RAPPORTS DES LÉSIONS DES CAPSULES SURRÉNALES ET DE LA MALADIE BRONZÉE
Après avoir passé en revue les altérations des capsules surrénales, il n’est pas sans intérêt de rechercher si quelques-unes d’entre elles ne peuvent produire, ainsi que l’ont admis plusieurs observateurs, depuis Addison, la coloration bronzée ou pigmentation de la peau. Or nous voyons que cette pigmentation, très commune avec l’inflammation tuberculeuse, est au contraire exceptionnelle dans toute autre altération, si on considère que plusieurs fois on a confondu avec le cancer des lésions simplement tuberculeuses.
Un premier point nous est donc acquis : la fréquence de la maladie bronzée dans les lésions tuberculeuses des capsules surrénales, sa rareté dans les désordres d’un autre genre. La conséquence à tirer de ce fait est que dans le cas où une relation existerait entre la maladie bronzée ei les affections dos capsules surrénales, la maladie bronzée se rattacherait surtout, ainsi que Wilks l’a prétendu, à l’inflammation tuberculeuse de ces organes. Mais cette liaison est-elle évidente, nécessaire, et n’a-t-on pas été trompé par une simple coïncidence? Tel est le second point à examiner. Or il est reconnu, d’une part, que, dans certains cas de tuberculose, les symptômes d’une maladie bronzée peuvent exister, sans qu’il y ait altération des capsules surrénales, et, d’autre part, on sait qu’il n’y
a aucun rapport entre l’étendue de la tuberculose de ces organes et l’intensité de la maladie bronzée. Ainsi, on est conduit à douter de la relation établie par Addison, tout en reconnaissant l’exactitude de son observation relativement aux phénomènes qu’il a décrits sous le nom de maladie bronzée. Pourtant il est un point que l’on ne peut nier, c’est que la maladie bronzée est commune toutes les fois que la tuberculose vient à se localiser sur les capsules surrénales, et qu’elle est relativement rare quand cette localisation n’a pas lieu ; mais, comme on ne peut rattacher cette maladie au processus tuberculeux des capsules surrénales, il reste à se demander si elle ne doit pas être attribuée aux rapports de ces organes avec d’autres parties, le système nerveux par exemple, d’autant plus qu’une pigmentation de la peau a parfois coïncidé avec des lésions du pancréas et des glandes mésentériques. Certains faits cliniques, dans lesquels des lésions nerveuses ont été accompagnées d’une pigmentation exagérée ou d’une décoloration de la peau, et les expériences de Vulpian montrant que la section des nerfs d’un membre de grenouille est suivie de la coloration sombre de la peau, tandis que l’excitation de ce même nerf fait pâlir la pigmentation, sont de nature à appuyer cette dernière hypothèse, confirmée d’ailleurs par les observations que nous rapportons plus haut. En somme, si les phénomènes de la maladie d’Addison s’observent surtout dans la tuberculose des capsules surrénales, c’est que la lésion tuberculeuse a plus que toute autre de la tendance à envahir les nerfs qui entrent dans la constitution de cès organes et les troncs nerveux de leur voisinage.