V. — Néoplasies de tissu cartilagineux. — Chondromes
Dur, élastique, de couleur bleuâtre, d’un blanc laiteux ou jaunâtre, le tissu cartilagineux est histologiquement formé d éléments cellulaires et dune substance intermédiaire (1). Les cellules cartilagineuses, généralement rondes ou oblongues, sont, comme la plupart des cellules, composées d’un protoplasma et d’un noyau ; elles offrent en outre, au bout d’un certain temps, chez les mammifères, une membrane distincte ou capsule de cartilage, couche résistante produite par une sécrétion du protoblaste qu’elle enveloppe étroitement et dont elle peut être séparée par divers réactifs susceptibles de coaguler et de ratatiner son contenu. La substance fondamentale est variable; muqueuse dans les disques intervébraux, elle est ailleurs homogène ou finement granulée. On la trouve enfin composée de fibres ; les unes pâles et parallèles fournissent de la gélatine, les autres opaques et disposées en réseaux sont i constituées par une substance élastique. Les caractères chimiques des cellules et de la subsfance intermédiaire homogène ne sont pas identiques : les premières ont une composition qui les rapproche des substances albuminoïdes, la seconde est formée de chondrine, du moins quand elle est homogène.
(1) Il importe de faire remarquer que, dans de rares cas, le cartilage n’est qu’un i simple parenchyme de cellules sans substance intermédiaire; tels sont, par exemple, le cartilage de la corde dorsale des embryons, et plusieurs cartilages de fœtus de vertébrés, etc.
Les cartilages se développent aux dépens des cellules primordiales de l’embryon qui se transforment en cellules de cartilage, tandis qu’une substance interstitielle qu’on peut faire dériver d'une exsudation des principes constituants du sang s’interpose entre elles dans la plupart des cas (Kôlliker). Or, suivant que celte substance reste homogène ou devient fibrillaire, il se produit un cartilage hyalin, un fibro-cartilage ou un cartilage élastique. L’accroissement des cartilages est assez mal connu ; on sait néanmoins qu’il a lieu, dans la généralité des cas, par multiplication endogène des cellules primitivement formées, et par dépôt incessant de substance intermédiaire entre ces cellules. Ces tissus sont dépourvus de vaisseaux, si ce n’est à l’état pathologique, où ils peuvent se vasculariser. Chez les individus avancés en âge, certains cartilages, notamment les cartilages costaux et thyroïde, présentent fréquemment une infiltration graisseuse ou amyloïde de leurs éléments cellulaires et quelquefois même une dégénérescence muqueuse de leur substance fondamentale, d’où résulte la formation de cavités anfractueuses remplies de matières muqueuses et de granules graisseux. Toutes ces modifications, nous les retrouverons dans les néoplasies cartilagineuses.
Ces néoplasies étaient désignées autrefois sous les noms de tumeurs cartilagini formes ou cartilagineuses, de chondroïdes ; mais sous ces dénominations on comprenait des productions diverses dont un certain nombre seulement étaient constituées par du cartilage (1). L’application du microscope à l’étude des tumeurs permit à J. Millier de tracer une ligne de délimitation plus nette du groupe des chondromes; c’est plus tard et seulement dans ces dernières années que ces tumeurs ont été bien étudiées par Lebert, Dolbeau, et quelques autres pathologistes.
Les néoplasies cartilagineuses sont des altérations d’une fréquence moyenne, pouvant se développer, soit dans les os, soit dans les parties molles; il est à remarquer qu’elles ne sont jamais ni contiguës ni adhérentes au tissu cartilagineux. Cependant il arrive que certains cartilages irrités, subissant une sorte de travail hyperplasique, donnent naissance à des productions cartilagineuses saillantes, analogues aux exostoses des os. Formées aux dépens des cartilages permanents, et appelées ecchondroses ij par Virchow, ces végétations ressemblent peu à une véritable tumeur, mais plutôt à une tuméfaction diffuse du cartilage par accroissement d’une partie plus ou moins étendue de sa périphérie. Elles sont vraisem-
(1) Ajoutons qu’un certain nombre de tumeurs osseuses désignées par les noms de sp'ina ventosa , ostéostéatome, ostéosarcome, etc., paraissent devoir rentrer dans le groupe des chondromes.
HYPERPLASIES,
blablement produites par la division des cellules cartilagineuses préexistantes auxquelles s ajoute une substance intercellulaire nouvelle; c’est un phénomène comparable à celui d’un arbre qui, sur un de ses points, produit un nouveau bourgeon. Ces productions s’observent généralement au ni\ eau des articulations malades, principalement de celles qui sont atteintes de 1 humât isme chronique; elles se rencontrent encore sur les cartilages costaux, où on les voit former chez les rachitiques de petits nodules tout particuliers, enfin sur le cartilage
thyroïde et la trachée, où elles se présentent sous l’apparence de végétations pisiformes occupant les bords ou la surface interne des anneaux cartilagineux auxquels elles sont quelquefois faiblement adhérentes. Des modifications diverses se produisent assez généralement au sein de ces nouvelles formations; la plupart du temps, il s’y développe une véritable ossification^ d’où une Fig. 110. — Trachée et grosses bronches
exostose qui procède d’un cartilage ,dontla face .i,nterne est scmée de Petites
° tumeurs cartilagineuses ossifiées. La mem-
lig. 110); quelquefois la néoplasie brane muqueuse était le siège d’ulcéra-
I ' i r . i - . tionc fil hûrnnl nnorto / T) ! n i « X 1 ’ « L 1 .*
subit une métamorphose régressive tions tuberculeilses- (Pièce due à l’obii-
1 “ ’ geance du docteur Landneux.)
graisseuse ou amvloïde. Ces modes
de terminaison et l’irritation qui généralement préside au début de ces altérations conduisent à les rapprocher des inflammations et à les éloigner par conséquent des véritables chondromes.
Description. — Les chondromes sont pour quelques auteurs des néoplasies hétéroplastiques, à cause de leur développement dans les organes où il n’existe pas de cartilage à l’état normal, comme les os, les glandes salivaires, la parotide, les testicules, etc. Toutefois, ces néoplasies, ayant toujours leur origine dans un tissu de la famille des tissus conjonctifs, c est-a-dire dans un tissu qui a les plus grandes affinités avec le tissu cartilagineux, ne peuvent être considérées comme telles, au même titre du moins qu’une tumeur épithéliale apparaissant dans un os. Ainsi cette distinction, a laquelle on a voulu attribuer une certaine importance, est sans aucune valeur. Les chondromes forment des tumeurs arrondies, lobulées, parfaitement limitées, d’un volume très-variable, car s’il en est qui n’ont que la grosseur d’une noisette ou d’un petit œuf (fig. 111), on en trouve aussi qui présentent un mètre et plus de circonférence. Ces der-
A NATOM IE P A T H O LOG IQUE
3Zi6
nières sont formées de masses distinctes séparées par du tissu conjonctif, plus ou moins sphériques et d’une grosseur inégale, avant les unes le
volume d’une tête d’épingle, les autres les dimensions d’un œuf. Dans quelques cas, il existe, en outre, au voisinage de la masse principale, comme l’a vu Dolbeau, de petits îlots cartilagineux isolés, dont l’importance ne doit pas échapper au chirurgien. La consistance des tumeurs cartilagineuses est tantôt dure, tantôt molle, suivant que l’élément cellulaire ou la substance intermédiaire
prédomine. Entre ces deux Fig. 111.— Chondromes des doigts. (Mus. Dupuytren.) extrêmes on trouve tous les
intermédiaires possibles. D’ailleurs la mollesse n est souvent que le résultat d’une modification de la tumeur primitive, qui est en général ferme, résistante, élastique.
Les chondromes, comme le cartilage normal, sont formés histologiquement de deux parties : des cellules particulières et une substance intercellulaire , fondamentale.
Les cellules sont rondes comme chez l’embryon, fusiformes ou étoilées comme chez l’adulte, souvent plus volumineuses ou plus petites que les cellules du cartilage normal ; mais elles sont le plus
F.fi. 112. - Coupe microscopique d’un chondrome 01.dinairement comprises dans sous-cutane 1 1. Tractus conjonctifs formant des al- *
véoles au sein desquels sont comprises les capsules une capsule ( fl g. 112). La
de cartilage c c, séparées par une substance inter- h u intercellulaire est mediaire homogène. (D apres 1 Atlas d anat. patri.
de Lancereaux et Lackerbaucr.) variée, tantôt transparente
et homogène, tantôt tibroïde ou fibreuse. Dans la plupart des cas enfin, les noyaux cartilagineux sont circonscrits par une membrane conjonctive qui envoie dans la profondeur de la tumeur une loule
HYPERPLASIES.
de prolongements filamenteux limitant des alvéoles où se trouve contenue la substance cartilagineuse disposée en forme de lobes.
