‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 2 sur 112 · VU · texte numérisé non relu

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PREFACE

tion et les grands processus morbides, notamment lesphlegmasi.es, les néoplasies, les anémies, les 'hyperhémies, les hémorrhagies, les thromboses, les embolies, les nécroses et les gangrènes; nous y avons ajouté le parasitisme et le traumatisme. La seconde servira à la description isolée des altérations matérielles dans les systèmes et les appareils organiques.

Le plan adopté pour la première partie est des plus simples. Convaincu qu’il est impossible de séparer l’histoire des altérations des tissus et des organes de celle de leur développement, j’ai cherché à classer ces altérations d’après les données acquises touchant l’évolution de l’organisme humain. A cet effet, une étude générale des phases successives que traverse le corps de l’homme depuis la naissance jusqu’à la mort, sert d’introduction à tout l’ouvrage. Destinée à donner une idée de la manière dont naissent, se forment et se développent les tissus de l’économie vivante, cette étude nous renseigne encore sur les modifications organiques résultant de l’âge ; de la sorte, elle sert de base à une classification naturelle de la plupart des lésions

non accidentelles, c’est-à-dire qui ne sont le fait ni du traumatisme,

ni du parasitisme.

Toutefois, il importait de séparer dans chacune des grandes classes les choses qui n’ont pas la môme origine. Les anomalies de formation dont le point de départ est dans l’œuf nous ont ainsi paru constituer un groupe à part, et nous avons dû ranger parmi les malformations les monstruosités simples de Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, qui ont leur origine dans un désordre matériel survenu pendant le développement embryonnaire ou fœtal. De même les phlegmasies suppuratives, considérées à tort comme un mode de terminaison, sont séparées des phlegmasies prolifératives ou adhésives, en raison du point de départ différent de ces processus.

D’un autre côté, les éléments de l’organisme, groupés dès le principe, ainsi que l’a montré Remak, en trois feuillets qu’il est possible de réduire à deux en réunissant le feuillet interne et le feuillet externe du blastoderme, n’ont pas seulement, d’après ce simple fait, des propriétés et des fonctions diverses, mais encore des aptitudes pathologiques fort différentes. La manière dont les tissus dérivés de ces feuillets s’enflamment et végètent n’est nullement identique (voyez notre Atlas d’ Anatomie pathologique ), et partant nous avons

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dû, pour la clarté de l’exposition, étudier séparément les processus phlegmasiques et néoplasiques, d’abord dans les tissus et les organes nés du feuillet moyen ou nutritif, ensuite dans les tissus et les organes engendrés par les feuillets interne et externe ou feuillets fonctionnels. Non-seulement l’altération des éléments épithéliaux et glandulaires ne se comporte pas comme celle des éléments du système conjonctivovasculaire, mais elle ne se produit pas non plus sous l’influence des mêmes circonstances. L’inflammation des tissus épithéliaux, infiltration trouble albuminoïde avec tuméfaction cellulaire, ne peut être comparée à l’inflammation du tissu conjonctif, qui consiste en la formation d’un tissu embryonnaire susceptible d’être résorbé ou de s’organiser, ni à l’infiltration de ce tissu par des globules de pus.

La différence des altérations des tissus épithéliaux et des tissus conjonctifs est encore plus évidente quand il s’agit des néoplasies. Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que c’est apporter la lumière dans l’étude du groupe toujours si obscur des tumeurs, que de séparer ces lésions, selon qu’elles dérivent des tissus nés du feuillet interneexterne, ou du feuillet moyen du blastoderme.

Les premières, que nous appelons d’une façon générale tumeurs épithéliales , constituent en effet un groupe à part, auquel se rattachent le plus grand nombre des altérations connues sous le nom de cancer ou carcinome. Toujours primitivement développées dans un tissu épithélial, ces tumeurs sont caractérisées par la présence de grosses cellules munies d’un noyau volumineux, ainsi quel’ont depuis longtemps indiqué les histologistes français, Ch. Robin, Lebert , Yerneuil , Broca , etc. Ces éléments sont semblables aux épithéliums, d’où ils proviennent; et, si la plupart du temps ils sont circonscrits par des travées conjonctives ou alvéoles, il importe de remarquer que cette disposition est tout à fait secondaire et ne peut les caractériser absolument, comme le prétend une certaine école. Les tumeurs épithéliales ont d’ailleurs des propriétés toutes particulières, qui sont d’atrophier et de détruire les tissus à leur contact, de pénétrer dans les espaces lymphatiques et de se généraliser par infection. Elles ne surviennent en général qu’après la période d’accroissement du corps humain et sont variées comme les tissus épithéliaux : la peau, le sein, l’estomac, le foie, les reins, dont les épithéliums diffèrent, sont autant d’organes

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point de départ d’un cancer particulier et distinct, ce qui peut se formuler de la façon suivante : les végétations épithéliales présentent autant de variétés gu il y a de variétés cV épithéliums à l’état normal.

Les secondes, c’est-à-dire les tumeurs qui prennent leur origine dans les tissus nés du feuillet moyen du blastoderme, ou tumeurs conjonctivo-vasculaires , comprennent les nombreuses néoplasies connues sous le nom de sarcomes (1), myxomes, fibromes, ostéomes, angiomes, myomes, etc. Constituées par des éléments variés cellulaires ou fibrillaires, ces néoplasies se développent principalement dans le jeune âge, tendent peu à amener la destruction des tissus de voisinage, et lorsqu’elles se généralisent, c’est par un procédé différent de celui des tumeurs épithéliales ; elles forment ainsi une seconde famille naturelle, dont un des principaux genres a été signalé par le professeur Verneuil (2). Comme les néoplasies épithéliales, les néoplasies conjonctives varient suivant le tissu où elles prennent naissance, partant elles sont aussi nombreuses que les tissus nés du feuillet moyen du blastoderme, d’où la conclusion fort simple : les végétations conjonctives présentent autant de variétés gu il y a de variétés de tissus appartenant au groupe des tissus conjonctifs.

Ne voulant pas me départir du principe qui consiste à ne rapprocher que des lésions comparables, j’ai divisé les hyperhémies, les hémorrhagies et les hydropisies en groupes distincts, suivant que chacun de ces processus a pour point de départ les vaisseaux, le sang ou les nerfs, et j’ai classé les thromboses et les embolies sous deux chefs, selon qu’elles intéressent le système veineux ou le système artériel. Le lecteur appréciera, je l’espère, l’importance de ces divisions.

Les affections parasitaires forment deux classes, appartenant l’une au règne animal, l’autre au règne végétal. A cette division se rattachent d’ailleurs des désordres anatomiques très-différents. Les altéra-

(1) On voit que nous faisons ici l’abandon des mots carcinome et sarcome et que nous désignons toutes les tumeurs par des dénominations empruntées aux tissus normaux.

