‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 42 sur 112 · ARTICLE II. — DES NÉOPLASIES · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — DES NÉOPLASIES

Cette dénomination nous sert à désigner tout un ordre de lésions nutritives caractérisées par la formation de tissus nouveaux, plus ou moins différents des tissus normaux, par leur texture et leur évolution (1).

Disposés le plus souvent sous forme de masses circonscrites et plus ou moins arrondies, appelées du nom de tumeurs , les tissus constituants des néoplasies, plus complets et plus durables que ceux des phlegmasies, ont

s’étendre. Par contre, il est impossible d’arriver à les produire artificielle- i ment, et si certaines exostoses peuvent être l’effet d’une irritation méca-

(1) Le sens que nous donnons au terme néoplasie est un peu différent de celui que lui j|û ont attribué les auteurs qui nous ont précédé ; mais nous pensons qu’on nous saura gré de remplacer le mot tumeur , dont la signification est vague et incertaine, par une expression plus précise et plus scientifique.

HYPERPLASIES.

nique, c’est que ces lésions rentrent plutôt clans le groupe des phlegmasies que dans celui des néoplasies.

L’étude des néoplasies a depuis longtemps fixé l’attention des observateurs. Comme toujours, on ne s’occupa d’abord que de la forme extérieure de ces altérations, et dans le groupe des tumeurs figurèrent toutes sortes de tuméfactions solides, liquides ou même gazeuses. Les anciens, tous ceux qui les ont suivis jusqu’à la Renaissance, et même bon nombre d’auteurs du xvue et du xvme siècles, ont divisé les tumeurs en trois groupes : tumores secundum naturam , supra naturam , pr aster naturam (i). Mais ils étaient loin de s’entendre sur la manière d’appliquer chacune de ces dénominations. Après les découvertes anatomiques et physiologiques du xvne siècle, qui permirent d’acquérir des notions plus précises sur les phénomènes de la nutrition, l’acception nosologique du mot tumeur se restreignit peu à peu, et l’école de Boerhaave s’en servit uniquement pour désigner les productions accidentelles surajoutées à l’organisme et carac» térisées par la formation d’un tissu nouveau. Ce sens est encore celui qu’accordent aujourd’hui au mot tumeur la plupart des médecins; il faut en excepter le professeur Virchow qui, à l’exemple des anciens, décrit sous cette dénomination les altérations les plus disparates; aussi, pour éviter une semblable confusion , avons-nous cru devoir abandonner cette expression.

Cependant, dès le xvme siècle, on savait déjà que certaines tumeurs peuvent être formées par le développement anormal d’un tissu normal. Ainsi Littré, ayant montré à l’Académie des sciences, en 1704, une tumeur de la cuisse constituée exclusivement par du tissu adipeux, donna quelques années plus tard (1709) le nom de lipomes aux tumeurs de ce genre. Plus tard, limiter rapporta tous les tissus de formation nouvelle à la sécrétion d’une substance plastique qui devient aussitôt le siège d’un travail d’organisation, et annonça la diversité des affections confondues jusqu’alors sous le nom de cancer.

Laennec, inspiré par Bichat, donne pour la première lois une classification anatomique des tissus accidentels, qu’il divise en deux grandes catégories : 1° ceux qui ont des analogues parmi les tissus naturels de l’économie animale ; 2° ceux qui n’ont pas d’analogues parmi les tissus normaux. Ces deux grandes classes de tumeurs, qui répondaient en partie aux tumeurs bénignes et aux tumeurs malignes des anciens, ont été depuis lors désignées sous les noms de tumeurs homologues et de tumeurs

(1) Consultez le Traité des tumeurs du professeur Broca, où se trouve un historique fort bien fait de la question. Paris, 1866, t. 1, p. 1 et suivantes.

hétérologues . La première classe comprenait, pour ainsi dire, autant d’espèces de tumeurs homologues qu’il y a de tissus normaux ; la seconde classe se divisait, pour Laennec, en quatre espèces, savoir : les tubercules, les squirrhes, l’encéphaloïde et la mélanose. Moins parfaite que la précédente, cette dernière subdivision avait le tort de séparer des lésions semblables, comme Lencéphaloïde et le squirrhe ; mais elle n’en était pas moins un progrès. Vers la même époque, Abernethy, qui ne pouvait, comme Laennec, profiter des principes d’anatomie générale exposés par [Bichat, abordait néanmoins la question obscure et difficile de la classification des tumeurs qu’il divisa en trois genres : les sarcomes , les tumeurs enkystées , les tumeurs osseuses. Son travail donnait un appui à l’idée de Hunter touchant la multiplicité de nature des tumeurs confondues sous le nom de cancer; il fut très-bien accepté des chirurgiens anglais.

A partir de cette époque, l’étude des néoplasies ne présenta rien de bien important, jusqu’au moment où le microscope permit de pousser plus loin l’analyse de ces produits pathologiques. L’application de cet instrument à l’étude des néoplasies fut faite dès 1838, par J. Muller, qui, lui aussi, divisa les tumeurs en deux groupes : tumeurs cancéreuses ou malignes , et tumeurs non cancéreuses. Ce moyen d’investigation ne tarda pas à être mis en usage ; mais, comme il arrive toujours en pareille circonstance, les premiers pas dans cette nouvelle voie furent souvent incertains ; aujourd’hui même ils sont encore mal affermis, n’en déplaise aux histologistes les plus éminents, ce qui tient surtout à la connaissance incomplète que nous avons des tissus normaux. Cette connaissance est, en effet, la base sur laquelle doit se fonder l’étude des néoplasies, qui ne sont que des végétations de ces tissus ; autrement on risque de comparer entre elles des altérations dissemblables et de faire fausse route. C’est pour éviter cette faute que les néoplasies propres à chaque groupe de tissus seront successivement étudiées. Nous examinerons : 1° les néoplasies nées au sein des tissus formés parle feuillet moyen du blastoderme; 2° les néoplasies développées aux dépens des tissus provenant des feuillets interne et externe.

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