ANAT< » M I E P ATH 0 LO G [QUE
tive des embolies cancéreuses dans ce genre d’altération (voy. à cet égard notre article Veine cave du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales).
Le cancer du testicule prend également naissance au sein des canalicules sém in itères 3 quoique cette origine soit parfois difficile à établir à cause de la richesse de cette glande en vaisseaux lymphatiques. D’abord renfermées dans les canalicules, les cellules qui le composent, volumineuses, munies d’un gros noyau, plus ou moins infiltrées de graisse,
envahissent plus tard le stroma fibreux et les lacunes lymphatiques, ce qui peut faire croire qu’il s’est développé dans le système de la lymphe. Ce cancer a la plus grande tendance à se généraliser par suite, sans doute, de la richesse lymphatique de l’organe. Les éléments des tumeurs
Fig, 169. — a, cellules épithéliales provenant d’un cancer primitif du testicule; b, cellules développées secondairement dans les ganglions lymphatiques; c, cellules trouvées dans les veines ; d, cellules provenant de tumeurs secondaires hépatiques ; e, cellules des tumeurs du poumon; /', cellules des tumeurs du rein.
secondaires ne diffèrent pas de ceux qui constituent la tumeur primitive (fig. 169).
1 évolution . — L’épithéliome glandulaire émane des éléments sécrétoires des glandes; ceux-ci se multiplient à profusion ; les cavités des acini et des tubes se remplissent, et à leur place on voit des masses cellulaires qui bourgeonnent dans toutes les directions et pénètrent dans les lacunes lymphatiques et le tissu conjonctif voisin. En même temps il se produit dans ce tissu des modifications de la plus haute importance; ses
HYPERPLASIES,
éléments se multiplient à leur tour et forment un tissu jeune semblable au tissu inllammatoire, qui envoie des bourgeonnements dans le tissu épithelial de nouvelle formation. Ces deux tissus se pénètrent réciproquement; c’est un phénomène semblable à celui de la formation des glandes (vov. p. 37), moins régulier et sans but physiologique. Il ne ressort pas moins de ce fait que le cancer glandulaire doit être considéré, non pas comme un simple tissu, mais comme un organe nouveau, la formation la plus complexe et en même temps la plus grave de la série des néoplasies épithéliales. D’ailleurs il se modifie comme les glandes, en ce sens
que les épithéliums s’altèrent et disparaissent, tandis que le tissu conjonctif augmente d’épaisseur.
. De même que les épithéliomes cylindrique et pavimenteux, lepithéliome glandulaire s’accroît surtout par sa propre masse, et s’étend principalement par la voie des lymphatiques. Cette extension dans les interstices et dans les vaisseaux lymphatiques a pu tromper certains auteurs et leur faire croire que le cancer se développait aux dépens des endothéliums du tissu conj on cti vo-va seul aire. Donc, contrairement à l’opinion d un certain nombre d histologistes qui font naître le carcinome des glandes aux dépens des travées fibreuses, nous pensons que le phénomène initial de cette formation se passe dans l’épithélium et que la prolifération conjonctive est toujours secondaire.
La pénétration des éléments épithéliaux dans le réseau des sinus et des vaisseaux lymphatiques des tissus voisins de la tumeur se révèle par 1 induration de ces vaisseaux, qui se présentent comme des canaux gorgés de cellules a aspect moniliforme dans lesquels l’endothélium périt Par dégénérescence graisseuse, Peu à peu l’altération gagne les glandes lymphatiques de la région affectée ; celles-ci, d’abord tuméfiées, donnent naissance a une formation semblable à celle de la tumeur initiale : la première phase de 1 infection générale est accomplie. Plus tard se produit la seconde phase par un procédé analogue ou semblable.