(2) A. Verneuil. Quelques propositions sut les fibromes ou tumeurs formées par les cléments du tissu cellulaire , avec des remarques sur la nomenclature des tumeurs. Mém, lu à la Soc. de Biologie en octobre 1855, et Gaz. méd. de Paris , 1856, p. 59.

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tions traumatiques sont distinguées également en deux groupes, suivant que les tissus divises sont ou non mis en présence de l’air extérieur. Nous avons de la sorte les plaies et les contusions qui comprennent les fractures et les ruptures.

Un point essentiel dans l’étude de l’anatomie pathologique est la subordination des lésions. Celles-ci ne peuvent être placées toutes sur le même plan ; les unes sont causes, les autres sont effets, et comme telles, elles ont chacune une valeur différente. Ainsi il est commun de rencontrer avec une néphrite interstitielle ou. atrophique une altération de la muqueuse gastrique et un certain degré d’hypertrophie cardiaque. Or ces lésions, auxquelles on pourrait attribuer une même origine, ont cependant des causes très-diverses : la première, ou lésion rénale, est le fait habituel d’une intoxication saturnine ou de la goutte; l’hypertrophie du cœur est la conséquence de la diminution du champ vasculaire amenée par l’altération des reins, tandis que l’altération de l’estomac est due à l’élimination par cet organe de quelques-uns des principes de l’urine qui ne peuvent plus s’échapper par les voies naturelles. Si dans les cas de ce genre, qui sont loin d’être rares, on ne sait démêler ce qui est primitif de ce qui est secondaire, il en résulte que les lois qui président à la localisation des désordres anatomiques échappent entièrement, et la confusion surgit là où la lumière pouvait être faite. Nous nous sommes efforcé d’éviter cette erreur trop commune, comme on le verra dans la seconde partie de ce travail.

Consacrée à l’étude spéciale des altérations pathologiques des organes pris isolément, cette seconde partie doit s’écarter le moins possible de la première et n’être que l’application des données générales de celle-ci à une portion déterminée de l’organisme. Le développement et l’évolution physiologique des organes seront tout d’abord examinés, et cet examen servira de base à l’étude des lésions anatomiques qui leur sont propres et dont la liaison avec le mode de viabilité et de nutrition est des plus intimes. Puis, comme il importe toujours de procéder du simple au composé, les organes formés uniquement aux dépens du feuillet moyen du blastoderme, à savoir tous ceux qui composent les systèmes de la circulation et de la locomotion, organes absolument exempts d’éléments épithéliaux, seront d’abord l’objet de notre attention, et partant il nous sera facile de montrer l’analogie

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des altérations propres aux différentes parties de ces systèmes organiques. Viendra ensuite l’étude des altérations des organes plus complexes développés tout à la fois aux dépens du feuillet moyen et du feuillet interne ou externe, comme les téguments, les glandes et les centres nerveux. Ces organes renfermant des éléments de source différente, nous séparerons l’étude des altérations propres à chacun de ces éléments en suivant les divisions adoptées dans la partie générale de notre travail. Cette méthode d’analyse nous permettra de montrer la simplicité de l’étude anatomo-pathologique d’appareils organiques qui, constitués normalement sur un même plan, ne se modifient jamais que suivant les mêmes lois, tellement que la connaissance exacte des altérations de l’un d’eux peut donner l’idée des altérations de tous les autres.

En somme, étudier les altérations pathologiques du corps humain, en prenant pour base de cette étude les changements que subissent les tissus et les organes aux diverses phases de l’existence, montrer que ces altérations se produisent d’après les lois de la physiologie normale, grouper ces désordres suivant leurs conditions pathogéniques et étiologiques, de façon à poser les fondements d’une classification naturelle des maladies et à asseoir la pratique delà médecine sur des indications pronostiques et thérapeutiques invariables, telle est la doctrine générale de cet ouvrage. On dira peut-être que notre manière de voir est purement systématique; je ne le crois pas, puisqu’elle repose, non pas, comme cela se fait assez généralement, sur le simple examen cadavérique, mais sur l’observation combinée et simultanée du fait clinique et du fait anatomique.

Qu’il me soit permis, en terminant, de remercier mon interne, M. Ch. Rémy, du bienveillant concours qu’il m’a prêté pour l’exécution d’un certain nombre de figures, et M. Karmansky pour le soin qu’il a donné à cette même exécution.

Paris, le 1er juin 1870.

E. Lancereaux,

L’anatomie pathologique est la partie de la science médicale qui s’occupe des altérations physiques des organes, en recherche l’origine et les conséquences plus ou moins funestes à l’organisme. Cette branche de la médecine a par conséquent un triple objet : 1° présenter une description détaillée des changements survenus dans la position, la forme, le volume, la structure intime de l’organe malade, et considérer cet organe dans ses rapports avec les autres parties du corps ; T rechercher l’origine de ces changements et indiquer la manière dont iis se sont opérés, les influences et les lois qui ont présidé à leur développement (étiologie et pathogénie) ; 3° rapprocher les altérations organiques des phénomènes qui se manifestent dans le cours d’une maladie, analyser ces phénomènes et déterminer leur degré de subordination par rapport à ces altérations ( physiologie pathologique).

Ainsi envisagée, l’anatomie pathologique n’est plus restreinte à la description stérile des changements de structure, isolée des phénomènes qui ont précédé le désordre organique et de ceux que ce désordre a fait naître ; elle comprend à la fois l’étude de la lésion, de sa cause, de son mode de production et de ses effets. Ce n’est plus l’organe altéré, mort , que I on étudie, mais bien ce meme organe vivant, agissant, et dans la plénitude de ses fonctions; c’est la connaissance de la vie pathologique qui se substitue à la contemplation de la nature morte.

Tel me paraît être le véritable esprit de l’anatomie pathologique. Toutefois, comme ce n’est pas ainsi qu elle a été considérée jusqu’à ce jour, il lancer eaux. — Traité d’Anat. I __ {

ne sera pas inutile d’entrer dans quelques détails historiques pour montrer révolution successive de cette partie de la médecine, faire saisir les progrès qu’elle a accomplis, et la condition de ces progrès : le perfectionnement de certains instruments de physique, celui des méthodes d’analyse chimique, etc., etc.