Les chondromes n’ont pas toujours l’homogénéité parfaite des cartilages normaux, souvent la substance fondamentale qui appartient à une masse cartilagineuse diffère de celle d un autre groupe ; certains lobes en effet sont formés par du cartilage hyalin, d’autres par du cartilage muqueux, par du fibro-cartilage, du cartilage à cellules ramifiées ; la plupart sont revêtus d une membrane fibreuse qui leur sert de périchondre et dans laquelle rampent des vaisseaux qui servent à leur nutrition. Au-dessous de cette membrane se rencontrent une couche de capsules lenticulaires aplaties dans le sens de la surface, puis des capsules globuleuses, et au centre existent de grandes capsules contenant plusieurs générations de cellules. La combinaison du tissu cartilagineux avec les tissus qui composent d’autres tumeurs plus ou moins malignes n’est pas extrêmement rare; dans ces conditions, la néoplasie cartilagineuse est toujours accessoire.
Les chondromes présentent des variétés nombreuses déterminées la plupart par la différence de structure du tissu cartilagineux. Ces variétés sont aussi fréquentes que les formes du tissu cartilagineux normal, et même plus fréquentes puisque certains chondromes ont leur type dans des cartilages propres aux animaux inférieurs et qu’ils ne se ren-
fS
t ig. 113. — Chondrome de la base du crâne, e, sphénoïde; t, tumeur. (D’après V Atlas d’ Anatomie pathologique de Lancereaux et Lackerbauer.
contrent pas à l’état physiologique chez l’homme. Au lieu d’être renfermées dans une capsule, les cellules cartilagineuses, comprises en pareil cas dans une substance fondamentale homogène, présentent des prolongements par lesquels elles s’anastomosent les unes avec les autres.
Exceptionnellement formé par un seul lobule de cartilage hyalin recouvert d’une membrane fibreuse, le chondrome est d’ordinaire composé de masses multiples reliées entre elles, soit par un tissu conjonctif (fig. 113), soit par un fibro-cartilage vasculaire ; puis, dans quelques cas, à côté d’îlots cartilagineux bien organisés, se trouvent des noyaux plus ou moins abondants, de tissu embryonnaire mélangées de tissu fibreux ou cartilagineux. Ces dernières tumeurs ont été considérées à tort comme des chondro- sarcomes ; ce sont des chondromes dont la trame se trouve formée de tissu conjonctif en voie de développement. Si par hasard la trame fibreuse vient à prédominer entre les lobules cartilagineux, la variété de chondrome qui en résulte est connue sous le nom de chondrome fibreux. Plus rarement on observe des chondromes réticulés et des chondromes à cellules ramifiées ; enfin, il n’est pas rare de constater la réunion de plusieurs variétés
dans une même tumeur.
Les chondromes, envisagés au point de vue de leur topographie, présentent des différences sensibles. Dans le tissu osseux (1), ils se développent presque toujours dans les premières années de la vie, circonstance qui a pu porter à leur attribuer une origine cartilagineuse. Les os de la main sont plus souvent affectés que les autres, et en général plusieurs d’entre eux sont simultanément atteints ; les os du pied sont beaucoup moins exposés; viennent ensuite les fémurs, les os du bassin, en dernier lieu les os de la face et de la tête. La plupart des chondromes osseux ont leur point de départ dans le corps même de l’os; un petit nombre prennent naissance
Fig. 114. — Chondrome de l’extrémité supérieure de l’humérus. Cet os est le point de départ de la tumeur (D’après un dessin offert par Nélaton au musée Du puytren.)
(1) Les os sont, de tous les organes, ceux qui sont le plus souvent atteints de chondromes. Sur 36 cas de chondromes rapportés par Muller, les os figurent 32 fois, les parties molles seulement 4 fois. Sur 104 faits réunis par Lebert, les os sont affectés 104 fois et les parties molles 21. Enfin, O. Weber a trouvé 237 cas d’enchondromes connus des os pour 67 des parties molles.
HYPERPLASIES
dans sa partie corticale ou dans le périoste (fig. 114) . Les premiers ne se révèlent que tardivement, au moment où la tumeur devient proéminente à la surface de 1 os, tant par la distension de la couche osseuse préexistante que par la formation de couches osseuses nouvelles sous le périoste irrité. Les seconds sont tout de suite apparents ; ils n’ont pas de coque osseuse. On peut \ distinguer trois couches différentes (Cruveilhier) : une couche externe cartilagineuse, une couche moyenne crayeuse ou en voie d’ossification, enfin une couche interne osseuse adhérant aussi solidement à 1 os que 1 externe cartilagineuse adhère au périoste encore persistant.
Les chondromes des parties molles se rencontrent dans tous les points où
Fig. 115. — Chondrome de la parotide fer. nat.), datant de trente ans. G représente une faible portion de la glande non envahie par la néoplasie. (Collection du docteur Péan.)
existe un tissu conjonctif ; ils ont leur siège de prédilection dans les glandes
et en particulier dans la parotide (fig. 115) et le testicule, qu sent rarement tout entiers, bien qu’ils acquièrent parfois considérable. Le plus souvent la formation morbide se
’ils envahisun volume produit par
nodules isolés et donne naissance à des masses multiples tantôt réunies, tantôt solitaires et entre lesquelles on constate l’existence de culs-de-sac et de conduits glandulaires dont les éléments se multiplient d abord et dégénèrent ensuite. Consécutive a une irritation de Aroisinage, cette altéialion n’est pas spéciale au chondrome ; elle existe pour toute espèce de tumeur glandulaire, notamment le fibrome, et par conséquent n’est en aucune façon l’indice d’une tumeur de mauvaise nature. Les glandes, du reste, sont généralement envahies par des chondromes mixtes et souvent très-complexes où les différentes variétés de cette néoplasie se rencontrent à des phases diverses d’évolution. La composition chimique intime du chondrome a été peu étudiée ; soumise à une ébullition prolongée, cette végétation, comme le tissu cartilagineux normal, fournit de la chondrine; cependant quelques chondromes des parties molles semblent faire exception en donnant de la gélatine.
Evolution. Le chondrome naît d un tissu embryonnaiie développé aux dépens du tissu osseux ou du tissu conjonctif oïdinaiie. Dans le tissu osseux, on observe d’abord, disent Corail et Ranvier, des phénomènes semblables à ceux de l’ostéite ; les cellules de la la moelle et les cellules adipeuses prolifèrent, puis les cellules embryonnaires qui résultent de cette prolifération se séparent bientôt les unes des autres par l’interposition d’une substance transparente. Les trabécules osseuses voisines se présentent avec des échancrures dans lesquelles végètent les éléments de nouvelle formation. Dans la portion la plus ancienne du tissu embryonnaire, les cellules, distantes les unes des autres, séparées par la substance fondamentale transparente, arrivent peu à peu à constituer un petit îlot de cartilage au centre d’une cavité médullaire agrandie. Autour de cette petite masse de cartilage, les cellules embryonnaires végètent pendant que le travail de médullisation de 1 os se complète; en même temps, les trabécules osseuses se résorbent et les cavités médullaires voisines s’ouvrent les unes dans les autres, de façon a con¬
stituer une grande cavité au centre de laquelle se trouve le nodule cartilagineux. Celui-ci s’agrandit par l’adjonction du tissu embryonnaire qui l’entoure ; mais plus tard ce tissu se transforme en tissu libreux et constitue à l’îlot cartilagineux un véritable périchondre. Alors les capsules périphériques de cet îlot deviennent lenticulaires, s’aplatissent sous l influence de la pression du tissu conjonctif, tandis que les cellules cartilagineuses centrales s’arrondissent ou se multiplient de manière à donner naissance à des cellules et à des capsules secondaires dans l’intérieur des grandes capsules primitives. Les mêmes phénomènes se produisent lorsque
HYPERPLASIES,
ic chondrome prend naissance dans le tissu conjonctif, car on voit appaiaître des îlots de cellules embryonnaires aux dépens desquelles le cartilage naît suivant son type ordinaire de développement. Dans certains cas, lorsque le mouvement formateur est très-lent, la substance fondamentale
fibreuse persiste, les cellules s’entourent de capsules, et il se fait ainsi un libro-cartilage.
