VI. — Néoplasies de tissu osseux. — Ostéomes
Le tissu osseux consiste morphologiquement en une substance fondamentale et en un grand nombre de petites cavités microscopiques disséminées dans son intérieur. La substance fondamentale, dure et rigide, est blanche, homogène, granuleuse ou fibreuse, le plus souvent lamelleuse ; elle résulte de la combinaison intime d’une substance collogène, complètement identique avec celle du tissu conjonctif, avec certains composés inor-
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ganiques, parmi lesquels le phosphate et le carbonate de chaux tiennent le premier rang. Les cavités osseuses (corpuscules osseux des auteurs) ont de 0mm,013 à qmm,031 de longueur et de 0mm,006 à 0mm,015 de largeur. De forme généralement lenticulaire, elles communiquent les unes avec les autres par un grand nombre de fins prolongements ou canalicules osseux; quelques-unes s’ouvrent, par l’intermédiaire de ces derniers, à la surface externe des os ou dans les espaces médullaires plus ou moins larges qui existent dans leur épaisseur. Chacune d’elles renferme une cellule étoilée, cellule osseuse , avec une paroi propre, un noyau ovalaire, long en moyenne de ()mm,006. Les os contiennent en outre des vaisseaux et des nerfs accompagnés d’une substance particulière qui les soutient , la moelle. Composée d’un tissu conjonctif très-làche, ayant dans ses mailles un grand nombre de petites cellules spéciales, appelées cellules médullaires, et de rares cellules de graisse, la moelle remplit les cavités de la substance spongieuse des os, les canalicules qui parcourent la substance compacte et qui s’ouvrent à la surface externe ou interne de l’os (canaux vasculaires de Havers).
L’os ne provient pas directement des cellules de l’embryon, mais bien d'un tissu cartilagineux ou d’un tissu fibreux qui redevient embryonnaire pour se transformer ensuite en tissu osseux. L’accroissement de l’os en longueur s’effectue aux dépens du cartilage ; son accroissement en épaisseuralieu parl’intermédiaire du périoste, audessous duquel existe une couche de cellules rondes ou polygonales ( blastème sous-périostal , Ollier), semblables à celles de la moelle embryonnaire et destinées comme elles à se transformer en tissu osseux.
Fig. 116. — Ostéome bilobé de l’os maxillaire supérieur, qui a luxé la mâchoire inférieure. (Musée Dupuytren.)
Le tissu osseux fait partie de tous les os du squelette, y compris les osselets de l’ouïe, l’os hyoïde, les os du système musculaire ou os sésamoïdes ; il compose la croûte osseuse ou cément des dents, et à un âge avancé il remplace assez ordinairement les cartilages du larynx. Ce tissu est le siège de végétations nombreuses, dont quelques-unes, plus spéciales au groupe des phlegmasies, sont connues sous les noms d'exostoses et d 'énostoses, suivant qu’elles occupent la périphérie de l’os ou sa cavité médullaire. A la périphérie de l’os, où elles forment des saillies plus ou moins volumineuses et irrégulières, les exostoses ont une structure semblable à celle de l’os normal, avec cette différence que les canaux de Ilavers qui entrent dans leur composition ont une direction généralement perpendiculaire à celle des canaux de Ilavers de l’os ancien. Cette disposition résulte de la direction des vaisseaux ostéo-périostiques, qui sont, comme on le sait, perpendiculaires à la surface de l’os et qui, lorsque la moelle sous-périostique se transforme en tissu osseux, déter-
Fig.117. — Section verticale du lobe antérieur représenté fig. 116. a, pédicule; b, dent molaire située dans la rainure interlobaire.
minent la direction des canaux de Ilavers et la disposition des lamelles. Les énostoses qui prennent naissance dans l’épaisseur même de l’os offrent cette même disposition : elles sont habituellement formées par du tissu compacte et comblent plus ou moins le canal médullaire. Les
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exostoses sont les unes liées au développement du tissu osseux (exostoses ostéogéniques), les autres produites par des maladies générales, telles que la syphilis, le rhumatisme, etc. Je n’insiste pas sur la description de ces lésions, qui auront leur place dans l’étude que nous ferons plus loin des altérations du tissu osseux.
Description. — Les ostéomes proprement dits sont des formations osseuses, ordinairement isolées et circonscrites, de forme et de volume variables. Le plus souvent arrondies, ces productions sont quelquefois aplaties , lamellaires, plus ou moins irrégulières, et ces différences sont fréquemment subordonnées au siège des tumeurs, qui est tantôt le tissu osseux, tantôt le tissu conjonctif. La composition histologique de ces tumeurs est celle du tissu osseux; on y trouve de la substance osseuse avec ses ostéoplastes, de la moelle osseuse et des vaisseaux.
Toutes les variétés du
tissu osseux (compacte, F'0, 118. — Extrémité supérieure du fémur sur le bord
inlerne duquel se trouve un ostéôme spongieux o dont spongieux, etc.) peuvent ]e point de départ est le périoste ou les tissus les [dus se rencontrer dans ces voisins.
tumeurs. L’ostéome compacte est une tumeur ferme, plus ou moins allongée et j aplatie, constituée par du tissu osseux compacte, avec ses canaux de Havers et ses ostéoplastes. La substance osseuse y est disposée en lamelles concentriques entourant les canaux vasculaires, qui n’ont généralement pas la disposition régulière et parallèle de la substance diaphysaire des os longs (fig. 116 et 117). L’ostéome spongieux a l’aspect d’une masse rougeâtre très-vasculaire, friable, d’une dureté médiocre. Il est formé de lamelles ou d’aiguilles osseuses, avec des ostéoplastes contenant dans leurs intervalles une moelle très-abondante, le plus souvent embryonnaire, gélatiniforme, fibreuse ou adipeuse (fig. 118).
L’ostéome éburné forme des masses extrêmement dures et plus ou
moins lisses. 11 se présente quelquefois sur la face interne des os du crâne, sous forme de lamelles concentriques parallèles à la surface de la tumeur (Virchow). Au milieu de ces lamelles existent des corpuscules osseux dont les canalicules sont pour la plupart dirigés vers la périphérie, comme dans le cément des dents; on n’y distingue point de canaux vasculaires. Cette variété se retrouve dans les cavités de la face, où elle présente une remarquable analogie avec les calculs vésicaux à couches concentriques, sauf cette différence que jamais les dépôts de substance osseuse ne s’incrustent autour d'un noyau de matière étrangère; sa vascularisation est si faible qu’il semble que la tumeur se nourrisse par imbibition de voisinage.
Les variétés de siège des ostéomes sont d’autant plus nombreuses que ces tumeurs peuvent se développer, non-seulement dans le tissu osseux, mais encore dans tous les tissus de substance conjonctive, principalement les aponévroses et les muscles, la dure-mère et l’œil. Au sein du tissu
A.KAMMMW.
