I. — Ascarides
La famille des ascarides comprend plusieurs genres et un très-grand nombres d’espèces qui, presque toutes, habitent les intestins des vertébrés des différentes classes.
1° Ascaride lombricoïde. — Cette espèce, l’une des plus communes et des
plus anciennement connues, présente une tête nue, une bouche petite, pourvue de trois renflements ou valves disposées en trèfle et finement denticulées en dedans, un corps cylindrique, strié transversalement et légèrement atténué à ses deux extrémités (fig. 221). L’anus, sous forme de fente transversale, est situé tout près de l’extrémité postérieure de l’animal. Le mâle, plus petit que la femelle, a une longueur de 15 à 17 centimètres, une extrémité caudale infléchie, deux spiculés courts, aigus, légèrement arqués. Longue de 20 à 25 centimètres, la femelle a la vulve située en avant du milieu du corps, deux ovaires filiformes, des œufs longs de 0mm,075, larges de 0,058, à coque mince, lisse, recouverts d’une enveloppe transparente, blanche.
L’œuf ne se développe pas dans l’intestin, il est expulsé avec les garderobes, traverse l’automne et l’hiver avant que la segmentation commence, et peut rester un an dans l’état d’inertie. En été, l’embryon se développe, mais très-lentement, il peut vivre plus d’un an dans l’œuf, en sorte que dans certains cas il s’écoule quelquefois plus de deux ans entre la ponte et le terme de la vie embryonnaire. Davaine croit pouvoir établir , par des observations et des expériences faites sur le chien, que l’embryon de l’ascaride lombricoïde reste renfermé dans la coque jusqu’à ce que l’œuf soit rapporté dans l’intestin, et que, ramollie par l’action des sucs intestinaux, cette coque est alors percée par l’embryon, qui, se trouvant dans un milieu approprié , ne tarde pas à atteindre l’état adulte.
Les ascarides lombricoïdes appartiennent à tous les pays, et c’est à tort qu’on a attribué au climat une influence sur la propagation de ces parasites ; ils ont été fréquemment observés en Allemagne, en Angleterre, en France, en Belgique et en Hollande. Ils sont communs sous les tropiques (Bajon, Pouppé-Desportes, Sigaud, Levacber), dans la Syrie, en Egypte (Pruner) et en Suède (Magnus Huss). L’automne et le printemps
Fig. 221 . — a, Ascaridelombricoïde (grand, nat.); b, extrémité céphalique grossie avec les trois nodules et la bouche; c, extrémité caudale du mâle avec les deux spiculés; d, étranglement génital de la femelle avec l’orifice sexuel; e, œuf grossi 100 fois.
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sont les saisons où on les observe le plus communément, comme si les pluies abondantes de ces saisons, entraînant dans les mares et dans les puits un grand nombre d’œufs, favorisaient leur propagation. L’eau semble être, en effet, le principal agent du transport de l’embryon du lombric dans le tube digestif de l’homme. S’il en est ainsi, l’importance du filtrage des eaux de boisson n’échappera à personne. Ajoutons que les lombrics sont ' beaucoup plus rares à Paris qu’à la campagne, et que cette rareté relative existe principalement depuis l’emploi de l’eau filtrée dans la Capitale (Davaine). Autrefois, et jusque dans le siècle dernier, ces vers étaient très-communs, ainsi qu’on peut s’en assurer en consultant les recueils périodiques de médecine où fourmillent des épidémies de fièvres vermineuses et des maladies compliquées de vers.
Quelques naturalistes pensent que l’ascaride Iombricoïde, semblable en cela à un grand nombre de vers, la trichine, par exemple, ne rentre pas directement dans le corps de l’homme et qu’il habite préalablement un autre séjour. En effet, Mosler auraitadministré sans résultat à plusieurs enfants des œufs développés, et Leuckart a tenté la même expérience sans plus de succès. Néanmoins, malgré des recherches multipliées, on ignore encore le séjour intermédiaire de l’embryon de l’ascaride Iombricoïde.
