II. — Néoplasies épithéliales
Les néoplasies épithéliales naissent des éléments propres des capsules surrénales; elles sont les unes bénignes, les autres malignes, c’est-à-dire qu’elles se montrent tantôt sous la forme adénomateuse, tantôt sous la forme épithéliomateuse proprement dite.
Adénome. — Caractérisée par l’hyperplasie du tissu glandulaire des capsules surrénales, cette néoplasie, ordinairement partielle, forme des tumeurs du volume et de la forme d’un pois, d’une olive ou d’une noix.
Histologiquement, ces tumeurs sont composées de follicules allongés, ramifiés et sinueux, à contenu cellulaire, le plus souvent en voie de dégénérescence graisseuse, et d’un stroma conjonctif épais ou même sclérosé. Virchow, dans son 2'raité des Tumeurs, ? .décrit celte altération, et moi-même j’ai eu l'occasion de l’observer deux fois. Les capsules surrénales étaient, sur un point de leur étendue, le siège de nodosités solides, jaunâtres, arrondies, distinctes des tubercules, mais fort semblables, à l’œil nu, à des tumeurs graisseuses, ce qui explique comment, dans certains cas, elles ont pu être prises pour des lipomes. Tout récem-
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ment j’ai rencontré un nouveau fait chez un homme de quarante-six ans, mort de néphrite. La capsule surrénale droite était le siège d’une tumeur, du volume d’une grosse noisette, lisse et blanche, paraissant, à la coupe, se continuer avec la substance corticale dont la séparait une mince capsule. Cette tumeur se trouvait composée de tubes, semblables à ceux de la glande surrénale, plongés dans un tissu conjonctif renfermant de nombreuses fibres élastiques. Ces tubes étaient remplis de cellules tassées ayant la disposition des cellules des tubes de la capsule surrénale et toutes remplies de graisse; d’où l’aspect blanc de la tumeur (1). Dans un fait rapporté par Ch. Turner, les deux capsules surrénales, simultanément lésés, présentaient, l’une à son extrémité un gonÜemenl ovoïde du volume d’une prune de Damas, l’autre, vers sa partie moyenne, une tumeur arrondie d’un volume un peu moindre. Une section de ces tumeurs permettait de constater que la substance corticale en était le siège, et qu’elles consistaient en une hyperplasie de cette substance, dont une partie des éléments cellulaires se trouvaient en voie de dégénérescence graisseuse ; le stroma conjonctif présentait un léger épaississement, les capillaires et les petits vaisseaux étaient dilatés. Une sorte de capsule fibreuse séparait cette lésion du reste de l’organe.
Bibliogkaphie. — Cayley, Tumour of suprarejial capsule {Trans. of the patholog . Soc. of London, 1865, t. XVI, p. 246). — Moxon, Case of hyperplastic tumour of suprarénal capsule (Ibid., 1869, t. XX, p. 385). — F. Charlewood Turner, Circumseribed htjperplasia of both adrenals {Trans . of the pathol. Soc. of London, 1885, t. XXXVI, p. 459).
Épithéliome. — Cette lésion se rencontre au sein des capsules surrénales, tantôt à l’état primitif, tantôt à l’état secondaire. L’épithéliome primitif des capsules sui’rénales, pour être peu commun, n’a pas moins été observé un certain nombre de fois. Il occupe un seul de ces organes (Greenhow), rarement les deux ensemble (Haussmann), et se montre sous la forme de tumeurs fermes, plus ou moins irrégulières, grisâtres, d’un volume variable, pouvant avoir jusqu’à 6 et 8 centimètres dans leur plus grand diamètre. Situées immédiatement au-dessus des reins, qu elles compriment et refoulent dans quelques cas, ces tumeurs ont été parfois confondues avec des lésions de ces organes; et, s il est facile de les différencier après la mort, la chose est plus difficile pendant la vie. Elles ont été rarement soumises à un examen histologique appro-
(1) Cette observation a été publiée par M. Pilliet, mon interne (voy. Bull, de la Soc, 0)ta(., 1888, p. 414).
fondi, en sorte que leur structure n’est pas très bien connue; mais tout porte à croire qu’elles sont constituées par les éléments épithéliaux des capsules surrénales envahissant le tissu conjonctif interstitiel et gagnant les ganglions lymphatiques. Dans un cas rapporté par Haussmann, les nodosités, après durcissement dans le liquide de Müller, apparaissaient formées d’innombrables cellules à protoplasma finement granuleux, contenant d’un à trois gros noyaux, très serrées les unes contre les autres, offrant les calibres et les formes les plus variées (ovales, rondes, piriformes, coudées) et séparées par un stroma conjonctif.
