ARACHNIDES
Les arachnides sont des arthropodes organisés comme les insectes pour vivre dans l’air, et qui ont quatre paires de pattes, la tête confondue avec le thorax et dépourvue d’antennes. Cette classe comprend un petit nombre d’espèces parasites.
I. Ixocles. 1° Les Tiques ou Ixodes sont des arachnides dont les palpes forment avec le suçoir une sorte de bec saillant, court, tronqué et un peu dilaté à son extrémité. Elles habitent les bois, s’accrochent aux végétaux peu élevés, et de là se jettent sur l’homme, plus souvent sur les * chiens, les moutons, les bœufs, les chevaux, et se fixent à leur peau, dans laquelle elles enfoncent le bec à la façon d’un trocart. Les petits crochets qui garnissent la surface du suçoir l’empêchent de sortir du point où il a pénétré, de sorte qu’on ne peut le détacher qu’avec force et en arrachant une portion de la peau qui y adhère. Les principales espèces de tiques connues sont: 1° L 'Ixodes ricinus , qui s’attache aux chiens; 2° Y Ixodes reticulatus , qui attaque les mammifères domestiques ; 3° Y Ixocles americanus ; 4° Y Ixodes hominis.
La tique s’accroche à la peau et y enfonce son extrémité mandibulaire avec une telle subtilité qu’on ne sent pas la piqûre. La douleur se montre seulement après plusieurs jours, et en examinant le point où on l’éprouve
on est tout étonné d’y voir la tique gorgée de sang. Si on cherche à l’extraire, on sent une résistance considérable, due à l’implantation des crochets qu’il ne faut pas briser, autant que possible, car leur présence dans les tissus cutanés prolonge les accidents inflammatoires et détermine souvent une sorte de durillon qui ne se résorbe ou disparaît qu’après des mois.
2° Les Argas sont des arachnides voisins des tiques, dont ils diffèrent par leur bouche inférieure et par leurs palpes libres, coniques et composées de quatre articles. Deux espèces principales méritent notre attention, Y Argas persicus qui, dit-on, inquiète de préférence les étrangers, et Y Argas ckinche , qui habite la Colombie. Gerslæcker signale en outre Y Argas reflexas (Dermanyssus avium de Borv), qui vit ordinairement sur les pigeons et les oiseaux de basse-cour, mais qui, dans quelques circonstances, se fixe sur notre espèce et y détermine des accidents analogues à ceux que provoque l’argas de Perse. Les piqûres, extrêmement douloureuses, peuvent, dans certains cas, dit-on, amener la mort par épuisement. Il est très-difficile de se débarrasser de ces hôtes incommodes ; mais comme ils redoutent la lumière, le meilleur procédé pour éviter leur atteinte est de coucher dans des chambres bien éclairées.
Bibliographie. — - Bosciiulte, Archiv f. path. Anat. und Physiolog ., t. XVIII, p. 554. — A. Gerstæcker, Argas reflexas ( Archiv f. pathol . Anat. und Physiolog ., 1860, t. XIX, p. 457, et Gaz. hebd ., 1860, p. 772).
IL Trombidides. — Le Piouget (Leptns autmnnalis) est un acarien à l’état de larve, et comme tel ne présente que six pattes ; il est reconnu pour être la larve d’un trombidion. Cet arachnide se tient sur les tiges des graminées, dans les guérets et les bois, etc. ; il fait généralement sentir sa présence sur l’homme du milieu de juillet au milieu de septembre; il s’insinue dans la peau, à la racine des poils, et préfère le ventre, le scrotum et ia partie interne des cuisses des personnes qui ont la peau délicate.
Heiberg a eu l’occasion d’étudier une sorte d’épidémie de ce parasite à Tristed, petite ville de Danemark, où il règne tous les ans dans la seconde moitié de l’été. L’éruption qu’il produit, et qui est fréquente surtout chez les individus qui travaillent dans les jardins, est désignée vulgairement sous le nom de bouton d’août. Cette éruption se caractérise par un exanthème d’abord papuleux, puis vésiculeux et même pustuleux, accompagné de démangeaison très-vive. Le parasite se laisse voir au milieu des boutons
PARASITES ANIMAUX
sous forme d’un point rouge. Le traitement consiste en lotions avec l’extrait alcoolique des Heurs de Pyrethrum Caucasicum,
Bibliographie, — - Gudden, Ueber eine Invasion von Leptus autumnalis ( Archiv fur patholog. Anatom. und Physiolog t. LU, p. 255, 1871). — V. Heiberg, Leptus autumnalis (. Nordiskt med, Arkiv , t, VI, n° 23; Analyse, dans (<a,z, hebdomad , , 1875, p. 44).
III. Acarides. — On désigne sous ce nom des acariens parasites qui vivent dans la peau des mammifères, principalement dans celle du mouton, du cheval et du bœuf. L’une des espèces de cette famille, appartenant au genre sarcopte, est plus spéciale à l’homme ( Sarcoptes scabiei , Latreille).