L accroissement du chondrome a lieu par l’augmentation des îlots cartilagineux existants et par la formation de nouveaux îlots. L’accroissement de l’ilot ou nodule primitif s’effectue par la segmentation du noyau, puis du protoplasma des cellules cartilagineuses qui de\ ienncnt en même temps très - volumineuses ; la croissance des nodules est toutefois limitée et non démesurée. En général, chaque nodule ne dépasse pas beaucoup la grosseur d’un noyau de cerise, et souvent il reste plus petit. Au pourtour d’un premier îlot se forment donc un tissu embryonnaire, puis de nouveaux nodules qui, en s’appliquant aux îlots déjà existants, augmentent le volume de la tumeur, de telle sorte que le chondrome volumineux, malgré une certaine apparence d’unité, est en définitive un produit multiple. Ce mode d’accroissement permet de comprendre la généralisation de quelques chondromes, car l’influence (pii préside à la formation de ces nodules peut bien donner lieu à l’apparition de foyers indépendants dans les os voisins, et quelquefois même dans les parties molles environnantes. Ainsi s’explique l’existence de chondi ornes dans plusieurs des os de la main et du pied, dans des extrémités voisines 1 une de l’autre, quoique séparées par une articulation ; le fémur et le tibia sont particulièrement exposées à ce mode de généralisation.
Les tumeurs cartilagineuses ont une marche lente et quelquefois intermittente; elles peuvent séjourner dans les tissus pendant un temps tiès-long, vingt et trente ans, sans produire de désordres sé~ îieux. Leur extension est toute locale, mais il n’en est pas moins vrai qu’une tumeur qui siège primitivement dans Los s’étend peu à peu aux parties molles, tellement qu’on a quelquefois vu les vaisseaux sanguins et lymphatiques dilatés et obstrués par des végétations cartilagineuses ; les glandes lymphatiques correspondantes sont toutt'iois rarement altérées. Paget, examinant un chondrome placé au bas de la veine cave et développé dans les glandes lymphatiques, a observé que les vaisseaux de ces glandes étaient dilatés et remplis de cartilage. Virchow, dans un cas de chondrome du scapulum se continuant dans les parties molles, trouva une dégénérescence cartilagineuse des glandes lymphatiques du cou. L’infection ehondromateuse
que l’on ne doit pas confondre avec la généralisation qui n’affecte jamais qu’un seul système organique, parait devoir être admise bien qu’elle ne repose que sur un petit nombre de faits. Au nombre de sept ou huit, ces faits présentent cette particularité tout à fait digne de remarque, à savoir que les poumons, a part un cas, ont toujouis été le siège de la métastase.
Le chondrome est soumis à des métamorphoses de diverses natures, progressives ou régressives. La vascularisation et l’ossification constituent les métamorphoses progressives qui sont rares et toujours partielles. Plus commune , la calcification ou incrustation calcaire est due a un dépôt de sels de chaux dans les capsules des cellules caitilagineuses; elle détermine la formation de cercles solides autour des cellules et une apparence de tissu osseux. Cette modification, qui d abord affecte le centre de la tumeur, n’est pas toujours 1 effet d un processus passii , elle a parfois une évolution comparable a celle de 1 ossification ellemême. Les cellules contenues dans les capsules prolifèrent, puis, celles-ci s’ouvrent les unes dans les autres, et il se forme au centre du tissu cartilagineux une cavité médullaire à laquelle le périchondre envoie ses vaisseaux. Dans cet état, la moelle embryonnaire peut rester stationnaire, se transformer en tissu adipeux , donner naissance à un tissu fibreux, s’infiltrer de sels de chaux ou produire des
trabécules osseuses d’une existence temporaire.
Les métamorphoses régressives, le plus souvent graisseuse ou amyloïde, sont tantôt indépendantes, tantôt concomitantes et disséminées sur des points différents d’une même tumeur. Un de leurs principaux effets est d’arrêter le développement ultérieur de la tumeur. Dans quelques cas, les cellules cartilagineuses subissent la métamorphose graisseuse, tandis que la substance intermédiaire, devenue fibrillaire ou striée, finit par se convertir eu une masse filante, gélatini tonne, qui renferme une forte proportion de mucine et peut donner naissance a des kystes muqueux, ou même à des trajets fistuleux. Ainsi s expliquent ces points fluctuants que présentent certains chondromes primitivement durs dans toutes leurs parties. Un travail d’ulcération superficielle se remarque encore sur celles de ces tumeurs qui distendent la peau, surtout quand ce tégument se trouve exposé à l’action des agents irritants.
Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic anatomique du chondrome est facile; sa forme lobulée, les îlots fermes, blanchâtres, brillants qui le constituent, ne peuvent permettre de le confondre avec les
HYPERPLASIES.
néoplasies déjà étudiées. Le myxome seul pourrait prêter à l’erreur, c’est dans le cas où le chondrome a subi une transformation muqueuse ; mais comme cette transformation n’est jamais complète, il en résulte qu’on peut toujours arriver au diagnostic de la néoplasie cartilagineuse.
En dehors de son action locale, le chondrome pouvant entraîner dans quelques cas l’infection de l’organisme offre un danger plus sérieux que le myxome et le lipome. 0. Weber a vu un embolus cartilagineux transporter jusque dans les poumons cette altération dont le degré de gravité est par conséquent variable. Plus les éléments constitutifs de cette néoplasie sont jeunes et plus le développement de sa masse est rapide, plus elle est maligne, c’est-à-dire plus elle tend à détruire localement et à se généraliser. Au contraire, plus le développement des éléments d’un chondrome est lent, plus ces éléments se rapprochent de lage adulte et plus ils sont isolés par un tissu fibreux, moins la tumeur offre de danger. Par conséquent, si au pourtour d’un chondrome qui vient detre extirpé existent des traînées de tissu embryonnaire ou de cartilage en voie de développement, s’il n’y a pas de périchondre fibreux il y a à craindre une récidive sur place, où même la production de nouvelles tumeurs dans divers organes. En d’autres termes, les chondromes sont d’autant plus malins, que, par la forme de leurs éléments, par leur évolution, etc., ils s’éloignent plus du type physiologique.
Etiologie. — Les chondromes sont des lésions du jeune âge ou de l’âge adulte, souvent ils apparaissent dans les premières années de la vie, rarement dans la vieillesse. D’après une statistique dressée par 0. Weber i et comportant 94 cas de chondrome des os, le début du développement de la tumeur remontait dans plus de la moitié des cas aux vingt premières années de la vie, et dans un tiers environ à l’âge de dix ans. Cette altération est d’ailleurs quelquefois congénitale , et l’hérédité a paru à quelques auteurs jouer un certain rôle dans sa production. Paget raconte qu’un malade qui avait un chondrome du radius eut un fils qui fut atteint d’un chondrome du même os ; 0. Weber cite un exemple où l’influence héréditaire aurait été ressentie par toute une famille. L’opinion de quelques auteurs (Lenoir, Virchow) tendant à mettre le chondrome sur le compte du rachitisme ou d’une perversion dans le développement des os (Muller, Chassaignac) n’est pas suffisamment prouvée. Le traumatisme a une action réelle, car le chondrome survient quelquefois à la suite de fractures ou de contusions ; mais ce n’est là qu’une cause déterminante, vu la rareté des cas où cette néoplasie succède aux influences mécaniques.
lancereaux. — Traité d’Anat.
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VL — Néoplasies de tissu osseux. - — Ostéomes.
Le tissu osseux consiste morphologiquement en une substance fondamentale et en un grand nombre de petites cavités microscopiques disséminées dans son intérieur. La substance fondamentale, dure et rigide, est blanche, homogène, granuleuse ou fibreuse, le plus souvent lamelleuse; elle résulte de la combinaison intime d’une substance collogène, complètement identique avec celle du tissu conjonctif, avec certains composés inor-
HYPERPLASIES.
ganiques, parmi lesquels le phosphate et le carbonate de chaux tiennent le premier rang. Les cavités osseuses (corpuscules osseux des auteurs) ont de 0mm,013 à 0mm,031 de longueur et de 0ram,006 à 0mm,015 de largeur. Dt foi me généralement lenticulaire, elles communiquent les unes avec les autres par un grand nombre de lins prolongements ou canalicules osseux; quelques-unes s’ouvrent, par l’intermédiaire de ces derniers, à la surface externe des os ou dans les espaces médullaires plus ou moins larges qui existent dans leur épaisseur. Chacune d’elles renferme une cellule étoilée, cellule osseuse , avec une paroi propre, un noyau ovalaire, long en moyenne de 0mm,006. Les os contiennent en outre des vaisseaux et des nerfs accompagnés d’une substance particulière qui les soutient , la moelle. Composée d’un tissu conjonctif très-lâche, ayant dans ses mailles un grand nombre de petites cellules spéciales, appelées cellules médullaires, et de rares cellules de graisse, la moelle remplit les cavités de la substance spongieuse des os, les canalicules qui parcourent la substance compacte et qui s’ouvrent, à la surface externe ou interne de l’os (canaux vasculaires de Havers).
