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Froidures

On désigne sous le nom de Troidures les altérations directement produites par le Troid.

Les désordres anatomiques occasionnés par le froid, comme ceux que détermine la chaleur, sont locaux ou généraux suivant qu'ils intéressent une partie du corps ou l'organisme tout entier. Les désordres locaux se manifestent avec plus ou moins d'intensité ; ils ont été divisés en plusieurs degrés. Le premier degré s'observe dans un grand nombre d'organes et notamment à la surface des membranes muqueuses; certaines bronchites, conjonctivites, otites n'ont pas d'autre origine que l'action du froid. Le tégument externe, sous la même influence, prend une coloration rosée ou violacée qui disparaît sous la pression du doigt, pour reparaître ensuite, et devient le siège de démangeaisons et de picotements au contact de la chaleur. Ces pht^nomènes ne tardent pas à se dissiper, excepté chez quelques personnes où ils se renouvellent à peu près tous les hivers et constituent ce qu'on appelle des engelures. En somme, ce degré consiste en une anémie bientôt suivie de l'hypérémie des téguments et accompagnée, pour les membranes muqueuses, on pourrait dire aussi pour les membranes séreuses, de l'exagération de la sécrétion.

Le second degré des froidures se voit principalement à la peau ; il est caractérisé par une coloration plus foncée, la tuméfaction de ce l^guraenl, la présence de phlyctèncs constituées par une sérosité claire ou sanguinolente, au-dessous de laquelle existe un ulcère superficiel, ou encore par des ulcérations étroites, petites, douloureuses, qu'on nomme des crevasses.

Le troisième degré a pour signe distinctif la mortification des tissus, il se rencontre de préférence aux extrémités des membres et surtout aux pieds, notamment aux orteils, ou encore aux oreilles, au nez, etc. Sur vingt-cinq soldats entrés le même jour dans nos salles de l'hùpital de la Chanté annexe, pendant les tristes journées de janvier 1871, dix avaient les pieds gelés. Les parties afl'ectées, tantôt d'un rouge foncé violacé, un peu molles, sont tantôt p«Mes, décolorées, sèches et dures. Les phénomènes ultérieurs varient suivant que la circulation parvient à se rétablir d'une façon plus ou moins complète. Aussi, dans quelques cas, voit-on ces parties rougir, s'échaulTer, s'enflammer, après quoi tout l'entre dans l'ordre, tandis que, dans d'autres cas, elles se ramollissent, se tuméfient, deviennent livides et noirâtres, donnent naissance à des phlyc-

telles au-des80U8 desquelles se piXMluisent des points limités de peau sphacélée, ou bien elles ineui*ent et se présentent awc les ap|)aivnees soit d*uDe gangrène sèche, soit d'unt; gangrène humide ([ui n'a que tardivement Todeur caractéristique.

Les eschares, sous la forme de plaques d'un brun noinitro, siègent de préférence au niveau des parties osseuses saillantes, comme au gros orteil, au talon, sur la létedu premier métacarpien, etc; elles sont éliminées avec lenteur et laissent à leur suite des traînées de suppuration, des ulcères fongueux, bourgeoimants, au fond desquels se trouve Tos génénilement lésé. Quelquefois laltération envahit les tissus Krs plus profonds, cl rextrémlté tout entière d'un membre se dessèche, se momilie et linil par être élîliiînée. C'est là une véritable nécrose qui n'a aucune t(»n(Iance à renvahissement, à moins qu'une gangrène véritable ne viennt» à si^ produiredans les tissus situés à la limite de la partie momih'ée. L étude histn< logique des tissus ainsi mortifiés laisse à désirer ; ce[)en(lant il y a tout lieu de croire que les modifications qui surviennent au sein de ces tissus ne diffèrent pas essentiellement de celles que l'on observe dans la nécrose (gangrène sèche) et dans la gangrène proprement dite ;vo\ez plus haut p. 508 et 513). Effectivement, on a constaté la de!'coloration et la pâleur des muscles du pied, la friabilité des os et l'agrandissement dt^ leurs cavités aréolaires, l'oblitération assez génénde des vaisseaux et l'altération granuleuse des fibrilles nmsculaires et de la myéline des tubes nerveux.

