CONJONCTIVE
La conjonctive est une membrane muqueuse qui, des bords libres des paupières où elle se continue directement avec la peau, tapisse la face interne de ces voiles, puis se réfléchit sur le globe oculaire pour couvrir la partie antérieure de la sclérotique, ainsi que toute la cornée. La conjonctive palpébrale, très mince et adhérente à la face postérieure des cartilages tarses, se compose d’une couche serrée de tissu conjonctif, renfermant de nombreux corpuscules lymphoïdes dans son épaisseur, et d’un épithélium stratifié formé de cellules allongées dans la profondeur, de cellules polygonales et aplaties à la superficie; elle présente en outre des papilles analogues à celles de la peau et Krause et Sappey ont trouvé de petites glandes muqueuses en grappe dans le fond du cul-de-sac conjonctival.
La conjonctive scléroticale, moins épaisse que celle des paupières, et assez riche en fibres élastiques, se trouve unie à la membrane fibreuse de l’œil par un tissu sous-muqueux abondant et lâche, qui renferme quelques cellules adipeuses, et lui permet des mouvements étendus. L’épithélium qui la recouvre, comme d’ailleurs celui de la conjonctive cornéenne, est très développé; les papilles y font défaut. A l’angle interne de l’œil, la conjonctive scléroticale forme un repli (pli semi-lunaire) en avant duquel existe une légère proéminence, la caroncule lacrymale, comprenant une douzaine environ de petits follicules pileux avec autant de glandes sébacées. Cette structure complexe se rapproche de celle de la peau; aussi n’est-il pas étonnant que les altérations pathologiques de la conjonctive aient la plus grande analogie avec celles du tégument externe.
Les vaisseaux artériels de la conjonctive proviennent de l’artère ophthalmique, les veines se rendent dans les veines ophthalmiques faciales et temporales. Les vaisseaux lymphatiques, dont l’existence a été longtemps contestée, se rencontrent en grand nombre près de la cornée, où ils forment des arcs recourbés, désignés par Teichmann sous le nom de cercle lymphatique; vers les angles externe et interne de l’œil, ces lymphatiques gagnent la face et se rendent dans les ganglions sousmaxillaires. Ce rapide exposé suffit à donner une idée des altérations de la conjonctive, car elles se localisent forcément, les unes à la couche épithéliale, les autres au tissu lâche sous-jacent.
APPAREILS DES SENS
Bibliographie générale. — H. de Condé, Mém. sur l'anatomie de la conjonctive au point de vue de ses altérations pathologiques et de leur traitement {Arch. de la méd. belge, Bruxelles, 1849, t. XXIX, 75, 145). — J.-B.-G. Fourrât, Considérât, anat.et pathol. sur la conjonctive. Paris, 1850. — Heymann, Krankheiten d. Bindehaut {Vierteljahrsch. f. d. praht. Heilkunde, Prag, 1860, LXVI, 70-76). — G. Macnamara, Lect. on diseuses of the conjunctiva (Indian med. Gaz., Galcutta, 1867, II, 213-215). — L. Gosselin et 0. Lannelongue, aiticle Conjonctive {Nouv. dictionn. de méd. et de chirurg. pratiques, Paris, 1869, IX, 38-79). — Warlomont, article Conjonctive (Dict. encyclop. des sc. méd., Paris, 1876, XIX, p. 586-643). — Goppez, Maladies de la conjonctive (Journ. de méd., ch. et pharmacie, Bruxelles, 1879, LXIX, 491 ; 1880, LXX, 13; 130).
ANOMALIES DE FORMATION ET DE DÉVELOPPEMENT
Les malformations de la conjonctive sont rarement isolées; la plupart du temps elles accompagnent celles de l’œil, comme nous le verrons plus loin. Il en est une, toutefois, qui intéresse plus spécialement cette membrane, c’est la tumeur dermoïde.