L’os ne provient pas directement des cellules de l’embrvon, mais bien
d'un tissu cartilagineux
ou d’un tissu fibreux qui redevient embryonnaire pour se transformer ensuite en tissu osseux. L’accroissement de l’os en longueur s’effectue aux dépens du cartilage ; son accroissement en épaisseur a lieu par l’intermédiaire du périoste, audessous duquel existe une couche de cellules rondes ou polygonales ( blastème sous-périostal , Ollier), semblables à celles de la moelle embryonnaire et destinées comme elles à se transformer en tissu osseux.
Fig. 116. — Ostéome bilobé de l’os maxillaire supérieur, qui a luxé la mâchoire inférieure. (Musée Dupuytren.)
Le tissu osseux fait partie de tous les os du squelette, y compris les osselets de l’ouïe, l’os hyoïde, les os du système musculaire ou os sésamoïdes ; il compose la croûte osseuse ou cément des dents, et à un âge avancé il remplace assez ordinairement les cartilages du larynx. Ce tissu est le siège de végétations nombreuses, dont quelques-unes, plus spéciales au groupe des phlegmasies, sont connues sous les noms d 'exostoses et d 'énostoses, suivant qu’elles occupent la périphérie de l’os ou sa cavité médullaire. A la périphérie de Los, où elles forment des saillies plus ou moins volumineuses et irrégulières, les exostoses ont une structure semblable à celle de l’os normal, avec cette différence que les canaux de Havers qui entrent dans leur composition ont une direction généralement perpendiculaire à celle des canaux de Havers de l’os ancien. Cette disposition résulte de la direction des vaisseaux ostéo-périostiques, qui sont, comme on le sait, perpendiculaires à la surface de l’os et qui, lorsque la moelle sous-périostique se transforme en tissu osseux, déter-
Fig. 117.
Section verticale du lobe antérieur représenté fîg. 116. a, pédicule ; b, dent molaire située dans la rainure interlobaire.
minent la direction des canaux de Havers et la disposition des lamelles. Les énostoses qui prennent naissance dans l’épaisseur même de l’os offrent cette même disposition : elles sont habituellement formées par du tissu compacte et comblent plus ou moins le canal médullaire. Les
HYPERPLASIES.
exostoses sont les unes liées au développement du tissu osseux (exostoses ostéogéniques), les autres produites par des maladies générales, telles que la syphilis, le rhumatisme, etc. Je n’insiste pas sur la description de ces lésions, qui auront leur place dans l’étude que nous ferons plus loin des altérations du tissu osseux.
Description. — Les ostéomes proprement dits sont des formations osseuses, ordinairement isolées et circonscrites, de forme et de volume variables. Le plus souvent arrondies, ces productions sont quelquefois aplaties , lamellaires, plus ou moins irrégulières, et ces différences sont fréquemment subordonnées au siège des tumeurs, qui est tantôt le tissu osseux, tantôt le tissu conjonctif. La composition histologique de ces tumeurs est celle du tissu osseux; on y trouve de la substance osseuse avec ses ostéoplastes, de la moelle osseuse et des vaisseaux.
Toutes les variétés du
tissu osseux (compacte, Fl(;- — Extrémité supérieure du fémur sur le bord
• , v , interne duquel se trouve un ostéôme spongieux o dont
po glCUX, etc.) peuvent ]e point qe départ est le périoste ou les tissus les plus
se rencontrer dans ces voisins.
tumeurs. L’ostéome compacte est une tumeur ferme, plus ou moins allongée et j aplatie, constituée par du tissu osseux compacte, avec ses canaux de Havers et ses ostéoplastes. La substance osseuse y est disposée en lamelles concentriques entourant les canaux vasculaires, qui n’ont généralement pas la disposition régulière et parallèle de la substance diaphvsaire des os longs (lig. 116 et 117). L’ostéome spongieux a l’aspect d’une masse rougeâtre très-vasculaire, friable, d’une dureté médiocre. Il est formé de lamelles ou d’aiguilles osseuses, avec des ostéoplastes contenant dans leurs intervalles une moelle très-abondante, le plus souvent embryonnaire, gélatiniforme, fibreuse ou adipeuse (lig. 118).
L’ostéome éburné forme des masses extrêmement dures et plus ou
moins lisses. 11 se présente quelquefois sur la face interne des os du crâne, sous forme de lamelles concentriques parallèles à la surface de la tumeur (Virchow). Au milieu de ces lamelles existent des corpuscules osseux dont les canalicules sont pour la plupart dirigés vers la périphérie^ comme dans le cément des dents; on n’y distingue point de canaux vasculaires. Cette variété se retrouve dans les cavités de la face, où elle présente une remarquable analogie avec les calculs vésicaux à couches concentriques, sauf cette différence que jamais les dépôts de substance osseuse ne s’incrustent autour d’un noyau de matière étrangère; sa vascularisation est si faible qu’il semble que la tumeur se nourrisse par imbibition de voisinage.
Les variétés de siège des ostéomes sont d’autant plus nombreuses que ces tumeurs peuvent se développer^ non-seulement dans le tissu osseux, mais encore dans tous les tissus de substance conjonctive, principalement les aponévroses et les muscles, la dure-mère et l’œil. Au sein du tissu
Fig. 119. — Ostéome double de la voûte crânienne, a, ostéome situé sur la partie moyenne et latérale gauche du frontal ; b, ostéome plus petit siégeant au niveau de l’angle postérieur et supérieur des pariétaux. (Musée Dupuytren.)
osseux, ces tumeurs sont disposées comme les corps fibreux dans les parois de l’utérus, elles soulèvent les couches osseuses qui les recouvrent au fur et à mesure qu’elles se développent, les amincissent et finissent par les détruire (fig. 119). Les os du crâne et principalement la région fronto-orbito-ethmoïdale, le maxillaire supérieur, sont les points de leur localisation habituelle; Cruveilbier en rapporte trois cas qui n’avaient pas d’autre siège. Quelquefois, on les observe à la surface de l’os, et le périoste en est le point de départ.
Les ostéomes des fosses nasales et des sinus de la face, pour être rares,
HYPERPLASIES.
n’en ont pas moins été l’objet d’une étude attentive. Ce sont des tumeurs isolées, habituellement ovoïdes, présentant des sillons et des bosselures saillantes, dont la surface lisse ne dépasse guère 5 à 6 centimètres de diamètre. Immobiles dans la cavité qu’elles remplissent plus ou moins complètement, ces productions paraissent implantées sur le squelette et reposer sur une base solide; cependant il est possible de les énucléer, car elles sont souvent libres et indépendantes. Dans quelques cas seulement^ il existe un point d’implantation à l’os caractérisé par des rugosités du squelette et de la portion correspondante de la tumeur et par l’absence d’une membrane tomenteuse; partout ailleurs la nouvelle
formation est recouverte d’une enveloppe.
Les ostéomes de la dure-mère ne sont pas extrêmement rares; ils se développent principalement sur la faux cérébrale, où ils forment des lames de i à 3 centimètres de longueur et de plusieurs millimètres d’épaisseur, comparables à des crêtes de coq (fig. 120). Dans un cas qui ni est personnel, cette végétation ne tenait à la dure-mère que par un
mince filament fibreux renfermant quelques vaisseaux. Les ostéomes de l’arachnoïde , généralement multiples, revêtent la forme de minces lamelles, appliquées à la surface de cette membrane. De semblables formations ont été quelquefois rencontrées dans l’œil, où elles occupaient soit la choroïde, soit le corps vitré.
Certains cartilages, no- Fig. 120. — Ostéome de la dure-mère, f , cuir chevelu;
tamment ppiiy dn lo rvT1v os pariétal; e?, dure-mère; e, faux du cerveau perforée
en b et présentant en a un ostéome.
de la trachée et des bronches, sont quelquefois atteints d’ossification, sous l’influence des progrès de l’âge. Les cellules cartilagineuses commencent par proliférer, les capsules primitives s’ouvrent les unes dans les autres, les capsules secondaires se dissolvent; il se forme ainsi un tissu embryonnaire dont le développement est exactement conforme à celui de l’état physiologique, puisque au sein de ce tissu apparaissent des trabécules dans lesquelles les cellules embryonnaires deviennent des corpuscules osseux. Un sem-
blable travail s’opère quelquefois à la surface interne des cartilages trachéaux irrités par la présence de tubercules. La figure 110, p. 3à5, est un exemple de ces productions chondro-osseuses.
