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Description . — Le lipome proprement dit (Xjtcoç, graisse) est une tumeur
HYPERPLASIES.
; hyperplasique qui procède èn général du tissu cellulo-adipeux préexistant ;
! c est, selon 1 expression de Morgagni, une véritable excroissance de la mem- I brane adipeuse. Anciennement confondue sous le nom de loupe avec dilféi rents kystes remplis de matière grasse, cette tumeur a été ainsi dénommée | par Littré en 1709, et, à partir de cette époque, le groupe des loupes fut i dh isé en trois variétés : athéromes ou mélicéris, lipomes et stéatomes. La | piemière de ces variétés est constituée par un kyste graisseux, et la troisième est entièrement imaginaire. Le tissu conjonctif sous-cutané est le siège
Fig. 107. — - Lipome en grappe du scrotum. / 1, enveloppant les testicules 1 1 , avec leurs
cordons. (Collection du docteur Péan.)
le plus habituel du lipome, notamment dans les points où la peau est peu tendue, par exemple aux alentours des aisselles et des épaules, aux cuisses, etc. ; mais à la vérité, cette formation se rencontre dans toutes les parties renfermant de la graisse, et meme en des endroits où il n’en existe pas normalement, tels que l’estomac, l’intestin, la tunique vaginale, le scrotum (fig. 107), les reins, le cerveau.
Le lipome offre un volume Variable, depuis la grosseur d’une noisette lancërèàux. — Traité d’Anat. I. — 22
jusqu’à celle d’une tête d’adulte; son poids varie comme son volume; une tumeur de ce genre, développée dans Tune des aisselles, et observée par moi, au début de mes études, pesait 18 kilogrammes. La forme de cette tumeur est ronde lobulée, ses bords sont diffus, mais nettement limités, de sorte quelle se trouve séparée des tissus voisins par une couche condensée de tissu conjonctif, et qu’il est facile de la détacher des parties environnantes.
Sa consistance est molle et élastique, sa coloration jaunâtre ou blanchâtre.
La structure du lipome est semblable à celle du tissu adipeux normal, elle comprend deux éléments principaux : des vésicules adipeuses et un stroma conjonctif auquel s’ajoutent des vaisseaux et des nerfs. Les vésicules adipeuses sont hypertrophiées et, comme l’a constaté Verneuil, deux à trois fois plus grosses qu’à l’état normal; elles sont formées d’une membrane mince et transparente et d un contenu huileux, elles possèdent un noyau refoulé à la périphérie et qui se voit seulement à l’aide de certains artifices. Le tissu conjonctif intercepte des aréoles à l’intérieur desquelles sont disposées les vésicules adipeuses. Le contenu de ces aréoles forme autant de petits lobules qu’on désigne sous le nom de paquets adipeux. Ces lobules sont ordinairement plus gros dans le lipome que dans le tissu adipeux normal, parce que les vésicules sont non-seulement hypertrophiées mais encore accumulées en plus grand nombre dans les aréoles du tissu conjonctif. Des vaisseaux, relativement peu abondants, occupent le stroma fibreux.
La prédominance marquée de Lun de ces éléments aux dépens des deux autres est la cause des variétés du lipome. Dans certains cas où l’élément adipeux est abondant, tandis que le tissu conjonctif et les vaisseaux existent à peine, le lipome est mou, flasque, presque fluctuant (lipome mou ordinaire). Dans d’autres cas, le tissu conjonctif très-épais et trèsserré emprisonne des grains adipeux très-fins, la tumeur élastique et résistante donne la sensation d’une grande dureté (lipome fibreux). L’élément vasculaire peut enfin acquérir un grand développement sur quelques points, et prendre le pas sur l’élément conjonctif (lipome télangiectasique).
