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IX. — Néoplasies de tissu musculaire. — Myomes

Le tissu musculaire comprend deux variétés de muscles, les uns à fibres lisses, les autres à fibres striées. Le tissu musculaire à fibres lisses est essentiellement constitué par des cellules contractiles, accolées entre elles à l’aide d'une matière homogène et réunies sous forme de faisceaux par une enveloppe délicate de tissu conjonctif et de fibres élastiques.

Généralement fusiformes, assez longues, cylindriques ou légèrement aplaties, ces cellules, dont les extrémités sont quelquefois divisées, ont une longueur moyenne de 0m“,044 à 0mœ,049, et une largeur de 0mm,004 à 0"’m,007. Elles sont formées d’une substance en apparence homogène, quelquefois granulée ou faiblement striée, au milieu de laquelle se trouve un noyau long et étroit, le plus souvent en forme de baguette. La matière qui unit ces éléments échappe à l’observation; le tissu conjonctif qui les groupe en faisceaux est traversé par des vaisseaux nombreux qui se distribuent aux faisceaux, et par un petit nombre de nerfs. Le tissu musculaire à libres lisses se développe par l’allongement de cellules arrondies, dont le contenu tout entier se transforme en une substance homogène et contractile. Il existe dans tout le canal digestif, dans les parois des vaisseaux, surtout dans la couche moyenne, dans la peau et dans tous les appareils sécréteurs et excréteurs.

Le tissu musculaire strié est composé de fibres ou faisceaux primitifs allongés, cylindriques, d’une longueur de 2,7 à 4 centimètres, d’une largeur de 0,009 à "0,060 de millimètre, constitués par une enveloppe homogène, fine, élastique, sarcolemme ou myolemme , et des fibrilles très-fines, soudées entre elles par une substance interstitielle homogène. Dans cette substance se rencontrent de nombreux corpuscules transparents, disposés par séries entre les fibrilles, et un nombre considérable de noyaux arrondis ou allongés sont situés à la face interne du sarcolemme. Une trame conjonctive, des vaisseaux et des nerfs réunissent ces éléments entre eux, et forment le tissu musculaire strié. Celui-ci se rencontre dans les muscles du tronc et des membres, de l’œil et des oreilles'; dans la partie musculaire de certains viscères, le larynx, le pharynx, l’œsophage, la langue, le rectum à sa terminaison, les organes génitaux bulbo- et ischio-caverneux, les ligaments ronds ; enfin, dans certaines parties du système vasculaire, le cœur et les grosses veines.

On sait qu’après la destruction du tissu musculaire par des lésions traumatiques il survient ordinairement une cicatrice fibreuse. Cependant les recherches modernes nous ont appris que ce tissu a la propriété de se régénérer. On voit certaines dégénérescences de la substance musculaire être suivies d’une régénération complète. Le périmysium est le principal agent de cette régénération qui se produit d’après un mode assez mal connu, mais vraisemblablement suivant les lois qui président à la formation normale des muscles; lorsque la membrane enveloppante de la fibre musculaire n’existe plus, la reproduction de la substance musculaire est difficile, sinon impossible.

HYPERPLASIES.

Les formations pathologiques des muscles ont été à tort contestées par certains observateurs ; les deux variétés de tissu musculaire, le tissu musculaire à fibres striées et le tissu musculaire à fibres lisses, peuvent leur donner naissance. Ces formations sont connues sous la dénomination générale de myomes : on appelle rhabdomyomesles néoplasies des muscles striés, et léiomyomes les néoplasies des muscles lisses. Ajoutons que certaines tumeurs présentent des éléments de transition entre ces deux sortes de fibres.

1° Rhabdomy ornes. — Les formations accidentelles dans lesquelles le tissu musculaire à fibres striées entre comme élément principal et essentiel, sont peu communes; on en connaît seulement quelques cas, affectant le cœur ou la langue chez les enfants nouveau-nés. L’un de ces cas, rapporté par Recklinghausen , est relatif à une tumeur du volume d’un œuf de pigeon, faisant saillie tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du cœur. Deux autres cas ont été vus par Virchow. Un fœtus de huit mois, mort-né, et un enfant nouveau-né, présentèrent l’un et l’autre dans les parois du cœur de petites tumeurs arrondies et plus ou moins saillantes, composées de fibres musculaires striées, plates, parsemées de gros noyaux et d’éléments conjonctifs ; la mort avait été le résultat de lésions syphilitiques disséminées dans plusieurs organes. L’altération congénitale de la langue connue sous le nom de macroglossie est quelquefois formée par l’hyperplasie des fibres musculaires de cet organe. Le cœur et la langue sont jusqu’ici les seuls organes où l’on ait observé, chez l’enfant, le mvome à fibres striées; cette tumeur était congénitale.

