‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 83 sur 116 · ARTICLE II. — VERS · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — VERS

Un certain nombre de vers intestinaux étaient connus des anciens ; mais c’est en réalité du commencement de ce siècle que datent l’étude scientifique de ces parasites et la possession des données positives sur leur structure et leurs mœurs. Ces derniers temps surtout ont été riches d’observations et de recherches sur l’helminthologie ; des connaissances plus approfondies sur l’évolution et les transformations des vers ont eu pour résultat de diminuer le nombre des espèces et de simplifier leur étude.

Les vers intestinaux helminthes sont des animaux invertébrés, sans membres et sans organes respiratoires, ayant pour caractère commun de se loger dans le corps de l’homme pendant une partie notable de leur existence ou pendant toute leur vie.

Solitaires ou réunis en nombre variable, ces parasites se rencontrent

PARASITES ANIMAUX

dans les différentes parties de l’organisme. On les trouve dans le cerveau, les yeux, et jusque dans les os, mais il importe de faire remarquer que dans ces organes ils ne dépassent jamais l’état de larves. Un certain nombre d’entre eux ont un siège d’élection spécial ; ainsi la trichine occupe les muscles, le cœnure a pour habitation le système nerveux central, l’ascaride lombricoide, le tænia solium, le bothriocéphale large, vivent dans l’intestin grêle, l’oxyure se loge dans le rectum, le distome hépatique dans les voies biliaires, le strongle géant dans les voies urinaires.

De la présence de parasites dans des organes où il semblait que leur pénétration fût impossible, naquit la doctrine de la génération spontanée. Celte doctrine, qui eut de la vogue jusqu’à Swammerdam, fut plus tard contestée; elle est reconnue complètement fausse, depuis les recherches faites dans ces trente dernières années sur les métamorphoses et les migrations des entozoaires. Ces êtres subissent effectivement dans le cours de leur existence des transformations successives, non pas sur un même animal et dans un même milieu, mais sur des animaux divers et dans des milieux différents (génération alternante). Leurs œufs se développent le plus souvent hors le corps de l’animal habité par le parasite, ou bien, s’ils éclosent dans l’animal lui-même, les vers en sortent et changent de place pour s’installer ailleurs : témoin les trichines qui atteignent leur complet développement dans l’intestin où elles produisent des petits vivants qui vont aussitôtgagner les muscles pour s’y loger et y subir une phase de leur existence.

Itejctés au dehors, les œufs de ces animaux ont besoin pour se conserver d’un certain degré d’humidité ; la dessiccation tue la plupart d’entre eux, à l’exception des œufs de nématodes qui, d’après les expériences de Leuckart, peuvent supporter la dessiccation pendant un temps assez long sans périr. L’air humide ou la terre humide sont les conditions les plus favorables à leur développement; car on voit les pluies prolongées, dans les climats tropicaux donner lieu à de véritables épidémies de dragonneau. Ainsi s’explique comment l’état atmosphérique normal ou anormal de la saison, la différence des années, peuvent avoir une action marquée sur l’apparition, la fréquence ou la disparition de certains entozoaires. ■Un grand nombre de ces parasites sont libres dans leur jeune âge et passent ce temps dans l’eau ou dans la terre humide, jusqu’à ce qu’ils aient trouvé l’animal qui leur convient ; ils l’envahissent alors, perdant leur liberté pour commencer la vie parasitaire.

Ordinairement les œufs ou les larves sont introduits par les aliments ou par les boissons, ils s’arrêtent dans le tube digestif ou bien voyagent dans le corps transportés parle sang des vaisseaux, et se portent dans les régions les plus diverses. Une fois au repos, ils s’accroissent et se préparent

à des métamorphoses ultérieures;. s’il s’agit d’un parenchyme, ils s’enkystent à la manière de tous les corps étrangers, puis au bout d'un certain temps, l’animal se fixe et quelquefois jusqu’à sa mort, s’il n’est transporté dans un hôte différent. On peut établir comme règle que la vie des parasites se partage entre deux hôtes, dont l’un sert d’habitation au jeune parasite et l’autre au même animal à 1 état de maturité. Souvent ces deux hôtes appartiennent à des familles et même à des ordres zoologiques différents ; ainsi le tænia solium de l’homme, pendant son jeune âge, habite le porc, le tænia crassicolis du chat se trouve dans la souris.

La plupart des entozoaires nous viennent des animaux de boucherie ou des animaux domestiques, qui nous les fournissent à l’état jeune. Le tænia solium, qui forme le cysticerque, et la trichine, ver musculaire enkysté, proviennent l’un et l’autre du porc; le tænia mediocanellata nous vient de la viande du bœuf, tandis que certains animaux domestiques, le chat et le chien par exemple, produisent des pentastomes ou des echino-x coques par l’introduction des œufs de ces parasites adultes dans les eaux qui servent à nos boissons; c’est encore l’eau tenant en suspension des œufs d’ascarides lombricoïdes et d’oxyures qui est la source ordinaire de ces vers chez l'homme.

