III. — Pieds bots congénitaux
Le nom générique de pied bot sert à désigner toute difformité du pied caractérisée par une déviation permanente de sa face plantaire, quelles qu’en soient la nature et l’origine.
On reconnaît généralement quatre variétés principales de pied bot : le pied bot varus, que caractérise une adduction forcée avec déviation de la plante en dedans ; le pied bot valgus, qui est produit par une abduction forcée et une déviation de la plante en dehors ; le pied bot équin, causé par une extension forcée avec déviation de la plante en arrière ; le pied bot talus ou calcanéen, que détermine une flexion forcée avec déviation de la plante en avant. Ces différentes variétés sont susceptibles de se combiner deux à deux, et l’on comprend qu elles peuvent donner
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naissance à des formes mixtes plus ou moins nombreuses ; généralement le varus s’associe à l’équin, le valgus au talus.
Le piecl bot peut être congénital ou acquis. Le pied bot congénital, qui doit seul nous occuper ici, n’est point un vice très-rare. La statistique des naissances faites à la Maternité de Paris, de 1858 à 1867, donne un pied bot sur 1903 naissances. Le pied bot varus constitue la variété de beaucoup la plus fréquente. Sur 764 cas de pied bot congénital observés à l’hôpital orthopédique de Londres, Tamplin comptait :
(double . 363 \
droit . 182 j
gauche . 138 F
droit et valgus gauche. . . . 5 \ 703
gauche et valgus droit . 10 /
d’un pied et talus de l’autre . 1 I
\ compliqué d’autres difformités des membres. à J
Valgus . . . Zj2
Talus . . 19
Les modifications anatomiques rencontrées chez les individus affectés de pied bot portent sur divers appareils qu’il nous faut envisager successivement : ce sont les appareils osseux, musculaire et nerveux.
Les altérations du squelette sont constantes et se présentent sous des aspects différents suivant la variété de pied bot.
Dans le pied bot varus congénital, la déformation est caractérisée par l’adduction de l’avant-pied, l’élévation du bord interne du pied avec renver-
Fig. 56. Astragale normal. Fig. 57. Astragale d’un pied bot varus acquis. Figures tirées de mon Atlas d'anatomie pathologique.
sement de sa plante en dedans, l’extension de l’arrière-pied avec élévation du talon. A cette déformation correspondent des déviations articulaires et des déformations osseuses toujours les mêmes. L’astragale est dans la plus grande extension possible sur les os de la jambe , la partie posté-
174 anatomie pathologique.
rieure seule de sa poulie se trouve en rapport avec le tibia, comme il arrive d’ailleurs dans le pied bot varus acquis (fig. 57). Généralement la partie externe de la poulie astragalienne est articulaire, tandis que la partie interne est séparée du tibia et de sa malléole par un ligament interosseux interposé entre les surfaces articulaires. La face postérieure de cet os est aplatie, réduite à un bord ; son col est fortement incliné en bas et en dedans, et sa facette scaplioïdienne, au lieu d’être terminale, est devenue latérale et regarde en dedans et en arrière.
Le calcanéum présente une double incurvation ; il est comme tordu sur lui-même. Sa tubérosité est portée en haut et en dehors, d’où élévation et raccourcissement du talon. Sa face interne est devenue concave et décrit une courbe regardant en haut et en dedans. Sa face externe est convexe, et par sa partie antérieure elle appuie sur le sol. En même temps, son grand axe est devenu transversal par rapport à l’axe de la jambe.
Ces déformations ne se produisent pas sans amener de notables modifications dans la configuration de l’articulation sous-astragalienne. Celle-ci présente, du côté de l’astragale, une surface fortement concave d’avant en arrière, oblique de haut en bas et de dehors en dedans, continuée en dehors par deux facettes formées aux dépens de la malléole externe et du bord inférieur de la face postérieure du tibia ; du côté du calcanéum, une surface convexe d’avant en arrière, oblique aussi en bas et en dedans, est formée aux dépens de la face interne de cet os, devenue supérieure, tandis que sa face supérieure est devenue antérieure. Ce n’est qu’en arrière, en haut et un peu en avant, que ces os se correspondent par des surfaces cartilagineuses; en avant, ils sont reliés par un ligament interosseux résistant. Signalons une nouvelle cavité articulaire, limitée en dehors et en avant par la facette scaplioïdienne de l’astragale, en haut et en dedans par une facette de nouvelle formation, creusée aux dépens de la malléole tibiale. Entre ces deux facettes est une dépression où s’in-r sèrent des ligaments qui divisent en deux parties cette cavité qui reçoit le scaphoïde devenu longitudinal. Dans les cas graves, une articulation supplémentaire se trouve encore entre le sommet de la malléole et le premier cunéiforme.
