CRUSTACÉS
Pentastomes. — Considérés autrefois comme des vers intestinaux, les' pentastomes sont aujourd’hui rapprochés avec raison des crustacés, à cause de l’analogie évidente de leurs embryons avec ceux des lernéides. Ces animalcules ont un corps allongé, aplati , plissé transversalement, subarticulé, plus large en avant qu’en arrière (fig. 219). La bouche est antérieure, inférieure, avec deux paires de crochets rétractiles; l’orifice anal est à l’autre extrémité, l’intestin est simple, les membres
PARASITES ANIMAUX
■'sc
Ëpl
font défaut. Le système nerveux est constitué par un ganglion sous-œsophagien volumineux. L’appareil génital du mâle se compose d’un long testicule cylindrique; celui de la femelle, d’un long ovaire également cylindrique, divisé en deux branches entourant l’intestin et se réunissant en un oviducte unique.
Communs au Brésil, les pentastomes se rencontrent en Europe, et ne sont pas rares dans le centre de la France ; ils s’observent sur plusieurs animaux, notamment le chien, le loup, le cheval, le bœuf et le mouton. Sur 630 chiens ouverts par Colin à Alfort, en deux ans et pendant toutes les saisons, 6â en ont offert de 1 jusqu’à 1 1 , en tout lâ6. Les pentastomes vivent non pas, comme on l’a prétendu, dans les sinus frontaux ou les cavités ethmoïdales, mais bien dans les cavités nasales proprement dites, entre les volutes, entre les cornets, ou au fond des méats (Colin). C’est seulement après la mort de leurs hôtes qu’ils vont quelquefois se promener dans l’arrière-bouche et à l’entrée du larynx. A l’aide des crochets mobiles et acérés qui garnissent le pourtour de leur bouche, ces petits êtres s’implantent sur la pituitaire si bien que par une traction violente on arrache leurs crochets plutôt que de leur faire lâcher prise ; aussi comprend-on qu’ils restent solidement cramponnés malgré les éternuments les plus violents. Le mucus semble leur seul aliment avec le produit de la glande qui tapisse l’antre du méat moyen. C’est alors que les sexes se développent et que la femelle pond dans le mucus de la pituitaire des œufs capables de donner naissance à une nouvelle génération. Ces œufs , expulsés avec les mucosités nasales, résistent pendant quelque temps aux influences atmosphériques; après quoi, faute d’un milieu convenable, ils sont perdus. Or ce milieu est le corps d’un animal; aussi lorsque, tombés sur l’herbe, ils viennent à être avalés avec les fourrages par un bœuf ou une brebis par exemple, ils se développent dans le corps de cet animal et passent à l’état de larve comme l’ont montré les expériences de Leuckart et celles non moins intéressantes de Colin.
Ce dernier expérimentateur fit avaler des œufs de pentastome ténioïde mêlés avec de la farine à deux chevreaux. L’un de ces animaux, conservé et sacrifié au bout de quatre mois, pendant lesquels il était resté maigre, présenta des ganglions mésentériques ramollis ou détruits, renfermant
Fig. 219. — Pentastome ténioïde provenant d’un chien; les circonvolutions de l’oviducte apparaissent à l’intérieur. Grandeur naturelle. (D’après Davaine.)
un plus ou moins grand nombre de pentastomes agames semblables à ceux que l’on trouve chez le mouton, le bœuf, le dromadaire, etc. Mais après avoir pullulé dans les glandes mésentériques, les pentastomes ont fini par s’y trouver mal à l’aise et ont fait irruption de tous côtés pour chercher des moyens d’existence. Ils se sont répandus dans l’épaisseur et sur les deux faces du foie, dans les poumons, etc., et, à l’aide des petits crochets qui entourent leur bouche, ils se sont creusé des loges arrondies, irrégulières, les unes closes, les autres en communication avec la cavité du péritoine ou celle des plèvres. Ces loges renferment le pentaslome denticulé, qui est la larve du pentastome ténioïde.
Or, voici ce qui s’est passé dans ce cas : les œufs arrivés à l’estomac y sont éclos; il en est sorti de petits vers pourvus de pattes articulées et d’un stylet protractile à la tête. De l’estomac ils ont passé dans l’intestin et attaqué le tissu délicat des villosités. Une fois dans le canal chylifère, ils ont pu gagner à la nage les ganglions mésentériques, où ils ont fait élection de domicile. Là, les pattes et le stylet, devenus inutiles, sont tombés; l’helminthe a quitté sa forme globuleuse, s’est allongé et aplati; son corps s’est segmenté et hérissé de piquants, sa houcbe s’est garnie de quatre crochets propres à attaquer les tissus; en un mot, il a pris sa seconde forme, celle de pentastome denticulé.
Enfin, si le mouton ou le bœuf porteur de cette larve continue de vivre, celle-ci, condamnée à une détention perpétuelle, peut passer des années entières sans éprouver le moindre accroissement et en restant privée d’organes sexuels. Pour qu’elle puisse arriver à l’état complet, il faut nécessairement que l’être sur lequel elle s’est développée tombe sous la dent d’un animal carnassier, car alors, se fixant à sa lèvre, sur sa bouche, etc., elle va faire élection de domicile dans les fosses nasales, où elle achève son développement, et devient sexuée; toutefois la postérité ne pourra se continuer dans ces conditions qu’autant qu’un mâle et une femelle se rencontreront chez le même carnivore.