Les ostéomes qui affectent les tendons se montrent généralement au voisinage des os, et seulement chez des individus jeunes; ils débutent par la portion adhérente à Los et se prolongent sous forme de longues aiguilles ou stalactites dans la continuité de ces cordons fibreux, jusque dans les muscles. J’ai vu au musée anatomique de Louvain un squelette dont la plupart des os étaient couverts d’ostéomes en même temps qu’un grand nombre de muscles, notamment ceux du cou et de l’épaule ; les muscles adducteurs de la cuisse étaient transformés en tissu osseux. Rokitansky signale l’existence assez fréquente d’un ostéome dans le biceps chez les fantassins, dans les adducteurs de la cuisse chez les cavaliers de l’armée autrichienne.
Les ostéomes naissent, comme le tissu osseux, tantôt aux dépens d’un tissu cartilagineux préalablement formé, tantôt aux dépens d’un tissu conjonctif embryonnaire, et par conséquent leur développement s’opère suivant le mode physiologique.
Ces tumeurs ne peuvent être confondues anatomiquement avec aucune autre tumeur; les tumeurs fibreuses, incrustées de sels de chaux, s’en distinguent par l’absence de corpuscules et de canaux osseux. Le pronostic de ces lésions est tout entier dans les désordres locaux qu’elles déterminent : l’usure des os, la compression et l’altération des tissus mous. Si elles sont quelquefois multiples, ces tumeurs ne deviennent jamais infectieuses.
L ostéome est une affection du jeune âge plutôt que de la vieillesse. C’est entre quinze et trente ans qu’ont été observés la plupart des cas d’ostéome des sinus de la face, c’est-à-dire à une époque où la muqueuse de ces sinus atteint son maximum de vitalité, ce qui conduit à rattacher les ostéomes à un phénomène de nutrition anormal et non à un processus phlegmasique. La coexistence, dans quelques cas, de ces tumeurs avec des polypes muqueux ou fibreux, semble indiquer qu’elles peuvent se développer sous l’influence de modifications nutritives de la muqueuse assez semblables à celles qui président à la formation des myxomes ; cependant, il n’est pas démontré que les ostéomes ne soient que des polypes muqueux ossifiés. Le traumatisme n’a ici, comme dans la plupart des cas de tumeurs conjonctives, d’autre action que celle de cause déterminante ; le cal exubérant, les ostéomes développés au voisinage d’une fracture sont des preuves de cette influence. Les formations osseuses sont du reste communes partout où survient une irritation de l’os ou du périoste, au niveau des ulcères de la peau, des dents cariées ou retenues dans leurs alvéoles. La syphilis, le rhu-
HYPERPLASIES. 35 j
matisme et toutes les maladies générales prédisposant aux exostoses sont au contraire sans influence sur la production de l’ostéome.
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VIL — Néoplasies de substance conjonctive fïbrillaire. — Fibromes.
Très-répandu dans l’organisme, où il forme les tendons, les aponévroses, le périoste, le derme cutané, le derme muqueux, les membranes vasculaires, etc., le tissu conjonctif fïbrillaire ou tissu conjonctif ordinaire est constitué par une substance d’apparence fïbrillaire disposée
anatomie pathologique.
sous forme de faisceaux, par des fibres élastiques et par des éléments cellulaires. Les faisceaux, finement striés et ondulés suivant leur longueur, ont un diamètre variable de (Tm,005 à 0““,050 (Ranvier), Traités par le carmin, ils se colorent en rouge; examinés dans feau ou la glycérine additionnée d’acide acétique ou formique, ils se gonflent, se décolorent et perdent leur aspect fibrillaire; en même temps, ils présentent des étranglements sous forme d’anneaux ou de spirales que semble maintenir une sorte de fibre qui reste colorée en rouge. Placées à côté de ces faisceaux, les fibres élastiques sont caractérisées par une forte réfringence, une forme cylindrique, des anastomoses nombreuses et la résistance à l’action des acides ou même des alcalis. Les cellules sont de deux ordres :
les unes, situées le long des faisceaux du tissu conjonctif, sont grandes, plates comme les cellules épithéliales des séreuses, et contiennent un novau également aplati avec un ou plusieurs nucléoles , les auties paiaissent complètement libres, elles ont tous les caractères des globules blancs du sang ou cellules lymphatiques. En résumé, le tissu conjonctif est formé de faisceaux tapissés par des cellules aplaties, glissant les uns sur les autres et limitant des espaces dans lesquels se trouve un liquide qui
tient en suspension des cellules lymphatiques.
La substance fondamentale et les faisceaux de tissu conjonctif donnent par la coction une substance collogène, à 1 exception de la cornée, qui fournit de la chondrine; les éléments élastiques renferment de la substance élastique, la composition chimique des cellules est inconnue. A l’état embryonnaire, le tissu conjonctif ne contient pas de gélatine et se trouve vraisemblablement formé par une substance protéique. Ainsi, il faut admettre une transformation de la substance albuminoïde en substance collogène pendant l’intervalle tpi sépare la période embryonnaire du développement complet de ce tissu.
Dans la période embryonnaire, le tissu conjonctif est représenté par des cellules arrondies à noyaux vésiculeux, dépourvues de membrane, réunies les unes aux autres par une petite quantité de substance intercellulaire de nature albuminoïde. Plus tard apparaissent des séries longitudinales de cellules fusiformes constituées par un noyau mince allongé i et une masse de protoplasma. Ces cellules se modifient peu a peu, au point de se terminer par des prolongements filiformes, de perdre leur protoplasma, tandis que le noyau persiste et que la substance fondamen- , taie intercellulaire devient striée et se transforme en faisceaux de fibrilles allongés et condensés. Le tissu élastique traverse à peu près les mêmes phases de développement que le tissu fibreux, en ce sens qu’il est représenté à un certain moment par des cellules embryonnaires, plus tard par
HYPERPLASIES.
des cellules fusiformes. A l’état pathologique, le tissu conjonctif se développe d une façon identique; mais en vertu de circonstances spéciales, mal déterminées, il s’arrête quelquefois à la fin de l’une de ses phases devolution et ne parvient pas à son complet développement. Nous appelons fibromes embryonnaires toutes les formations incomplètes de ce tissu, qui sont généralement décrites sous le nom de sarcomes (1), et fibromes adultes les néoplasies dans lesquelles le tissu pathologique accomplit toutes les phases de son évolution.
i°* • — Fibromes embryonnaires.
Les fibromes embryonnaires forment des tumeurs ovoïdes ou rondes, quelquefois nettement limitées ou même circonscrites par une espèce de capsule fibreuse, le plus souvent diffuses et envahissantes. D’un volume trèsvariable, tantôt un peu molles, tantôt dures et élastiques, ces tumeurs ressemblent, non pas à la chair musculaire de l’homme, mais plutôt à celle du lapin. Leui suilacede section, de teinte blanchâtre ou rougeâtre, lisse, brillante, humide, donne peu de suc à la pression, excepté dans les parties es plus molles qui se laissent facilement déchirer ou réduire en bouillie. Elles sont essentiellement formées de cellules réunies par une substance intermediaire variable et interrompue par des vaisseaux plus ou moins a londants. Ces cellules ont des formes diverses, et de même que pour accomplir son développement complet le tissu conjonctif passe par deux états morphologiques distincts, la cellule ronde ou ovale et la cellule fusi- : forme, de même les fibromes embryonnaires sont composés plus spécialet ment, tantôt de cellules arrondies (fibrome embryonnaire globo-cellulaire), t tantôt de cellules fusiformes (fibrome embryonnaire fuso-cellulaire). Fibrome embryonnaire globo-cellulaire. Désignée par Ch. Robin sous le nom de tumeur embryo-plastique, cette néoplasie, encore connue sous les dénominations de sarcome à cellules rondes (Billroth) et de sarcome encé-
(D Le nom Je sarcome (oàp?, chair) désignait autrefois, d’après Galien, des tumeurs c apparence charnue, et plus particulièrement des tumeurs polypeuses. Après quelques c angements opérés dans sa signification et un oubli assez complet, ce mot a eu la bonne fortune d’etre remis en honneur à la fin du siècle dernier, et dans ces derniers temps la plupart de nos contemporains d Allemagne en ont doté toute une classe de tumeurs. Cette enomination, malgré sa racine insignifiante, est généralement acceptée en France pour esigner une sene de formations pathologiques, qui, par leur tendance à la généralisamn se rapprochent du carcinome. Déjà nous avons montré que certaines lésions congé m aies décrites comme des sarcomes par les auteurs classiques les plus compétents étaient n ree ement des cas de montruosités parasitaires (voyez page 103 de ce volume). Le P us grand nombre des tumeurs sarcomateuses restantes nous paraît devoir rentrer dans la
c asse des fibromes; ces tumeurs ne sont en effet que des végétations du tissu conjonctif ordinaire arrête dans son évolution.