Fig. 119. — Ostéome double de la voûte crânienne, a, ostéome situé sur la partie moyenne et latérale gauche du frontal ; 6, ostéome plus petit siégeant au niveau de l’angle postérieur et supérieur des pariétaux. (Musée Dupuytren.)
osseux, ces tumeurs sont disposées comme les corps fibreux dans les parois de l’utérus, elles soulèvent les couches osseuses qui les recouvrent au fur et à mesure qu’elles se développent, les amincissent et finissent par les détruire (fig. 119). Les os du crâne et principalement la région fronto-orbito-ethmoïdale, le maxillaire supérieur, sont les points de leur localisation habituelle; Cruveilhier en rapporte trois cas qui n’avaient pas d’autre siège. Quelquefois, on les observe à la surface de l’os, et le périoste en est le point de départ.
Les ostéomes des fosses nasales et des sinus de la face, pour être rares,
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n’en ont pas moins été l’objet d’une étude attentive. Ce sont des tumeurs isolées, habituellement ovoïdes, présentant des sillons et des bosselures saillantes, dont la surface lisse ne dépasse guère 5 à 6 centimètres de diamètre. Immobiles dans la cavité qu’elles remplissent plus ou moins complètement, ces productions paraissent implantées sur le squelette et reposer sur une base solide; cependant il est possible de les énucléer, car elles sont souvent libres et indépendantes. Dans quelques cas seulement, il existe un point d’implantation à l’os caractérisé par des rugosités du squelette et de la portion correspondante de la tumeur et par l’absence d’une membrane tomenteuse; partout ailleurs la nouvelle formation est recouverte d’une enveloppe.
Les ostéomes de la dure-mère ne sont pas extrêmement rares; ils se développent principalement sur la faux cérébrale, où ils forment des lames de 1 à 3 centimètres de longueur et de plusieurs millimètres d’épaisseur, comparables à des crêtes de coq (fig. 120). Dans un cas qui m’est personnel, cette végétation ne tenait à la dure-mère que par un mince filament fibreux renfermant quelques vaisseaux. Les ostéomes de l’arachnoïde , généralement multiples, revêtent la forme de minces lamelles, appliquées à la surface de cette membrane. De semblables formations ont été quelquefois rencontrées dans l’œil, où elles occupaient soit la choroïde, soit le corps vitré.
Certains cartilages, no- Fig. 120. — Ostéome de la dure-mère. /', cuir chevelu; , . , . e, os pariétal; cl, dure-mère; e, faux du cerveau perforée
tamment ceux du larynx, en b *et pr6sentant en a un ostéome.
de la trachée et des bronches, sont quelquefois atteints d’ossification, sous l’influence des prog rès de l’âge. Les cellules cartilagineuses commencent par proliférer, les capsules primitives s’ouvrent les unes dans les autres, les capsules secondaires se dissolvent; il se forme ainsi un tissu embryonnaire dont le développement est exactement conforme à celui de l’état physiologique, puisque au sein de ce tissu apparaissent des trabécules dans lesquelles les cellules embryonnaires deviennent des corpuscules osseux. Un sem-
blable travail s’opère quelquefois à la surface interne des cartilages trachéaux irrités par la présence de tubercules. La figure 110, p. 3à5, est un exemple de ces productions chondro-osseuses.
Les osléomes qui affectent les tendons se montrent généralement au voisinage des os, et seulement chez des individus jeunes ; ils débutent par la portion adhérente à Los et se prolongent sous forme de longues aiguilles ou stalactites dans la continuité de ces cordons fibreux, jusque dans les muscles. J’ai vu au musée anatomique de Louvain un squelette dont la plupart des os étaient couverts d’ostéomes en même temps qu’un grand nombre de muscles, notamment ceux du cou et de l’épaule; les muscles adducteurs de la cuisse étaient transformés en tissu osseux. Rokitansky signale l’existence assez fréquente d’un ostéome dans le biceps chez les fantassins, dans les adducteurs de la cuisse chez les cavaliers de l’armée autrichienne.
Les ostéomes naissent, comme le tissu osseux, tantôt aux dépens d’un tissu cartilagineux préalablement formé, tantôt aux dépens d’un tissu conjonctif embryonnaire, et pqr conséquent leur développement s’opère suivant le mode physiologique.
Ces tumeurs ne peuvent être confondues anatomiquement avec aucune autre tumeur; les tumeurs fibreuses, incrustées de sels de chaux, s’en distinguent par l’absence de corpuscules et de canaux osseux. Le pronostic de ces lésions est tout entier dans les désordres locaux qu’elles déterminent : l’usure des os, la compression et l’altération des tissus mous. Si elles sont quelquefois multiples, ces tumeurs ne deviennent jamais infectieuses.
L’ostéome est une affection du jeune âge plutôt que de la vieillesse. C’est entre quinze et trente ans qu’ont été observés la plupart des cas d’ostéome des sinus de la face, c’est-à-dire à une époque où la muqueuse de ces sinus atteint son maximum de vitalité, ce qui conduit à rattacher les ostéomes à un phénomène de nutrition anormal et non à un processus phlegmasique. La coexistence, dans quelques cas, de ces tumeurs avec des polypes muqueux ou fibreux, semble indiquer qu’elles peuvent se développer sous l’influence de modifications nutritives de la muqueuse assez semblables à celles qui président à la formation des myxomes ; cependant, il n’est pas démontré que les ostéomes ne soient que des polypes muqueuxossifîés. Le traumatisme n’a ici, comme dans la plupart des cas de tumeurs conjonctives, d’autre action que celle de cause déterminante ; le cal exubérant, les ostéomes développés au voisinage d’une fracture sont des preuves de cette influence. Les formations osseuses sont du reste communes partout où survient une irritation de Los ou du périoste, au niveau des ulcères de la peau, des dents cariées ou retenues dans leurs alvéoles. La syphilis, le rhu-
matisme et toutes les maladies générales prédisposant aux exostoses sont au contraire sans influence sur la production de l’ostéome.
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VII. — - Néoplasies de substance conjonctive fibrillaire. — Fibromes.
Très-répandu dans l’organisme, où il forme les tendons, les aponévroses, le périoste, le derme cutané, le derme muqueux, les membranes vasculaires, etc., le tissu conjonctif fibrillaire ou tissu conjonctif ordinaire est constitué par une substance d’apparence fibrillaire disposée
sous forme de faisceaux, par des fibres élastiques et par des éléments cellulaires. Les faisceaux, finement striés et ondulés suivant leur longueur, ont un diamètre variable de 0mm,005 à 0mm,050 (Ranvier). Traités par le carmin, ils se colorent en rouge ; examinés dans l’eau ou la glycérine additionnée d’acide acétique ou formique, ils se gonflent, se déco^ lorent et perdent leur aspect fibrillaire; en même temps, ils présentent des étranglements sous forme d’anneaux ou de spirales que semble maintenir une sorte de fibre qui reste colorée en rouge. Placées à côté de ces faisceaux, les fibres élastiques sont caractérisées par une forte réfringence, une forme cylindrique, des anastomoses nombreuses et la résistance à l’action des acides ou même des alcalis. Les cellules sont de deux ordres : les unes, situées le long des faisceaux du tissu conjonctif, sont grandes, plates comme les cellules épithéliales des séreuses, et contiennent un noyau également aplati avec un ou plusieurs nucléoles ; les autres paraissent complètement libres, elles ont tous les caractères des globules blancs du sang ou cellules lymphatiques. En résumé, le tissu conjonctif est formé de faisceaux tapissés par des cellules aplaties, glissant les uns sur les autres et limitant des espaces dans lesquels se trouve un liquide qui tient en suspension des cellules lymphatiques.