L’épithéliome secondaire des capsules surrénales est l’effet d’une métastase, ou le résultat de la propagation par contiguïté d’un carcinome des organes voisins, principalement du foie et des reins. Effectivement, sur un relevé de 22 cas de cancer des capsules surrénales, les reins sont le siège de la même altération 13 fois, la glande hépatique 11, les poumons 9, l’estomac et le pancréas chacun 5 fois.
Les capsules surrénales sont alors isolément affectées, tantôt dans une partie, tantôt dans la totalité de leur substance ; elles sont augmentées de volume, bosselées et plus ou moins fermes. Indurées sur certains points, elles sont molles et vasculaires en d’autres endroits, revêtent une apparence médullaire et peuvent être le siège d’extravasations sanguines. A la coupe, ces organes présentent une masse quelquefois uniforme, circonscrite par le tissu resté sain ; d’autres fois, ils sont parsemés de noyaux carcinomateux multiples.
Les symptômes constatés dans ces différents cas appartiennent moins à l’altération des capsules surrénales qu’à la maladie générale. Il n’est guère possible, en effet, d’arriver à sentir ces organes à travers la paroi abdominale, malgré l’augmentation de volume produite par la néoplasie. Quant aux phénomènes concomitants, ils ne diffèrent pas de ceux de la cachexie cancéreuse ordinaire auxquels s’ajoutent des troubles résultant des modifications des organes voisins. En général, le malade est amaigri, pâle, manifestement décoloré; il perd Ses forces et tombe dans une cachexie de plus en plus profonde à laquelle il finit par succomber. La mélanodermie est un phénomène très rare, ex..'i'ptionnel, contrairement à ce qui a lieu avec l’alfection tuberculeuse; et ce fait, sur lequel nous reviendrons, est des plus importants. Les vomissements observés dans quelques cas se lient à une altération concomitante des organes digestifs. Le pronostic de ce genre d’altération est évidemment des plus graves.
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Bibliographie. — Metteniieimer, Deutsche Kiinik, 1856, p. 483. — Peacock el Bristüwe, Cancer of the suprarénal capsules, associated with cancer in other organs {Trans. ofthepathol. Soc., London, 1857, t. VllI, p. 337). — E. Bes- NiER, Dégénérescence cancéreuse complète des deux capsules surrénales {Bull, de la Soc. anat., 1857, p. 85). — Feréol, Cancers multiples {estomac, ganglions mésentériques, pancréas, capsules surrénales) {Ibid., p. 150). — Ball, Ibid., 1858, p. 423. — Letenneur, Cancer des deux capsules surrénales sans altérât, de la couleur delà peau {Gaz. hebdom. de médecine et de chirurgie 1858, t. V,
p. 618). — Duclos, Bull, de thérapeutique, Paris, 1863, t. LXIl, p. 97.
Greenhow, Cancer of one suprarénal capsule {Tr. of the path. Soc. of London, 1867, t. XVllI, p. 260). — S. O. Habersiion, Cancerous diseuse of both suprarénal capsules simidating disease of the spleen and lumbar glands {Guy’ s hospit. Déports, London, 1866, ser. 3, t. Xll, p. 423). — H. Hertz, Ein Fall von hoehgradiger Dégénérât, beider Nebcnnieren ohne abnorme Hautfurbung {Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., Berlin, 1870, t. XLIX, p. 4). — A. Boissier, Carcinome développé dans deux myomes attenant à l'utérus et faisant saillie dans la cavité péritonéale ; carcinome de la capside surrénale {Bull, de la Soc. anat., 1875, t. L, 451). — R. Hauss.\iann, Cancer primitif des capsules surrénales. Métastase dans presque tous les organes, surtout dans l'estomac et dans l’intestin. Absence de maladie bronzée {Berlin, klin. Wochenschrift, 1876, p. 648; Arch. méd., 1877, p. 229, et Rev. des sc. méd., t. XV, p. 461).