Les désordres anatomiques généraux produits par le froid sont moins bien connus que les altérations purement locales; ils ont été assimilés aux lésions de l'asphyxie, et la mort a été attribuée à la stase du sang dans les organes centraux par suite d'une gène circulatoire périphérique. Ainsi, il est fait mention, dans quelques cas réunis |)ar Copland, de coagulums librineux des gros vaisseaux, d'hypérhémies des poumons, du canal intestinal et de rencéphale. Ogston a noté la couleur claire et pour ainsi dire nonnale du sang vivant, rabondance de ce liquide, après la mort, dans les cavités cardiaques et les gros vaisseaux, en mémo temps que son absence dans d'autres parties du corps, notannnent dans les pai'ties périphériques. Cg dernier auteur signale enfin l'exislence d'une écume muqueuse dans les voies aériennes. Des lésions viscérales plus profondes n*onl pas été constatées, à part l'ulcère duodénal observé par Adams.

Les accidents dont il vient d'être question sont déterminés tantôt par Taction continue d'un air froid, tantôt par le contact avec des corps dont la température est très-basse ou avec de la glacie. Larrcy a vu à Eylau des pustules des doigts chez les soldats qui maniaient les canons glacés de leurs fusils. On sait d'ailleurs que llunter ayant soumis à l'action d*un

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mélange réfrigérant, pendant une heure, loreille d'un lapin vivant, cdte partie devint sèche, dure, et put être coupée sans qu'il s*écoulàt uiw» goude de sang. Les conditions générales qui exposent le plus à TactioD du froid sont l'enfance, la vieillesse, un exercice musculaire insuffisant, une mauvaise nourriture, la fatigue, la misère et surtout les excès alcooliques. Le mode d action du froid sur l'organisme a été peu étudié, mais il y a lieu de croire cependant que le système nerveux est l'un de ceux dans lesquels se font le plus vivement sentir les désordres résultant de celle action (1).

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§ 2. — électricité. — accidents déterminés par la FOIDRE.

Les cas de mort produits chez Thomme par réleclricité atmosphérique ne sont pas extrêmement rares, puisqu'en France, de 1835 à 186ù inclusivement, l'adminislration a relevé le décès de 2311 personnes tuées par fulguralion (Boudin). Les départemenls les plus maltraités ont été la Lozère, les Rasses-Alpes, le Puy-de-Dôme ; les plus épargnés ont eHé la Manche, l'Orne, l'Eure, la Seine et le Calvados.

(1) M. Rosenthnl, Untersuchungen und Beobachtungen iiber Kalteeinwirktoiy avf\ sensitive und motoï ische Nerven ( Wiener Med, Halle, t. \, i-4, 18G4).

Les individus frappés parla foudre conservent souvent l'attitude qu'ils avaient au moment de la mort ; on lésa trouvés debout ou dans la position de gens prenant leur repos. Quelquefois ils sont transportés loin du lieu où ils ont été frappés^ ou seulement leurs cheveux et leurs vêtements. D'autres fois, les vêtements ont disparu ; sinon, ils sont partiellement ou complètement épargnés, tandis que les parties sous-jacentes sont brûlées.

Le corps des victimes est ordinairement roide et ressemble au cadavre d'un individu congelé. Les désordres que Ton y constate sont très-variables : les ongles sont parfois arrachés ; le corps est souvent dépouillé des poils, et, fait curieux, on a vu, chez des animaux dont le pelage était diversement coloré, les poils de même couleur être détruits, tandis que les autres n'étaient pas touchés ; par exemple, chez un taureau pie blanc et rouge, frappé par la foudre, les poils blancs furent brûlés, les autres restèrent intacts. Un phénomène non moins remarquable est la présence sur la peau d'images photo-électriques représentant des objets voisins du lieu de l'accident. Un matelot tué par la foudre présenta sur le dos une traînée jaune et noire qui partait du cou et se terminait aux reins, où se voyait imprimé un fer à cheval parfaitement distinct et de mémo grandeur que celui qui était cloué sur le màt de misaine au pied duquel il avait été frappé. La représentation d'arbres, de feuilles d'arbres, de meubles, etc., a été constatée dans plusieurs cas. On a observé enfin à la surface de la peau les images les plus singulières produites par raction directe du fluide électrique. Analogues aux figures connues en physique sous le nom de figures de Lichtenberg, ces images forment de petits arbres, des fleurs comme celles qu'on voit sur des carreaux de verre couverts de gelée, des éventails, des étoiles, etc. ; elles sont rouges ou noires, selon le degré d'altération, qui peut varier depuis la simple rubéfaction jusqu'à la carbonisation de la peau ou même des tissus sous-jacents. On a pu constater en outre soit des fractures, soit des mutilations fort graves, comme l'arrachement partiel ou total de la langue, l'enlèvement d'un membre, et enfin la fêlure, la perforation des os du crâne ou môme une fracture comminutive de ces mêmes os. Un accident plus fréquent est la déchirure et la perforation de la membrane du tympan ; ajoutons que la rétine est quelquefois aussi altérée, d'où Famaurose.