APERÇU HISTORIQUE

Née du désir bien naturel qu’ont toujours eu les médecins de se rendre compte des désordres morbides qui ont lieu sous leurs yeux, l’étude de l’anatomie et de la physiologie pathologiques a passé par de nombreuses vicissitudes. D'abord entravée dans son développement par le respect exagéré que les anciens avaient pour leurs morts, elle se

borne à constater et à décrire les altérations matérielles apparentes à

la surface du corps. Mais lorsqu’une civilisation plus avancée et plus hardie vint lever l’interdit qui défendait de toucher à la dépouille mortelle de l’homme, les lésions matérielles des organes devinrent l’objet d’un sérieux examen, et dès ce jour naquit l’anatomie pathologique descriptive. Des notions plus exactes sur la structure normale des tissus et l’application du microscope à l’étude de cette structure donnèrent ensuite naissance à l’anatomie pathologique générale et à l’histologie pathologique. C’est insensiblement que se sont opérés ces progrès successifs, inséparables du développement scientifique; chacun d’eux faisan/ époque dans l’histoire de l’anatomie pathologique, nous diviserons celle-ci en trois grandes périodes ou époques.

Epoque ancienne. — Les anciens peuples de l’Orient n’étudièrent ni l’ anatomie normale ni l’anatomie pathologique. Les Babyloniens, les Assyriens, les Perses et les Chinois, malgré un certain degré de civilisation, ignoraient le siège et la forme des principaux viscères ; leur physiologie et leur pathologie étaient purement fantaisistes.

Les Egyptiens, si habiles dans l’art d’embaumer les corps, auraient pu tirer de cette pratique quelques notions anatomiques exactes, mais ils ne songèrent jamais à faire servir ces ouvertures à l’étude de l’anatomie

A NATOMIE PATHOLOGIQUE .

pathologique. Du reste, ils ne possédaient aueune connaissance physiologique ou pathologique précise.

Le peuple juif, dont les préceptes d’hygiène et les données positives touchant l’étiologie de quelques maladies sont si remarquables, n’avait que de faibles connaissances anatomiques. Pourtant, d’après Israëls ( Tent . histor. med. talmud ., p. h7), les médecins juifs pratiquaient l’ouverture de cadavres de femmes, et ces ouvertures, d’après le Talmud, pouvaient quelquefois être faites sur la demande des rabbins et de la cour de justice (Wunderbar, Bibl. talmudische Medicin . , I, p. 21; 11, p. 5).

C’est dans la Grèce, aussi fertile en savants qu’en guerriers, que l’anatomie prit naissance. Les Asclépiades disséquaient des animaux, et quoiqu’ils n’aient eu à leur disposition aucun cadavre humain, ils n’étaient pas entièrement ignorants de l’anatomie de l’homme. Hippocrate hérita de leurs connaissances anatomiques, qu’il agrandit, mais le respect des anciens pour les restes mortels de l’homme l’obligea à se contenter de constater les altérations matérielles apparentes à la surface des corps ou dans les cavités naturelles. Dans la collection de ses œuvres on trouve

en effet la dénomination et une description des fistules, des hémorrhoïdes, des carcinomes (axippoç, xapxîvoc, xapxîvw pa), des tubercules (cpu^ara) , des polypes, des ulcères, des abcès et de beaucoup d’autres lésions extérieures. Les altérations des organes internes ne s’y rencontrent pas ; néanmoins, a cette époque, les médecins faisaient servir à l’interprétation des maladies les connaissances anatomo-pathologiques qu’ils puisaient dans la dissection des animaux. Ainsi l’auteur de la maladie sacrée attribue ce mal a une espèce d’hydropisie du cerveau, « comme on peut s’en convaincre, dit-il, chez les animaux devenus épileptiques et principalement sur les chèvres : Harum si caput secueris , cerebrurn humidum et sudore redun -

dans . deprehenderes. » Observateur habile, Hippocrate se borna à

décrire les lésions anatomiques; ses disciples l’imitèrent, mais ils ajoutèrent peu à ses connaissances, de sorte qu’il faut arriver à l’école d’Alexandrie pour trouver un progrès dans la science anatomique.

Erasistrate et Hérophile, les principaux représentants de cette école, imprimèrent à l’anatomie un degré de perfection qu’elle ne devait pas dépasser pendant près de vingt siècles. Ils s’appliquèrent à élucider la connaissance des maladies par l’ouverture des cadavres, et les rois d’Égypte, au rapport de Pline, auraient par leur exemple encouragé ces recherches. Malheureusement, les écrits de ces médecins ne sont pas arrivés jusqu’à nous, et les auteurs qui en ont eu connaissance ne nous ont transmis que des vestiges de leurs précieuses découvertes. Les disciples de ces grands anatomistes ne suivirent point la carrière qui leur

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était ouverte. Tout en conservant Je renom de la première école du monde, Alexandrie perdit peu à peu les avantages qui le lui avaient mérité ; les dissections des cadavres humains y devinrent de moins en moins fréquentes, de sorte que l’usage en était perdu au temps de Rufus d’Ephèse, un siècle après 1ère chrétienne.

Sans doute instruit par les écrits sortis de l’école d’Alexandrie, Arétée de Cappadoce (1) signale certaines altérations des cavités splanchniques. 11 attribue quelques vomiques à l’irruption d’une collection purulente de la plèvre à travers les bronches, et fait mention de l’ouverture des abcès du foie dans l’intestin ; il rattache certains ictères à l'obstruction des conduits biliaires par un squirrhe ou par l’inflammation de ces canaux, et même encore à l’inflammation du foie. La description qu’il donne dés ulcères intestinaux conduit à penser qu’il a dû puiser ses connaissances chez des médecins qui avaient pratiqué des autopsies ; ce qu’il dit de la production de l’hémiplégie d’un côté du corps par la lésion de l’hémisphère opposé du cerveau, et de l’hémiplégie directe par lésion médullaire, vient du moins à l’appui de cette manière de voir. Ajoutons que ce médecin décrivit l’éléphantiasis mieux qu’on ne l’avait fait avant lui, et qu’il signala, après Hippocrate, les tophus des goutteux.

Gelse continua à mettre en lumière les faits d’anatomie pathologique appréciables sur le vivant. On lui doit une description des polypes des fosses nasales, de la carie des os du nez, du gonflement inflammatoire

des amygdales, du cancer de la bouche et de bien d’autres lésions. Il connaissait les hernies inguinales et celles de l’ombilic, et fit mention d’une affection qui a rapport au sarcocèle.