§ 4. — Hypoplasies.
Les capsules surrénales, indépendamment de l’atrophie sénile, .sont soumises à des dégénérescences diverses, et surtout aux dégénérescences graisseuse, amyloïde et pigmentaire.
Stéatose. — De teinte brunâtre et relativement volumineuses chez l’enfant, les capsules surrénales changent de coloration chez l’adulte et commencent à subir une inliltration graisseuse qui s’accentue de plus en plus avec l’âge. Cette modification consiste dans le dépôt, au sein des amas celluleux de la substance corticale et même dans les plus grosses cloisons conjonctives, de fines granulations graisseuses dont la présence se traduit par une teinte jaunâtre. On comprend la difficulté qu’il y a dans ces conditions à distinguer l’état physiologique de l’état pathologique. Celui-ci commence à la périphérie de l’organe et s’étend peu à peu dans sa profondeur. La substance médullaire est rarement affectée, et seulement dans des cas de dégénérescence très prononcée. Le parenchyme, mou et aplati, offre une augmentation de volume, déterminée par l’abondante infiltration de graisse.
Cette altération peut se produire à tous les âges, mais il est plus facile de la reconnaître chez le jeune enfant ; elle coexiste d’ordinaire avec une modification semblable du foie et des reins, et se rencontre principalement dans les maladies générales chroniques. On l’observe encore chez les enfants cachectiques soumis à une alimentation insuffisante, sinon disproportionnée aux nécessités et aux besoins de leur âge.
La dégénérescence graisseuse sénile, comme celle qui se lie à un état cachectique, est quelquefois suivie d’une résorption des particules graisseuses qui, des confins de la substance médullaire, gagne la surface de l’organe. Les parties qui sont le siège plus spécial de cette résorption deviennent brunâtres et laissent entre elles des stries jaunâtres ou même des tacbes arrondies qu’il faut se garder de confondre avec d’autres lésions.
A côté de l’infiltration graisseuse des éléments cellulaires il faut placer la métamorphose colloïde, qui peut aboutir à une formation kystique. Ainsi, chez un cordonnier de vingt-quatre ans, affecté de diabète insipide, Virchow a trouvé les capsules surrénales augmentées de volume, la substance médullaire dense et épaisse, la substance corticale infiltrée de graisse, et, dans la capsule droite, la présence de deux petits kystes arrondis et munis d’un court pédicule. Christie {Med. Times and Gaz., octobre 1886, p. 367) a observé de son côté, chez un phthisique à peau bronzée, des capsules surrénales tuméfiées et remplies d’une série de kystes renfermant un liquide séreux avec flocons brillants. Enfin, des lésions analogues se rencontreraient quelquefois chez les chevaux (Gurtl, Pathol. Anat. der Haussaügethiere, part, i, p. 205).
Leucomatose. — Cette dégénérescence coexiste généralement avec une altération semblable des reins et d’autres organes, 'fout d’abord les capsules surrénales sont peu modifiées; mais plus tard ces glandes indurées, ont leur substance corticale pigmentée, tandis que leur substance médullaire lardacée, grise et semi-transparente, rougit sous l’action d’une solution aqueuse d’iode. Les cloisons conjonctives, du moins celles qui sont parcourues par des vaisseaux, sont le. oiège de cette coloration; au contraire, les éléments glandulaires (amas cellulaires) renfermés dans leurs intervalles se font l'emarquer par une teinte jaunâtre, effet d’une infiltration graisseuse, et tranchent ainsi sur les parties atteintes de leucomatose. Cette dégénérescence reste ainsi le plus souvent limitée aux vaisseaux, qui peuvent être plus ou moins affectés. Les cellules glandulaires sont modifiées seulement dans les zones réticulaires et fasci- •culées, c’est-à-dire là où les échanges entre le sang et le parenchyme sont
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le plus aclil's ; cette disposition rappelle ce qui se passe en pareil cas dans les canaux droits urinifères.