La déviation du calcanéum ayant pour effet de porter en dedans la facette cuboïdienne , au lieu de la porter en avant , le cuboïde se trouve dirigé de dehors en dedans, et sa face dorsale est devenue antérieure et même inférieure. Les cunéiformes, le métatarse et les phalanges n’ont que leur direction déviée ; leur forme est absolument normale. Néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, ces os ou les cartilages qui les représentent sont moins développés que sur un pied sain du même
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âge. L’atrophie, et cette remarque s’applique aussi au cuboïde, semble porter sur leur face plantaire plutôt que sur leur face dorsale, ce qui s’accorde avec la moindre largeur et la convexité généralement plus prononcée de la plante du pied.
Chez l’individu qui a marché, on constate en outre une subluxation du cuboïde sur le calcanéum, accompagnée de la torsion de cet os, d’augmentation de la convexité de sa face dorsale, devenue externe et inférieure. L’articulation du cinquième métatarsien est reportée en bas et en arrière, sur un plan postérieur à celui des autres métatarsiens. Dans les cas graves, il en est de même, mais à un moindre degré, de l’articulation du quatrième métatarsien : d’où augmentation de la courbure transversale de la voûte plantaire. Le pied bot varus congénital, plus ou moins plat chez le nouveau-né, devient pied creux chez l’adulte.
Les cartilages articulaires, dans les points où les os ne se correspondent plus, se modifient et disparaissent peu à peu avec les progrès de 1 âge. Les ligaments affectent une disposition conforme aux nouveaux rapports que les os ont contractés entre eux. Les ligaments de la face dorsale du pied, ceux de la partie antérieure de la capsule tibio-tarsienne, les ligaments dorsaux du tarse, sont allongés ; mais les ligaments postérieurs et internes qui maintiennent le calcanéum relevé contre les os de la jambe, les ligaments plantaires sont plus serrés et plus résistants que sur un pied bien conformé du même âge ; ils sont les principaux obstacles à la réduction. L’aponévrose plantaire, chez le nouveau-né atteint de pied bot congénital, est généralement raccourcie par suite du rapprochement de ses insertions, mais amincie et atrophiée comme les autres parties de la plante. Chez l’adulte, elle est, au contraire, solide, épaisse, fortement tendue.
Le squelette de la jambe présente des déformations peu sensibles nu même nulles à la naissance, plus prononcées chez l’individu qui a marché. C’est une torsion du tibia, pouvant aller jusqu’à près de 80°, par laquelle la malléole interne se porte en avant, le bord antérieur de la mortaise en dehors. Le péroné, très-grêle, suit ce mouvement, sa malléole tend à devenir postérieure. En même temps, cet os s’incurve en dedans, s’applique contre le tibia, de manière à rétrécir considérablement l’espace interosseux. M. Cruveilhier a signalé dans ces cas des déformations du genou, l’usure des cartilages des condvles externes du fémur et du tibia, du cartilage semi-lunaire interposé et même des couches osseuses sous-jacentes.