A part certaines conditions d’àge qui prédisposent plus ou moins au développement des parasites, la réceptivité des individus pour le parasitisme paraît jusqu’à un certain point subordonnée à 1 appauvrissement de l’économie ; c’est de cette façon qn’il est possible d’expliquer la fréquence des ascarides lombricoïdes plus grande chez les enfants débiles et scrofuleux que chez ceux qui se portent bien. Les hydatides s’observent plus communément chez les personnes prédisposées à la phthisie ou déjà atteintes par cette maladie.

L’influence des helminthes sur l’économie animale a été diversement interprétée et quelquefois exagérée ; on a trop souvent oublié que leur existence est pour ainsi dire normale dans un très-grand nombre d’espèces sauvages, et que même chez l'homme leur présence n’est pas toujours incompatible avec l’état de santé. Néanmoins, il importe de savoir que ces parasites peuvent nuire dans de nombreuses circonstances. Les uns, comme le tænia, lecœnure et la trichine, parviennent, par une reproduction excessive, à amener une mort rapide, à peu près comme le ferait un poison. Il en est d’autres qui, sans causer la mort, déterminent des accidents plus ou moins graves (lilaire de Médine, oxyure vermiculaire), et enfin il s’en trouve qui ne nuisent qu’accidentellement, et surtout par leur présence dans des organes nobles; tels sont, par exemple, les échinocoques. En résumé, les parasites agissent d’une manière très-équivoque,

PARASITES ANIMAUX

d’après leur taille, leur manière de vivre et les organes qu’ils habitent; tantôt ils nuisent en vivant aux dépens de leur hôte ( ancy/oslome duodénal ) , tantôt en exerçant une pression sur les tissus, ou en bouchant des canaux, tantôt encore par leurs mouvements qui provoquent des actions réflexes (convulsions épileptiques choréiformes), ou môme engendrent des inflammations, des ulcères et des perforations.

Rappelons que certains entozoaires de l'homme sont endémiques dans plusieurs pays, par exemple les échinocoques en Islande, le tænia inerme en Abyssinie, le tænia armé en Allemagne, en Hollande, le bothriocephale en Suisse et en Russie, etc., et que la connaissance de ces endémies parasitaires doit intéresser au plus haut point l’hygiène publique.

Les helminthes offrent des formes variées que l’on peut réduire à un petit nombre de types. Leur corps strié transversalement et nettement articulé, plus souvent allongé et cylindrique, donne aux uns de la ressemblance avec un fil, aux autres une forme qui se rapproche de celle d’un ruban ou d’une petite feuille. Tenant compte de ces formes, les auteurs ont divisé ces animaux parasites en trois groupes qui sont :

1° Les vers nématoïdes ou nématodes;

2° Les -verj trématoïdes ou trématodes ;

3e Les vers cestoïdes ou cestodes.

Bibliographie générale. — Ploucquet, Littérature médicale , t. IV, p. 310, art. Fermes , Vcrminatio, et appendix, p. 215, Tubîngæ, 1809. — P. S. Pallas, Dissertatio de insectis viventtbus intravivcntia, Lugd. Batav., 1760. — J. A. Gœtze. Versuche einer Naturgesch. d. Eingeweidewùrm. Thiere Korper , Blankenb., 1782.

— J. G. Zeder, Anleit. zur Naturgesch. d. Eingeweidewùrm ., Bamberg, 1803.

— Bloch, Traité delà génération des vers intestinaux (trad. fr. Strasbourg, 1788),

— Laknnec, Mém. sur les vers, etc. [Mém. de la Soc. deméd., 1824). — Rudolphi, Entozoorum sive vermium intestinalium Historia naturalis , Amsterdam , 1808-1810. — N. L. Brera, Traité des maladies vermineuses (trad. f. Paris, 1807). — Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l’homme (trad. fr. par Grundler, Paris, 1824, avec bibliographie). — J. M. Barry, On the origin of intestinal ivorms, particularly the ascaris vermicularis ( Trans . of the Association of Physicians in Ireland, t. II, p. 383, 1818). — Eschricht, Inquiries, experimental and philosophical, concerning the origin of intestinal worms (Edinh. new philosoph. Journal, vol. XXXI, p. 314, 1841). — Félix Dujardin, Histoire naturelle des helminthes ou vers intestinaux, Paris, 1845. — Vogel, Allgemein. pathol. Anatom., 1845 (trad. franç., Paris, 1847). — De Siebold, art. Parasiten dans Rud. Wagner, Handwôrterbuch d. Physiologie, 1844, t. 11 (anal, dans Gaz. méd., 1847, p. 661). — C. M. Diesing, Systema helminthum "Vindobonæ, 1 850.— Van Benedex, Les vers cestoïdes ou acotyles, Bruxelles, 1850.