Il n’est aucun fait absolument certain de myomes à fibres striées chez l’adulte. Cependant Bulil aurait observé deux individus adultes portant, l’un dans le muscle pectoral, l’autre dans un des muscles du dos, des tumeurs composées de fibres musculaires jeunes; mais il n’est pas prouvé qu’il n’y ait eu erreur sur la nature de ces éléments, et que des fibres musculaires anciennes et atrophiées par la présence d’une tumeur n’aient été prises pour des fibres jeunes et en voie de développement. Reconnaissons toutefois que le tissu musculaire strié peut entrer comme élément accessoire dans la composition de tumeurs de diverse nature. Virchow a trouvé des fibres musculaires striées de nouvelle formation dans le stroma fibreux d’un kyste ovarien Rokitansky, Billroth et Senftleben, dans des tumeurs du testicule ; Lambl dans le stroma d’un carcinome du tibia ; Wolkmann dans une tumeur de la cavité rachidienne d’un fœtus. J’ai de mon côté rencontré ces mêmes fibres dans une énorme tumeur d’aspect encéphaloïde, située dans

le canal rachidien d’un nouveau-né. Il n’en est pas moins vrai que le développement des tumeurs musculaires striées sur des points où il n’existe pas de muscles à l’état normal est un phénomène des plus rares, car, à part les cas de tumeurs congénitales, les formations de libres musculaires striées n’ont été rencontrées que dans des altérations des testicules et des ovaires.

T Léiomyomes. — Le tissu musculaire à libres lisses, comme le tissu musculaire à libres striées, peut faire partie de tumeurs congénitales diverses, plus ou moins malignes, et, de même que ce dernier, être l’élément principal de certaines formations accidentelles. Ces formations se présentent sous l'apparence de tumeurs rondes ou ovales, lisses ou légèrement lobulées, d’un volume très-variable, souvent celui d’une noisette ou d’une noix, d’une consistance ferme, ou même cartilagineuse. Elles sont presque toujours circonscrites, entourées d’une capsule de tissu conjonctif, plus rarement diffuses et perdues au milieu des tissus voisins. Leur surface de section est lisse, pàrseméede traînées librillaires, grisâtres, brunâtres ou blanchâtres, quelquefois disposées sous forme de cercles concentriques autour d’un noyau commun. Dans leur substance entre, en même temps que des libres musculaires lisses ou libres-cellules, une substance conjonctive fibrillaire, plus ou moins abondante. Fortement accolées entre

elles, et très-difficiles à séparer, les fibres-cellules, de dimensions assez égales, munies d’un ou deux noyaux allongés, forment des faisceaux très-élégants, disposés au sein d’une trame fibreuse plus ou moins épaisse (lig. 1 46) . Des vaisseaux peu nombreux s’ajoutent à ces éléments, et leur dilatation, dans quelques cas, donne à la tumeur une apparence de tissu caverneux (myome télangiectasique) . Les organes au sein desquels se rencontrent ces tumeurs renferment toujours du tissu musculaire à fibres lisses. Les plus importants sontl’œsophage, l’estomac, l’intestin, la prostate et surtout l’utérus. On voit encore ces tumeurs se développer sous la peau, aux endroits où existent des fibres lisses, et notamment au niveau des dartos, dans les bourses chez l’homme (fig. Iâ7) et les grandes lèvres chez la femme. Quelques auteurs, principalement Billroth et Rindtleisch, se refusent à considérer comme des myomes les tumeurs décrites sous ce nom. Rindlleisch soutient que les éléments

Fig. 14G. — Dessin microscopique d’un léiomyome b , fibres musculaires lisses, vues dans leur longueur;^ section transversale des mêmes fibres ; a, aréoles de tissu conjonctif.

HYPERPLASIES

désignés sous le nom de fibres-cellules ne sont qu’un degré dans la série évolutive des cellules du tissu conjonctif, lesquelles peuvent rester stationnaires ou se transformer en tissu conjonctif. Mais si, indépendamment des caractères propres des tumeurs, on tient compte de leur point i de départ spécial dans les organes musculeux, on est naturelle-

Fig. 147. — - Léiomyome généralisé du scrotum. Face externe et coupe de la tumeur principale, t , i, testicules. (D’après Y Atlas d’anatomie pathologique de Lancereaux et Lackerbauer.) Le dessin microscopique de cette tumeur est représenté fig. 146.

ment conduit à les considérer comme des végétations des muscles, tout en reconnaissant qu’à côté des éléments musculaires il existe toujours des éléments de tissu conjonctif jeunes ou adultes.

Le développement des myomes n’est pas très-bien connu; cependant il est probable que ces tumeurs naissent d’un tissu embryonnaire dont les cellules se transforment en éléments contractiles. Leur accroissement se fait surtout aux dépens de la masse primitive, sans doute aussi par la formation de masses nouvelles, ce que semblent indiquer les nombreux nodules qui entrent dans la composition de ces tumeurs.