Diagnostic et pronostic, — L’épithéliome glandulaire, néoplasie essentiellement constituée par la végétation des épithéliums sécréteurs, se distingue, en premier lieu, par les caractères particuliers des éléments cellulaires qui le constituent, en second lieu, par la disposition du stroma qui vient s’ajouter à ces éléments. Nous revenons ainsi à l’opinion ancienne de Lebert et de l’école histologiste française qui considérait la cellule comme étant la caractéristique du cancer, avec cette différence que nous regardons cette cellule, non pas comme un élément d’une espèce à part, mais simplement comme un épithélium
qui ne diffère de l’épithélium normal que par des modifications secondaires. Il importe donc, pour arriver au diagnostic du cancer, de bien connaître les caractères physiques et micro-chimiques des cellules épithéliales, leur arrangement, et de savoir que ces éléments ne renferment pas de vaisseaux et ne présentent pas de substance intercellulaire à la façon des éléments conjonctifs. Toutes les fois, en effet, que Ton se trouve en présence de néoplasmes constitués par des éléments de ce genre n’avant plus la disposition régulière de l’état physiologique et l’adaptation à une fonction déterminée, on peut affirmer qu’il y a cancer. Il est bien évident que ces éléments n’ont cette valeur pathognomonique que dans la période de leur complet développement; plus tard, lorsqu’ils viennent à dégénérer et à disparaître, le diagnostic est aussi plus difficile. C’est ce qui arrive pour la forme de cancer connue sous le nom de squirrhe atrophique, cancer cicatrisant, à laquelle certains auteurs attribuent à tort une origine conjonctive. A une certaine période, cette altération n’est plus composée que par un tissu fibreux très-condensé; mais si Ton vient à examiner la masse à sa périphérie, il est rare de ne pas y rencontrer des amas cellulaires non encore détruits et parfaitement recon¬
naissables.
L’altération qui ressemble le plus à Tépithéliome glandulaire, est incontestablement l’adénome. Cette néoplasie est toutefois fort différente du cancer, elle est une hyperplasie de Tacinus glandulaire, tandis que le cancer est une multiplication indéfinie des éléments épithéliaux de cetacinus avec destruction des culs-de-sac glandulaires. Dans l’adénome, les épithéliums maintenus par la paroi glandulaire restent toujours renfermés dans les culs-de-sac de Tacinus, mais dans le carcinome, au contraire, cette paroi étant détruite, les épithéliums sont contenus dans des alvéoles conjonctifs ; d’ailleurs l’àge où sur viennent ces néoplasies est très-différent. Dans la série des néoplasies conjonctives, le chondrome et le fibrome embryonnaire sont les tumeurs qui se rapprochent le plus de Tépithéliome glandulaire. Le chondrome, dont les éléments cellulaires volumineux sont quelquefois contenus dans un stroma alvéolaire peu différent du stroma cancéreux (voy. fig. 112), se distingue par la nature de ses cellules réfringentes que
réunit une substance intermédiaire, le fibrome embryonnaire, par des éléments de dimension relativement faible, parcourus par des vaisseaux et non contenus dans des alvéoles. Inutile, après ce que nous avons dit, de rappeler les caractères différentiels des épithéliomes pavimenteux et cylindrique et de Tépithéliome glandulaire; ces altérations ne sont du reste que des formes diverses des localisations spéciales d’un même état pathologique,
Vf
HYPERPLASIES. /,(jf
Etiologie et pat ho génie — L’étiologie de l’épthéliome glandulaire est tout aussi obscure que l’étiologie des épithéliomes pavimenteux et cylindrique. Les divers genres d’irritation dans lesquels Virchow, 0. Weber et Rindlleisch ont voulu trouver le point de départ de la formation carcinomateuse ne sont, en effet, qne des causes occasionnelles ou adjuvantes, et non des causes efficientes. Un carcinome glandulaire qui survient à la suite d un traumatisme ne peut être attribué uniquement à cette cause, quand les nombreuses expériences pratiquées dans le but de produire ai tificiellement cette affection par des irritations mécaniques ou physiques ont toujours échoué et n’ont jamais déterminé que des processus phlegmasiques. Par conséquent, s’il est vrai qu’un agent irritant ait la propriété d engendrer le cancer, cet agent, que tout porterait à considérer comme un produit de 1 organisme, nous est jusqu’à ce jour absolument inconnu.