Le sarcopte de la gale est un petit animal punctiforme, visible cependant à l’œil nu, mou, luisant, un peu transparent, de teinte laiteuse ; il a un rostre petit, étroit, ovoïde, à la naissance duquel on observe deux poils (tig. 217). Ses membres sont disposés par paires, on en
Fig. 217. A, sarcopte mâle (face ventrale) gross. 100; B, sarcopte femellefface dorsale),
même grossissement ; a, œuf.
trouve deux paires en avant et deux paires en arrière, assez éloignées des précédentes. Les mâles sont plus petits et moins nombreux que les femelles. Les œufs sont relativement très-volumineux, car ils ont au moment de la ponte près du tiers de la longueur de l’animal.
Les sarcoptes ont à leur naissance et à l’état de larves six pattes au lieu de huit; ces larves, très-agiles, s’abritent sous des follicules d’épiderme soulevé, où elles s’engourdissent pendant quelques jours; leur peau
se plisse, se dessèche et tombe, une nouvelle paire de pattes se développe et l’animal arrive à l’état parfait.
Le sarcopte est un animal fouisseur; à laide de ses mandibules, il entame l’épiderme, s’y creuse une sorte de terrier, qui apparaît à la surface de la peau sous la forme d’un sillon légèrement courbé ou sinueux. Les attaques réitérées des mandibules du sarcopte sur la surface villopapillaire donnent lieu, dans ces sillons ou galeries à un trajet oblique contourné ou festonné, à une sécrétion abondante d’humeurs dont ce parasite se nourrit. Ce sont ces humeurs et celles qui résultent d'un travail inflammatoire consécutif qui s’accumulent quelquefois sous l’épiderme et constituent à l’extrémité du sillon une vésicule miliaire transpa¬
rente ou éruption vésiculaire de la gale. Ajoutons que des débris de cellules épidermiques et d’acares morts, desséchés, sont ordinairement attirés à l’ouverture de ce terrier, où ils forment à la surface de la peau une croûte plus ou moins épaisse.
Le prurit si incommode qui accompagne la présence de l’acare chez
l’homme est attribué aux moeurs de cet insecte, qui vers le soir et dans la nuit se mettrait particulièrement au travail; mais il n’est pas prouvé qu’il ne tienne aussi en partie à un liquide venimeux venant irriter les papilles nerveuses. Delafond et Bourguignon ont en effet montré que les humeurs qui circulent dans le tissu sarcodique des acares sont douées d un principe d’irritation énergique,, car, ayant inoculé à l’homme et au chien du jus provenant de sarcoptes écrasés, ils ont remarqué que la partie lésée et les parties environnantes devenaient le siège d’une éruption avec prurit insupportable le soir, la nuit et le matin.
Le sarcopte de l’homme fait particulièrement choix, pour tracer ses
sillons, vivre et pulluler, des régions pourvues d’un épiderme souple, abondant, sillonné de plis, tel que celui de la peau des doigts, de l’inter¬
valle des phalanges, des poignets, des organes de la génération chez 1 homme et du voisinage du bout des seins chez la femme. Chez les ani¬
maux, lesr acariens préfèrent généralement habiter la partie supérieure de 1 encolure du dos, la région des reins et de la base de la queue; chez le porc ils semblent rechercher les humeurs retirées de la face externe des oreilles. Ce n’est que dans les cas où la colonie acarienne est devenue trop considérable que la peuplade malfaisante émigre des lieux que nous venons de citer, pour s’établir dans le voisinage et ainsi successivement dans des lieux plus éloignés. Ajoutons que ces animalcules préfèrent les humeurs saines ou morbides des individus maigres, débiles et affaiblis par une mauvaise nourriture, ou dont la constitution est délabrée par un excès de travail, les privations, la misère, la malpropreté,
aux humeurs de ceux qui sont placés dans des conditions hygiéniques et physiologiques opposées.
Les sarcoptes des mammifères diffèrent peu de celui de l’homme ; il est établi qu’un certain nombre au moins d’entre eux et principalement ceux du cheval, du chameau, du bœuf, du chien et du chat, peuvent se développer sur l’homme et lui donner une maladie analogue à celle où l’animalcule a pris naissance. D’ailleurs le sarcopte de la gale humaine a élé rencontré chez le porc et le lama (Lanquetin, Robin).