Dans le valgus congénital, les déformations osseuses sont moins accusées que dans le varus ; la tubérosité calcanéenne est généra-
lement élevée, mais l’incurvation du calcanéum est moins prononcée. L’astragale est étendu sur la jambe; il semble projeté en bas et en avant ; la partie antérieure de sa poulie n’est plus en rapport avec la mortaise jambière, et sa tête proémine au côté interne de la face dorsale du pied. Le scaphoïde a subi un mouvement de rotation de dehors en dedans ; son extrémité supérieure s’est élevée, sa tubérosité est descendue, entraînant avec elle le bord interne du pied. Le cuboïde a éprouvé une torsion analogue, ayant pour effet de relever sa face externe. Les cunéiformes et les métatarsiens bien conformés, examinés individuellement, prennent la direction qui leur est imposée par les déviations des os de barrière-pied. Ces déviations ont pour effet de diriger la plante en dehors et en même temps d’effacer la concavité de la voûte plantaire ; bien plus, la concavité longitudinale normale est remplacée par une convexité. Il est rare que la déviation se borne à faire regarder la plante en dehors ; le plus souvent, il s’y joint une flexion du pied, surtout de sa partie antérieure, sur la jambe. Du reste, les ligaments calcanéo-scaphoïdien et astragalo-scaphoïdien et les ligaments plantaires du tarse sont généralement allongés. Le valgus congénital se complique fréquemment de l’absence de quelques parties du squelette, notamment d’un ou de plusieurs orteils et de leurs métatarsiens,
Le pied bot équin est la variété que l’on observe le plus fréquemment parmi les pieds bots acquis, pied bot équin pur ou pied bot équin varus. Son existence au moment de la naissance a été mise en doute par plusieurs médecins ; cependant on en trouve dans les auteurs quelques exemples qu’il est difficile de récuser. Dans ces cas, le calcanéum n’est pas élevé en masse, sa tubérosité forme un angle droit avec l’axe de la jambe, et l’astragale est dans la plus grande extension possible. La partie antérieure de la poulie de cet os est en avant des os de la jambe, son col incliné directement en bas. Ainsi déplacé, il comprime, il écrase pour ainsi dire le calcanéum, dont l’extrémité antérieure devient oblique au lieu de regarder directement en avant. Les os de la seconde rangée du tarse sont fléchis sur ceux de la première, les métatarsiens sur ceux de cette seconde rangée. Avec cette disposition concorde une élongation des ligaments dorsaux, un raccourcissement des ligaments plantaires.
Le pied bot équin présente divers degrés, et c’est de son degré extrême, décrit d’abord* par Stolz, que Duval a voulu faire une espèce à part, sous le nom de strephypopodie , ou déviation du pied en dessous. Dans cette variété, le pied est complètement retourné; le malade marche sur la face dorsale du pied, tandis que les orteils sont relevés, leur face
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plantaire appliquée contre la face postérieure de la jambe. L’astragale est subluxé sur la jambe, placé dans la plus grande extension possible ; le scaphoïde et le cuboïde sont luxés sur l’astragale et le calcanéum, et c’est surtout leur face dorsale qui constitue la base de sustentation du tronc.
Dans le pied bot talus congénital , les os sont déviés plutôt qu’altérés. L’astragale est fléchi sur la jambe; la partie antérieure de sa poulie est aplatie contre la mortaise ti bio-péronière ; la partie postérieure, élargie, dépasse beaucoup cette mortaise en arrière. Le calcanéum semble avoir glissé d’avant en arrière sous l’astragale, sans modification de sa forme. Il en est de même des os de l’avant-pied, qui ont conservé leurs rapports normaux entre eux et avec les os de la première rangée du tarse. Mentionnons enfin certains cas exceptionnels de pieds bots dans lesquels le vice de conformation existait avec l’absence totale ou partielle du tibia et du péroné, d’un ou plusieurs os du tarse, du métatarse, d’un ou plusieurs orteils.
Les altérations musculaires sont importantes à noter, en pareil cas, en raison de l’influence pathogénique qui leur a été attribuée. Ces altérations ne sont ni constantes, ni toujours identiques; elles consistent le plus souvent dans une simple atrophie, qui, du reste, s’observe en général dans tous les organes d’un membre affecté de pied bot. Outre cette atrophie, il existe, mais plus rarement, une dégénérescence granulo-graisseuse ou simplement graisseuse des muscles. Dans les cas où ces organes étaient modifiés, l’altération portait sur tous les muscles de la jambe ou seulement sur quelques-uns d’entre eux, et alors la lésion frappait tantôt ceux qui, par une augmentation de leur énergie, auraient pu provoquer la production de la difformité, tantôt ceux qui s’y seraient opposés. Remarquons qu’il s’agit seulement ici des pieds bots examinés à la naissance, non de ceux que l’on a pu observer chez l’adulte.