L’hérédité du cancer glandulaire ne peut être mise en doute, c’est du moins ce qui résulte des nombreuses observations rapportées par les auteurs et des faits non moins intéressants que le professeur Broca a consignés dans son Traité des tumeurs (t. I, p. 334). Mais avant d’être héréditaire, la carcinose a nécessairement dû être acquise. Ce sont donc les conditions capables d’engendrer primitivement cette maladie qu’il importerait de connaître; nous en avons parlé plus haut et nous n’avons pas à y revenir. Ajoutons simplement que la transmission réciproque de néoplasies épithéliales atypiques est chose infiniment probable, c’est ce que semblent établir ies faits statistiques apportés à l’appui de l’hérédité du cancer; quelques-uns de ces faits montrent, en effet, que des personnes mortes de cancer du sein ou de l’utérus ont eu des enfants qui ont succombe a des cancers de l’estomac ou d’autres organes, et inversement. En tout cas, le nombre des faits où une néoplasie conjonctive a paru succéder à une néoplasie épithéliale est tellement peu considérable qu’il est rigoureusement impossible d’en tenir aucun compte, quand on sait combien il est facile de laisser passer inaperçue la tumeur initiale.
Bibliographie. — Voyez, plus haut, à la page 298, et les indications suivantes :
Développement du cancer. — - V. Cornil et L. Ranvier, Contnbut . à l étude du développement histologique des tumeurs épithéliales (J ourn. de V Am -
tomie, 1864 , 1 î? 65 , 1866, et Man. d’histolog . patholog. Paris, 1869),
Waldeyer, Zur Entwickelung d. Carcinome ( Archiv f. patholog. Anat. und Physiol., t. XLI, p. 470, 1867, et t. LV, p. 67, 1872). — Ranviek, Étude du carcinome à l'aide de V imprégnation d'argent {Archives de physiologie , 1868, p. 666). — Naihsyn, Ueber Entwickelung der Leberkrebse ( Reichert und du Bois-Reymond' s Archiv, 1867). — Lancereaux, Contribution à V étude de i hépato-
adénome ( Mém . de la Soc. de biologie , et Gaz. mêd ., 1868, [>. 6 A 6, 7 06 et 736). — Birch-Hirscheeld, Zur Entwickelung der Hodenkrebses ( Archiv f. Heilkunde, VI, p. 537, 1868). — Shuppel, Zur Lehre von der Histogenèse des Leberhrebses ( ibid p. 387). - — Koster , Die Entwickelung der Carcinome and Sarcome. Wiirzburg, 1869. — Leontowitsch, Zur Lehre über die Entstehung des Epitheiialkrebses ( Centralblatt f. med. Wissenschaften, 1869, 13). — Perewerseff, Archiv fur pathol. Anat. und Physiol ., t. L1X, p. 227.
Inoculation du eancer. — A. Louis, Observât, sur les effets du virus cancéreux. Paris, 1747. — Peyriliie, Diss. de cancro. Paris, 1773. — Dupuytren, Beauperthuis et Adet de Rosseville, Animalcules microscopiques cause du cancer (Gaz. méd. de Paris , 1838, p. 47). — B. von Langehbeck , Développement du cancer des veines et de la possibilité de transmettre le cancer de V homme aux animaux [Gaz. méd. de Paris , 1840, p. 601). — Tanchou, Contagion du cancer (Gaz. mécl., 1842, p. 349, 382). — Manec, Ibid., 364. — Lebert, Traité des maladies cancéreuses, p. 136. Paris, 1851. — Follin, Traité de pathologie externe , t. I, p. 303. Paris, 1861. -—Kuiin, Gaz. méd. de Paris, 1861, p. 263, 391, A05. — L. Goujon, Exposé de quelques faits tendant à démontrer que les productions cancéreuses de V homme sont susceptibles de se greffer chez les animaux. Tlièse de Paris., 1866. — Billroth, Sur les inoculations d’éléments des tumeurs (Wiener medicin. Zeitschrift , nos 72 et 73, 1867 ; anal, dans Gaz. hebdom . , p. 706-71 7, 1867). — Lerert et O. Wyss, Recherches sur la transmission de divers produits infl. et néoplasiques de f homme aux animaux (Archiv f ur path. Anat . und Physiol., t. XL, p. 5 38, oct. 1867). — Doutrelepont, TJeber die Uebertraegung clcr Carcinome von T hier au f T hier ( Archiv f. pathol Anat. und Physiol., t. XL\ , p, 501). — Reineke, Archiv f. path. Anat. und Physiol., t. LI, p. 391, 1870. — Hyveht, De f inoculation cancéreuse (Expèr . nouv.). Montpellier, 1872.
