II. — Phlegmaiies luppuralivea
Les phle.gmasies suppuratives sont caraclérisées par une prédominance marquée dans la production dos leucocytes.
Ces phicgmasics s'ohsenent dans tous les tissus de substance conjonctive, même dans les tissus non vasculaires, mais leur degré de fréquence cl d'intensité relatives est généralement en raison directe de la vascularité du tissu enflammé. Normalement, les leucocytes font partie du sang, du mucus et du liquide des séreuses, où ils se ifncontrent dans des proportions très-minimes. Seule l'Inflammation est susceptible de multiplier ces éléments de façon à amener la formation du pus.
Pi'oduit à la surface des plaies ou d'une membrane dont l'une des faces est libre, le pus est éliminé au fur et à mesure qu'il nait. Quand au conti'airc il se forme dans l'épaisseur des tissus, ce liquide, d'abord inliltré dans les tissus, séparé par des cloisonnements nombreux (infiltration pm-ulente), donne lieu à une tuméfaction plus ou moins prononcée, avec oedème des parties voisines. Plus lard, les cloisons disparaissant, il se trouve amassé sur un point; c'est alors qu'il constitue la tumeur connue sous le nom d'abcès. Cette tumeur presse les parties voisines, les enilomme, les ulcorc, les amincit, et tend à se faire jour à l'extérieur. L'inflammation qu'elle détermine du côté des membranes séreuses produit heureusement des adhérences des feuillets de ces membranes, qui favorisent l'expulsion du pus vers un autre point, de sorte que c'est le plus souvent à la surface de la peau et des membranes muqueuses que s'ouvrent les collections purulentes. Lorsque celles-ci se sont vidées, leurs pa- --,, ^
rois, dans lesquelles existent de ~—7.-
jeunes cellules, de nombreux vais- — .
seaux, un tissu exactement sem- L -.
blable, sous le rapport anatomi- - - - -- -~
que, au tissu de granulation (fig. no. C9.- Bourgeonnement dune membrana 69), s'organisent, se rétractent pjogénique. a, cellules embrjauiuiru ; peu à peu, se juxtaposent et se tùsihru,^. ,1 en fibrille, du ti«u conjonclif SOudentcnlin après un temps plus (ObjeclifoeulsiredeVerick,) ou moins long, suivant l'étendue du foyer et la nature de la suppuration et des tissus lésés. Une légère induration persiste encore, mais elle disparaît bientôt peu à peu pai' la fonte et la résorption des cellules infiltrées, par la
240 ANATOIflE PATHOLOGIQUE.
transformation delà substance intercellulaire. Pourtant, chez les individus débilités ou atteints de vices constitutionnels, les parois des abcès peuvent continuer à suppurer pendant un temps fort long; ce sont les abcès froids, que constitue un pus clair et peu lié^ assez diiïérent de celui des abcès phlegmoneux. II importe de faire connaître les diverses propriétés du pus.
Propriétés physicixhimiques, — Le pus est un liquide opaque, blanchâtre ou jaunâtre, doux au toucher, de consistance crémeuse, de saveur douceâtre, un peu saline, d'une odeur fade et d'une densité qui varie entre 1,020 et l,Oi!iO (Robin). Abandonné dans un vase long et étroit, il ne se coagule que par exception, et se sépare en deux couches distinctes : Tune, supérieure, transparente, ou partie liquide, est le sérum, principalement formé d'eau, tenant en dissolution de l'albumine et des sels alcalins ; l'autre, inférieure et opaque, en partie solide, est composée de leucocytes, ou globules de pus, auxquels s'ajoutent parfois des éléments accessoires, cellules épithéliales, flocons fibrineux, cristaux de cholestérine ou de phosphate ammoniaco-magnésien.
Les leucocytes ou éléments figurés du pus représentent le quart ou le cinquième des parties constituantes du pus, auquel ils donnent sa couleur et sa consistance. Ils sont constitués par une masse de protoplasma, renfermant un ou plusieurs noyaux, sans membrane cellulaire distincte. A l'état frais, ils se présentent sous forme de petits corps sphériques, ou à contours un peu irréguliers, en partie imprégnés, en partie comme saupoudrés de fines granulations, de sorte qu'on ne voit pas d'ordinaire les noyaux renfermés dans leur intérieur (fig. 70 a'). Notons que la forme arrondie appartient uniquement aux cellules mortes, car si on observe ces éléments dans un milieu humide sur un porte-objet chaufTé^ on remarque qu'ils ^ ^ ^ sont munis de prolongements multiples, et
^ vS^(^® .-i-^î^o^ animésde mouvements amiboïdes{fig.70c).
Si l'on traite les leucocytes par l'acide acétique, ces granulations disparaissent, et les novaux se montrent brillants, rarement uni- FiG. 70. — Globules purulents, ques, le plus souvent au nombre de trois OU
û', d'un abcès de bonne nature; ^^g (,{ ^y ^y ges novauX multiples, ho-
a, les mêmes, traités par 1 acide ^ . •*..." ••
acétique dilué ; b, corpuscules mogènes, quelquefois irréguliers, se ren- - altérés d'une carie osseuse; c, cor- contrent également dans les leucocvtes du
puscttles migratoires. ^
sang, et c'est à tort qu'on a voulu en faire la caractéristique des globules de pus. Le volume de ces globules est variable; ils ont un diamètre qui oscille entre O^^jOOS et 0'"",012, et lorsqu'ils font partie d'un pus très-fluide, comme celui qui provient d'os cariés,
HYPERPLASIES. 241
ils peuvent atteindre un diamètre de 0"",01Zi ou se résoudre en granulations irrégulièi'es(flg. 70 b). Au contraire, dans le mucus frais, dans la salive et dans l'urine non altérées par le contact de Tair, ces éléments sont toujours moins volumineux. D'ailleurs, en présence de l'eau, ils se gonflent et leurs granulations deviennent plus distinctes; par conséquent, la nature des liquides organiques dans lesquels les globules de pus se rencontrent peut modifier ces éléments; mais sans les détruire. L'alcool et I etiier les laissent intacts, les alcalis caustiques les convertissent en masses mucilagineuses, l'ammoniaque surtout les change en un magma gélatineux qui peut servir à différencier le pus du mucus.
L'histoire chimique du pus date des travaux de Gueterbock. C'est un liquide ordinairement alcalin, par la présence de carbonatc^s et de phosphates basiques, quelquefois neutre, plus rarement acide, par la mise en liberté d'un acide organique existant à l'état de sel neutre dans les conditions ordinaires • (acide pyique de Delorej. Le sérum renferme de l'albumine, assez souvent de la mucine, des matières ocrasses (cholestérine, séroline, etc.), des sels alcalins. Les corpuscules de pus sont formés d'eau, d'albumine, de graisses (lécithine, cérébrine, oléine, margarine, etc.), de sels divers. Pour savoir si la composition de ces globules était identique avec celle des leucocytes du sang, lloppe- Seiler a introduit dans la cavité péritonéale, chez des chiens, des cristal* Uns frais de bœufs, qui bientôt s'infiltrèrent de corpuscules blancs. De la sorte cet auteur a pu constater que ces éléments renfermaient de la matière idycogène, et qu'au moment où ils perdaient leurs mouvements amœboïdes et devenaient rigides, on y trouvait du sucre. Comme d'auti*e part la matière glycogène n'a pu être trouvée dans le pus provenant d'abcès infiammatoires ou de plaies, Iloppe-Seileren a conclu que la matière glycogène est un moyen de distinguer entre eux les globules blancs et les corpascules de pus, bien que ces derniers proviennent du sang. Dans ces conditions, c'est-à-dire après avoir perdu leur propriété glycogénique, les globules blancs se transformeraient en graisse, par un excès d'oxygénation. Ces caractères physiques et chimiques sont ceux du pus de bonne nature, ou pus louable des anciens. Ce liquide, pendant quelque temps, jouit d'un certain degré de vitalité ; après quoi, il se modifie et subit des transformations diverses dont la plus commune est la transformation graisseuse. Les granulations des globules purulents augmentent ; ceux-ci se chargent de petites gouttelettes brillantes qui masquent le noyau et se dissolvent le plus souvent dans Téther, ils augmentent de volume et se présentent sous la forme d'une masse sphéroïdale, plus obscure au centre Stfà la périphérie. Composées de granulations très-réfringentes, les cel-
LANCERIAUX. — Traité d'Anat. L — 16
2/i2 ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
luIes de pus, devenues méconnaissables, ont été désignées sous le nom de corpuscules de G luge ^ de globules pyoxdes. Dans ces conditions, elles ne tardent pas à se désagréger ; les granules graisseux deviennent libres dans le sérum, et bientôt il ne reste plus qu'une substance émulsive, un liquide lactescent, renfermant quelques lamelles de cholestérine. C'est la forme sous laquelle la résorption complète du pus est possible.
La transformation caséeusc n'est pas suivie d'un effet aussi favorable. Cette modification, qui s'observe toutes les fois que le pus a séjourné longtemps dans un abcès ou dans une cavité naturelle, est produite par la résorption du liquide du pus indépendamment des globules, d'où un épaississement du pus ou pus concret, inspissation. Les globules, privés de leur liquide, desséchés et ratalinés, forment alors par leur agglomération des masses pâteuses, jaum\tres ou blanchâtres, longtemps prises pour du tubercule. Cette transformation a principalement lieu dans les abcès froids, dans les inflammations suppuratives chroniques des os et des articulations (mal vertébral, tumeur blanche). Le pus ainsi desséché peut s'encroûter de sels de chaux, et la masse qu'il forme, devenue étrangère à l'organisme, provoque quelquefois après un temps plus ou moins long une inflammation éliminatrice. Toute différente est la transformation séreuse, dans laquelle le pus devient clair, plus ou moins semblable à du petil-Iait. Cette modification, d'après Comil et Ranvier, serait due à la formation d'acide lactique, dont la présence au sein du foyer purulent aurait pour effet de gonfler les globules et d'en dissoudre le protoplasma, mettant ainsi les noyaux en liberté. Il est bon d'ajouter que le liquide purulent, en pareil cas, n'est pas toujours primitivement épais et bien lié.
Quels que soient le lieu où il se développe et la cause qui lui donne naissance, le pus ne présente pas de différences manifestes, malgré des propriétés quelquefois fort dissemblables. 11 importerait donc de faire une étude plus approfondie de ce liquide tant au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique. Les recherches les plus récentes sur les virus devraient tout au moins encourager les efforts déjà tentés dans cette voie. Mais à côté de différences pour ainsi dire primitives, il en est d'autres qui sont l'effet d'altérations particulières du liquide purulent, et qui proviennent du mélange de ce liquide avec d'autres substances, ou de son contact avec l'air extérieur.
Le voisinage d'un foyer de suppuration avec les cavités naturelles, la bouche, rintestin, le vagin, donne au pus une fétidité repoussante due à l'endosmose gazeuse qui s'effectue de la cavité naturelle vers celle de l'abcès; le pus qui provient d'une infiltration d'urine a une odeur
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ammoniacale résultant de la décomposilion de Turée mélangée au mucus; celui qu'envahit la bile revêt une couleur jaune ou verdàtre. S'il renferme une certaine quantité de sang, ce liquide, au lieu de sa couleur blanc jaunâtre, offre des teintes variées, dues aux diverses modifications que peut subir la matière colorante des globules rouges. D'abord simplement rougeâtre ou lie de vin, il devient plus tard jaune safran ou couleur d'ocre par la présence de Thématosine ou de cristaux d'hématoîdine. D'autres fois, il prend une teinte noirâtre : c'est lorsque, par sa décomposition, il s'y est ajouté du sulfhydrate d'ammoniaque, dont l'action sur l'hématosine est bien connue.
