‹ Traité d'anatomie pathologiqueChapitre 140 sur 218 · ARTICLE I". — CORPS PITUITAIRE OU HYPOPHYSE CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

ARTICLE I". — CORPS PITUITAIRE OU HYPOPHYSE CÉRÉBRALE

L’organe désigné sous les noms Ae glande ou corps pituitaire, appendice cérébral, hypophyse cérébrale, repose sur la base du crâne, dans l’espace compris entre les apophyses clinoïdes, et se compose de deux parties : une antérieure plus volumineuse, une postérieure plus petite. De couleur gris blanchâtre, cette dernière n’est en réalité que l’extrémité renflée de l’infundibulum ventriculaire ; elle est constituée par des mailles de libres connectives à l’intérieur desquelles se trouvent des cellules semblables aux cellules ganglionnaires. La partie antérieure, d’un gris rougeâtre, oflre une structure qui a la plus grande analogie avec celle du corps thyroïde; elle est divisée en cinq ou six lobules peu distincts, formés de follicules ronds ou ovales tapissés de cellules parti-

AN.VÏOMIE PATHOLOGIQUE.

culières, et d’un tissu interstitiel vasculaire. Les cellules, plus grandes en général que celles de la glande thyroïde, se rapprochent des cellules épithéliales ; elles présentent des réactions qui leur sont communes avec la matière colloïde, d’où l’on peut conclure qu’elles ont un rôle actif en rapport avec la sécrétion de cette substance. D’ailleurs, comme les éléments de la portion corticale des capsules surrénales, elles subissent fréquemment la métamorphose graisseuse, d’où, pour le corps pituitaire, un aspect blanchâtre, tacheté, et l’existence d’un suc laiteux à la pression (l).

L’hypophyse cérébrale se développe, ainsi que Rathke l’avait déjà vu, et comme l’ont montré, depuis lors, Luschka, Kôlliker et Mihalkovics (2), aux dépens d’un saccule épithélial né de l’angle où le feuillet cutané abandonne la base du crâne pour se continuer avec la membrane pharyngienne. De même que la glande thyroïde, elle prend dans les derniers temps de la vie foetale un accroissement marqué, pour diminuer plus tard de volume et s’atrophier à un certain moment de l’existence. C’est donc un organe actif pendant le jeune âge, glandulaire par ses éléments épithéliaux, et dont le produit de sécrétion, vraisemblablement de nature colloïde, est résorbé par le sang (3).

Bibliographie générale. — J. -H. Wenzel, Beobachtungen ùher den Hirnanhang fallsüchtiger Perso7ien, Mayence, 1810, p. 99-112. — Le même, Obset^v. sur le cervelet et sur les diverses parties du cerveau dans les épileptiques. Trad. franç. par Breton, Paris, 1811. — Rullieb, Archives gén. de méd., octobre 1823, p. 302. — P. Rayer, Observ. sur les maladies de l'appendice sous-sphénoïdal du cerveau (Ibid., nov., p. 350). — Brigiiï, Reports of medical cases, t. Il, p. 696. — Jos. Engel, Ueber den Hirnanhang u. den Trichter,Inaug. Diss., Wien, 1839, p. 29. — - ScHRANT, Gœden Kiooodaai'dige geeswellen, p. 284. — H. Lebert, Traité d’Anat. pathol. gén. et spéciale, Paris, 1858, t. II, p. 40-69. — Middleton Michel, On pathology of the pituary body (Charleston med. Jommal and Review, March, 1860, p. 165; analyse dans Gaz. hebd. de méd. et de chirw'g., 1860, p. 588). — H. Luschka, Die Eùmanhang und die Steissdrûse des Menschen, Berlin, 1860. — P. Ladame, Sympt. und Diagnostik der Hmigeschwülste, Zurich, 1865, p. 144. — G. Auché, De la glande pituitaire et de ses maladies. Thèse de Paris, 1873.

(1) l’eremescliko, Sur la structure de la glande pituitaire (Archiv f. path. Anal, und PhijsioL, etc., Berlin, 1869, t. XXXVIII, p. 329, et Gaz. médic., Paris, 1869, p. 171).

(2) V. Mihalkovics, Ueber die Eiitwickehmg d. llirnanhange und das vordere Ende der Chorda (Centralblatt, 1874, p. 307, et Rev. des sciences méd., Paris, 1874, t. IV, p. 398). — Le même, Virbels. und Hirnmanhange [Arch. f. mile. Anal., t. XI, f. 3, et Rev. des sc. méd., 1877, t. X, p. 10).

(3) Lothringer, Rev. des sc. méd., t. XXIX, p. I.