La substance fondamentale et les faisceaux de tissu conjonctif donnent par la coction une substance collogène, à l’exception de la cornée, qui fournit de la chondrine; les éléments élastiques renferment de la substance élastique, la composition chimique des cellules est inconnue. A l’état embryonnaire, le tissu conjonctif ne contient pas de gélatine et se trouve vraisemblablement formé par une substance protéique. Ainsi, il faut admettre une transformation de la substance albuminoïde en substance collogène pendant l’intervalle qui sépare la période embryonnaire du développement complet de ce tissu.
Dans la période embryonnaire, le tissu conjonctif est représenté par des cellules arrondies à noyaux vésiculeux, dépourvues de membrane, réunies les unes aux autres par une petite quantité de substance intercellulaire de nature albuminoïde. Plus tard apparaissent des séries longitudinales de cellules fusiformes constituées par un noyau mince allongé et une masse de protoplasma. Ces cellules se modifient peu à peu, au point de se terminer par des prolongements filiformes, de perdre leur protoplasma, tandis que le noyau persiste et que la substance fondamentale intercellulaire devient striée et se transforme en faisceaux de fibrilles allongés et condensés. Le tissu élastique traverse à peu près les mêmes phases de développement que le tissu fibreux, en ce sens qu’il est représenté à un certain moment par des cellules embryonnaires, plus tard par
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des cellules fusiformes. A l’état pathologique, le tissu conjonctif se développe d’une façon identique ; mais en vertu de circonstances spéciales, mal déterminées, il s’arrête quelquefois à la fin de l’une de ses phases d’évolution et ne parvient pas à son complet développement. Nous appelons fibromes embryonnaires toutes les formations incomplètes de ce tissu, qui sont généralement décrites sous le nom de sarcomes (1), et fibromes adultes les néoplasies dans lesquelles le tissu pathologique accomplit toutes les phases de son évolution.
1°. — Fibromes embryonnaires.
Les fibromes embryonnaires forment des tumeurs ovoïdes ou rondes, quelquefois nettement limitées ou même circonscrites par une espèce de capsule fibreuse, le plus souvent diffuses et envahissantes. D’un volume trèsvariable, tantôt un peu molles, tantôt dures et élastiques, ces tumeurs ressemblent, non pas à la chair musculaire de l’homme, mais plutôt à celle du lapin. Leur surface de section, de teinte blanchâtre ou rougeâtre, lisse, brillante, humide, donne peu de suc à la pression, excepté dans les parties les plus molles qui se laissent facilement déchirer ou réduire en bouillie. Elles sont essentiellement formées de cellules réunies par une substance intermédiaire variable et interrompue par des vaisseaux plus ou moins abondants. Ces cellules ont des formes diverses, et de même que pour accomplir son développement complet le tissu conjonctif passe par deux états morphologiques distincts, la cellule ronde ou ovale et la cellule fusiforme, de même les fibromes embryonnaires sont composés plus spécialement, tantôt de cédules arrondies (fibrome embryonnaire globo-cellulaire), tantôt de cellules fusiformes (fibrome embryonnaire fuso-cellulaire).
Fibrome embryonnaire ylobo-cellulaire . Désignée par Ch. Robin sous le nom de tumeur embryo-plastique, cette néoplasie, encore connue sous les dénominations de sarcome à cellules rondes (Billroth) et de sarcome encé-
(11 Le nom de sarcome (oàpÇ, chair) désignait autrefois, d’après Galien, des tumeurs d’apparence charnue, et plus particulièrement des tumeurs polypeuses. Après quelques changements opérés dans sa signification et un oubli assez complet, ce mot a eu la bonne fortune d’être remis en honneur à la fin du siècle dernier, et dans ces derniers temps la plupart de nos contemporains d’Allemagne en ont doté toute une classe de tumeurs. Cette dénomination, malgré sa racine insignifiante, est généralement acceptée en France pour désigner une série de formations pathologiques, qui, par leur tendance à la généralisation, se rapprochent du carcinome. Déjà nous avons montré que certaines lésions congé nitales décrites comme des sarcomes par les auteurs classiques les plus compétents étaient bien réellement des cas de montruosités parasitaires (voyez page 103 de ce volume). Le plus grand nombre des tumeurs sarcomateuses restantes nous parait devoir rentrer dans la classe des fibromes; ces tumeurs ne sont en effet que des végétations du tissu conjonctif ordinaire arrêté dans son évolution.
phaloïde (Corail et Ranvier), se présente sous la forme de masses homogènes, jaunâtres ou rougeâtres, molles, élastiques, semi-translucides et d’apparence médullaire, ce qui lui a valu d’être confondue pendant longtemps avec le cancer encéphaloïde. D’un volume qui varie depuis la grosseur d’une lentille jusqu’à celle du poing, ces masses, comprimées ou raclées, offrent tout d’abord un suc transparent, et plus tard, par suite de la liquéfaction cadavérique de la substance fondamentale et par suite de la mise en liberté des cellules, un suc blanchâtre, lactescent. Elles sont composées de cellules! réunies par une petite quantité de substance intermédiaire molle et amorphe, et alimentées pardes vaisseaux. Les cellules petites, globulaires, assez régulières, sont formées d’un noyau relativement volumineux, à contours bien tranchés, muni de un à trois nucléoles, et d’un protoplasma peu abondant, sans membrane propre, qui devient manifeste après durcissement de la tumeur et coloration de la préparation par le carmin Ainsi, ces éléments ont
la plus grande ressemblance avec ceux qui composent les bourgeons charnus (fig. 121). Les vaisseaux sont volumineux, dilatés ou anévrysmatiques; leurs parois sont un peu plus épaisses) que celles des vaisseaux du tissu de granulation. Comme ces derniers, ils sont constitués par une simple couche de cellules; aussi leur rupture facile donne souvent lieu à des ecchymoses ou à des hémorrhagies diffuses.