Des diverses colorations du pus, la plus importante est la coloralion bleue (pus bleu), qui a depuis longtemps fixé l'attention et provoqué des discussions parmi les chirurgiens et les chimistes. Ces derniers ont voulu rattacher cette modification'^du pus à un composé chimique nouveau, mais cette opinion a rencontré une vive opposition. Sédillot a fait voir qu'il n'y avait pas à proprement parler de suppuration bleue, mais que, sous l'influence d'une température de 26 à 30 degrés, la sérosité du sang et du pus subissait une réaction particulière, qui donnait lieu à la matière colorante bleue. Cette matière, solide et jouissant d'une grande résistance à l'action d'acides énergiques, a été enfin considérée par Hepp et Roucher comme étant de nature et d'origine végétales. Depuis lors, il a été reconnu que la coloration bleue était due à un parasite animal microscopique (Monas lineola) , et Lucke affirme qu'il a toujours trouvé cette coloration liée à la présence de vibrions. Ces vibrions sont visibles à un grossissement de iiOO diamètres ; mais il est préférable, pour les étudier, de se servir d'un grossissement plus fort. Us se présentent généralement sous la forme d'un petit cylindre à extrémités renfléçs, ce qui leur donne une certaine analogie avec les cristaux en forme de clepsydre d'oxalate de chaux. Quelques-uns paraissent avoir une forme moins simple, ou du moins il semble que deux ou plusieurs vibrions soient juxtaposés bout à bout. D'une dimension moyenne de 0,003 de millimètre environ, ils exécutent fréquemment un mouvement d'inflexion latérale, par lequel les deux renflements terminaux se trouvent rapprochés l'un de l'autre, et quelques mouvements variés de déplacement très-différents du mouvement brownien. Ils ont une grande analogie avec les vibrions du lait bleu (1) et avec ceux qui se produisent parfois dans le pain altéré. L'aicool, les acides et les alcalis font périr ces parasites, tandis qu'ils vivent fort bien dans le sérum du pus ou du sang, dans une solution d'albumine «u
(1) Le Penicillum glaucum.
2/iû ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE.
de sucre. La dessiccation ne les lue pas , mais les plonge seulement dans un état de mort apparente, d'où ils sortent si on les humecte avec de la sérosité du pus ou une solution albumineuse. En pareil cas on conçoit que Télévation de température soit nécessaire pour amener la suppuration bleue, et que celte suppuration s'observede préférence chez les individus de mauvaise constitution et dont les plaies versent un pus séreux. 11 serait intéressant de savoir quels accidents pourrait produire la résorption d'un tel pus.
Dans un travail récent, Longuet observe non sans raison que la divergence d'opinions sur la suppuration bleue vient de ce que l'on a considéré cette suppuration comme identique dans tous les cas, tandis qu'elle peut être l'effet de causes multiples. H admet trois espèces de coloration bleue : La première, formée au sein même des tissus, est caractérisée par la présence de sels biliaires ou hématiques, isolables par des réactions chimiques appropriées ; elle est l'analogue des colorations bleues de quelques autres liquides, urines, sueurs, etc., à l'abri du contact de l'air, et dont le point de départ évident est une modiHcation des humeurs (Sédillot, Robin). La seconde, qui n'est pas à vrai dire de la suppuration bleue, apparaît loin des plaies quand les linges à pansement ne sont pas renouvelés fréquemment ; elle est due h la présence de moisissures. Enfin, la troisième espèce de suppuration bleue, toujours inconnue dans sa nature, est celle dont Fordoz désigne le principe sous le nom impropre de pyocyanine, car elle n'a aucun rapport avec le pus et la suppuration.
Les altérations du pus au contact de Tair extérieur, nombreuses et variées, mériteraient d'être mieux connues. Â côté de la suppuration bleue, il existe un certain nombre de modifications dans lesquelles les microphytes jouent sans doute un rôle plus ou moins important. La formation d'hydrogène sulfuré, de sulfhydrate et de carbonate d'ammoniaque, succédant à l'ouverture des abcès froids, n est-elle pas due à une fermentation produite par des organismes inférieurs? Le liquide puriforme provenant de ces foyers contient en effet des leucocytes peu nombreux, pâles et gonflés, ou môme simplement des granulations moléculaires, et renferme une grande quantité de vibrions; il exerce une action des plus défavorables sur l'organisme, en produisant un empoisonnement seplique depuis longtemps connu sous le nom d'infection putride. Mais ce n'est pas seulement pour l'individu qui en est porteur que ce foyer d'infection a des conséquences funestes ; les chirurgiens savent que cette suppuration de mauvaise nature n'est pas toujours sans inconvénient pour les blessés d'un service d'hôpital.
Bien d'autres modifications du pus ont lieu au contact de l'air et sont vraisemblablement produites parles proto-organismes qui se trouvent ren-
HYPERPLASIES. 2^5
fennés dans l'atmosphère. Depuis les recherches inléressanles de Pasteur sur la rermentation et la putréfaction, la tendance générale, tant en France îu*àrétranger, est de chercher partout où il y a contagion ou infection un ferment organique ou organisé. Cette tendance est du moins celle des physiologistes et des médecins qui, dans ces derniers temps, se sont occupés de l'infection par le pus; si quelques-uns d'entre eux ont cru devoir attribuer cette infection à un principe chimique de d(k:omposition, la plupart, il but le reconnaître, ont essavé de la rattacher à l'existence de micrococcus, de vibrions et de bactéries.
En réalité nous connaissons peu l'agent infectieux renfermé dans le pus ; tnais il n'y a pas lieu d'en être surpris, si l'on tient compte de l'étal des oonnaîssances relatives aux organismes tout à fait inférieurs. Cette question est sans doute plus complexe qu on ne se l'imagine généralement, si Ton prend en considération les effets différents produits par le pus chez rhomme, effets qui constituent les propriétés physiologico-patliologiques de ce liquide. L'étude de ces propriétés vient compléter l'état <le nos connaissances sur la suppuration.
Propriétés physiologico-pathologiques du pus, Pyémie, — Si l'on injecte dans le tissu cellulaire, dans une veine, dans une séreuse d'uii animal, une certaine quantité de pus, même sain, on voit se développer en général deux ordres de phénomènes : les uns, locaux, sont des symptômes d'inflammation plus ou moins vive; les autres, généraux, consistent en un mouvement fébrile d'une intensité variable. On appelle propriétés phlogogènes du pus celles en vertu desquelles se produisent les premiers phénomènes, propriétés pyrogènes celles qui sont la cause des seconds.
Gaspard, l'un des premiers, a fait connaître par des expériences les propriétés phlogogènes du pus, car, en injectant ce liquide à l'étal frais dans le péritoine, dans la plèvre et le tissu cellulaire de jeunes chiens, il parvint à produire des inflammations suppuratives de ces différentes parties. Des injections de pus dans les veines lui furent constater la formation de foyers purulents dans les poumons. Ces expériences, reprises par bon nombre d'auteurs, GQnther, d'Arcet, Castelneau el Ducrest, Sédillot, ont donné des résultats assez semblables que sont venues confirmer les recherches intéressantes de Chauveau. Un premier fait particulièrement mis en lumière par les obser^^alions de ce dernier auteur, c'est que le pus phlegmoneux, frais et sain, étendu dans deux fois son volume d'eau, ^t injecté dans le tissu cellulaire d'un cheval, produit un phlegmon aigu lui se termine en cinq ou six jours par un abcès assez volumineux. Traité par des lavages et filtré de façon à séparer ses différents éléments,
2U6 ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE.
le pus se comporte de diverses façons : séparé des globules, mais non des éléments granuliformes qu'il renferme, le sérum possède encore des propriétés phlogogènes, mais bien moins actives que celles du pus complet; ordinairement il ne produit |)as de suppuration. Absolument pur, c'està-dire ne contenant aucun élément solide, ce même sérum n'a pas d'action phlogogène sensible, taudis que Tinjection des éléments solides du pus isolé du sérum produit le même effet phlogogène que le pus lui-même. Ainsi c'est aux éléments solides qu'il contient que le pus doit son activité phlogogène ; et cette action est spéciale, puisque ni les injections de sang, ni celles de cellules des glandes lymphatiques, ni celles de substances minérales réduites en poudre fine, ne produisent les mêmes résultats. D autre part la quantité de pus injectée n'est pas indifférente : plus elle est gi*ande, plus rinflammation est vive ; bien plus, l'activité intrinsèque de ce liquide varie avec Tintensité du processus inflammatoire, elle est d'autant plus grande que le phlegmon d'où provient le pus qui sert à l'injection est plus aigu.
Le pus putride non encore putréfié (1) possède une activité exceptionnelle ; injecté sans mélange d'eau, il provoque des phlegmons gangreneux, à marche envahissante et mortelle, dans lesquels il existe peu de globules purulents et des bactéries. Étendu de six fois son poids d'eau, il produit un phlegmon franc, avec pus sain, comme le fait une injection de pus ordinaire . Étendu de quarante parties d'eau, il ne détermine qu'une inflammation modérée qui se résout sans suppuration. Il résulte de ces faits que le pus putride est plus dangereux que le pus sain, et que c'est surtout la dose de ce liquide qui fait la différence d'intensité de son action. Le pus virulent, dont les propriétés physiqiies et chimiques ne diffèrent pas de celles du pus qui succède à une inflammation simple, jouit, comme on sait, de la propriété de reproduire les manifestations de la maladie qui lui donne naissance.
En résumé, le pus possède le pouvoir de provocjuer des inflammations suppuralives ; mais ces inflammations peuvent différer suivanX certaines qualités spéciales, que l'expérimentation physiologique révèle beaucoup mieux que l'examen physico-chimique. Des inflammations de ce genre ne manquent pas de se produire chez l'homme toutes les fois qu'un foyer de suppuration se trouve dans les conditions favorables au mélange dune partie de son contenu avec le sang, soit qu'un abcès se déverse dans la circulation, ou que les vaisseaux sanguins et lymphatiques soient le siège d'un processus suppuratif. Mais à côté de ces inflammations il en est d'autres qui sont le fait dune simple résorption et qui vraisembla-
(1) ChauTeau s'est servi, pour ses expériences, du pus provenant de setons récents.
BVPBRPLASIES. 3&7
Uetnenl tiennent à des modilications pniliculières du liquide purulent. Elks surviennent dans dîiïéix'nts organes et dans dilTérents tissus, umis tHriacipalement dans les puiununs et le Toic, qui sont les ceuti-es où aboutissent les deux systèmes veineux do récouomic, ot présentent une physionomie assez spéciale. Tout d'aliurd on nperi,-oit des lâches ecchyinotiques, des indurations circonscrites, oiïraiit ù la coupe une columlion d'un bi-un foncé qui, peu û peu, se modilio, passe au ^ris jauuàtrc, et eulin au jaune: puis ce changement de coloration s'accompagne d'un i-amollissemenl central qui finit par atteindre la totalité de l'induration. Les abcès ainsi constitués sont connus sous le nom d'abcès métaslaliquts, et pénéitilement situés à la périphérie des organes, ils sont arrondis et de petit volume, ce qui a permis de les confondre longtemps avec des tubercules. (Hilre ces abcès, on rencontre quelquefois des suppurations des cavités
ne. 71. — Lobe lupùricur d'un poumon ofleclû île pneumonio dite mélaitnliqueoueniboliqae. 1, ouTsrlure d'une branche de l'arlùic pulmonaire partiellement obttruée par an uitlot embolique imprigné de pui ; e et rf, points pueumoniques Euppurtt ; 6 cl t, excarations rfiullant de la luppuration. Absence Gom|>16le Je lËiiont tuberculeueca.
séreuses, et surtout des cavilés articulaires , pleurales et niéninglcnnes, ou même des inflammations diffuses des prenchymes, notamment des poumons comme le montre la figure 71 {IJ.Tous ces foyei's de suppuration ren-
(1) Cette flguro, ainii que la (Igure 72, proviennent d'une femme igée de ïingl-neut wiqui, deux mail aprH un accouchement, luccoralianux suites d'une phlébite puerpérale ttec embolies pulmonairei et tuppnration d'un poumon.
fcnnoiit des leucocytes souvoiil granuleux, déformés parfois, des globules rouges, el des proto-organismes sur la nature desquels il a été jusqu'ici impossililc de s'eit tendre définitivement. Certains auteurs prétendent n'yavoir trouvé (|ue îles monades, tandis que d'autres y auraient vu le Mierosporon septictim, des bacté^ ries, etc. Celle divergence d'opinions ne peut sdtpivndre, vu l'inceilitude des caractères distinctirà de CCS pmto-or^nismes qui, d'ailleurs, peuvist.-}/ fort bien n'être pas toujours identiques dans les abcès niétastatiquesjdont l'idcnlité est loin detjv eonstiinte. ElTeetivement, il est des cas où l'on ni> constate que des ecchjTnoses, et, a côtéd'sbeès niétastatiqucs tout à fait inodores et constitués par un pus en apparence bien lié, il s'en trouve qui répandent une odeur ropoussintr. comme les abcès ilu cerveau survenant choi les fin. 72. — Les dcuxiiiaquei individus atteints de bronchite fétide (!}. r!;ll",l"Z'u tiîn'e'c!.vJ°ot ^'"'^ question toujoufô débattue est celle df (truiietpnrunboiiclwQflbK- savoir quel est l'élément du pusqui jouit plus |iii> Cc'bouftion a'^iÉ Usourcé ''culièremcnt de la propriété de provoquer des indci caillots rencontre! dans Hammatious suppuratives. A cet égard, leseipér«riérepi.iiiion«iro(flB.7i). j.jp,jp^g j^ Cliauveau sont des plus intéressantes; elles nous ont ap|)ris que le principe infectieux est (a granulation moléculaire contenue dans le liquide purulent et plus spécialement fixée aui globules, et elles mettent à néant une opinion qui s'est fait jour en Allemagne, et qui consiste à attribuer l'infection purulente à une substance chimiqw
l'I) Je powèilcpluiicunrailidccegrnTci maiijcmecontenleni de doonvr UB akf^ île celui qui suit :
Théi..., liamiiicdG peine, né ù I^ri^<, lilait depuis ptuaieannnnéct atteint d'une tan, qui, chaijuu hiver, prcn^iil uuc inlenùlé plus (EraDdc, quand, le 6 octobre 1671, m Ir*^ vanl plut malade depuis une quiniaini' de jnun, il demande ion admiuioD ■ I1ii^ Saiot~Anloine. Il tousse, se plaint de dyspnée, expectore des crachats jaunes, abooJuH, rétides. Toutefois, la percussion permet de ronstaler qu'il y a pi.ctaul de la sonoiitt. Il l'auscultation dévnilc simplement l'exislciicc de nombreux rAles Mnorcict moqueni.