(iLANDES DITES VASCULAIRES SANGUINES.

ANOMALIES DE FORMATION

Peu étudiées jusqu’ici, ces auoDcalies sont fort mai connues. Sans doute le corps pituitaire peut faire défaut, mais son absence n’a pas été nettement constatée, autant que nous sachions. La seule anomalie dont nous aurons à parler se rapproche des kystes dermoïques ; elle a son origine dans une invagination des éléments formateurs du pharynx aux dépens desquels se développe le corps pituitaire. Les faits qui permettent d’établir l’existence de ce désordre sont certainement fort rares : les deux suivants attireront tout au moins l’attention des observateurs ; ils ont du reste un grand intérêt, si on les rapproche de faits assez semblables dont il sera question plus loin, à l’occasion de la glande pinéale.

Chez un enfant de douze ans considéré comme atteint d’une tumeur cérébrale avec atrophie consécutive des nerfs optiques, et qui mourut rapidement de méningite, Ilale-Wbite décrit, sous le nom de myo-neurome, une tumeur du volume d’une grosse noisette ayant pour point de départ le corps pituitaire. Cette tumeur comprenait une enveloppe et un stroma fibreux renfermant de larges cellules graisseuses, des fibres musculaires striées, dont quelques-unes en voie de dégénération granuleuse, puis des faisceaux blanch<âtres de tubes nerveux, les uns granuleux, et les autres à peu près intacts et pourvus d’un cylindre-axe. La présence de tissu musculaire au sein du corps pituitaire conduisit l’auteur à penser qu’une invagination de la portion mésoblastique du pharynx avait dû se produire dans cet organe.

Une lésion assez semblable, occupant le corps de l’os sphénoïde aussi bien peut-être que la glande pituitaire, a été rapportée par G. Lawson : il s’agit d’un enfant de deux jours atteint d’exophthalmie et chez lequel existait une tumeur qui partait du sphénoïde, remplissait la cavité orbitaire du côté droit et en chassait l’œil. Formée de tissus divers à différents degrés de développement, cette tumeur renfermait des fragments de cartilage hyalin circonscrits par des cellules fusiformes, de nombreux kystes tapissés d’un épithélium aplati, ou remplis de matière colloïde, des glandes et du tissu fibreux embryonnaire ou adulte.

H. Beck, cité par lleusser {Arch. fiir path. Anat. und PhysioL, t. ex, p. 17), rapporte enfin le cas d’une femme de soixante-quatorze ans, dans l’hypophyse de laquelle on trouva du cartilage, de l’os, des dents et des cavités remplies de débris d’épithélium.

Bibliograpiue. — G. Lawson, Congénital tiimour of the orbit, etc. {Trans. of the pathol. Soc. of London, 1885, t. XXXV, p. 379). — W. Hale White, A myoneuroma of the pituary body (Ibid., t. XXXVI, p. 37). — H. Beck, Frayer Zeitschr. f. Heilkimde, Hft. 5.

ANOMALIES DE NUTRITION § 1"’. — Atrophie et hypertrophie.

L’atrophie de l’hypophyse est le fait naturel de son évolution, puisque cet organe, de même que les capsules surrénales, diminue de volume à un certain âge de la vie, en raison de la métamorphose graisseuse qu’il subit. Quant à son hypertrophie vraie, elle peut sans doute exister, mais elle est peu connue, si nous évitons de comprendre sous ce nom l’hyperplasie des éléments cellulaires de cet organe, lésion qui trouve sa place parmi les phlegmasies. Cependant, dans un cas dont il est déjà question plus haut (t. III, p. 29), il existait, en même temps qu’une hypertrophie des os du crâne, un corps pituitaire du volume d’un petitœuf de poule, manifestement hypertrophié et laissant échapper un suc blanchâtre sous la pression. La selle turcique, notablement élargie, paraissait communiquer avec le sinus sphénoïdal. Le cerveau, déprimé au niveau de la tige pituitaire, avait ses lobes antérieurs peu volumineux. Le tissu cellulaire du fond de l’orbite et la graisse qui l’infiltre refoulaient les yeux en avant et produisaient i;:':" exophthalmie des plus manifestes. Le corps thyroïde et d’autres organes encore étaient hypertrophiés. En présence de ces désordres localisés à la plupart des organes de la tête et du cou, une influence nerveuse nous a paru très vraisemblable.

§ 2. — Phlegmasies.

Les lésions phlegmasiques de la glande pituitaire, comme celles des autres organes, peuvent être gi’oupées sous trois chefs : phlegmasies exsudatives ou parenchymateuses ; phlegmasies suppuratives ; phlegmasies prolifératives ou scléreuses.

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