‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 76 sur 104 · ARTICLE II. — VERS · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — VERS

Un certain nombre de vers intestinaux étaient connus des anciens; mais c'est en réalité du commencement de ce siècle que datent rétode scientifique de ces parasites et la possession des données positives sur leur structure et leurs mœurs. Ces derniers temps surtout ont été rich^ d'observations et de recherches sur l'helminthologie ; des connaissances plus approfondies sur l'évolution et les transformations des vers ont eu pour résultat de diminuer le nombre des espèces et de simplifier leur élude.

Les vers intestinaux helminthes sont des animaux invertébrés, sus membres et sans organes respiratoires, ayant pour caractère commiui<k se loger dans le corps de l'homme pendant une partie notaUe de kif existence ou pendant toute leur vie.

Solitaires ou réunis en nombre variable, ces parasites se renoemlRiit

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dans les différentes parties de l'organisme. On les trouve dans le cerveau, les yeux, et jusque dans les os, mais il importe de faire remarquer que dans ces organes ils ne dépassent jamais Tétat de larves. Un certain nombre d'entre eux ont un siège d'élection spécial ; ainsi la trichine occupe les muscles, le cœnure a pour habitation le système nerveux centml, l'ascaride lombricoide, le taenia solium, le botbriocéphale large, vivent dans l'intestin grêle, l'oxyure se loge dans le rectum, le distome hépatique dans les voies biliaires, le strongle géant dans les voies urinaires.

De la présence de parasites dans des organes où il semblait que leur pénétration fût impossible, naquit la doctrine de la génération spontanée. Celte doctrine, qui eut de la vogue jusqu'à Swammerdam , fut plus tard contestée ; elle est reconnue complètement fausse, depuis les recherdies faites dans ces trente dernières années sur les métamorphoses et les migrations des entozoaires. Ces êtres subissent effectivement dans le cours de leur existence des transformations successives, non pas sur un même animal et dans un même milieu, mais sur des animaux divers et dans des milieux différents (génération alternante). Leurs œufs se développent le plus souvent hors le corps de l'animal habité par le parasite, ou bien, s'ils éclosent dans l'animal lui-même, les vers en sortent et changent de place pour s'installer ailleurs : témoin les trichines qui atteignent leur complet déve- Ic^pement dans l'intestin où elles produisent des petits vivants qui vont aussitôt gagner les muscles pour s'y loger et y subir une phase de leur existence.

Rejetés au dehors, les œufs de ces animaux ont besoin pour se conserver d'un certain degré d'humidité ; la dessiccation tue la plupart d'entre eux, à l'exception des œufs de nématodes qui, f après les expériences de Leuckart, peuvent supporter la dessiccation pendant un temps assez long sans périr. L'air humide ou la terre humide sont les conditions les plus bvorables à leur développement; car on voit les pluies prolongées, dans les climats tropicaux donner lieu à de véritables épidémies de dragonneau. Ainsi s'explique comment l'état atmosphérique normal ou anormal ^ la saison, la différence des années, peuvent avoir une action marquée mir Tapparition, la fréquence ou la disparition de certains entozoaires. Un grand nombre de ces parasites sont libres dans leur jeune âge et passent oe temps dans l'eau ou dans la terre humide, jusqu'à ce qu'ils aient ^trouvé l'animal qui leur convient; ils l'envahissent alors, perdant leur liberté pour commencer la vie parasitaire.

Ordinairement les œufs ou les larves sont introduits par les aliments ou ^par les boissons, ils s'arrêtent dans le tube digestif ou bien voyagent dans le corps transportés par le sang des vaisseaux, et se portent dans les régions les plus diverses. Une foisaurepos, ils s'accroissent et se préparent

à des métamorphoses ullérieures; s'il s'agit d'un parenchyme, ils s&ikystent à la manière de tous les corps étrangers, puis au bout d'un certaio temps, l'animal se fixe et quelquefois jusqu'à sa mort, s'il n'est transporté dans un hôte diiïérent. On peut établir comme règle que la vie des parasites se pai*tage entre deux hôtes, dont l'un sert d'habitation au jeune parasite et l'autre au même animal à l'état de maturité. Souvent ces deux hôtes appartiennent à des familles et même à des ordres zoologiques' diflërents; ainsi le taenia solium de l'homme, pendant son jeune âge, habite lepoit, le taenia crassicolis du chat se trouve dans la souris.

La plupart des entozoaires nous viennent des animaux de boucherie oq des animaux domestiques, qui nous les fournissent à l'état jeune. LeXsdnk solium, qui forme le cysticerque, et la trichine, ver musculaire enkysté, proviennent l'un et l'autre du porc; le taenia mediocanellata noos vient de la viande du bœuf, tandis que certains animaux domestiques, le chat et le chien par exemple, produisent des pentastomes ou des echioocoques par l'introduction des œufs de ces parasites adultes dans les eau qui servent à nos boissons; c'est encore l'eau tenant en suspension des œufs d'ascarides lombricoïdes et d'oxyures qui est la source ordinaire ér ces vers chez l'homme.

A part certaines conditions d'âge qui prédisposent plus ou moins ao développement des parasites, la réceptivité des individus pour le parasitisme paraît jusqu'à un certain point subordonnée à l'appauvrissement ie l'économie ; c'est de celle façon qu'il est possible d'expliquer la frt^ quence des ascarides lombricoïdes plus grande chez les enfants débiles d scrofuleux que chez ceux qui se portent bien. Les hydatides s obs^rveat plus communément chez les personnes prédisposées à la phthisie ou d^ atteintes par cette maladie.