Le fibrome embryonnaire globo-cellulaire est tantôt solitaire, tantôt multiple d’emblée, et de ; plus il paraît, dans certains cas, pouvoir se! généraliser, notamment dans les organes pulmonaires. Il prend naissance, le plus souvent, au sein des membranes conjonctives, et principalement dans le périoste et dans les enveloppes des centres nerveux ; on le retrouve encore dans la peau et le tissu conjonctif sous-cutané , les membranes muqueuses, les séreuses, les os, les muscles et même les glandes, surtout les mamelles et les testicules (1). Son développement est rapide, et quelquefois même il prend en très-peu
(1) Le fibrome embryonnaire du testicule peut compter parmi les plus malins, et cela en raison sans doute de la richesse vasculaire de cet organe. Je me souviens d’avoir opéré d’une affection de ce genre, avec mon maître M. Michon, un de mes amis, jeune étudiant âgé de vingt ans, chez lequel, malgré tous les soins donnés à l’opération, il se produisit au bout de peu de temps une récidive dans les ganglions iléo-lombaires, dans le ventre et dans les poumons, qui fut bientôt suivie de mort.
Fig. 121. — Dessin microscopique d’un fibrome embryonnaire rapidement développé dans le médiastin et la plèvre gauche, cliezun jeune homme de dix-septans. Le tissu fibrillaire normal est infiltré de jeunes cellules rondes semblables aux cellules des bourgeons charnus. Gruss., 160.
le temps, par suite d’hémorrhagies successives dans son épaisseur, un iccroissement considérable. C’est ce qui s’est passé dans un cas récent, ibservé par moi, où un fibrome globo-cellulaire développé au niveau du )ord inférieur du foie acquit en peu de temps le volume d’une grosse tète 1 adulte, p tel point qu’il remplissait toute la cavité abdominale et pouvait dre pris pour un kyste de l’ovaire (lig. 122).
ÎG. 122. — Le foie vu par sa face concave présente sur pique du fibrome globo-celluson bord inférieur un fibrome embryonnaire hémorrha- iaire représenté fig. 122. b 6,
gique (. a e, paitie de la tumeur non envahie par l’hé- portions de lobules hépatimorrhagie; 6, vésicule biliaire distendue par la péné- ques entre lesquels se trouve la
tration dans sa cavité de la substance du fibrome ; végétation ; c c, tissu era-
f f' , lobes droit et gauche du fuie; c, veine cave; bryonnaire ; a, éléments du d, veine porle. fibrome. Grossissement, 160.
Les éléments cellulaires du fibrome embryonnaire, au lieu de connuer à se développer, s’infiltrent, dans les points les plus ancienneent formés, de granulations graisseuses fines et de granulations plus 'osses et brillantes pouvant faire croire à une conversion des cellules rcomateuses en cellules graisseuses. Cet état de métamorphose donne
aux points envahis une coloration plus ou moins foncée et jaunâtre. Quelquefois la tumeur est partiellement affectée d’une altération qui se révèle, à l’œil nu, par la transparence, la consistance gélatineuse et tremblotante du tissu, au microscope, par la présence d’une abondante quantité de substance fondamentale muqueuse : c’est la dégénérescence muqueuse. Plus rarement, elle est le siège d’une infiltration calcaire ou pigmentaire. Dans le premier cas, le néoplasme est parsemé de grains calcaires ; dans le1 second, la tumeur est infiltrée, sur une plus ou moins grande étendue de granules de pigment qui lui donnent une teinte noirâtre.
Le diagnostic du fibrome globo-cellulaire n’est pas toujours sans diffi-ij cultés : sa ressemblance avec le tissu des bourgeons charnus peut tromper mais on évitera l’erreur en tenant compte de l’extension de la lésion et de sa persistance à l’état embryonnaire. En effet, tandis que le tissi inflammatoire s’organise complètement ou dégénère, le tissu du fibrome persiste à l’état embryonnaire. Le lymphome, qui ressemble parfois ai fibrome globo-cellulaire, s’en distingue par la présence d’un réseai intercellulaire très-délicat qui rappelle le réticulum des follicules lymphatiques de la muqueuse intestinale et que l’on découvre en pratiquant sur la tumeur durcie une coupe très-fine, et en enlevant soigneusement toutes les cellules avec le pinceau. Atteint par la dégénérescence muqueuse, le fibrome globo-cellulaire ne sera pas confondu ave< le myxome, si l’on tient compte de l’existence des éléments embryonnaires dans les endroits non dégénérés.
Le pronostic du fibrome globo-cellulaire est relativement grave en raisoi de sa facile extension. Constituée par un tissu jeune qui tend à s’accroitrt rapidement et à se généraliser, cette altération est dans quelques cas K point de départ d’une infection secondaire; il n’est pas très-rare, après soi: extirpation, de la voir récidiver sur place ou sur un point quelconque dt l’organisme, notamment dans les poumons. L’étiologie de cette affection est peu connue ; il est cependant quelques faits où son développement parait avoir succédé à un traumatisme; elle est le propre des individus jeunes j et des organismes débilités.
Fibrome embryonnaire fuso-cellulaire. — Décrit par Lebert sous le nom de tumeur fibro-plastique , le fibrome embryonnaire fuso-cellulaire est simple ou infiltré de granulations pigmentaires; par cela même, il présente deux variétés distinctes.
Le fibrome fuso-cellulaire simple forme des masses d’apparence charnue, d’un volume variable pouvant atteindre la grosseur d’une tête d’enfant oi d’adulte (lig. 12 U). Ces masses, de coloration grisâtre, blanchâtre ou rosée ! consistantes, ordinairement fermes, sont, tantôt nettement délimitées
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tantôt en partie confondues avec le tissu des organes qui en sont le siège. Elles sont composées de cellules allongées, réunies par une substance intermédiaire, et de vaisseaux. Les cellules consistent en un corps cellulaire, renflé au niveau du noyau, terminé à ses deux extrémités par des prolongements uniques ou multiples parfois très-longs. Le corps cellulaire, finement granulé, n’est limité par aucune membrane; le noyau est ovale, avec ou sans nucléole. Ces éléments sont régulièrement disposés les uns à côté des autres, de telle sorte que l’angle aigu, resté libre entre les extrémités amincies de deux éléments voisins, se trouve rempli par l’extrémité effilée d’une troisième cellule située en avant ou en arrière. De cet arrangement résulte une masse compacte de cellules parallèles formant de véritables faisceaux qui ont à leur tour une disposition parallèle, perpendiculaire, rayonnée ou circulaire à partir d’un centre commun. On comprend que sur une coupe pratiquée dans de semblables conditions on
aperçoive des tourbillons de cellules séparés par des tractus longitudinaux qui les entou-
T .... , Fig. 124. — Fibrome fuso-cellulaire. t,t, (tumeur
rent. Les tourbillons l’eprésen- fibro-plastique) développée à la partie postérieure tent la section transversale des du mollet, vraisemblablement dans l’aponévrose
„ . . . interosseuse et le périoste. (Collect. du D1' Péan.)
faisceaux, lestractus interposes
représentent leur section longitudinale (fig. 125). Les cellules allongées ont la plus grande analogie avec celles qui constituent les cicatrices récentes; comme ces dernières, elles sont maintenues par une substance
intercellulaire qui n’est qu’un ciment amorphe et agglutinatif (fig. 126). Dans quelques cas, principalement lorsque l’altération occupe les os, les mâchoires, etc., on trouve, interposées entre des corps fusiformes, des
Fig. 125. — Coupe microscopique d'un fibrome fuso-cellulaire ; elle représente des faisceaux de cellules fusiformes ayant, les uns par rapport aux autres, une direction perpendiculaire. Grossissement, 220.