Galien, esprit éminent dont l’œuvre est considérée comme le point culminant de la médecine grecque, proclame en principe le rapport intime entre le trouble fonctionnel et la lésion ( actionem, lœdi necesse est , instrumenta efficiente illam quomodolibet lœso; et un peu plus loin ; nullam actionem, lœdi nisi pars quœ illam, efficit , afficiatur) . Comme Hippocrate et Celse, il ne s’occupe guère que des lésions accessibles à la vue et au toucher ; il attribue néanmoins certains désordres de la voix à une modification du nerf récurrent laryngé, il signale les érosions intestinales de la dysenterie, distingue les ulcères des poumons de ceux de la trachée et divise les anévrysmes en deux groupes répondant à notre division des anévrysmes vrais et des anévrysmes faux. Imitant en cela ses prédécesseurs, il rapporte aux tumeurs toutes les altérations caractérisées par

(t) Traité des signes , des causes et de la cure des maladies aigues et chroniques , trad» franç., par L. Renaud, Paris, 183Æ.

F augmentation générale du volume d’un organe, et décrit ainsi l’inflammation, l’érysipèle, l’herpès, les abcès, l’anthrax, le furoncle, la gangrène, le cancer, le squirrhe, l’éléphantiasis, la lèpre, les varices, l’athérome, le stéatome, les hernies, le sarcocèle, l’hydrocèle, Tœdèrae, l’ascite, la tympanite, etc.

Les auteurs grecs et latins qui suivent Galien se contentent de reproduire les connaissances acquises; on ne compte guère parmi eux que des abréviateurs et des copistes ; Oribase, l’auteur présumé de Y Isagoge anato mica , et Aétius d’Amide sont de ce nombre. Il faut excepter peut-être Alexandre de Traites qui a laissé un écrit sur les vers intestinaux, et

Paul d’Egine dont les œuvres particulièrement intéressantes pour le chirurgien renferment une bonne description des ulcères des parties génitales.

Vers le milieu du ve siècle, le flambeau des sciences s’éteignit presque entièrement en Occident par suite des invasions réitérées des Huns, des Vandales, des Goths, des Alains, des Suèves et des Lombards, et de cette époque date aussi la décadence des sciences et des arts en Orient. La médecine, jadis si florissante en Grèce, se réduisit peu à peu à un empirisme superstitieux, et c’est dans ces conditions que le sceptre de cette science passa entre les mains des Arabes. L’anatomie normale ou pathologique ne lit entre leurs mains ou sous leur direction presque aucun progrès, ce dont on ne sera pas surpris, si l’on songe que leur religion leur défendait de toucher à aucun cadavre humain. Rhasès, Ali, Avicenne, n’avaient d’autres, connaissances que celles qui leur venaient des médecins grecs, notamment d’Aristote et de Galien ; Albucasis néanmoins fit des observations judicieuses sur quelques lésions chirurgicales.

Bientôt la culture des sciences commença à s’affaiblir parmi les Arabes, d’abord en Orient, où les Turcs détruisirent la plupart des califats pour y substituer leur gouvernement despotique, puis en Espagne et en Afrique, Dès lors la science médicale devint forcément le partage des ecclésiastiques qui en étaient les seuls dépositaires. Obligés par état de s’interdire toute effusion de sang, ils n’acquirent aucune connaissance anatomique ; bien plus, malgré l’éclat jeté par l’école de Salerne, malgré l’illustration de quelques médecins juifs de cette époque, l’art médical se trouva réduit à de simples applications topiques, ta médecine tomba momentanément dans un grossier empirisme.

Ainsi finit cette première époque qui dura près de deux mille ans. Gomme un germe qui, faute d’un milieu convenable, ne peut se développer, l’anatomie pathologique, pendant tout ce temps, reste sans expansion. Le respect exagéré des anciens pour les morts, l’extrême sévérité

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avec laquelle leurs lois en punissaient la profanation, telles furent les causes qui arrêtèrent l’essor médical et entravèrent le développement de cette branche de la médecine. Mais il est juste de reconnaître, à la gloire des médecins de cette longue période, qu’ils s’efforcèrent de faire tomber les préjugés et qu’ils surent tirer profit du peu de temps pendant lequel l’ouverture des cadavres leur fut permise.

L’anatomie normale et pathologique des animaux esi, dans cette période, un objet d’étude pour un grand nombre de naturalistes et de médecins qui en font des applications à la pathologie humaine. Nous avons déjà signalé une de ces applications tirée de la collection hippocratique ; ailleurs, apportant des arguments en faveur d’une théorie sur les hydropi sies de poitrine chez l’homme, le père de la médecine parle de l’existence dans les poumons du bœuf, du chien et du porc, de tumeurs aqueuses qui ne sont vraisemblablement que des kystes hydatiques.

Aristote fait mention de la ladrerie du porc, de l’angine et de la rage du chien, de la morve de l’âne et du cheval, et il indique l’existence des lésions pulmonaires et hépatiques chez plusieurs de ces animaux. Pline donne aussi, dans son Histoire naturelle, quelques notions touchant l’histoire pathologique des animaux. Si l’ouvrage de Gelse sur l’agriculture a été perdu, par contre, celui de Columelle (De re rustica ), qui nous est conservé, renferme l’indication de la phthisie pulmonaire. Galien rapporte qu’en disséquant des animaux il a trouvé dans le péricarde une humeur abondante semblable à de l’urine, ou une tumeur squirrheuse qui ressemblait à plusieurs membranes épaisses superposées (péricardite). Longtemps après, un célèbre hippiatre, Apsyrtus de Pruse, décrivait la morve et beaucoup d’autres maladies particulières au cheval. Ainsi, on voit que l’étude des lésions organiques chez les animaux est tout au moins contemporaine de celle des lésions de l’homme, si elle ne l’a précédée.

L’état de torpeur intellectuelle dans lequel tomba l’humanité au moyen âge ne pouvait avoir qu’un temps. Après un moment de repos, l’esprit d’initiative et de recherche reparaît; les préjugés s’effacent, les opinions religieuses se modifient, et la levée de l’interdit qui pesait depuis longtemps sur l’ouverture des cadavres rend enfin possibles l’étude du corps humain et la recherche des altérations qui s’y produisent. La médecine alors s’engage dans la voie d’un progrès auquel elle devra de plus en plus d’être une science exacte et positive.