Le siège peut aussi, dans quelques cas, modifier les caractères du lipome. Situées immédiatement au-dessous d’un tégument, ou dans les mailles de J sa couche profonde, les productions lipomateuses font généralement saillie ou sont pédiculées, qu’elles aient leur point de départ dans le tissu aréolaire du derme (fig. 108), un de leurs lieux d’élection, ou dans le tissu sousmuqueux, un de leurs sièges les plus rares (1), De même les lipomes dé-
(1) L’existence des lipomes dans ic tissu sous- muqueux ne peut nous surprendre, quand nous savons que le tissu adipeux est une provenance du tissu conjonctif, et que
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veloppés clans le tissu sous-séreux revêtent ordinairement la forme polvpeuse, et peuvent devenir libres dans la cavité séreuse par rupture de leur pédicule (fig. 106), les appendices épiploïques et les franges synoviales se compoitent de cette façon. Contenues dans un tissu cellulaire un peu lâche, ces tumeurs graisseuses se déplacent quelquefois et se portent d’un endroit à un autre du ventre, jusque dans le scrotum.
Les lipomes des os sont très-rares, ceux des muscles sont beaucoup
Fig. 108. — Lipome pédicule du tissu souscutané de la jambe ; la peau est distendue et allongée par la tumeur.
Fig. 109. — Lipome de la partie profonde de l’avant-bras; les muscles et le nerf /sont refoulés par la tumeur graisseuse t. (Pièce déposée parVerneuil au musée Dupuytren.)
plus fréquents, ce qui ne doit pas surprendre, quand on sait que ces organes renferment du tissu adipeux disposé parallèlement à leurs faisceaux. Développés entre les faisceaux musculaires qu’ils refoulent (fig. 109) et qu’ils respectent contrairement à la plupart des autres tumeurs, les lipomes des muscles peuvent acquérir des dimensions parfois considé-
: partout où ce tissu se rencontre, le lipome peut se développer. Ajoutons que chez les individus bien nourris, on trouve généralement des cellules de graisse en différents i endroits du tissu sous-muqueux de l’estomac et de l’intestin.
râbles; Velpeau a vu un lipome intermusculaire de la cuisse qui pesait 16 kilogrammes (1). Les formations adipeuses des glandes acineuses sont rarement circonscrites ; le plus souvent disposés autour des canaux galactophores et des acini, les lipomes de la mamelle ne modifient pas sensiblement la forme de l’organe, qui peut acquérir un volume et un poids énormes.
Evolution . — Le lipome procède d’un tissu embryonnaire qui suit toutes les phases de développement du tissu adipeux, ou bien il provient d’un tissu muqueux, dont les éléments cellulaires se remplissent peu à peu de graisse, et atteignent un volume beaucoup plus considérable que les cellules du tissu adipeux voisin. Il s’accroît lentement par multiplication de ses éléments, et possède une résistance vitale considérable, indépendante dans une certaine mesure du reste de l’organisme. Effectivement, un individu porteur d’un lipome et qui maigrit ne voit pas sa tumeur diminuer de volume dans la même proportion que le tissu adipeux, de sorte que, si l’on voulait faire disparaître un lipome par la diète forcée, on amènerait l’extinction de l’individu tout entier.
Le lipome néanmoins est sujet à des modifications diverses, partielles ou générales. Dans certaines dégénérescences partielles, les vésicules adipeuses se fragmentent en granulations fines, et au lieu de grosses cellules remplies d’une seule gouttelette huileuse, on a des corps granuleux qui rendent la tumeur opaque, grisâtre, et la font ressembler, pour la consistance, au squirrhe en état de dégénérescence graisseuse. Une transformation du même genre peut avoir lieu dans toute l’étendue de la
tumeur, si elle se trouve maintenue par un pédicule étroit, â plus forte raison lorsque ce pédicule vient à se rompre. La graisse alors se décompose, les acides gras se dégagent de la cholestérine et se séparent pendant que la capsule qui entourait la petite tumeur devient très-dense et constitue l’enveloppe fibreuse du kyste qui renferme ces différentes sub¬
stances. Les tumeurs de ce genre, lorsqu’elles occupent la cavité péritonéale et qu’elles ont subi un degré d’altération avancé, sont quelquefois le point de départ d’une péritonite ; j’en ai trouvé dans cette cavité tout à fait saine. La transformation muqueuse du lipome est très-douteuse, ce que 1 on a considéré comme un lipome gélatineux n’est vraisemblablement qu un myxome dans les cellules duquel se dépose de la graisse. L’infiltration calcaire, rare dans les lipomes, se présente sous deux formes : ou bien elle est le résultat de la combinaison d’acides gras avec la chaux et la soude,
(1) On peut voir le moule de cette tumeur au musée Dupujtren.