Fig. 126. — Dessin microscopique d’un fibrome fuso-cellulaire avec éléments plus volumineux que ceux delà fig. 125. Grossissement, 220.
cellules munies de deux à quinze ou vingt noyaux, et que le professeur Robin a appelées du nom de cellules à myéloplaxes (fig. 127); ce sont des éléments jeunes provenant d’une multiplication exagérée de noyaux qui n'a pas été suivie d’une segmentation correspondante du protoplasma. Les vaisseaux, généralement nombreux, suivent la direction des faisceaux
cellulaires les plus considérables, puis ils se distribuent en réseaux comme dans les parenchymes; c’est donc à tort qu’on a voulu leur attribuer la direction des traînées cellulaires. Ils manquent à peu près complètement de paroi propre et se présentent sur des coupes comme des canaux creusés dans la substance du fibrome, avec cette différence que les cellules qui limitent leur lumière sont régulièrement disposées.
Ces vaisseaux peuvent être nombreux et volumineux, dilatés et anévrysmati- ques, d’où la dénomination de fibrome
riG. 127. — Dessin microscopique d’un
fibrome embryonnaire composé de cel- iUSO-cellulaire téléangiectasique ; lCUf
iules fusiformes et de cellules a noyaux rupture est la cause d’hémorrhagies qui multiples. (Myéloplaxes de Ch. Robin.) . . .
laissent a leur suite une pigmentation
partielle, distincte de la pigmentation généralisée du fibrome mélanique.
HYPERPLASIES. 3f)9
Certains auteurs décrivent comme une seconde forme de cette altération une tumeur composée de cellules allongées très-grandes, (sarcome fuso-cellulaire à grandes cellules). Les éléments cellulaires de cette forme, dont les dirhensions peuvent être considérables,
0mm,100 en longueur, 0mm,032 en épaisseur, possèdent au niveau de leur plus grande épaisseur un noyau volumineux, ovaleetmuni d’un nucléole brillant . Fermes et fortement réfringents, ils sont simplement accolés, ou du moins ils ne paraissent pas être réunis par une substancé intermédiaire, ce qui les rapproche des endothéliums.11 est donc permis de croire qu’un certain nombre au moins des tumeurs ainsi décrites, au lieu d’être des sarcomes fusocellulaires avec éléments hypertrophiés, sont simplement des endothéliomes.
Le fibrome fuso-cellulaire mélanique est plus qu’une variété, c’est pour ainsi dire une espèce distincte, car il a la propriété de se reproduire sur place ou loin de son point de départ en conservant toujours les mêmes caractères; c’est une néoplasie constituée par des masses ou tumeurs noires, le plus souvent multiples et disséminées dans un grand nombre d’organes. Du volume d’un grain de millet, d’une lentille ou d’une amande, ces tumeurs (fig. 128) sont formées, comme les fibromes fuso-cellulaires, par des cellules fusiformes, quelquefois arrondies, et par une substance intermédiaire variable; elles sont de plus envahies par des granulations noires pigmentaires, réfractaires à l’acide sulfurique, ce qui leur donne un cachet tout particulier. Ces granulations, obtenues par le raclage, sont libres, arrondies, réfringentes et agitées de mouvement brownien, ou bien elles sont agglutinées par une substance albuminoïde sous la forme de petits blocs entourés par une zone claire' (fig. 129). Sur unecoupede la tumeur, on les trouve quelquefois libres, mais le plus souvent disposées dans le protoplasma des cellules autour du noyau qui, en général, finit par
lancereaix. — Traité d'Anat. !. - 24
Fig. 128. — Tète et parlie supérieure de l’humérus atteint de fibrome mélanique fuso-cellulaire développé aux dépens du périoste.
Fig. 129. — Cellules fusiformes pigmentées et amas de granulal ions mélaniques (fibrome mélanique fuso-cellulaire).
s’infiltrer ; quelquefois enfin, ces granulations sont plongées dans la substance intercellulaire, qui se trouve plus fortement pigmentée que les cellules elles-mêmes.
Le globe oculaire, dont certaines membranes, l’iris et la choroïde, présentent, à l’état normal, des cellules infiltrées de pigment, est l’organe où débute le plus souvent le fibrome pigmenté ou mélanique. Cette altération peut toutefois se produire primitivement dans d’autres points du corps ; et principalement dans le périoste (fig. 128). En pareil cas, il semble bien que la pigmentation soit secondaire ; d’ailleurs toutes les cellules d’une même tumeur sont loin d’être également imprégnées de pigment : il existe parfois des zones de colorations variées, blanches, grises, bronzées et ardoisées, ce qui n’arriverait pas si la mélanose était primitive. Mais alors d’où provient le pigment? D’une part la tumeur mélanique a généralement une coloration plus prononcée dans sa profondeur qu’à son pourtour, d’autre part les vaisseaux qui l’entourent on souvent leurs parois colorées, et parfois même les cellules lymphoïdes qu’ils renferment sont infiltrées d’un pigment qui du reste peut se rencontrer dans d’autres parties du système sanguin et jusque dans les urines. Il y a donc lieu d’attribuer à une précipitation de la matière colorante du sang préalablement dissoute la formation de ce pigment, qui serait fixé par certains éléments en vertu d’une attraction élective, dans l’espèce, par des éléments de nouvelle formation; mais il faut reconnaître que rien n’est encore prouvé à cet égard.
Le fibrome mélanique est relativement rare chez l'homme; mon observation personnelle m’a appris, et en cela je suis entièrement d’accord avec le professeur Robin, que la plupart des tumeurs pigmentaires qui lui sont propres ont une origine épithéliale. Chez le cheval, ail contraire, la mélanose, qui est très-commune, est presque toujours fibreuse, ce qui signifie que les tissus conjonctifs sont le siège de l’infiltration pigmentaire.
On sait du reste, depuis les observations de Brugnone (1781), de Goletty- Latournelle, de Gohier,de Bigot, etc., que chez les animaux, contrairement à ce qui s’observe sur l’homme, ce sont les chevaux blancs ou tachés de blanc qui sont habituellement affectés de tumeurs mélaniques. De là vient qu’il est généralement admis, depuis Trousseau et Leblanc, que la production des co’orations et des tumeurs mélaniques conjonctives du cheval est la conséquence de la non-production du pigment noir dans les parties où il se produit normalement, telles que les poils.