Le système vasculaire des membres affectés de pied bot n’offre aucune altération.
Le système nerveux nous présente deux ordres de faits. Fréquemment le pied bot accompagne certaines malformations des centres nerveux: acéphalie, anencéphalie, dérencéphalie , spina-bifida, etc.; mais il faut remarquer que si, dans les cas de malformation grave telle que l’acéphalie, par exemple, cette coïncidence est la règle, il n’en est plus de même dans les autres; il va au moins autant de cas de spina-bifida sans pied bot qu’avec pied bot. D’autres fois, il n’existe aucune malformation, appréciable à l’œil nu, du système nerveux. La moelle épinière dans ces conditions a été examinée trois fois au microscope. Or, dans deux cas (observ. de Covne et Troisier, Archiv. de physiol ., lancereaux. — - Traité d’Anat. I. — 42 ,
1872; Tiiorens, thèse de Paris, 1873), il n’a été constaté aucune lésion nerveuse centrale; clans un seul (Michaud, Arc hiv. de Physiol. , 1870), il a été trouvé deux foyers de myélite scléreuse, l’un dorsal, l’autre lombaire, qui ont été pris pour des lésions congénitales, mais qui pourraient bien n’être que des artifices de préparation. Etant donnés ces faits, il est difficile d’accepter l’opinion suivant laquelle le pied bot congénital serait Feft'et d une rétraction musculaire consécutive à une lésion intra-utérine du système nerveux. S’il en est ainsi dans quelques cas, il faut admettre que ces cas sont au moins rares. D’un autre côté, l’inconstance de l’altération musculaire ne permet pas davantage d’attribuer le pied bot congénital à une paralysie de certains groupes de muscles de la jambe. Par conséquent, on se trouve conduit à invoquer, pour expliquer la genèse du pied bot, une pression subie par le fœtus dans le sein maternel, pression résultant de Faction de la paroi utérine ou d’une mauvaise position prise par le fœtus, telle que certaines parties gêneraient le développement normal de certaines autres. Il est des faits favorables à cette théorie; mais là où elle est insuffisante, il faut, suivant Thorens, en venir à l’idée d’une malformation primitive du squelette, inconnue dans sa nature intime, existant par elle-même, indépendamment de toute autre lésion.
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Paris, 1847 . — Blin, Bulletin de la Société anatom. , 1852, 376. — Broca, Ibid. , 390. — Rombeau, Ibid., 414, Main bot radiale. — Eulenburg, JJeber Muskel Paralysie als Ursache der Gelenkverkrümmungen ( Archiv far path. Anat.y etc., t. IX, 1855). — Michaux, Sur les pieds bots [Bail, de VAcadêm. de mèd. de Belgique, 1856). — Verneuil, Bull, de la Soc. aucit., 1858. — Tamplin, British med. Journ., 1860. — Giraldès, Leçons cliniques sur les maladies chirurg. des enfants. Paris, 1866. *— Lannelongue, Du pied bot congénital. Thèse d’agrégation. Paris, 1869. — Bouvier, art. Main bot, dans Dict. encyclopéd. des sciences médicales. Paris, 1871. — W. Adams, Club foot : its causes, patho logy and treatment , lre édit., 1864, 2e édit. Londres, 1873. — J. H. Thorens, Bu pied bot varus congénital. Thèse de Paris, 1873.
§ 6. — NANISME ET GÉANTISME.
[. — Le nanisme est une anomalie de l’être humain, caractérisée par une diminution de volume de toutes les parties du corps et par l’exiguïté de la taille. Les nains sont rarement jumeaux, ils naissent à terme de mères bien conformées, d’une taille ordinaire ou même élevée, et trèsfécondes ; très-souvent la même mère a donné le jour à deux ou à plusieurs nains. Ceux-ci sont généralement très-petits à leur naissance; mais quelquefois aussi on voit des enfants nés avec des dimensions ordinaires s’arrêter dans leur développement et rester nains. On a enfin observé des enfants nains qui, vers Page de quinze ans, c’est-à-dire à l’époque de la puberté, se sont développés rapidement ; l’anomalie n’était alors que temporaire. La taille des nains varie entre 60 centimètres et 1 mètre 20 centimètres ; leur tête est proportionnellement volumineuse, leurs jambes sont courtes et souvent présentent des traces de rachitisme. Ces êtres sont en généra! impuissants avec des individus de taille ordinaire et même entre eux, comme le prouvent les expériences tentées par Catherine de Médicis et par l’électeur de Brandebourg. Ils supportent difficilement les plaisirs de l’amour, sont irascibles, vifs et turbulents, comme les hommes de petite taille. Ils se rencontrent dans tous les pays, notamment dans ceux dont les habitants sont petits (1).