ph al oïde (Corail et Ranvier), se présente sous la forme de masses homogènes, jaunâtres ou rougeâtres, molles, élastiques, semi-translucides et d’apparence médullaire, ce qui lui a valu d’être confondue pendant longtemps avec le cancer encéphaloïde. D’un volume qui varie depuis la grosseur d’une lentille jusqu’à celle du poing, ces masses, comprimées ou raclées, offrent tout d’abord un suc transparent, et plus tard, par suite de la liquéfaction cadavérique de la substance fondamentale et par suite de la mise en liberté des cellules, un suc blanchâtre, lactescent. Elles sont composées de cellules réunies par une petite quantité de substance intermédiaire molle et amorphe, et alimentées par des vaisseaux. Les cellules petites, globulaires, assez régulières, sont formées d’un noyau relativement volumineux, à contours bien tranchés, muni de un à trois nucléoles, et d’un protoplasma peu abondant, sans membrane propre, qui devient manifeste après durcissement de la tu¬
meur et coloration de la préparation par le carmin Ainsi, ces éléments ont
la plus grande ressemblance avec ceux qui composent les bourgeons charnus (fîg. 1 21). Les vaisseaux sont volumineux, dilatés ou anévrysmatiques; leurs parois sont un peu plus épaisses que celles des vaisseaux du tissu de granulation. Comme ces derniers, ils sont constitués par une simple couche de cellules aussi leur rupture facile donne souvent lieu à des ecchymoses ou à des hémorrhagies diffuses.
tiG. 121. pessm microsco- pe fibrome embryonnaire globo-cellulaire est
pique d’un fibrome embryon- . J ?
naire rapidement développé tantôt solitaire, tantôt multiple d’emblée, et de
dans le mediastin et la plevre ig y pamp (]ans certains CHS, pouvoir se
gauche, cbezun jeune homme 1 1
de dix-sept ans . Le tissu fibril- généraliser, notamment dans les organes pul-
laire normal est infiltre de monajres> \\ prend naissance, le plus SOUVent,
jeunes cellules rondes sem- 1 .
biabies aux cellules desbour- au sein des membranes conjonctives, et pnnci-
geons charnus. Gross., J 60. paiemerjq dans le périoste et dans les enveloppes des centres nerveux ; on le retrouve encore dans la peau et le tissu conjonctif sous-cutané, les membranes muqueuses, les séreuses, les os, les muscles et même les glandes, surtout les mamelles et les testicules (1). Son développement est rapide, et quelquefois même il prend en très-peu
(1) Le fibrome embryonnaire du testicule peut compter parmi les plus malins, et cela en raison sans doute de la richesse vasculaire de cet organe. Je me souviens d’avoir opéré d’une affection de ce genre, avec mon maître M. Miction, un de mes amis, jeune étudiant âgé de vingt ans, chez lequel, malgré tous les soins donnés à l’opération, il se produisit au bout de peu de temps une récidive dans les ganglions iléo-lombaires, dans le ventre et dans les poumons, qui fut bientôt suivie de mort.
HYPERPLASIES. 3^
de temps, par suite d’hémorrhagies successives dans son épaisseur, un accroissement considérable. C’est ce qui s’est passé dans un cas récent observé par moi, où un fibrome globo-cellulaire développé au niveau du bord inferieur du foie acquit en peu de temps le volume d’une grosse tête d’adulte, à tel point qu’il remplissait toute la cavité abdominale et pouvait être pris pour lui kyste de l’ovaire (fig. 122).
Fig. 1 22. — Le foie vu par sa face concave présente sur son bord inférieur un fibrome embryonnaire hémorrhagique t. a e, pai tie de la tumeur non envahie par l’hémorrhagie; b, vésicule biliaire distendue par la pénétration dans sa cavité de la substance du fibrome ; f f\ lobes droit et gauche du foie; c, veine cave; d, veine porte.
Fig. 123. — Coupe microscopique du fibrome globo-cellulaire représenté fig. 122. b by portions de lobules hépatiques entre lesquels se trouve la végétation ; c c, tissu embryonnaire ; a, éléments du fibrome. Grossissement, 160.
Les éléments cellulaires du fibrome embryonnaire, au lieu de continuer à se développer, s’infiltrent, dans les points les plus anciennement formés, de granulations graisseuses fines et de granulations plus grosses et brillantes pouvant faire croire à une conversion des cellules sarcomateuses en cellules graisseuses. Cet état de métamorphose donne
aux points envahis une coloration plus ou moins foncée et jaunâtre. Quelquefois la tumeur est partiellement affectée d’une altération qui se révèle, à l’œil nu, par la transparence, la consistance gélatineuse et tremblotante du tissu, au microscope, par la présence d’une abondante quantité de substance fondamentale muqueuse : c’est l'a dégénérescence muqueuse. Plus rarement, elle est le siège d’une infiltration calcaire ou pigmentaire. Dans le premier cas, le néoplasme est parsemé de grains calcaires ; dans le second, la tumeur est infiltrée, sur une plus ou moins grande étendue, de granules de pigment qui lui donnent une teinte noirâtre.
Le diagnostic du fibrome globo-cellulaire n’est pas toujours sans difficultés : sa ressemblance avec le tissu des bourgeons charnus peut tromper, mais on évitera l’erreur en tenant compte de l’extension de la lésion et de sa persistance à l’état embryonnaire. En effet, tandis que le tissu inflammatoire s’organise complètement ou dégénère, le tissu du fibrome persiste à l’état embryonnaire. Le lymphome, qui ressemble parfois au fibrome globo-cellulaire, s’en distingue par la présence d’un réseau intercellulaire très-délicat qui rappelle le réticulum des follicules lymphatiques de la muqueuse intestinale et que l’on découvre en pratiquant sur la tumeur durcie une coupe très-fine, et en enlevant soigneusement toutes les cellules avec le pinceau. Atteint par la dégénérescence muqueuse, le fibrome globo-cellulaire ne sera pas confondu avec le myxome, si l’on tient compte de l’existence des éléments embryon¬
naires dans les endroits non dégénérés.
Le pronostic du fibrome globo-cellulaire est relativement grave en raison de sa facile extension. Constituée par un tissu jeune qui tend à s’accroître rapidement et à se généraliser, cette altération est dans quelques cas le point de départ d’une infection secondaire; il n’est pas très-rare, après son extirpation, de la voir récidiver surplace ou sur un point quelconque de l’organisme, notamment dans les poumons. L’étiologie de cette affection est peu connue ; il est cependant quelques faits où son développement paraît avoir succédé à un traumatisme ; elle est le propre des individus jeunes
et des organismes débilités.
Fibrome embryonnaire fuso-cellulaire . — Décrit par Lebert sous le nom de tumeur fibro-plastique , le fibrome embryonnaire fuso-cellulaire est simple ou infiltré de granulations pigmentaires ; par cela même, il présente deux variétés distinctes.
Le fibrome fuso-cellulaire simple forme des masses d’apparence charnue, d’un volume variable pouvant atteindre la grosseur d’une tête d’enfant ou d’adulte (fîg. 124). Ces masses, de coloration grisâtre, blanchâtre ou rosée, consistantes, ordinairement fermes, sont, tantôt nettement délimitées,
ÏIYPERPLASIES.
tantôt en partie confondues avec le tissu des organes qui en sont le siège. Elles sont composées de cellules allongées, réunies par une substance intermédiaire, et de vaisseaux. Les cellules consistent en un corps cellulaire, renflé au niveau du novau, terminé à ses deux extrémités par des prolongements uniques ou multiples parfois très-longs. Le corps cellulaire, finement granulé, n’est limité par aucune membrane; le noyau est ovale, avec ou sans nucléole. Ces éléments sont régulièrement disposés les uns à côté des autres, de telle sorte que 1 angle aigu, resté libre entre les extrémités amincies de deux éléments voisins, se trouve rempli par l’extrémité effilée d’une troisième cellule située en avant ou en arrière. De cet arrangement résulte une masse compacte de cellules parallèles formant de véritables faisceaux qui ont à leur tour une disposition parallèle, perpendiculaire, rayonnée ou circulaire à partir d’un centre commun. On comprend que sur une coupe pratiquée dans de semblables conditions on aperçoive des tourbillons de cellules séparés par des tractus longitudinaux qui les entourent. Les tourbillons représentent la section transversale des faisceaux, les tractus interposés
représentent leur section longitudinale (fig. 125). Les cellules allongées ont la plus grande analogie avec celles qui constituent les cicatrices récentes; comme ces dernières, elles sont maintenues par une substance
Fig. 12 lx. — Fibrome fuso-cellulaire. t, t, (tumeur fibr o -plastique) développée à la partie postérieure du mollet, vraisemblablement dans l’aponévrose interosseuse et le périoste. (Collect. du DrPéan.)
intercellulaire qui n’est qu’un ciment amorphe et agglutinatif (fig. 126). Dans quelques cas, principalement lorsque l’altération occupe les os, les mâchoires, etc., on trouve, interposées entre des corps fusiloimes, des
FiG. 125. — Coupe microscopique d'un fibrome fuso-cellulaire; elle représeme des faisceaux de cellules fusiformes ayant, les uns par rapport aux autres, une direction perpendiculaire. Grossissement, 220.