Mi
Évolution. — Le lieu de développement du fibrome fuso-cellulaire paraît de nature à exercer une influence sur les caractères de cette altération. Nous
savons que, si elle prend naissance dans l’oeil, cette néoplasie est le plus souvent infiltrée de pigment. Dans les glandes, elle s’accompagne presque toujours de l’hypertrophie des éléments épithéliaux, mais nous ferons observer que le fibrome embryonnaire de ces organes a été souvent confondu avec l’adénbme. Dans la mamelle, la végétation de tissu conjonctif peut repousser la paroi des canaux et des culs-de-sac glandulaires dont elle se coiffe, et faire saillie dans la cavité des conduits galactophores,qui sont toujours plus ou moins dilatés, ou même enkystés (adéno-sarcome de Billroth) . Semblable disposition a été rencontrée dans le testicule et dans d autres glandes.
Le fibrome fuso-cellulaire se rencontre dans tous les points du tissu
Fie. 130. — Extrémité inférieure du fémur atteinte d’un fibrome fuso-cellulaire qui a pris naissance au niveau du périoste. (Musée Dupuytren.)
conjonctif; mais il occupe de préférence le périoste (fig. 130), les membranes séreuses, les fascia, les gaines vasculaires et nerveuses, le tissu conjonctif sous-cutané et sous-muqueux. Il commence par des éléments ronds qui s’allongent peu à peu et constituent les cellules fusiformes, de telle sorte qu’il serait fibrome globo -cellulaire avant
d’être fuso-cellulaire. Parvenu à cette seconde phase de son développement, ce fibrome s’arrête et persiste ainsi, excepté en certains endroits où il arrive à présenter les caractères d’un tissu cicatriciel complet. L’accroissement des fibromes fuso-cellulaires se fait par leur propre masse et par la formation d’éléments nouveaux dans le voisinage des anciens; de la sorte ils acquièrent rapidement un volume considérable. C’est alors que ces néoplasies sont exposées à une dégénérescence graisseuse qui, des parties centrales, gagne les parties périphériques. Il n’est pas rare d’y rencontrer des ecchymoses, de petites hémorrhagies, ou même des points dégénérés et transformés en kystes. Ces tumeurs peuvent se généraliser et aussi injecter l’organisme, bien qu’il soit difficile, lorsqu’elles sont multiples, de pouvoir reconnaître la formation initiale. Leur récidive a été constatée plusieurs fois ; elle est commune dans le cas de tumeurs mélaniques.
Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic des fibromes fuso-cellulaires, indépendamment des caractères anatomiques qui viennent d’être signalés, est aidé par la connaissance du siège de la néoplasie et de l’àge de l’individu malade. Végétation spéciale du tissu conjonctif, le fibrome fuso-cellulaire est essentiellement une affection du jeune âge ou de l’àge adulte, condition importante à connaître quand il s’agit du fibrome pigmenté, souvent confondu avec le carcinome mélanique. L’endothéliome est l’une des lésions qui ont le plus de ressemblance avec le fibrome fuso-cellulaire, à cause de l’apparence fusiforme des cellules qui le composent lorsqu’elles sont vues de champ. Mais si, après avoir isolé ces éléments, on les fait rouler sous le verre du microscope, on reconnaît qu’ils sont extrêmement larges et minces, que, de plus, ils ont la propriété de se grouper de façon à former des globes analogues aux globes épidermiques. Les éléments cellulaires du fibrome fuso-cellulaire, beaucoup plus petits, fusiformes dans tous les cas, ne sont jamais disposés englobes; il est vraisemblable d’ailleurs que les réactions chimiques de ces organites ne sont pas identiques.
Le pronostic de la néoplasie fibro-plastique est le plus souvent sérieux, tant à cause de l’extension rapide de la tumeur que de la possibilité d’une généralisation et d’une récidive, dont les poumons sont plus spécialement menacés. Dans quelques cas, ces tumeurs, ainsi que les ulcères souvent fongueux ou atoniques qui leur font suite, peuvent être atteintes d’inflammation ou même d’une mortification plus ou moins étendue.
Les conditions étiologiques capables d’amener le développement du fibrome fuso-cellulaire sont obscures. L’adolescence est l’âge de prédilection de cette tumeur, qui s’observe depuis l’époque de la dentition jusqu’à l’âge de quarante ans. Le travail de seconde dentition favorise sa localisation à la bouche et dans les mâchoires. Une irritation locale ou
HYPERPLASIES.
un traumatisme ont paru lui donner naissance dans quelques cas; mais, ainsi que nous l’avons dit ailleurs, le traumatisme est simplement une circonstance occasionnelle qui exige une prédisposition préalable. L’influence de l’hérédité, douteuse chez l’homme, n’est pas contestable chez le cheval, du moins en ce qui concerne le fibrome mélanique.
2° — Fibromes iulultes.
Les fibromes adultes représentent le développement le plus complet des néoplasies du tissu conjonctif ordinaire ; leur type est le tissu cicatriciel parfait. Ils forment des tumeurs grisâtres, ou d’un blanc rougeâtre, ordinairement du volume d’une noisette, d’une noix ou d’un œuf, plus ou moins régulièrement arrondies, et d'une dureté telle qu’elles crient sous le couteau. Tantôt ces tumeurs, composées par un tissu conjonctif lâche, onduleux, blanchâtre, analogue au tissu du derme, sont molles, extensibles, peu élastiques et coriaces (tumeurs dermoïdes) ; tantôt, formées par un tissu plus dense, feutré, parsemé d’un grand nombre de nodules arrondis, elles sont fermes, rénilentes, très-élastiques et d’un blanc nacré (tumeurs fibroïdes) (fig. 131). Fig. 13p. — Fibrome adulte sous-cutané développé à la Elles Sont dans Quelques partie antérieure de l’abdomen. La récidive de cette ’. , . tumeur est représentée fm. 138. (Collect. du Dr Péan.)
cas, constituées par des
éléments très-serrés, qui leur donnent une dureté très-grande et une blancheur translucide ( tumeurs chondroïdes).
Ces végétations sont composées par une masse fondamentale fibrillaire, des éléments cellulaires et des vaisseaux. La substance fondamentale apparaît, sur une coupe fine et mince, sous la forme de faisceaux de fibres qui s’entrecroisent dans diverses directions, comme dans le derme, les uns suivant leur longueur, les autres suivant leur section transversale (fig. 132), ou qui sont disposés en cercle autour dé plusieurs centres qui ne sont que des vaisseaux oblitérés ou des nerfs plus ou moins complètement détruits (voyez Atlas d'anatomie pathologique, pi. XLV, fig. â', par Lancereaux et
Fig. 132. — Coupe microscopique à travers un fibrome. Une fibre de tissu conjonctif est vue longitudinalement ; d’autres fibres, perpendiculairement sectionnées, laissent entre elles des espaces dans lesquels existent des noyaux et une enveloppe étoilée qui semble formée par leurs parois. (Grossissement 160.)
