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Fig. \ 87.

Cellules lymphatiques de la rate et cellules cndothélales des alvéoles pulmonaires infiltrées de pigment.

des essences, de l’acide acétique, des acides minéraux dilués. Une solution concentrée d’ammoniaque les dissout, en prenant une teinte rouge amarante, qui devient bientôt d’un rouge safrané et rougeâtre (Ch. Robin).

La potasse et la soude les gonflent, les fendillent, et en dissolvent une faible proportion; la solution est d’un rouge assez foncé. L’acide chlorhydrique, qui les dissout en partie, donne lieu à une solution d’un jaune d’or, ou jaune rougeâtre; l’acide sulfurique ne les attaque pas.

Les chromatoses, si l’on excepte les cas d’altération des hématies par un agent chimique particulier, ont une évolution assez semblable. Le globule sanguin affecté perd sa forme régulière, se hérisse de granulations rougeâtres ou noires, qui se séparent peu à peu au fur et à mesure que la globuline est résorbée. Le pigment se dissémine sous forme de petits grains qui s’infiltrent dans les éléments des tissus, notamment ceux de la rate et du foie, organes prédisposés à ce genre d’altération, à cause de leur grande vascularité et de leurs congestions fréquentes. La cristallisation du sang ne s’observe que dans les cas où une grande quantité de matière colorante est mise en liberté, par exemple à la suite d’une extravasation sanguine. Les organes qui en sont le siège offrent des changements de teinte en rapport avec la durée de l’altération; d’abord jaunâtre, cette teinte est plus tard rougeâtre et enfin noirâtre.

La dégénérescence pigmentaire ne sera confondue ni avec les fibromes ni avec les carcinomes mélaniques, qui sont des excroissances des tissus ; elle ne le sera pas davantage avec certaines pigmentations localisées, résultant d’une élaboration cellulaire, telles que celles qui se développent sous l’influence d’un trouble fonctionnel des nerfs sympathiques.

La présence d’une certaine quantité de pigment au sein des organes peut être la cause de désordres nombreux; les éléments cellulaires infiltrés de granulations subissent en effet des modifications de nutrition qui ont pour conséquence leur atrophie ou même leur destruction. Accumulées dans les capillaires du cerveau, ces granulations troublent la circulation et sont quelquefois le point de départ de petites apoplexies, ou même de l’atrophie des circonvolutions ; leur séjour prolongé dans les der- ,

pliie pour le foie. Une diarrhée persistante, avec ou sans hydropisie, est un phénomène presque inséparable de la pigmentation avancée des organes abdominaux ; enfin Uaglobulie est le résultat forcé des chromatoses étendues, puisque ces dernières ne sont que l’effet de la destruction d’un nombre plus ou moins grand de globules rouges, i Pour toutes ces raisons, la dégénérescence pigmentaire est une affection d’une certaine

HYPOPLASIES.

gravité, mais dont la valeur pronostique varie avec l’étendue et l’importance fonctionnelle des organes affectés.

Étiologie et pathogénie. — Les chromatoses surviennent dans le cours d’un grand nombre de maladies, parmi lesquelles il faut compter, principalement les intoxications paludéenne et alcoolique, quand surtout ces intoxications affectent les organes hémopoiétiques, notamment le foie, la rate ou les reins. Un grand nombre de maladies constitutionnelles avec cachexie, comme la tuberculose, la carcinose, etc., peuvent aussi développer des chromatoses ; une des maladies de ce groupe (maladie bronzée) tire même son caractère spécifique de la pigmentation qui l’accompagne. Enfin, il est des états cachectiques obscurs dont la cause a échappé jusqu’ici, et qui ne présentent d’autres désordres qu’une pigmentation des principaux viscères de l’abdomen et du thorax et une profonde anémie; ces états, accompagnés de diarrhée, de vomissements, et souvent de stéatoses viscérales sont généralement pris pour un cancer de l’estomac. Mon Atlas (V anatomie pathologique renferme quelques faits de ce genre; néanmoins c’est un sujet d’étude qui est loin d’être épuisé. Les maladies fébriles, septiques et pyohémiques, si fréquemment accompagnées d’adynamie, sont encore des causes de pigmentation qui méritent au moins d’être mentionnées.

Les causes locales de la dégénérescence des globules rouges ont toutes pour tendance de mettre obstacle à la libre circulation du sang, et de produire des stases. Telles sont les affections cardiaques, les obstructions vasculaires, les phlegmasies, notamment celles qui affectent les membranes muqueuses où séreuses. Le pigment, dans tous ces cas, est d’abord rougeâtre ou brunâtre et grenu, plus tard il devient complètement noir. L’hémorrhagie est une autre source de chromatose circonscrite; nous en avons des exemples fréquents dans les ovaires, après la rupture de la vésicule de de Graaf, et dans le cerveau des vieillards dont un des vaisseaux a été déchiré. Dans ces conditions comme dans les cas où la gaine lymphatique des vaisseaux cérébraux est infiltrée, le pigment granuleux et cristallin est le plus souvent de teinte rouge.