Un animalcule qui peut être rapproché de l’acare de la gale est l’acaropse de Méricourt ( Tyrogliphus Mericourti , Laboulbène, Acaropsis M encourt i , Moquin-Tandon). C’est un acarien long de 5 millimètres, ovoïde, sans yeux, et dont le corselet se confond avec l’abdomen. Il a été observé par Leroy de Méricourt sur un officier de marine, atteint d’une otite, à Terre-Neuve. Trois de ces petits arachnides ont été recueillis avec le pus qui se trouvait dans le conduit auditif. Le Sarcoptes cynotïs et le Sarcoptes hypopodes , rencontrés, l’un sur des ulcérations de l’intérieur des oreilles des chiens, l’autre sur les bords d’un cancer du pied d’un cheval mort, ne sont sans doute pas différents de Tacaropse de Méricourt. J’en dirai autant d’un sarcopte que j’ai rencontré sur les ulcères pulmonaires d’un tuberculeux.
Bibliographie. — Renucci, Sur la découverte de l' insecte qui produit la contagion de la gale , etc. Thèse de Paris, 1835. — Dugés, Note sur le sarcopte de la gale humaine [Annal, des sciences natur ., 1835, t. RI). — Aubë, Considérations générales sur la gcde et V insecte qui la produit. Thèse de Paris, 1836. — Hering, Die Krætzemilben der Thiere und einige verwandte Arten (Nova acta physico-med. naturœ curiosorum. Vratislaviæ et Bonnæ, 1838). — P. Gervais, dans Walckenaer, Histoire naturelle des insectes aptères, Paris, 18ùù, t. IV. — Bourguignon, Traité entomologique et pathologique de la gcde de l'homme, Paris, 1852. — Delafond et Bourguignon, Recherches sur les animalcules de la gcde des animaux et sur la transmission de la gcde des animaux à V homme (Archives gén. de médecine , 1858, sér. 5, t, XI, p. 18). — Gerlach, Kraetze und Raeude, Berlin, 1857. — Lanquetin, Annales des maladies de la peau et de la syphilis, Paris, octobre 1851. — Le même, Notices sur la gcde et sur l’animalcule qui la produit, Paris, 1859. — Reynal et Lanquetin, Maladie parasitaire des oiseaux de basse-cour, transmissible à l'homme et au chevcd ( Comm . à V Acad, de méd . , séance du 21 juin 1859). — Ch. Robin, Recherches sur le sarcopte de la gale humaine (Mém. de la Soc. de biologie, sér. 3, t. I, p. 21, année 1859, Paris 1860). — Le même, Mém. sur diverses espèces cV acariens de la famille des sarcoptides, Moscou, 1860. — Furstenberg, Die Kratzmilben der Menschen und Thiere , 1861. — A. Hirsch, llandb. d. historisch-geogr. Pathologie. Erlangen, 1862-1864, p. 522.
ANATOMIE PATHOLOGIQ UE .
IV. Dermatophiles. — Le Demodex ( Demodex folliculorum , Owen, Acarus folliculorum , Simon) est un arachnide digrade, à forme helminthoïde, long de 0mm,3 à 0mm,6, dont la tête, confondue avec le corselet, forme un céphalo-thorax oblong (fig, 218) ; il a un rostre composé de deux palpes latéraux avec un suçoir intermédiaire.
Ce parasite se rencontre dans les conduits normaux ou dilatés des glandes sébacées, particulièrement ceux des ailes du nez, où il est mêlé à la matière sécrétée. 11 vit généralement en petite société, plusieurs demodex occupent le même follicule, où ils se tiennent parallèlement à Taxe, la tête tournée contre le fond du sac. Relativement rare chez l’homme, où il a été contesté qu’il produisît des accidents, ce parasite est beaucoup plus commun chez les chiens, où il détermine quelquefois des désordres sérieux.
Sparks a récemment observé trois chiens qui, par suite de cette affection, périrent après avoir perdu une partie de leurs poils ; les follicules pileux et les glandes sébacées, énormément dilatées, renfermaient des débris épithéliaux et des acares. S’appuyant sur ces faits, cet auteur pense que certains cas d’acné de l’homme peuvent bien être dus à l’irritation déterminée par la présence du demodex.
Fig. 218.
Demodex folliculorum; gross.
100 fois.
Bibliographie. — G. Simqn, Millier s Archiv, 1848, et Die Hautkrankh. durch anat. TJnlersuchung erlàutert , Berlin, 1851, p. 312. — Gruby, Compt. rend, de V Acad, des sciences, mars 1845, t. XX, p. 569, et Edinb. monthly Journ. of the med.scienç ., nov. 1846.— -Er. Wilson, On diseuses of the skin, London, 1847. —P. Gervais, Hist. nat. des insectes aptères , t. III, p. 282, pl. 35, fig. 6. — G. Wedl, Zeitschr. d. Gesellsch. d. Aerzte zu Wien, 1847, t. IV, p. 177. — Edw. Sparks, On a diseuse of the skin produced by the acarus folliculorum , etc. (Medico-chirurg. Transactions , t. LVII, p. 239, 1874). — Darin, Lettre sur le demodex ou acarus des follicules {Gaz. des hôpitaux , Paris, 1er sept. 1874).