‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 96 sur 112 · II. — Plaies contuses · texte numérisé non relu

II. — Plaies contuses

Ces plaies peuvent être considérées par la pensée comme le résultat composé d’une solution de continuité par instrument tranchant, d’une altération variable dans la texture des parties qui ont été frappées. Elles représentent une solution de continuité dont les bords sont en général inégaux et irréguliers, excepté dans quelques cas où les tissus mous surmontent un plan résistant, comme à l’angle orbitaire externe. Ces plaies ont ceci de remarquable qu’elles ne sont pas en général saignantes, ce qui s’explique par la lacération des parties et par

l’obturation des vaisseaux au niveau des couches désorganisées ; d’un autre côté, elles sont très-variables quant à leur profondeur, leur étendue et la désorganisation plus ou moins complète des tissus affectés. Pour toutes ces raisons, on admet deux degrés dans les plaies contuses : les unes olfrent une altération si peu profonde des tissus, que la guérison a lieu sans élimination ; les autres sont le siège d'une désorganisation tellement considérable, que le travail de restauration a lieu seulement a la suite de l’élimination des parties mortifiées : de là des complications diverses, et surtout la gangrène.

11 résulte de ces données que si les plaies par instrument piquant et par instrument tranchant ont une tendance naturelle à la réunion immédiate, les plaies contuses au contraire ne peuvent guérir qu’à la suite d’un travail régénérateur dont les éléments sont : élimination ou expulsion, à la façon d’un corps étranger, des parties esçhariflées ; inflammation

suppurative des parties moins désorganisées. Par conséquent, toute plaie contuse suppure et ne devient le siège d’un travail de cicatrisation et d’adhésion qu’autant qu’elle est ramenée k l’état de plaie par instrument tranchant, qui suppure. \

Je n’ai pas à m’occuper ici des complications de ces plaies. Pourtant j’en dirai quelques mots, afin de montrer que ces accidents sont toujours subordonnés à des conditions spéciales à l’individu malade et au milieu dans lequel il vit. Les plus importantes parmi ces complications, en dehors des désordres nerveux réflexes, tels que spasmes musculaires, tétanos, etc., sont l’hémorrhagie, Pinfection purulente, la gangrène et la pourriture d’hôpital. L’hémorrhagie est artérielle, veineuse ou capillaire, suivant la source d’où elle provient, et partant plus ou moins grave. En outre, suivant qu’elle survient au moment de la blessure ou plus tard, elle est dite primitive ou consécutive ; dans tous les cas, elle est subordonnée à la disposition générale du sujet ou encore à certaines modifications des organes, notamment le foie, la rate et les reins. Abondantes chez les hémophiles, les hémorrhagies traumatiques sont généralement fréquentes chez les albuminuriques, les cirrhotiques, les impaludiques, etc. (Verneuil).

L’infection purulente, la gangrène et la pourriture d’hôpital sont des complications que l’on observe surtout chez les individus placés dans de mauvaises conditions morales et dont le système nerveux est ébranlé ; mais il importe de savoir qu’elles ne se développent jamais que dans un milieu spécial, au contact d’un principe septique. Deux conditions sont ainsi nécessaires à la production de ces accidents redoutables des plaies, savoir, un état général mauvais et la présence à la surface de la plaie de germes ou ferments délétères, qui, après s’ètre multipliés sur place, pénètrent dans l’organisme et l’infectent. C’est ainsi que l’on explique aujourd’hui, avec raison selon nous, les phénomènes de la pyohémie (voy. p. 239), des gangrènes (voy. p. 513) et aussi ceux de la pourriture d hôpital (1).

Bibliographie. — John Hunter, Œuvres complètes , trad. en français par G. Richclot, t. lit, p. 21 h. Paris, 1840. — John Bell, Discourses on the nature

(1) Voyez, pour la bibliographie de la pourriture d’hôpital : E. Follin, Traité de pathologie externe. Paris, 1861, t. 1, p. lx 88. — Bonnard, Rec. de mèm. de méd chir. et pharm. milita t. XVI, p. 302. — Pitha et Billroth, Randbuch der allgem. und spec. Chirurgie , vol. I, 2e part., 1er fasc., livr. 1, p. 187, art. Hospitalbrand , par G. Heine. — E. Wolff, Recherches sur la pourriture d'hôpital, thèse de Paris, 1875. — Nussbaum, Eine Mittheilung uber den Hospitalbrand ( Langenbeck' s Archiv fur klin. Chirurgie , t. XVIII, p. 706).

and cure of Wounds , London, 1795; trad. franç. par Estor, Paris, 1825. — Dupuytren, Traité des plaies d'armes de guerre ( Leçons cliniques , t, \ et \ I, 1834). — Parmentier, Quelques recherches sur la cicatrice des plaies exposées au contact de l’air, thèse de Paris, 1854. — Girouarr, Cicatrisation des plaies à l’air libre , thèse de Paris, 1858. — Ritzinger, De la cicatrisation en général et de celle des plaies en particulier, thèse de Strasbourg, 1859, n°471. — Waldeyer, Zur patholog. Anatomie der Wundkrankheiten (Archiv f . pathol . Anat. und Fhysiol . , 1867, t. XL, p. 879). — Wfwodzoff, Étude expérimentale des différents phénomènes qui se passent dans la cicatrisation des plaies par première intention [Journal de l’anatomie et de la physiologie norm. et path. de l’homme et des animaux , 1868, p. 130). — Consultez les principaux traités de chiet des animaux , 1868, p. 130). — Edw. Ivlebs, Beitraege zur pathol. Anat . der Schusswanden. Leipzig, 1872. — Consultez les principaux traités de chirurgie.

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