La pathogénie des chromatoses déterminées par une cause purement locale est des plus simples. Les globules sanguins, sortis des vaisseaux ou ralentis dans leur course, cessent de vivre, la matière colorante se sépare de la globuline, s’extravase au sein des éléments du voisinage, sous forme de matière liquide; et, transformée en granulations plus ou moins fines, elle infiltre ces mêmes éléments. Les chromatoses liées à une maladie générale semblent se produire d’après un mécanisme

qui n’est peut-être pas très-différent; souvent en effet elles sont simplement la conséquence des congestions qu’engendrent ces maladies. Rarement, toutefois, une cause unique est mise en jeu ; car, en général, la congestion est accompagnée d’une altération des globules sanguins.

Certaines substances, comme les picrates alcalins, ont la propriété, lorsqu’elles sont introduites dans 1 organisme, de détruire les hématies et de donner lieu à un ictère sanguin. Le phosphore, le principe toxique de la fièvre jaune, celui des lièvres palustres paraissent avoir une action également directe sur ces éléments. D’autre part, les expériences de Magendie et de Hartmann ayant montré que l’eau en excès dans le sang peut dissoudre les globules rouges, on doit se demander si, dans la chlorose et dans les cachexies avec anémie, la destruction des hématies et la chromatose ne sont pas sous la dépendance d’une trop grande quantité d’eau au sein de ce liquide. Quelques substances, l’hydrogène sulfuré par exemple, mises en présence des globules rouges, déterminent non plus une métamorphose régressive de ces éléments, mais une réaction chimique en vertu de laquelle se fait un précipité de sulfure de fer. Les parties affectées de gangrène ou de suppuration fétide, la surface du canal intestinal, celle du foie et de la rate, sont des points où se rencontre quelquefois aussi ce genre d’altération. Dans ces conditions, les tissus présentent une coloration noirâtre, ardoisée, produite par des granules pigmentaires de forme indéterminée, et qui, tantôt isolés, tantôt réunis, sont déposés en plus ou moins grande quantité entre les éléments, plutôt que dans les cellules. Au point de vue morphologique, les granulations qui se produisent en pareil cas ont une grande ressemblance avec celles de la pigmentation ordinaire. Cependant, d’après J. Yogel, elles en diffèrent par la propriété qu’elles ont de se dissoudre dans les acides (acétique, azotique, etc.).

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§ 7. — NÉCROSES ET GANGRÈNES.

La plupart des auteurs accordent une synonymie pour ainsi dire parfaite aux mots nécrose, mortification, sphacèle, gangrène, etc., et désignent sous ces dénominations des lésions souvent différentes au point de vue de leur évolution, de leurs caractères et de leur pathogénie. Pour être semblables à leur point d’arrivée, ces lésions n’en sont pas moins extrêmement différentes à leur point de départ, et celui-ci mérite bien quelque considération. Fort de ce fait, je diviserai en deux grandes classes les manifestations anatomiques comprises sous ces appellations : 1° les nécroses, dont le caractère essentiel est la mortification d’une partie plus ou moins étendue des tissus ou des organes, par diminution ou suppression des liquides nutritifs; 2° les gangrènes (1), qui présentent le même caractère fondamental, aArec cette différence qu’elles sont l’effet d’un processus assimilable à celui de la putréfaction.

Conséquence de la diminution ou de la suppression des sucs nutritifs dans une partie limitée du corps, les nécroses sont des lésions circonscrites qui ont pour principaux caractères le ratatinement, le dessèchement, la métamorphose graisseuse, l’atrophie et la résorption plus ou moins complète des tissus altérés. Les gangrènes, au contraire, sont des lésions envahissantes, qui transforment les tissus, opèrent des combinaisons nouvelles et donnent lieu à la formation de substances peu stables, de composition variable, et en définitive à des produits moins complexes, tels que l’acide carbonique, l’ammoniaque et l’eau. Dans l’une et dans l’autre affection, il va mort et dissolution de l’organite ou élément histologique ; toute la différence des processus consiste dans le mode de décomposition et la nature des produits de cette décomposition.

(1) Déjà Sauvage a établi une division assez semblable. Voyez Nosologie méthodique , traduct. française par Nicolas, t. III, p. 484 et 497. Paris, 1775.

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