Epoque moyenne. — Non moins brillante pour la médecine que pour les lettres et les beaux-arts, l’époque de la renaissance voit s’accomplir en anatomie la révolution la plus remarquable qu’une science

ait jamais subie. Les Ordonnances de Frédéric II ayant, dès le xme siècle, levé l’interdit qui pesait sur l'ouverture des corps humains, Mondini de Luzzi disséquait en 1306 le premier cadavre livré depuis les temps anciens au scalpel des médecins. Il publia bientôt après un ouvrage d’anatomie que l’on peut considérer comme appartenant à l’anatomie pathologique, car il a fait suivre la description des organes de celle des maladies auxquelles ils sont sujets et des moyens thérapeutiques dirigés contre elles. Son ouvrage, qui a joui d’une grande renommée, a eu plusieurs éditions, dont la dernière en 1541. Guv de Chauliac, le restaurateur de la chirurgie, paraît aussi s’être livré à quelques dissections qui ne furent pas entièrement stériles pour l’anatomie pathologique chirurgicale. Bartholomée de Montagnana, professeur de l’école célèbre de Padoue, assure avoir fait quatorze ouvertures de cadavres, chose prodigieuse en ce temps-là ; mais c’est en réalité Antoine Benevieni à Florence et Alexandre Benedetti à Venise qui ouvrirent Père nouvelle de l’anatomie pathologique, le premier surtout en secouant le joug des théories galéniques et en cherchant dans la dissection des corps la cause des maladies et de la mort. Ainsi, le signal de l’indépendance de la pensée scientifique partit d’une chaire d ’anatomie pour retentir plus tard dans les chaires de philosophie. Du reste, à partir de cette époque, on commence à connaître la valeur des faits ; les lésions observées après la mort dans les principaux viscères sont notées avec soin. J. de Vigo, Bérenger de Garpi, le grand Vésale luimême, ne dédaignent pas ce genre de recherches auquel s’adonnèrent également Fallope, Eustachi, Ingrassias, Riald, Goîumbus, J. de Wier, Coder, A. Paré, Dodoëns, Salus Diversus, Marcel Donatus, Pierre Forestus, Fabrice de Hilden, Fabrice d’Aquapendente et plusieurs auteurs contemporains qui, pour la plupart, s’étaient inspirés de leurs études dans les écoles florissantes de l’Italie.

Schenck de Graefenberg, dans un ouvrage trop peu cité, rassemble laborieusement les matériaux connus de son temps, et les ajoute à des travaux compulsés jusque dans les annales les plus reculées de Part pour en former le premier ouvrage important sur la matière.

Si ces premiers travaux ne portèrent pas tout le fruit qu’on pouvait en attendre, c’est que les hypothèses, tour à tour en faveur, vinrent fasciner les veux d’un grand nombre d’auteurs qui trouvaient plus d’attraits dans des explications toutes faites que dans les secrets qu’il fallait arracher à la mort. Les autopsies n’étaient d’ailleurs pas toujours pratiquées avec un soin suffisant pour renverser des faits vus à travers le prisme des théories et au milieu d’une ignorance fort grande des lois de la physiologie positive. Ajoutons que l’esprit de superstition et de crédulité qui régnait à

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cette époque conduisit trop souvent les observateurs à s’attacher spécialement aux cas rares, extraordinaires, labuleux même, dans lesquels ils trouvaient un aliment à leur amour du merveilleux, sans s’inquiéter le plus souvent d’en vérifier l’existence ou même la possibilité.

Loin d’accroître le mouvement commencé, lexvii® siècle, a son aurore, vit l’élan imprimé aux recherches anatomiques se ralentir tout a coup. Les princes de l’Italie, qui avaient d’abord encouragé ces recherches, cessèrent de les protéger, et il devint difficile de s’y procurer des cadavres. En France, les hommes qui auraient dû se livrer a la culture de la science, médecins et chirurgiens, partagés en deux corps et comme en deux camps opposés, épuisaient tous leurs efforts en des disputes aussi acharnées ([lie ridicules. Épuisée par la guerre de trente ans , l’Allemagne était perdue pour les sciences. Toutefois le siècle dans lequel le chancelai Bacon posa les principes de la philosophie expérimentale et dans lequel se formèrent les plus célèbres académies (Académie des curieux de lu nature; Société des sciences de Londres, 1658; Académie des sciences de Paris, 1664) ne fut pas sans jeter quelque lumière sur l’objet qui nous

occupe.

Harvey-, aidé par l’expérience, fait connaître la plus importante des fonctions, la circulation du sang, et cette découverte est bientôt suivie de celles des Araisseaux chylifères, du canal thoracique et des vaisseaux l\nr phatiques. A côté de Harvey se placent Aselli, Malpighi et Ruysch, les grandes lumières de l’anatomie et de la physiologie a. cette époque où l’on commence à comprendre l’importance de l’anatomie pathologique pour la connaissance exacte des maladies.

Quelques auteurs, comme Schneider, Molinetti , Willis, J. Wepffer, Chr. Bennet, s’occupent plus spécialement des altérations propres à un organe ou à une partie déterminée du corps. Un grand nombre de médecins éditent des centuries d’observations; tels sont : H. Baillou , J. R. Salzmann, Ph. Salmuth, N. Fonteyn, .1. D. Horst, mais surtout Thomas Bartholin, Nicolas Tulpius, Dominique Paranoli, Bernard 4eizascha, G. Blasius, Stalpart Van der Wiel, Hagedorn. Plusieurs autres, Gérard Blasius, J. N. Pechlin, J. J. Darder, .1. G. Peyer, F. Platei, J. Helvig, R. Morton, J. B. Fantoni, contribuent parleurs ouvertures cadavériques à éclairer la nature des affections observées sur le vivant. Enfin quelques auteurs, comme Marc-Aurèle Severin, G. J. Welsch, J. Schrader, j. M. D. Hoffmann, Ét. Blancard, mais surtout Th. Bonnet et J. J. Manget, rassemblent les faits épars et en forment de vastes collections, riche

répertoire d’anatomie pathologique.

L’un des ouvrages les plus importants de ce temps est celui dans lequel

Bonnet passe en revue la plupart des maladies, qu’il range dans un ordre anatomique. Mettant à contribution les écrits de ses contemporains plutôt que les faits puisés dans sa propre pratique, cet auteur sest laissé aller à des ] épétitions fastidieuses de faits entièrement controuvés et même fabuleux, et souvent il considère comme une cause morbifique des accidents qui n’ont aucune relation avec 1a. maladie.

Au xviir siècle, letude de l’anatomie pathologique est plus fidèle et plus impartiale. Moins influencés par l’autorité des anciens, les médecins d’alors observent avec plus de justesse et d’exactitude que leurs prédécesseurs. Leurs observations ne sont plus des faits très-souvent colligés pour la curiosité, mais des matériaux amassés dans le but d’asseoir la médecme sur une base solide et inébranlable. Ainsi l’illustre élève de Valsai va, Moigagni, arrange et coordonne ses observations de façon à les faire servir a la clinique, il s attache à déterminer les rapports des altérations trouvées apiès la moi t avec les troubles fonctionnels observés durant la vie, et de la sorte il vivifie l’anatomie pathologique et crée la physiologie des lésions matérielles. Si son grand ouvrage sur la cause et le siège des maladies ne présente aucune de ces idees fécondes, de ces aperçus neufs qui répandent une vive lumière sur les phénomènes de l’organisation, il i en fei me du moins une masse prodigieuse de faits rigoureusement observés et judicieusement expliqués qui constituent un véritable pro¬

grès.