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substances auxquelles s’ajoutent encore des phosphates terreux, ce qui amène une sorte de mortier ou masse grumeleuse; ou bien elle est produite par l’infiltration calcaire du stroma conjonctif de la tumeur qui prend une dureté et une densité considérables et conserve un état stationnaire ou même diminue de volume.
Exposés à des pressions, à des traumatismes divers, les lipomes sont dans quelques cas affectés d’inflammation. Le processus phlegmasique, caractérisé le plus souvent par une simple induration, est quelquefois aussi suivi de suppuration; aussi, il n’est pas très-rare de rencontrer dans ces néoplasies des abcès plus ou moins profonds, des ulcères, qui donnent à la
néoplosie la physionomie d’une tumeur maligne. J’ai vu un homme qui, depuis plus de dix ans, portait à la racine du bras droit un lipome du volume d’une grosse tête d’adulte, parsemé d’ulcères sanieux, sanguinolents et fétides. L’ablation qui en fut faite n’a jamais été suivie de récidive.
Diagnostic et pronostic. — Le lipome est d’un diagnostic facile, son état lobulé, sa consistance, sa coloration, sa ressemblance avec le tissu celluloadipeux sous-cutané, permettent déjà de le reconnaître à l’œil nu; histologiquement le tissu qui le compose est trop caractéristique pour être méconnu. Le pronostic de cette altération n’a de gravité qu’autant que les tumeurs adipeuses viennent à s’enflammer, à s’ulcérer ou à troubler par leur volume des fonctions importantes ; c’est dans ces conditions qu’il peut être prudent de les enlever. Ces tumeurs, le plus souvent uniques, sont quelquefois multiples, et en nombre considérable. Les lipomes multiples ont un développement tantôt simultané, tantôt successif, et apparaissent en deux ou trois ans, ou même dans un intervalle de temps plus long, comme chez un individu que j’ai observé et qui présentait ! plusieurs tumeurs de ce genre, symétriquement disposées de chaque côté de la colonne vertébrale. On s’explique de la sorte qu’un nouveau lipome puisse se former après l’ablation d’un premier, sans qu’il y ait pour cela d’infection générale.
Etiologie et pathogénie . — Le lipome se développe à tout âge ; on l'a observé chez des vieillards et chez de jeunes enfants; on connaît même des cas de lipomes congénitaux. Toutefois, c’est principalement à partir de l’âge de trente ans qu’il se rencontre, ce qui, selon toute vraisemblance, tient à l’accroissement que prend le tissu adipeux à cette période de la vie. Il n’est pas rare d’observer cette néoplasie sur les points du corps exposés à des pressions prolongées, à la nuque par exemple chez les portefaix, mais il n’est nullement prouvé qu’elle soit l’effet direct du trau-
AN ATO M I E PATHOLOGIQUE.
matisme, car si on voulait la produire artificiellement, il est vraisemblable qu’on ne réussirait pas. D’un autre côté, s’il est vrai que les lipomes multiples dépendent d’une modification générale de l’organisme, il faut bien reconnaître que nous ne connaissons ni la nature de cette modification ni sa cause : admettre l’influence d’un état diathésique, c’est faire aveu d’ignorance. Cependant l'hérédité des tumeurs adipeuses serait peu contestable d’après quelques observations, une de Murchison notamment, où le père et ses deux filles présentaient des tumeurs de ce genre sur des parties à peu près correspondantes; dans ce cas et dans quelques autres, il est assurément difficile de nier l’influence d’une prédisposition transmise. En résumé, il y a lieu de croire à l’intervention d’une cause locale et d’une cause générale dans la production des lipomes, mais ces causes et leur mode d’action sont à peu près inconnus.
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