‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 36 sur 104 · Malformation des membres · texte numérisé non relu

Malformation des membres

Ces malformations offrent des variétés qui rappellent dans une certaine ^^esure les diverses phases du développement embryonnaire ou fœtal; ^llfô se divisent naturellement en deux groupes : les anomalies par défaut ^t ksmamaliespar fusion (i).

(t) Quelques antenrs ont cm devoir igouter i ces deux groupes une troisième divi- «on ({oi consisterait dans la présence de membres surnuméraires cbez des individus

160 AHATOHIB PATBOLOGIQUE.

1° Les anomalies par défaut, monstres ecttvméliens de Geoffroy Sainl- Hilaire, présentent, suivant quel'absence des membres estcomplète ou incomplète, des différences qui permettent de les grouper sous plusieurs chefs. L'absence complète ou presque complète d'un ou de plusieurs membres caractérise l'une de ces variétés; celte anomalie' (^enre eclromèle, Is. Geoffroy Saint-Hilaire), la plus complexe et la plus grave, est en même temps la plus commune ; ordinairement elle est symétrique (fig. Û3). Les membres le plus souvent alTectés sont ceux du thorax, vient ensuite l'ectromélîe biahdominale, puis l'ectromélie thoracique unilatérale. L'absence d'un seul membre abdominal est rare ; elle n'a guère été constatée, si ce n'est chez des monstres affectés en même temps d'éventration. Les membres inférieui-s sont représentés en général par des moignons très-courts, hémisphériques, assez semblables au sein d'une femme. Dans ces moignons se rencontrent des os rudimentaires auxquels s'insèrent des muscles qui les rendent mobiles à volonté, et quelquefois des excroissances en forme de doigts recouvertes d'une substance cornée viennent s'y ajouter. Les épaules et les hanches sont généralement bien conformées, à part quelques cas exceptionnels. Leurs cavités articulaires sont ou plates et trèspetites, ou comblées par du tissu conjonctif. Les muscles, les nerfs et les vaisseaux voisins sont en général normaux. La composition anatomîque du la tôte, de la poitrine, du ventre et des parties génitales ne laisse rien à désirer, d'où la faculté des individus affectés de cette anomalie de pouvoir panenir quelquefois à un ôge avancé.

Dans une autre variété, les membres sont remplacés par des moignons plus ou moins courts, privés de tout vestige de main ou de pi.ed, le plus souvent terminés par un ou plusieurs doigts imparfaits et rudimentaires {(jenre hémimèle de Is. Geoffroy Saint-dilaire} . Il est rare qu'un seul membre soit atteint de cette anomalie ; ordinaii-ement ces organes sont affectés au nombre de deux, 4^ trois, ou même tous les quatre en même temps.

limplei. Uaig lea faila de ce genre rencontre! cbei l'hooune lont ertrimement rare»; ili n'oDl été obacrTéi qu'aux menibrM intérieur), et lortqu'oD prend la peine de le* uaalyier, on reconnsît qu'ili ne sont peut-flre p» Indépeodantt d'une duplicité monttnieuM.

HALrORHAnONS. 161

[lue Iroisiènie variété enfin consiste dans l'atrophie ou la disparition d« segments des membi'cs autres que le segment terminal, qui se rapproche peu à peu du tronc et souvent même semble s'y insérer directement. Cette anomalie, qui fait ressembler r^tre humain à certains animani aquatiques, est désignée par h. Geoffroy Saint-Kilaire sous le Jumiitp/uKoméiie. Lesdeu\ membres abdomimux seuls, ou bien les deux tiwnciqaes, ou bien les quatre membre), peuvent être aiïectés à la fois de phocnnèlie [fig. hk); rarement un seul inemke présente cette aiv^ninlie. En para! cts, les os du bras, de la cuisse, de l'ivant-bras et de la jambe Tont défaut ou soat rudîmentaires ; les muscles des membres existent le plus souvent, mais ils sont peu développés et vicieusement insérés. A part les organes générateurs, qo^qucfois retardés ou arrêtés dans leur développement en même temps que les deux jambes, ffiUe malformation des membres est le plus souvent isolée, et comme les parlies qu'elle afTecle ne sont pas essentielles i la vie, elle est compatible avec l'eustence. Les individus qui en sont aUëats parviennent généralement à 1% adulte, en faisant un usage remar- '^'ik des tronçons de membres qui soDl à leur disposition. Ainsi, on voit l^sujelsaB'ectésd'hémimélie ou d'ectromélie bithoracique convertir leurs membres inférieurs en instruments de pf^iension cl acquérir avec le pied, par le pouvoir de l'habitude, toute Il deilérité d'une main, exécutant les actes les plus complexes ou les I^usdâirâts de la préhension, tandis que chez les individus affectés ^ pboeomélie ou d'ectromélie biabdominale, les membres supérieurs deneoDent les organes de la locomotion ; le mode de progression des '"Wf^ot/e est bien connu.

l'étiologie de ces anomalies nous est inconnue; leur pathogénio Ktdes plus obscures. Serres, Tiedemann et Gurltont signalé la coîncî- UnXMiDi. — Traité d'Anat. ). — 11

dence d'une altération des centres nerveux, d'une atrophie des renflements de la moelle épinière avec lavortement des membres. Plus récemment, Troisier, dans un caâ d'hémimélie unithoracique du côté droit, a constaté une diminution ile volume de la moitié droite du renflement cervical de la moelle épinière par agénésie d'un certain nombre de cellules nerveuses. Est-ce là un« simple coïncidence, ou bien y a-t-il lieu de voir une relation de cause à eiïet entre certaines modifications de la moelle épinière et l'absence plus ou moins complète des inembres? quelle est la cause, quel est TeDet? Les recherches de Vulpian nous ayant appris que la section des nerfs d'un membre détermine l'atrophie de la région de la moelle épinière qui leur donne origine, il y a à ^ demander si la lésion médullaire, dans les cas en question, n'est pas consécutive à Tano* malie des membres. D'un autre côté, il est naturel de penser que Tavortement des membres peut être subordonné à l'agénésie ou à une modification des cellules de la moelle épinière à l'état fœtal , puisque cette altération, survenant dès les premières années de la vie, est suivie de Tatrophie des membres. C'est donc une question à l'étude, et si l'agénésie ou l'altération des cellules des cornes antérieures peut quelquefois présider à l'arrêt du développement des membres, néanmoins, pour mériter créance, cette manière de voir exigerait de nouvelles observations et une étude plus complète du problème. Il importerait aussi de tenir compte de l'état du système vasculaire des membres.

