Cystomes congénitaux du cou
La région du cou n’est pas seulement le siège de fistules congénitales ; on y observe encore, pendant la période fœtale et au moment de la naissance, des tumeurs de diverse nature. Ce sont des inclusions fœtales (1), des kystes dermoïdes (2), des cystosarcomes (3) ou enfin des kystes simplement séreux ou séro-sanguinolents. Comme il a déjà été question des premières de ces tumeurs, nous ne parlerons ici que des dernières.
Lésions relativement rares, les kystes congénitaux du cou ont leur siège ordinaire à la partie antérieure de cette région. Limités sur les côtés par les muscles sterno-mastoïdiens, ils le sont en haut par le maxillaire inférieur; quelquefois ils anticipent sur la face, d’autres fois sur le thorax, ou se prolongent jusque dans l’aisselle. Plus rarement ils occupent la région postérieure du cou, cas dans lequel ils se présentent chez des enfants nés avant terme et s’accompagnent d’autres vices de conformation. Ces kystes sont simples ou composés.
Les kystes simples , très-rares, puisqu’il en existe seulement quelques observations, sont des tumeurs lisses, de consistance variable, ordinairement sous- cutanées et qui occupent le côté gauche de préférence au côté droit. Ils sont formés par une poche unique, divisée quelquefois intérieurement par des trabécules et constituée par une membrane fîbrocelluleuse doublée, d’après un cas de Wernher, d’une membrane lisse analogue à une membrane séreuse ou muqueuse. Leur contenu est une sérosité claire ou jaunâtre, formée d’eau, d’albumine et de sels alcalins.
Les kystes composés, lésions toujours congénitales, occupent en général les parties antéro-latérales du cou, plus rarement ils sont situés à la région postérieure, de chaque côté de la colonne vertébrale. Les kystes antérieurs siègent indifféremment à droite ou à gauche, souvent des deux côtés, et occupent tout l’espace compris entre les deux sterno-
(1) Daubenton, cas de Morand, dans Histoire naturelle de Buffon , 1766, t. IV, p. 381. — Joube , Hist. de V Acad. roy. des sciences, 1754, p. 62, in-4°. — Gilles, De hygromatis cysticis congenitis , Bonn, 1852, p. 11, 14, tab. IL % (2) A notre avis, la plupart des faits publiés dans la thèse de M. Dumoulin (De quelques productions hétérotopiques de muqueuses à épithélium prismatique cilié, Paris, 1866) ont trait à des lésions qui résultent vraisemblablement de la persistance des fentes branchiales, et rentrent ainsi dans notre description. Quelques-uns seulement peuvent être regardés comme se rapportant à des productions muqueuses analogues aux kystes dermoïdes.
(3) L’existence de tissus cartilagineux et osseux dans quelques kystes du cou, l’apparence encéphaloïde de quelques autres, tendent à faire admettre que des formations du genre des tumeurs sacro-coccygiennes qui ont reçu le nom de cystosarcomes peuvent quelquefois siéger à la région du cou. La présence des kystes dermoïdes, en ce point peut s’expliquer par la pénétration de l’élément cutané au niveau d’une fente branchiale.
mastoïdiens (fig. 41.). Ils font au-dessous de la mâchoire inférieure une saillie plus ou moins volumineuse , pouvant atteindre la grosseur de la tête du fœtus. Leur direction, qu’il n’est pas sans intérêt de mentionner, est généralement oblique de haut en bas et d’arrière en avant. Ces kystes sont superficiels et sous-cutanés ou profonds et disséminés dans les interstices musculaires. Assez souvent le même kyste occupe ces différents sièges et s’étend de l’apophyse basilaire jusqu’à la peau de la partie antérieure du cou, contournant le pharynx ou l’œsophage; beaucoup plus rarement ils siègent à la région postérieure du cou, de chaque côté de la colonne vertébrale. Leur forme habituelle est
celle d’une tumeur unique, constituée par la juxtaposition d’un plus ou moins grand nombre de petits kystes ; tantôt, au nombre de trois ou quatre, ils affectent une disposition parallèle ; d’autres fois, moins régulièrement disposés, ils peuvent s’élever à une centaine (Lorain). Le volume de ces kystes est variable, non-seulement dans des tumeurs diverses, mais dans la même Fi g. 41. — Kyste congénital du cou tumeur. Il varie depuis la grosseur d'un (d après Boucher). œuf fa poule jusqu’à celle d’une noix
