MONSTRES OMPRALOSITES OU MONSTRES SIMPLES
Cette classe comprend les anomalies les plus graves. Les monstres omphalosites n*ont pour ainsi dire aucune forme humaine; si quelquesuns possèdent des parties reconnaissables, les autres sont à peu près uniquement constitués par une masse informe et des organes incom* plets. Tous vivent d'une vie imparfaite, pour ainsi dire parasitaire, entretenue seulement par la communication avec la mëre^ et qui cesse dès que le cordon ombilical est rompu.
La conformation extérieure de ces monstres a pour caractères, outre Tabsence générale de la tête, un défaut de symétrie du corps et un état imparfait des membres. L'extrémité supérieure du corps, en général arrondie et recouverte de téguments, ne présente aucune trace de destruction ou de cicatrice. Au contraire, il n*est pas rare d'y apercevoir quelques poils qu'on peut considérer comme de véritables cheveux, et comme des parties ^Taiment céphaliques, puisqu'ils correspondent à des osselets nidimentaires, sous-culanés, vestiges informes du crâne. Les membres thoraciques existent dans le tiers environ des cas; ils sont ou nidimentaires, ou assez développés, mais contournés et difformes. Les membres aMominaux présentent aussi des imperfections diverses ; rarement iiidiinenlaires, ils sont le plus souvent mal proportionnés, inégaux, contournés et surtout terminés par des pieds bots. Les doigts des membres sont presque toujours mal conformés et courts, quelquefois réunis et privés d'ongles; leur nombre est variable, généralement diminué. Les organes exleraes de la génération sont dans un état d'imperfection telle que souvent le sexe ne peut être déterminé.
tn grand nombre d'organes font défaut à cette famille de monstres, et ceux qui existent sont ou imparfaits ou même seulement ébauchés. Le cerveau et le cœur manquent souvent ou sont atrophiés ; il en est de même des poumons et de quelques viscères abdominaux, le foie, la
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rate, le pancréas , etc. Bien qu'isolés à leur sortie de Tulérus , ces monstres se rencontrent uniquement dans les cas de grossesse gémellaire, et à côté d'un fœtus bien conformé, viable. Ils ont toujours le môme sexe que ce dernier. Presque toujours ces jumeaux sont du sexe féminin. Renfermés dans un même chorion, ils ont un placenta commun, tantôt un seul, tantôt deux amnios, et un double cordon ombilical ; mais, tandis que les vaisseaux ombilicaux du fœtus bien conformé se distribuent normalement dans le placenta, ceux de Tomphalosite débouchent dans ces derniers. Celte disposition produit chez le foetus monstrueux une circulation toute spéciale : le sang qui lui vient, sous la pression du cœur du fœtus bien conformé, l'alimente par l'intermédiaire d'une artère ombilicale toujours unique dans le cordon ; puis, après avoir traversé son système capillaire, il va se déverser par la veine ombilicale dans la veine ombilicale de ce même fœtus, pour de là se répandre de nouveau dans les différentes parties de son corps. Ainsi, les omphalosites reçoivent pour leur nutrition un sang qui a servi au fœtus normal, et qui n'a pu aller se renouveler dans le système capillaire du placenta; der là sans doute la prédominance du tissu cellulaire chez la plupart de ces monstres.
Ce renversement de l'appareil circulatoire, que beaucoup d'anatomistes ont décrit chez les monstres omphalosites, et qui consiste en ce que les veines jouent le rôle d'artères et les artères le rôle de veines, peut rendre compte de la conformation particulière des omphalosites. Suivant Claudius, deux embryons commenceraient à se développer normalement dans un seul œuf, mais après la formation de Tallantoïde surviendrait l'anastomose des vaisseaux ombilicaux, qui^ produisant un courant en sens inverse dans les artères ombilicales, finirait par amener la stase puis l'arrêt du sang dans le cœur du fœtus le plus faible. Cet organe, ne recevant plus de sang des artères coronaires, s'atrophierait, et en même temps les poumons. Le défaut d'impulsion sanguine déterminerait la gêne circulatoire, le retrait, l'oblitération d'un certain nombre d'artères les plus voisines et l'atrophie des organes auxquels elles se distribuent. Dans cette hypothèse, l'oblitération du tronc cœliaque et de la veine porte rendrait compte de l'absence du foie, de la rate, du pancréas et de l'estomac. Au contraire, la disposition de l'artère ombilicale par rapport aux artères iliaques faciliterait l'accès du sang dans les extrémités inférieures et les organes du bassin, ce qui permettrait à ces parties de se nourrir et de pouvoir se développer. De même, les artères qui se rendent à la colonne vertébrale, celles qui alimentent les reins, les artères mésentériques supérieure et inférieure, conduisent la plupart du
temps une quantité de sang suffisante à la nutrition de ces parties.