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2' Les anomalies par fusion sont essentiellement caractérisées par la réunion médiane des deux membres abdominaux avec absence d'une portion plus ou moins considérahie de Tun et de Tautre de ces membres. Ces anomalies se présentent sous trois formes distinctes : la sirénomélie, Yuromélie, ^^ij/mélie (Isid. Geoffroy Saint- llilaire).

U sirénomélie est caractérisée par la réunion de membres abdominaux extrêmement incompris, terminés en moignon ou en pointe sans pied <iistinct. La moitié sus-ombilicale du corps est bien <!onformée, mais la moitié sous-ombilicale s'atté- ^ede plus en plus vers son extrémité et semble n'être qu'un prolongement c^udi forme du tronc, prolongement dont la longueur est ordinairement ♦îgale an tiers ou aux deux cinquièmes de la longueur totale (He. 1x5), Ce prolongement représente Fie. 45. — sirénomélie-

a«;o>. K- Al- ^ ♦ I ♦ • (D'après Cruveilhicr.)

^ssez Bien un cône régulier, dont le sommet est ^^i aigu, tantôt obtus. La rotule, le plus souvent unique, avec des ^faœs plus ou moins manifestes de duplicité, est placée en arrièit, ^ lui montre que le membre composé est retourné. Un os unique^

i6& ANATOHIE PATHOLOGIQUE.

ordinairement médian , analogue au tibia, court, de forme conique, constitue la jambe presque à lui seul ; il reçoit les insertions de quelques faisceaux musculaires qui ont leur attache supérieure sur le fémur. Celui-ci est unique, médian, et, par ses formes comme par son volume, il paraît plus développé qu'un fémur ordinaire. Les deux moitiés d'un bassin très-incomplet, et beaucoup plus étroit que dans l'état normal, sont venues se joindre sur la ligne médiane, de telle façon que les deux cavités cotyloîdes sont ou très-voisines ou confondues en une seule. Les orifices de l'intestin et des voies urinaires, les organes sexuels externes font complètement défaut ou ne sont représentés que par de petites saillies ou des rides plus ou moins profondes^. Les organes sexuels internes manquent complètement ou existent d'un seul côté à l'état rudimentaire. La vessie est rare, et le plus souvent l'un des reins, sinon ces deux organes, fait défaut. Le canal intestinal est en général mal conformé à partir du coecum, et presque toujours la dernière portion du côlon et le rectum manquent ou sont très-imparfaits. Cette dernière anomalie se rattache à l'absence constatée, dans plusieurs cas, de l'artère mésentérique inférieure.

Vuromélie a pour caractère la soudure des membres abdominaux que termine un pied simple, presque toujours imparfait, et dont la plante est tournée en avant. L'existence de ce pied constitue, pour ainsi dire, toute la différence entre l'uromélie et la sirénomélie. La jambe est bien dans quelques cas composée de deux os, mais les deux fémurs sont toujours intimement réunis, le bassin est en même temps très-étroit, trèsincomplet, et les organes qu'il renferme ne diffèrent pas de ceux qui se rencontrent dans la sirénomélie.

La symélie est produite par l'union de deux membres abdominaux presque complets et terminés par un pied double dont la plante est tournée en avant. Le segment supérieur ou fémoral de ces membres, presque aussi large en haut que la portion inférieure de l'abdomen, est. beaucoup plus étroit en bas, où il s'articule avec le segment quirepré —

sente les deux jambes réunies. Le pied, beaucoup plus large que la partie inférieure de la jambe, laisse voir sa duplicité. Lé nombre des doigts qiM i le terminent est, en effet, de dix, quelquefois de neuf, de huit, de sepK ^ ou au contraire de onze. Ce pied forme avec la jambe un angle obtufr ; de plus il est renversé de telle sorte que les bords soudés sont cexm. "X qui, dans l'état normal, devaient être externes, et que les petits orteiïs sont au milieu, tandis que les gros sont en dehors. Tout ce qui dev^»-ît être antérieur est devenu postérieur, et réciproquement; la plante ^âi« pied est en avant et la face dorsale en arrière. Le bassin , déformé e1

allongé, est toujours plus ou moins étroit et tellement imparfait que les cavités cotyloïdes et par suite les fémurs sont rapprochés Tun de laulre, quelquefois contigus ou réunis entre eux. La face antérieure de ces os devient externe et les rotules sont placées en dehors. La jambe contient tantôt quatre, tantôt seulement trois os distincts par suite de la soudure des deux péronés devenus internes. Les os externes du tarse, ramenés «n dedans, sont ordinairement soudés avec leurs congénères , comme aussi les métatarsiens et les phalanges des petits orteils droit et gauche, de façon à former un doigt médian reconnaissable à son plus grand volume. Certains muscles se réunissent également à leurs coilgénères sur la ligne médiane, et les nerfs sciatiques quelquefois aussi sur un point de leur trajet. Le bassin étant rétréci, les organes urinaires sont le plus souvent incomplets, la vessie manque ou est mal conformée, les uretères s'ouvrent dans l'intestin, et les reins font défaut tandis que les capsules surrénales peuvent être augmentées de volume. Les organes sexuels sont en général rudimentaires, et les canaux qui en naissent se portent, soit directement dans l'intestin, soit indirectement en se réunissant avec les uretères.

Les individus aflectés de ces diverses malformations ont ordinairement une naissance prématurée et ne tardent pas à succomber, ce qui est facilement explicable par les anomalies multipliées de leur organisation.

Les conditions étiologiques des malformations par fusion des membres sont peu connues ; il n'est pas prouvé qu'un traumatisme, chez une femme, en état de gestation, ait jamais produit ces anomalies. Plusieurs observateurs se sont appliqués à rechercher la palhogénie de ces désordres congénitaux. Laissant de côté les opinions de Meckel et de Is. Geoiïroy Saint- Hilaire, disons que Cruveilhier attribuait la symélie à d'eux forces agissant simultanément ou successivement dans les premiers temps de la vie, l'une pour imprimer aux membres inférieurs un mouvement de rotation en sens opposé sur leur axe, l'autre pour rapprocher et fusionner ces membres. Dareste, par ses études sur la production artificielle des monstruosités, est arrivé à ce résultat que l'inversion et la fusion des membres postérieurs sont dues à une pression latérale, et que ce fait se produit toutes les fois que la partie supérieure de l'amnios ou capuchon caudal a éprouvé un retard dans son développement et reste appliquée sur la partie postérieure du corps, au lieu de s'en éloigner par l'interposition du liquide amniotique. Ainsi, un défaut de parallélisme entre le développement de la partie postée rieure de l'amnios et le développement de la partie postérieure du co^ de l'embryon suffirait pour produire l'un des vices de conformation les plus graves parmi ceux qui affectent un seul être. L'inversion des mem-

166 ànatohie pathologique.

bres, pour le mérac auteur, existerait normalement dès le principe, el

la fusion serait la cause de sa persistance.