— Le même, Mèm. sur les vers intestinaux , couronné, Bruxelles, 1858. — Le même, Iconographie des helminthes ou des vers cestoïaes de l'homme , Louvain, U pl. , 1859. — Wedl, Grundzüge d. path. Histolog. , Wien, 1853. — Benedict Meyer, Die Wurmkrankh. des Menschen, Zerbst, 1855. — Iyuchenmeister, Die in undan demKorper des lebenden Menschen vorkommenden Parasiten, Leipzig, 1855 (trad. anglaise par Lankesler, London, 1857). — Bertiiolus, Diss. sur les métamorphoses des cestoîdes. Thèse de Montpellier, 1856. — Ercolani et Yella. Embryogénie et propagation des vers intestinaux ( Compt . rend. Acad, des sciences, 2 h avril 1854, Gaz. méd., 272). — P. Gervais et Van Beneuen, Zoologie médicale, Paris. 1859. — <■ Weinlanp, An essayon the tape-worms ofman, Cambridge, 1858. — A. Moqujn-Tandon, Éléments de zoologie médicale, Paris, 1860, p. 266 et suiv. — Davaine, Traité des Eittozoaires, etc. — Paris, 1860. — Rud. Leucxart, Die menschlichen Parasiten, etc., Leipzig, 1862-1863 (Gaz. méd. 210, 231, 1864, p. 301). — H. M eissner , Helmintologische Beobachtungen und Notizen (Schmidt’s Jahrb., t. 133, p. 301, t. 134, p. 33, t. 144, p. 52, t. 152, p. 87). — Mosler, Ilelmintolog. Studien und Beobaclü. , Berlin, 1864. — M. C. Baillet, Histoire naturelle des helminthes des animaux domestiques, Paris, 1866. — M. IL Krabbe, Becherches helminthologiques en Danemark et en Islande , Pans, 1866,

— Le même. Sur les helminthes del’ homme et des animaux domestiques en Islande ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, 24 janv. 1867). — T. Spencf.b Cobbold, Entozoa, an introduction to tlie study of helminthology , London 1864.

— Vaillant, art. Helminthes, dans Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XIII, p. 326, Paris, ÎS7!).

§ 1. — NÉMATODES.

On appelle nématodes (vnya, lil) des vers qui ont le corps allongé, cylindrique ou liliforme, une bouche et un canal intestinal.

Le corps de ces helminthes est revêtu d’un tégument rugueux, insistant, souvent ridé en travers, sous lequel existe une couche musculaire puissante, longitudinalement disposée en quatre ou huit bandes. Deux stries latérales et longitudinales correspondent à des canaux qui s’ouvrent non loin de la bouche, à la face ventrale, et représentent sans doute un appareil excréteur. Située à la partie antérieure du corps, la bouche, dans quelques cas, est entourée de papilles ou bien armée de pointes et de crochets; elle aboutit à un œsophage étroit qui, ordinairement, se dilate pour former un pharynx musculeux ; l’intestin qui fait suite est généralement droit et revêtu intérieurement d’un épithélium cylindrique; il s’ouvre à la face ventrale du corps, non loin de l’extrémité postérieure. L’appareil respiratoire n’a pu être déterminé chez aucun de ces animaux.

PARASITES ANIMAUX

Le système circulatoire y est toujours rudimentaire, le système nerveux n’est pas encore connu.

Les mâles se distinguent des femelles par un volume moindre et l’enroulement de leur extrémité postérieure. Les sexes, séparés, sont constitués sur un type uniforme. Ils consistent en des tubes allongés, simples ou doubles qui offrent à leur partie supérieure les testicules ou les ovaires, et dans leur partie inférieure, les conduits et les réceptacles. Les tubes ovariques, souvent pairs, surmontent un vagin commun, court, qui s’ouvre par un orifice très-petit ou vulve situé sur la face ventrale dans le milieu du corps ou bien dans le voisinage de l’une de ses extrémités. L’orifice sexuel mâle siège à la partie postérieure du corps; les organes de copulation se composent de deux pièces cornées ou spiculés aplatis, un peu courbés et contenus dans une gaine musculaire ; un seul de ces spiculés est creux et constitue réellement le pénis.

Les nématodes sont tantôt ovipares, tantôt vivipares. Les œufs se développent généralement par segmentation. L’embryon est réduit au tube digestif ; mais la bouche n’est pas encore munie d’un appareil spécial comme chez l’adulte; l’anus est rarement visible, il n’existe aucune trace d’organes géni-

I taux externes ou internes; les embryons mâles et femelles ne sont nullement distincts.

Les nématodes forment un très-grand nombre d’espèces qui, pour la plupart, vivent en parasites, soit dans les organes creux, soit dans les tissus des animaux vertébrés ou invertébrés. Quelques-unes seulement habitent à l’état libre dans les eaux douces ou salées, sur la terre, dans les mousses, le blé, la colle de farine, le vinaigre (Davaine), Le mode de transmission et de propagation de ces vers n’est connu que pour un petit nombre d’entre eux ; chez les uns, -les embryons se développent à côté de leui’S parents, dans l’endroit où ceux-ci ont déposé leurs œufs; chez les autres, ils se développent au dehors et doivent, pour atteindre l’état parfait, rentrer dans leur séjour naturel, à l’état d’embryon renfermé dans l’œuf ou de larve libre; dans ce cas, la larve jouit quelquefois de propriétés vitales distinctes de celles de l’adulte; elle résiste à l’action d’agents qui font rapidement périr ce dernier.

Page 1