II. — Néoplasies épilhéliales
L’adénome de la conjonctive ne paraît pas avoir été observé jusqu’ici ; mais il n’en est pas de même de l’épilhéliome. Cette néoplasie est relati vement fréquente et comprend le plus grand nombre des tumeurs malignes de la conjonctive. C’est donc bien à tort, selon nous, que les auteurs décrivent, à côté de ce type, un cancer de la conjonctive. 11 y a plus de quinze ans que nous avons cherché à démontrer qu’il n’y a pas de cancer en dehors de l’épithéliome, et que toutes les productions dites carcinomateuses doivent être rattachées à celte lésion ou au fibrome embryonnaire. C’est, du reste, ce qui arrive pour le cancer de la conjonctive, car, sous cette dénomination, les auteurs rangent des tumeurs diverses, et tout particulièrement des fibromes embryonnaires et des fibromes mélaniques.
L’épilhéliome de la conjonctive offre les caractères de toutes les tumeurs à épithélium pavimenteux. Formé par la végétation des cellules qui tapissent celte membrane, il débute habituellement à l’angle interne de l’œil ou sur la face interne des paupières. Dans le premier cas, il se propage rapidement à la conjonctive bulbaire, et revêt l’aspect d’un bouton
qui rappelle assez bien le bouton de la conjonctivite purulente. Plus tard, ce bouton, en s’accroissant, devient une petite tumeur rougeâtre, bosselée, dont la surface, d’aspect papillaire, s’excorie et laisse suinter une sorte de suc légèrement blanchâtre ou roussàtre. L’ulcère ainsi formé tend à s’élargir peu à peu; son fond est irrégulier, déchiqueté, pultacé ; ses bords, festonnés et saillants, sont fortement indurés et parfois légèrement renversés. A leur pourtour, la conjonctive est rougeâtre, vascularisée et vivement injectée. L’épithélioine de la face interne des paupières olfre des caractères assez semblables, avec cette différence qu’il s’étend plus spécialement à ces voiles membraneux. Cette lésion est composée de cellules épithéliales serrées les unes contre les autres et contenues dans un tissu cellulaire très peu abondant, parfois agglomérées de façon à former des globes épidermiques.
La marche de l’épithéliome conjonctival varie suivant que cette tumeur débute par la conjonctive bulbaire ou par la conjonctive palpébrale. En tout cas, elle évolue lentement, s’étend à une grande partie de la surface de l’œil, envahit la cornée dont elle finit par amener la perforation. La sclérotique, par contre, résiste beau oup mieux à l’envahissement de l’épithéliome, car, dans quelques cas, le mal peut s’étendre jusqu’au fond de l’orbite et atteindre les os après a-voir détruit les paupières, sans que la sclérotique soit pour cela envahie par la maladie.
L’épithéliome qui débute au niveau ou à la limite de la cornée ne dilfère pas sensiblement des formes précédentes, ni de la végétation de la couche épithéliale cornéenne ; il se présente comme un petit bouton qui ne tarde pas à s’étendre en dilférents sens et surtout en profondeur, et cela sans doute à cause de son infiltration dans les espaces lymphatiques de la cornée, aussi est-il fréquemment suivi de la perforation de l’œil.
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APPAREILS DES SENS. 805
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§ 4. — IIypOplasies.
Les tissus qui composent la conjonctive sont peu exposés aux processus hypoplasiques; la seule lésion s’y rapportant est la dégénérescence amyloïde, dont nous allons dire quelques mots.
Dégénérescence amyloïde. — Cette alléction envahit en général les tarses, les culs-de-sac et le globe oculaire; elle est caractérisée par l’épaississement de la conjonctive qui se plisse, prend une teinte jaunâtre, diaphane, et revêt une apparence gélatineuse. Dans l’épaisseur de cette membrane, on distingue des élevures ou masses arrondies sous forme de grains, comme s’il s’agissait d’un trachome diffus ou d’une infiltration lymphoïde. Ajoutons à ces caractères la présence, à une certaine période du mal, d’ecchymoses plus ou moins étendues, qui très probablement résultent de la dégénérescence amyloïde des parois vasculaires. Celte dégénérescence est constituée par l’infiltration, au sein des éléments qui Lancereaux. — Traité d’Anat. path. III. — 65
constituent ces parois, d’une substance fondamentale claire, qui renferme des corps arrondis, luisants, donnant avec les réactifs connus les colorations diverses des corpuscules amyloïdes.
Tous ces corps sont entourés, d’après Leber, d’une membrane propre à noyaux qui correspondrait comme structure à la gaine endothéliale des trabécules du tissu cellulaire. Les fines branches nerveuses, et même les trabécules du tissu conjonctif, peuvent être comme les vaisseaux le siège de cette infiltration. La présence des gaines décrites par Leber avait fait penser que la dégénérescence amyloïde n’affectait que des conjonctives altérées; mais plusieurs auteurs, etLeber lui-même, ont reconnu qu’elle pouvait apparaitre d’emblée dans une conjonctive saine.
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ANOMALIES DE CIRCULATION
Les anomalies de circulation de la conjonctive ne diffèrent pas de celles de tous les organes ; elles se révèlent tantôt par une diminution du sang, anémie, tantôt par un excès de sang, hyperémie, tantôt enfin par une extravasation sanguine, hémorrhagie.