Le d novenibrc. ce malade se plaint d'une douleur de tèle, qui le lendemain se U tentir ntec uec rive inlenûlé au niveandu sincipul. Ce même jour, en revenantifl cahineti, il va se coucher dans le iil de son voisin ; puis il est pris d'un ïctisife frisson. Le (S, la céptisinit'ic persiste, le malade ne peut se levée de son lit, ni laliir IK olijciif qu'on lui présente, et ccpcnihiK il les connaît très- bien et peut les désigner pv leurs noms. Pupilles égitles, mais dilatées, quelques mouvements en rphologiqua ; M^ bilité à peu près normale; application d'un vésicaloirc a la nuque. Les Jours ininA 7 et 3, les désordres iutellcctuels s'acceuluenl. plaintes presque incnssantes, parole •■*'
uyperplàsies. 22i^
spéciale (sepsine). Mais il reste à savoir ce que sont ces granulations, et s'il est possible de les ranger dans la classe des ferments, sont-elles des ferments organisés ou simplement des ferments organiques? Des observations récentes tendraient à en faire des ferments organisés, puisque des proto-organismes (vibrions, bactéries, etc.) ont été rencontrés dans la plupart des liquides purulents exposés à l'air, comme nous l'avions constaté depuis longtemps. D'ailleurs la pyémie et la septicémie sont dans une certaine mesure subordonnées aux saisons et à la température. Dans les latitudes élevées, où ces infections surviennent souvent pendant les saisons froides, on les voit diminuer de fréquence pendant les mois chauds. Rares dans les régions tropicales, elles sont beaucoup plus communes dans les climats tempérés. L'Europe, la Turquie, l'Amérique du Nord sont les contrées où elles paraissent exercer les plus grands ravages. Reconnaissons qu'il est difficile de se prononcer dans ce débat, et que de nouvelles recherches sont nécessaires pour l'élucidatioii complète du problème ; mais il y a lieu de croire que la voie actuellement suivie conduim à une solution définitive. Enfin, si l'on remarque que certaines infections purulentes peuvent avoir leur point de départ dans un foyer de suppuration placé à l'abri du contact de l'air, que les plaies exposées à l'influence de cet agent sont beaucoup plus prédisposées à infecter l'organisme, il semble rationnel d'admettre les deux hypothèses, et de cette façon on parviendra sans doute un jour ou l'autre à s'expliquer les difl'érences présentées par les abcès métastatiques.
veut inintelligible , puis contracture du membre supérieur droit, hémiplégie du côté gauche, peau chaude, 84 pulsations. Le 9, abolition de la plupart des actes réflexes, plaintes continuelles, somnolence, 96 pulsations. Le 10, 104 pulsations, le pincement des différents points du corps ne détermine qu'une seule petite grimace, résolution des membres et coma ; mort le H, i sept heures du matin.
Les poumons et le cerveau sont les seuls organes aff'ectés ; les grosses et surtout les petites bronches droites sont, dans leur plus grande étendue^ le siège d'une dilatation plus ou moins considérable et d'une vive injection de la muqueuse; même altération des bronches gauches, dont un certain nombre sont remplies par un liquide épais, lie de vin ; Tune d'elles commi/nique avec un foyer purulent limité par la plèvre épaissie et le parenchyme pulmonaire. Des deux côtés, pleurésie ancienne avec fausses membranes épaisses. Adénites des glandes bronchiques; cœur un peu gras. Une certaine quantité de pus 8*écoule des méninges pendant le décollement du cerveau. L'hémisphère droit est le siège de deux foyers de suppuration ayant chacun le volume d'un œuf et situés à sa périphérie, l'un à la partie moyenne, l'autre au niveau de la corne occipitale; d'autres abcès un peu moins volumineux se rencontrent dans la profondeur de ce môme hémisphère A gauche on constate également l'existence de plusieurs abcès, un peu moins volumineux que les précédents. Tous ces abcès renferment un pus sale, verdàtre^ d'une odeur fétide; ils sont circonscrits par la substance nerveuse œdématisée et ramollie. Le cervelet est sain.
L'extension de rinflaniinalion suppurative se fait par propagation ait. vaisseaux, principalement aux vaisseaux lymphatiques, et par imbibitioc: La propagation de Tinflammation aux vaisseaux et aux glandes Jymphat (jues est trop connue pour que nous nous y aiTêtions. Elle s'obsen'e ^J préférence là où ces vaisseaux sont le plus aliondants. Elle est l'un de» modes de la propapjalion des inflammations de l'utérus au péritoine (1), ef de celles des poumons à la plèvre. L'imbibition des produits purulenfo s'opère comme toute imbibition, avec d'autant plus de facilité que les tissus ont une texture plus lâche (2). Les produits infiltrés dans les tissos provoquent, par leur présence, la suppuration des organes, à peu près comme le ferait une injection ; il importe donc de chercher à limiter autant que possible l'extension des inflammations suppuratives, ce à quoi certains observateurs ont prétendu arriver, les uns à l'aide de collodion, les autres par l'intermédiaire d'autres substances, mais sans qu'il soit bien prouvé qu'ils aient jamais réussi.
Etiologie et pathogénie, — L'étude des propriétés phlogogènes du pus nous a renseignés sur l'une des conditions les plus importantes de la suppuration, la contamination par un produit purulent ou septique. Que le contact de ces produits avec les tissus de l'organisme soit artificiel, comme dans les expériences tentées sur les animaux, ou naturel, comme dans 0E^ taines métastases purulentes, il en résulte nécessairement un foyer d'inflammation suppurative. De plus, on sait que les individus affectés de plaies suppurantes, les femmes dans l'état puerpéral, les convalescents de fièvre typhoïde, etc., ont la plus gmnde tendance à suppurer, sous l'inDuence d'une cause occasionnelle quelconque, contusion d'un tissu, d'une aiticO' lation ; or, dans ces conditions, il parait évident que la cause de It suppuration réside dans le sang, modifié ])ar la résorption opérée ao . niveau d'un foyer primitif de suppuration, et par conséquent, c'est encore au pus, ou du moins à ses éléments, que la suppuration doit être attribuée.
Dans tous ces cas, la suppuration est secondaire; il importe de rechercher les causes premières de ce processus. Nous diviserons ces causes en deux classes, les causes locales et les causes générales. Aux causes locales appartiennent des agents de nature septique. Ainsi, on observe souvent chez les vendeurs de poisson des panaris graves, des phlegmons de la main, résultant de piqûres produites à l'aidt
(1) Lucas Championnièrc , Lymphatiques utérins et lymphangite utérine, Thèie i* Paris, 1870.
(2) Marc Séc, De Vimbihition et de son rôle en pathologie {Comptes rend, de la Soc* d^ chirurgie^ 5 déc. 1866).
HYPERPLASIES. 251
de brins d'osier composant les manneltes dans lesquelles les poissons sont transportés. Or ces brins d'osier sont généralement couverts de protoorganismes, et c est à ces agents, sans aucun doute, que la suppuration doit Hyg rapportée. D'un autre côté, si les plaies qui sont à Tabri de Tair ne suppurent jamais, à moins de conditions spéciales, tandis que celles qui y sont exposées suppurent presque toujours, n'y a-t-il pas lieu d'attribuer cette différence d'effet, non pas à l'action du gaz azote et oxygène, mais à la présence des germes nombreux que renfenne l'atmosphère? On ne peut donc trop It^ier les efforts des chirurgiens qui cherchent à soustraire les plaies à l'influence de ces germes. Lorsque le contenu de certaines cavités naturelles communiquant avec l'extérieur s'infiltre dans les tissus, ou se trouve résorbé, il en résulte généralement des phlegmasies suppuratives très-graves, qui vraisemblablement n'ont d'autre cause que la présence de germes semblables. C'est ainsi seulement qu'il est possible d'expliquer les abcès du foie consécutifs à de simples ulcérations de l'estomac ou de l'intestin, les phlegmons par infiltration urineuse et et rtaines pleurésies suppurées consécutives à des lésions pulmonaires. Dans toutes ces conditions, il semble que la suppuration soit liée à la présence de ferments organisés, sinon organiques, et ce qui vient à l'appui de celte manière de voir, c'est la rareté même de la suppuration dans les organes qui, comme le cerveau et les méninges, sont complètement soustraits à l'action de l'air extérieur. Effectivement, à part les cas de carie du rocher et de suppuration de l'oreille, où l'action des microphytes peut encore être invoffuée, le cerveau ne suppure guère, à moins de métastases purulentes ou de maladies générales. Celles de ces maladies qui produisent fatalement pour ainsi dire la suppuration chez l'homme, sont la méningite cérébro-spinale, la mor\'e (voy. fig. 73), certains érysipèles (1). Or ces maladies générales étant toujours contagieuses, il y a encore lieu de croire que les phlegmasies suppuratives qui en sont la manifestation se lient à l'action exercée sur les tissus par des germes animés ou des ferments organiques. Mais est-ce à dire qu'il en soit toujours ainsi? Il serait téméraire de l'affirmer. Certains agents, l'alcool par exemple, qui, à l'état de dilution, ne produisent jamais que des phlegmasies adhésives, peuvent, à l'état de concentration, développer des phlegmasies suppuratives. A la vérité il y aurait à rechercher si en pareil cas toutes les autres conditions, celle de l'agent irritant exceptée, sont bien identiques. Quoi qu'il en soit, il est incontestable qu'une irritation forte peut produire d'emblée la suppuration.
(1) H est digne de remarque que la morve entraîne fatalement la suppuration chez l'homme^ ce qui n'arriTc pas chez le cheval.
252 ANATOMIE PATïïOLOGIQDX,
La suppuration a de la tendance à survenir chez les individus su menés, rnaiiilii-s, cht'z les vieillards, les alcooliques, en un mol cli^^ tous les individus vivant dans de mauvaises conditions liy^éniqu^^. Suivant des observaleui's de môrile, les phle^asies morveuses sf,
développent cliez le cheval que l'on surmène; mais alors il uesl p» déraisonnable du soup(,'onner l'action d'afienls spéciaux germant surui> terrain préparé. Le plus souvent, 1>'S individus mal nourris ont acquit pour ta suppuration une prédisposition que fait éclater le moindre désonlf' plijsiologique. Les causes prédisposantes générales sont, de la sorte, ijui''' quefois aidées par des circonstances locales ; ice point de vue, il eslio'^
HYPERPLASreS. 253
ressanl de connallre rinfluence exercée par certains troubles vaso-moteurs. Voici ce qu'écrit à cet égard le professeur Cl. Bernard :
a Un animal qui a subi la section d'un des rameaux du grand sympathique présente, pendant un temps assez long, des phénomènes spéciaux dans la partie correspondante du corps. Une circulation accélérée, une température plus élevée, une absorption, une nutrition plus actives : tels sont les résultats ordinaires de l'opération ; et cet état peut durer plusieurs mois sans amener aucun trouble de la santé générale, lorsque l'animal est maintenu dans de bonnes conditions. Mais aussitôt qu'il est soumis à Tin* fluence d'une cause morbide générale^ ou simplement à une abstinence prolongée, on voit des phénomènes inflammatoires se manifester dans les organes privés de leur innervation habituelle ; si c'est le filet cervical sympathicfue qui a été coupé, la muqueuse nasale et la muqueuse oculaire deviennent le siège d'une suppuration abondante ; les poumons, la plèvre, les principaux viscères peuvent également devenir le siège de ces affections, lorsque l'opération a été pratiquée sur les nerfs splanchniques qui leur sont plus particulièrement destinés. » Or, semblables phénomènes se passent chez l'homme : on sait que les pneumonies qui se produisent du côté paralysé, dans les cas d'hémiplégie, sont presque toujours suppuratives et mortelles. On ne peut donc tenir un trop grand compte de l'état de l'innervation d'un organe atteint d'inflammation et des conditions hygiéniques de l'individu soumis à cet état pathologique.