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IL — HairomutJans des diiigti.

Les malformations des doigts, comme ivlles des membres, peuvent se grouper sous plusieurs chefs ; nous ('tudierons successivement les ano-

malies par cscès ou polydaclylie, les Jinomalies par défaut ou ectrodartylie, et les anomalies par fusion ou syndactylic.

(t) CcUc ligure et le« lept qui luiveot ina Furt tur lei vice* île contormnlian <lei doifiti.

ciiipriinlcts à h tbùK de M. le docteur

■ALFORHATIOKS. 1S7

Polyâaclylie. — Cette anomalie , bien connue des Romains, présente ]es variétés suivantes: 1" les doigts surnuméraires, situés aux extrémités ou au milieu des doigts, prolongent la série ; 2" ils résultent de la bifurcation du pouce ; 3° ils sont situés sur le bord cubital de la main ; U° ils sont séparés par une biTurcalion plus ou moins profonde de la main.

1* Les doigts qui prolongent la série se renconti-ent le plus souvent aux extrémités et sont rarement intercalés. D'une analogie frappante avec les doigts normaux, ils s'articulent en général ayec un métacarpien particulier qui s'insère aux os du carpe (fig. 46 et U'i) ; quelquefois aussi ils s'articulent avec le doigt voisin sur la tête grossie du même métacarpien ou sur un point quelconque de sa longueur (iig. 68 et &9}.

-Xon-seulement les métacarpiens et les métatarsiens, niais les os du carpe el du tarse augmentent parfois en nombre; ainsi une pièce du musée Dupuytren, portant le n° 27, présente huit orteils, huit métacarpiens et cinq cunéiformes. Les doigts surnuméraires ne reçoivent le plus souvent que des divisions des tendons du voisinage ; ils sont ordinairement plus ou moins atrophiés, privés d'une ou de plusieurs phalanges. Enfin, les doigts et les orteils, en plus d'un cûté, peuvent faire défaut du cdté opposé.

2° La polydaclylie par bifurcation du pouce n'est pas très-rare. Placé sur le bord externe de la main, le pouce supplémentaire, i-ésultat d'une sorte de biliditê, s'insère sur les métacarpiens ou sur la première phalange (fig. 50 et 51). Dans quelques cas d'insertion près d'une sur-

face articulaire, la synoviale de Tarliculalion surnuméraire communique avec la synoviale normale, même lorsque le pouce surnuméraire est à une certaine distance du pouce normal. Broca a vu deux fois 1^ communication entre les synoviales se faire par un conduit étroit ; inutile

FiG. 50. — Pouce surnuméraire.

FiG. 51. — Pouce bifurqué.

de faire remai*quer Timportanoe de cette disposition au point de vue opératoire.

3*> Placés sur le bord cubital de la main, les doigts surnuméraires occupent un seul côté ou les deux; ils peuvent siéger sur toute la longueur du cinquième métatarsien, depuis Tos crochu jusqu'à la première phalange du petit doigt. Tantôt rudimentaires et semblables à des tumeurs érectiles, ils sont d'autres fois aussi développés que les doigts de la série normale; entre ces extrêmes se rencontrent tous les intermédiaires possibles. Les doigts surnuméraires les plus développés présentent un squelette à deux phalanges articulées avec la tête du cinquième métacarpien ou avec une apophyse du bord interne de cet os (fig. 68) ; ils possèdent en général des tendons, des vaisseaux et des nerfs. Les plus rudimentaires sont dépourvus de squelette et formés à peu près exclusivement par une masse charnue, graisseuse et cutanée, recevant quelques vaisseaux et pouvant contenir des noyaux cartilagineux.

6° La polydactylie par bifurcation ou par duplicité de la main est relativement rare ; on en connaît seulement quelques cas. Deux de ces cas, publiés Tun par Murray, l'autre par Giraldès, présentaient une bifidité qui s'étendait jusqu'au niveau du carpe; le pouce faisait défaut (fig. 52). Chaque portion de la main double possédait des muscles et des tendons qui permettaient aux deux mains de se fermer Tune sur l'autre et de remplir leurs fonctions.

Les causes de la polydactylie sont obscures comme toutes celles qui président à la formation des parties surnuméraires de l'orga-

HALPORHATIONS. 169

niaoB. Cependant il est reconnu que l'hérédité exerce une influence marqnéïiar le développement de celle anomalie. Cette influence incontestable, qui s'est quelquefois manifestée chez cinq à six générations successives, a ccmduit le professeur deQuatrefages k penser qu'il ne serait peut-être pas impossible d'arriver, en s'aidanl de la sélection natu-

ﻫies; du reste, il n'existe <I«je des hypodièses sur la p^lhogénie de cette ano- ■■rt^alie.

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Stiniactylie. — Caractérisée par l'absence totale ou partielle d'un ou <'s pltuieurs doigts, l'ectrodactylie, moins fréquente que ta polydaclylie, ^' plus souvent que cette dernière observée chez tes individus affectés '^ 'ioes de conformation. Elle occupe tantôt les deux mains tanidt

"'"n droite ou la main gauche seulement, ou même elle siège

170 ànatomie pathologique.

aux pieds. Quelquefois un seul doigt fait défaut (fig. 53) , plus souvent il y a absence simultanée de plusieurs doigts. Bien plus, le métacarpe peut être atrophié ou manquer, et même parfois il y a absence de quelques-uns des os du carpe. Dans certains cas où le pouce et Tauriculaire, placés aux deux extrémités de la série, sont seuls restants, la main offre un certain degré

d analogie avec une pince, d'où le nom de pince de homaf*d donné à cette anomalie. Le pouce manque plus souvent que la plupart des autres doigts, surtout le doigt auriculaire. Otto, ,«Davaiiia et d'autres auteurs ont publié des faits d'absence congénitale du pouce et de son métacarpien , due à labsence du radius ; cependant les cinq doigts $6 rencontraient dans un cas de W. Gruber (1), où cet os faisait défaut, et dans un autre cas rapporté par Dolbeau, il y avait un pouce flottant fixé par un pédicule. L'hérédité de Tectrodactylie , plus rare que Fig. 53. — Ecirodaciyle. ^^[1^ j^ jj^ polydactylie, ne s'observe pas moins

quelquefois dans plusieurs générations. Nous ignorons comment agit cette influence, mais il y h l^u dans certains cas de rapporter l'ectrodactylie à un trouble survenu dans l'évolution* normale, à un arrêt de développement qui, à cause de l'influence héréditaire, semblerait sous la dépendance du système nerveux. D'autres fois, c'est au contraire à l'action d'une cause mécanique qu'il convient de rattacher l'ectrodactylie. De même que Tectromélie est quelquefois le résultat d'une amputation, soit par des bridges vicieuses, soit par le cordon ombilical, de même lectrodactylie peut être Teflet d*une amputation congénitale produitiiL par les mêmes causes ; c'est du moins ce que semble démontrer un fait rapporté par W. Gruber, où l'on rencontre à côté d'un doigt ectrodactyle deux autres doigts ofl*rant chacun une constriction circulaire, comme s'ils avaient été étranglés par un lieÉ. Le& doigts dans l'ectrodactylie sont agiles et souples, ce qui ne peut surprendre après ce que nous savons des ectromèles.

