‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 85 sur 116 · II. — Strongylides · texte numérisé non relu

II. — Strongylides

Les strongyles se rencontrent chez les mammifères, [dus rarement chez les oiseaux et les reptiles ; ils sont caractérisés par un corps allongé, cylindrique, atténué postérieurement, une bouche à six nodulers, une queue simple chez la femelle et terminée chez le mâle par une capsule au milieu de laquelle se trouvent les spiculés.

1° Strongle géant. (Strongylus gigas, Rudolphi ; Eustrongylus gigas, Diesingj. — Vulgairement appelé ver du rein, le strongle géan t a un corps généralement rouge, cylindrique, très-long, un peu aminci à ses extrémités, strié transversalement et longitudinalement ; sa bouche est petite, orbiculaire, entourée de six nodules ou papilles planes. Le mâle, long de 14 à 40 centimètres, large de 4 à 6 millimètres, a la queue terminée par une bourse membraneuse, d’où sort un spiculé simple, très-grêle. La femelle, longue de 2 décimètres à 1 mètre, a la queue obtuse, légèrement recourbée. L’anus, situé sous l’extrémité caudale , est triangulaire et oblong, la vulve est placée en avant du milieu de la longueur du corps, l’ovaire est simple, en forme de tube et d’une longueur excessive. L’œuf, ovoïde et brunâtre, commence dans l’utérus de la femelle son développement, qui ne s’achève qu’après son expulsion du corps de l’hôte et son contact avec l’eau ou la terre humide (Balbiani).

Le strongle géant, le plus grand des vers nématodes, existe chez le cheval, le bœuf, le chien, le loup, la martre, et quelques autres carnivores ; il habite ordinairement le rein, la vessie ou le tissu cellulaire sous-péritonéal. Certains faits paraissent établir qu’il se rencontre aussi chez l’homme où il détermine la dilation, l’hémorrhagie des bassinets, l’altération du parenchyme rénal, enfin, un ensemble symptomatique assez semblable à celui qui résulte de la présence de corps étran-

A N A l'O MIE I’AÏHO OC I O U E .

gers dans ces parties. On ignore son origine; mais il semble établi aujourd’hui que la Filaria cgstica (Rudolphi) est la larve d’un strongle.

BiiiLiOGHAHiiE. — Rayer, Traité des malad. des reins, t. III, p. 728. — J. Lecoq. Du strongle géant dans les voies urinaires de l'homme (Arc h. gén. de méd ., t. I, p. 666; 1859) — Davaine, Traité des entozoaires , p. 276, Paris, 1860. — Leuckart, loc. cit. — Cobhold, En/ozoa , p. 358. — Balbiani, Recherches sur le développement et le mode de propagation du strongle géant (Journ. de l’anatomie, p. 180. Paris, 1870).

2° Strongle à long fourreau (Strongglus longevaginatus , Diesing). Le strongle à longue gaine, a le corps droit, d’un blanc brunâtre ; sa tète est conique et tronquée ; la bouche présente de quatre à six nodules. Le mâle est long de 13 à 15 millimètres ; son extrémité caudale est infléchie, et la gaine du pénis est formée de deux parties très-longues et linéaires, ayant presque la moitié de la longueur du corps. La femelle, longue de 26 millimètres, est amincie à ses deux extrémités, sa queue est mucronée et son orifice génital est situé au-dessus de l’extrémité caudale. Ce ver a été trouvé une fois dans le parenchyme du poumon d’un enfant.

3° Aneylostome duodénal ( Anchglostomum duodenalc, Dubini) (Dochmius ou Strongglus duodenalis). Découvert à Milan par Dubini en 1838, cet helminthe a été observé quelques années plus tard en Égypte, où il est très-commun, d’abord par Pruner et, plus tard, par Bilharz et Griesinger. Eschrieht l’a rencontré en Islande.