En résumé, la suppuration est subordonnée à des causes multiples, les unes prédisposantes, les autres efficientes. Les causes prédisposantes sont générales ou locales. Les causes prédisposantes générales sont toutes celles qui tendent à débiliter l'organisme, car non-seulement les individus surmenés ou débilités par une mauvaise hygiène sont exposés à des phlegmasies suppuratives, mais encore ceux qui sont affaiblis par une maladie générale, comme les scrofuleux, les alcooliques, les syphilitiques, etc. Les causes prédisposantes locales sont celles dont l'action tend à modifier la nutrition d'une partie du corps ou d'un organe, telle est la section des nerfs vaso-moteurs. Les causes efficientes sont des agents irritants spéciaux, souvent des proto-organismes, des ferments, qui, parleur présence, modifient directement les éléments des tissus, et plus particulièrement ceux des vaisseaux. Ces agents, dans le plus grand nombre des cas, viennent de l'extérieur ; quelquefois pourtant^R semblent pouvoir se former à l'intérieur même de l'organisme : ainsi la rupture de certains kj'stes de l'ovaire détermine une péritonite suppurée, rapidement mortelle, et l'endocardite ulcéreuse peut infecter l'organisme et produire des'suppurations.
254 ANATOMIE PATIIOLOGIOUE.
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BTPERPLASIES.
Phiegmasiee prolitcri
Os phlepirnasies [phlegniasies adhésives de llunler) ont ]iour principal canclère de donnf?r naissance à un tissu semlilable ù celui de l'embryon, avec o^tte différence qu'il est desliné à périr ou à se transformer entiïsu de cicatrice.
Désigné sous les noms de phlogome (Kûss), granulome ou tissu de granulalion (Yirchow), néoplasme inflammatoire (itillrolh], le produit de ces phle^asies présente une disposition et des aspects variés, suivant qu'il se développe à la surface d'une plaie, sur une membrane séreuse ou dans l'^isseur même des organes. Au niveau d'une plaie, ce tissu prend la rorme de petits bourgeons rosés, de volume variable, <(ui, parleur dévelop-
toire el cnibrjouiiaîre déposé sur Il hce «temedeladurc-niëred'un
-ulule alteiiiL d'ostéite vertébrale.
|N»1 dt folt.)
G. 75. — Coupe microKOpique i l ni'iBtB inOammatiùre de la figure 7A. Ce tiunett totmi de cellule* Buibiyonnaire* et de llbrillet ; n, vaisseau dont la tiiniqje interne est en voie de végélalion. (Croisissement '■^.)
Vouent, tendent à combler la perte de substance. X la surface des memifines séreuses, it s'élale en couches membraneuses plus ou moins i^paisses el régulières. Dans la profondeur des organes, il existe par points 'solés efengendre des produclioiis nodulaires, ou bien il se dissémine — Trait* a'Anal. I- — t7
et produit des traînées ou traclus (tig. 7^), sinon une iniiltration gén raie; mais, quel que soit son siège, ce néoplasme n'offre pas de diff renées notables, il est primitivement constitué par des cellules ass semblables aux cellules lymphatiques (cellules embryonnaires) et p des vaisseaux plus ou moins nombreux (fig. 75}. Les cellules et bryonnaires sont des éléments sphériques ou légèrement anguleux, c petit volume (environ 0°",010 à 0"",012), pourvus d'un noyau asse gros comparativement à la masse de protoplasma qui l'enveloppe, h noyau, peu foncé et réfringent, contient un nucléole petit et brillant; fa masse de protoplasma, peu abondante et légèrement granuleuse, présente quelquefois des mouvements amœboïdes. Ces éléments sont juxtaposés et en contact presque immédiat, séparés seulement par une couche mince de matière unissante, amorphe et molle, qui permet facilement la dissociation.
L'apparition de ces cellules au niveau des tissus irrités et en voie d'inflammation ne fait de doute pour personne, mais leur origine est jusqu'à ce jour l'objet de vives discussions. Ch. Robin et ses élèves les font Baltre par génération spontanée au sein d'un blastème exsudé par les vaisseaux sanguins sous l'influence de l'état phlegmasique. Cohnheim les considère comme des globules blancs échappés des vaisseaux; mais si nous nous en rapportons à l'étude que nous avons faite des concrétions fibrineuses des vaisseaux (1), où nous avons toujours tu l'organisation commencer à la périphérie et se produire aux dépens des cellules endothéliales, nous sommes peu disposé à admettre cette hypothèse, qui déjà est réfutée par la formation d éléments embryonnaires à distance des vaisseaux comme au sein de la substance fondamentale du cartilage. D'ailleurs, si le tissu embryonnaire provenait de l'organisation des globules blancs, il faudrait admettre que ceux-ci se produisent dans les espaces lymphatiques, et la question de la génération spontanée, comme celle de la multiplication cellulaire resterait tout entière. Virchow professe, après Kùss, que les éléments du tissu inflammatoire dérivent des cellules préexistantes, et il les fait provenir d'une division des corpuscules conjonctifs. Cette opinion trop exclusive est en m(^me temps basée sur une connaissance incomplète du tissu conjondif. En effet, les cellules du cartilage, les cellules endothéliales, les cellules à myéloplaxes, etc., irritées, paraissent manifestement se multiplier, soit par division de la cellule (cellules de cartilages, endothéliums), soit par bourgeonnement, soit par formation endogène. DonC| s'il n'est
(1) Voyez Comptes rendm de la Société de biologie et Gaz, méd,^ 1862, p. 684.
HYPERPLASIES.y 259
pas possible de se prononcer avec assurance pour l'une ou pour Tautre de ces théories, du moins il est rationnel d'accepter la dernière, avec les modifications que comporte une étude plus approfondie du tissu eonjonctif, en raison surtout des nombreuses divisions présentées par les éléments conjonctifs enflammés.
Quelle que soit Torigine des cellules embryonnaires, il se développe dans leur masse des vaisseaux diversement disposés et dont le mode déformation est jusqu'ici vivement discuté. Deux opinions régnent à ce sujet : l'une fait naître ces vaisseaux directement dans le tissu inflamma* toire comme il arrive primitivement dans le tissu de Tembryon ; l'autre les rattache à un bourgeonnement des parois des capillaires préexistants. Suivant la première hypothèse il se produit, au sein des cellules embryonnaires, des tubes qui par leurs prolongements entrent en communication aTec les vaisseaux les plus voisins, ou bien ce sont les réseaux de cellules plasmatiques qui s abouchent avec les capillaires par leurs ramifications canaliculées dont l'élargissement progressif permet la pénétration des globules sanguins. La seconde hypothèse, qui est celle à laquelle on se rattache généralement aujourd'hui, attribue les vaisseaux nouveaux à la végétation des cellules des parois des vaisseaux préexistants. C'est par leur multiplication que ces cellules fourniraient les éléments nécessaires à la constitution des vaisseaux ; mais il est probable que les ceUules embryonnaires de l'inflammation prennent aussi part à cette Ofguiisation, en sorte que les deux opinions pourraient bien renfermer chacune une partie de la vérité. Quant au sang qui occupe les réseaux capillaires au moment de leur formation, il se constituerait dans leur intérieur suivant Billroth, tandis que la plupart des auteurs pensent qu'il y arrive au moment où le réseau est mis en rapport avec le système Tasculaire.
Le tissu embryonnaire, une fois constitué, se transforme peu à peu en lissa eonjonctif définitif; sinon, il subit des modifications qui arrêtent son développement et donnent à la partie enflammée des apparences diverses dont l'une des plus communes est la transformation ou dégénérescence dite caséeuse. Nous appelons caséeuses les phlegmasies dans lesquelles te tissu inflammatoire cesse de s'accroître et de vivre, et scléreuses celles dans lesquelles ce même tissu continue de se développer ; mais nous ^connaissons qu'il existe entre ces deux groupes une série de processus intermédiaires qui rendent le passage de l'un à l'autre presque insensible.
1. — Les phlegmasies prolifératives caséeuses sont celles dont les pro- <luitsne peuvent parvenir à une organisation définitive. Elles sont diffuses
OU circonscrites, suivant que ces produits se présentent sous la forme de masses disséminées ou sous la forme de nodosités (tubercule, gomme, etc.). Les phlegmasies diffuses occupent de préférence les organes lymphatiques et les alvéoles pulmonaires ; elles s'observent aussi dans la peau, le tissu conjonctif sous-cutané, dans les os et le tissu interstitiel des parenchymes. Les glandes lymphatiques s'injectent, augmentent de volume, de façon à acquérir la grosseur d'un marron ; leur consistance diminue^ leur teinte, grisâtre ou rosée , est semée de stries rougeàtres. Vues au microscope, elles présentent, en même temps qu'une dilatation des vaisseaux, un accroissement et une multiplication de leurs éléments cellulaires. Ad bout d'un temps plus ou moins long, et qui varie suivant la nature du mal, les éléments nouveaux de ces glandes, ne pouvant continuer à se nourrir et a vivre, ou bien subissent une métamorphose graisseiue, ou bien se nécrosent. Dans le premier cas, le tissu de la glande pâlit; en même temps, les éléments transformés rentrent peu à peu dans la circulation, et l'organe peut revenir à son volume primitif: tel est 1 état des glandes mésentériques et de la rate dans la flèvre typhoïde. Dans le second cas, on voit apparaître au sein de la glande de petits foyers blanchâtres ou jaunâtres qui se réunissent et transforment peu à peu tout l'organe en une masse blanche, sèche, friable, grumeleuse, composée de cellules granuleuses, déformées, atrophiées, et dans laquelle se rencontrent quelquefois des paillettes brillantes et des cristaux de cholestérine. Cette masse mortifiée, au sein des tissus vivants, se comporte à la façon d'un corps étranger ; elle les irrite, les enflamme, les ulcère, et de la sorte elle parvient, si elle n'est pas trop profondémâit située, à se faire jour au dehors, laissant à sa suite une cicatrice plus on moins profonde : telles sont les glandes intestinales dans la fièvre typhoïde, les glandes maxillaires cl cervicales dans la scrofulose. Semblables phénomènes se passent dans la rate, les amygdales, qui sont aussi des glandes lymphatiques, avec celte différence que la mortification du tissu de nouvelle formation v est extrêmement rare.
La substance médullaire des os, considérée avec raison comme un tissu hmphatique, subit les mêmes altérations. Dans la scrofulose notamment, les éléments cellulaires du tissu médullaire se multiplient, forment des masses qui, ne pouvant vivre, dépérissent peu à peu et se mortifient (ostéite caséeuse). Le tissu conjonctif sous-cutané présente aussi toujours, chez les scrofuleux, des lésions assez semblables ou du moins fort peu différentes. Ce sont des tuméfactions molles ou fluctuantes, constituées par une substance visqueuse, tmnsparente, avec flocons blanchâtres, ou par un liquide blanc jaunâtre et d'aspect purulent. Les leucocytes.
UVPERPl.tSIES, Sril
urJitiain-iiifiit iiomhrouv dans ces foiuialioiis, les ont fuit c tin sidérer comme des abcès froids ; maïs si l'on lient com[ile de l'évolulioit de ces lésions et de leur faible réaclion sur l'organisme, phtinomène j>eu oi-dinatre dans la suppuration, on est conduit fi les rallaclier plutAt à une milatnmatiun du genre de celle qui nous occupe. Les poumons, dont les alvéoles peuvent être considéi'és comme des espaces lymphatiques, sont souvent atleinls de pneumonies lobulaire^ qui se terminent par une dégénérescence caséeuse : telle est Tune des formes de la phtbisie pulmonaire.