Casscer eolîoïsie. — F. Otto, Seltene BeobachL zur Anatom., 1, p. 119* Rreslau, 1816. — Th. Frerichs, Ueber Gallert oder colloid Geschwülste (Archiv f. path . Anat. und Physiol., I, 94). — Lerert, Ibid. , IV, 1852* — - Luschka, Ibid. — Boettcher, Ibid., t. XV, p. 352. — Waldeyer, Ibid., t. XLI, p. 490. — Rokitansky, Cancer gélatineux (A rch. de méd., 1854* t. II, 472 * et Gaz. mêd., 1852, IV, 333). — Scüultze, Cancer gélatineux alvéolaire ( Arch . f. microscope Anat., \, h, p. 336). — - Septimus W. Sibley, On the structure and natuTe of so callecl colloid cancer ( Med.-chir . Transad., vol. XXXIX, 259, 1856). — E, Wagner, Zur Colloidmetam. der Zellen (Ardu f. physiol. Heilkunde, lre partie, 1856), — Langereaux. et Lackerbaüer* Atlas d’anat. path,, Paris, 1871.
ÎIL — Néoplasies du tissu hérVeuX. — Névromes.
Des recherches précises ont mis hors de doute la propriété que possèdent les nerfs de se régénérer, dans certaines conditions, après avoir été détruits. Philipeaux èt Vu I pian, dont lès expériences ont largement cou-
H Y PERPLASIES.
tribué à mettre cette vérité en lumière, prétendent même avoir trouvé des libres nerveuses de nouvelle formation jusque dans une portion de nerf qu’ils avaient transplantée six mois auparavant. Si la régénération des ganglions nerveux, annoncée par Valentin et Walter, n’a pas été vérifiée par les recherches de Schrader et de Schiff, cependant Arnemann, Flourens, Brown-Séquard ont constaté, chez les animaux, la réapparition du mouvement des membres après une section transversale de la moelle épinière. Schiff a vu également la réapparition de la fonction après la section de certains points de l’encéphale, et Demme aurait trouvé, une fois, dans les centres cérébraux des tubes nerveux nouvellement développés au sein d’une substance conjonctive. Par elles-mêmes, ces recherches portent déjà à admettre la possibilité de formations accidentelles dans le tissu nerveux ; mais 1 observation a parlé sur ce point, et la réalité de ces formations, tant dans les nerfs que dans les centres encéphaliques, est aujourd’hui incontestable. Avec Fôrster, nous donnerons aux unes le nom de névrorne fasciculaire , aux autres celui de nèvrome médullaire.
Le nèvrome fasciculaire , formation composée principalement de libres nerveuses à simple ou à double contour, est une altération tout à fait distincte des néoplasies muqueuses ou fibreuses développées sur le trajet des nerfs', : et qui, jusqu’ici, ont été désignées à tort sous le nom de né vromes. C’est une formation qui n’est pas extrêmement rare, elle se rencontre fréquemment, dans les moignons, aux extrémités des nerfs coupés, et quelquefois sur le trajet des cordons ou des branches nerveuses. Sous forme d’un simple renflement, d’une nodosité ronde ou ovale, du volume dune lentille, d’une noisette ou même dune petite pomme, le névrorne fasciculaire est une tumeur ferme, solide, lisse à sa surface et très-nettement circonscrite dans quelques cas. il est constitué histologiquement par des tubes nerveux semblables aux tubes normaux, diversement entrecroisés et séparés les uns des autres par du tissu conjonctif plus ou moins riche en éléments cellulaires. Or, suivant qu’ils renferment des tubes nerveux a double contour, ou des fibres de Remak, les névromes fa s cm culaires ont été désignés par Virchow sous les noms de névromes myéli niques et de névromes amyéliniques. Le même auteur admet en outre des névromes purs, dans lesquels les éléments nerveux prédominent; des névromes télangiectasiques où l’élément vasculaire est abondant, et, d’après la nature du tissu interstitiel, des névromes fibreux, gliomateux et muqueux; mais ces divisions ne s’appliquent qu’à des variétés. Labbé et Legros ont observé des névromes caractérisés par l’hypergénèse et l’hypertrophie des corpuscules terminaux des nerfs.