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— WiNZEL Gruber, Ueber Missbild, der Finger an beiden Hànden eines Lebenden

{Ârchiv /. path. Anat, und PhysioL, vol. 67, p. 303)..

Syndactylie, — Caractérisée par la coalescence des doigts, la syndaclylie coexiste avec l'une des mal formations précédentes ou se rencontre» à l'état d'isolement. Elle aiïecte plus souvent les mains que les pieds, mais parfois aussi elle atteint ces deux parties à la fois. La syndactylie est complète ou incomplète. Elle est complète lorsque les doigts sont intimement unis dans toute leur longueur et que leurs parties constituantes, reliées par une enveloppe cutanée commune et séparées uniquement par un léger sillon, sont plus ou moins confondues. Cette fusion peutaffecler jusqu'aux ongles, en sorte que le membre se termine par un seul appendice recouvert d'un ongle gigantesque. La sjudacfylic est incomplète quand deux ou plusieurs doigts sont réunis par une meni- ^t brane, un repli cutané, une palmature analogue à la membrane interdigitale qu'on observe chez les oiseaux aquatiques. Ce repli cutané, plus .^ ou moins étendu, se porte de la racine des doigts à leur extfémité; il ^ n'est en définitive qu'un prolongement du repli cutané qu'on trouve dans l'espace interdigital. Ce repli est transparent, et quelquefois il est facile, en le prenant entre le pouce et l'index, de faire mouvoir Tun sur l'autre les deux feuillets cutanés qui le constituent. Avec ces feuillets ordinairement dépourvus de poils, il entre dans la composition de la membrane inlerdigitale une couche de tissu conjonctif, des vaisseaux et des nerfs.

L'hérédité joue dans la production de la syndactylie un rôle tout aussi important que celui qu'elle a dans la polydactylie. Beriguy (1) a communiqué à l'Académie des sciences un fait de syndactylie qui avait ^iistédans cinq générations successives. A part l'influence de l'hérédité, l'étiologie de la syndactylie est ignorée. Cette anomalie, en somme, n'est lue la persistance d'un état fœtal.

^ous compléterons l'étude des malformations des doigts par l'indication de quelques autres difformités particulières à ces appendices.

^hrachydactylie est une anomalie caractérisée par un raccourcisseïïicnl plus ou moins considérable des doigts, causé par l'absence d'une

(*) Bni!G!«Y, Cas de palmidactylisme {Cofupt. rend. Acad. des a-c, 2 nov. 1863, et ^2-»iW.,p. 745, 1863).

172 ANATOUIE PATHOLOGIQUE.

OU de deux phalanges (fîg. 5ù et 55). Celle anomalie, relativement rare, peut aiïecter lous les doigts ou seulement quelques-uns d'entre eux ; elle paraît susceptible de se transmettre par hérédité. Les doigts aux-

quels il manque des phalanges sont plus courts, mais leurs mouvements sont normaux.

La macrodactylie, autre vice de conformation, caractérisée par l'augmentation du nombre des phalanges d'un ou de plusieurs doigts, est un fait rare et qui mérite peu de nous arrêter. La tnégaiodactylie ou hypertrophie oongénilalc des doigts est plus commune. Les doigts médians en sont le siège le plus habituel, et assez souvent cette difformité s'étend à mie certaine portion ou à ta tolalîté du membre, de telle sorte que celuici s'allongequelquerois considérablement. Toutes les parties constituantes du doigt participent à cetaccroissement de volume, qui sera étudié lorsque nous tc^iterons des hypertrophies.

1)1. — Picda bott congdniUui,

Le nom générique de pied bot sert à désigner toute difformité du pied caractérisée par une déviation permanente de sa foce plantaire, quelles qu'en soient la nature et l'origine.

On reconnaît généralement quatre variétés principales de pied bot : le pied bot vanis, que caractérise une adduction forcée avec déviation de la plante en dedans ; le pied bot valgus, qui est produit par une abduction forcée et une déviation de la plante en dehors ; le pied bot équin, causé par une extension forcée avec déviation de la plante en arrière; le pied bot talus ou calcanéen, que détermine une flexioa forcée avec déviation de la plante en avant. Ces différentes variétés sont susceptibles de se combiner deux à deux, et l'on comprend qu'elles peuvent doaner

ice à des formes mixtes plus ou moins nombreuses ; généralement le TOOS s'associe à l'équin, le valgus au talus.

Le pied bot peut être congénital ou ac(|uis. Le pied bot congénital, qui doit seul nous occuper ici, n'est point un vice très-rare. La statistique des naissances faites à la Maternité de Paris, de 1858 à 1867, donne un pied bot sur 1903 naissances. Le pied bot varus constitue la variété de beaucoup la plus fréquente. Sur l&U cas de pied bot congénital observés à l'bdpilal orthopédique de Londres, Tamplin comptait :

idonble 363 \

droil 182 i

gquche 138 i

droit et itignt gnnchc 5 \ 703

giuchc et i*lgu» droit 10 [

d'un pied et tnlua de l'tDtre 1 1

compliqui! d'autres diflbnniléi des membrea. i }

^s modifications anatoniiques rencontrées chez les individus afTeclés le pied bot portent sur divers appareils qu'il nous faut envisager successivement: ce sont les appareils osseux, musculaire et nerveux.

Les altérations du squelette sont constantes et se présentent sous des aspects difTérenls suivant la variété de pied bot.

Dans le pied bot varus congénital, la déformation est caractérisée par l'adduction de l'avant-pied, l'élévation du bord interne du pied avec renver-

tx. 56. Astragale normal. FiG. 57. Astragale d'un pied bol vi

F^uret tirées de mon Allis d'analomie pathologique.