Dans certains cas, au lieu d'une résoluCion coniplèle par métamorphose graisseuse, ou d'une sorte de nécrose qui aboutit à l'ulcération, le pitiduit exubérant de t'inilanimation subit un ramollissement aigu, une sorte de destruction moléculaire de ses parties constitutives : ainsi se comportent les glandes lymphatiques dans la peste et dans quelques autres maladies.
Les phlegmasies caséeuses se produisent dans le cours de maladies générales, comme la fièvre typhoïde, le typhus, la peste, la dysenterie, etc. Kréquemment, ces altérations sont causées par des conditions hygiéniques mauvaises : une aliroenlalion exclusive, ou mal choisie, peu appropriée à l'âge des individus, l'absorption d'un air humide, vicié, le défaut d'exercic« musculaire. Alors la moindre in-itatiou des glandes lymphatiques suffit pour amener une inflammation caséeuse ; c'est il celle prédisposition qu'on donne le nom de scrofulose. Remarquons que le siège de la localisation morbide aux glandes lymphatiques varie pour ainsi dire avec chaque cause spéi^iale : les glandes lymphatiques sous-maxillaii-es sont plus particulièremenl affectées dans la scrofulose, les glandes bronchiques dans la rougeole, les glandes intestinales et mésentériques dans la tiè^Te typhoïde, les glandes des aines et des aisselles dans la peste. Outre ces dilTérences de siège, il existe pour chacune des altérations en question des dilTérences de durée et d'é^'oiution assez appréciables pour leur constituer des caractères distinctifs.
Les phlegmasies qui se manifestent sous la forme de granulations ou de nodosités ont été à tort rangées dans le groupe des tumeurs. Effectiveneal, si l'on remarque que ces granulalions ou nodosités sont généralement accompagnées de lésions difl'uses, de tractus membraneux el de néomembranes, dont elles ne diiïèrent que par une plus grande tendance I k la deslructivilé, on est porté à les faire renln-r dans la classe des phlegmasies, dont elles n'auraient jamais dû être distraites, puisqu'elles ont toujours, comme les produits phlegmusiques, un accroissemenl limité.
262 A?(4T0MIE PATDOLOCtQUB.
La plus commune de toutes les allérations de ee groupe, le luberc est ime production organisée, el non pas, comme le croyaient les ancienj une masse plus ou moins jaune, ou encore un simple exsudai. C'est UI14 formation pathologique qui se présente sous l'apparence d'une nodosiM terme, remarquable par son petit volume (lig. lH el80), rarement plus cou. sidérableque celui d'un ^ain de millet,d'oùluiestvenulenomde^ranu' tation miliaire, et par sa dissémination habituelle, non-sculementdansuu seul organe, mais dans plusieurs organes à la fois. Par leur agglomôralinD, les granulations miliaires donnent lieu à des nodosités plus volumineuses, prises à tort pour des masses homogènes, surtout quand elles se rencontrent dans les testicules, les reins et le cerveau (iig.
Fie. 7C. — Partie posliiriB»
esl le (iÉge lie deux mas:
cei msiBei à décourerl, a.
Vues au microscope, les givuiulations tuberculeuses olTrenl entre elles des difTérences en rapport avec leur durée, la nature des tissus qui les renferment et quelques autres circonstances. A son début, la granulatiou est constituée par un tissu qui a la plus grande ressemblance avec le tissu inllatnmatoire (granulome), et qui, comme lui, est composé de petites cellules arrondies ou légèrement aplaties (âg. 79), que coloiv le camiin après durcissement dans l'alcool, et que rend pkis appa> renies l'action de l'acide acétique. Pressées les unes contre les autres sur quelques points, ces cellules sont ailleurs séparées en groupes linéaires par une substance brillante, rérriugeute, tanlxît amorphe, taotûl irrégulièrement fibrillée (Grancher}.A calé de ces éléments, il existe assez généralement des corps huit ou dix fois plus volumineux, et auxquels les auteurs allemands ont donné le nom de cellules gigantesques [Riesetuelle»), sorte de cellules à noyaux multiples, mais qui, suivant les histulogistes français, seraient tantât un simple accolement de cellules d'abord indépendantes, tan tôt des masses intra-caualiculaires ou in tra-alvéolaircs, de nature
HYPERPLASIKS. 26S
ïtirino-iUbumineuse, colorées uu non par la matière pigmcntaire du sang, et infiltrées, soit de globules blancs, soit de noyaux provenant des enfotiléliums vasculaircs. Les vaisseaux en petit nombre qui lont partie delà granulation tuberculeuse, ou qui s'y rendent, sont le plus souvent oMilérés, et par là on explique les différences présentées par cette granulation suivant la période de son évolution.
h granulation miliaire est rosée ou gris&tre, semi-transparente; dit reste ainsi pendant un certain temps qui constitue sa première phase ou période d'accroissement. Plus tard, celte granulation devient Cfiaque, blanchâtre, puis jaunâtre à son centre où les éléments anémléss'infiltrent de granules graisseux, se déromient et s'atrophient, tandis qn'i la périphérie ils continuent de se nourrir et de vivre : c'est la période d'étal du tubercule, celle qui est vraiment caractéristique. Dans une dernière phase enfin, la granulation miliaire revêt partout une teinte jaumltre, et forme une masse sèche, Friable, caséeuse, composée de cellules déformées,de granules moléculaires, de gouttelettes graisseuses. et parfois même decrislauxdecbolestérinc. Arrivé à ce terme, le tubercule a cessé de vivre; il estdevenu pour les tissus de son voisinage un corps étranger qui les irrile, les enflamme et en amène la destruction. Ainsi se produisent les ulcéniioDs de la surface des membranes muqueuses (fig. 77), et les excavations plus ou moins étendues du parenchyme folmonaire.
La granulation tuberculeuse n'est pas
bi , ,. I ' , .. tic. 77. — a, l'oiule delà langue dont
seule forme que revête le produit la f,„ dorwie e»i te .iége d'n ulcère toberoileUX. Celui-ci existe encore à luberculeux ; 6, coupe perpendiculaire fétol d infillralion dlluse, comme il j„„.i; j.,„„'.„ .,„;„„ ,i„,i,„„ cslb(nledes'en assurer danslaménin- granulation! tuberculeusea, e. gîte tuberculeuse, oii l'on voit, à côté de granulations parfaitement caractérisées des masses membraneuses, grisâtres ou jaunâtres, composées <Jes mêmes éléments que l'on retrouve encore quelquefois dans la substance injectée et ramollie des circonvolutions. Semblable disposition existe ilwis les organes génitaux {Kg. 78) et urinaires, aussi aurions-nous mauvaise grâce de nier qu'elle puisse se rencontrer dans les poumons, où elle a été d'ailleurs nettement établie par quelques histologisles français. Grancher et Thaon ont montré en effet que les éléments tuberculeux peuvent inbllrer le tissu des poumons, de façon à donner naissance à des masses ayant tous les caractères de l'hépatisation. Mais faut-il, à l'exemple de quelques observateurs, regarder toutes les
264 ASATOMIE PATBOLOGlQdB.
altérations nécrosiques ou caséeuses des poumons comme se rapportant. à la tuberculose? J'avoue avoir rencontré des faits qui se prêtent mal ^ cette manière de voir. J'ai pu me convaincre, pendaiit le siège de Paris,
" Ulérut et trompes dunlla La muqueuie il
.^ se est inCIlti^e de granulalia
ol uljrin est rnlÉe inlscle.
qu'un certain nombre déjeunes soldats, soulTrantde la Tatigue et d'une mauvaise alimentation, contractaient des pneumonies lobulaires qui< loin dt! se résorber, se terminaient par la nécrose de j'exsudai. Cette altération engendrait dans le poumon des noyaux lenticulaires jauaitlres, Tiiabies, grenus à la coupe et ainsi Irès-diGTérents d'une infiltration tal)e^ culeuse. J'ai également observé cette disposition chez de jeunes enfuis mal soignés et mal nourris et chez des adolescents qui avaient pris tout à coup un accroissement exagéré.
Les opinions les plus diverses et les plus contradictoires ont été émises, principalement en Allemagne, sur l'origine du tubercule ; il est sans intérêt de les rappeler. La composition du tissu conjonclit tellf que l'ont fait connaître les recherches de Itanvier permet peut-flre d'arriver à une solution. Nous savons que les faisceaux coujonclife sont tapissés do vrais endolhéliuras, tout a fait compai'ables à l'endothélium qui recouvre les séreuses et les alvéoles pulmonaires. Or, sur un épiploon tuberculeux, il est facile de voir, dans le voisinage des granulations, comme le remarque Grancher, des cellules détachées des faisceau et contenant un certain nombre de noyaux, qui ne sont que des cetIuW gigantesques d'où sortent probablement, par division successive, les petites cellules constitutives de la granulation. L'épithélium pulmonaire et celui des gaines lymphatiques ayant la plus grande ressemblance a^'ec celui de la séreuse péritonéale, il devient ainsi facile de se rendre compte^
HYPERPLASIES,
de la lociilisalioii du tubercule dans In trame conjonctive des organes, dans la paroi des vaisseaux (lig. 79) et dans celli"! des alvéoles pulmonaires.
Les poumons sont les organes de prédilection du tubercule; viennent ensuite les membranes séreuses, les glandes lymphatiques, le cerveau, le foie, les reins, etc. Soumis h une même inlluence morbitiquc, ces divers organes peuvent élre simultanément atteints, mais quelquefois aussi certains d'enire eux sont aiïec-
dumal.Oiisaildepuis longtemps, ctmieux encore depuis les recherches de Lépino^ que les tubercules ont de la tendance à s'étendre suivant le trajet des vaisseaux, sanguins et lymphatiques ; la ligure 80 est un exemple de cette disposition. Ce fait, qui rend comptede la fréquence des altênilions casêeuses des glandes lymphatiques dans ta tuberculose, a sans doute conduit à l'idée de l'infection tuberculeuse.
Villemin nie mérite d'avoir appelé l'attention des observateurs sur la transmission expérimentale de la tuberculose; mais, malgré ses recherches et celles qui ont suivi, les expériences de Chauveau notamment, le tubercule ne peut être considéré dès k présent comme un produit virulent, analogue au pi-odoit de la varinlflft delasyphiiis.eldanslecas où son inoculation réussit, il y a lieu de croire que la matière tuberculeuse a agi à titre de simple irritant sur un organisme débitilé, en produisant un tissu indammatoirt', comme le Ibnl beaucoup d'autres substances. L'insufllsance de l'alimenlation, de Fii.. 80 l'exercice musculaire et surtout de 1' voilï la grande cause de la tuberculose. Ijrmphaiîque.
1 elile arl6re tninmgienns tubercule, a, le laisieau; b, les élémenli tuberculeui. ( petites cellulei randei et quelques cellules fuaïrormes) dislendent 1b gaine lymphatique. (D'aiirttVAlIru itanalomir pathologique de Lanccreeux el Lackerbauer. (GroisiiMinent 300-j
tubeiculeu^s; (i, gan~lic
îfBo AriATOMlB PATHOLOGIQUE.
Les gommes syphilitiques se développenl, comme les luliercules, au seîn. J 4les tissus Ji' substance conjonclive, tantôt aux dépens des éléments cellu-4 laii'es de ces tissus, tanttU aux dépens des éléments de la tunique externe dm vaisseaux vX des parois des cnpillaii'es. La peau, le lissu collulaiie sou né, le périoste, les os, les muscles, le testicule, le foie et les enveloppes du système nerveux sont les parties où elles siègent le plus babituellement. Ce sont, tantdldes nodosités arrondies ou semilunaires, s«uvent multiples, isolées ou réunies (iîg. 81 ), d'un volume qui varie entre la grosseur d'une lentille ou celle d'unu'uf, et composées d'une portion exlérieure indurée.
gi'isàlre, et d'un noyau central jaunâtre; ^^ lantût des inlilti-atioiis dilTuses, peu éteihdues, assez homogènes, le plus souvei limitées à une |>ortton d'org;ane. Variable* sous le rapport de la consistance et de II coloration, les nodosités gommeuses son ordinairement fermes, gris&ti'es, lisses à k coupe, humides, bien qu'elles ne contiennoU pas de suc ; plus rarement elles sonl inollea.i constituées par une masse incolore, vis-, qucuse, analogue à une épaisse solution de gomme. Cette dernière Tonne, qui a valU' auK produits syphilitiques leur dénomination (1), plus citmmune dans tes organes extérieurs, et surtout au voisinage des M que dans les organes internes, n'est que h résultat de la transformation muqueuse dit tissu gommeux.
