III. — Phlegmasies prolifératives
Ces lésions, de même que les précédentes, sont peu connues, du moins histologiquement. Todd, dont l’observation a été confirmée par plusieurs auteurs, décrit une dacryoadénite chronique caractérisée par la tuméfaction de la glande lacrymale qui offre la sensation d’un corps arrondi, élastique, asséz ferme, saillant sous la paupière supérieure, à l’angle externe de l’œil. Dire exactement en quoi consiste cette lésion n’est pas chose facile en l’absence de tout examen microscopique, mais vu sa marche lente et l’absence de tout phénomène réactionnel, il y a lieu de croire qu’elle rentre dans le groupe des phlegmasies prolifératives, et consiste en une sclérose de cette glande.
Une autre variété d’altération appartenant sans doute au même groupe a été décrite par Chalons, chez un individu atteint d’accidents syphilitiques secondaires. Les glandes lacrymales tuméfiées formaient de chaque côté une tumeur indolore élastique à la partie supérieure externe de l’orbite qu’elles débordaient. Ces tumeurs cédèrent rapidement à un traitement mercuriel.
Les inflammations prolifératives des voies lacrymales consistent dans l’épaississement et l’induration de la membrane muqueuse qui les tapisse et dont elles rétrécissent le calibre. Elles ont une marche lente, une longue durée et des caractères particuliers subordonnés aux causes qui
les engendrent. Ces causes sont diverses : le virus syphilitique, qui en est une, exerce sur ces parties une action directe ou indirecte suivant qu’il les altère primitivement ou secondairement par . suite d’une lésion de voisinage, des os par exemple. Les éruptions spécifiques des muqueuses, en continuité avec les voies lacrymales, peuvent s’étendre au conduit lacrymo-nasal et le rétrécir. Il en est de même des gommes et des exostoses.
Bibliographie. — Todd, Dublin hosp. Reports, Dublin, 1822, t. III, p. 408. — Chalons, Adenitis lacrymalis syphilitica (Med. Zeitung d. Vereins f. Heilkimde in Preussen, 1859, n. 42). — P. Carafoli, Sopra un caso di dacrioadenite sifilitica (Spallanzani, Modena, 1884, sér. 2, XIII, 640-646). — G. La- GNEAU, Malad. syph. consécutives des voies lacrymales (Archiv. gén. de médec ., Paris, 1857, I, p. 536-555). — R.-W. Taylor, On syphil, affections of the lachrymal apparatus, with observât, upon a peculiar syphilit. lésion of the caruncles (Amer. J. med. Sc., Philadelphia, 1875, n. s. LXIX, 365-375). — P. Larebiêre, Contribution à l’étude des altérât, syphilit. des voies lacrymales, Th. Paris, 1881. — G. -S. Bull, Syphilitîc diseuses of the lachrymal apparatus (New-York med. Journ., 1882, XXXV, 360-369). — Streatfield, Syphilis de la glande lacrymale (Un. méd., 1883, p. 829). — D.-S. Reynolds, Dacryocystitis and ulcération of the soft palate, etc. (Philad. med. Times, 1884-85, XV, 637).
En raison même de sa structure dans laquelle il entre tout à la fois des acini épithéliaux et un stroma conjonctivo-vasculaire, la glande lacrymale donne naissance à deux ordres de végétations : les unes, ou néoplasies conjonctives, proviennent du stroma conjonctif; les autres, ou néoplasies épithéliales, ont leur point de départ dans l’élément épithélial.
Bibliographie générale. — Sautereau, Etude sur les tumeurs de la glande lacrymale, Th. Paris, 1870. — H. Salle, Étude sur les tumeurs de la glande lacrymcde, Th. Montpellier, 1880.