Le névrorne fasciculaire, suivant Forster qui a étudié le développe-
ment de cette formation, prend naissance aux dépens du tissu conjonctif. Les libres nerveuses proviennent de cellules fusiformes qui s’allongent, s’anastomosent par leurs pointes et finissent par renfermer de la moelle nerveuse. Ce névrome est d’ordinaire unique, plus rarement multiple. Il est localisé tantôt à un seul, tantôt à plusieurs nerfs. Son évolution est lente, et souvent, au bout d’un certain temps, il cesse de s’accroître. G est uue affection en somme peu grave et qui paraît avoir un traumatisme pour point de départ habituel.
Le névrome médullaire a pour siège les ganglions, les centies ou les coidons nerveux. Les névromes ganglionnaires sont rares, du moins il n en
existe jusqu’ici que fort peu d’exemples. Virchow avoue, dans son Traité des tumeurs , n’en connaître que deux observations, encore n’en est-il qu une qui mérite créance. C’est un cas rapporté par Günsburg, où le troisième et le quatrième nerf sacré du côté gauche se terminaient chacun par un rendement blanchâtre, pisiforme, de 2 millimètres de longueur, de 1 centimètre de largeur et de 1/3 de centimètre d’épaisseur, tandis que ceux du côté droit sortaient d’un rendement plus petit. Les rendements étaient composés d un feutrage de libres nerveuses et de tissu interstitiel, avec de nombreuses cellules plates, transparentes, de 0mm,l à 0uim,15 de diamètre. Au rapport de Rinddeisch ( Traité d histologie pathologique , trad. Iranç, par Gross, p. 160), Simon, de Francfort, aurait observé une tumeur de la grosseur
Fig. 170. — Extrémité inférieure de , .
la moelle épinière, et queue de che- d’uil œul de poule, située dans 1 angle
val sur les cordons nerveux de la- , é )a paroi costale et la surlace quelle existent des renflements ou 11 . ,
névromes vrais. antérieure de la colonne ‘Neitébialc, la
quelle se trouvait formée de libres nerveuses et de cellules ganglionnaires de nouvelle formation. Toutefois, en raison du siège, l’idée de. l'hypertrophie d’un ganglion du grand sympathique ne peut être entièrement
rejetée.
Un fait consigné dans mon Atlas d’anatomie pathologique me parait avoir plus de valeur. 11 s’agit d’un homme mort, à l’ùgc de trente huit
HYPERPLASIES.
i ans, d'une affection syphilitique de la protubérance annulaire, à l’autopsie duquel il fut constaté que six des faisceaux nerveux qui constituent la queue de cheval présentaient, à 1 ou : 2 centimètres de l’extrémité de la moelle, des renflements fusiformes grisâtres, assez semblables aux ganglions spinaux, ayant depuis le volume d’un grain de blé jusqu'à la grosseur d'un noyau de prune (fig. 170). Sur une coupe microsco-
FiG. 171. — Coupe microscopique de l’un des névromes représentés Fig. 170. #, grosses cellules avec noyaux disséminées dans le stroma conjonctif, b, tubes nerveux perpendiculairement sectionnés.
pique longitudinale, on reconnut la présence de tubes nerveux disposés sous forme de faisceaux entre des amas de cellules arrondies ou ovoïdes, pigmentées, en possession d’un noyau très-volumineux. Une coupe transversale montra de la façon la plus nette que ces cellules étaient comprises dans des espaces formés par les travées conjonctives ; et bien qu'il fût difficile de leur trouver des prolongements, néanmoins elles me parurent devoir être considérées comme des cellules nerveuses (% 171).