Ces produits sont formés, dès le principal par l'apparition, au pourtour des plus p vaisseaux et dans les vacuoles du tissu eon-^
FiG. 8). — Himiïphèro cérébral guurlie k la |isrll« iinliri«ur« duquclexiBleunegutnmBdé*Blopp(fe jonclif, de petites cellules arrondies, sem*' ,. méninBe.. n. dare-mé™ ^^^^^^^ ^^^ ^||y|^^ lymphatiques OU cel-
altérée et adhérante à la gdmmr
i lymphatiqu< Iules embryonnaires et plus ou moins aboiK dantes. Les trabécules qui circonscrivent ces vacuoles sont peu à peu détruites, et les jeunes cellules forment des amas que réunit une gangofr plus ou moins Hbrillaire et dont la partie centrale, mal nourrie, ne larde pU
(t) Tnmare* athi>romaUci, qui gummatn vocantur, aisumpla sïmilitudine ob arboriboif qnonioai inmorbogallicacnscunt tubcrculio'niulantiBgumnias nrbariim. (Gsbr. Pallope, Demorbo gallico, Patavii, 1564, p. 193.
HïPKnPLASIES. 267
HsioliUrer de granules moléculairesqui lui donnent une aiipsircnoeopiuiue
iKijautiâtre, taudis que la partie pénplit>-
riijue, constituée par des éléments plus vi-
rites, se Iransforme peu à peu en un tissu
coQJODClir délinitir, réimclile comme le
lissucicatriciel(lig;.8^}.0r,silenéoplasme
«slulsléel p<m abondant, on comprendquc
MiD énergie vitale puisse élre sunisaulf;
pour lui permettre une transformation
presque complète en tissu ambiant; si, au
mulraire, ce néoplasme circonscrit est dè-
p<né«uinasses plus considérables, il a par
Ininnénie une vitalité moindre, et bienli^t
xs psrties centrales, peu vasculaires, suffissent un travail de régression ijui en- 'faliu- la deïitruction même des élénienls l'roprtsdel organe affecté. Ainsi, lu spécificité de la gomme ne repose pi
fie, 81. — Cuupe microicupjque d'uDM noilutilégoniiiieuse reprtseiitévltg. 83 ei 8t. Gellulei embryonnaires lendiiitl >'arK«ni>er en/jetÎMdiilruireBoa; c et h représenlent la parUu péri|>hérique; a, la partie ccnli-lle de la nodoùli. (GrouiiKinent '-7.}
It, Si. — Ficc iinUro-inrérieure it II pratuliériiicc nù m voient pi itit» gommeux cirfMwriM par 1 ioDciil, jeune eltueulalre
n. 8t. — SurraCB de leclion inlérapoilérieure ilu bulbe et de la protubérant repréBcnlâi Hg. 83. a, {9yer il'eiicéphsUle ; e tiP, nodulei goni'
""^différence notable entre son tissu et celui de tout autre néoplasme phleg- "lasique^ellecousisleplutdtencequedansun foyer de tissu embryonnaire
de nouvelle formation il se délimite un noyau central circonscrit, plus ou moins sphérique, différant par ses métamorphoses ultérieures du tissu embryonnaire environnant (fig. 83 et SU), Tandis que celui-ci se transforme on un tissu fibreux qui se rétracte en donnant lieu à une cicatrice plus ou moins accusée, celui-là subit une métamorphose muqueuse ou graisseuse qui favorise sa résorption ou qui en fait une sorte de corps étranger destiné à être éliminé par les procédés ordinaires (fig. 82).
On a prétendu avoir trouvé la caractéristique du produit syphilitique dans des alvéoles particuliers au sein desquels seraient déposés les noyaux, et les cellules embryonnaires ; mais si Ton ne peut nier lexistence de ces alvéoles, qui ne sont vraisemblablement que les espaces lymphatiques du tissu conjonctif, admettre qu'ils permettent de reconnaître toujours les tumeurs gommeuses, c*est leur attribuer une importance qu'ils n'ont réellement pas, puisqu'ils se rencontrent avec des caractères peu différents dans un grand nombre d'autres processus. Quelques histologistesont égalementcherché, sans plus de succès, des caractèresspécifiquesaux tubercules.
Superficiellement situées, les productions gommeuses se ramollissent tout d'abord du centre à la périphérie, irritent les parties voisines, qui s'enflamment et finissent par s'ulcérer en un ou plusieurs points. Au fond de l'ulcère, le néoplasme apparaît avec ses caractères particuliers, tantôt mou et comme gélatineux, tantôt blanchâtre, lactescent ou analogue à une émulsion ; le plus souvent enfin, il est solide ou jaunâtre, semblable à un bourbillon, à un fragment de saumon desséché. Après son élimination il laisse une cavité qui se recouvre de bourgeons charnus el donne lieu à une cicatrice rétractile, froncée, indurée pendant un certain temps. Ces phénomènes d'élimination, fréquents pour les gommes de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, se présentent quelquefois dans les organes profondément situés. Les gommes des poumons, par exemple, s'éliminent par les bronches ; je connais un fait où une tumeur de ce genre a détruit l'endocarde et ulcéré la surface interne du cœur. Dans un cas où je rencontrais une excavation étendue sur la face convexe du foie, je fus conduit k soupçonner une lésion de même nature, quoique le plus souvent les membranes séreuses s'opposent à ce mécanisme par les adhérences qu'elles établissent avec les parties voisines. Dans la profondeur des organes, les gommes syphilitiques dont la dégénérescence graisseuse est lente peuvent subsister longtemps ; mais, en général, elles sont peu à peu résorbées par les vaisseaux qui les entourent. Exceptionnellement elles s'inciiistentde sels calcaires, et, de la sorte, elles peuvent séjourner indéfiniment au sein des organes et des tissus.
Cette évolution et, du reste, la plupart des caractères propres aux
HTPERPLASIES. 369
tunieurs gommeuses établissent un certain degré de ressemblance entre ces produits et le tubercule ; aussi la distinction de ces altérations n'est pas toujours racile. Ce qui différencie la tumeur gommeuse, c'est un volume généralement plus considérable que celui des tubercules, une trame con jonctive abondante, surtout à .la périphérie, oit ,elle forme à la masse ianne centrale une sorte de coque dont il est quelquefois possible de l'énucléer, et enfin la présence d'éléments cellulaires et nucléaires qui sont d'ordinaire plus volumineux, mieux nourris, moins atrophiés el moins misérables que ceux des productions de la tuberculose.
Le virus syphilitique est la cause elTiciente des productions ^ommeuses, donU'apparilion se trouveaidée par des causes occasionnelles multiples, les unes traumatiques (contusion, action de l'air extérieur, etc.), les autres physiologiques (grossesse, accouchement, etc.), les autres hygiéniques (abus d«s boissons alcooliques, etc.). t^ transmission héréditaire de la syphilis et de ses ninnife stations n'est pas contestable.
Les nodositi'ts lépreiafs occupent de préférence le derme cutané, et la peau du visage est leur siège de prédilection ; mais elles se localisent «"ncoresor les membranes muqueuses des fosses nasales, de la langue, du lanni, de la trachée et des bronches, ,^— ^ .^
surcelles de l'intestin etde l'utérus. Cer- *>insorg8nes, et surtout le foie, la rate, les ganglions lymphatiques, les reins, ^nsontaussiaffectés. Les poumons, au contraire, sont rarement atteints par <% lésions, qui, en cela, se distinguent du tubercule avec lequel hislologique- KKnlelles ne manquent pas d'analogie.
Ce sont tout d'abord des taches peu étendues qui se développent dans l'é paisseur des parties exposées au conlACt de l'air, et au niveau desquelles le lissu se tuméfie de façon à produire des tumeurs arrondies et circonscrites d'un ™iumequi varie entre la grosseurd'une fie. 85. — Tête J'une jeune femme mtrte U.i*ii . Il ji I •- de la lèpre. Lipeau duiiiageett irrégu-
lentille el celle d'une noix, implantées ^.^,^J„^ épai.,iep3r «n ii..u embryonsur une large base, ou des masses apla- nsire tl* nomelle tormation, (Muiée de lies, sorte d'infiltration diffuse, d'une iWuiS.ini-Loui..) l«nlegrisatreou blanchâtre (fig. 85). Ces masses, isolées ou agglomérées sur des points particuliers, sont fermes, solides, brillantes, homogènes à la
coupe, non enkystées. Plus tard, elles se ramollissent, acquièrent fe consistance d'une bouillie épaisse, irritent les tissus voisins, se couvrent de croûtes sèches, brunâtres, au-dessous desquelles existeot des ulcérations plus ou moins profondes. Déposées à la surface de h moelle épinière atrophiée, ou infiltrées dans le périnèvre et le ném. lème, elles produisent la forme de lèpre désignée sous le nom de lèpre anesthésique. Situées dans l'épaisseur du derme, ces nodosités déterminent Tatrophie de Tépiderme, des poils ou même des glandes sudoripar» et sébacées.
Les altérations de la lèpre sont composées d'une substance fondamentale conjonctive, homogène, fibroïde, au sein de laquelle sont déposées des cellules rondes granuleuses, analogues aux cellules lymphatiques, ou bien de petits noyaux libres, semblables aux cytoblastions de Robin (tissu embryonnaire) . Les vaisseaux lymphatiques sont généralement les premières parties affectées par le processus de la lèpre, qui de ce point tend à rayonner dans diverses directions. Ainsi s'explique Textension si facile des produits de la lèpi%. C'est le plus souvent, en effet, dans la zone périvasculaire ou gatne des vaisseaux sanguins qu'on voit apparaître l'accumulation cellulaire qui forme plus tard la nodosité lépreuse. L'évolution de ces produits diff%reassez peu de celle du tubercule et de la gomme. Ils tendent comme ceux -ci à se mmollir, à s'ulcérer, et lorsqu'ils paniennent à disparaître, oe qiûn est pas commun, c'est en laissant à leur suite des cicatrices blanches fibreuses et rayonnées. Dans certains cas, ils peuvent rester longtemps staticNDnaires, quelquefois même indéfiniment, et, de la sorte, ils se distinguent des gommes, qui n'ont ni la même durée, ni la même persistanee.
Les conditions étiologiques et pathogéniques de la lèpre sont jaMjalci inconnues. Après avoir sévi dans l'Europe entière, cette maladie estaujmffd'hui reléguée en Islande et en Norvège, où elle est connue sous le nom de spedalskhed, dans les provinces occidentales de la Russie, sur quelquesunes des côtes de la mer Caspienne et de la mer Méditerranée (I }. HleeiiSt^ en outre en Egypte, en Arabie, dans l'Asie Mineure, en Abyssinie, sur les côtesde l'Afrique, dans quelques contrées de Tlnde, au Mexique, dans FAmériqueduSud et sur plusieurs points de l'Amérique du Nord. La lèpre est une maladie certainement héréditaire, rarement congénitale, nullement con-
(1) On prétend généralement que la France et l'Angleterre aont entièrement exemptei aujourd'hui de celte maladie; mais cependant il y a lieu de se demander s'il eo estréeUe^ ment ainsi en présence de certaines affections mal déterminées de la peau et du s;s*iiiie nerveux. Dans une discussion à la Société clinique de Londres (1873), un certain nombre de membres convinrent qu'ils avaient observé des cas de lèpre chez des indhridui qn» n'avaient jamais quitte l'Angleterre.
HVPBRPLASUS. 371
tagieuse ; elle se développe surlout dans les classes pauvres, dans les pays bas et malsains, silués nu boi'd ou dans le voisinage de la mer. L'usage constant ou fréquent de poisson fortement salé, souvent même altéré ou il demi corrompu, est considéré, dans certains pays, comme étant une uiuse de celte maladie, en particulier aux Indes occidentales, en Crète, à Corfou, au Cap de Bonne-Espérance, à Norvay, à Calcutta et à Cevlan.
Si la pathogénie de certaines lésions lépreuses, de celles qui répondent dii'eclemcnt à l'influence morbifique que l'on pourrait appeler primitive, est obscure, celle des lésions secondaires est mieux connue. Il n'y a pas de doute que ces lésions, qui alTectent surtout la peau, ne soient sous la dépendance d'une altération préalable du système nerveux.