Lackerbauer). Chacun de ces faisceaux est constitué par des fibrilles extrêmement délicates serrées les unes contre les autres, et qui, dissociées par
l’aiguille, forment un magnifique chevelu où existent rarement des libres élastiques ; formés par une substance collogène, ils jouent le rôle de substance intercellulaire fibreuse. Les cellules sont, les unes petites, arrondies, munies de noyaux brillants ; les autres, allongées, fusiformes ou étoilées : ces dernières tapissent les faisceaux fibreux. Enfin, il arrive de rencontrer dans quelques-unes de ces tumeurs des petits foyers arrondis d’éléments embryonnaires, enchâssés par-ci par-là entre les faisceaux fibreux; mais ces éléments ne sont vraisemblablement qu’une forme transitoire (fig. 133).
La vascularité des fibromes est variable : les uns ne contiennent presque pas de vaisseaux ; les autres, quoique peu vasculaires en apparence, renferment beaucoup de vaisseaux artériels et veineux, comme le démontre une bonne injection. Le réseau veineux est même tellement
large dans quelques cas, qu’il est pour ainsi dire caverneux. Les artères et les veines confondent leurs parois avec le tissu de la tumeur; souvent elles n’ont pas de tunique adventice; aussi, si elles viennent à être entamées par une blessure, elles ne peuvent se contracter ni selon la longueur, ni selon la largeur, et leur lumière restant béante, il en résulte une hémorrhagie qui parfois nécessite l’intervention du chirurgien.
La proportion plus ou moins grande de chacun des éléments constituants des fibromes peut donner lieu à autant de variétés ; mais à côté de ces variétés, il en est d’autres, non moins nombreuses, qui dépendent du siège de la néoplasie.
Celle-ci peut occuper tous les points où se rencontre un tissu de substance conjonctive. Mais en réalité la peau et les membranes mu-
Fig. 133. — Coupe microscopique d’uu polype naso-pharyngien. Cette végétation présente toutes les variétés de développement du tissu fibreux, savoir : des noyaux embryon naires, des cellules allongées et des fibres adultes. (Grossissement, ICO.)
HYPERPLASIES.
queuses, le tissu cellulaire sous-cutané, les aponévroses, le périoste, les cordes vocales, les nerfs, la prostate, les ovaires sont les points de départ les plus habituels des fibromes. Or, selon quelles appartiennent à l’une ou l’autre deces régions, ces tumeurs offrent souvent des différences sensibles.
Développés au niveau des parties superficielles du derme cutané, les fibromes Revêtent assez volontiers la forme papillaire et sont connus sous le nom de fibromes papillaires ou papillomes (tig. 13b.). Produits par l’hvperplasie des éléments des papilles, d’où émanent des bourgeons qui donnent naissance à des papilles secondaires, ils sont, tantôt groupés et recouverts d’une couche commune de cellules identiques à celles du corps muqueux et de l’épiderme cutané (verrues), tantôt isolés par un revêtement épidermique propre à chaque groupe (poireaux). Ces végétations comme celles des muqueuses sont constituées par un tissu conjonctif plus ou moins jeune, dans lequel cheminent des vaisseaux termi- FlG- 134- — Fibromes papillaires
, consécutifs à un eczéma chroni-
nes en anses, d une structure peu di fié que. (Musée de l’hôpital Saint-
rente de la structure normale. A ce tissu Louis.) s’ajoute un revêtement épithélial consistant en cellules pavimenteuses ou cylindriques, formées, comme dans les cicatrices, par la conversion d'éléments conjonctifs jeunes, au contact des cellules épithéliales (fig. 135)
Les fibromes papillaires des muqueuses, quoique formés d’ordinaire aux dépens des villosités ou papilles de la muqueuse, peuvent naître sur des parties qui n’ont pas de papilles, par exemple dans les ventricules du larynx et sur l’estomac. Dans ce dernier organe, comme aussi dans l’intestin, ils sont fréquemment combinés avec des hypertrophies glandulaires et forment des tumeurs de petit volume appendues à la muqueuse par un pédicule. A la surface des organes génitaux externes, les fibromes papillaires, effet ordinaire de la présence d’un liquide irritant, pusblennorrhagique, sérosité des plaques muqueuses, revêtent l’apparence de mûres, de framboises ou de choux-fleurs, et forment parfois des masses très-volumineuses (fig. 136) qui ont une certaine tendance à repulluler après l’extirpation, si l’écoulement pathologique persiste. Sur la muqueuse de la vessie, les papillomes se présentent sous la forme de longs bourgeonnements villeux, riches en vaisseaux; ceux-ci, faiblement soutenus, se dilatent et se rompent facilement, de là des hémorrhagies plus ou moins abondantes, et quelquefois mortelles.
Nés dans la profondeur de la peau, les fibromes constituent des
tumeurs le plus souvent pédiculées, et qui pendent mollement à la
surface ( molluscum fibrosum). Formées d’éléments semblables à ceux
Fii>. 135. — Coupe microscopique à travers le$ fibromes papillaires représentés figure, lié. a , couche épithéliale cornée ; 4, couche epithéliale dite de Malpighi ; c, tissu fibreux jeune renfermant de nombreux éléments embryonnaires; d, vaisseaux. (Grossissement, 1 60 .)
du derme, ces tumeurs constituent une sorte d’hyperplasie partielle du tégument, avec cette particularité que leur substance fondamentale est
infiltrée de sérosité, comme dans l’œdème. Développées dans le tissu sous-cutané ou sous-muqueux, les tumeurs fibreuses sont représentées par des masses arrondies, le plus souvent énucléables , si ce n’est à leur point d’implantation, et plus ou moins molles, suivant l’âge des éléments qui les constituent. Dans la mamelle, les fibromes sont tantôt circonscrits et isolés épilhé-
Fic. 13ô. — Fibromes papillaires de la vuhe et du périnée survenus dans le cours d’une blennorrhagie.
(fig. 137) ; tantôt diffus et accompagnés d’une prolifération de lium qui tapisse les culs-de-sac et les conduits de la glande.
HYPERPLASIES.
Les fibromes du périoste ont pour siège habituel les os du crâne et de la face, principalement la partie inférieure du sphénoïde. De ce dernier point, ils s’étendent sous forme de tumeurs polypeuses dans les fosses nasales et dans le pharynx, usant les os du voisinage, produisant des
Fig. 137. — Fibrome double sous-cutané de la mamelle. (Collection du docteur Péan.)
déformations parfois considérables, et plus ou moins gênantes pour les fonctions de la respiration et de la déglutition. Quelques autres os, le tibia et la clavicule, > donnent quelquefois naissance à des tumeurs semblables ; célles-ci se développent encore, mais plus rarement, dans l’épaisseur du tissu osseux, et surtout dans les mâchoires. Les nerfs sont 1 enfin exposés à ce genre de tumeurs, décrites à tort sous le nom de névromes ; celles-ci affectent, par rapport aux faisceaux nerveux, une disposition tantôt moniliforme, tantôt plexiforme. Le tissu nouveau envahit et emprisonne ces faisceaux qu’il tend à atrophier ; il acquiert un développement plus ou moins complet, souvent parfait.