Chromatose. — La formation de pigment dans les capsules surrénales est admise depuis la découverte de ces glandes par Eustachi.
L’opinion de Bartliolin, qui en faisait l’organe de l’atrabiledes anciens, et les assertions de Cassan, qui signale leur augmentation de volume chez le nègre, ont été l’objet de discussions scientifiques qui jusqu’ici n’ont abouti à rien de définitif. A la vérité, il existe, à la limite des substances corticale et médullaire, une couche de cellules qui renferment des granules de pigment et forment une zone d’une plus grande étendue chez les individus âgés et quelquefois aussi dans certains états pathologiques. On a voulu trouver une relation entre cet état des capsules surrénales et la pigmentation de la peau; mais il est clair que cette relation n’existe pas, car, d’une part, la pigmentation cutanée se rencontre avec des capsules surrénales altérées et non pigmentées, et d’autre part, on n’observe pas nécessairement la pigmentation des capsules surrénales avec celle de la peau.
Bibliographie. — Charlewood Turner, InfUtraticm lardacêe (syphilitique) des capsules surrénales (Compte rendu gén. des Acad, et Soc. savantes, Paris, 188-4, p. 22(3).
ANOMALtES DE CIRCULATION
Les anomalies circulatoires des capsules surrénales ne diffèrent pas de celles des autres organes. L’anémie et l’hypérémie, qui s’y rencontrent certainement, ont été peu étudiées; mais il n’en est pas de même des hémorrhagies, des thromboses et des embolies, dont il existe des faits authentiques.
Anémie et hyperémie. — Le premier de ces désordres a été rarement observé, ce qui s’explique par nos faibles connaissances sur 1 importance fonctionnelle des capsules surrénales. Quant à 1 hypérémie de ces organes, elle est relativement commune après la naissance, et attribuée par Maffei (Ga^. hebd., 1864, p. 588) à la compression subie par le corps du fœtus pendant l’acte de l’accouchement. Elle se rencontre aussi chez l’enfant, et l’on peut se demander si elle n est pas surtout le fait de la dilatation relative des vaisseaux, qui, plus tard, diminuent par suite de l’accroissement du parenchyme glandulaire. Cette vascularisation explique d’ailleurs la fréquence des hémorrhagies surrénales à cet âge de
la vie. A côté de ces hypérémies, il existe sans doute des hypérémies actives ou névropathiques, mais elles sont peu connues. Les hypérémies passives le sont mieux ; elles se rencontrent dans le cours des affections du cœur et des poumons, susceptibles d’engendrer des phénomènes de stase dans le système vasculaire de l’abdomen. Les capsules surrénales, comme le foie et les reins, sont d’abord remplies de sang, tuméfiées et plus tard indurées.
Hémorrhagies. — Les hémorrhagies comptent parmi les lésions les plus communes des capsules surrénales, dans le jeune âge, à cause, sans doute, de la richesse de leur- vascularisation, dans un âge avancé, par suite de la modificatiou granulo-graisseuse que subissent les éléments de ces organes et les vaisseaux qui s’y distribuent.
Les capsules surrénales de l’enfant nouveau-né renferment assez habituellement, comme j’ai pu m’en assurer, des ecchymoses et quelquefois même des foyers hémorrhagiques. Chez un enfant de deux jours, pesant 8 livres, né d’une mère bien portante, et mort cyanosé, je constatai que la capsule surrénale droite, quadruplée de volume, était le siège d’une infiltration de sang et d’un volumineux caillot hémorrhagique; à gauche, il y avait une simple infiltration sanguine. Rayer a trouvé, chez un nouveau-né, atteint de hernie ombilicale, la capsule surrénale droite de la grosseur d’une orange renfermant au moins trois onces de sérosité sanguinolente. La capsule gauche, du volume du rein, était également affectée. Fiedler (Archiv. der'Heilkunde, 1870, XI, p. 301) a observé, chez un enfant de quatre jours, une hémorrhagie de la capsule surrénale droite consécutive à] l’altération graisseuse de cette glande. Le foyer sanguin rompu avait fait irruption dans la cavité du péritoine.