Les myomes à fibres lisses, uniques ou multiples, sont généralement enkystés, et ne se propagent guère aux parties voisines; dans quelques cas cependant, ils paraissent pouvoir infecter l’organisme. Mon Atlas d'anatomie pathologique renferme un fait qui vient à l’appui de cette manière de voir. Ces tumeurs évoluent d’une façon lente et progressive ;

et quelquefois, au lieu de continuer de s’accroître, elles restent stationnaires. Elles ne disparaissent pas spontanément, mais elles peuvent être expulsées par les contractions de l’organe qui les renferme (fig. 148). Ce fait n’est pas extrêmement rare pour les myxomes utérins ; le plus

Fig. 148. — Léiomyome expulsé du vagin d’une femme dans la paroi supérieure duquel il s’était vraisemblablement développé, car une fistule vésico-vaginale suivit cette expulsion.

souvent on trouve ces tumeurs simplement engagées dans le museau de tanche (fig. 149), d’où il est facile de les extraire. Les tumeurs musculaires lisses ont d’ailleurs peu de tendance à subir la dégénérescence graisseuse,

jusqu’ici peu connues; car dire que ces tumeurs se développent sous l’influence d’un état diathésique, ce n’est rien expliquer, puisqu’il reste à chercher pourquoi et comment s’est produit cet état. Les phlegmasies chroniques des membranes muqueuses semblent jouer dans la production de ces formations le rôle de cause déterminante. Comme la plupart des tumeurs conjonctives, les myomes surviennent pendant lage adulte; ceux de l’utérus apparaissent au moment où cet organe vient d’acquérir son complet développement, plus encore qu’à l’époque de la ménopause.

Fig. 149. — Léiomyome de l’utérus en voie d’expulsion et faisant saillie à travers le museau de tanche.

du moins elles ne sont que tardivement envahies par cette dégénérescence, qui leur fait prendre une teinte jaunâtre et les ramollit. Quelquefois elles s’infiltrent de sels de chaux (dégénérescence calcaire) ; c’est alors quelles constituent ce qu’on a appelé les pierres de l’utérus. Elles sont peu exposées à l’inflammation et à la gangrène ; du moins ces complications y ont été rarement constatées.

Les causes des myomes sont

HYPERPLASIES.

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1864. — A. Forster, Handb. der allgem. path. Anatomie , p. 339. Leipzig,

1865. — Otto Weber, Ueber die Neubildung querg estreif ter Muskel fasern , etc. [Archiv fur path. Anat. u. Physiolog., t. XXXIX, p. 216). Ibid., p. 254. — Buiil, Wahres recidivirendes Myom ( Zeitschrift fur Biologie , t. I, p. 263, et Schmidt’ s Jahrb., t. CXXX, 276). — C.-E. Hoffmann, Ueber die Neubildung quergestreifer Muskelfasern insbesondere beim Typhus abdominalis (. Arch . f. path. Anatomie-und Physiol.,!. XL, p. 505, 1867).

Rliabdomyomcs congénitaux. — Recklingiiausen, Verhandl. d. Berlin. Gebursthulf. Gesellsch., 1863, livraison 15, p. 73. — Virchow, Archiv f. pathol. Anat., t. XXX, p. 468; t. XXV, p. 212. — Consulter plus loin la bibliographie de la macroglossie.

Léiomyome. — Oldham, Guy' s Hospital Reports, 1844. — Laboui.bène, Comptes rendus de la Soc. de biologie, série 2, t. II, p. 7, 1855, et Mém. de la Soc. de biologie, série 4, t. IV, p. 201, 1869. — R. Virchow, Pathologie des tumeurs, trad. fr. par Aronssohn, t. VII, p. 289. — A. Boettciier, Myoma einer Venu ulnaris ( Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., t. XLVII, p. 372, 1869). — H. Hertz, Zur Structur d. glatten Muskelfasern und ihren Nervenendigungen in einem weichen Uterus-Myom ( Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., t. XLVI, p. 235, 1869). — Broca, Traité des tumeurs, t. II. Paris, 1869. — Marcano ,Fibro- • myome de la grande lèvre [Bull, de la Soc. anatomique, 1873, p. 388). — Sokolow, Myoma lœvicellulare der rechten Brustwarzen [Archiv f. pathol. Anat. und Phy- , .siologie, t. LVIII, p. 316, 1873).

J. Vogel, Erlaüterungstafeln zur pathol. Histologie. Leipzig, 1843. — Cuuveilhier, Atlas d' anat. pathol., 2e livr., pl. V et VI ; 35e livr. pl. II. — Lebert, Atlas d’anat. path., pl. XX, fig. 13-20 ; pl. XXI, XXII, XXIII, fig. 1-6 ; pl. CLVII, fig. 3; pl. CLXXXVIII, CLXXXIX, fig. 2. — Burns, Atlas, lre division, pl. I, fig. 1-4 ; 2e division, pl. I, lig. 7-10, pl. II, fig. 10. — A. Forster,

I Atlas d. microscop. path. Anat., pl. IV, fig. 2-4. — Lancereaux et Lackerbauer, Atlas d’anatomie pathologique, p. 34,372, 384, pl. IV, fig. 5 et pl. XXXIX, fig. 1 et 2. — Voyez dans le second volume la bibliographie des néoplasies de l’utérus et de la prostate.

§ 2. — Néoplasies des tissus provenant des feuillets externe et

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