DERMOÏDES DE LA CONJONCTIVE ET DE l’CEIL
L’œil est dans quelques cas le siège de tumeurs dites dermoïdes. Celles-ci, fort rares dans la profondeur de cet organe, se montrent beaucoup plus souvent à la surface de la conjonctive, et pour ce motif nous croyons devoir les étudier en même temps que les altérations de cette membrane, bien que par suite d’une sorte d’invagination elles aient été quelquefois observées dans la profondeur de l’œil.
Désigné tout d’abord sous le nom de verrue, le dermoïde de la conjonctive est une petite tumeur d’apparence verruqueuse constamment située vers le bord de la cornée et siégeant en partie sur cette membrane, ce qui lui a valu d’être décrite parfois comme tumeur de la cornée. Cette lésion oflre une teinte gris jaunâtre, une forme semi-lenticulaire, rarement aplatie, une surface lisse, surmontée de petites sinuosités et assez fréquemment garnie de poils qui peuvent irriter l’œil. Sa surface de section olîre une coloration blanc bleuâtre ou jaunâtre; sa consistance est ferme, semi-cartilagineuse, son tissu résistant plutôt que friable.
Considéré autrefois, à cause de sa teinte jaunâtre, comme une production graisseuse, et désigné par quelques auteurs sous le nom de nœvus lipomatodes, lipoma crinosum, etc., le dermoïde conjonctival a une structure particulière^ étudiée d abord par Ryba et en tout sem-
blable à celle de la peau ; aussi a-t-on été conduit à le comparer à un ilôt de paupière adhérent au globe oculaire. Sur des coupes comprenant toute sa hauteur, le dermoïde laisse voir en effet les trois principales couches de la peau : épiderme, derme, tissu cellulo-graisseux souscutané. Cette constitution n’est pas toujours aussi complète, et, dans certains cas, le derme se trouve représenté uniquement par des lamelles conjonctives stratifiées, mélangées à quelques fibres élastiques sans aucune trace de graisse, de follicules pileux ou de glandes sébacées. L’épiderme forme, à la surface de cette production, un revêtement continu, mais qui peut manquer par places. Virchow y a reconnu plusieurs couches de cellules épithéliales; Van Duyse et Vassaux y ont rencontré tous les éléments de l’épiderme normal : couche cornée, couche de Malpighi avec cellules prismatiques adhérentes au derme ; cellules polyédriques dentelées, stratum lucidum et stratum granulosum. Le derme, parfois surmonté de petites papilles, est constitué par des faisceaux de fibrilles conjonctives, des cellules arrondies, et par des fibres élastiques entrecroisées avec les faisceaux conjonctifs. Vassaux a constaté dans ses parties les plus superficielles l’existence de nombreux corps fusiformes ou étoilés, remplis de granulations pigmentaires; de Graefe et Gallenga y ont trouvé un noyau de cartilage, et partant l’analogie de structure entre le dermoïde de la conjonctive et les paupières est des plus complète. Les aréoles de la partie profonde de la tumeur sont fréquemment occupées par des cellules adipeuses dont l’abondance a pu faire croire à la nature lipomateuse de la lésion. Au-dessous de ce panicule, le tissu de la production se continue avec le tissu de la cornée ou de la sclérotique.
Les vaisseaux qui alimentent le dermoïde conjonctival sont peu nombreux et se résolvent rapidement en capillaires ; des nerfs y ont été rencontrés, mais ce qui attire surtout l’attention, c’est la présence de follicules pileux et de glandes sébacées. Situées dans les parties superficielles ou movennes du derme, celles-ci sont généralement petites, formées d’un seul lobule composé de quelques utricules. Exceptionnellement, on y trouve des glandes sudoripares; par contre, Gallenga prétend y avoir vu des acini glandulaires rappelant la disposition des lobules de la glande lacrymale et rangés au pourtour du cartilage qui occupait la base de la tumeur. Les brides cutanées de la conjonctive ont une structure analogue et présentent les mêmes couches successives de tissus, avec cette différence que les glandes sébacées font souvent défaut.