(i) Hérodote a signalé l’existence d’un peuple naitt qüe le voyageur allemand Schvveinfurth prétend avoir retrouvé en Afrique, et dont il fait le portrait suivant i
« Ce qui frappe dans la tribu des Akka ou Tikku-Tikki, C’est, en même temps que le ventre proéminent et pendant, l’extrême ténuité des membres comparativement à la longueur de la partie supérieure du corps, ténuité jointe aune étroitesse et une petitesse remarquable des articulations de la main et du pied. Le thorax, trop ouvert en bas, est, entre les épaules, extrêmement plat et comprimé ; le dos est creux, les jambes sont arquées et les tibias ployés en dedans. Le crâne présente lè type le plus complet du prognathisme
Les anciens attribuaient le nanisme à un défaut de qualité de la liqueur séminale, mais les modernes en ont donné une explication plus satisfaisante en le rattachant à un obstacle apporté à la nutrition et au développement du fœtus, soit par une mauvaise conformation de la mère, soit surtout par une maladie survenant dans le cours de la vie embryonnaire ou fœtale. Cependant on s’explique peu sur la nature de cette maladie, et beaucoup de femmes, mères de nains, ayant eu des enfants bien conformés, il est difficile de trouver dans l’utérus la cause du nanisme. L’expérimentation a tenté à cet égard des recherches qui demandent a être continuées. Et. Geoffroy Saint-Hilaire, ayant secoué dans le sens de l’axe des œufs qu’il plaçait ensuite sous la poule, a obtenu des poulets bien conformés dans tout leur corps, mais offrant un arrêt général et trèsmarqué d’évolution qui permettait de les assimiler à des nains. Dareste a observé, sur des œufs de poule soumis à une incubation artificielle, qu’une élévation anormale de la température pendant la première période du développement de l’embryon, tout en hâtant le travail, tend à diminuer la taille finale des individus et à produire des nains. Suivant cet habile expérimentateur, il existerait une certaine relation entre la précocité du développement embryonnaire et le nanisme.
Bibliographie. — Haller, Ëlém. phys ., t. VIII, pi. II, p. 55. — Buffon, Hist. nat suppl., IV, p. 500. — Ploucquet, Repertorium, art. Pygmaceus. — Jaucourt, art. Nains de V Encyclopédie. — Virey, Hist. nat. du genre humain , t. IL — Ciiangeux, Journ. de phys ., suppl., 1778, t. XIII. — Dupuytren, Bull, de la Fae. de méd ., t. I et IL — Ciiaussier et Adelon, JDict. des sc. mêd ., t. XXXIV, p. 210. — Jaeger, Vergleich. einiger Kinder und Zwerge , 1821. — Quetelet, Lettres sur la théorie des probabilités et Bull, de li Acad, de Bruxelles , lre série, t. XVII, 1850. — Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire des anomalies de l’ organisation, t. I, p. 150. — Dareste, Note sur mie série de rech. expériment. relut, à la térat. (Ann. des sc. nat ., 5e série, 1868, t. X, p. 131).
IL — L’anomalie désignée sous le nom de géantisme est caractérisée par un accroissement de volume et de taille qui dépasse de beaucoup les dimensions moyennes de l’espèce, dimensions que Ton peut évaluer au
et affecte la forme sphérique. Les lèvres sont très-longues et l’obliquité du menton les fait paraître d’autant plus proéminentes. La peau est d’un rouge de cuivre ainsi que les cheveux, très-crépus, courts et peu abondants, assez semblables à de l’étoupe goudronnée. » — La taille des Akka est de 1 m. 30 à 1 m. 50 ; celle des Obongos, autre race
africaine pigmée, découverte par Duchailu, dans les régions du Gabon, mesure au maxi-
mum 1 m. 506, au minimum 1 m. 306. Au-dessous de ces races sc trouvent enfin les Mincopies (maximum 1 m. 480, minimum 1 m. 370) et les Bochismcn (maximum 1 m. 445, minimum 1 m. 14).