«roait de sa plante en dedans, l'extension de rarri(>re-pied avec élévation *i lalon. A cette déformation correspondent des déviations articulaires et ^ déformations osseuses toujours les mêmes. L'astragale est dans la plMp>ande extension possible sur les os de la jambe, la partie posté-

iltl ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

rieure seule de sa poulie se trouve en rapport avec le libla, comme il arrive d'ailleurs dans le pied bot varus acquis (fig. 57). Généralement la partie externe de la poulie astragalienne est articulaire, tandis que la partie interne est séparée du tibia et de sa malléole par un ligament interosseux interposé entre les surfaces articulaires. La face postérieure de cet os est aplatie, réduite p, un bord ; son col est fortement incliné en bas et en dedans, et sa facette scaphoîdienne, au lieu d'être terminale, est devenue latérale et regarde en dedans et en arrière.

Le calcanéum présente une double incurvation ; il est comme tordu sur lui-même. Sa tubérosité est portée en haut et en dehors, d'où élévation et raccourcissement du talon. Sa face interne est devenue concave et décrit une courbe regardant en haut et en dedans. Sa face externe est convexe, et par sa partie antérieure elle appuie sur le sol. En même temps, son grand axe est devenu transversal par rapport à Taxe de la jambe.

Ces déformations ne se produisent pas sans amener de notables modifications dans la configuration de l'articulation sous-astragalienne. Celle-ci présente, du côté de l'astragale, une surface fortement concave d'avant en arrière, oblique de haut en bas et de dehors en dedans, continuée en dehors par deux facettes formées aux dépens de la malléole externe et du bord inférieur de la face postérieure du tibia; du côté du calcanéum, une; surface convexe d'avant en arrière, oblique aussi en bas et en dedans, est formée aux dépens de la face interne de cet os, devenue supérieure, tandis que sa face supérieure est devenue antérieure. Ce n'est qu'en arrière, en haut et un peu en avant^ que ces os se correspondent par des surfaces cartilagineuses ; en avant, ils sont reliés par un ligament interosseux résistant. Signalons une nouvelle cavité articulaire, limitée en dehors et en avant par la facette scaphoîdienne de l'astragale, en hai:t et en dedans par une facette de nouvelle formation, creusée aux dépens de la malléole tibiale. Entre ces deux facettes est une dépression où s'insèrent des ligaments qui divisent en deux parties cette cavité qui reçoit le scaphoïde devenu longitudinal. Dans les cas graves, une articulation supplémentaire se trouve encore entre le sommet de la malléole et le premier cunéiforme.

La déviation du calcanéum ayant pour eiïel de porter en dedans la facette cuboïdienne, au lieu de la porter en avant, le cuboîde se trouve dirigé de dehors en dedans, et sa face dorsale est devenue antérieure et même inférieure. Les cunéiformes, le métatarse et les phalanges n'ont que leur direction déviée ; leur forme est absolument normale. Néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, ces os ou les cartilages qui les représentent sont moins développés que sur un pied sain du même

âge. L'atrophie, et celle remarque s'applique aussi au cuboîde, semble porter sur leur face plantaire plutôt que sur leur face dorsale, ce qui s'accorde avec la moindre largeur et la convexité généralement plus prononcée de la plante du pied.

Chez l'individu qui a marché, on constate en outre une subluxation da cuboîde sur le calcanéum, accompagnée de la torsion de cet os, d'augmentation de la convexité de sa face dorsale, devenue externe et inférieure. L'articulation du cinquième métatarsien est reportée en bas et en arrière, sur un plan postérieure celui des autres métatarsiens. Dans les cas gra- ^, il en est de môme, mais à un moindre degré, de l'articulation du quatrième métatarsien : d'où augmentation de la courbure transversale de la voûte plantaire. Le pied 1)ot varus congénital, plus ou moins plat diez le nouveau-né, devient pied creux chez l'adulte.

Les cartilages articulaires, dans les points où les os ne se correspondent p'us, se modifient et disparaissent peu à peu avec les progrès de l'âge. Les ligaments affectent une disposition conforme aux nouveaux rapport} que les os ont contractés entre eux. Les ligaments de la face dorsale du pied, ceux de la partie antérieure de la capsule tibio-tarsienne, les 'igameots dorsaux du tarse, sont allongés ; mais les ligaments postérieurs ^t internes qui maintiennent le calcanéum relevé contre les os de la jambe, les ligaments plantaires sont plus serrés et plus résistants que sur un pied bien conformé du même âge ; ils sont les principaux obstacles à la réduction. L'aponévrose plantaire, chez le nouveau-né atteint de pied bot congénital, est généralement raccourcie par suite du rapprochement de ses insertions, mais amincie et atrophiée comme les autres parties de la plante. Chez l'adulte, elle est, au contraire, solide, épaisse, fortement tendue.

Le squelette de la jambe présente des déformations peu sensibles ou même nulles à la naissance, plus prononcées chez l'individu qui a lûarché. C'est une torsion du tibia, pouvant aller jusqu'à près de 80®, par ^Qelle la malléole interne se porte en avant, le bord antérieur de la mortaise en dehors. Le péroné, très-grêle, suit ce mouvement, sa mall^le tend à devenir postérieure. En même temps, cet os s'incurve en dedans, s'applique contre le tibia, de manière à rétrécir considérableinent l'espace interosseux. M. Cruveilhier a signalé dans ces cas des déformations du genou, l'usure des cartilages des condyles externes du fémur et du tibia, du cartilage semi-lunaire interposé et même des cou- <'he8 osseuses sous-jacentes.

Dans le valgus congénital, les déformations osseuses sont moins fusées que dans le vafus; la tubérosité calcanéenne est généra-

lement élevée, mais rincurvation du calcanéum est moins prononcée. L'astragale est étendu sur la jambe; il semble projeté en bas et en avant ; la partie antérieure de sa poulie n'est plus en rapport avec la mortaise jambière, et sa tête proémine au côté interne de la face dorsale du pied. Le scaphoïde a subi un mouvement de rotation de dehors en dedans ; son extrémité supérieure s'est élevée, sa tubérosité est descendue, entraînant avec elle le bord interne du pied. Le cuboîde a éprouvé une torsion analogue, ayant pour effet de relever sa face externe. Les cunéiformes et les métatarsiens bien conformés, examinés individuellement, prennent la direction qui leur est imposée par les déviations des os de Tarrière-pied. Ces déviations ont pour effet de diriger la plante en dehors et en même temps d*effacer la concavité de la voûte plantaire ; bien plus, la concavité longitudinale normale est remplacée par une convexité. Il est rare que la déviation se borne à faire regarder la plante en dehors ; le plus souvent, il s'y joint une flexion du pied, surtout de sa partie antérieure, sur la jambe. Du reste, les ligaments calcanéo-scaphoîdien et astragalo-scaphoïdien et les ligaments plantaires du tarse sont généralement allongés. Le valgus congénital se complique fréquemment de Tabsence de quelques parties du squelette, notamment d'un ou de plusieurs orteils et de leurs métatarsiens,