Les ascarides lombricoïdes se trouvent fréquemment chez les enfants après le sevrage, plus rarement chez l’adulte et presque jamais chez le vieillard. Ils sont en nombre variable ; mais comme ces vers ne se reproduisent pas dans le tube digestif de l’homme, et qu’ils viennent tous du dehors, ils ne dépassent guère le nombre de huit à dix, du moins à Paris ; pourtant j’en ai vu plus de quarante chez une femme morte à la Salpêtrière, et il n’est pas rare de les compter par centaines dans les pays où ils sont communs : ce nombre est toujours en rapport avec les circonstances accidentelles qui conservent ou qui transportent leurs œufs. Ces parasites se tiennent dans les intestins grêles, accidentellement dans d’autres organes en communication avec ces derniers , par exemple dans l’estomac, dans l’œsophage, dans les fosses nasales, dans les voies respiratoires. Leur présence dans le-larynx et dans la trachée peut avoir des inconvénients sérieux et même déterminer la mort par suffocation. Dans quelques cas, on les rencontre dans le péritoine; je les y ai trouvés une fois, sans qu’il y eut de péritonite, et partant leur pénétration dans ce sac avait sans doute eu lieu après la mort. Les voies pancréatiques sont rarement envahies par ces vers, qui s’engagent assez souvent dans les conduits biliaires pour que certains auteurs aient pu penser qu’ils se développaient dans les canaux excréteurs de la bile.
Peu de désordres anatomiques résultent de la présence des lombrics
dans les intestins; Rilliet et Barthez ont constaté simplement une injection vasculaire de la membrane muqueuse de la région occupée par ces vers chez les enfants. Divers auteurs ont trouvé l’intestin intact dans des cas où les ascarides se comptaient par centaines ; aussi doit-on croire que ces parasites sont dans l’impossibilité d’ulcérer, à plus forte raison de perforer les parois de l’intestin, à moins que celles-ci ne soient partiellement détruites et fortement amincies comme, par exemple, dans la lièvre typhoïde. D'ailleurs, l’appareil buccal des lombrics, armé de denticules situées en dedans de la marge des valves qui le composent, ne peut s’exercer sur un objet placé en avant, mais seulement sur des substances introduites dans l’orifice de la bouche. D’un autre côté , ces vers que l’on a accusés de pouvoir s’insinuer entre les fibres des parois intestinales, de les écarter et de les perforer, exécutent simplement des mouvements d’inflexion et de redressement analogues à ceux des serpents, en tout cas très-différents de ceux du ver de terre qui s’enfonce dans le sol. La plupart des auteurs, et Davaine notamment, sont aujourd’hui d'avis que les lombrics ne peuvent, en aucun cas, produire la perforation de l’intestin, pas même lorsque ces vers sont réunis en paquet, ce qui n’arrive qu’autant qu’ils sont engourdis par le froid du cadavre ou affaiblis par une substance toxique, et dans ces conditions ils ne tardent pas à être expulsés. Sur quarante-sept cas rassemblés par Davaine, la perforation des parois abdominales avec expulsion de lombrics a eu lieu quarante fois dans les lieux d’élection des hernies, et cette expulsion a été relativement plus fréquente à l’ombilic chez les enfants , dans les aines chez l’adulte; par conséquent, tout porte à croire que c’est aux hernies et non aux vers qu’il faut rapporter les perforations mises sur le compte de ces parasites. Les tumeurs qui précèdent ces perforations sont d’ailleurs des abcès à l’ouverture desquels il s’écoule du pus de bonne nature, puis un ou plusieurs lombrics et point de matières stercorales. Dans les cas où l’on manque d’examen cadavérique, il y a lieu de soupçonner que l’ascaride, engagé dans une ulcération de l’intestin, est arrivé sous la peau par un trajet très-oblique. Lorsqu’elles ont leur siège à l’aine ou à l’ombilic, ces tumeurs sont en général douloureuses et accompagnées des symptômes de la hernie étranglée; puis une eschare se forme au sommet et par l’ouverture artificielle ou spontanée il s’échappe du pus, des matières intestinales et enfin tôt ou tard des vers lombrics. Dans quelques cas, enfin, une fistule des parois abdominales donne issue à ces vers, sans qu’ils aient pris la moindre part à la formation de cette fistule.
Des troubles fonctionnels peuvent être pour divers organes la consé-
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quence de la présence des ascarides lombricoïdes dans les intestins ; ils s’observent particulièrement cbez les individus qui ont une grande susceptibilité nerveuse. Les plus communs sont des attaques convulsives qui, par leurs caractères, se rapprochent de l’épilepsie, de la catalepsie, du tétanos ou de l’hystérie. Il y a quelques mois, j’étais appelé pour un jeune enfant de sept ans, qui, à la suite de son déjeuner, fut pris, pour la première fois, d’accès convulsifs suivis d’un état de pâleur et de mort apparente, avec arrêt de la respiration. Après avoir réveillé cette fonction à l’aide d’excitants, je pratiquai la respiration artificielle, grâce à laquelle ce jeune malade resta pendant deux heures dans des alternatives de crises convulsives et d’un état de mort apparente. Convaincu enfin que cet enfant n’avait que des convulsions réflexes, je lui injectai, en deux fois, 0,01 2 milligr. de chlorhydrate de morphine, qui amenèrent un sommeil narcotique et firent cesser instantanément les convulsions. La santonine fut administrée le lendemain et les jours suivants. Le quatrième jour, ce jeune malade rendait deux vers lombrics.