ou d’une noisette ; assez généralement, il est en raison inverse du nombre des kystes qui, vus en masse, offrent souvent l’aspect de grappes de raisin. Renfermés dans une sorte d’enveloppe fibreuse commune, ces kystes sont constitués par deux membranes, une externe fibreuse ou celluleuse, une interne de nature séreuse ou muqueuse, la première quelquefois très-mince et complètement transparente, la seconde aréolaire plutôt que lisse à sa face interne. Ils sont rapprochés les uns des autres ou séparés par des cloisons plus ou moins épaisses; leur contenu, très-variable, consiste en une sérosité avec ou sans mélange de sang, et si dans quelques cas on y a trouvé de la graisse, des cartilages et des os, c’est que vraisemblablement il s’agissait de productions différentes de celles qui nous intéressent. Cette sérosité est claire, jaunâtre ou verdâtre, comme si elle tenait en suspension la matière colorante de la bile; quelquefois elle est sanguinolente, de teinte brune chocolatée ; une lois , un fragment cartilagineux s’y trouvait mélangé ( Giraldès ) . Ces modifications diverses , observées dans les parties d une même tumeur, sont causées par des exsudats sanguins plus ou moins abondants. Vu au microscope, le contenu de la plupart de ces
MALFORMATIONS
kystes présente des globules sanguins, des cristaux d’hématoïdine, auxquels s’ajoutent des plaques épithéliales et des globules graisseux. L’analyse chimique de la sérosité, dans un cas rapporté par Giraldès, fournit le résultat suivant : eau, 93,86; albumine, 4,90 ; sels alcalins, 0,24 sur 100 parties. Une analyse faite par Bergmann a donné un peu plus d’albumine, 11 pour 100 (Gilles). Les muscles voisins de ces kystes sont généralement amincis ; la peau et les aponévroses sont distendues, les glandes salivaires sont souvent déformées et déviées de leur position normale, soit que la tumeur s’étende jusqu’à la parotide, soit qu’elle fasse saillie au niveau du plancher de la bouche, où elle a quelquefois été prise pour une grenouillette. Ce siège profond indique assez qu’il convient ici de proscrire toute opération sanglante.
L’étiologie des kystes congénitaux du cou n’est pas connue ; on sait néanmoins que ces tumeurs apparaissent à un âge peu avancé du développement fœtal, puisqu’elles ont été rencontrées au quatrième mois de la grossesse. Leur pathogénie toujours obscure a reçu des interprétations différentes. L’hypothèse qui considère ces formations comme des produits pseudo-plastiques (Wernher) et celle qui les fait naître dans les glandes salivaires, en leur attribuant une origine analogue à celle de la grenouillette, peuvent être passées sous silence. Au contraire, les opinions qui suivent méritent notre attention : 1° Les vaisseaux du cou ont été regardés comme le point de départ de ces tumeurs (Goote). Dans cette hypothèse, ces organes, les veines surtout, s’isoleraient peu à peu, en formant des kystes analogues à ceux qui surviennent quelquefois au sein des nævi ; mais cette- origine vasculaire, qui rend assez bien compte de la situation des kystes et de leur contenu sanguinolent, n’est nullement démontrée. 2° Les kystes congénitaux, à l’instar des kystes périnéaux qui naissent dans la glande coccygienne, auraient leur origine dans le ganglion intercarotidien (Arnold). Ainsi ces tumeurs proviendraient d’un organe transitoire formé de vésicules agglomérées, anatomiquement modifiées et persistantes ; mais cette manière de voir n’est pas mieux prouvée que la précédente, et l’on discute encore sur l’existence de la glande en question. 3° Les kystes congénitaux du cou ne seraient que des anomalies de formation^ et comme tels ils résulteraient d’une modification survenue dans le développement des arcs ou des espaces
branchiaux. Cette explication, donnée par Heusinger, semble déjà en
accord avec un certain nombre de faits où se rencontrent plusieurs kystes disposés parallèlement à la mâchoire inférieure; mais, après l’étude que nous avons faite des fistules congénitales du cou, il y a tout lieu de croire que ces kystes sont produits par la dilatation et l’oblitéra-
tion du trajet fistuleux ; ils ne seraient ainsi que des kystes par rétention. Quant aux kystes de la région postérieure du cou, on peut penser, à cause de leur forme et de leur disposition, qu’ils sont simplement des spina-bifida.
Nous ne ferons que mentionner ici les kystes congénitaux de l’aisselle ; ces tumeurs, susceptibles d’acquérir un volume considérable, débordent quelquefois l’aisselle et peuvent s’étaler sur toute la moitié correspondante de la poitrine. Leur surface est lisse ou bosselée ; elles sont formées de kystes multiples avec parois épaisses et un contenu séreux ou colloïde, quelquefois coloré.
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