Le lupus est une altération voisine des lésions lépreuses et syphilitiques, et qui, dans certains cas, paraît se rattacher à la scrorulose. 11 est constitué par la présence, dans les couches superficielles du derme, de petites cellules rondes ou elliptiques et de noyaux arrondis avec hypertrophie et altération des follicules sébacés. Au sein de ce processus, qui s'étend progressivement en déli-uisanl tes tissus normaux, surviennent après un certain temps des modifications régressives qui déterminent la suppuration et l'ulcération.
II. — Les phlegmasies proliféralives scléreuses produisent au seiu des tissus de substance conjonctive un tissu peu différent pai sa composition de celui de la ivgion où elles siègent Dans les paiLU
lie. 86 a. — Ti«iu embrjoonBire provenant
d'une Enc*plialile iclérvuEe tlBndue.
là. — Ce infimg Bn voie de tranifur-
II nbcilloire.
C Sfl c — L«niênMtiHU i une pbaie un peu plus avancée et reuFermanl det llbrei lU
chymes, OÙ elles sont connues sous le nom de phlegmasies interstitielles en raison de leur localisation, et encore sous celui dp scléioses, à cause de
rinduration qu'elles déterminent. Dans ces phlegmasies, les cellules embryonnaires, au lieu de cesser de s'accroître, de s'infiltrer de granulations graisseuses et de se détruire, en un mot, continuent à se développer ; à leur forme arrondie (fig. 86 a) succède une forme anguleuse allongée comme dans le développement physiologique, puis elles se réunissent par leurs prolongements de façon à constituer un réseau dont les mailles renferment une substance amorphe, contenant toujours quelques éléments ronds : c'est le tissu à cellules fusiformès, représenté par des faisceaux de cellules, première ébauche des fibrilles conjonctives (fig. 86 b). Vraisemblablement^ en effet, la matière protoplasmique, plutôt que la substance fondamentale intermédiaire, sert à la formation de ces fibrilles, tandis que les cellules conjonctives, situées entre ces faisceaux, deviennent définitives ou s'atrophient (fig. 86 c). Ainsi formé, ce tissu, d'abord assez mou, acquiert bientôt une densité et une solidité de plus en plus considérables qui expliquent la rétraction dont il est le siège.
 la surface des membranes séreuses, le tissu de nouvelle formation» débarrassé de la couche de fibrine qui le recouvre, s'étale sous la fonne de toiles plus ou moins étendues, lamelleuses, et qu'il est souvent possible de décomposer en plusieurs couches superposées et comme feutrées. Ces toiles, ou néomembranes, sont généralement parcourues par des capillaires nombreux, remarquables par la faiblesse de leurs parois et par la puissance de leur calibre, qui contraste avec celui des vaisseaux de la séreuse. La disposition de ces capillaires, qui rappelle celle des réseaux admirables où la pression sanguine augmente proportionnellement au volume de la masse sanguine interposée entre le vaisseau afférent et le vaisseau efférent, peut rendre compte des taches ecchymotiques et des hémorrhagies qui se rencontrent dans l'épaisseur de ces produits phlegmasiques. Avec le temps, ces nouvelles formations prennent tous les caractères d'un tissu conjonctif plus ou moins dense ; des vaisseaux lymphatiques s'y développent (Schrôder van der Kolk, Robin, Lebert), et l'on y a signalé la présence de filets ner\^eux (Virchow, Lebert) et de fibres musculaires organiques (Neumann). Dans quelques cas enfin, ces toiles présentent à leur surface une couche de cellules endothéliales aplaties, analogues à celles qui recouvrent la séreuse, et, comme cette dernière, elles peuvent être envahies par des productions tuberculeuses ou cancéreuses.
Dans l'épaisseur du tissu conjonctif interstitiel des organes parcnchymateux, le tissu embryonnaire se vascularise et s'organise en un tissu qui a tous les caractères du tissu cicatriciel. D'abord il rend la trame de ces organes plus épaisse, et, avec l'aide de l'hypérémie concomitante, il en accroît le volume ; plus tard, en vertu de ses propriétés
Hïpsnpusres. 273
n'iractiles, il presse sur les éléments propres, les comprime, les fait »iillir, comme dans leToie, et les modifie en les privant des substances nécessaires ■ Wr nutrition (fi§;. 87). Otto modification, qui conduit k l'atrophie ou m^me k la destruction de l'élément propre (cellules nerveuses, cellules «[lilhéliales du foie et des reins], peut compromettre la fonction de l'orpoe, c'est pourquoi ces pblcgmnsies sont des plus lenac«s et des plus graves. Les organes qui en sont afTeetés s'indui^nt, diminuent de volume, se déforment et devieinient jîranuleux (cirrhoses du foie et des reins), ou
Tk. 87. — Cuupc microscopique perpendiculaire i la surface d'un cirrhoie ou hépstile pralirèralive. a, captule de Gtisson épaissie c, lobule hépalique ; d, jeunea cellules et IJtau flbroïde. (CroitisMmenl d'après une prépiraLiDn de H. Pierrel.)
tien comme il arrive dans la sclérose des centres^erveux, ils présentent feplaques grisûtreset plus ou moins déprimées. Quelle que soit la forme lue revêtent ces altérations, le tissu de nouvelle formation qui les constî- '"f . géaéraleiuent vivace, n'a qu'une faible tendance à une régression lalurelle; aussi les agents thérapeutiques connus sont-ils impuissants à "Téter son évolution et à amener sa résorption.
■ Trwl* d'Anal. 1. — IS
ANATOMIE PATHOLOCrOttE.
us-cutanê ne se comporte pas dîfféremmciil; j|
Le lissu conjonctif devient, sous certaines influences mal connues, le siège d'un prociîssus «j^ nouvelle formalion qui transforme le tissu cellulo-adipcuset unepaili*' «Ju derme en un tissu dense, coriace, blanchâtre, ee qui constitue la sclé»^>, dermie, ou encore l'éléphantiasis, si le membre affecte de la ressem. hiance avec un pied d éléphant {fig. 88). Ce processus, suivant lîasmw». sen, présente deux périodes hislologiqu^ ment caractérisées, la première par l'inlillration dans les gaines vasculnires de petites cellules lymphoïdes, la seconde par la transformation de ces cellules en tissu conjonctif rélractile. La peau, rluis la première de ces périodes, rougil, se tuméfie, devient douloureuse, à peu près comme s'il s'agissait d'un érysipcli', *■< quelquefois méuie se recouvre d'une éruption huileuse. En général, ces phénomén*^* disparaissent au bout d'un certain [cnip« et sont remplacés par une desquairialiu» » épidermique, puis ils reparaissent cl lai =^sent à leur suite un gonflement du lis^n sous-cutané et de la peau, qui est «^'^ FiG.88.~Èl*phiniLaB»deUiflmbe même temps lisse, tendue, parchemins*'. '*"''■ Dans un cas de scléroderniie rapporté par
Itasmussen, le chorion, plus épais que dans l'étal normal, ne renferma/' qu'un petit nombre de libres élastiques. Les espaces existant entre \ef mailles du tissu cellulaire étaient très-larges; mais ce qui frappai! i<ittout, c'était un développement considérable de cellules autour d» vaisseaux de la peau et du tissu conjonctif sous-cutané, faisant paralln' ceux-ci comme engalncs. Ces gaines, formées exclusivement de cellules fortement serrées, offraient au centre l'apparence de cellules de lyrapbei , tandis qu'à la périphérie elles étaient plus oblongues, fusifonufs i séparées par une substance homogène ou légèrement Gbrillaire, soluMs dans l'acide acétique; elles couvraient complètement les vaisseaux (^ apparais.saient à la coupe deux ou trois fois plus épaisses que les \awi de ceux-ci. Vulpian a vu des lésions assez semblables dans un cas d'éléphantiasis ; Ilanvier, dans un autre cas, a trouvé toute la masse du derme épaissi constituée par du tissu embryonnaire.
La seconde période est caractérisée par une induration parliculièredeb peau et des tissus sous-culanés arrivant jusqu'à la consistance osseuse, av""
BYPERFUSIES. 275
rétraclionelreirail des parties altérées. La peau ne peut ^Ire plisséo, elle est comme soudw aux parties sous-jacentes ; dans les endroits où elle est contiguëaus os, elle s'amincit, devient luisante et prend l'aspect ricatridel qui suit une brûlure, plus rarement elle présente des fissures et des ulcérations. Pour peu que les aponévroses participent au processus, elles se fusionnent avec le tissu sous-culan/' et la peau, de sorte que sur mie coupe on eonslnte l'exisldnce d'un tissu lardacé, indui-é à la Tois par l'augmentation du volume et de la densité des faisceaux conjonctifs résultant sans doute de l'organisation définitive des éléments cellulaires de la première période. Les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux sanguins, situés au sein de ce tissu Gbreux de nouvelle formation, sont généralement dilatés. Les faisceaux musculaires sont, au contraire, le plus souvent atrophiés, tandis que les nerfs ont été fréquemment trouvés intacts. La couche [lapillaire est fa portion du derme qui conserve le plus long-
temps son type physiologique; quant â iëpiderme, il s'Iiypertrophic
et forme à la surface du derme des squames plus ou moins épaisses ;
d'autres fois, il s'inliltre do granulations pigmentaires et colore le derme.
Uo processus semlilnble, sinon identique, coïncide avec certaines lê-
irritatives du système nei-veux. La peau, d'abord rouge comme
276 ANATOMIE PATHOLOGIQtjT.
dans langioleucile, s'épaissit ot s'indure ; plus tard elio s'atrophiel et devient lisse. Elle tist le sié^e d'éruptions vésiculeuses ou bul-X leuses. Les poils s'allongent; les ongles deviennent raboteux, cnislacéB,J s'incurvent et tombent. Le tissu sous-cutané présente une tumérac-yl tion œdémateuse qui simule un pblegmon. Les articulations ejifîttj sont parfois lo siège d'un gondemenl douloureux qui disparaît, fai"-, sant place à des tissus durs et à une ankjlose partielle. Ce pro cessus, dans un exemple qui m'est personnel, consistait en unoJ succession de poussées érytbémaleuses, quelquefois accompagnées bulles de pemphigus, et toujours suivies de la production de squames i
Fie. 90. — Uain ilroite de la miilade conaliluée par de la rougeur, avec blsnchâlrei, csl de mûme nature, mi
:sl re|irr!i(^ntâ (Igure BO.L'alléntian t du derme et [onnBtion de squimei ns avancée que celle du pied.
épidermiques [lig, 89 et 90), qui linirent par amener un certain degré d'induration de la |>eau (1).
(1} i.inc femme de ir prite, en 1871, nJa »
DS, bien constituée, d'une bonne Bnntc habituelle, fut 'We ('mo'ion morale, d'une hêini)>lé^c droite, un» c d'aphasie. Après quelque) moit, l'apbasie d'abord.
Étiologie et pathogénie, — Les phlegmasies prolifératives scléreuses prennent naissance sous l'influence d'une irritation plus ou moins pro> longée des tissus, et sont TefTet de causes générales plutôt que de causes locales. Une de ces causes, les excès alcooliques, peut aider à comprendre leur genèse. Un individu, dont la vie est active, prend chaque jour à jeun un verre de mauvaise eau-de-vie. Ce liquide irritant, absorbé par les ramifications de la veine porte et transporté jusque dans le foie, congestionne et irrite les capillaires de cet organe et les tissus du voisi-
puis l'hémiplégie disparurent, ne laissant après eUes qu'un peu de faiblesse musculaire et une légère altération de la vue. Un an après, cette femme ressentit une très-vive douleur en ceinture, au niveau de la région lombaire^ bientôt suivie de douleurs intenses dans la continuité des deux membres inférieurs, se faisant surtout sentir au niveau des genoux et des pieds, où elles ne tardèrent pas à s'accompagner de désordres nutritifs de la peau des extrémités. C'est dans cet état que cette malade entre^ au mois de février 1873, i THôtcl-Dieu. Elle présente les signes d'une paralysie de la troisième paire, et se plaint de douleurs spontanées, vives, lancinantes, dans les deux jambes; elle éprouve de la difficulté à marcher. Partout la sensibilité tactile et la sensibilité à la douleur sont conservées.
