnostic anatomique est généralement facile. Cette néoplasie est en effet trop distincte des endothéliomes et des lymphomes pour qu’il ne soit pas possible de l’en séparer. D’un autre côté, on ne saurait la confondre avec les kystes muqueux, dans lesquels le mucus entre, non plus comme partie constituante du tissu, mais simplement comme produit sécrété.
La tumeur muqueuse n’est pas très-dangereuse, si ce n’est par la gêne qu’elle peut apporter au fonctionnement d’organes importants, tels que le cerveau. Dans quelques circonstances cependant, et surtout quand elle se localise aux troncs nerveux, elle a de la tendance à se généraliser, et le plus souvent aussi elle est l’occasion de vives douleurs. Toutes choses égales d’ailleurs, elle paraît d’autant moins grave qu’elle renferme plus de tissu fibreux ou de tissu adipeux.
La cause intime du myxome nous échappe à peu près entièrement; le traumatisme n’est qu’une circonstance étiologique adjuvante. Nous ne savons rien de la pathogénie de cette tumeur, si ce n’est qu’elle est une végétation du tissu muqueux, ou du moins du tissu conjonctif.
A côté des myxomes exclusivement composés de tissu muqueux ou myxomes primitifs, il est des tumeurs partiellement formées parce tissu, ou myxomes secondaires. En général, ce sont des lipomes, des chondromes ou des fibromes, dont une portion plus ou moins étendue s’est transformée en tissu muqueux. Il en sera question plus loin.
HYPERPLASIES.
, Bibliographie. — Muller, Archiv f. Anatomie und Physiologie, 1836, t. CCX1X.
— Paget, Lectures on surgical patholoy., VII, 1 10, 117, 118, 1853. — Virchow, Arch. fur pathol. Anat. und Physiol., 1857, t. XI, p. 286; Die Krankhaften Geschwülste, t. I, p. 396; trad. fr. par Aronssolin, t. I, p. 395. Paris, 1867. — Billroth, Archiv f. pathol. Anat., t. XII, p. 57 ; XVII, p. 36A.
— A. Forster, Handbucher allgcrn pathol. Anat., t. II, 1865. — Hulke, Mccl. Times and Gaz., 1865, p. 790. — Ollier, Gaz. mcd. de Lyon, 1866, n° 16. — Waldeyer, Archfb. f. pathol. Anat., t. XXXII, p. 5-43. — Virchow, Ibid., 5â5.
— Riïter, Ibid , t. XXXVI, p. 591. — Burow, Ibid., t. XXXV11I, p. 565. — H. Kube, Myxo-chondro Sarcoma cysticum der Oberkieferhôhle , Diss. inaug. Breslau, 1869. — Fancereaux, Atlas d’anatomie pathologique, p. 378, 1870.
— J. Gay, Transactions of tlie patholoy. Society of London, 1871, vol. XXII, p. 269. — Weiciiselbaum, Archiv f. patholoy. Anat. und Physiolog., t. IJV p. 166, 1872. — Cornil et Cazalis, Myxome du foie {Gaz. méd., 1872, p. 528).