Le sang conteim dans les cavités cardiaques est ordinairement noir et diniuent, à peine coagulé ; il a montré au spectroscope les raies normales, dans un cas rapporté par le professeur Tourdes ; le tissu du cœur n'estpasmodifié, mais les poumons sont congestionnés, quelquefois même ecchymoses; la bouche renferme une écume sanguinolente. Les organes abdominaux sont plus rarement gorgés d'un sang liquide; les méninges

molles présentent souvent de Thyperhémie ou des taches ecchymotiques, tandis que la substance cérébrale est le siège d*un sablé très-fin de sang noir. Lorsque la mort n'a pas lieu, il persiste quelquefois, aux membres inférieurs principalement, des paralysies du mouvement et de la sensibilité qui indiquent manifestement Texistence d'une modification survenue dans la moelle épinicre ou les cordons nerveux.

Il serait superflu de parler ici des brûlures causées par l'application des cautères galvaniques sur les tissus; ces brûlures ne diiïèrent pas de celles qui sont produites par un fil métallique rougi ou chauffé à blanc. Pourtant je dirai quelques mots de lagalvanocaustique chimiqueou électrolyse. Lorsqu'on introduit dans les tissus des aiguilles inaltérables que l'on fait communiquer aux pôles d'une pile, on détermine autour de ces rhéophores la mise en liberté d'acides pour le pôle positif, d'alcalis pour le pôle négatif; ces acides et ces bases agissent par action secondaire sur les tissus voisins, et à la façon des cautères potentiels; ce sont eux qui produisent l'effet principal, l'électricité ne joue qu'un rôle secondaire ou nul. La preuve que les choses se passent ainsi, c'est, d'une part, les caractères des eschares, d'autre part, leur action sur le papier de tournesol. Au pôle positif, l'eschare est dure et rétractile, comme celles que causent les acides énergiques; au pôle négatif, elle est molle, non rétracliJe, et ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. Enfin, si Ton place au pôle positif du carbonate de soude, et dans les environs du pôle négatif un acide faible, incapable de produire une action directe sur les tissus, on reconnaît que le passage du courant ne donne plus naissance à des eschares ; il y a simplement un changement de transparence dans les tissus; les acides et les alcalis dégagés par lelectrolyse ont agi sur les corps basiques et acides déposés près des pôles, et non sur les tissus (Onimus et Legros, Gariel).

Les accidents déterminés par un excès de lumière se limitent presque exclusivement aux organes de la vue ; ils consistent d'ordinaire en des lésions inflammatoires de la rétine et de la choroïde; ainsi la rétinile et la choroïdile atrophique ne sont pas rares chez les bergers des Alpes, soumis à l'action d'une lumière intense. Les astronomes, les micrographes présentent quelquefois aussi des désordres visuels qui n'ont d'autre origine que l'action de la lumière. Une lumière éclatante apparaissant subitement, par exemple la lumière d'éclairage, est également dangereuse; le passage d'un endroit sombre dans un lieu fortement éclairé, comme le pratiquait, dit on, Denys de Syracuse sur ses prisonniers, peut aussi délei-miner des accidents graves de la vue. Certaines ophthalmies ont enfin été attribuées à une réverbération trop intense de la lumière soit par la

neige des régions froides, soit par les sables du désert. Des faits de ce genre ont été observés chez des soldats et quelquefois chez des marins.

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