Anémie et Hyperémie. — L’anémie de la conjonctive est un signe manifeste de l’anémie générale de l’organisme, qui habituellement trahit l’existence d’une maladie sérieuse ou même très grave. L’hyperémie de cette même membrane, caractérisée par l’injection des vaisseaux capillaires, se montre, indépendamment de tout état phlegmasique, dans un certain nombre d’affections cérébrales, et notamment dans la méningite, où elle peut servir d’indication diagnostique et pronostique ; elle se manifeste quelquefois enfin dans le cours d’une migraine, et surtout d’une névralgie faciale; son origine, dans ces derniers cas, est purement névropathique, et par conséquent la division des hyperémies de la conjonctive ne peut différer de celle de toutes les autres hyperémies.
APPAREILS DES SENS
Hémorrhagies. — Les hémorrhagies de la conjonctive sont spontanées ou traumatiques. Les premières, relativement communes à cause de la difformité qui en résulte et qui engage à consulter le médecin, ont pour siège plus spécial la conjonctive bulbaire ou mieux le tissu cellulaire sousjacent; elles se présentent sous formes de taches ou de foyers en général peu étendus, excepté dans quelques cas où elles parviennent à soulever la conjonctive de façon à former autour de la cornée une sorte de disque d’un rouge noirâtre. Enfin, si le sang continue à s’épancher pendant plusieurs jours, il peut imbiber tout le tissu cellulaire sous-conjonctival.
Dans les cas ordinaires, il se produit une extravasation unique, sorte d’ecchymose qui ne tarde pas à subir les modifications du sang extravasé. La conjonctive, d’abord noirâtre, devient jaune, verdâtre, puis reprend peu h peu son aspect normal. Cet accident est habituellement sans importance. Pourtant Schmidt-Rimpler {Klin. Monatsb. f. Augenheilk., octob. 1887) rapporte le cas d’un enfant de neuf mois qui avait un oncle hémoptysique et qui mourut six jours après le début d’une hémorrhagie de la conjonctive.
Ces lésions ont des causes diverses : les unes sont l’effet d’un effort et surviennent à la suite de quintes de toux, d’accès épileptiques, etc.; les autres se rattachent à des maladies générales, scorbut, choléra, etc. Liées, dans quelques cas, à une lésion vasculaire, athérome ou dégénérescence amyloïde, elles se montrent, d’autres fois, sans cause appréciable, et peuvent être alors le signe précurseur d’accidents semblables du côté de l’encéphale; mais parfois aussi elles dépendent de troubles vaso-moteurs.
Hydropisie. — L’œdème de la conjonctive consiste en un boursouflement produit par l’extravasation de la sérosité du sang dans les mailles celluleuses de cette membrane. Manifestation habituelle d’un processus phlegmasique des parties voisines de la conjonctive, il se produit dans l’orgelet, le furoncle, l’érysipèle des paupières, etc., comme aussi lorsque le tissu cellulaire du fond de l’orbite est enflammé. D’ailleurs, il s’observe, sans lésion de voisinage, chez le vieillard, chez les femmes anémiées à la suite de couches et chez les jeunes filles chlorotiques; il accompagne parfois enfin une hémicrânie ou une névralgie frontale, et partant il est tantôt angiopathique et tantôt névropathique comme la plupart des hydropisies.
Emphysème. — L’emphyseme de la conjonctive est un état sans importance, mais d’un puissant secours pour le diagnostic de certaines fractures. Il s’observe à la suite des fractures qui mettent le tissu sous-con-
jonctival en communication directe avec les fosses nasales, les sinus frontaux ou les cellules etlimoïdales; il est encore l’effet d’une déchirure des conduits lacrymaux ou du sac laci'vmal, déchirure qui permet à l’air de s’échapper dans le tissu sous-conjonctival lorsque le malade vient à se moucher.
ANOMALIES ACCIDENTELLES § 1. — Traumatisme.
Le traumatisme limité à la conjonctive est tout à fait superficiel et ne peut avoir d’importance sérieuse, à moins que des microbes pathogènes ne se trouvent déposés à la surface de cette membrane. L’égratignure du feuillet épithélial au devant de la cornée faite par les ongles des doigts des enfants occasionne à la vérité de la douleur, mais la réparation se produit rapidement, au bout de deux à trois jours; il en est de même de toute autre plaie qui ne s’étend pas au delà de la conjonctive. Le plus souvent, les lésions traumatiques, mécaniques ou chimiques ne restent pas localisées à cette membrane; elles atteignent simultanément d’autres parties de Tœil et trouvent naturellement leur place dans l’étude que nous faisons plus loin du traumatisme de cet organe.
Une conséquence fâcheuse du traumatisme et principalement des brûlures qui intéressent tout à la fois la conjonctive oculaire et palpébrale, mais qui, d’ailleurs, se rencontre encore à la suite des conjonctivites chroniques intempestivement traitées par les caustiques, est l’union de la paupière avec le globe oculaire, soit par des brides plus ou moins allongées, soit par des digitations larges et solides, car cet état, qui s’appelle symblépliaron, doit être combattu par une opération.
§ 2. — Parasitisme.
Les entozoaires trouvés jusqu’ici, non pas dans la conjonctive, mais dans le tissu cellulaire sous-conjonctival, sont au nombre de trois, la lilaire de Médine et le cysticerque ladrique, beaucoup plus rarement l’échinocoque.