L'influence des helminthes sur l'économie animale a été diversement inlerprélée et quelquefois exagérée ; on a trop souvent ouhlié-que leur existence est pour ainsi dire normale dans un très-grand nombre d'espèce sauvages, et que même chez Thomme leur présence n*est pas toujours incompatible avec l'état de santé. Néanmoins, il importe de savoir qv ees parasites peuvent nuire dans de nombreuses circonstances. Les luts comme le taenia^ lecœnure et la trichine^ parviennent, par une reprodnc- "^^"^tion excessive, à amener une mort rapide, à peu près comme le ferait ai ^ poison. Il en est d'autres qui, sans causer la mort, déterminent des accidents plus ou moins graves (filaire de Médine, oxyure vermiculaire), «* enfin il s'en trouve qui ne nuisent qu'accidentellement, et surtout par leur présence dans des organes nobles; teissont, parexemple, les échioocoques. En résumé^ les parasites agissent d'une manièi*e très-équirofae.

d'après leur taille, leur manière de viwe et les organes qu'ils habitent ; tantôt ils nuisent en vivant aux dépens de leur hôte (ancylostome duodénal) , tantôt en exerçant une pression sur les tissus, ou en bouchantdes canaux, tantôt encore par leurs mouvements qui provoquent des actions réflexes (convulsions épileptiques choréiformes), ou même engendrent des inflammations, des ulcères et des perforations.

Rappelons que certains entozoaires de Thomme sont endémiques dans plusieurs pays, par exemple les échinocoques en Islande, le taenia inerme en Abyssinie, le taenia armé en Allemagne, en Hollande, le bothriocel^ale en Suisse et en Russie, etc., et que la connaissance de ces endémies parasitaires doit intéresser au plus haut point Thygiène publique.

Les helminthes offrent des formes variées que Ton peut réduire à un petit nombre de types. Leur corps strié transversalement et nettement articulé, plus souvent allongé et cylindrique, donne aux uns de la ressemblance, avec un fil , aux autres une forme qui se rapproche de celle d'un ruban ou d'une petite feuille. Tenant compte de ces formes, les auteurs ont divisé ces animaux parasites en trois groupes qui sont :

i"" Les vers nématoïdes ou nématodes;

ï* Les vers trématoïdes ou trématodes ;

3* Les vers cestoïdes ou cestodes.

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§ 1. — NÉMATODES.

On appelle nématodes (vfifia, fil) des vers qui ont le corps allongé, cylindrique ou filiforme, une bouche et un canal intestinal.

Le corps de ces helminthes est revêtu d'un tégument rugueux, résistant, souvent ridé en travers, sous lequel existe une couche musculaire puissante, longitudinalemenl disposée en quatre ou huit bandes. Deux stries latérales et longitudinales correspondent à des canaux qui s'ouvreiil non loin de la bouche, à la face ventrale, et représentent sans doute ob appareil excréteur. Située à la partie antérieure du corps, la bouche, dans quelques cas, est entourée de papilles ou bien armée de pointes ei de crochets; elle aboutit à un œsophage étroit qui, ordinairement, se è'to pour former un pharynx musculeux ; Tintestin qui fait suite est gàlénl^ ment droit et revêtu intérieurement d'un épithélium cylindrique; il s*ouvre à la face ventrale du corps, non loin de rextrémité postérieiffe. L'appareil respiratoire n'a pu être déterminé chez aucun de ces tnimiia.

Le système circulatoire y est toujours rudimentaire, le système nerveux n'est pas encore connu.

Les mâles se distinguent des femelles par un volume moindre et l'enroulement de leur extrémité postérieure. Les sexes, séparés, sont constitués sur un type uniforme. Ils consistent en des tubes allongés, simples ou doubles qui offrent à leur partie supérieure les testicules ou les ovaires, et dans leur partie inférieure, les conduits et les réceptacles. Les tubes ovariques, souvent pairs, surmontent un vagin commun, court, qui s'ouvre par un oriflce très-petit ou vulve situé sur la face ventrale dans le milieu du corps ou bien dans le voisinage de l'une de ses extrémités. L'orifice sexuel màle siège à la partie postérieure du corps; les organes de copulation se composent de deux pièces cornées ou spicules aplatis, un peu courbés et contenus dans une gaine musculaire ; un seul de ces spicules est creux et constitue réellement le pénis.

Les nématodes sont tantôt ovipares, tantôt vivipares. Les œufs se développent généralement par segmentation. L'embryon est réduit au tubedigeslîf ; mais la bouche n'est pas encore munie d'un appareil spécial comme chez l'adulte ; l'anus est rarement visible, il n'existe aucune trace d'organes génitaux externes ou internes; les embryons mâles et femelles ne sont nullement distincts.

Les nématodes forment un très-grand nombre d'espèces qui, pour la plupart, vivent en parasites, soit dans les organes creux, soit dans les tissus des animaux vertébrés ou invertébrés. Quelques-unes seulement habitent à Tétat libre dans les eaux douces ou salées, sur la terre, dans les mousses, le blé, la colle de farine, le vinaigre (Davaine), Le mode de transmission et de propagation de ces vers n'est connu que pour un petit nombre d'entre eux ; chez les uns, les embryons se développent à côté de leurs parents, dans l'endroit où ceux-ci ont déposé leurs œufs; chez les autres, ils se développent au dehors et doivent, pour atteindre l'état parfait, rentrer dans leur séjour naturel, à l'état d'embryon renfermé dans l'œuf ou de larve libre ; dans ce cas, la larve jouit quelquefois de propriétés vitales distinctes de celles de l'adulte; elle résiste à l'action d'agents qui font rapidement périr ce dernier.

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