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2° Ascaris myslax, Zeder. — Cet helminthe aune tête infléchie pourvue de deux ailes membraneuses semi-ovales, les valves de la bouche arrondies et petites. Le mâle est long de 3 à 6 -centimètres, la femelle de 5 à 10 centimètres. Cette dernière présente une vulve située vers le quart antérieur, deux oviductes et des ovaires ; ses œufs sont presque globuleux et revêtus d’une zone de substance réticulée.
Ce ver habite l’intestin grêle du chat domestique, du lynx, etc. ; quelques faits semblent indiquer qu’il peut se rencontrer aussi dans le tube digestif de l’homme. Dans un de ces faits dû à Pickells (1), les parasites avaient été rendus à plusieurs reprises et en assez grand nombre par une jeune femme avec plusieurs ascarides lombricoïdes. Un second cas publié par Bellingham (2) est celui d’un ver provenant des évacuations d’un enfant ; la description qu’en donne cet auteur ne diffère pas de celle de l’ascaris mvstax. Un troisième et dernier fait est rapporté par Cobbold (3) qui trouva tous les caractères de l’ascaris myslax à des ascarides rencontrés dans les selles d’un enfant. Ce petit malade, âgé de treize mois, avait présenté de la diarrhée et de l’agitation quelques jours avant l’évacuation de ces vers. Cobbold fait remarquer que la nourrice de cet enfant lui avait donné l’habitude de mâcher des. tiges de céleri ; il est donc possible qu’il ait avalé des œufs d’ascaris portés sur les plantes par l’eauavec laquelle on les arrosait.
3° Oxyurevermiculaire Bremser ( Ascaris vermicularis , Linné). Cette
(1) Transactions of the associations of fellows and licenciâtes of the King and Queen’s college of physicians in Ireland, t. IV et V.
(2) Anna/s of nalural hystory, 1839, t. XIII.
(3) Sur la présence de l’ascaris mystax dans l’économie humaine (The Lancet, 1863, et Gaz.- hebdom ., 186&).
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espèce d’helminthe, assez semblable au vibrion de la colle de farine, est constituée par un animal blanchâtre qui a la tète ailée, c’est-à-dire munie de deux renflements latéraux vésiculeux du tégument, un œsophage en massue, une cavité stomacale revêtue d’une armure pliée angulairement. Le mâle est long de 2 à 3mm,3, à queue enroulée en spirale, à pénis simple, recourbé en hameçon
vers le sommet. La femelle, longue de 9 à
Fig. 222. — Oxyure vermiculaire. a, individu mâle ;
b , femelle (grand, nat ) ;
c, extrémité céphalique, fortem. grossie ; d, extrémité caudale du mâle, grossie ; V, extrémité caudale de la femelle; f, œuf, grossi 70 fois.
10 millimètres, large de 0 ,lx à 0,nm,5, a le corps très-aminci postérieurement en forme de queue, des œufs lisses, oblongs, non symétriques (fig. 222).
Quoique très-communs et souvent trèsnombreux, les oxyures, à cause de leur siège dans les parties inférieures du rectum, au voisinage de l’anus, sont généralement entraînés par les matières fécales, à la surface desquelles on les voit en plus ou moins grand nombre se tordre, s’agiter et mourir aussitôt que ces matières sont refroidies. Les oxyures, qui se multiplient abondamment, remontent l’intestin et passent quelquefois dans le cæcum. Les individus atteints de ces parasites sont sujets à de nombreuses récidives ; ils en souffrent quelquefois pendant dix et quinze ans.