Fig. 126. — Dessin microscopique d’un fibrome fuso-cellulaire avec éléments plus volumineux que ceux delà fig. 125. Grossissement, 220.
cellules munies de deux à quinze ou vingt noyaux, et que le professeur Robin a appelées du nom de cellules à myéloplaxes (fig. 127); ce sont des éléments jeunes provenant d’une multiplication exagérée de noyaux qui n’a pas été suivie d’une segmentation correspondante du protoplasma. Les vaisseaux, généralement nombreux, suivent la direction des faisceaux
cellulaires les plus considérables, puis ils se distribuent en réseaux comme dans les parenchymes; c’est donc à tort qu’on a voulu leur attribuer la direction des traînées cellulaires. Ils manquent à peu près complètement de paroi propre et se présentent sur des coupes comme des canaux creusés dans la substance du fibrome, avec cette différence que les cellules qui limitent leur lumière sont régulièrement disposées.
Ces vaisseaux peuvent être nombreux et volumineux, dilatés et anévrysmatiques, d’où la dénomination de fibrome
Fig. 127. — Dessin microscopique d’un ni- • • ■
fibrome embryonnaire composé de cel- mSO-ceilulaiie teleailgiectasique , leill
iules fusiformes et de cellules à noyaux rupture est la cause d’hémorrhagies qui multiples. (Myéloplaxes de Ch. Robin.) , . , , , . ( ,.
laissent a leur suite une pigmentation
partielle, distincte de la pigmentation généralisée du fibrome mélanique.
HYPERPLASIES. 309
Certains auteurs décrivent comme une seconde forme de cette altération une tumeur composée de cellules allongées très-grandes, (sarcome fuso-cellulaire à grandes cellules). Les éléments cellulaires de cette forme, dont les dimensions peuvent être considérables,
0mm,l()0 en longueur, 0mm,032 en épaisseur, possèdent au niveau de leur plus grande épaisseur un noyau volumineux, ovaleet muni d’un nucléole brillant. Fermes et fortement réfringents, ils sont simplement accolés, ou du moins ils ne paraissent pas être réunis par une substance intermédiaire, ce qui les rapproche des endothéliums. 11 est donc permis de croire qu’un certain nombre au moins des tumeurs ainsi décrites, au lieu d’être des sarcomes fusocellulaires avec éléments hypertrophiés, sont simplement des endothéliomes.
Le fibrome fuso-cellulaire mélanique est Fig. 128.— Tète et pariie supérieure plus qu’une variété, c’est pour ainsi dire de l’humérus atteint de fibrome mé-
x .... . lanique fuso-cellulaire développé aux
une espece distincte, car il a la propriété dépens du périoste, de se reproduire sur place ou loin de son
point de départ en conservant toujours les mêmes caractères; c’est une néoplasie constituée par des masses ou tumeurs noires, le plus souvent multiples et disséminées dans un grand nombre d’organes. Du volume d’un grain de millet, d’une lentille ou d’une amande, ces tumeurs (fig. 128) sont formées, comme les fibromes fuso-celluîaires, par des cellules fusiformes, quelquefois arrondies, et par une substance intermédiaire variable; elles sont de ' plus envahies par des granulations noires pigmentaires, réfractaires à l’acide sulfurique, ce qui leur donne un * V cachet tout particulier. Ces granulations, obtenues par le raclage, sont libres, arrondies, réfringentes et agitées de mouvement brownien, ou bien elles sont agglutinées par une substance albuminoïde sous la forme de petits blocs entourés par une zone claire (fig. 129). Sur une coupe de la tumeur, on les trouve quelquefois libres, mais le plus souvent disposées dans le protoplasma des cellules autour du noyau qui, en général, finit par
lancer eaux. — Traité d’Anut. t. — 24
Fig. 129. — Cellules fusiformes pigmentées et amas de granulations mélaniques (fibrome mélanique fuso-cellulaire).
s’infiltrer ; quelquefois enfin, ces granulations sont plongées dans la substance intercellulaire, qui se trouve plus fortement pigmentée que les cellules elles-mêmes.
Le globe oculaire, dont certaines membranes, l’iris et la choroïde, présentent, à l’état normal, des cellules infiltrées de pigment, est 1 organe où débute le plus souvent le fibrome pigmenté ou mélanique. Cette altération peut toutefois se produire primitivement dans d’autres points du corps ; et principalement dans le périoste (fig. 128). En pareil cas, il semble bien que la pigmentation soit secondaire ; d ailleurs toutes les cellules d’une même tumeur sont loin d’être également imprégnées de pigment ! il existe parfois des zones de colorations variées, blanches, grises, bronzées et ardoisées, ce qui n’arriverait pas si la mélanose était primitive. Mais alors d’où provient le pigment? D’une part la tumeur mélanique a généralement une coloration plus prononcée dans sa pi ofondeur qu’à son pourtour, d’autre part les vaisseaux qui 1 entourent on souvent leurs parois colorées, et parfois même les cellules lymphoïdes qu’ils renferment sont infiltrées d’un pigment qui du reste peut se rencontrer dans d’autres parties du système sanguin et jusque dans les urines. Il y a donc lieu d’attribuer à une précipitation de la matière colorante du sang préalablement dissoute la formation de ce pigment, qui serait fixé par certains éléments en vertu d’une attraction élective, dans l’espèce, par des éléments de nouvelle formation ; mais il faut reconnaître que rien n’est encore prouvé à cet égard.
Le fibrome mélanique est relativement rare chez l’homme; mon observation personnelle m’a appris, et en cela je suis entièrement d accord avec le professeur Robin, que la plupart des tumeurs pigmentaires qui lui sont propres ont une origine épithéliale. Chez le cheval, au contraire, la mélanose, qui est très-commune, est presque toujours fibreuse, ce qui signifie que les tissus conjonctifs sont le siège de 1 infiltration pigmentaire. On sait du reste, depuis les observations de Brugnone (1781), de Golettv- Latournelle, de Cohier, de Bigot, etc. , que chez les animaux, contrairement à ce qui s’observe sur l’homme, ce sont les chevaux blancs ou tachés de blanc qui sont habituellement affectés de tumeurs mélaniques. De là vient qu’il est généralement admis, depuis Trousseau et Leblanc, que la production des coforations et des tumeurs mélaniques conjonctives du cheval est la conséquence de la non-production du pigment noir dans les parties où il se produit normalement, telles que les poils.
Évolution. — Le lieu de développement du fibrome fuso-cellulaire paraît de nature à exercer une influence sur les caractères de cette altération. Nous
HYPERPLASIES.
savons que, si elle prend naissance dans l’œil, cette néoplasie est le plus souvent infiltrée de pigment. Dans les glandes, elle s’accompagne presque toujours de l’hypertrophie des éléments épithéliaux, mais nous ferons observer que le fibrome embryonnaire de ces organes a été souvent confondu avec l’adénome. Dans la mamelle, la végétation de tissu conjonctif peut repousser la paroi des canaux et des culs-de-sac glandulaires dont elle se coiffe, et faire saillie dans la cavité des conduits galactophores, qui sont toujours plus ou moins dilatés, ou même enkystés (adéno-sarcome deBillroth). Semblable disposition a été rencontrée dans le testicule et dans d’autres glandes.