L aneylostome duodénal a le corps cylindrique, presque droit ou légèrement courbé, transparent dans sa partie antérieure, jaunâtre dans sa partie postérieure. Sa bouche, dont l’ouverture est une ampoule orbiculaire tournée vers la face dorsale, forme comme une capsule cornée, armée, du côté supérieur, de quatre forts appendices en forme de crochets recourbés vers leur centre ; elle offre du côté inférieur quatre petites éminences coniques qui sont probablement des organes tactiles. Le mâle, aminci en avant, d’une longueur de 6 à 8 millimètres, est pourvu d’un spiculé très-long et double, d’une extrémité caudale infléchie; la femelle, un peu plus grande que le

Fig. 223.

Ancvlo-

slome duodénal femelle fortement grossie. a, cavité buccale ; b , anus; c, ouverture commune aux organes d’excrétion; d, vulve; e, le même animal, grandeur naturelle.

PARASITES ANIMAUX

mâle, a de 9 à 13 millimètres de long, une épaisseur de 0mm,25 ; elle offre une extrémité anale terminée en pointe conique et une vulve située vers le quart postérieur (fig. 223).

L’ancylostome habite le duodénum et le commencement du jéjunum, s’attachant comme une sangsue à la membrane muqueuse de ces organes, dans l’épaisseur de laquelle il pénètre quelquefois et atteint le tissu sous-muqueux. Le point sur lequel ce ver est fixé se reconnaît par la présence d’une ecchymose de la dimension d’une lentille, circonscrivant une tache blanche au centre de laquelle existe une ouverture de l’étendue d’un trou d’aiguille, ce qui lui donne l’apparence d’une morsure de sangsue. Par cette ouverture, le sang paraît se répandre librement dans l’intestin qui contient parfois une notable quantité de ce liquide. Logé dans la cavité même où s’est épanché le sang dont il se nourrit, ce ver, par de petites saignées incessamment renouvelées, détermine peu à peu l’anémie des individus qui le portent. Cette anémie, désignée par Griesinger sous le nom de chlorose d’Égypte , affecterait à un degré plus ou moins grave le quart de la population égyptienne. Elle est caractérisée symptomatiquement par la pâleur générale des téguments, des bruits de souffle vasculaires, des palpitations, un pouls fréquent, des lassitudes des membres, des dérangements de digestion, et quelquefois aussi par de l’amaigrissement, de l’œdème des extrémités inférieures et des paupières, de l’apathie et un affaiblissement général des forces. Les caractères anatomiques sont en dehors des infiltrations séreuses de différentes régions, la mollesse et la décoloration des muscles, l’anémie de tous les organes, l’altération graisseuse, du cœur et l’atrophie du foie. D’un autre côté, Grenet et Monestier à Mayotte, Wucherer au Brésil, ont également observé l’ancylostome duodènal, et se sont appliqués à montrer que l 'hypémie inter tropicale ou mal d'estomac , mal de cœur, cachexie africaine, malaria, chlorose, géophagie, etc. , devait être attribuée à la présence, dans l'intestin, de cet entozoaire qui se nourrit de sang.

Bibliographie. — Dubini, dans Omodei Annal, univers, di medic. di Milano, t. CVI, p. 5-13, 18â3, et Entozoografia umana. Milano, 1850. — Pruner, Krankheiten des Orients, p. '2hh. Erlangen 1847. — Bilharz, Zeitschrift fur \ wissenschaftliche Zoologie, t. IV, p. 55 ; Leipzig, 1853, et Vierordt’s Archiv für physiolog. Heilk., XIII, p. 55ù ; anal. Gaz. hebd., 13 avril 1855. — Grenet et Leroy de Méricourt, Archives de méd. navale, t. VIII, p. 71, 1867. — T. da Rociia, Ueber die Anchyîostomenkrankheit in Brasilien ( Archiv dcr Heilkunde, p. 178, 1868.) — 0. Wucherer, Ueber die Anchylostomenkrank-

LANCEREAUX. — Traité d’Anat. path.

ANATOMIE PATIIOL'Or.IQUE-

heit, tropische Chlorose oder tropische Hypoæmie ( Deutsches Archiv fur klinische Medicin, vol. X, p. 378, sept. 1872). — Kundrat, Ueber einen merkwürdigen pathologisch-anatomischen Befund (GEsterr. Zeitschr. f. prakt Heilk., n° 2,

10 janv. 1873).

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