Il n’v a pas, que je sache, d’observation de névrome vrai de la moelle épinière ; ce qu’on a décrit sous ce nom n’est qu’une hyperplasie de la névroglie. Quant aux formations nerveuses signalées par Virchow dans les tumeurs congénitales sacro-coccygiennes, elles ne peuvent être regardées comme des névromes vrais ; elles ne sont que le système nerveux rudimentaire d’une monstruosité (voyez p. 103). Cependant, il existe des oblancereaux. — Traité d’Anat. I. — 30
servations de névromes de l’encéphale, dont quelques-uns sont congénitaux. Rokitanskv, Virchow, Griesinger, Tungel, Meschede, Merkel et Th. Simon ont rapporté des cas où des masses de substance grise existaient congénitalement au sein de la substance blanche de l’encéphale, au voisinage des circonvolutions ou des cavités des ventricules latéraux ; mais, dans tous ces faits, il s’agit vraisemblablement, non pas d’une néoplasie, mais bien d’une malformation, d’une hétérotopie de la substance grise chez des individus présentant des désordres cérébraux et le plus souvent épileptiques ou idiots.
Sous le nom de céré brome, Ilayem a rapporté un cas de tumeur cé-
Fig. 172. — Cellules fusiformes étoilées provenant d’une tumeur développée dans la
substance blanche d’un hémisphère cérébral.
rébrale qui avait le volume d’une grosse orange, et qui occupait le noyau blanc de l’hémisphère droit du cerveau. Nettement circonscrite et énucléahle, cette tumeur était creusée d’un kyste du volume d’un œuf de poule, et formée presque exclusivement par de jeunes éléments nerveux en voie
HYPERPLASIES.
d’évolution. J’ai observé, pour mon compte, dans la substance blanche de l’hémisphère cérébral gauche, deux tumeurs voisines, composées de grosses cellules sphériques, étoilées ou fusiformes, avec prolongements rubanés, munies d’un seul ou de plusieurs noyaux ovoïdes ou arrondis entourés de granulations pigmentaires et réunies par une gangue amorphe et une trame fibrillaire vascularisée (fig. 172). Ces deux faits pourraient porter à admettre l’existence de névromes vrais de l'encéphale. Cependant, il ne me semble pas absolument démontré que les éléments cellulaires observés dans mon cas soient bien réellement des cellules nerveuses ; ces éléments ne sont pas, en effet, dépourvus de ressemblance avec les cellules araignées de la névroglie, lesquelles font partie du tissu conjonctif. Quant au fait rapporté par ïïayem, il donne lieu à des objections non moins sérieuses, et par conséquent il n’est pas possible, aujourd'hui, de considérer comme certaine l’existence d’un névrome vrai du cerveau, si l’on fait abstraction des cas d’hétérotopie ou de malformation de la substance nerveuse, qui n’appartiennent pas au groupe des néoplasies.
L’étiologie du névrome est fort incertaine; le traumatisme et l’hérédité ont pu être regardés dans quelques cas comme la cause d’un certain nombre de névromes fasciculaires ; quant au névrome médullaire, on peut dire que son origine nous est jusqu’à ce jour absolument inconnue.
Bibliographie. — Régénération des nerfs. — Arnemann, Versuche ueber Gehirn und Ruckenmark. Gottingen, 1787. — Valentin, Zeitschrift f. rat. Medicin, 1844, t. II, p. 242, et Lehrb. der Physiologie , t. I, 722. — Flourens, , Annales des sciences naturelles , XXXIII, 1828. — Biiown-Sèquard, Gaz. méd. de Paris , 1850. — Walter, De regeneratione gangl ., Diss. inaug. Bonn, 1853. — Sciir a der, Expérimenta circa regenerationem in gangliis nerveis. Gottingue, 1850.
— Sciiiff, Archiv d. Verein. f. Gemeinsch . Arb ., II, p. 413. ■ — Lent, De nervorum dissectorum commutations et regeneratione. Berol., 1855. — Gluge et Tiiiernesse, Bull, de V Académie royale des sciences de Bruxelles, 1859.' — J.-M. Philtpeaux et Vulpian, Mêm. de la Société de biologie , 1859, et Gaz. méd., 1860, nos 27, 39.
— H. Demme, Militar-chirurg . Studien. XVürzburg, 1861, I, p. 55.