Des foyers hémorrhagiques s'observent quelquefois aussi, chez des personnes âgées, et acquièrent un volume considérable. Chez une femme de soixante-quinze ans. Rayer a vu au-dessous du foie qu’eile refoulait en haut, une tumeur volumineuse, réniforme, )u poids de 4 livres, faisant saillie du côté des parois abdominales qu’elle touchait. Cette tumeur, bornée en dehors par les fausses côtes, les muscles oblique et transverse, en dedans par la colonne vertébrale, était d’un brun foncé, fluctuante, adhérente au |foie en haut et au muscle carré lombaire en arrière. A l’incision, il s’en écoula environ une livre et demie de sang noir et liquide; c’était un vaste amas de caillots plus ou moins anciens. Dans un autre cas, chez une femme âgée de soixante-huit ans, les deux capsules surrénales étaient le siège de foyers hémorrhagiques étendus, mais beaucoup moins considérables. IL Wallmann a constaté chez un homme de
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cinquante ans, un hématome récent de la capsule surrénale droite et une néphrite interstitielle; chez un autre, il existait en même temps une insuffisance mitrale. Un malade de cinquante-neuf ans, que j’ai observé, oflrait également un foyer hémorrhagique de l’une des capsules surrénales ; il était en même temps atteint d’une cirrhose du foie, d’une néphrite interstitielle et d’une hypertrophie avec dilatation du cœur gauche. Ogle {Med. Times and Gaz., 5 mai 1860) a vu cette même altération chez un épileptique mort d’hépatisation grise du poumon.
Relativement à l’étiologie de cette affection chez l’adulte, il est digne de remarque que, sur cinq cas, trois fois il existait des désordres de la circulation cardiaque ou des poumons, une fois un traumatisme, et une fois des lésions inflammatoires des organes voisins de la capsule surrénale. Une autre cause, sur laquelle insiste le docteur Parrot {Arch. gén. de méd., 1872, t. 11, p. 167), est la thrombose de la veine rénale ; cette thrombose existait dans trois cas sur quatre observés par cet auteur.
Les symptômes locaux propres à l’hémorrhagie des capsules surrénales sont généralement peu ou pas accusés, du moins chez l'enfant, où leur diagnostic offre la plus grande difficulté. Chez l’adulte, il arrive parfois que l’épanchement de sang prend des proportions telles qu’il est possible de sentir dans le flanc (cas de Rayer) une tumeur indolente molle et plus ou moins fluctuante. Mais il faut savoir qu’il est de la plus grande difficulté de distinguer cette altération d’une tumeur du foie, des reins ou des glandes lymphatiques.
L’influence de l’hémorrhagie des capsules surrénales sur l’état général des individus qui en sont atteints est généralement peu accusée. Dans l’un des faits rapportés par Rayer, il est question d’une teinte jaune verdâtre de la peau, qui n’est pas sans analogie avec la coloration bronzée propre à la maladie d’Addison ; dans les autres, il n’existait rien de semblable. Pourtant quelques hémorrhagies des capsules surrénales ont été accompagnées de phénomènes typhoïdes. Virchow aurait rencontré deux fois des inflammations hémorrhagiques des capsules surrénales comme lésion principale sur le cadavre de personnes mortes rapidement dans un état typhoïde. Mattéi (Sperimentale, 1863, p. 15) décrit un cas analogue, et Kœhler a vu un cas semblable, quoique l’affection n’occupât que l’une des capsules surrénales ; il n’existait, dans ces cas, aucun changement de coloration de la peau.