L’Italie reconquiert pour un instant le sceptre de l’anatomie pathologique; mais en même temps s’élève en Hollande une école qui sera bientôt célèbre. A la tête de cette école se placent, par l’importance de leurs recherches, Albinus et Sandifort, qui ont laissé des observations anatomo-pathologiques précieuses. A leur suite viennent se grouper, dans des centres difféir nts, un giand nombre d auteurs, notamment J. M. Hoffmann, Salzmann, f . Barrère, Llossy, Metzger, P. Camper, Baader, Ch. G. Ludwig, Hautsierck, J. C. Walter, Werner, Home, Leveling, Monteggia, etc., dont les faits intéressants sont consultés avec fruit.

Plus encore que dans le siècle précédent, quelques médecins s’attachent spécialement à l’étude des altérations de quelques organes isolés. Ainsi l’anatomie pathologique du cœur est cultivée par Lancisi, Senac et Meckel, celle du foie par Bianchi, celle de l’œsophage par BleulamC celle de ! intestin par Rœderer et Wagler, celle du cerveau par Gennari, celle des parties génitales par de Graaf, Ph. Bœbmer, Schurig, tandis que les lésions osseuses sont principalement étudiées par CheseIden,Troja, Bonn, Wiedmann, Van Heckeren et Scarpa.

Les plus grands médecins de l’époque comprennent alors l’importance de

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J association du l’anatomie pathologique à la clinique; tr. doflmann à dalle, demi. Boerhaave à Leyde, de llaen, Stolï à Vienne, Pringle et Fothergill en Angleterre, Borsieri en Italie, Sauvage et Pinel en France s’appliquèrent à donner à leurs observations cliniques une base anatomique, et plusieurs d’entre eux furent des modèles à suivre sur la manière dont il faut observer les lésions physiques des organes internes. Les altérations propres au domaine de la chirurgie furent principalement étudiées par Saviard , Petit, Heister, Ledran et les membres de la fameuse Académie de chirurgie ; puis par Siebold, Richter, B. Bell, William limiter, John Huntei, Pott, Desault, Bertrandi et Abernethy. Les anatomistes et les physiologistes contribuèrent aussi pour leur part au progrès de l’anatomie pathologique; tels sont : Palfin, Vallisnieri, Prochaschka, Wrisberg,les Meckel, Sœmmerring et surtout le célèbre daller, qui a embrassé toutes les branches des sciences médicales.

Lieutaud, à l’exemple de Bonnet et après Moritz Hoffmann, recueille avec une excessive concision tous les faits parvenus à sa connaissance , il

rassemble plus de trois mille observations, constituant autant de faits isolés, qu’il se garde d’analyser, de grouper et de lier par des vues physiologiques ou pathologiques. Ch. F. Ludwig cherche à réduire les lésions organiques en un tableau concis ; malheureusement il manque aussi de vues générales et il ne suit d autre distribution que celle de 1 ordre anatomique. Mathieu Baillie, Fauteur d’un des premiers traités d’anatomie pathologique, se préoccupe déjà de la structure des organes malades et de leur physiologie. A. F. Hecker fait paraître un essai de physiologie pathologique ; mais la fin de son livre ne répond pas au commencement. Gonradi et Voigtel publient des ouvrages uniquement consacrés à Fana-’ tomie pathologique.

Plus important que ceux qui avaient paru jusqu’alors, le livre de ce dernier auteur n’indique pas plus que ceux de ses prédécesseurs les rapports qui existent entre les phénomènes pathologiques et les altérations des organes. Néanmoins, dès cette époque, Vetter, dans 1 introduction

d’un ouvrage dont il n’existe que le premier volume, s’élève à des considérations générales, essaye d’établir une classification de toutes les maladies organiques, de remonter au mécanisme et à la cause première de tous les changements d’organisation, qu’il rapporte aux inflammations et

à leurs diverses terminaisons.

L’importance de l’anatomie pathologique une fois reconnue, les faits sont mieux observés, les éléments de vulgarisation se multiplient, des musées se fondent dans plusieurs centres d’instruction, à Londres (1780), à Amsterdam (1789), à Leyde (1793), à Berlin (1796), et enfin a dalle,

Vienne, Pavie, Florence, Paris, etc,, où, grâce aux persévérants efforts et à la libéralité cPhommes tels que J. Hanter, Bonn, Sandifbrt, Walter, Meckel, Dupuytren, ils deviennent de vastes champs d’étude où sont rassemblées et méthodiquement disposées les pièces naturelles conservées et

des productions artificielles en cire qui permettent d’embrasser d’un seul coup d’œil un grand nombre d’altérations des plus remarquables. En outie, dévastés collections iconographiques reproduisent, par la gravure, les lésions les plus curieuses, et ces illustrations, en rendant l’étude des modifications pathologiques des organes plus attachante, facilitent l’intelligence des textes et servent quelquefois à rectifier des appréciations erronées. \ater, Bonn, Sandifort, Baillie et plusieurs autres médecins s’engagent, après Ruysch, dans cette voie qui promet d’être féconde. Enfin apparaissent des journaux qui publient, à mesure qu’ils se produisent, les faits les plus intéressants. A cet égard, Je journal de Vandermonde doit être cité en première ligne.

Les institutions cliniques se multiplient peu à peu, les investigations faites au lit des malades se complètent publiquement par des investigations anatomiques, et ce contrôle, en donnant une plus grande certitude au diagnostic, développe les connaissances d’anatomie pathologique. Poital, Prost, Gorvisart, Bayle, occupent sous ce rapport, avec quelques autres, un rang élevé.

En même temps, 1 étude de la pathologie comparée, entièrement négligée au xv° et au xvie siècle, à peine abordée au xvne par l’essai de Lange, apporte son concours, au xvnie siècle, par diverses publications intéressantes. Ehr. Brunner, dans un travail intitulé : De la fréquence relative des maladies de l'homme et de celles des animaux , passe en revue un certain nombre de lésions observées chez ces derniers ; Nebel,

démontre que les animaux à 1 état sauvage sont rarement malades , contrairement à ce qui a lieu lorsqu’ils vivent à l’état de domesticité. Puis, en 1762, 1 école vétérinaire de Lyon se fonde sous les auspices de Bourgelat, exemple que ne tardent pas à imiter Vienne, Berlin et les principales villes d’Allemagne, en créant des établissements ana¬

logues.