Le pied bot équin est la variété que Ton observe le plus fréquemment parmi les pieds bots acquis, pied bot équin pur ou pied bot équin varus. Son existence au moment de la naissance a été mise en doute par plusieurs médecins ; cependant on en trouve dans les auteurs quelques exemples qu'il est difficile de récuser. Dans ces cas, le calcanéum n'est pas élevé en masse, sa tubérosité forme un angle droit avec l'axe de la jambe, et l'astragale est dans la plus grande extension possible. Ijn partie antérieure de la poulie de cet os est en avant des os de la jambe, son col incliné directement en bas. Ainsi déplacé, il comprime, il écrase pour ainsi dire le calcanéum, dont l'extrémité antérieure devient oblique au lieu de regarder directement en avant. Les os de la seconde rangée du tarse sont fléchis sur ceux de la première, les métatarsiens sur ceux de cette seconde rangée. Avec cette disposition concorde une élongation des ligaments dorsaux, un raccourcissement des ligaments plantaires.

Le pied bot équin présente divers degrés, et c'est de son degré extrême, décrit d'abord par Slolz, que Duval a voulu faire une espèce à part, sous le nom de strephypopodie, ou déviation du pied en dessous. Dans cette variété, le pied est complètement retourné; le malade marche sur la face dorsale du pied, tandis que les orteils sont relevés, leur face

plantaire appliquée contre la face postérieure de la jambe. Lastmgale est subluxé sur la jambe, placé dans la plus grande extension possible ; le scaphoîde et le cuboïde sont luxés sur Tastragale et le calcanéum, et c*est surtout leur face dorsale qui constitue la base de sustentation du tronc

Dans le pied bot talus congénital , les os sont déviés plutôt qu altérés. L'astragale est fléchi sur la jambe ; la partie antérieure de sa poulie est aplatie contre la mortaise tibio-péronière ; la partie postérieure, élargie, dépasse beaucoup cette mortaise en arrière. Le calcanéum semble avoir glissé d'avant en arrière sous Tastragale, sans modification de sa forme. Il en est de même des os de Tavant-pied, qui ont conservé leurs rapports normaux entre eux et avec les os de la première rangée du tarse. Mentionnons enfin certains cas exceptionnels de pieds bots dans lesquels le vice de conformation existait avec Tabsencè totale ou partielle du tibia et du péroné, d'un ou plusieurs os du tarse, du métatarse, d'un ou plusieurs orteils.

Les altérations musculaires sont importantes à noter, en pareil cas, en raison de rinfljience pathogénique qui leur a été attribuée. Ces altérations i>e sont m' constantes, ni totijours identiques; elles consistent le plus souvent dans une simple atrophie, qui, du reste, s'observe en général dans tous les organes d'un membre affecté de pied bot. Outre ^cette atrophie, il existe, mais plus rarement, une dégénérescence granulo-graisseuse ou simplement graisseuse des muscles. Dans les cas où ces organes étaient modifiés, l'altération poilait sur tous les muscles de la jambe ou seulement sur quelques-uns d'entre eux, et alors la lésion frappait tantôt ceux qui, par une augmentation de leur énergie, auraient pu provoquer la production de la difformité, tantôt ceux qui s'y seraient opposés. Heraarquons qu'il s'agit seulement ici des pieds bots examinés à la naissance, non de ceux que l'on a pu observer chez l'adulte.

Le système vasculaire des membres affectés de pied bot n'offre aucune alléralion.

Le système nerveux nous présente deux ordres de faits. Fréquemment 'e pied bot accompagne certaines malformations des centres nerveux : ^phalie, anencéphalie , dérencéphalie , spina-bifida , etc.; mais il faut remarquer que si, dans les cas de malformation grave telle que l'acépfcalie, par exemple , cette coïncidence est la règle , il n'en est plus de même dans les autres ; il y a au moins autant de cas de spina-bifida sans pied bot qu'avec pied bot. D'autres fois, il n'existe aucune malformation, appréciable à l'œil nu, du système nerveux. La moelle épinière dans ces conditions a été examinée trois fois au microscope. Or, dans deux cas (observ. de Coyne et Troisier, Archiv, de physioL, LA!fC£REAUX. — Traité d*Aiiat. î. -> 12

478 ANATOMIE PATnOLOGlQUE.

1872; Tliorons, thèse de Paris, 1873), il n'a élô conslati? «aucune lésion nerveuse centrale; dans un seul (Micliaud, Archiv. de PhysioL, 1870), il a été trouvé deux fovers de mvélitc scléreuse, l'un dorsal, l'autre lombaire, qui ont été pris pour des lésions congénitales, mais qui pourraient l)ien n'être que des artifices de préparation. Etant donnés ces faits, il est difficile d'accepter Topinion suivant laquelle le pied bol congénital serait l'effet d'une rétraction musculaire consécutive à une lésion inlra-utérine du système nerveux. S'il en est ainsi dans quelques (;as, il faut admettre (jué ces cas sont au moins rares. D'un autre côté, l'inconstance de l'altération musculaire ne permet pas davantîige d'attribuer le pied bot congénital à une paralysie de certains groupes de muscles de la jambe. Par consécfOent, on se trouve conduit à invoquer, pour expliquer la genèiÇ du pied bot, une pression subie par le fœtus dans le sein maternel, pression résultant de l'action de la paroi utérine ou d'une mauvaise position prise par le fœtus, telle que certaines parties généraient le développement normal de certaines autres. Il est des faits favorables à cette théorie; mais là où elle est insuffisante, il faut, suivant Thorens, en venir à l'idée d'une malformation primitive du squelette, inconnue dans sa nature intime, existant par elle-même, indépendamment de toute autre lésion.

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§ 6. — nanisme KT (iÉANTI^IIiî. ^

I. — Le nanisme est une anomalie de l'être humain, caractérisée par une diminution de volume de toutes les parties du corps el par {exiguïté de la taille. Les nains sont rarement jumeaux, ils naissent à ierme de mères bien conformées, d'une taille ordinaire ou même élevée, et trèsfécondes ; très-souvent la même mère a donné le jour à deux ou à plusieurs nains. Ceux-ci sont généralement très-petits à leur naissance; mais quelquefois aussi on voit des enfants nés avec des dimensions ordinaii'es s'arrêter dans leur développement et rester nains. On a enfin observé des enfants nains qui, vers Tàge de quinze ans, c*est-à-dire à l'époque de la puberté, se sont développés rapidement; l'anomalie n'était alors que temporaire. La taille des nains varie entre 60 centimètres et 1 mètre 20 centimètres ; leur tête est proportionnellement volumineuse, leurs jambes sont courtes et souvent présentent des traces de rachitisme. Ces êtres sont en général impuissants avec des individus de taille ordinaire et même entre eux, comme le prouvent les expériences tentées par Catherine de Médicis et par l'électeur de Brandebourg. Ils supportent difficilement les plaisirs de Taraour, sont irascibles, vifs el turbulents, comme les hommes de |)etite taille. Ils se rencontrent dans tous les pays, notamment dans ceux dont les habitants sont petits (1).