Bibliographie. — P. Rayer, Recherches anatom. path. sur les capsules surrénales (^L’Expérience, 1837, p. 17). — Fiedler, FettigeDegen. d. recht. Nebennieren hei einem 4 Tage allen Kinde. Bluk-i'guss in die Marksubstanz derselben (Archiv d. Heilkunde, Leipzig, 1870, t. XI, p. 301). — Parrot, Hémorrhagie des cap- Lancereaux. — Traité d’Anat. path. III. — 52
suies surrénales, dans son livre sur l’athrepsie, Paris, 1881, p. 356. — Ed. H. Greenhow, Addison’s disease in a early stage, associated ivith hæmorrh. into both suprarénal capsides, etc. (Tr.ofthepath. Soc. , London, 1877, t. XXVIII, p. 231). — R.-E. Carrington, Blood-Cysts of suprarénal caps.; cirrhosis of the liverwith masses of hepatic tissue simulât, secondary growths; pigmentation of the skin (Trans. of the path. Soc. of London, 1885, t. XXXVI, p. 454).
Thrombose et embolie. — La thrombose des veines des capsules surrénales a été constatée dans plusieurs cas. Klebs a observé chez une femme de vingt-six ans une thrombose capillaire avec dégénérescence graisseuse de la substance corticale des capsules surrénales. Hanau, de Zurich, a rapporté trois faits assez semblables. Le premier de ces faits concerne un homme de quarante-trois ans, mort d’une pneumonie fibrineuse, chez lequel on constata une augmentation de volume et de consistance de la capsule surrénale gauche, dont la partie supérieure était transformée en une tumeur du volume d’un haricot, de couleur grisâtre, parsemée de points jaunes. Le reste du parenchyme de la glande était d’un rouge foncé; il existait à droite une lésion peu différente, ayant la même origine. La seconde observation est relative à une femme de vingt-huit ans qui, à la suite d’une couche, avait été prise de fièvre, et avait succombé cinq semaines plus tard avec des signes d’excavations pulmonaires. Les principaux canaux veineux de la capsule surrénale gauche étaient oblitérés par un long caillot blanchâtre et ferme. Dans la troisième observation, il s’agit d’un homme de vingt-sept ans, atteint d’une phthisie avancée avec de vastes cavernes dans les poumons, des ulcérations dans le larynx, la trachée et les intestins. Dans la capsule surrénale gauche, il existait une tache jaunâtre avec auréole rouge à l’extrémité postérieure ; sur une surface de section, trois foyers, dont deux, disposés symétriquement, avaient l’aspect de coins de couleur jaune opaque, séparés par des bandes de tissu médullaire d’un t. >jjge foncé.
Dans tous ces cas, les symptômes de la maladie d’Addison faisaient défaut, et l’examen histologique démontra la présence, au sein des capillaires, de thromboses qui se propageaient dans la partie avoisinante des veines, avec nécrose des cellules parenchymateuses là où la thrombose occupait une étendue considérable. Sur d’autres points où un certain nombre de capillaires étaient perméables, il existait des extravasations sanguines comprimant les éléments cellulaires.
Bibliographie. — E. Klebs, Handbuch der patholog. Anatomie, Berlin, 1868, p. 576. — Hanau, De la thrombose des capsules surrénales (Journ. des Soc. scient., 21 oct. 1885, p. 466).
GLANDES DITES VASCULAIIÎES SANGUINES
ANOMALIES ACCIDENTELLES
Traumatisme et parasitisme. — Ces anomalies sont mal connues. Les capsules surrénales, peu exposées, en raison de leur siège, aux lésions traumatiques, sont quelquefois atteintes de kystes hydatiques. Risdon Bennett a trouvé dans la capsule surrénale gauche un kyste ayant toutes les apparences d’un kyste hydatique, bien qu’il ne renfermât pas d’échinocoques. Dans un cas de tumeur hydatique du petit bassin rapporté par Perrin, il existait un kyste volumineux dans la capsule surrénale droite. Huber, enfln, a rencontré au sein de ce même organe un cas d’échinocoques multiloculaires.
Bibliographie. — Perrin, Kyste hydatique du petit bassin, etc. (Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1853, t. V, p. 155). — Risdon Bennett, liydatid cyst occupying the left suprarénal capsule (Transact. of the pathol. Soc., London, 186-4, t. XV, p. 224). — Huber, Échinocoques multiloculaires des capsules surrénales (Arch. f. Min. Med., 1868, p. 139).