Névrome médullaire. — Virchow, Gesammelte Abhandl., p. 998. — Le même, Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., t. XXXVIII, p. 138. — Ch. Robin, Comptes rend, de la Soc. de biologie , 1854. — Griesinger, Pathologie und Thérapie der psy ch. Krankheit , 2e édit., p. 366. — Rokitansky, Lehrb. d. path. Anat., 3e édit., t. I, 190 ; t. II, 433. — Sangalli, Délia ipertrofia parziale ciel cervello. Milan, 1858. — Tungel, Arch. f. path. Anat. u. Physiol., t. XVI, 166. — tMeschede, Ibicl, t. XXXVII, p. 567; t. LVI, p. 82 et 97. — G. IIayem, Gaz. méd. de Paris, 1866, 758, et Comptes rendus de la Soc. de biologie ,
série 4, t. III, p. 107. — E.-Iv. Hoffmann, dans Henle und Pfeiffer’ s Zeitschrift , sér. 3, t. XXXIV. — G. Merkel, Archiv f. pathol. Ancit. und Physiol. , t. XXXVIII, p. £33. — Lancereaux, Archives de physiol. norm. et path . , 1869, t. II, p. 762, et Atlas d’anal patholog ., p. 420 et 451. — Erman, Archiv f. path. Anat ., t. LVI, p. 419. — Th. Simon, Ibid., t. LVI1I, p. 310.
Xévromc fasciculaire. — F. -S. Alexander, De tumoribus nervorum , Diss. inaug. Lugduni Batavorum, 1800. — Orier, Man. de médecine pratique. Genève, 1803. — Oppert, De vitiis nervorum organicis. Diss. inaug. Berlin, 1815. — J.-L. Aronssoiin, Observations sur les tumeurs développées dans les nerfs. Strasbourg, 1822. — Dupuytren, Leçons de clinique chirurgicale , t. I. Paris, 1827. — Descot, Sur les affections des nerfs. Paris, 1825. — Gunsburg, Patholog. Gewebelehre. Leipzig, 1845, p. 49, tab. I, fig. 18. — Lebert, Traité d’anat. path., 1. 1, p. 160, pl. XXII, fig. 4-5. — Axmann, Beitrage zur mikroskop. Anat. und Physiol. d. Ganglion Nervensy stems. etc. Berlin, 1853. — Houel, Mém. de la Soc. de chirurgie, t. III, 264. — Passavant, Archiv f. path. Anat. und Physiolog . , t. VIH, p. 43. — A. Weissmann, Zeitschrift f. rationn. Medicin, 1859, série 3, t. VH, p. 210. — Deiiler et Fôrster, Würzburg med. Zeitschrift , t. p — Fuhrer, Archiv d. Heilkunde, 1856. — Verneuil, Archives gêner, de médecine , 1861, série 5, t. XVIII, p. 540. — Virchow, Pathologie des tumeurs , t. III. Paris, 1869. — A. Genersicii, Multiple Neurome {Archiv f. pathol. Anat. und Physiol, t. XLIX, p. 15). — L. Labbé et Ch. Legros, De trois cas de né vromes {Jour, de l’anatomie et de la physiologie, 1871-72, p. 171).
Après une étude détaillée des lésions de nutrition ayant leur type dans le développement physiologique des tissus de l’organisme, il importe de montrer, autant que possible, les analogies et les différences que présentent ces lésions entre elles, et celles de leurs produits avec les tissus normaux. Certes, la limite entre les phlegmasies et les néoplasies est presque insensible ; on comprend donc que les auteurs soient loin de s’entendre sur ce point et que les uns fassent rentrer dans le groupe des néoplasies ce que les autres attribuent aux phlegmasies, et inversement. Cependant, malgré la grande ressemblance qui existe à leur point de départ, ces lésions offrent des différences notables à leur point d’arrivée. D’ailleurs, si nous sommes maîtres de produire, pour ainsi dire à volonté, la plupart des phlegmasies, il nous est impossible d’arriver à faire naître la moindre des néoplasies, celles-ci étant sous la dépendance de conditions étiologiques absolument inconnues.