Le dermoïde est un désordre congénital manifestement lié au mode de développement des paupières et du système pileux, aussi est-il assez habituel de constater un accroissement rapide de cette tumeur vers l’âge
APPAREILS DES SENS
de douze à quinze ans. Ce désordre, souvent isolé, est parfois accompagné d’anomalies des parties voisines : bec-de-lièvre, macrostome et tumeur préauriculaire. Son mode pathogénique est diversement interprété par les auteurs, et peut-être n’est-il pas toujours identique, car il est difficile de trouver une théorie convenant à tous les faits connus.
La théorie qui s'accorde le mieux avec eux est celle qui fait provenir le dermoïde de l’œil d’un bourgeon de la paupière que des circonstances spéciales auraient fait adhérer à la cornée, et d’ailleurs l’identité de structure de cette production et de la paupière laisse peu de doute à cet égard. Les causes et le mode de formation de l’adhérence ne sont pas, il est vrai, nettement déterminés jusqu’ici; mais c’est là un point de détail que l’avenir finira par éclaircir. Toutefois, si l’on en croit le D'' Tillaux, le dermoïde de Tœil se développerait aux dépens d’un débris du feuillet cutané de l’embryon qui persiste après la formation du cristallin et du corps vitré, et se trouve emprisonné dans l’épaisseur des membranes extérieures de l’œil.
Bibuographie. — Wardrop, Morbid anatomy of the hvman eye, London, 1819, t. I, p. 32. — De Graefe, Ueber Trichosis Bidbi (Gracfiesund Walther's Journ., 1822, t. IV, 134-137, tab. III, fig. 1 et 2). ^ Heykelder {Deutsche Klmik, 13 JuL, 1850). — Arlt, Die Krankh. d. Auges, Prag, 1851, t. I, 171. — Ryba, Ueber Dermoîd Geschwuîste der Bindehaut [Prager Viertetjahrschrift , 1853, t. X, p. 3). — R. Virchow, Dus einfache Dermoîd des Auges {Arch. f. path. Anat. und PhysioL, Berlin, 1854, VI, 55). — A. de Graefe, Angeborene mit zahlreichen Haaren versehen Geschwulst auf der Kornhautgrenze {Archiv /. OphthalmoL, Berlin, 1857, I, 287). — Le même, Ibid., IV, 269; VII, 6; X, 214; XII, 227. — Linati Carlo et Visconti Achilli, Giornale d'oftalmologia italiano, 1866. — Pagenstecher et Genth, Atlas d. path. Anat. des Auges, 1874. — Polaillon, Gaz. des hôpitaux, 14 et 17 mars 1874. — Schiess- Gemusseus, Dermoide de la caronmle {Klin. Monatsbl., 1877, p. 135). — De Wecker, Traité complet d'ophthalmologie, Paris, 1880, t. I, p. 239 et 417. — Lannelongue, Bull. Soc. de chirurgie, 1881. — Van Duyse, Macrostomes congénit, avec tum. préauricul. et dermoide de l'œil {Ann. de la Soc. de méd. de Gand, 1882, t. LV, p. 141). — F. Poncet de Cluny, Bapport sur un cas de dermoide dû à M. Brière, du Havre {Bull. Soc. chirurgie, 23 avril 1883). — G. Vassaux, Quatre cas de dermoide de l'œil {Archives d’ophthalm., Paris, 1883, t. III, p. 16). — Larbodret, Contribution à l’étude des dermoides de l œil. Paris,
1885. — Panas, Dermoide de l’œil {Un. méd., 4 juillet 1885, p. 13). — Tilladx, Ibid., 30 juillet, p. 169. — Gallenga, Contribut. à l'étude des tum. congénitales de la conjonctive et de la cornée {Ann. d’oculistique, 1885). — L. Picquè, Anomalies de développement et mcdadies congénitales du globe de l’œil, Paris,
ANOMALIES DE NUTRITION § !"'■. — Atrophie et hypertrophie de la conjonctive.