La présence de ces vers chez l’homme détermine une irritation sourde, des douleurs lancinantes, du ténesme rectal et ordinairement une sensation prurigineuse plus ou moins vive qui, de la région anale, se propage quelquefois aux organes génito-urinaires, et dont la régularité quotidienne a pu, dans quelques cas, faire croire à une affection palustre. Par l’excitation qu’elle produit aux organes génitaux, cette sensation est quelquefois chez les enfants une cause d’onanisme ou de pertes séminales. La pénétration de ces vers dans la vulve et jusque dans le vagin chez la femme, et. surtout chez les petites filles, est la cause d’un prurit insupportable, d’un écoulement leucorrhéique plus ou moins intense, ou même d’accès de nymphomanie. Quelques auteurs prétendent que ces vers ont pu parfois s’introduire et vivre dans la vessie et dans l’utérus; mais les faits à cet égard sont peu probants.
Les oxyures vermiculaires se rencontrent dans toutes les contrées de l’Europe; ils sont très-communs en Syrie, en Égypte, dans l’Amérique du Nord, en Islande et au Groenland. Les enfants, plutôt que
les adultes et les vieillards, sont exposés aux atteintes de ces parasites ; leur siège est le gros intestin et principalement le rectum.
Ces helminthes se rencontrent plus spécialement dans les localités où on ne filtre pas l’eau qui sert à la boisson. Ainsi, ils sont plus communs à la campagne que dans les villes. Un jeune garçon de dix-huit ans, que j’eus à soigner pour des oxyures qu’il rapportait d’Angleterre où il terminait ses études, m’apprit que dans le pensionnat qu’il venait de quitter, ces parasites étaient communs ; mais, fait digne de remarque, ils existaient presque exclusivement sur les Français et quelques autres étrangers, les Anglais en étaient exempts. Or, le régime auquel étaient soumis les élèves du pensionnat différait uniquement en ce que les premiers buvaient de l’eau non filtrée, provenant d’un puits, tandis que les derniers buvaient de la bière. Une femme de Bagnolet, que j’ai eu l’occasion de soigner au Bureau central des hôpitaux, était atteinte d’oxvures ainsi que ses trois enfants et son mari ; tous se servaient de la même eau. Barrv a rapporté un exemple, frappant delà propagation des oxyures dans toute une famille, tant qu’elle but l’eau d’une même source.
C’est une opinion assez généralement répandue que les fruits verts et non lavés sont de nature à propager ces vers. Leuckart est d’avis que cette croyance populaire mérite l’attention des savants, et il pense quecertains végétaux que l’on a l’habitude de manger sans être cuits, comme la salade, les artichauts, etc., peuvent renfermer les germes de ces parasites ; il croit, en outre, que la farine avec laquelle les boulangers saupoudrent le pain et les pâtisseries n’est pas toujours exempte de ces mêmes germes, qui, apportés par le' grain de blé, ont pu résister au battage et à la mouture. D’un autre côté, Cobbold prétend avoir administré sans succès, à divers animaux, des œufs d’oxyures contenant de jeunes embryons.
Quelques observations portent à admettre qu’il est possible de gagner ces parasites par la cohabitation avec un individu infecté. Situés, pour ainsi dire, à l’extérieur du corps, ces vers peuvent être transportés par des échanges de vêtements, passer d’un individu à un autre, surtout lorsqu’on partage le même lit, et cela d’autant plus facilement que les oxyures sont actifs le soir, comme l’indiquent les démangeaisons incommodes éprouvées par les malades à ce moment de la journée.
Bibliographie. — Bhera, Loc. cit. (voyez bibliographie générale, p. 677). — Bremser, Traité sur les vers intestinaux de l’homme , trad. fr. par Grundler. Paris, 1824, p. tù9, avec bibliographie et indications de figures. — J. Milner Barry, On the origin of intestinal worms , particularly the Ascaris vermicularis
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( Transact . of the Association of physicians in Ireland, vol. II, p. 383. Dublin, 1818). — J. Cruveiliuer, art. Entozoaires, Bict. de méd. et de chirurg. pratiques, t. VII, p. 337. — Lallemand, Des pertes séminales involontaires, t. III. Paris, 18/(2. — Marchand, Gaz. des hôpitaux, t. IX, 1847. — Bilharz et V. Siebold, Ein Beitrag zur Helminthographia Humana, etc. Zeitsc.hr. f. wissencli. Zoologie, t. IV, p. 50, Leipzig, 1853.) — Gros, Gaz. des hôpitaux, n°135, 1865. — Hervieux, Union méd., 1859, 60. — Davaine, Traité des entozoaires, p. 209. Paris, 1860. — - Stricker, (Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., t. XXI, p. 360, 1861). — Sp. Cobbold, On entozoa, p. 362. London, 1864. — R. Leuckart , Die menschlichen Parasiten , t. II, p. 287, Leipzig et Heidelberg, 1868.