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maximum pour l’homme à 6 ou 7 pieds. Les géants ont en général 7 à B pieds, très-rarement 8 1/2 ou 9 ; ils sont lymphatiques, peu robustes et délicats, souvent même ils sont mal conformés et surtout mal proportionnés. L’accroissement de leur volume se manifeste dès la naissance ou seulement pendant l’enfance ; il est très-rapide, mais en général le corps n’atteint son plus haut degré de développement qu’après la puberté. Le crâne ne dépasse pas les limites normales, et les os crâniens seulement acquièrent parfois un épaississement extraordinaire. La tête est relativement petite, et les extrémités inférieures ont la prépondérance dans l’accroissement de la taille; mais quelquefois aussi le thorax et les extrémités supérieures se font remarquer par un volume considérable. Les viscères thoraciques et abdominaux peuvent prendre part à l’augmentation de volume des autres parties, mais jamais le cerveau. Les géants, du reste, ont une intelligence très-bornée, et quelques-uns même sont presque idiots. Malgré l’accroissement des os et des muscles, ils ont un tissu cellulo-adipeux abondant ; ils sont sans activité, sans énergie, peu résistants h la fatigue, et, de même que les nains, ils sont ordinairement impuissants et très-promptement énervés par les plaisirs de l’amour. Les deux sexes sont à peu près également prédisposés au géantisme, mais cette anomalie est toujours moins accusée chez la femme que chez l’homme. Le géan» tisme s’observe chez tous les peuples de la terre, de préférence chez ceux qui ont une grande taille ; il est très-rare chez les animaux. Les géants, comme les nains, meurent de bonne heure, mais par des raisons différentes : ils périssent épuisés, pour ainsi dire, après avoir achevé leur rapide croissance et quelquefois même avant de 1 avoir terminée.
Le mode de production du géantisme nous est inconnu. La plupart du temps les parents des géants ont une taille ordinaire, et dans de rares cas seulement tous les enfants d’une même famille sont affectés de celte conformation vicieuse. Le cas de l’évêque Berkeley, qui serait parvenu à déterminer artificiellement cette anomalie chez un jeune garçon (Mac- Grath), ne peut être accepté ; il tendrait à prouver que le géantisme, contrairement à ce que l’on sait, peut se produire pendant 1 enfance et qu il n’est pas forcément le résultat d’un vice particulier aux premières phases du développement .
Bibliographie. — Is, Geoffroy Saint-Hilaire, paît. 2, livi. I, cbap. i. Haller, Élém. phys ., t. VIII, 2, p. âO.— Buffon, Hist. ncit ., suppl., IV, p. 397. Virey, Bict. des sc. mèd. , Géants. — Giiaussier et Adelon, Ibid., Monstruosités. — Gaetano d’Angora, Mon. dellct Soc. itcil . , 1792, t, NI. Quetklli, Lettres sur Ici théorie des probabilités.
ANATOMIE PATHOLOG [QUE,
§ 7, — - HÉTÉROTAXLES.
Les hétérotaxies constituent un groupe d’anomalies caractérisées par des changements dans la situation des organes, sans altération de la position relative et des connexions.
Ces anomalies peuvent affecter le corps tout entier de F être ou seulement les viscères thoraciques et abdominaux. L’inversion générale ne se rencontre que chez des êtres dont la forme n’est pas symétrique, comme certaines espèces de poissons et de mollusques. Ainsi il n’est pas rare de rencontrer des poissons pleuronectes, comme le turbot, portant du côté droit leurs deux yeux, qui normalement se trouvent du côté gauche, ou encore des escargots dont la coquille tourne en sens inverse ; c’est l’état
normal dans un miroir.