(i) Hérodote a signalé l'existence d'un peuple nain q\m le voyageur allemand Scliweinrurtb prétend avoir retrouvé en Afrique , et dont il Tait le portrait suivant :

(( Ce qui Trappe dans la tribu des Akka ou tikku-Tikki, c'est, en même temps que le ventre proéminent et pendant, rettr^mc ténuité des membres comparativement à la longueur de la partie supérieure du corps, ténuité jointe à une étroitesse et utie petitesse remarquable des articulations de la main et du pied. Le thorax, trop ouvert en bas^ est, entre les épaules, extrêmement plat et comprimé ; le dos est creux, les jambes sont arquées et les Ubias ployés eu dedans. Le Crâne présente le type le pltu complet du prognathisme

Les anciens attribuaient le nanisme à un défaut de qualité de la liqueur séminale, mais les modernes en ont donné une explication plus satisfaisante en le rattachant à un obstacle apporté à la nutrition et au développement du fœtus, soit par une mauvaise conformation de la mère, soit surtout par une maladie survenant dans le cours de la vie embryonnaire ou fœtale. Cependant on s'explique peu sur la nature de cette maladie, et beaucoup de femmes, mères de nains, ayant eu des enfants bien conformes, il est difficile de trouver dans Tutérus la cause du nanisme. L'expérimentation a tenté à cet égard des recherches qui demandent à être continuées. Et. Geoffroy Saint-Ililaire, ayant secoué danis le sens de Taxe des œufs qu'il plaçait ensuite sous la poule, a obtenu des poulets bien conformés dans tout leur corps, mais offrant un arrêt général et trèsmarqué d'évolution qui permettait de les assimiler à des nains. Dareste a observé, sur des œufs de poule soumis à une incubation artificielle, qu'une élévation anormale de la température pendant la première période du développement de l'embryon, tout en hâtant le travail, tend à diminuer la taille finale des individus et à produire des nains. Suivant cet habile expérimentateur, il existerait une certaine relation entre la précocité du développement embryonnaire et le nanisme.

Bibliographie. — Haixer, Éléfn, phys,, t. VIII, pi. II, p. U5, — Buffon, Hist. 7irtt., suppl., IV, p. IxOO. — Ploucquet, Repertorium, art. Pygmaceus. — Jaucourt, art. Nains de l'Encyclopédie. — Virey, Hist. nat. du genre humain, U II. — Changeux, Journ. de phys., suppl., 1778, t. XIII. — Dupuytuen, Bull, de la Foc. de méd., t I et II, — Cuaussier et Adei.on, Dict. des se. méd,, t. XXXIV, p. 210. — Jaeger, Verglrich. einiyer Kinder und Zwcrge, 1821. — Quetelet, Lettres sur la théorie, des probabilités et Bull, de tAcad. de Bruxellrs, 1'* si^'ie, t. XVII, 1850. — ïs. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire des anomalies dr r organisation, t. I, p. l/»0. — Dareste, Note sur une série de rech. expériment, relut, à la térat, [Ann. des se. nat., 5* série, 1868, t. X, p. 131).

II. — L'anomalie désignée sous le nom de géantisme est caractérisée par un accroissement de volume et de taille qui dépasse de beaucoup les dimensions moyennes de l'espèce, dimensions que l'on peut évaluer au

et affecte la forme sphcriquc. Les lèvres sont très-longues et l'obliquité du menton les Tait paraître d'autant plus proéminentes. La peau est d'un rouge de cuivre ainsi que les cheveux^ très-crépus, courts et peu abondants:, assez semblables à de Tétoupe goudronnée. » — La taille des Akka est de 1 m. 30 à 1 m. 50 ; coUc des Obongos, autre race africaine pigmée^ découverte par Duchailu, dans les régions du Gabon, mesure au maximum 1 m. 506, au minimum 1 m. 30G. Au-dessous de ces races se trouvent enfin les Mincopies (maximum 1 m. ^BO, minimum 1 m. 370) et les Bochismcn (maximum 1 m. Mih, minimum 1 m. 14).

maximum pour riiomme à 6 ou 7 pieds. Les géants onl en général 7 à 8 pieds, très-rarement 8 12 ou 9 ; ils sont lymphatiques, peu robustes et délicats, souvent même ils sont mal conformés et surtout mal proportionnés. L accroissement de leur volume se manifeste dès la naissance ou seulement pendant l'enfance ; il est très-rapide, mais en général le corps n'alleint son plus haut degré de développement qu'après la puberté. Le crâne ne dépasse pas les limites normale^, et les os crâniens seulement acquiè* renl parfois un épaissi ssement extraordinaire. La tête est relativement petite, et les extrémités inférieures ont la prépondérance dans l'accroisse* ment de la taille; mais quelquefois aussi le thorax et les extrémités supé-. rieures se font remar(|uer par un volume considérable. Les viscères thoraciques et abdominaux peuvent prendre part à Taugmentation de Yolume des autres parties, mais jamais le cerveau. Les géants, du reste, ont une intelligence très-bornée, et quelques-uns même sont presque idiots. Malgré raccroissement des os et des muscles , ils ont un tissu cellulû-adipeux abondant ; ils sont sans activité, sans énergie, peu résistants à la fatigue, et, de même que les nains, ils sont ordinairement impuissants et très-proraptement énervés par les plaisirs de l'amour. Les deux sexes sont à peu près également prédisposés au géantisme, mais cette anomalie est toujours moins accusées chez la femme que chez l'homme. Le géantisme s observe chez tous les peuples de la terre, de préférence chez ceux qui ont une grande taille ; il est très-rare chez les animaux. Les géants, comme les nains, meurent de bonne heure*, mais par des raisons différentes: ils périssent épuisés, pour ainsi dire, après avoir achevé leur rapide croissance et quelquefois même avant de l'avoir terminée.