Les phlegmasies sont des affections de tous les âges, elles s’attaquent également bien à l’enfance, à l’âge adulte et à la vieillesse ; les néoplasies, au contraire, s’adressent plus spécialement aux âges extrêmes, et surviennent, les unes, dans la période d’accroissement des organes, les
HYPERPLASIES.
autres, dans la période de déchéance organique. Les premières de ces altérations n’ont qu’une faible tendance à s’étendre au delà des parties irritées, c’est-à-dire soumises à l’influence de l’agent morbifique, et les désordres qu’elles engendrent sont ordinairement réparables. Les secondes se limitent seulement dans quelques circonstances; le plus souvent elles s’étendent d’une façon indéfinie au sein des tissus qu’elles détruisent peu à peu. Les produits plilegmasiques cessent de se développer au bout d’un certain temps, après quoi ils restent stationnaires si leur accroissement est complet, ou bien ils se métamorphosent et sont résorbés. Les produits néoplasiques ont pour la plupart une extension illimitée, et comme ils continuent à se développer dans leurs parties périphériques, tandis que leurs parties centrales sont en voie de métamorphose régressive, il en résulte qu’ils donnent naissance à des ulcères d’une forme souvent particulière.
Chacun de ces groupes comprend des tissus qui ont la plus grande ressemblance avec les tissus normaux, à côté de tissus qui en diffèrent sensiblement, comme le tubercule, le fibrome embryonnaire, etc. Quelques-unes seulement de ces altérations peuvent infecter l’économie, ce sont les phlegmasies suppuratives et les néoplasies épithéliales atypiques ou cancéreuses, qui, dans certains cas, déterminent des désordres secondaires plus ou moins éloignés, semblables à l’altération primitive. Les phlegmasies, comme les néoplasies, affectent plus spécialement tantôt les tissus conjonctifs, tantôt les tissus épithéliaux, et se comportent d’une façon fort différente, selon que les uns ou les autres de ces tissus sont le siège de la localisation morbide. D’une façon générale, les altérations des tissus de substance conjonctive sont moins graves que les altérations des épithéliums, ce qui tient, d’une part, à l’importance fonctionnelle de ces derniers, d’autre part, à la difficulté ou même à l’impossibilité de se régénérer, pour un certain nombre d’entre eux. L’inflammation des épithéliums est souvent la mort de ces éléments, il en est de même de celle des cellules nerveuses ; au contraire, les phlegmasies des tissus conjonctifs se traduisent presque toujours par une nouvelle formation luxuriante. Dans les néoplasies, les éléments épithéliaux comme les éléments conjonctifs se multiplient sur une grande échelle, mais les premiers ont plus que les derniers de la tendance à se détruire et à infecter l’organisme, d’où l’indication d’opérer plus tôt les tumeurs épithéliales.
Les différences que nous venons de signaler entre les processus phlegmasiques et îréoplasiques ne sont pas seulement anatomiques et physiologiques, elles sont encore étiologiques. Nous savons déjà que les causes
des phlegmasies et des néoplasies ne sont pas identiques ; ajoutons que les causes des phlegmasies des tissus conjonctifs ne sont jamais celles qui produisent les phlegmasies des tissus épithéliaux, et inversement ; de telle sorte que chacun de ces tissus s’enflamme sous l’influence de causes spéciales. Ce fait étant vrai pour les phlegmasies, doit l’être également pour les néoplasies ; aussi, peut-on supposer que les néoplasies conjonctives, déjà si différentes des néoplasies épithéliales, le sont encore au point de vue de leur origine. Malgré l’ignorance où nous sommes de cette origine, il nous est donc possible d’affirmer qu’elle n’est pas identique pour ces diverses altérations.
Des considérations qui précèdent touchant les hyperplasies, il résulte qu’il y a autant de formes de tissus pathologiques qu’il existe de tissus physiologiques, et que tout tissu normal peut végéter et donner naissance à un néoplasme pathologique. Mais, contrairement aux tissus physiologiques, les tissus pathologiques, nés, pour ainsi dire accidentellement et sans but fonctionnel, ont une évolution irrégulière et déréglée*» Plus ou moins complètement subordonnés à la vascularisation et à la facilité de régénération des tissus normaux, les tissus pathologiques ont enfin d’autant plus de tendance à se généraliser et à récidiver que leur puissance d’accroissement est plus faible et que leur développement est plus im-