Telles sont les métamorphoses du genre pentastome. Les espèces qui s’v rapportent sont aujourd’hui peu nombreuses; le pentastome lancéolé, découvert par Chabert, et auquel Rudolphi a donné le nom de pentastome ténioïde, est la seule espèce que l’on connaisse à la fois à l’état de larve et à l’état adulte. Une autre larve a été trouvée en Égypte, c’est le pentastome étreint.
1° Le pentastome ténioïde ( Pentastoma tcenioides , Rudolphi) a le corps déprimé, lancéolé, plissé transversalement, une bouche presque orbiculaire, des crochets rangés en demi-cercle. Le mâle est blanc, long de 18 millimètres, large en avant de 2mm,5, en arrière de 0mra,â5; la femelle
PARASITES ANIMAUX
est plus volumineuse (fig‘. 219). Ce parasite vit dans les fosses nasales, surtout chez le chien et le loup.
Le pentastome denticulé ( Pentastoma denticulatum, Rudolphi), qui est la larve du précédent, a un corps mou, blanc, lancéolé, aplati, long de h à 6 millimètres, large de 1 millimètre à 1 millimètre et demi, beaucoup moins large en arrière, strié ou ridé transversalement, denticulé sur . les bords en avant et armé de lamelles ou épines implantées sur le tégumentau moyen d'un pédicule tubuleux (lig. 220). L’extrémité obtuse présente en dessous une bouche elliptique portant de chaque côté une paire de crochets un peu inégaux, dirigés d’avant en arrière.
Cette larve se rencontre dans des kystes des
! organes parenchymateux, et surtout dans le foie et les poumons chez certains animauxherbivores, et notamment le bœuf, le mouton, la chèvre, le lapin, etc. Dans ces dernières années elle a été trouvée assez fréquemment chez l’homme, le plus souvent à la surface de la glande hépatique (Zenker), mais quelquefois aussi à la surface des reins ou de la rate, dans le tissu sous-muqueux de l’intestin grêle (E. Wagner). Ordinairement situé dans le foie, au voisinage du ligament suspen- ! seur et dans le péritoine, ce parasite est contenu dans une capsule fibreuse, résistante, qui se présente sous la forme d’un tubercule de 2ram, 25 à 3mm, 37, ordinairement rempli d’un dé- Fig. 220. — Peniastome
pot calcaire. Cette capsule, qu’il est facile de denticulé, fortement gros- 1 11 si. Un trait place a cote
détacher du parenchyme, renferme l’animal marque la grandeur natu-
recourbé sur lui-même, incrusté de substance relie (d apres Zenker).
calcaire et si fortement uni à son enveloppe qu’on éprouve de la peine à l’en séparer. Au moyen de l’acide chlorhydrique affaibli on parvient à le débarrasser des sels calcaires et à préciser lès caractères du parasite, qui en général 11e détermine aucun accident sérieux. Le pentastome denticulé ne paraît pas rare en Allemagne, puisque Zenker l’a trouvé 9 fois sur 168 autopsies à Dresde, Ileschl 5 fois sur 20 à Vienne, Wagner 1 fois sur 10 à Leipzig. On ne sait pas exactement comment il pénètre dans les organes de l’homme, mats il est probable que c’est par des œufs ingérés, soit dans les boissons, soit avec de la salade mal nettoyée.
2° Le pentastome étreint ( Pentastoma constrictum, Siebod), a un lancereaux. — Traité d’Anat p~th. I. Zi 3
corps allongé, cylindrique, long de 13 millimètres, large de 2 millimètres, anneléen apparence par des constrîctions transversales; son dos est convexe, son ventre est aplati , ses téguments n’ont pas d’épines.
Cette espèce parasitaire a été trouvée à l’état de larve, en Égypte, par Primer, chez la girafe et chez deux nègres, dont l’un était mort d’une péritonite, l’autre d’une colite. Les pentastomes, vivants chez l’un de ces nègres, étaient morts chez l’autre; ils se trouvaient situés dans des kystes de la dimension d’un kreutzer, plus elliptiques que ronds, saillants à la surface du foie; chez l’un d’eux, le parasite avait quitté son kyste pour s’engager dans le duodénum. Bilharz a également rencontré le pentastome étreint en Égypte, à la surface du foie chez des nègres.
Bibliographie. — F. Pruner, Die Krankheiten de s Orients, p. 249, Erlangen, 1847. — Siebold, Zeitschrift f. wissenschaftl . Zoologie , t. IV, p. 63. — Zenker, Sur un nouveau parasite de l’homme , pentastomurn denticulatum , (Dénié et Pfeufer), Zeitschrift fur ration. J\led., 1854, t. V, p. 224. — Leuckart, liau und Entwickelung der Pentastomen , etc., Leipzig et Heidelberg, 1860. — Colin, Recherches sur une maladie vermineuse du mouton, due à la présence d'une linguatule dans les ganglions mésentériques ( Bullet . de médecine vétérinaire, 1861, sér. 2, t. V), p. 125. — Le même, Communication sur le développement de la linguatule des ganglions mésentériques (Ibid., t. VII, p. 22). Recherches sur le pentastome dés cavités nasales du chien (Ibid., t. VIII, p. 108). — E. Wagner, Pentastomurn denticulatum, in der Niere ( Archiv f. physiolog. Heilkunde, 1856, p. 561). — Le même, Pentastome denticulé de la rate ( Archiv d. Heilkunde, t. III, 1862. — Sp. Cobbold, Entozoa, etc., London, 1864, p. 393.