Cependant, malgré de nombreux travaux et les tentatives généralisatrices de quelques observateurs, les archives de l’anatomie pathologique ne se composent encore que de faits plus ou moins rigoureusement observés, de richesses disséminées, de documents épars et pour ainsi dire sans lien. Ce sont tout au plus des collections de lésions distribuées ou par régions, ou par appareils et par organes, en un mot d’après une division anatomique. Il n’y a point encore de déductions dogmatiques, de

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généralisation de principes, et partant point de science proprement dite. En somme, l’anatomie pathologique, restée jusqu’au xve siècle à l’état de germe infécond, prend naissance à partir de cette époque; mais elle ne se développe en réalité qu’au xixe siècle.

Époque moderne. — C’est à Bichat que revient l’honneur d’avoir ouvert une voie plus féconde à cette branche de la médecine; son génie lui imprime un nouvel essor, assure sa marche et montre clairement le but à atteindre. Créateur de l’anatomie générale, l’illustre élève de Pinel est encore, par ses idées et par sa méthode, l’inspirateur des progrès accomplis au xixe siècle dans l’étude des lésions pathologiques. Non content de donner, dans son remarquable traité, une description détaillée des tissus et des systèmes organiques, Bichat a soin d’indiquer les principales altérations que comportent ces systèmes, et de la sorte il rattache l’étude de la lésion à la connaissance de l’organe sain et vivant, fonde l’anatomie pathologique des tissus, qui n’est autre chose que l’anatomie morbide générale, et met ainsi ses successeurs sur la voie qui doit les conduire à la pathologie cellulaire. Pour la première fois, il inscrit en tète de son traité cette importante proposition : chaque tissu a ses lésions propres , principe fécond et hardi, qui pouvait étonner à une époque où la structure des organes était encore incomplètement connue, mais dont le temps et les conquêtes de la science devaient démontrer la justesse. Employant dans ses recherches la méthode analytique basée sur les propriétés physiques, chimiques et vitales des tissus, il ouvrait une carrière nouvelle à tous ceux qui tenteraient de l’appliquer dans le domaine de l’anatomie pathologique. Aussi ses études eurent-elles forcément sur ses contemporains, tant en France qu’à l’étranger, une influence des plus manifestes et des plus heureuses. Chacun comprit qu’il fallait faire pour les tissus malades ce que Bichat avait fait pour les tissus sains, et l’on se mit à l’œuvre.

Tout d’abord, Bayle et Dupuytren, travaillant en commun, publièrent plusieurs mémoires sur les productions fibreuses et sur les productions tuberculeuses. Dans le même moment Laennec composait un travail remarquable qu’il lut (décembre 1804) à la Société de la Faculté de médecine sous le titre modeste de Note sur l'anatomie pathologique , et dans lequel les lésions morbides et les productions accidentelles en particulier, comparées aux tissus normaux, se trouvaient divisées et classées pour la première fois suivant leur nature anatomique, abstraction faite de leur

siégé.

Les travaux de Béclard, de Cruveilhier, d’Andral , de Lobstein, de

Bouillaud, de Gendrin et de beaucoup d’autres auteurs de cette époque, furent également inspirés par le même génie. L’histoire anatomique des inflammations, publiée en 1826 par Gendrin, est le reflet, la copie pour ainsi dire de Y Anatomie générale de Bichat, avec cette différence qu’au lieu des tissus normaux les tissus enflammés y sont fort bien décrits.

Deux ans après, paraissait à Êdirnbourg un ouvrage ( Eléments of general and pathological Anatomy) dans lequel David Graigie suivait exactement la méthode analytique employée par l’auteur de Y Anatomie générale .

A partir de ce moment, l’impulsion est donnée, l’anatomie pathologique est considérée comme l’une des branches les plus importantes de la science médicale, et comme telle elle a ses traités spéciaux. Le célèbre anatomiste de Halle, J. F. Meckel, publie un ouvrage malheureusement resté inachevé, et deux ans plus tard Otto met au jour le sien.

L’un des plus grands anatomo-pathologistes de ce siècle, J. Cruveilhier, après un premier essai d’anatomie pathologique, entreprend et conduit à bonne fin l’œuvre la plus complète et la plus riche de toutes celles qui ont été publiées jusqu’alors, son immortel ouvrage d’anatomie pathologique du corps humain. Vers la même époque parait le premier exposé systématique général sur la matière, le précis d’anatomie pathologique du professeur Andral. Albers de Bonn, Hope, Carswell, Gluge, livrent à la publicité des atlas moins importants que celui de Cruveilhier, mais néanmoins très-remarquables. Les ouvrages spéciaux se multiplient : liasse et Rokitansky publient presque en même temps des traités qui ont un grand retentissement, et qui contribuent largement à vulgariser les connaissances anatomo-pathologiques.

Un grand nombre d’auteurs anatomistes et cliniciens s’attachent dès le commencement de ce siècle à l’étude des altérations propres à certains organes. Les affections du cœur ont pour interprètes Corvisart et ensuite Bouillaud qui montre leur rapport avec le rhumatisme aigu, celles des poumons doivent un progrès considérable à Bayle, à Louis, niais surtout à l’illustre Laennec. Les affections du cerveau sont étudiées par Abercronn bie et Lallemand, les lésions des reins par Bright et Rayer, celles du foie par Andral, Budd et Frerichs. L’anatomie pathologique chirurgicale est représentée par A. Cooper, Dupuytren, Langenheck, Velpeau, J. Guérin, Lhassaignac, Holmes, etc. Les maladies des enfants et des nouveaunés sont suivies par Billard, Bednar, F. Weber, Rilliet et Barthez; celles des vieillards par Durand Farde! et plus tard par Charcot.

Les deüx Géollroy Saint-Hilaire impriment un progrès réel à l etüde des monstruosités cl créent la tératologie. En même temps 1 anatomie patliolo-

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gique est publiquement enseignée, elle a sa chaire officielle dans les principaux centres universitaires ; des sociétés savantes se proposent son étude pour but, notamment la Société anatomique fondée par Dupuytren et la Société pathologique de Londres. Des journaux spéciaux répandent les

connaissances acquises tant en France qu’en Allemagne et en Angleterre ;

chaque jour enfin cette branche de la science des maladies prend une importance plus grande et apporte de nouvelles lumières.