L’inversion splanchnique s’observe au contraire chez l’homme, rarement chez les mammifères. La transposition des viscères chez l’homme a
4 été rencontrée à des âges différents de
jjl la vie, dans l’enlance et jusque dans
la vieillesse ; quelquefois elle n’a été découverte que par hasard et à l’autopsie chez des personnes qui n’avaient pas paru en souffrir. Cette anomalie par conséquent est tout à fait compatible avec l’existence. Elle consiste dans un changement de lieu des viscères thoraciques et abdominaux, en vertu duquel les organes situés dans le côté droit se trouvent du côté gauche, et réciproquement , tandis que les organes médians ont subi un mouvement de rotation d’après lequel leurs parties droites se rencon-
l lG\ ~ Transposition générale des trent à gauche et inversement (fîg. 58). viscères (d apres un croquis du docteur 1 '
Beaunis). a cœur, b foie, crate, d ap- Ainsi le poumon gauche possède trois
pendice vermiforme. lobes, tandis que le poumon droit n’en
a que deux. Le cœur a sa pointe tournée à droite, et sa face postérieure est devenue antérieure. Les veines caves se déversent dans les cavités gauches, d’où émane l’artère pulmonaire. Les veines pulmonaires se rendent dans les cavités droites qui donnent naissance à l’aorte. Ce dernier
V VLKORMATIONS.
vaisseau se porte d’abord do droite à gauche, croise l’artère pulmonaire, dont !a direction est inverse, et descend à droite de la colonne vertébrale et de l’œsophage. Dans la cavité abdominale, le foie occupe l’hypochondre
gauche, son lobe gauche a la forme et le volume d’un lobe droit normal, il porte la vésicule biliaire, reçoit les vaisseaux, et son lobe droit est semblable au lobe gauche du foie ordinaire. La grosse tubérosité de l’estomac, le cardia et la rate sont sit ués dans l’hypochondre droit; le duodénum, à partir du pylore, est dirigé vers la gauche; le jéjunum occupe surtout le côté droit et l’iléon le côté gauche; le cæcum et le côlon ascendant sont placés à gauche, tandis que le côlon descendant et le rectum sont à droite. Cette transposition avec conservation des rapports réciproques ne détermine aucun trouble fonctionnel. Peu fréquente chez l’homme, elle est plus rare encore chez les mammifères ; Goubaux l’a observée une fois chez le
cheval.
L’inversion des viscères a été pendant longtemps l’un des plus forts arguments en faveur de la doctrine de la monstruosité originelle soutenue par Winslow, Haller et Meckel. Serres a essayé d’expliquer les hétérotaxies par le développement inégal des deux lobes du foie primitivement égaux : le lobe gauche, se développant plus que le lobe droit, entraînerait la transposition des viscères ; mais cette explication est insuffisante. Suivant Dareste, l’inversion des viscères ne commence à se manifester qu’à une certaine époque de la vie embryonnaire, au moment où le cœur, d’abord placé au-dessous de la tête, vient faire saillie, sous la forme d’une anse contractile, au côté droit de l’embryon encore couché à plat sur le vitellus. Elle résulte de l’inégalité de développements des deux blastèmes cardiaques qui précèdent la formation du cœur. Dans l’état normal, le blastème cardiaque droit se développe plus que le gauche et détermine ultérieurement l’incurvation de l’anse cardiaque à la droite de l’embryon, puis le retournement de l’embryon sur le côté gauche. Dans l’inversion des viscères, le blastème cardiaque gauche se développe plus que le droit, d’où résultent l’incurvation de l’anse cardiaque à la gauche de l’embryon, et le retournement de celui-ci sur le côté droit.
L’inversion des 'viscères peut être du reste artificiellement produite chez des embryons de poule. Pour cela, Dareste place des œufs de façon que leur axe soit dans une situation oblique par rapporta l’axe des tuyaux de chauffe d’une couveuse artificielle, et que leur pôle aigu soit plus élevé que leur pôle obtus; puis, la température du point de chauffe étant maintenue entre /il0 et 42°, et celle de la pièce où se fait l’incubation subissant une oscillation de 12° à 10°, il parvient à produire un excès de dévelop-
pement à la gauche de l’embryon, et par suite une inversion organique. Mais, dans cette expérience, les poulets sont toujours hydropiques et l’on n’a pu jusqu’ici les faire éclore ; néanmoins cette pathogénie concourt à faire rentrer les hétérotaxies dans la classe des malformations.
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