L'aorte ascendante reiievant son sang du cœur, il est facile de comprendre
que les artères carotides restent vides et s'atrophient; ainsi s'explique
l'acéphalie et se trouve constituée la famille des acéphaliens {ace-
phaluSy acnrdiacus). C'est de la même façon que se forment les monstres
paracéphaliens, très-voisins de ceux-ci, dont ils se distinguent par une
têlepius ou moins rudimentaire. Que les branches collatérales de l'aorte
s'oblilèrent en même temps, le tronc ne pourra se développer, et il en
résultera un monstre sans tronc [acormus), réduit à l'extrémité supérieure
ou aux deux extrémités inférieures. Si enfin les artères qui émanent delà
partie supérieure et de la partie inférieure de l'aorte subissent le même
sort, le monstre alors n'a plus aucune forme; il a reçu le nom de monstre
amorphe {amorpkus, Gurlt ), monstre anide (Is. Geoffroy Saint-llilaire) (1).
Nous allons examiner chacune de ces divisions, et en même temps
nous indiquerons la division correspondante de la classification de
Is. Geoffroy Sainl-Hilaire.
J. — Monstres amorphes ou anidicns (2).
Ce groupe comprend les formes les plus dégradées des monstruosités unitaires. Les monstres anidiens sont des masses plus ou moins globuleuses, recouvertes d une peau bien conformée, avec des glandes ou même des poils; ces masses sont constituées par un tissu cellulo-adipeux, des poches contenant un liquide séreux, des fragments d os ou des rudiments de colonne vertébrale et des branches vasculaires aboutissant
[t] C. Dareste rapporte à plusieurs types les diiïcrentes formes de la monstruosité ompbaloiite qu'il attribue, comme il suit, à des arrêts de développement frappant l'embryoD pendant les premiers moments de la vie.
1® Type des anXdes. Arrêt de développement du disque embryonnaire avant la formalion deU gouttière primitive. — 2° Type des céphalides. Production d'une tète rudimentaire sur un disque rudimentaire complètement arrêté dans la première période de son existence. — 3* Type des hétérotdes. Production d'une tète rudimentaire sur un disque embryonnaire qui continue à s'accroître, malgré l'absence de la gouttière primitive. — 4» Type des mylacéphales. Formation d'un membre postérieur ou des deux membres postérieurs sur un disque embryonnaire privé de la gouttière primitive. — 5° Type des pcraciphaies. Formation de la gouttière primitive dans la région postérieure seulement ; formation des membres postérieurs ; reploiement des lames \iscéralcs. — 6° Type des ficéphaki. Formation complète de la gouttière primitive; production des membres antérieun et des membres postérieurs ; reploiement des lames viscérales. — 7° Type des poracéphaliens. 'Mêmes faits que pour le type précédent, avec la formation d'une tête plus ou moins rudimentaire.
(2) av privatif, lUoç, forme.
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à un cordon ombilical composé d'une artère et d'une veine {fig. 1.). Le corps du monstre n'est parfois qu'une bourse cutanée dont on aurttît peine à déterminer la nature sans le cordon ombilical à l'extrémité duquel cette masse est suspendue.
Dans quelques cas on a trouvé en même temps de la substance ner* veuse, des muscles irrégulièrement disposés et un rudiment d'intestin, circonstance tout à fait propre à montrer l'analogie qui existe entre ces monstres, les monstres inclus, et certaines tumeurs congénitales enkystées.
n. — Hontlret acoriiiieiu (1).
Ces monstres fort rares sont corn- .
posés presque uniquement d'une
FjG. 1. — Monstre anide. c. Cordoa tête plus OU moins nidimentaîre,
ombilical :o. rudiment d'oreille portant au licu dc COU et de tronc
( Deiiin du proreaseur Depaul. ) '
un appendice en forme de sac, avec
des pièces osseuses d'une forme indéterminée et des viscères rudimentaires. Cet appendice donne insertion au cordon ombilical. Le crâne et le cerveau sont incomplètement développés ou rudimentaires. La face est mieux conformée, quoique défectueuse. La moelle épinière est trèscourte si elle ne fait absolument défaut. Les yeux et les oreilles sont rudimentaires. La langue est généralement bien développée. Il existe des traces du larynx, de la tracbée, dc l'œsopbagc, et quelquefois du canal intestinal. L'artère et la veine du cordon ombilical s'anastomosaient, dans un cas, le première avec une espèce de carotide, la seconde avec une sorte de jugulaire.