Cornil et Ram ier décrivent comme espèce à part une variété de fibrome à cellules aplaties et à substance fondamentale, qui comprend les épaississements globuleux, les plaques diffuses, translucides, plus ou moins i résistantes, qui recouvrent la face convexe de certains viscères abdominaux, notamment de la rate et du foie. Disposées sous forme de lames parallèles, à peu près comme les couches de fibrine dans l’intérieur d’une poche anévrysmale, ces plaques ont une structure qui les rapproche de la cornée; comme cette membrane, elles présentent des espaces plasmatiques communiquant les uns avec les autres, mais leur substance fondamentale, qui est amorphe, diffère de celle de la cornée, qui contient des
fibrilles. Cette altération qu'il n’est pas rare d’observer, nous semble rentrer par ses caractères anatomico-pathologiques, au moins autant dans le groupe des phlegmasies que dans celui des néoplasies.
Après avoir étudié le fibrome en tant que néoplasie pure de tout mélange, nous ferons remarquer qu’il existe des tumeurs où le tissu conjonctif se trouve associé à des cellules graisseuses ou cartilagineuses. On comprend qu’en pareil cas la dénomination de la tumeur ne doive pas changer, si le tissu conjonctif est prédominant. Il n’en est plus de même si ce tissu occupe le second rang, ou se trouve associé à un tissu plus élevé. Ce dernier doit alors servir à dénommer la tumeur.
Évolution. — Les fibromes n’étant qu'une forme évolutive avancée du tissu conjonctif, leur développement s’opère suivant les mêmes lois et traverse les mêmes phases que celui du tissu normal. La présence dans ces tumeurs d’ilots de tissu embryonnaire semble indiquer que chacun des lobules qui les composent possède un développement autogène distinct. Leur accroissement est lent et leur durée souvent très-longue; aussi, bien qu’elles surviennent à un âge peu avancé, on les rencontre communément chez des personnes âgées. Ces tumeurs, une fois leur développement achevé, n’éprouvent que peu de changements; elles sont peu accessibles aux dégénérescences de la plupart des néoplasies. La métamorphose graisseuse qui les envahit est toujours partielle*, c’est-à-dire qu’elle n’occupe jamais qu’un petit nombre de points. L’infiltration calcaire, qui s’en empare dans quelques cas, peut les transformer plus ou moins complètement en masses pierreuses. Superficiellement situées, ces tumeurs sqnt exposées à l’action des agents extérieurs, qui peuvent y déterminer des inflammations de diverse nature et même des ulcérations.
Les tumeurs fibreuses sont isolées ou multiples, et dans ce dernier cas, elles peuvent se montrer simultanément, ou les unes après les autres. Mais, quel que soit leur nombre, elles ne sont jamais l’effet d’une infection locale ou générale. Des fibromes adultes ayant été rencontrés avec des fibromes embryonnaires, c’est la preuve convaincante de la parenté, ou mieux de l’identité de nature de ces formations. En pareil cas, tandis que les tumeurs primitives ont acquis un complet développement, les autres sont constituées par un tissu embryonnaire. La récidive du fibrome adulte est chose rare ; mais, lorsqu’elle a lieu, la nouvelle tumeur n est pas nécessairement un fibrome adulte, elle peut être un fibrome embryonnaire, ainsi qu’il a été constaté dans plusieurs circonstances, et comme le montrent les figures 131 et 138.
Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic anatomique des tumeurs fibreuses
n’offre pas de grandes difficultés. Le mode d’implantation, la forme, la consistance de la tumeur permettent le plus souvent de la reconnaître. Toutefois, comme il n’y a de fibromes vrais que les tumeurs composées de tissu conjonctif et de vaisseaux, sans aucun autre élément, on com-
Fig. 138. — Fibrome adulte de l’abdomen récidivé sous la forme embryonnaire dite fibroplastique. Voyez la tumeur primitive, fig. 13t. (Collection du docteur Péan.)
prend la nécessité d’un examen microscopique, dans les cas de tumeurs mixtes, où le tissu fibreux est abondant. D’ailleurs, le fibrome adulte, étant le plus souvent une tumeur circonscrite, ne pénètre pas les tissus, et en cela il se distingue des fibromes embryonnaires; le fibrome des I os est un exemple de ce fait.
Le pronostic du fibrome adulte n’est généralement pas grave, à part les cas où il arrive à gêner une grande fonction. Cette tumeur,
' le plus souvent solitaire, n’a que fort peu de tendance, à récidiver. Le fibrome rétro-pharyngien semble faire exception à cette donnée ; mais avant de proclamer la gravité et la récidive de cette altération, il faudrait être bien sur qu’elle a été totalement enlevée. Le fibrome adulte est de toutes les tumeurs conjonctives celle qui a le moins de gravité, ce qui est en rapport avec le développement plus complet du tissu fibreux.
Étiologie. — Les tumeurs fibreuses sont des lésions de l’âge moyen de la vie ; rarement elles se développent pendant la première jeunesse, plus rarement encore dans un âge avancé, et si elles sont quelquefois observées dans le cours de la vieillesse, c’est qu’elles existent depuis longtemps. Congénitales dans certains cas, ces tumeurs se présentent sous la forme d’une hyperplasie diffuse de la peau, ou sous la forme d’une tumeur pédiculée ( molluscum fibrosum). L’hérédité ne paraît pas sans influence sur leur production , bien que son action ait été contestée.
Certains agents chimiques ou mécaniques peuvent les provoquer; ainsi
les fibromes papillaires ou condylomes des parties génitales surviennent quelquefois à la suite d’un écoulement leucorrhéique, plus souvent au contact d’un liquide syphilitique, comme celui des plaques muqueuses. La présence du pus blennorrhagique à la surface des muqueuses et même de la peau est une cause d’excitation et de désordre nutritif suffisante pour donner naissance à des végétations pouvant couvrir toute l’étendue des parties génitales externes, le périnée et même l’anus. Les coups et les chutes ne jouent, comme dans toute tumeur conjonctive, d’autre rôle que celui de causes adjuvantes.
L’étiologie du fibrome adulte ne diffère donc pas essentiellement de celle des fibromes embryonnaires, et la cause de la différence d’évolution semble résider surtout dans les conditions individuelles. Quant à la parenté de ces tumeurs, elle ne doit pas nous échapper : non-seulement les diverses formes de fibromes embryonnaires coexistent quelquefois chez le même individu, mais il est encore possible de les voir associées au fibrome adulte. Bien plus, l’ablation d’un fibrome adulte peut être suivie d’une récidive de fibrome embryonnaire, et il existe des raisons sérieuses pour croire que la proposition inverse est également vraie. Il est même possible, sur le fibrome embryonnaire, de saisir te passage des éléments globo-cel lulaires aux éléments fuso-cellulaires ; de môme la tumeur formée par ces derniers éléments présente souvent des points où la transformation des cellules allongées en tissu fibreux est manifeste. Par conséquent, tes altérations que nous groupons sous 1e terme générique de fibrome ont bien une affinité de nature, et méritaient à tous égards d’être rapprochées dans une même étude.
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