La nécessité de pénétrer plus avant dans la connaissance de la structure des parties affectées se fit alors sentir impérieusement, parce que des lésions anatomiques appréciables aux sens faisaient défaut. Forcés d’admettre des maladies dites essentielles, les esprits rigoureux comprirent qu’il était indispensable de porter F investigation dans les parties les plus élevées de l’organisme où siège la vie. Le microscope, employé au xvne siècle par Leeuwenhoeck avec tant de succès, puis par Malpighi, Needham, Gruithuisen, va fournir, grâce à un nouveau perfectionnement, le moyen d’éclairer la structure intime des animaux et celle des végétaux. Jean Mtiller en fait l’application à l’étude des productions morbides, et par son travail sur les tumeurs il crée définitivement l’histologie pathologique. Il a bientôt de nombreux imitateurs. En Allemagne, ce sont Renie, Gruby, Gluge et J. Yogel qui publie le premier atlas sur la matière, puis Virchow, le célèbre auteur de la Pathologie cellulaire , Kôlliker, l’histologiste habile, Wedl, Billroth, U. Weber, E. Wagner, Recklinghausen, Cohnheim, Rindfleisch, Rud. Maier et beaucoup d’autres chercheurs non moins expérimentés que nous aurons l’occasion de citer plusieurs fois dans le cours de notre travail ; en France, Lebert qui publia tout d’abord un traité de physiologie pathologique bientôt suivi d’un grand atlas où l’histologie commence à trouver place à côté de l’anatomie pathologique, Ch. Robin, l’auteur d’un traité sur les végétaux parasites, très-remarquable pour l’époque, d’un traité de chimie anatomique non moins important et d’un grand nombre de mémoires d h istologie pathologique. Broca, Fol lin et Verneuil suivirent les traces de ces deux maîtres et contribuèrent par des mémoires . divers à implanter chez nous l’étude de l’histologie pathologique. Enfin, Villemin, Vulpian, Gharcot, Corail, Ranvier et beaucoup d'autres s’efforcent d agrandir chaque jour le champ de l’histologie pathologique. L’Angleterre compte parmi ses savants qui se sont les premiers engagés süf le même terrain, Bennett, Simon, Paget, Beale,Wilks, etc. L’Amérique a Peaslee, la Hollandë Schrœder van der Kolk, Schrant, Donders ; l’Italie Porta et Sangalli.

Ainsi, grâce au développement de l’histologie pathologique, l’analyse

des lésions morbides est poussée plus loin, leur structure est mieux connue; on arrive à constater non plus seulement l’altération du tissu, mais celle de l’élément qui le constitue. De là est née la pathologie cellulaire, dernière expression de l’analyse anatomique comme de l’analyse physiologique. Toutefois, i! ne suffit pas de connaître le siège intime des lésions morbides, il importe encore d’en pénétrer l’origine et d’en poursuivre l’évolution. C’est pourquoi l’histologie tend de plus en plus à devenir liistogénie. Son terrain de prédilection pour l’instant est cette frontière indécise qui sépare le tissu sain du tissu en voie d’altération, là où l’état normal confine à l’état morbide commençant. On peut prévoir ({ue pendant longtemps encore cette partie de l’anatomie pathologique soulèvera d’ardentes discussions; mais aussi il y a tout lieu de croire qu’elle conduira à une intelligence plus complète de la maladie et de ses effets, partant à une intervention plus rationnelle de l’art de guérir.

L’anatomie comparée, dans cette dernière époque, suit le mouvement imprimé à l’anatomie pathologique de l’homme. Bergmann étudie dans sa remarquable dissertation inaugurale un grand nombre de maladies existant chez différents animaux, il signale entre autres lésions propres aux poissons parvenus à un certain âge l’oblitération des vaisseaux chargés de fournir à la nutrition des écailles et le remplacement de celles-ci par diverses sortes d’excroissances ; il établit que les singes sont sujets à la phthisie pulmonaire, aux scrofules et autres affections. Plus tard Reynaudet Rayer étudient également, chacun de leur côté, les tubercules pulmonaires du singe. Rayer • publie en 1842 ses Archives de médecine comparée , recueil précieux, malheureusement abandonné, mais qui mériterait d’être repris. Heusinger, dans un ouvrage paru en 1844, fait un parallèle intéressant des diverses maladies des différents appareils chez l’homme et chez les animaux, et donne des indications précieuses sur l’art vétérinaire chez les anciens. Dupuy, Leblanc, Bouley, Delafond, Reynal et Goubaux en France, Gluge et Thiernesse en Belgique, Gurlt et Hertwig à Berlin, Haubner et Leisering à Dresde, Gerlach à Hanovre, Pilhvax et Roell à Vienne, chacun de leur côté, contribuent à l’avancement de la zootomie vétérinaire.

En résumé, l’anatomie pathologique ne se borne plus, comme autrefois, à collectionner des observations, elle ne se contente pas davantage de décrire les caractères extérieurs des organes altérés, elle cherche à pénétrer la structure intime des altérations, leur mécanisme et leur mode de formation. L’élément malade est devenu pour le biologiste' ce qu’est le corps simple pour le chimiste, le but suprême de l’analyse. Déplus, les liquides de l’économie sont, comme les solides, l’objet de recherches minutieuses

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et suivies de la part de plusieurs observateurs, entre autres Andral et Gavarret, Becquerel etRodier, Robin et Verdeil, etc.Tout récemment un instrument nouveau, le spectroscope, est venu aider à ces recherches et permettre de faire une analyse plus approfondie des humeurs de l’organisme.

Après avoir été une science de pure observation, la médecine tend chaque jour à devenir en même temps une science d’expérimentation. Cette tendance commence à se révéler dès le xvne siècle, et le mouvement s’accentue au xvme et au xixe siècle. De nos jours il s’étend du domaine de la pathologie et de la thérapeutique à celui de l’anatomie pathologique. Les recherches expérimentales de Magendie, de Claude Bernard et de plusieurs autres physiologistes conduisent à faire une application de la méthode expérimentale à l’étude de la genèse des lésions matérielles des organes, à la pathogénie. Il importe de chercher à créer artificiellement ces lésions, soit pour en déterminer la cause, soit pour en saisir le mécanisme véritable ; en agissant de la sorte on arrivera à rendre l’anatomie morbide indépendante et on la fera servir utilement à la pathologie.

Des tentatives déjà nombreuses ont été faites dans ce sens; les unes onl eu pour but de confirmer des données cliniques, les autres d’expliquer l’étiologie ou la genèse de certains désordres anatomiques. Cette voie vers laquelle nos recherches pathologiques paraissent avoir conduit quelques expérimentateurs promet d’être féconde. On arrivera de la sorte à prouver ce qu’enseigne déjà l’observation, à savoir que les altérations pathologiques sont toujours subordonnées à l’action d’un agent quelconque, qu’elles ont, pour une cause déterminée, des caractères constants, et qu’il est par conséquent possible de les réduire à un certain nombre de types définis. Ces types ou espèces seront étudiés dans la seconde partie de ce travail, la première sera consacrée à la description des familles et des genres.

Ce rapide exposé est simplement destiné à montrer Dévolution scientifique de l’anatomie pathologique. La bibliographie qui va suivre fera connaître les nombreux travaux qui constituent la richesse de cette science.

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