Le fibrome fuso-cellulaire se rencontre dans tous les points du tissu
Fig. 130. — Extrémité inférieure du fémur atteinte d’un fibrome fuso-cellulaire qui a pris naissance au niveau du périoste. (Musée Dupuytren.)
conjonctif; mais il occupe de préférence le périoste (fig. 130), les membranes séreuses, les fascia, les gaines vasculaires et nerveuses, le tissu conjonctif sous-cutané et sous-muqueux. Il commence par des éléments ronds qui s’allongent peu à peu et constituent les cellules fusiformes, de telle sorte qu’il serait fibrome globo-celluiaire avant
d’être fuso-cellulaire. Parvenu à cette seconde phase de son développement, ce fibrome s’arrête et persiste ainsi, excepté en certains endroits où il arrive à présenter les caractères d’un tissu cicatriciel complet. L’accroissement des fibromes fuso-cellulaires se fait par leur propre masse et par la formation d’éléments nouveaux dans le voisinage des anciens; de la sorte ils acquièrent rapidement un volume considérable. C’est alors que ces néoplasies sont exposées à une dégénérescence graisseuse qui, des parties centrales, gagne les parties périphériques. Il n’est pas rare d’y rencontrer des ecchymoses, de petites hémorrhagies, ou même des points dégénérés et transformés en kystes. Ces tumeurs peuvent se généraliser et aussi injecter l’organisme, bien qu’il soit difficile, lorsqu elles sont multiples, de pouvoir reconnaître la formation initiale. Leur récidive a été constatée plusieurs fois ; elle est commune dans le cas de tumeurs mélaniques.
Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic des fibromes fuso-cellulaires, indépendamment des caractères anatomiques qui viennent d être signalés, est aidé par la connaissance du siège de la néoplasie et de l’àge de l’individu malade. Végétation spéciale du tissu conjonctif, le fibrome fuso-cellulaire est essentiellement une affection du jeune âge ou de l’âge adulte, condition importante à connaître quand il s’agit du fibrome pigmenté, souvent confondu avec le carcinome mélanique. L’endothéliome est l’une des lésions qui ont le plus de ressemblance avec le fibrome fuso-cellulaire, a cause de l’apparence fusiforme des cellules qui le composent lorsqu elles sont vues de champ. Mais si, après avoir isolé ces éléments, on les fait rouler sous le verre du microscope, on reconnaît qu’ils sont extrêmement larges et minces, que, de plus, ils ont la propriété de se grouper de façon à former des globes analogues aux globes épidermiques. Les éléments cellulaires du fibrome fuso-cellulaire, beaucoup plus petits, fusiformes dans tous les cas, ne sont jamais disposés englobes; il est vraisemblable d’ailleurs que les réactions chimiques de ces organites ne sont pas identiques.
Le pronostic de la néoplasie fibro-plastique est le plus souvent sérieux, tant à cause de l’extension rapide de la tumeur que de la possibilité d’une généralisation et d’une récidive, dont les poumons sont plus spécialement menacés. Dans quelques cas, ces tumeurs, ainsi que les ulcères souvent fongueux ou atoniques qui leur font suite, peuvent être atteintes d’inflammation ou même d’une mortification plus ou moins étendue.
Les conditions étiologiques capables d’amener le développement du fibrome fuso-cellulaire sont obscures. L’adolescence est l’âge de prédilection de cette tumeur, qui s’observe depuis l’époque de la dentition jusqu’à l’àge de quarante ans. Le travail de seconde dentition favorise sa localisation à la bouche et dans les mâchoires. Une irritation locale ou
HYPERPLASIES.
un traumatisme ont paru lui donner naissance dans quelques cas; mais, ainsi que nous l’avons dit ailleurs, le traumatisme est simplement une circonstance occasionnelle qui exige une prédisposition préalable. L’influence de l’hérédité, douteuse chez l’homme, n’est pas contestable chez le cheval, du moins en ce qui concerne le fibrome mélanique.
2° — Fibromes adultes.
Les fibromes adultes représentent le développement le plus complet des néoplasies du tissu conjonctif ordinaire ; leur type est le tissu cicatriciel parfait. Ils forment des tumeurs grisâtres, ou d’un blanc rougeâtre, ordinairement du volume d’une noisette, d’une noix ou d’un œuf, plus ou moins régulièrement arrondies, et d’une dureté telle quelles crient sous le couteau. Tantôt ces tumeurs, composées par un tissu conjonctif lâche, onduleux, blanchâtre, analogue au tissu du derme, sont molles , extensibles , peu élastiques et coriaces (tumeurs dermoïdes) ; tantôt, formées par un tissu plus dense, feutré, parsemé d’un grand nombre de nodules arrondis, elles sont fermes, réni tentes, très-élastiques et d’un blanc nacré (tumeurs fïbroïdes) (fig. 131).
Elles sont, dans quelques cas, constituées par des éléments très-serrés, qui leur donnent une dureté très-grande et une blancheur translucide (tumeurs chondroïdes).
Ces végétations sont composées par une masse fondamentale fibrillaire, des éléments cellulaires et des vaisseaux. La substance fondamentale apparaît, sur une coupe fine et mince, sous la forme de faisceaux de fibres qui s’entrecroisent dans diverses directions, comme dans le derme, les uns suivant leur longueur, les autres suivant leur section transversale (fig. 132), ou qui sont disposés en cercle autour de plusieurs centres qui ne sont que des vaisseaux oblitérés ou des nerfs plus ou moins complètement détruits (voyez Atlas d'anatomie pathologique, pi. XLV, fig. h', par Lancereaux et
Fig. 131. — Fibrome adulte sous-cutané développé à la partie antérieure de l’abdomen. La récidive de cette tumeur est représentée fig. 138. (Collect. du Dr Péan.)
Lackerbauer) . Chacun do cos faisceaux ost constitué pai dosfibiillos extiemement délicates serrées les unes contre les autres, et qui, dissociées par
l’aiguille, forment un magnifique chevelu où existent rarement des libres élastiques ; formés par une substance collogène, iis jouent le rôle de substance intercellulaire fibreuse. Les cellules sont, les unes petites, arrondies, munies de noyaux brillants ; les autres, allongées, fusiformes ou étoilées : ces dernières tapissent les faisceaux fibreux. Enfin, il arrive de rencontrer dans quelques-unes de ces tumeurs des petits foyers arrondis d’éléments embrvon-
Fjg. 132. — Coupe microscopique à najres enchâssés par-ci par-là entre les travers un fibrome. Une fibre de .
tissu conjonctif est vueiongitudina- faisceaux fibreux; mats ces éléments ne
lement ; d’autres fibres, perpendi- gont vraisemblablement qu’une forme
culairement sectionnées, laissent < #
entre elles des espaces dans les- transitoire (flg. 133).
quels existent des noyaux et une pa vascularité des fibromes est variable : enveloppe étoilée qui semble for- , ,
mée par leurs parois . ( Grossisse- les uns ne contiennent presque pas de vais-
ment 160.) seaux; les autres, quoique peu vasculaires en
apparence, renferment beaucoup de vaisseaux artériels et veineux, comme le démontre une bonne injection. Le réseau veineux est même tellement
large dans quelques cas, qu'il est pour ainsi dire caverneux. Les artères et les veines confondent leurs parois avec le tissu de la tumeur; souvent elles n’ont pas de tunique adventice; aussi, si elles viennent à être entamées par une blessure, elles ne peuvent se contracter ni selon la longueur, ni selon la largeur, et leur lumière restant béante, il en résulte une hémorrhagie qui parfois nécessite l’intervention du
Fig. 133. — Coupe microscopique d’un polype naso-pharyngien. Cette végétation présente toutes les variétés de développement du tissu fibreux, savoir : des noyaux embryon naires, des cellules allongées et des fibres adultes. (Grossissement, 160.)
chirurgien.
La proportion plus ou moins grande de chacun des éléments constituants des fibromes peut donner lieu à autant de variétés ; mais à côté de ces variétés, il en est d’autres, non moins nombreuses, qui dépendent du siège de la néoplasie.
Celle-ci peut occuper tous les points où se rencontre un tissu de substance conjonctive. Mais en réalité la peau et les membranes mu-
queuses, le tissu cellulaire sous-cutané, les aponévroses, le périoste, les cordes vocales, les nerfs, la prostate, les ovaires sont les points de départ les plus habituels des fibromes. Or, selon qu’elles appartiennent à finie ou l’autre deces régions, ces tumeurs offrent souvent des différences sensibles.
Développés au niveau des parties superficielles du derme cutané, les fibromes revêtent assez volontiers la forme papillaire et sont connus sous le nom de fibromes papillaires ou papillomes (fig. 13 h.). Produits par l’hyperplasie des éléments des papilles, d’où émanent des bourgeons qui donnent naissance à des papilles secondaires, ils sont, tantôt groupés et recouverts d’une couche commune de cellules identiques à celles du corps muqueux et de l’épiderme cutané (verrues), tantôt isolés par un revêtement épidermique propre à chaque groupe (poireaux). Ces végétations comme celles des muqueuses sont constituées par un tissu conjonctif plus ou moins jeune, dans lequel cheminent des vaisseaux termi- FlG- *34. — fibromes papillaires