En même temps que ces symptômes il existe une altération des pieds, dont l'intensité parait être en rapport avec les douleurs des jambes. La peau de la plante et de la face dorsale des pieds, à l'exception d'une faible partie, est rouge, tendue et couverte de squames blanches, qui, de prime abord, font naître l'idée d'un psoriasis. Les ongles sont aUongés, l'épiderme de l'extrémité des orteils a près d'un demi-millimètre d'épaisseur (fig. 89). On trouve, par places, de petites fentes recouvertes de croûtes jaunâtres, et deux fois j'ai pu apercevoir des bulles de pemphigus. L'altération es symétrique, mais plus étendue à la jambe gauche qu'à la jambe droite. Cette dernière étant bientôt devenue le siège de nouvelles crises douloureuses ; on put constater que l'altération cutanée prit sur elle un développement proportionné. Mais ce qui fixa surtout l'attention, ce fut l'apparition, sur cette jambe, d'une plaque érythémateuse, lisse, d'un rouge uniforme, accompagnée de tuméfaction et de chaleur, douloureuse à la pression, offrant, en un mot, les caractères d'un érysipèle, ou mieux ceux d'une plaque d'angioleucite. D'ailleurs, les ganglions inguinaux étaient tuméfiés et douloureux. Cette plaque disparut après trois semaines, laissant après elle une teinte sale, grisâtre, de la peau qui se couvrit de squames minces et resta épaissie et indurée. Peu de temps après apparut, sur les éminences thénar et hypothénar et sur la face antérieure du poignet droit, puis du poignet gauche, une éruption de plaques tout d'abord analogues à celles d'un psoriasis palmaire syphilitique, mais qui ne tardèrent pas à s'étendre (fig. 90).
Cette femme demeura dans cet état plusieurs mois pendant lesquels elle fut soumise à un traitement par le bromure de potassium, l'arséniate de fer et les ii^ections au chlorhydrate de morphine. Ces dernières, pratiquées à la jambe, furent suivies, au niveau de la piqûre, d'un noyau d'induration inflammatoire qui obligea de les supprimer; ailleurs, il ne se produisit rien de semblable. L'altération des pieds et des jambes continua de s'étendre ; celle des mains, après avoir disparu, reparut et gagna les avant-bras. Les vaisseaux et les glandes lymphatiques participaient au processus morbide. Le 23 janvier 1874, à huit heures du matin, cette malade est prise de phénomènes de contracture qui tendent à se généraliser ; elle succombe à quatre heures du soir ; malheureusement il ne fut pas possible de faire l'autopsie. (Voy. Soc, méd. des Hôpitaux et Union méd., 1874.)
lage. Tout d'abord rien d'anormal, mais, au bout d'un certain temps, &^ éléments irrités du tissu interlobulaire , soumis à une nutrition pl^ active, se tuméfient, se segmentent et donnent naissance à un ti^^ embryonnaire qui tend à s'organiser définitivement, et qui, peu à p^ta se rétracte, comprime les vaisseaux sanguins et les lobules bépatiqiàes d'oùTascite et l'état granulé de l'organe. De même l'individu qui contracte la syphilis absorbe un agent qui par sa multiplication et sa généralisation en différents points du tissu conjonctif ou lymphatique, provoque l'irritation des éléments de ce tissu et détermine la formation d'un tissu embryonnaire, histologiquement peu différent de celui qui résulte de l'action de l'alcool. Ajoutons que les phlegmasies scléreuses de la lèpre et de l'éléphantiasis, que celles du saturnisme et de l'impaludisme ne se produisent pas autrement. Il y a lieu de croire qu'elles sont, comme celles de l'alcoolisme et de la syphilis, l'effet d'une irritation directe, peu intense, mais longtemps continuée, des éléments conjonctifs, et nous sommes ainsi conduit à admettre que la plupart des phlegmasies désignées sous le nom de scléroses des centres nerveux reconnaissent aussi pour cause une irritation prolongée de la névroglie dont jusqu'ici l'agent nous est inconnu.
Dans quelques circonstances l'irritation ne porte plus directement sur les éléments qui sont le siège du processus phlegmasique, mais plutôt sur le système nerveux qui préside à la nutrition de ces éléments. Les lésions qui en résultent, malgré des aspects variés, offrent encore, du moins à la peau, les caractères de la sclérose, en même temps que des modifications plus ou moins profondes de la couche épithéliale. to phlegmasies secondaires, aujourd'hui à l'étude, sont certainement plus communes qu'on ne le suppose généralement ; aussi méritent-elles toute l'attention des savants. Elles sont attribuées par les uns à un désordre réflexe des nerfs vaso-moteurs; par les autres, à une inflammation première des nerfs ou de la moelle épinière (névrite ou myélite); mais, en somme, on ne connaît qu'incomplètement leur mécanisme. Ce qu'il est possible d'affirmer, c'est qu'elles accompagnent les lésions irrilatives des centres ou des cordons nerveux.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur la description qui précède, il est un point digne de remarque et que ne peut laisser échapper un esprit philosophique, c'est la simplicité d'action de la nature dans le processus inflammatoire. Malgré les causes les plus variées» agents traumatiques ou toxiques, virus syphilitique, etc., Tin'itatioO phlegmasique du tissu conjonctif se traduit toujours par l'apparition d'élé^ ments analogues à ceux de l'état embryonnaire, et ce fait ne peut sur-^
HYPERPLASIES. 279
prendre si Ton se rappelle que les procédés pathologiques ne diffèrent pas des procédés physiologiques et que le lissu conjonctif n'a qu'un mode unique de génération. Ce n'est donc pas l'élément hislologique qui par lui-même est en mesure de caractériser tel ou tel processus phlegmasique, mais plutôt l'agencement des éléments, et surtout leur degré de vitalité et leur mode d'évolution toujours en rapport avec la nature de l'agent irritant. De celte façon seulement on arrive à distinguer les produits phlegmasiques du traumatisme de ceux des maladies virulentes ou constitutionnelles, et à reconnaître que chacun d'eux possède des caractères évolutifs propres et pour ainsi dire spécifiques.
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8 2. — PHLEGMASIES DES TISSUS PROVENANT DES FEUILLETS INTERNE ET HTEILNE du blastoderme. PHLEGMASIES ÉPITJIÉLIALES ET NERVEUSES.
Les tissus nés des feuillets interne et externe du blastoderme sont constitoés par deux ordres d'éléments, cellules épithéliales et cellules wnreuses, surbordonnées les unes et les autres aux tissus provenant du faullel moyen, sans lesquels ils ne pourraient vivre.
On appelle tissu épitfiélial la couche plus ou moins épaisse de cellules qui ^«rtde revêtement à la peau et aux membranes muqueuses, et les éléments oUulaires des glandes annexées à ces téguments. Ces cellules sont des «fenents pâles pourvus d*un noyau vésiculeux, homogène, quelquefois glohileux, d'un diamètre moyen de 0"",065 à 0"",090; elles présentent des variétés de forme qui ont servi à leur division. Rarement, chez l'homme, ces éléments conservent la forme sphérique, qui est leur forme primitive etfoudamentale ; le plus souvent ils sont aplatis ou comprimés latéralement, <l*<Hi deux variétés principales, 1 epithélium aplati ou pavimenteux, etl'épi- Ibélium cylindrique. Dans quelques circonstances enfin, la surface libre de ces cellules se couvre de cils vibratiles ; de là une troisième variété, l'épithélium à cils vibratiles, qui, chez Thomme et les animaux supérieurs, est toujours cylindrique. Ces éléments, les cellules cylindriques
28^ ANATOMIB PATHOLOGIQUE.
exceptées, s'infiltrent quelquefois de granulations pigmentaires; tell sont, chez Thomme et les mammifères, les cellules de la couche profon de répiderme et les cellules épithéliales de la choroïde. Le tissu épithéli se caractérise surtout par l'indépendance de ses éléments qui, placés h uns à côté des autres, ne sont jamais reliés par des prolongements pit toplasmiques et ne présentent pas de substance intercellulaire unissant analogue du moins aux substances gélatineuse , cartilagineuse oi fibreuse. Il ne possède aucun vaisseau, mais quelques auteurs aunden vu des filets nerveux se rendre aux noyaux des cellules épithéliales de glandes salivaires.
Les cellules épithéliales de la peau et des muqueuses renferment oin substance albuminoîde, et souvent aussi du mucus; mais si, dès le principe, ces éléments possèdent des substances protéiques facilement sohbles, plus tard ils se transforment, du moins en partie, en une substance dite cornée (kératine), plus ou moins réfractaire à Taction des alcalis el des acides. Les épithéliums glandulaires contiennent des substances piN ticulières, telles que les éléments de la bile, de Turine, du suc gastrique, de la graisse, de la leucine, de la tyrosine, etc. Envisagés dans lenr ensemble, les éléments épithéliaux jouent un rôle fonctionnel important chez rindividu, dont ils régularisent les phénomènes de transsudation, de difl'usion et de sécrétion. Ils ne remplissent pas un rôle moindre dans Icspèce, car ce sont eux qui président à la formation des germes (1).
Les tissus épidermiques se nourrissent par Tintermédiaire des vaisseaux des couches conjonctives sous-jacentes ; aussi survient-il des modifications dans la circulation de ces vaisseaux toutes les fois que la épithéliums viennent à s'altérer. Les phénomènes intimes^de la nutritin de ces éléments nous échappent; mais il est certain que les œllok) jeunes les plus rapprochées des membranes conjonctives, couche profiNMk ou de Malpighi, jouissent à cet égard d une activité considérable, q« explique pourquoi elles sont le siège des phénomènes pathologiques. Ai contraire, les cellules superficielles, transformées à l'état d'écaillés cornées, sont à peu près dépourvues de tout mouvement nutritif, et, pom ce motif, elles sont réfractaires aux altérations pathologiques. Cescellute se détruisent en se dissolvant, ou bien sont entraînées mécaniquemeol par desquamation.
Le mode de régénération des épithéliums est très-discuté. Pourcerlainî
(1) Balbiani a montré que la cellule embryogènc destinée à devenir plus tard le germa embryonnaire se forme aux dépens des ceUules épithéliales de la vésicule de de GrttX- (Comptes rendus de r Académie des sciences, 1874.)
histologistes, la formation des nouvelles cellules épilhéliales estdueà la scissioadescellules anciennes ou à celle des noyaux du tissu conjonctif; suivant d'ialres observateurs, Robin et Arnold (1), ces éléments proviennent d'un blastoderme granuleux qui se segmente, et au sein duquel apparaissent 4es noyaux. Quoi qu'il en soit, i'épithélium ne se régénère qu'en péseoce de Tépithélium, et lorsqu'il vient à se multiplier, il ne produit junais que des éléments identiques. Il y aurait pour quelques auteurs une œqption à cette loi, et des corpuscules de mucus et de pus pourraient fKùàre naissance à l'intérieur même des cellules épithéliales et aux lépens du protoplasma. (Voyez Frey, Traité d'histologie ^ p. 178.)
Le tissu nerveux est constitué par des cellules et des tubes communifumt entre eux. Placées dans la substance grise des centres nerveux, dans kiganglions périphériques, les cellules neneuses ont des dimensions qui peuvent varier entre 0"",09 à 0"",045 et même 0"",018 (Frey). Elles sont spbériques, ovales, fusiformes ou étoilées, constituées par un noyau vési- Goleui qui disparaît assez rapidement sous l'influence de l'acide acétique concentré, et qui est pour>^u d'un nucléole arrondi. Dans quelques cas> on oooslate l'existence de deux nucléoles, plus rarement celle de deux Doyaux. Le contenu de la cellule ner\'euse apparaît sous forme d'une ouïsse pâteuse, infiltrée de fines granulations grisâtres et de molécules graisseuses solubles dans l'alcool et dans Téther, très-souvent aussi de granulations formées par un pigment jaunâtre, brun ou noir, qui tngmente avec l'âge. Des prolongements ou des expansions de diverses sortes relient entre elles ces cellules sur la nutrition desquelles il n'existe jusqu'ici que des données vagues et incertaines. Quant aux tubes nerveux , simples conducteurs par rapport aux cellules qui sont douées d'une activité spéciale, ils ne doivent pas nous arrêter. Il suffira de rappeler que les nerfs sectionnés cessent de remplir leurs fonctions, mais qu'ils les reprennent après un certain temps. Les bouts séparés se réunissent facilement, ei, même après l'excision d'un lierf dans une assez grande étendue, les deux troncs se rejoignent par Imtermédiaire d'un tissu de nouvelle formation.