Le mode de production du géantisme nous est inconnu. La plupart du temps les parents des géants ont une taille ordinaire, et dans de rares cas seulement tous les enfants d'une même famille sont affectés de celte conformation vicieuse. Le cas de l'évêque Berkeley, qui serait parvenu à déterminer artificiellement cette anomalie chez un jeune garçon (Mac- Grath), ne peut être accepté ; il tendrait à prouver que le géantisme, contrairement à ce que l'on sait, peut se produire pendant l'enfance et qu'il ïieslpas forcément le résultat d'un vice particulier aux premières phases du développement.

Bibliographie. — Is. Geoffroy Saint-Hilaire, paii, 2, livr. 1, chap. i. — Hau.er, Éièm. i>hys., t. VIII, 2, p. /»0. — Bi ffon, Hist. mit., suppl., IV, p. 397. •^ViREY, />eW. des s<\ mèd., Géants. — Ciiaiissif.r et Adelon, J6û/., Monstruosité-'. — Gaetano d'An<:ora, Mom, délia Soc. Uni, 1792, t. VI. — QiiETEurr, Let- ^^^ aur la thêovie des probabilités.

iî 7.

nETKROTAXIKS,

.^V Jk

LeshétéroLaxÎPs conslilufiiL un fri-nii[n> d'anumalies cflraclmsi''>'s par I des chnngemenU dans h siUinUoii lies orgaiirs, sfiiis aUérnltcm âe ta J position l'elaliveet dus couirtxious.

Ces anomalies peuvonl aiïoMer le coi-ps loul entUT de l'étro ou spule-l mont les viscères Ihoraciques et abdominaux. L'inversion générale ne se | rencontre que chez des *^lres dont ta forme n'est pas symélrique, commoa rertaines espèces de poissons et de mollusques. Ainsi il nVst pas rsro dol rencontrer des poissons pleuronectes, comme h turbot, portaDtdu cAtê droit leurs deuxyeus, qui normalement se trouvent du cûté gaurhe, ou encore des escargots dont la coquille tourne en sens inverse; c'est l'étal normal dans u» miroir.

L'inversion splanchnique s'observe au contraire chez l'homme, rare- 1

ment chez les niammirèi'es. La ti-nnsposjlinn des viscères chez l'homme k 1

éu> rencontrée à des Ages diiïérents de j

la vie, dans l'entance ai jusque dans 1

la vieillesse; quelquefois elle n'a étà

di'couverle que par hasard et à l'aq-

lopsie chez des personnes qui n'avaienl J

pas paru en soulTrir. Celle anomalle|

par conséquent est tout à fait com-

)tatible avec l'existence. Elle consiste 1

dans un changement de lieu des vis-

l'ères thoraciques et abdominaux, en

vi^rtu duquel les organes situés dans J

le ci^li' droit M trouvent du cùié 1

piuclie. el réciproquemenl , taiidiiJ

F ^I^USMSF ^ '1"*^ ^''^ organe» médians ont sublJ WA." ^^S^S^ «1 ^"' luouvenient de rotation d'aprt» J quel leurs parties droites se reiicon-f lient à gauche et ïnvei-spment (fifi;. 58). 3 Ainsi le poumon gauche possède IroicT lobes, tandis que le poumon droit nV Il que deus. Le cœur a sa pointe tournée à droite, et sa face postérieur^ est devenue antériem-e. Les veines caves se déversent dans les cawM gauches, d'où émane l'artère pulmonaire. Les veines pulmona

ideiil dans les cavilés dit)ites qui donnent naissance^ l'aorle. O dernier]

Kin. g8. — TranipOMlioii gèii^rale d vitcèresfd'iipriiuncroquisdudocleur BeaunU), 'i cœur, li foie, c rnle, >.

pondiee verni ifurme,

vaisseau se porte d'abord de droite à gauche, croise l'artère pulmonaire, dont la direction est inverse, et descend à droite de la colonne vertébrale et de l'œsophage. Dans la cavité abdominale, le foie occupe Thypochondre gauche, son lobe gauche a la forme et le volume d'un lobe droit normal, il porte la vésicule biliaire, reçoit les vaisseaux, et son lobe droit est semblable au lobe gauche du foie ordinaire. La gi'osse tubérosili^ de l'estomac, le cardia et la rate sont situés dans l'hypochondre droit; le duodénum, à partir du pylore, est dirigé vers la gauche; le jéjunum occupe surtout le côté droit et l'iléon le côté gauche; le cœcum et le colon ascendant sont placés à gauche, tandis que le côlon descendant et le rectum sont à droite. Cette transposition avec conservation des rapports réciproques ne détermine aucun trouble fonctionnel. Peu fréquente chez l'homme, elle est plus rare encore chez les mammifères ; Goubaux Ta observée une fois chez le cheval.

L'inversion des viscères a été pendant longtemps l'un des plus forts arguments en faveur de la doctrine de la monstruosité originelle soutenue par Winslow, liai 1er et Meckel. Serres a essayé d'expliquer les hétérotaxies par le développement inégal des deux lobes du foie primitivement égaux :* le lobe gauche, se développant plus que le lobe droit, entraînerait la transposition des viicères; mais cette explication est insuffisante. Suivant Dareste, l'inversion des viscères ne conMlience à se manifester qu'à une certaine époque de la vie embryonnaire, au moment où le cœur, d'abord placé au-dessous de la tête, vient faire saillie, sous la forme d'une anse contractile, au côté droit de l'embryon encore couché à plat sur le vitellus. Elle résulte de l'inégalité de développements des deux blastèmes cardiaques qui précèdent la formation du cœur. Dans l'état normal, le blastènie cardiaque droit se développe plus que le gauche et détermine ultérieurement l'incurvation de l'anse c^irdiaque à la droite de l'embryon, puis le retournement de l'embryon sur le côté gauche. Dans l'inversion des viscères, le blastème ciirdiaque gauche se développe plus que le droit, d'où résultent l'incurvation de l'anse cardiaque à la gauche de l'embryon, et le retournement de celui-ci sur le côté droit.

L'inversion des viscères peut être du reste artificiellement produite chez des embrjons de poule. I*our cela, Dareste place des œufs d(î façon <|ue leur axe soit dans une situation oblique par rapport à l'axe des tuyaux de chauffe d'une couveuse artificielle, et que leur pôle aigu soit plus élevé que leur pôle obtus; puis, la température du point de chauffe élant maintenue entre /il" o{ UT, et celle de la pièce oii se fait l'incubation subissant une oscillation de \T à 16", il parvient à proiluire un excès de dévelop-

18/i ANATOMfE PATHOLOGIQUE.

pemeiit a la gauche de rombryon, et par suite une inversion organique. Mais, dans cette expérience, les poulets sont toujours hydropiques et Ton n*a pu jusqu'ici les faire éclore ; néanmoins cette pathogénie concourt à faire rentrer les hétérotaxies dans la classe des malformations.

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